Pko 03.04.2016

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°21/2016

Dimanche 3 avrils 2016 –Dimanche de la Miséricorde – Année C

Humeurs

Papeete… la ville des « Tontons Macoutes » ?

Papeete, deviendrait-elle la ville des « Tontons Macoutes » ? Légitimement on est en droit de se poser la question lorsque l’on reçoit les témoignages des personnes à la rue qui se font agresser en plein sommeil, au milieu de la nuit, par les patrouilles de la Police municipale !

Cette semaine encore un jeune couple, a été agressé et insulté par une équipe en pleine nuit alors qu’il dormait ! Cela est en parfaite contradiction avec l’Arrêté municipal n°2014-487 DGS du 28 août 2014 qui définit les heures et les comportements « prohibés »

Ainsi donc, la chasse au S.D.F. est bien ouverte elle a hélas commencé avant la visite présidentielle… et elle continue. Rien d’étonnant me direz-vous quand on connaît le mépris de nos élus à l’égard de ceux qui ne sont pas de leur « club » : « Nous avons donné des consignes à la police concernant les SDF. Nous avons mis en place des agents de proximité pour les chasser, mais ils n’ont pas pu faire leur travail parce que ces SDF sont protégés… C'est lui (Père Christophe) qui a cherché à attirer tous ces SDF. Ce sont des Polynésiens, le matin, ils viennent. Le soir, ils suivent père Christophe. Le curé s’occupe des âmes, moi je protège ma ville ».

Comment en est-on arrivé à ce que des polynésiens s’en prennent ainsi à d’autres polynésiens ?

Il est vrai qu’il est plus facile de ne pas avoir à courir après des SDF, mais de s’en prendre à eux au milieu de la nuit entrain de dormir que de courir après des hordes de vélos, qui frappent les volets roulants de la ville, agressent les noctambules… et surtout qui bougent ! L’avantage avec des SDF… c’est qu’ils n’ont aucune crédibilité… donc il n’y a pas de risque de plainte recevable…

Je n’ose plus intituler mes Humeurs « J’accuse… » Il semble que cela soit incorrect venant d’un ecclésiastique ! Pour autant nous ne pouvons et nous ne devons pas nous taire devant, à la fois de tels agissements, et surtout de leur répétitivité… Le mépris dont nos frères et sœurs de la rue font l’objet est une atteinte à la dignité de l’homme…

Relisons les mots du pape François au Madisson Square Garden de New-York en 2015…

« Vivre dans une grande ville n’est pas toujours facile… Mais les grandes villes cachent aussi les visages de toutes ces personnes qui ne semblent pas lui appartenir, ou être des citoyens de seconde classe. Dans les grandes villes, dans le grondement du trafic, au “rythme rapide du changement”, beaucoup de visages passent inaperçus, parce qu’ils n’ont pas le “droit” d’être là, le droit de faire partie de la ville. C’est l’étranger, l’enfant sans instruction, ceux qui sont privés d’assurance médicale, le sans toit, le vieillard délaissé. Ces personnes restent sur les bords de nos grandes avenues, dans nos rues, dans un anonymat assourdissant. Elles font désormais partie, à nos yeux, et surtout dans nos cœurs, d’un paysage urbain qui est de plus en plus considéré comme allant de soi.

Savoir que Jésus marche encore dans nos rues, qu’il fait partie de la vie des siens, qu’il est engagé avec nous dans une grande histoire de salut, nous remplit d’espérance. Une espérance libératrice des forces qui nous poussent à l’isolement et au manque de souci pour la vie des autres, pour la vie de notre ville. Une espérance qui nous libère des ‘‘connexions’’ vides, des analyses abstraites, ou des habitudes sensationnalistes. Une espérance qui n’a pas peur de l’engagement, qui agit comme un levain partout où il nous arrive de vivre et de travailler. Une espérance qui nous fait voir, même au milieu du brouillard, la présence de Dieu qui continue à marcher dans les rues de nos villes.

