Tu ne tueras pas

Mgr Cottanceau            Le livre de l’Exode, en 20, 13, nous rapporte le 6° commandement du Décalogue donné par Yhvh à Moïse : « Tu ne tueras pas ». Ce commandement affirme le droit essentiel et fondamental de tout être humain à la vie. Il vise à garantir ce droit contre toute tentative arbitraire et délictueuse. L’homicide est l’acte le plus négatif que puisse commettre l’Homme contre l’un de ses semblables. La conscience humaine le réprouve et le condamne de façon unanime. Dans la Bible, la vie appartient à Dieu et à lui seul, et chaque personne est à l’image de Dieu. Cependant, dans les 47 emplois que fait l’AT de ce verbe « tuer », aucun ne se réfère à la peine de mort ni à l’acte de tuer pendant une guerre.  Il n’est pas non plus utilisé pour exprimer une action de Dieu ni pour donner la mort à un animal. D’autres verbes sont utilisés dans ces cas-là. L’interdiction de tuer exprimée dans ce 6° commandement concerne donc théoriquement les homicides volontaires. On peut donc dire que ce 6° commandement interdit l’homicide illégal, arbitraire. La peine de mort et le droit de guerre n’étaient donc pas compris dans ce commandement.

Sans entrer dans les débats concernant les excès commis par l’Institution dans le passé (inquisition, évangélisation par la menace des armes etc…), l’Eglise acceptait comme un « moindre mal » le recours à la peine de mort tel que prévu dans la législation de nombreux pays. Mais dans son Discours à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la publication de la Constitution apostolique Fidei depositum par laquelle Jean-Paul II avait promulgué le Catéchisme de l’Église Catholique, le Pape François a demandé de reformuler l’enseignement sur la peine de mort. Le Saint Père rappelait que «de nos jours, la peine de mort est inadmissible, quelle que soit la gravité du délit commis par le condamné». Quels qu’en soient les modes d’exécution, cette peine « implique un traitement cruel, inhumain et dégradant ». En outre, on doit s’y opposer « face au défaut d’appréciation du système judiciaire et à la possibilité de l’erreur judiciaire ». Dans cette optique, le Pape François a demandé une révision de la formulation du Catéchisme de l’Église Catholique sur la peine de mort, de manière à affirmer que «quelle que puisse être la gravité de la faute commise, la peine de mort est inadmissible, car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne ».

            Dans une lettre adressée aux évêques par le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi en date du 1° Août 2018, a été promulguée la nouvelle formulation du numéro 2267 du Catéchisme de l’Eglise Catholique concernant la peine de mort. En voici le texte :

« 2267. Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée à la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.

Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.

C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que « la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle » et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde ».

            Saluons cette prise de décision courageuse qui nous invite à découvrir plus profondément ce que signifie véritablement « être disciple de Jésus Christ ».

+ Monseigneur Jean-Pierre COTTANCEAU

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Date de dernière mise à jour : 2018-08-08