Faut-il dormir ou pas ?

Pere vetea docteur en droit

L’expression est à la mode dans tous les milieux, dans toutes sortes de contextes. « Djeuns », sportifs, consommateurs d’ice… – nous l’avons aussi entendu dans la bouche de retraitants, et sans doute que des prédicateurs y ont souvent recours en ce moment. Bref, l’expression est sur toutes les lèvres : « Pas dormir ! »

Mais interrogeons-nous un peu. Est-ce bien raisonnable de ne pas dormir ? Nous savons bien que le manque de sommeil peut être très dommageable pour la santé : pertes de concentration, nervosité, trous de mémoire, état dépressif. Ceux qui prennent de l’ice, les malheureux, payent très chèrement l’euphorie de longue durée que procure cette saleté.

Hasard ou heureuse coïncidence, les textes de la messe de ce dimanche font référence au sommeil. « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure », dit Jésus dans l’évangile de ce dimanche. Car l’enjeu est de taille : il faut absolument rester éveillé au risque de rater l’époux qui arrive dans la nuit, autrement dit Jésus lui-même qui passe dans nos vies. En somme : « Pas dormir ! »

La première lecture tirée du livre de la Sagesse est presque aussi éloquente. Par exemple : « Celui qui (…) cherche [la Sagesse] dès l’aurore ne se fatiguera pas » ; ou encore : « celui qui veille à cause d’elle [la Sagesse toujours !] sera bientôt délivré du souci ». Se lever de bon matin, garder les yeux ouverts dans la nuit… une fois de plus : « Pas dormir ! »

Alors, faut-il dormir ou pas ? Pour sa santé, c’est évident, dormir est essentiel pour reprendre des forces, reposer son esprit et son corps… Souvenons-nous de ce que dit Matthieu à propos de Jésus. Après une journée harassante marquée par une longue prédication et des miracles, Jésus monte dans la barque avec ses disciples. Tandis que les vagues recouvrent celle-ci, Matthieu indique que « lui dormait » (Mt 8, 24).

Et puis, n’est-ce pas dans son sommeil que Joseph voit l’Ange lui apparaître en songe, lui enjoignant de garder Marie, son épouse, car le fils qu’elle attend « vient de l’Esprit Saint » ? En remontant plus loin en arrière, n’est-ce pas durant le « sommeil mystérieux » d’Adam que Dieu façonne la femme ?

En fait, il semble qu’il y ait des bons comme des mauvais sommeils, de bonnes comme de mauvaises manières de rester éveillés. L’extrait de la lettre de saint Paul que nous lisons ce dimanche offre une bonne synthèse (1 Th 4, 13-18). La mort, endormissement ultime qui nous attend tous, est un passage obligé. Signe que nos corps ne sont pas infatigables. Que les vivants, pourtant éveillés, fassent donc attention ! Le Seigneur peut venir à tout moment pour nous emporter « sur les nuées du Ciel ».

Reste une question à cent points : au paradis, dormirons-nous ?

B.V.

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