Pko 01.05.2016

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°25/2016

Dimanche 1er mai 2016 – 6ème Dimanche de Pâques – Année C

Humeurs…

Nous sommes avec vous !
A’ata… du sourire au vandalisme

Les sourires fleurissent, depuis quelques semaines dans nos rues grâce à l’action de l’Association « A’ata » menée par Marie-Hélène Villierme. Même la Cathédrale s’est parée de sourires d’enfants nous rappelant au quotidien qu’une communauté a besoin de joie et d’espérance pour vivre ensemble et avancer.

Cette semaine, les médias se sont fait l’écho d’actes de vandalisme de quelques-uns sur les portraits à la montée du Tahara’a… Il est facile de comprendre et de partager la peine que cela a suscité chez ceux qui ont mis tout leur cœur à réaliser ce projet… ainsi que de la population mise, par ce fait, face à cette réalité de la violence gratuite.

Dans un premier temps, on pourrait se dire : « A’ata, c’est plutôt raté » lorsque l’on considère l’objectif d’« A’ata » : « La joie de vivre et la générosité sont des valeurs polynésiennes et la montée des violences ne doit pas nous les faire oublier ».

Et si en fait, la première réussite de « A’ata » était de nous montrer que le malaise de notre société polynésienne, et plus particulièrement de notre jeunesse, est beaucoup plus profond encore que ce que nous imaginions.

Une souffrance telle qu’elle va jusqu’à rendre un sourire insupportable à certains… qu’elle fasse qu’un sourire puisse devenir générateur de violence… N’est-ce pas là ce que ces actes de vandalisme nous révèlent.

Non, je ne crois pas que ces dégradations soient un échec pour « A’ata » … elles conduisent peut-être à ce que cette action aille au-delà de son projet initial… La mission d’« A’ata » n’aura pas été simplement de semer de l’espoir et des sourires, mais de révéler la profondeur de la « désespérance »  pour certains de nos frères et sœurs de Polynésie… Saurons-nous entendre ce cri ?

Le « Paradis » est devenu pour bon nombre de nos concitoyens un « Enfer »… c’est une réalité… Qui la prendra en compte ? Qui se lèvera pour nous secouer… nous sortir de notre léthargie et de nos beaux discours ?

Marie-Hélène… et vous, jeunes membres de l’Association « A’ata », ne soyez pas déçus, ne vous découragez pas… il n’y a aucun échec… simplement votre action vous a conduit… et nous amène tous, bien plus loin que vous ne l’aviez imaginé : Toucher du doigt la profondeur abyssale de la désespérance de certains de nos frères et sœurs.

Merci « A’ata »… Merci Marie-Hélène

Nous sommes avec vous !

Chronique de la roue qui tourne

La Brebis perdue vue avec la Miséricorde

Et il dit à leur adresse cette parabole : « Qui d'entre vous, ayant cent brebis, s'il en perd une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, pour aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée ? Et quand il l'a retrouvée, il la met sur ses épaules tout joyeux et, de retour à la maison, il convoque les amis et les voisins et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue.” » Évangile de Saint Luc (15, 3-6)

Quel chrétien ne connait pas cette magnifique parabole, celle de la brebis perdue ? Nous imaginons déjà l’inquiétude de notre berger de ne plus nous voir. Nous imaginons déjà le moment de tendresse lorsqu’il va nous retrouver. Nous nous imaginons déjà sur ses épaules, heureux de rentrer à la maison. Quelle joie de connaître un si grand amour, pauvres et futiles brebis que nous sommes ! Quelle joie de savoir que quelqu’un est prêt à laisser 99 autres juste pour nous ! Quelle joie de se sentir aussi important aux yeux de quelqu’un !

Mais, l’année de la miséricorde nous invite à vivre cette parabole autrement. L’année de la miséricorde nous invite à transformer notre joie d’être sauvés en joie de voir l’autre sauvé. Arrêtons d’être centrés sur nous-mêmes. L’amour du berger n’est nullement sélectif. Le chapitre 15 ne parle pas d’une brebis spéciale, plus vertueuse. C’est juste une brebis qui s’est perdue. Donc, au fond, qu’importe qui elle est, elle fait partie du troupeau. Tout le monde peut être cette brebis ! Même ceux que nous n’aimons pas ! Relisons les deux premiers paragraphes où la brebis perdue serait quelqu’un qui nous aurait blessés et qui nous aurait nuis. Pourquoi ne serait-elle pas recherchée et aimée du berger ? Pourquoi la joie d’être sauvé ne serait légitime que pour nous ? Sommes-nous sûrs de « mériter » plus qu’un autre ?

Mais si la brebis peut être tout le monde, la parabole se termine en s’adressant à chacun d’entre nous : « Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue. » En sommes-nous capables ? Ou notre joie, purement égoïste, disparaitrait-elle définitivement en voyant quelqu’un sur les épaules du berger ? Pourtant voilà l’essence même de l’année de la Miséricorde.

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

La parole aux sans paroles – 33

Portrait d’un bénévole – Rauraa

On croit souvent que l’altruisme s’acquiert avec l’âge. Rauraa, le « petit nouveau » parmi les bénévoles de Te Vaiete, démontre tout le contraire. C’est une ferme volonté d’aider son prochain qui a conduit ce trentenaire à Te Vaiete. Aujourd’hui il est heureux de jongler avec son travail au refuge pour chiens de Papeete et son bénévolat.

Pourquoi et comment es-tu devenu bénévole à Te Vaiete ?