Dieu vit dans nos cités. L’Église vit dans nos cités, et elle veut être comme la levure dans la pâte. »

Papeete… ne perd pas ton âme… Ne te laisse pas berner par ceux qui t’encouragent aux mépris du plus petit… ils n’ont que mépris pour eux et pour toi…

Réveille-toi… il en est encore temps…

Christ est ressuscité !

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Tonton Macoute : qualifie un membre (« tonton macoute ») d'une milice qui terrorisait la population haïtienne sous la dictature de Duvalier.

Chronique de la roue qui tourne

Que nous reste-t-il de Carême ?

« Donner de bonne grâce est une belle manière, elle ajoute un nouveau prix au présent qu’on veut faire. » Jean-Baptiste Blanchard

Le carême est fini, laissant place à la joie de la délivrance. Durant quarante jours, nous nous sommes approchés au plus près de la croix, expérimentant quelques fois, notre propre chemin de croix. Un chemin semé d’épreuves et de difficultés. Durant ces quarante jours, nous étions appelés à nous tourner vers l’autre, dans le besoin. Chemin de croix salutaire car le cœur de l’homme y exprime toute sa pureté.

Ainsi, l’école et le lycée du Sacré-Cœur de Taravao ont monté tout un travail autour des différents témoignages de « La parole aux sans paroles ». En catéchèse, les élèves, petits et grands, ont été sensibilisés à cette dure réalité, pas encore visible chez eux. Spontanément, une collecte de linge a été organisée. Tous apportaient leurs sacs quand une petite voix dans l’assemblée s’est fait entendre : « Moi aussi j’ai du linge à donner. » C’était une petite fille de CM, portant un sac plastique très chargé. Elle était si heureuse de donner. Le moment était tellement beau qu’il m’est impossible de décrire toute son intensité.

Que l’exemple des élèves du Sacré-Cœur de Taravao nous suive aussi longtemps que possible ! Que donner soit une valeur sûre de demain ! Que donner redevienne le plaisir d’offrir… à l’image de la Pâque !

La chaise masquée

La parole aux sans paroles – 29

Portrait d’homme - Atonia

Une enfance ballottée ne peut donner une vie d’adulte stable. Des violences et des abus sexuels ne construisent pas une grande estime de soi. Un enfant méprisé, un adulte rejeté, voilà une triste histoire.

D’où viens-tu ?

« Tu sais, je n’ai pas eu une belle vie. Je suis un prématuré, maman m‘a accouché à 7 mois. Après, ben, j’ai grandi à Tipaerui, avec ma grand-mère. Et pendant les vacances, je partais avec mon grand-père, il était séparé de ma grand-mère parce qu’il la battait. Mais j’aimais bien aller à Tautira, avec un petit "faapu" là, on allait pêcher. Et depuis que mon grand-père est mort, je n’aime plus à aller à la presqu’île, ça me fait trop penser à lui. Il me manque. Après j’allais chez celui qui voulait bien m’accueillir. Un coup, chez un tonton, un coup chez un autre, ça changeait seulement. Et on était maltraité, on était exploité comme des esclaves. Des violences physiques, des abus sexuels. J’ai été abusé. Pas une fois, plein de fois. Ce n’était pas facile ! »

Et tes parents ?

« J’ai perdu mon papa quand j’avais 6 ans. Maman est morte l’année dernière, elle a eu un AVC. Son corps a été rapatrié de France. Mais ma maman a quitté mon papa après qu’il a voulu la poignarder. Maman est partie. Du coup, je n’ai pas vraiment grandi avec eux, je changeais beaucoup d’endroits. »

Tu as dénoncé ceux qui ont abusé de toi ?

« Non. La première fois, j’avais 7 ans et c’était le meilleur ami de mon papa. Et à l’époque, la justice n’était pas comme aujourd’hui. Chez les Tahitiens, c’était une honte de parler de ça, pire si tu es un enfant adopté. Donc je n’ai rien dit. La deuxième fois, j’avais 8 ans et demi et c’était un cousin proche à moi. Un moment, il m’a envoyé dans la chambre et m’a déshabillé. Je me suis défendu et j’ai réussi à m’échapper. »

Comment es-tu devenu SDF ?

« A 14 ans, je suis venu dans la rue. Et cette année, j’aurai 43 ans. »

Pourquoi dans la rue ?

