Prière et justification

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La parabole que Jésus raconte dans l’évangile de ce dimanche met en scène deux croyants qui prient dans le Temple de Jérusalem.  Le contenu de leur prière, révélé par Jésus, montre pour l’un la fécondité que peut avoir la vie d’un croyant qui respecte presque « à la lettre » les préceptes de sa religion : le pharisien jeûne, pratique l’aumône et se démarque ainsi de toute conduite pécheresse : « Je ne suis pas comme… ».

Chose étonnante, pourtant, c’est l’autre homme, le publicain, considéré à cette époque comme un pécheur public à cause de son métier de collecteur d’impôts, qui sort du Temple en étant justifié ! C’est lui qui a trouvé la bonne façon de se tenir devant Dieu… Qu’a-t-il fait ? Rien, hormis le fait de se reconnaître pécheur devant Dieu et de laisser à Dieu l’initiative : « Prends pitié du pécheur que je suis ! »

Manifestement, la prière n’est pas le lieu pour étaler ses actions, ni pour se regarder et se livrer à une entreprise d’autosatisfaction. La prière consiste plutôt dans le fait de se tenir devant Dieu en vérité, c’est-à-dire au moins en laissant à la porte les points d’attention de la vie en société qui limitent souvent la valeur d’un individu à sa position sociale ou aux actions charitables qu’il mène.

Attention, une tendance rapide est de s’identifier au publicain, de penser « je ne suis pas comme ce Pharisien… » avec l’idée sous-jacente que le croyant pourrait vivre loin de la communauté sans plus avoir à pratiquer les œuvres de charité ou de se croire meilleur que les autres, ou encore de penser qu’il pourrait se sauver par lui-même grâce à la pratique de bonnes œuvres, sans que Dieu n’ait rien à faire !

Il est clair que la justification, et donc le salut, ne peut être au bout d’actions méritoires si ces actions nous conduisent à nous considérer comme meilleurs que les autres ou à nous séparer des autres ou encore à croire que par ces actions, nous achetons notre salut. Elle n’est pas non plus dans le fait d’être pécheur, car naturellement ce n’est pas le péché qui nous sauve. Elle est dans une reconnaissance dans la vérité et l’humilité, que le salut ne peut venir que de Dieu, que c’est lui qui nous sauve et que nos bonnes actions sont non pas la cause, mais la conséquence du fait que nous sommes sauvés. La prière devient alors pour nous la porte ouverte par laquelle Dieu vient agir en nous et nous donne la force de nous convertir chaque jour et ainsi d’accueillir chaque jour davantage le salut qu’il nous offre.

+ Père Jean-Pierre COTTANCEAU

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Date de dernière mise à jour : 2016-10-20