« Ça faisait un moment que je voulais m’investir dans ce type d’action. J’ai cherché sur internet des associations à aider et j’ai trouvé Te Vaiete. Alors un matin, je suis venu. Père Christophe n’était pas encore arrivé mais il y avait quelques bénévoles. Je m’approche d’une et je lui dis : "J’ai du temps à donner." Et elle me répond : "Il est grand ton thon ?". (Rires) On n’était pas sur le même mot. »

Qu’est-ce que ça t’apporte ?

« Ça me calme. (Rires) Ça donne aussi la vraie valeur des choses. Quand tu sors d’ici, tu te sens chanceux d’avoir un toit et des gens qui t’aiment. Eux n’ont pas ça. »

La plus belle chose qui t’est arrivée à Te Vaiete ?

« De rencontrer d’autres bénévoles heureux de venir servir ici. Ça met vraiment une bonne ambiance en cuisine et j’aime beaucoup commencer mes journées comme ça. Je travaille mais je viens à chaque fois que je peux. Et si je peux venir tous les jours, je viens tous les jours. »

Le plus dur à Te Vaiete ?

« Rien, il n’y a rien de dur ici… pour l’instant ! (Rires) Ça ne fait pas longtemps que je viens aussi, ça fait quelques semaines seulement. Donc pour le moment, ce n’est que du bonheur. »

Ton premier jour à Te Vaiete ?

« Mon premier jour a commencé la veille. (Rires) J'ai repéré les lieux et je me suis renseigné sur les horaires. J’arrive donc le jour “J” avec l'histoire du temps/thon … j'entre dans le local et je vois tout le monde qui s'agite, chacun sait ce qu'il a à faire. J'ai un peu de mal à trouver ma place, moi qui suis timide, mais il y a Père Christophe qui te mets tout de suite dans le bain, enfin dans la cuisine. (Rires) Et c'était parti ! »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

Jésus, bon samaritain, se penche pour guérir nos blessures

Audience générale du mercredi 27 avril 2016 - pape François

Cette semaine, lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi son exploration du thème de la miséricorde dans les enseignements de Jésus, en s’arrêtant cette fois-ci sur la parabole du Bon Samaritain, tirée du chapitre 10 de l’Évangile selon saint Luc.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous réfléchissons aujourd’hui sur la parabole du bon samaritain (cf. Lc 10, 25-37). Un docteur de la Loi met à l’épreuve Jésus, avec cette question : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (v. 25). Jésus lui demande de donner lui-même la réponse, et celui-ci la donne parfaitement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même » (v. 27). Jésus conclut alors : « Fais ainsi et tu vivras » (v. 28).

Alors, cet homme pose une autre question, qui devient très précieuse pour nous : « Et qui est mon prochain ? » (v. 29), en sous-entendant : « Mes parents ? Mes concitoyens ? Ceux de ma religion ?... ». En somme, il veut une règle claire qui lui permette de classifier les autres entre les « prochains » et les « non-prochains », entre ceux qui peuvent devenir prochains et ceux qui ne peuvent pas devenir prochains.

Et Jésus répond par une parabole, qui met en scène un prêtre, un lévite et un samaritain. Les deux premiers sont des figures liées au culte du temple ; le troisième est un juif schismatique, considéré comme un étranger, païen et impur, c’est-à-dire le samaritain. Sur la route de Jérusalem, à Jéricho, le prêtre et le lévite rencontrent un homme à moitié mort, que des brigands ont attaqué, dérobé et abandonné. Dans une telle situation, la Loi du Seigneur prévoyait l’obligation de lui porter secours, mais tous deux passent leur chemin sans s’arrêter. Ils étaient pressés... Sans doute le prêtre a-t-il regardé sa montre et a dit : « Je vais arriver en retard à la Messe... Je dois dire la Messe ». Et l’autre a dit : « Je ne sais pas si la Loi me le permet, parce qu’il y a du sang ici, et je serai impur... ». Ils changent de chemin et ne s’approchent pas. Ici, la parabole nous offre un premier enseignement : celui qui fréquente la maison de Dieu et connaît sa miséricorde ne sait pas automatiquement aimer son prochain. Ce n’est pas automatique ! Tu peux connaître toute la Bible, tu peux connaître toutes les rubriques liturgiques, tu peux connaître toute la théologie, mais connaître ne signifie pas automatiquement aimer : aimer est un autre chemin, il faut de l’intelligence, mais aussi quelque chose en plus... Le prêtre et le lévite voient, mais ignorent ; ils regardent, mais ne prévoient pas. Pourtant, il n’existe pas de véritable culte si celui-ci ne se traduit pas en service au prochain. Ne l’oublions jamais : face à la souffrance de tant de personnes épuisées par la faim, par la violence et par les injustices, nous ne pouvons pas demeurer spectateurs. Ignorer la souffrance de l’homme, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie ignorer Dieu ! Si je ne m’approche pas de cet homme, de cette femme, de cet enfant, de cette homme âgé ou de cette femme âgée qui souffre, je ne m’approche pas de Dieu.

