P JP POTELLE /Les neuf autres où sont-ils ?

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 28eme dimanche ordinaire

Homélie du P JP Potelle

 Luc 17, 11-19   -   2R 5, 14-17   -   2Tm 2, 8-13

 

« Les neuf autres où sont-ils ? »

 Cette question de Jésus peut être comprise de plusieurs manières. Au moins trois. La première, la plus évidente à nos petits yeux sans lunettes et celle que nous utilisons le plus souvent, c’est de considérer tout simplement que Jésus reproche aux neuf lépreux guéris leur manque de reconnaissance, leur manque de gratitude envers celui qui les avait guéris. Comme si Jésus voulait pointer du doigt l’égoïsme de ceux qui se servent de Dieu pour leur propre bien être, et l’oublient dès que ça va mieux.

 Deuxième manière de comprendre la question de Jésus ; ces hommes sont encore trop légalistes, ils manquent de liberté d’esprit. Au lieu de revenir vers Jésus pour rendre gloire à Dieu, ils ont préféré accomplir jusqu’au bout le précepte de la loi et aller se montrer aux prêtres. Ils ont encore peur de ne pas bien faire. Oui, Jésus les a guéris, et ils lui en sont reconnaissant, mais ils préfèrent rester sous la loi de Moïse et en accomplir tous les rites. Ils n’ont pas saisi que l’accomplissement de la loi c’est la foi en Jésus Fils de Dieu.

 Enfin, et là cela se complique, la question de Jésus peut être interprétée comme une interrogation beaucoup plus essentielle, une question qui interroge notre être profond. Le 10ème lépreux est parti vers les prêtres pour être définitivement purifié. Mais en chemin il revient sur ses pas. Que s’est-il passé ? A-t-il pensé ; « Ah, je suis vraiment un impoli ! Il faut que j’aille dire merci. »

 Pas exactement. Dans son cœur a jailli le souvenir de cette rencontre avec le Maître ; il se souvient comme Israël n’a cessé de faire souvenir des merveilles de Dieu dans son histoire et est ainsi devenu le peuple de Dieu. Le souvenir est le premier mot de la foi d’Israël :

 « Jacob retint le souvenir de cet évènement. » Gn 37, 11.

« Vous conserverez le souvenir de la Pâque » Ex 12 14

« Moïse dit : qu’on se souvienne de ce jour où vous êtes sortis d’Egypte. » Ex 13, 3

 Dans la 1ère lecture on voit le Syrien Naaman emporter de la terre d’Israël pour se souvenir de n’honorer que le Seigneur d’Israël. Et Paul qui adjure Timothée : « souviens-toi de Jésus Christ. » Faire souvenir, faire mémoire des merveilles de Dieu dans notre histoire.

 Jésus nous invite à nous interroger sur notre propre destinée. Sommes-nous capables de discerner les traces du passage de Dieu dans nos vies. Notre histoire personnelle est-elle une suite d’évènements dus au hasard, ou bien sommes-nous capables de la relire comme une histoire sainte ?

 Nous avons besoin d’apprendre à reconnaître la bonté de Dieu dans notre passé pour croire en l’avenir. La confiance, la foi, ne s’appuient pas d’abord sur des formules toutes faites ou des institutions vénérables, notre foi repose sur cette expérience intime que Dieu nous accompagne, dès avant notre naissance, et qu’Il nous laissera jamais tomber.

 C’est pourquoi l’Eglise nous invite chaque dimanche à célébrer le mémorial de notre salut, où nous rappelons l’immense amour de celui qui nous a aimé plus que lui-même. L’espérance, la joie ; la paix sont les fruits de ce travail de mémoire, de relecture, d’intelligence que Jésus nous invite à faire.

 La bienveillance de Dieu, sa bonté sans limites, son amour de prédilection nous accompagnent et nous guident. Alors de quoi aurions-nous peur ? Pourquoi serions-nous inquiets d’un avenir qui ne dépend pas de nous ?

 La fidélité de Dieu est notre unique appui. Et nous savons qu’elle ne nous fera jamais défaut.

 Amen

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1ère lecture : 2 Rois 5/14-17

Le général syrien Naaman, qui était lépreux descendit jusqu'au Jourdain et s'y plongea sept fois, pour obéir à l'ordre d'Élisée ; alors sa chair redevint semblable à celle d'un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l'homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Je le sais désormais : il n'y a pas d'autre Dieu, sur toute la terre, que celui d'Israël ! Je t'en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n'accepterai rien. » Naaman le pressa d'accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c'est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d'autres dieux qu'au Seigneur Dieu d'Israël. »

2ème lecture :(2 Timothée 2/8-13

Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d'entre les morts, voilà mon Évangile. C'est pour lui que je souffre, jusqu'à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n'enchaîne pas la parole de Dieu ! C'est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu'ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus Christ, avec la gloire éternelle. Voici une parole sûre : « Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous sommes infidèles, lui, il restera fidèle, car il ne peut se rejeter lui-même. »

Evangile : Luc 17, 11-19

Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » En les voyant, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. »  En cours de route, ils furent purifiés. L'un d'eux, voyant qu'il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c'était un Samaritain. Alors Jésus demanda : « Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n'y a que cet étranger ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t'a sauvé. »


 

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