« Je ne supportais plus la vie dans les familles. Je voyais trop d’alcool, trop de paka, trop de violence, alors je suis parti. Parce que, si le paka, disparaissait, avec mon frère, on recevait des coups. Mais ce n’était pas aussi facile dans la rue. Encore aujourd’hui. Quand tu me regardes, j’ai l’air bien mais j’ai plein de raideurs musculaires, du rhumatisme et quand il pleut comme ça, ça fait mal ! Pour ça, je touche une pension. C’est avec ça que je m’en sors dans la rue. »

Et tu n’as jamais pu quitter la rue ?

« Si, quand je me suis marié à 18 ans. »

Et ?

« On est resté marié 12 ans mais elle a été voir ailleurs. »

Le plus dur dans la rue ?

« C’est le manque de respect et le manque d’amour ! Les vols à répétition. Tu sais, j’aime bien partager mais je me fais toujours avoir. Quand j’aide quelqu’un, je le fais sans arrière-pensées. Là, c’est ma foi qui m’aide. Je ne regarde si tu es catholique, protestant, mormon ou autre. L’essentiel, c’est d’aimer son prochain. Chacun à sa façon de comprendre les enseignements du Christ mais il n’y qu’un Dieu. Personnellement, quand j’ai des problèmes, je pense à Jésus. Ça m’aide beaucoup. »

Ton école ?

« Je suis allé à Pina’i mais, arrivé en CM2, maman est tombé malade, alors j’ai arrêté d’y aller. C’est dommage parce que j’aimais l’école. Les mathématiques, la poésie. J’aimais beaucoup réciter les poésies. Aujourd’hui encore, je continue à lire. Dommage qu’à l’époque on tapait dès que tu faisais une erreur. Aujourd’hui, on ne peut plus sinon on finit en prison. Heureusement d’ailleurs que la justice s’est réveillée. »

Ton plus beau souvenir de la rue ?

« Ce que j’aime dans la rue, ce sont mes amis. Parmi eux, il y a des voleurs, des dealeurs mais ils m’aident, ils me soutiennent. Tu sais, parfois j’ai envie d’en finir mais avec l’amour, ça m’aide ! »

Comment tu vois ta vie dans 10 ans ?

« C’est d’avoir un terrain par mon papa, construire une maison dessus avec un petit "faapu" et après me trouver une femme. (Rires) Refaire ma vie, laisser le passé au passé. Je ne veux pas finir ma vie dans la rue. Aujourd’hui, même avec ma pension, avoir un toit au-dessus de ma tête est au-delà de mes moyens. Tu ne peux pas trouver un loyer raisonnable ici, à Papeete. »

Un dernier message ?

« L’amour, l’amour de son prochain, l’amour de Dieu. S’il n’y a pas d’amour, on est perdu. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

Dieu détruit et supprime le péché à sa racine

Audience générale du mercredi 30 mars 2016 - pape François

Le Pape François a consacré l’audience générale de ce mercredi, au pardon divin qui efface le péché. Commentant le psaume 50 sur la prière pénitentielle attribuée au roi David qui, après avoir commis un adultère et un meurtre, confesse ses péchés, le Saint-Père a souligné qu’il faut montrer ses faiblesses au Seigneur, en étant certain de sa miséricorde.

03  Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,

    selon ta grande miséricorde, efface mon péché.

04  Lave-moi tout entier de ma faute,

    purifie-moi de mon offense.

05   Oui, je connais mon péché,

    ma faute est toujours devant moi.

06  Contre toi, et toi seul, j'ai péché,

    ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.

    Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice,

    être juge et montrer ta victoire.

07  Moi, je suis né dans la faute,

    j'étais pécheur dès le sein de ma mère.

08  Mais tu veux au fond de moi la vérité ;

    dans le secret, tu m'apprends la sagesse.

09  Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ;

    lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.

10  Fais que j'entende les chants et la fête :

    ils danseront, les os que tu broyais.

11  Détourne ta face de mes fautes,

    enlève tous mes péchés.

12  Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,

    renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

13  Ne me chasse pas loin de ta face,

    ne me reprends pas ton esprit saint.