Mais venons-en au cœur de la parabole : le samaritain, c’est-à-dire précisément celui qui est méprisé, celui sur lequel personne n’aurait rien parié, et qui, par ailleurs, avait lui aussi ses occupations et des choses à faire, quand il vit l’homme blessé, ne passa pas son chemin, comme les deux autres, qui étaient liés au Temple, mais « il fut saisi de compassion » (v. 33). L’Évangile dit : « Il fut saisi de compassion », c’est-à-dire que son cœur, ses entrailles se sont émus ! Voilà la différence. Les deux autres « virent », mais leur cœur demeura fermé, froid. En revanche, le cœur du samaritain était en accord avec le cœur même de Dieu. En effet, la « compassion » est une caractéristique essentielle de la miséricorde de Dieu. Dieu a de la compassion pour nous. Qu’est-ce que cela veut dire ? Il souffre avec nous, il sent nos souffrances. Compassion signifie : « souffrir avec ». Le verbe indique que les entrailles s’émeuvent et tressaillent à la vue du mal de l’homme. Et dans les gestes et dans les actions du bon samaritain, nous reconnaissons l’action miséricordieuse de Dieu dans toute l’histoire du salut. C’est la même compassion avec laquelle le Seigneur vient à la rencontre de chacun de nous: Il ne nous ignore pas, il connaît nos douleurs, il sait combien nous avons besoin d’aide et de réconfort. Il vient près de nous et ne nous abandonne jamais. Que chacun de nous se pose la question et réponde dans son cœur : « Est-ce que j’y crois ? Est-ce que je crois que le Seigneur a de la compassion pour moi, tel que je suis, pécheur, avec beaucoup de problèmes et tant de choses ? ». Pensons à cela et la réponse est : « Oui ! ». Mais chacun doit regarder dans son cœur pour voir s’il a la foi dans cette compassion de Dieu, du Dieu bon qui s’approche, nous guérit, nous caresse. Et si nous le refusons, Il attend : Il est patient et Il est toujours à nos côtés.

Le samaritain se comporte avec une véritable miséricorde : il panse les blessures de cet homme, le porte jusqu’à une auberge, en prend soin personnellement et se charge de son assistance. Tout cela nous enseigne que la compassion, l’amour, n’est pas un vague sentiment, mais signifie prendre soin de l’autre jusqu’à payer de sa personne. Cela signifie se compromettre en accomplissant tous les pas nécessaires pour « s’approcher » de l’autre jusqu’à s’identifier à lui : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Voilà le Commandement du Seigneur.

Ayant conclu la parabole, Jésus renverse la question du docteur de la Loi et lui demande : « Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » (v. 36). La réponse est finalement sans équivoque : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui » (v. 37). Au début de la parabole, pour le prêtre et le lévite, le prochain était le mourant ; au terme de celle-ci, le prochain est le samaritain qui s’est fait proche. Jésus renverse la perspective : ne cherche pas à classifier les autres pour voir qui est le prochain et qui ne l’est pas. Tu peux devenir le prochain de toute personne que tu rencontres qui est dans le besoin, et tu le seras dans ton cœur si tu as de la compassion, c’est-à-dire si tu as la capacité de souffrir avec l’autre.

Cette parabole est un merveilleux cadeau pour nous tous, mais elle est aussi exigeante ! À chacun de nous, Jésus répète ce qu’il dit au docteur de la Loi : « Va, et toi aussi, fais de même » (v. 37). Nous sommes tous appelés à parcourir le même chemin que le bon samaritain, qui est la figure du Christ : Jésus s’est penché sur nous, il est devenu notre serviteur, et ainsi, il nous a sauvés, afin que nous aussi, nous puissions nous aimer comme Il nous a aimés, de la même façon.

Frères et sœurs, ne soyons pas indifférents aux souffrances des personnes que nous rencontrons. À l’exemple de Jésus, notre bon Samaritain qui se penche sur nous pour guérir nos blessures, sachons éprouver de la compassion et leur porter secours.

Que Dieu vous bénisse !

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

La confession du Jubile… mode d’emploi

Dix recommandations du Pape François

Les images du pape François venant à pied place Saint-Pierre pour entendre les confessions des jeunes de 13-16 ans, à l’occasion de leur jubilé de la miséricorde, samedi dernier, 23 avril, ont fait le tour du monde. Le pape s’est rendu disponible de 11h30 à 12h45, pour 16 jeunes, garçons et filles, au milieu de 150 autres prêtres, assis sur de simples chaises en plastique, place Saint-Pierre, le long de la colonnade du Bernin. Mais que recommande le pape à qui vient demander le sacrement de la réconciliation, et aux confesseurs ?

Voici dix passages tirés de son livre « conversation » avec le journaliste italien Andrea Tornielli : Le nom de Dieu est Miséricorde (Robert Laffont/Presses de la Renaissance).

1. Je m’entends dire aux confesseurs : Parlez, écoutez patiemment et dites surtout aux personnes que Dieu les aime bien. Et si le confesseur ne peut pas absoudre, qu’il explique pourquoi et qu’il donne quand même sa bénédiction, même si elle n’est pas accompagnée de l’absolution sacramentelle. L’amour de Dieu est aussi là pour celui qui n’est pas en mesure de recevoir le sacrement : cet homme, cette femme, ce jeune, cette jeune fille, aimés de Dieu, cherchés par Dieu, ont besoin d’une bénédiction.

2. Les apôtres et leurs successeurs – les évêques et les prêtres qui sont leurs collaborateurs – deviennent des instruments de la miséricorde de Dieu. Ils agissent in persona Christi. C’est vraiment très beau.

3. Se confesser à un prêtre c’est une façon de mettre sa vie entre les mains et dans le cœur de quelqu’un d’autre qui agit alors au nom de Jésus et à sa place. C’est une façon d’être concrets et authentiques : de se placer face à la réalité en regardant quelqu’un d’autre et non pas à un autre soi-même, reflété dans un miroir.

