J Thompson Homélie jour des défunts 2014

j-thompson.pngEvangile de Jean 11, 32 – 45 - Cimetière de la paroisse(09/11/2014)

Homélie 

Frères et sœurs en Jésus,

Le jour des morts, est une journée de commémoration des défunts, et une journée d’intercession.  On pense à tous ceux qui nous ont quittés et qu'on n'oublie pas. C'est une occasion toute spéciale pour les familles, de rendre hommage à tous ceux qui nous ont précédés dans cette vie.

C'est aussi une journée de prière pour les morts. 

A l'occasion de cette commémoration, comme aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se rendent dans les cimetières, afin de se souvenir de leurs morts, et de prier plus spécialement pour eux.

 Le mot "cimetière est un mot d'origine latine. Inventé par les chrétiens, il signifie " dortoir",rappelant ainsi que les corps ensevelis dans la terre, attendent la résurrection promise par le Christ, cette résurrection, à laquelle nous croyons fermement.

Les deux célébrations (le 1er et le 2 novembre)  nous rappellent que nous sommes des pèlerins sur la terre. Nous ne faisons que passer ici bas. Notre demeure est dans les cieux, là où Jésus est assis à la droite du Père, là où il est allé nous préparer une place, comme il nous le dit lui-même. Bien évidemment, " les cieux " dont il est question, ne sont pas ceux au-dessus de notre tête. Dans l'Ecriture, " cieux " désigne de manière symbolique, cet océan de lumière et d'amour qu'est la vie de Dieu.

Mais si notre vie terrestre est aussi une marche, Il nous faut suivre pas à pas le Christ, afin que nous puissions, au terme de notre voyage, demeurer par Lui, auprès du Père.

Notre marche s'achèvera lorsqu’ en Jésus, et avec Marie, nous passerons de ce monde au Père. L'heure de la mort, pour un chrétien, est une pâque, un "passage".

 Pourquoi une telle perspective nous angoisserait-elle ?

Parce que la mort, au fond, c'est un phénomène banal, courant. On ouvre chaque matin son journal : notre premier geste est de lire dans la dépêche, la rubrique nécrologique, pour voir s'il n'y a pas, parmi les morts du jour, quelqu'un qu'on connaît.

Et, au fond, on est presque déçu si on ne connaît personne.

 On voit passer un enterrement : on se dit : "Tiens, il y a quelqu'un de mort dans le quartier !" Phénomène banal ! C'est une éventualité dans notre vie.

Mais une éventualité qu'on évacue rapidement de notre esprit, dans le "divertissement". On n'y pense pas. Il vaut mieux ne pas y penser.

Par contre, quand la mort est proche de nous, quand il s'agit d'un parent, de quelqu'un que nous avons bien connu, la mort d'un être proche et aimé, est toujours pour nous un déchirement.

On ne l'accepte pas facilement. On cherche des responsables. On en arrive même à se culpabiliser. Et, que l'on soit croyant ou non, on se tourne vers Dieu, au moins pour lui reprocher, cette mort qui nous scandalise.

Comme disait Marthe à Jésus : "Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort." Nous aujourd'hui, nous disons  "Mais Dieu, qu'est-ce qu'il fait ? ", ou encore : "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu", ou alors : "S'il y avait un Bon Dieu". De toute façon, on se tourne vers Dieu. On écrit même dans les faire-part des journaux : "Il a plu au Seigneur de rappeler à Lui son fidèle serviteur.

" Qu'est-ce que Dieu a donc à voir avec la mort ?

Il a quelque chose à voir. Mais pas de la manière qu'on croit. Et pas Dieu tel qu'on l'imagine trop souvent. Relisons l'Évangile de la résurrection de Lazare. Il nous dit quelque chose de très important sur le Dieu de Jésus-Christ, et sur notre destinée humaine. Pour bien comprendre cela, il faut nous rappeler cette phrase, que Jean l'Évangéliste écrit dans le prologue de son livre : "Dieu, personne ne l'a jamais vu. Seul Jésus, le Fils, nous le fait connaître." En regardant vivre Jésus, j'ai sous les yeux la seule image visible du Dieu invisible.

Or, dans ce passage d'Évangile, il y a une première chose qui m'intéresse : je vois Jésus qui pleure en arrivant au tombeau de son ami Lazare. Et j'apprends ainsi que Jésus, fils de Dieu, donc Dieu lui même, pleure la mort de ses amis ; qu'il pleure la mort de tout homme qu'il aime, sur ma propre mort, sur la mort de vous tous.

C'est exactement le contraire de l'idée que j'ai, que nous avons de Dieu : un Dieu impassible, insensible, un Dieu qui punit, un Dieu qui donne la mort. Non !

Pour l'Évangile, Dieu, c'est celui qui pleure la mort de ses amis. Dieu ne peut pas être assimilé à une puissance qui donne la mort. Il est du côté de la vie. Il est la vie : "Je suis la résurrection et la vie", déclare Jésus.