14  Rends-moi la joie d'être sauvé ;

    que l'esprit généreux me soutienne.

15  Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ;

    vers toi, reviendront les égarés.

16  Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur,

    et ma langue acclamera ta justice.

17  Seigneur, ouvre mes lèvres,

    et ma bouche annoncera ta louange.

18  Si j'offre un sacrifice, tu n'en veux pas,

    tu n'acceptes pas d'holocauste.

19  Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ;

    tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.

20  Accorde à Sion le bonheur,

    relève les murs de Jérusalem.

21  Alors tu accepteras de justes sacrifices,

    oblations et holocaustes ;

    alors on offrira des taureaux sur ton autel.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous terminons aujourd’hui les catéchèses sur la miséricorde dans l’Ancien Testament et nous le faisons en méditant sur le psaume 51, appelé le « Miserere ». Il s’agit d’une prière pénitentielle où la demande de pardon de celui qui prie est précédée par la confession de sa faute et, se laissant purifier par l’amour du Seigneur, il devient une créature nouvelle, capable d’obéissance, d’un esprit ferme et d’une louange sincère.

Le « titre » que l’antique tradition juive a donné à ce psaume fait référence au roi David et à son péché avec Bethsabée, la femme d’Urie le Hittite. Nous connaissons bien cette histoire. Le roi David, appelé par Dieu à faire paître son peuple et à le guider sur des chemins d’obéissance à la Loi divine, trahit sa mission et, après avoir commis un adultère avec Bethsabée, il fait tuer son mari. Péché horrible ! Le prophète Nathan lui révèle sa faute et l’aide à la reconnaître. C’est le moment de sa réconciliation avec Dieu, à travers la confession de son péché. Et là, David a été humble, il a été grand !

Qui prie avec ce psaume est invité à avoir les mêmes sentiments de repentir et de confiance en Dieu que David lorsqu’il s’est ressaisi et, bien qu’étant roi, il s’est humilié sans craindre de confesser sa faute et de montrer sa misère au Seigneur, mais convaincu de la certitude de sa miséricorde. Et ce n’était pas un petit péché, un petit mensonge, qu’il avait fait : il avait commis un adultère et un meurtre !

Le psaume commence par ces paroles de supplication :

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense » (v. 3-4).

L’invocation est adressée au Dieu de miséricorde pour que, poussé par un grand amour tel celui d’un père ou d’une mère, il ait pitié, c’est-à-dire qu’il fasse grâce, qu’il montre sa faveur avec bienveillance et compréhension. C’est un appel pressant vers Dieu, le seul qui puisse libérer du péché. Des images très plastiques sont utilisées : efface, lave-moi, purifie-moi.

Dans cette prière se manifeste le véritable besoin de l’homme : l’unique chose dont nous ayons vraiment besoin dans notre vie est d’être pardonnés, libérés du mal et de ses conséquences de mort. Malheureusement, la vie nous fait bien souvent faire l’expérience de ces situations ; et dans ces cas-là, nous devons avant tout avoir confiance en la miséricorde. Dieu est plus grand que notre péché. N’oublions pas cela : Dieu est plus grand que notre péché ! « Père, je ne sais pas comment le dire, j’en ai fait de belles, beaucoup ! » Dieu est plus grand que tous les péchés que nous pouvons faire. Dieu est plus grand que notre péché. Nous le disons ensemble ? Tous ensemble ! Dieu est plus grand que notre péché . Encore une fois ! Dieu est plus grand que notre péché. Encore une fois ! Dieu est plus grand que notre péché !

Et son amour est un océan dans lequel nous pouvons nous immerger sans peur d’être submergés : pour Dieu, pardonner signifie nous donner la certitude qu’il ne nous abandonne jamais. Quoi que nous puissions nous reprocher, il est encore et toujours plus grand que tout (cf. 1 Jn 3, 20), parce que Dieu est plus grand que notre péché.