4. Je peux, certes, parler avec le Seigneur, lui demander directement pardon, l’implorer. Et le Seigneur me pardonne sur-le-champ. Mais il est important que, dans un confessionnal, je me place moi-même devant un prêtre qui représente Jésus, que je m’agenouille face à notre Mère l’Église, appelée à distribuer la miséricorde de Dieu. Il y a une objectivité dans le geste de s’agenouiller devant un prêtre qui, à ce moment-là, devient l’instrument par lequel la grâce me parvient et me guérit.

5. En tant que confesseur, y compris lorsque j’ai trouvé porte close, j’ai toujours cherché une fente, une fissure, pour ouvrir cette porte et arriver à accorder le pardon de la miséricorde.

6. Il est bon que celui qui se confesse ait honte de son péché : la honte est une grâce qu’il faut demander, un bon élément, positif, qui nous rend humbles.

7. Il y a aussi l’importance du geste. Rien que le fait d’aller vers le confessionnal montre bien qu’il y a un début de repentir, même s’il n’est pas conscient. Sans ce mouvement initial, la personne n’y serait pas allée. Le fait qu’elle s’y trouve peut manifester un désir de changement. Sa parole est importante parce qu’elle explicite son geste. Cela étant, le geste en soi reste important.

8. Quels conseils donnerais-je au pénitent pour qu’il fasse une bonne confession? Qu’il réfléchisse à la vérité de sa vie face à Dieu, à ce qu’il sent, à ce qu’il pense. Qu’il sache se regarder sincèrement lui-même et son péché. Qu’il se sente pécheur, qu’il se laisse surprendre, étonner par Dieu.

9. La miséricorde existe, mais si tu ne veux pas l’accueillir, si tu ne te reconnais pas pécheur, ça veut dire que tu ne veux pas en être l’objet, que tu n’en ressens pas le besoin.

10. Il y a beaucoup de personnes humbles qui avouent leurs rechutes. Ce qui est important dans la vie de chaque homme, de chaque femme, ce n’est pas de ne jamais chuter en chemin. Ce qui est important c’est de toujours se relever, de ne pas rester par terre, à se « lécher les blessures » (1). Le Seigneur de la Miséricorde qui me pardonne toujours, m’offre ainsi la possibilité de toujours recommencer.

© Zenit - 2016

Panorama des religions dans le monde en 2050

Que seront les religions en 2050 ?

En 2050, les musulmans devraient être au nombre de 2,76 milliards, contre 1,6 milliard aujourd'hui selon le Pew Research Center. Les chrétiens devraient passer de 2,17 milliards à 2,90 milliards. La jonction entre les deux pourrait se faire à l'horizon 2070.

Atlantico : Selon le Pew Research Center, d'ici 2050 la population musulmane sera presque aussi nombreuse que la population chrétienne, passant respectivement de 1,6 milliard et 2,17 milliards en 2010 à 2,76 milliards et 2,92 milliards en 2050. Quels sont les facteurs explicatifs ?

Gérard-François Dumont : Plusieurs facteurs expliquent un taux de croissance mondial des musulmans supérieur à celui des chrétiens.

Premièrement, il faut considérer la fécondité selon les religions. Certes, la fécondité des pays à majorité musulmane est fort différente avec, par exemple, 1,8 enfant par femme en Iran et 6,1 au Mali.

Mais, en moyenne, les musulmans ont la fécondité la plus élevée de toutes les catégories religieuses avec 3,1 enfants par femme en moyenne mondiale alors que les chrétiens, en deuxième position, comptent 2,7 enfants par femme, niveau atteint surtout grâce à la fécondité élevée des pays à majorité chrétienne d’Afrique subsaharienne. Les hindouistes se classent troisièmes avec, en moyenne, 2,4 enfants par femme, un niveau quasi équivalent à la moyenne mondiale – 2,5 enfants par femme. La fécondité moyenne des juifs est légèrement inférieure : 2,3 enfants par femme. La fécondité la plus basse est celle des bouddhistes, seulement 1,6 enfant par femme, notamment parce que les bouddhistes se trouvent principalement dans des pays d’Asie orientale – 93 % de la population de la Thaïlande, 36 % de celle du Japon, 23 % de celle de la Corée du Sud et 18 % de la population de la Chine - ou d’Asie du Sud-Est – 21 % de la population de Taiwan - où la fécondité est souvent considérablement abaissée. À l’horizon 2050, l’avancée projetée dans la transition démographique des pays du Sud dont la fécondité est encore élevée doit se traduire par une baisse de celle-ci. Mais, ne serait-ce que par effet de vitesse acquise, la fécondité plus élevée des musulmans engendre un taux de croissance supérieur à celui des chrétiens, d’autant plus que s’ajoute une deuxième explication : la structure par âge des musulmans est plus favorable à la natalité.

Les populations musulmanes ont en effet aujourd'hui, en moyenne, une composition par âge plus jeune que les adeptes des autres religions ou que les personnes sans religion. Compte tenu de cette jeune composition par âge, la proportion des femmes en âge fécond est plus importante dans la population musulmane que dans la population chrétienne, et elle va le demeurer. En conséquence, la combinaison, chez les musulmans, d'une fécondité plus élevée et d'un pourcentage plus important de femmes en âge de procréer se traduit inévitablement par une croissance démographique plus forte que dans tous les autres groupes religieux.

