Pardonne-nous comme nous pardonnons (2)

Mgr CottanceauQue devient la miséricorde et le pardon face à la loi ? L’application stricte de la loi, lorsqu’elle débouche sur la ‘légitime violence ‘, ne risque-t-elle pas de faire obstacle à la miséricorde et au pardon ? Tournons-nous vers Jésus et voyons comment il réagit dans l’épisode de la femme adultère (cf. Jn 8,2-11). Jésus est assis dans le temple, et donne son enseignement. Or voici qu’une femme est propulsée violemment devant tout le monde, juste à côté de lui. Et sans attendre que Jésus dise quelque chose, les scribes et les pharisiens l’interpellent : « Cette femme a commis l’adultère et, selon la loi de Moïse, elle doit mourir ». Que va faire Jésus ? S’il défend la femme, il reste l’ami du peuple, certes, mais se faisant, il s’oppose à la loi de Moïse, pourra être accusé de blasphème et risque la mort ; si, par contre, il donne raison aux scribes et aux pharisiens, c’en est fini de sa réputation d’ami des pauvres et des pécheurs, mais c’est la mort de la femme. Jésus sait que sur sa réponse se joue la vie ou la mort, pour lui et pour la femme.

Et là, silence total de Jésus ! Il se baisse et écrit sur le sol, en silence. Ce silence est tellement insupportable que les scribes et les pharisiens lui reposent la question. Jésus alors se relève et dit : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ». Ainsi, au lieu de discuter pour savoir qui a tort ou raison, si la loi est bonne ou mauvaise, Jésus renvoie chacun à sa propre vie, à sa conscience… et à son propre péché. Alors, tous s’en vont, en commençant par les plus vieux. Jésus se met de nouveau accroupi pour écrire sur le sol, une façon de dire qu’il veut éviter d’entrer en discussion avec les scribes et les pharisiens pour savoir si la loi est bonne ou non. Il ne cherche pas à ‘avoir raison’ contre ses opposants, il les respecte, mais les invite à réfléchir sur eux-mêmes : « puisque vous parlez de condamner une pécheresse, est-ce que vous allez vous mettre dans le camp des purs et des parfaits ? Si oui, jetez la première pierre. Si non, commencez par vous jeter sur vous-mêmes la première pierre ! » Jésus n’humilie pas ses adversaires, il ne leur fait aucun reproche, il se baise à nouveau pour ne pas voir ce qu’ils vont faire. Il leur permet de ne pas se sentir humiliés et respecte ainsi leur dignité. Puis, Jésus dit à la femme : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus ! ».

Dans ce conflit, il y a d’un côté les accusateurs et de l’autre côté la victime, et Jésus au milieu. On veut lui faire jouer le rôle du juge, c’est-à-dire celui qui dira qui a raison et qui a tort. Si Jésus avait été juge, il aurait dû humilier la femme en demandant les détails, en faisant rechercher l’amant. Il refuse aussi de prendre parti pour la femme comme le fait un avocat. Il ne prend le parti de personne, ni de la femme, ni des pharisiens. Il renvoie chaque partie à sa propre vie : il invite les pharisiens à réfléchir sur leur propre vie, il fait appel à leur conscience, et il fait aussi appel à la conscience de la femme en lui disant : « Va et ne pèche plus, je ne te condamne pas ». Il ne dit pas qu’elle est innocente, mais il lui ouvre un avenir en lui donnant la preuve de la miséricorde de Dieu. Finalement, Jésus au lieu de sauver la loi sauve la personne. (A suivre…)

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

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Date de dernière mise à jour : 2018-02-23