En ce sens, celui qui prie avec ce psaume recherche le pardon, confesse sa faute mais, en la reconnaissant, il célèbre la justice et la sainteté de Dieu. Et puis encore, il demande grâce et miséricorde. Le psalmiste a confiance dans la bonté de Dieu, il sait que le pardon divin est éminemment efficace parce que Dieu crée ce qu’il dit. Il ne cache pas le péché, mais le détruit et l’efface ; mais il l’efface vraiment à la racine, non pas comme à la teinturerie quand nous apportons un vêtement et qu’on efface la tache. Non ! Dieu efface notre péché vraiment à la racine, tout ! C’est pourquoi le pénitent redevient pur, toutes ses taches sont éliminées et il est maintenant plus blanc que la neige non contaminée. Nous sommes tous pécheurs. C’est vrai, cela ? Si l’un d’entre vous ne se sent pas pécheur, qu’il lève la main… Personne ! Nous le sommes tous.

Avec le pardon, pécheurs, nous devenons des créatures nouvelles, comblés de l’Esprit et remplis de joie. Maintenant, une nouvelle réalité commence pour nous : un cœur nouveau, un esprit nouveau, une vie nouvelle. Pécheurs pardonnés, nous qui avons accueilli la grâce divine, nous pouvons même enseigner aux autres à ne plus pécher. « Mais Père, je suis faible, je tombe, je tombe. — Mais si tu tombes, relève-toi ! Relève-toi ! » Quand un enfant tombe, que fait-il ? Il tend la main vers sa maman, son papa, pour qu’ils le relèvent. Faisons la même chose ! Si tu tombes dans le péché par faiblesse, tends la main : le Seigneur la prend et il t’aidera à te relever. C’est cela, la dignité du pardon de Dieu ! La dignité que nous donne le pardon de Dieu consiste à nous relever, à nous remettre toujours debout, parce qu’il a créé l’homme et la femme pour qu’ils soient debout.

Le psalmiste dit :

« Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit… Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés » (v. 12.15).

Chers frères et sœurs, le pardon de Dieu est ce dont nous avons tous besoin et c’est le signe le plus grand de sa miséricorde. Un don que tout pécheur pardonné est appelé à partager avec tous les frères et sœurs qu’il rencontre. Tous ceux que le Seigneur a mis à côté de nous, les membres de notre famille, nos amis, nos collègues, les paroissiens… ils ont tous, comme nous, besoin de la miséricorde de Dieu. C’est beau d’être pardonné mais toi aussi, si tu veux être pardonné, pardonne à ton tour. Pardonne !

Que par l’intercession de Marie, Mère de miséricorde, le Seigneur nous accorde d’être des témoins de son pardon qui purifie le cœur et transforme la vie. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Quelques textes bibliques sur la Miséricorde

 

En ce Dimanche de la Miséricorde, voici quelques textes de l’Ancien et du Nouveau testament qui nous parle de la Miséricorde…

Dans l’Ancien Testament

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense … voici je suis né dans l’iniquité, et pécheur ma mère ma conçu ; mais Tu veux que la vérité soit au fond du cœur : fait donc pénétrer la sagesse au dedans de mois » (Psaume 50 (51) 3-4)

Ceux qui mettent en lui leur confiance comprendront la vérité et ceux qui sont fidèles demeureront auprès de lui dans l’amour, car la grâce et la miséricorde sont pour ses saints et sa visite est pour ses élus. (Sagesse, 3, 9)

Dieu des Pères et Seigneur de miséricorde, toi qui, par ta parole, as fait l’univers. (Sagesse 9, 1)

Vous qui craignez le Seigneur, comptez sur sa miséricorde, ne vous écartez pas, de peur de tomber. (Ecclésiastique 2, 7)

Vous qui craignez le Seigneur, espérez ses bienfaits, la joie éternelle et la miséricorde. (Ecclésiastique 2, 9)

Car le Seigneur est compatissant et miséricordieux, il remet les péchés et sauve au jour de la détresse. (Ecclésiastique 2, 11)

Jetons-nous dans les bras du Seigneur, et non dans ceux des hommes, car telle est sa majesté, telle aussi sa miséricorde. (Ecclésiastique 2, 18)

Qu’elle est grande la miséricorde du Seigneur, son indulgence pour ceux qui se tournent vers lui ! (Ecclésiastique 17, 29)