Troisième élément : aujourd'hui, dans certains pays musulmans, l'espérance de vie est encore relativement faible, ce qui limite le nombre d’habitants. Comme cette espérance de vie est projetée en hausse, elle devrait favoriser un poids démographique accru des musulmans alors que, par exemple, les progrès possibles d’espérance de vie des populations bouddhistes sont moindres compte tenu des progrès déjà réalisés. Dans les pays à majorité musulmane en retard sur le plan de la mortalité infantile ou de la mortalité maternelle, comme l’Afghanistan ou le Soudan, l’amélioration possible devrait accroître les taux de survie des enfants ou des mères, facteurs favorables à une hausse du nombre de musulmans.

Les trois éléments ci-dessus se conforment à la méthode que nous avions utilisée avec une hypothèse présupposant le caractère globalement héréditaire de l’appartenance religieuse et prenant en compte la diversité des situations comme des dynamiques démographiques.

La véritable nouveauté du rapport du Pew Research Center est de proposer une mesure des possibles conversions. Le rapport calcule donc des projections de conversions : changements de religion ; abandons d’une religion pour devenir sans religion ; ou personnes sans religion adhérant à une religion. Le modèle utilisé par le rapport conclut que les flux de conversions les plus importants, à l’horizon 2050, concerneraient la chrétienté et les personnes sans religion. Sous l’unique effet des conversions, la chrétienté connaîtrait une diminution de 66 millions de personnes, résultant d’un solde de 106 millions quittant la religion chrétienne et de 40 millions l’embrassant ; et 61,5 millions de personnes iraient vers l'absence de religion. Parmi les autres religions perdantes ou gagnantes du fait des conversions, les chiffres sont beaucoup plus faibles ; le bouddhisme serait affecté par une perte nette de 2,85 millions ; en revanche, l’islam gagnerait 3,2 millions, solde entre des personnes d'origine non musulmane qui deviendraient musulmanes, soit 12,6 millions, et de musulmans qui quitteraient la religion musulmane, soit 9,4 millions. La perte du fait des conversions des juifs serait moindre, une diminution du 310 000, mais un tel chiffre représenterait une proportion fort importante, puisque les juifs sont estimés à 13,86 millions en 2010,  

Atlantico : Cela signifie donc que 10 à 20 plus tard, l'islam devrait être la religion la plus représentée dans le monde ?

Si ce qu’on appelle en prospective les « tendances lourdes » se poursuivent, le nombre des musulmans dans le monde pourrait rejoindre celui des chrétiens vers 2070. Toutefois, de nombreuses ruptures peuvent se produire d'ici 2050, et plus encore d’ici 2070, aboutissant à des données fort différentes des projections réalisées : guerres meurtrières touchant davantage certaines religions que d’autres, conflits meurtriers au sein de la même religion, sous-alimentation ou mauvaise alimentation réduisant l’espérance de vie, morbidité réduisant la fertilité, détérioration dans la gouvernance de certains pays, maintien d’habitudes culturelles limitant les progrès dans l’espérance de vie des femmes, pollutions mortifères, généralisation de la demande d’euthanasie dans certains pays, etc. Par exemple, l'hypothèse que les taux de mortalité maternelle vont baisser davantage dans le monde musulman n'est pas certaine parce qu'il y a des pays où la situation sanitaire ne va pas nécessairement s'améliorer en raison de mauvaises gouvernances ou de guerres.

Mais des ruptures contraires sont aussi possibles : gouvernances favorables à la longévité, innovations technologiques ou encore progrès médicaux et pharmaceutiques.

Atlantico : Cela signifie-t-il que la religion musulmane sera très présente dans toutes les parties du monde, ou bien des zones pourraient-elles ne pas être concernées ?

Comme nous l’avions annoncé, le XXIe siècle se caractérise par un changement structurel inédit dans la géographie des religions.

Jusqu'au XXIe siècle, le christianisme avait une caractéristique unique parmi les religions du monde : être la seule religion universelle, présente sur l'ensemble des continents et la quasi-totalité des pays, même si c’est parfois de façon minoritaire ou très minoritaire. Par exemple, il ne faut pas oublier que la chrétienté est très présente dans les pays arabes du Golfe en raison du nombre élevé d’immigrants chrétiens – il est vrai à statut temporaire mais de facto permanent, du fait du phénomène de noria. Encore aujourd’hui, plus des trois quarts des pays du monde classent le christianisme comme la religion pratiquée par la majorité de leur population.

Depuis son installation au VIIe siècle et sous l’effet de son extension, la religion musulmane s’est constituée un vaste espace allant du Maroc à la région ouïgoure de la Chine en Asie orientale et à l'Indonésie puis, très minoritairement, aux Philippines, en Asie du Sud-Est, mais sans parvenir à dominer tous les pays de ce vaste triangle, comme l’Inde, la Thaïlande, le Sri Lanka ou le Viêt-Nam. En Afrique, l’islam est parvenu à s’étendre sur la moitié Nord et s’est trouvé en quelque sorte stoppé dans les zones forestières à climat équatorial ou tropical humide.

Cette religion était donc absente de trois continents : l'Europe (hormis quelques pays balkaniques ayant subi la colonisation ottomane, comme l'Albanie, le Kosovo ou la Bosnie), l'Amérique et l'Océanie. L’islam, au moins jusqu’aux trois quarts du XXe siècle, n'est donc pas une religion planétaire.

Puis un changement majeur s’effectue sous l’effet de phénomènes migratoires, plus précisément des nouvelles logiques migratoires. Les migrations internationales contemporaines, lorsqu’elles prennent la nature d’immigrations de peuplement, voient la religion musulmane s'installer dans des régions, comme l’Europe ou l’Amérique où, auparavant, elle était quasi absente. Dans la moitié Sud de l'Afrique, l’islam connaît également une expansion, non pour des raisons migratoires, mais sous l’effet de financements venus de pays du Golfe qui offrent des formations et des revenus à des Africains en leur assurant la construction, et parfois l’entretien, de mosquées sur des territoires auparavant à dominante chrétienne ou animiste.