Allons plus loin dans notre recherche. Regardons de plus près le récit de la résurrection de Lazare. Certes, la mort est un phénomène qui ne peut pas nous être épargné. Mon corps, comme tout ce qui est matière, est mortel. Tout ce qui est vivant est mortel, dans le règne végétal comme dans le règne animal. Je ne peux pas prétendre vivre éternellement : les cellules de mon corps vivent, grandissent, se développent, puis meurent. Tout ce qui est vivant meurt.

Mais voici que, pour Jésus, ce phénomène naturel qu'est la mort n'est pas une fin définitive, éternelle : la mort n'est qu'un passage. Vous avez entendu Jésus qui dit, en parlant de Lazare : "Lazare, notre ami, dort." Et c'est ainsi que Jésus décrit la mort humaine. La mort ne peut s'installer à demeure chez l'homme.

Et c'est une très belle image que celle de la mort considérée comme un sommeil. Je m'enfonce dans la mort, je plonge dans la mort comme, tous les soirs, je plonge dans le sommeil. Cette mort est une espèce de perte de conscience de moi-même, comme lorsque je m'endors. Mais je sais que demain je me réveillerai à une journée nouvelle, à une vie nouvelle. L'intervention de Dieu ne se produit pas après la mort, à la fin des temps. Elle se produit tout le temps, à chaque instant de notre existence. Lorsque Jésus demande à Marthe si elle croit à la résurrection, elle répond : "Oui, je crois à la résurrection, à la fin du monde." Jésus lui dit alors : "Non ! Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, bien sûr, il passe par la mort, mais je peux t'assurer que par-delà la mort, il vivra." Parce que Dieu, c'est la vie. Et nous avons reçu au baptême la vie de Dieu, la vie éternelle. Non pas la vie plus tard, mais la vraie vie déjà commencée aujourd'hui.

Ainsi, je peux lire le geste de Jésus rendant la vie à Lazare comme un signe. Un signe de sa propre résurrection, et un signe de notre résurrection.

Comme le dit si bien le philosophe Gabriel Marcel : "Aimer quelqu'un, c'est lui dire : Toi, tu ne mourras pas." Eh bien, c'est ce que fait le Père pour son Fils bien-aimé.

Le soir du vendredi, sur la croix, il s'endort en prononçant la prière du soir de tout bon Juif : "Entre tes mains, Seigneur, je remets ma vie." Et son sommeil n'est qu'un sommeil passager, jusqu'au matin du troisième jour. Vous savez sans doute que lorsque la première génération chrétienne a cherché un mot pour rendre compte de l'expérience, dont ses membres ont été les témoins éblouis de la résurrection de Jésus, elle a employé deux mots : "Éveiller" et "Relever". Elle dit : Jésus s'est éveillé...Dieu l'a réveillé...Il l'a relevé."

Aimer quelqu'un, c'est lui dire : "Toi, tu ne mourras pas." C'est aussi ce que Dieu fait pour chacun des hommes qu'il aime. A chacun de nous il dit : "Toi, je t'aime. Tu ne mourras pas. Ta mort humaine n'est qu'un passage. Moi, je te réveillerai."

Il y a déjà dans notre vie des signes de résurrection. Il s'agit de les voir. Pour nous aujourd'hui, il en va de même. Ils sont nombreux, les signesde résurrection, les signes d'une réussite de notre humanité. Soyons attentifs à tout ce qui naît, à tout ce qui surgit, même dans la crise économique que nous vivons, sans doute à cause de cette crise qui oblige les hommes à un sursaut créateur.

Il ne suffit pas de lire les signes de résurrection. Il faut être nous-mêmes des signes de résurrection. Dans tous les actes de notre vie, dans toutes nos attitudes, et même quand nous rencontrons l'échec, la souffrance, la mort. Car la mort n'est pas éternelle.

Être des signes de résurrection, c'est croire que, par-delà la nuit, il y a la lumière du jour, qu’au delà de la mort, il y a la résurrection.

Quelques heures avant sa mort, Sainte Thérèse de L'Enfant Jésus, ne disait-elle pas à une sœur qui lui demandait, si elle éprouvait quelque crainte à la pensée de quitter bientôt ce monde: " Mais non, ma sœur, je n'ai pas peur. Quand je verrai arriver Jésus, je ne crierai pas : "au voleur, au voleur !" mais : " par ici, par ici! "

Peut-être passerons-nous de ce monde au Père à l'occasion du retour du Christ dans la gloire. Nul ne sait l'heure de ce retour, mais chaque génération chrétienne a souhaité ce retour.

Personne n'a fait l'expérience de la mort et n'est revenu pour nous en parler, sauf Jésus Christ.

Si un mort pouvait parler à ceux qui vivent encore en ce monde, il ne leur dirait rien d'autre que ceci: " L'Amour seul est digne de foi. Aimez toujours plus. Au dernier jour, vous serez jugé sur l'amour! " Mais tout cela, nous le savons déjà par l'Evangile. Il nous reste donc à en tenir mieux compte dans nos vies.

Que la Mère du ciel et de la terre nous y aide !…Amen

Joe Thompson 

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 2014-11-22