Autre exemple : l'islam était totalement absent du Brésil. Mais comme l'agriculture brésilienne est en train de fabriquer des produits alimentaires halal pour les vendre dans les pays musulmans, des Brésiliens ont fait venir des musulmans pour les charger de contrôler les normes halal. C’est ainsi qu’une ambition économique eut pour conséquence une présence culturelle musulmane auparavant inexistante. La géographie économique a ainsi des effets sur la géographie culturelle. Dernier exemple : au Japon, le nombre de musulmans, auparavant nul, augmente pour répondre au besoin de main-d’œuvre d’un pays dont la population active diminue.

Atlantico : En France, a-t-on une idée de la répartition des différents groupes religieux dans la population à l'horizon 2050 ?

En France, les estimations du Pew Research Center diffèrent peu de celles précédemment établies par Population & Avenir. Elles indiquent, pour la métropole, 63 % de chrétiens (ce qui ne veut pas dire pratiquants), 7,5 % de musulmans et 28 % de sans religion. Compte tenu de la composition par âge vieillie des chrétiens et de la « conversion » à l’absence de religion, les chrétiens deviendraient minoritaires vers 2050, avec 43 % de la population ; les sans religion monteraient à 44 %, devançant donc légèrement les chrétiens. Les musulmans composeraient 11 % de la population, pourcentage prenant aussi en compte une désaffiliation de certains musulmans. De tels chiffres donnent des indications globales, donc peu fines, interdisant par exemple de savoir comment les Français musulmans se répartiraient entre des coutumes pacifiées ou séculières et des interprétations littérales du Coran, de type salafiste ou wahhabite.

Atlantico : Les athées, les agnostiques et toutes autres personnes ne se réclamant pas d'une religion, représenteront une part moins importante de la population mondiale. Le déclin du sentiment religieux en Occident ne serait donc qu'anecdotique ?

À l’horizon 2050, le nombre de personnes sans religion dans le monde, partant de 1,1 milliard en 2010, serait à peine en augmentation à 1,2 milliard, soit une diminution relative puisque ce groupe passerait de 16 % de la population mondiale en 2010 à 13 % en 2050. Cette baisse relative s’expliquerait notamment parce que la fécondité des personnes sans religion est l'une des plus faibles, avec seulement 1,7 enfant par femme. Toutefois, le pourcentage des personnes sans religion augmenterait en Europe et en Amérique du Nord.

De façon globale, la projection annonce une montée mondiale de l’appartenance religieuse. D’ailleurs, il se pourrait que la montée soit encore plus nette si le pourcentage des sans religion en Chine, estimé à 52 % en 2010 et projeté à 51 % en 2050, baissait de façon significative.

Atlantico : La religion relevant de la conviction personnelle, quelle est la limite de ce type d'étude démographique ?

Pour estimer les appartenances religieuses actuelles, indispensables à l’établissement de projections, le Pew research center se fonde sur des enquêtes réalisées dans différents pays du monde car il y a peu de pays, comme l'Inde, où des chiffres extrêmement précis sont disponibles, le recensement indien donnant, par village, le nombre d'hindouistes, de chrétiens, de musulmans, de sikhs.....

Dans la plupart des pays, les données sur la répartition religieuse dépendent de la qualité des échantillons et doivent être examinées avec un sens critique même si leur valeur, en tant qu’ordre de grandeur et non de résultats précis, est souvent acceptable. Quant aux projections, elles sont fondées par définition sur des hypothèses souffrant le risque d’être démenties. Mais elles fournissent des résultats utiles afin, dans le futur, de comprendre les raisons des écarts entre les projections et les réalités alors constatées.

Propos recueillis par Gilles Boutin

© Atlantico.fr - 2016

Le travail est-il bon pour l’homme ?

Déclaration du comité épiscopal du monde ouvrier, le 1er mai 2000

Le débat sur la réduction du temps de travail relance des questions sur la place du travail dans notre société.

Des progrès technologiques remarquables ont bouleversé les façons de travailler. La course au profit engendre de nouvelles dépendances : exigences de souplesse et de flexibilité, pratique des flux tendus. De plus en plus de salariés expriment l’état de stress dans lequel ils vivent, eux et leurs familles. Faut-il donc tout accepter pour garder son emploi ?

Le monde du travail est marqué par une précarité grandissante. La plupart des nouvelles embauches se font hors contrat stable. Ce qui était prévu comme mesure d’insertion devient mode normal de recrutement. Même si le chiffre officiel des chômeurs diminue, nous ne pouvons pas nous résigner à voir des travailleurs ballottés entre stages, intérim et CDD, pour finir dans le cycle infernal du chômage. Les inégalités sociales s’accentuent.

Pourquoi vouloir travailler moins ? Pour une moindre fatigue et une meilleure santé, mais aussi pour avoir le temps de vivre en famille et dans les différents lieux où chacun est appelé à exercer sa responsabilité de citoyen. Que deviennent ces objectifs avec l’annualisation du temps de travail et quand il devient difficile de prévoir son emploi du temps ? Le projet veut d’abord contribuer à la création d’emplois. Un effort important est engagé par les organisations syndicales pour concrétiser cet objectif. Des résultats sont obtenus. La vie militante y a trouvé un nouveau dynamisme. Les négociations sont l’occasion, particulièrement pour les jeunes, de découvrir les syndicats et d’y prendre leur place.

Le regard que nous portons sur ces situations est marqué par nos options sociales et politiques. Nous sommes aussi éclairés et animés par notre foi de chrétiens.

Nous croyons en Dieu solidaire des hommes. Quand l’homme est blessé, atteint dans sa dignité, Dieu lui-même est touché. Il est éprouvé par notre souffrance. Il nous donne la capacité de lutter contre tout ce qui écrase les personnes. Il nous redit comme autrefois à Moïse : « J’ai vu la misère de mon peuple, je l’ai entendu crier. Je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer… Va je t’envoie. » Quand Jésus vient partager la vie des hommes et des femmes voici 2000 ans, il rencontre d’abord les malades et les exclus, permettant à chacun de se lever, de retrouver goût à la vie et de reprendre sa place dans la société : « Lève-toi et marche ! »

Nous croyons à la force de la Parole de Dieu qui nous crée à l’image de Jésus et nous rend libres et responsables. Il nous envoie «pour que tous aient la vie et la vie en abondance.» Dans notre foi, nous puisons le courage de l’espérance. Nous ne sommes pas prisonniers de la fatalité. Ce monde est entre nos mains.

Le XXe siècle s’ouvre sur un capitalisme triomphant dans lequel le marché est la loi; le profit, la norme d’action; la consommation, l’objectif. Nous vivons dans un monde devenu planétaire. La mondialisation de l’économie marque notre existence quotidienne. Dans ce cadre, les marchés financiers jouent un rôle considérable. Des entreprises rentables ferment leurs portes dès qu’il est possible de produire moins cher ailleurs. Dans le même temps s’affichent sans pudeur des profits gigantesques et les salaires scandaleux de quelques-uns. Nous ne nous résignerons jamais à une mondialisation synonyme d’exploitation.

Dans ce contexte, beaucoup de décisions nous sont présentées comme inéluctables. Nous refusons cette façon de voir. Ce qui se passe aujourd’hui ne résulte pas de la fatalité mais de choix sociaux, économiques, politiques conscients. D’autres choix qui servent davantage le bonheur et l’épanouissement du plus grand nombre sont possibles. L’une des grandes tâches actuelles consiste à maîtriser la sphère économique. Cela ne se fera pas sans la participation des travailleurs et sans une prise de conscience plus forte de notre solidarité au plan international.

Nous ne pouvons pas accepter que le travail soit considéré comme une simple marchandise. Dans son encyclique sur le travail, le pape Jean-Paul II écrivait : « L’Église est convaincue que le travail constitue une dimension fondamentale de l’existence de l’homme sur la terre… Le travail est avant tout, pour l’homme, et non l’homme pour le travail. » Si le travail n’est pas le seul lieu d’insertion et de reconnaissance sociales, il est un lieu central et déterminant pour la structuration des personnes et de la vie sociale. Avec tous les militants qui luttent au quotidien avec leurs organisations, nous continuons à affirmer que le travail est un droit pour tous, jeunes, hommes et femmes, français et immigrés.

Nous avons choisi de faire paraître ce message pour le 1er mai, journée significative dans l’histoire des travailleurs et du mouvement ouvrier. Nous voulons qu’il marque notre solidarité avec ceux qui subissent des situations injustes et avec ceux qui refusent de baisser les bras. Qu’il soit un encouragement pour tous ceux qui, dans leurs diverses responsabilités, continuent à croire que créer des emplois, c’est possible. Qu’il soit une invitation à prendre sa place dans l’action avec d’autres.

Nous souhaitons aussi que cette déclaration soit l’occasion d’échanges à partir de ce qui se joue dans le monde du travail: quelle société voulons-nous construire ? Sur quoi se fondent nos choix ? Quels objectifs cherchons-nous à atteindre ?

La construction d’un monde plus juste est la condition de la paix. Nous avons besoin de partager, dans la diversité de nos idées et de nos croyances, nos raisons de vivre et d’agir. Ensemble nous pourrons tenir et espérer encore.

© Conférence des Évêques de France - 2000

Commentaire des lectures du dimanche

 

1. Dans l’Évangile, nous avons entendu un passage des discours d’adieu de Jésus, rapportés par l’évangéliste Jean dans le contexte de la dernière Cène. Jésus confie aux Apôtres ses dernières pensées comme un testament spirituel, avant de les laisser. Le texte d’aujourd’hui insiste sur le fait que la foi chrétienne est toute centrée sur le rapport avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Celui qui aime le Seigneur Jésus l’accueille en soi-même, ainsi que le Père, et, grâce à l’Esprit Saint, accueille l’Évangile dans son cœur et dans sa vie. Là nous est indiqué le centre d’où tout doit partir et où tout doit conduire : aimer Dieu, être disciples du Christ en vivant l’Évangile. En s’adressant à vous, Benoît XVI a utilisé cette expression : être conforme à l’Évangile. Chères Confraternités, la piété populaire, dont vous êtes une importante manifestation, est un trésor de l’Église que les Évêques latino-américains ont défini, de façon significative, comme une spiritualité, une mystique, un « espace de rencontre avec Jésus Christ ». Puisez toujours au Christ, source inépuisable, renforcez votre foi, en ayant souci de la formation spirituelle, de la prière personnelle et communautaire, de la liturgie. Au fil des siècles, les Confraternités ont été des foyers de sainteté pour beaucoup de personnes qui ont vécu avec simplicité une relation intense avec le Seigneur. Marchez avec résolution vers la sainteté ; ne vous contentez pas d’une vie chrétienne médiocre, mais que votre appartenance soit un stimulant, surtout pour vous, à aimer davantage Jésus Christ.

2. Le passage des Actes des apôtres que nous avons entendu nous parle aussi de ce qui est essentiel. Dans l’Église naissante, il y eut tout de suite besoin de discerner ce qui était essentiel pour être chrétien, pour suivre le Christ, de ce qui ne l’était pas. Les Apôtres et les autres anciens firent une réunion importante à Jérusalem, un premier « concile », sur ce thème, pour les problèmes qui étaient nés après que l’Évangile ait été annoncé aux païens, à ceux qui n’étaient pas juifs. Ce fut une occasion providentielle pour mieux comprendre ce qui est essentiel, c’est-à-dire croire en Jésus Christ mort et ressuscité pour nos péchés, et nous aimer comme Lui nous a aimés. Mais remarquez comment les difficultés furent surmontées, non au dehors, mais dans l’Église. Et là il y a un second élément que je voudrai vous rappeler, comme fit Benoît XVI, et c’est l’ecclésialité. La piété populaire est une voie qui conduit à l’essentiel si elle est vécue dans l’Église en profonde communion avec vos pasteurs. Chers frères et sœurs, l’Église vous aime ! Soyez une présence active dans la communauté comme cellules vivantes, pierres vivantes. Les évêques latino-américains ont écrit que la piété populaire dont vous êtes une expression est « une manière légitime de vivre la foi, une façon de se sentir partie prenante de l’Église » (Document d’Aparecida, 264). C’est beau cela ! Une manière légitime de vivre la foi, une façon de se sentir partie prenante de l’Église. Aimez l’Église ! Laissez-vous guider par elle ! Dans les paroisses, dans les diocèses, soyez un vrai poumon de foi et de vie chrétienne, un air frais ! Sur cette Place, je vois une grande diversité de parapluies d’abord et à présent de couleurs et de signes. Telle est l’Église : une grande richesse et variété d’expressions où tout est reconduit à l’unité ; la diversité reconduit à l’unité et l’unité est la rencontre avec le Christ.

3. Je voudrai ajouter une troisième expression qui doit vous caractériser : être missionnaire. Vous avez une mission spécifique et importante, celle de garder vivant le rapport entre la foi et les cultures des peuples auxquels vous appartenez, et vous le faites à travers la piété populaire. Quand, par exemple, vous portez en procession le Crucifix avec tant de vénération et tant d’amour du Seigneur, vous ne faites pas un simple acte extérieur ; vous indiquez la centralité du Mystère pascal du Seigneur, de sa Passion, Mort et Résurrection, qui nous a rachetés, et vous indiquez d’abord à vous-mêmes et à la communauté qu’il faut suivre le Christ sur le chemin concret de la vie pour qu’il nous transforme. De la même façon, quand vous manifestez une profonde dévotion à la Vierge Marie, vous indiquez la plus haute réalisation de l’existence chrétienne, Celle qui par sa foi et son obéissance à la volonté de Dieu, comme aussi par sa méditation de la Parole et des actions de Jésus, est la disciple parfaite du Seigneur (cf. Lumen gentium, 53). Cette foi, qui naît de l’écoute de la Parole de Dieu, vous la manifestez dans des formes qui engagent les sens, les sentiments, les symboles des différentes cultures… Et en faisant ainsi, vous aidez à la transmettre au monde, et spécialement aux personnes simples, à celles que, dans l’Évangile, Jésus appelle « les petits ». En effet, « le fait de marcher ensemble vers les sanctuaires et de participer à d’autres manifestations de piété populaire, en amenant aussi les enfants ou en invitant d’autres personnes est en soi-même un geste évangélisateur » (Document d’Aparecida, 264). Quand vous allez dans les sanctuaires, quand vous emmenez votre famille, vos enfants, vous faites vraiment un acte d’évangélisation. Il faut continuer ainsi ! Soyez, vous aussi, de vrais évangélisateurs ! Vos initiatives sont des « ponts », des chemins pour mener au Christ, pour marcher avec Lui. Et dans cet esprit soyez toujours attentifs à la charité. Chaque chrétien et chaque communauté est missionnaire dans la mesure où il porte et vit l’Évangile et témoigne de l’amour de Dieu envers tous, spécialement envers celui qui se trouve en difficulté. Soyez missionnaires de l’amour et de la tendresse de Dieu ! Soyez missionnaires de la miséricorde de Dieu, qui toujours nous pardonne, toujours nous attend, nous aime beaucoup !

Être conforme à l’Évangile, l’ecclésialité, être missionnaire. Trois expressions ! Ne les oubliez pas ! Être conforme à l’Évangile, l’ecclésialité, être missionnaire. Demandons au Seigneur qu’il oriente toujours notre esprit et notre cœur vers Lui, comme pierres vivantes de l’Église, pour que chacune de nos activités, toute notre vie chrétienne soit un témoignage lumineux de sa miséricorde et de son amour. Et ainsi, nous marcherons vers le but de notre pèlerinage terrestre, vers ce sanctuaire tellement beau, la Jérusalem du Ciel. Là il n’y a plus aucun temple : Dieu lui-même et l’Agneau sont le temple ; et la lumière du soleil et de la lune cèdent la place à la gloire du Très-Haut. Ainsi-soit-il.

[Homélie du Pape François – Dimanche 5 mai 2013]

© Libreria Editrice Vaticana - 2013

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