Qui pourra mesurer la puissance de sa majesté et qui pourra en outre raconter ses miséricordes ? (Ecclésiastique 18, 5)

C’est pourquoi le Seigneur use avec eux de patience et répand sur eux sa miséricorde. (Ecclésiastique 18, 11)

Prêter à son prochain, c’est pratiquer la miséricorde, lui venir en aide, c’est observer les commandements. (Ecclésiastique 29, 1)

Tant qu’il n’aura rendu justice à son peuple et ne l’aura comblé de joie dans sa miséricorde. (Ecclésiastique 35, 23)

La miséricorde est bonne au temps de la tribulation, comme les nuages de pluie au temps de la sécheresse.(Ecclésiastique 35, 24)

Et maintenant bénissez le Dieu de l’univers qui partout fait de grandes choses, qui a exalté nos jours dès le sein maternel, qui a agi envers nous selon sa miséricorde. (Ecclésiastique 50, 22)

Alors je me souvins de ta miséricorde, Seigneur, et de tes œuvres, de toute éternité, sachant que tu délivres ceux qui espèrent en toi, que tu les sauves des mains de leurs ennemis. (Ecclésiastique 51, 8)

Que votre âme trouve sa joie dans la miséricorde du Seigneur, ne rougissez pas de le louer. (Ecclésiastique 51, 29)

Je vais célébrer les grâces du Seigneur, les louanges du Seigneur, pour tout ce que le Seigneur a accompli pour nous, pour sa grande bonté envers la maison d’Israël, pour tout ce qu’il a accompli dans sa miséricorde, pour l’abondance de ses grâces. (Isaïe 63, 7)

Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde. (Osée 2, 21)

Dans le Nouveau Testament

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. (Matthieu 5, 7)

Allez donc apprendre ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.' (Matthieu 9, 13)

Si vous aviez compris ce que signifie : C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné des gens qui sont sans faute. (Matthieu 12, 7)

Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. (Luc, 1, 50)

Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde. (Luc 1, 54)

Ses voisins et ses proches apprirent que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde à son égard, et ils s’en réjouissaient avec elle. (Luc 1, 58)

Ainsi fait-il miséricorde à nos pères, ainsi se souvient-il de son alliance sainte. (Luc 1, 72)

Grâce aux sentiments de miséricorde de notre Dieu, dans lesquels nous a visités l’Astre d’en haut. (Luc 1, 78)

Il dit : 'Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui.' Et Jésus lui dit : 'Va, et toi aussi, fais de même.' (Luc 10, 37)

Car il dit à Moïse : Je fais miséricorde à qui je fais miséricorde et j’ai pitié de qui j’ai pitié. (Romains 9, 15)

Il n’est donc pas question de l’homme qui veut ou qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. (Romains 9, 16)

Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. (Romains 12, 1)

Que celui qui donne le fasse sans calcul ; celui qui préside, avec diligence ; celui qui exerce la miséricorde, en rayonnant de joie. (Romains 12, 8)

Et les nations glorifient Dieu pour sa miséricorde, selon le mot de l’Ecriture : C’est pourquoi je te louerai parmi les nations et je chanterai à la gloire de ton nom. (Romains 15, 9)

Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. (2ème épître aux Corinthiens, 1, 3)

Dieu est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés.(Ep 2,4-5)

Moi, naguère un blasphémateur, un persécuteur, un insulteur. Mais il m’a été fait miséricorde parce que j’agissais par ignorance, étranger à la foi.(1ère épître à Timothée 1, 13)

Avançons-nous donc avec assurance vers le trône de la grâce afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour une aide opportune. (Hébreux 4, 16)

Car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde ; mais la miséricorde se rit du jugement.(Epître de Jacques 2, 13)

Voyez : nous proclamons bienheureux ceux qui ont de la constance. Vous avez entendu parler de la constance de Job et vous avez vu le dessein du Seigneur ; car le Seigneur est miséricordieux et compatissant. (Epître de Jacques 5, 11)

Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle. (1ère épître à Timothée 1, 16)

Il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés par le bain de la régénération et de la rénovation en l’Esprit Saint. (Epître à Titre 3, 5).

Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance. (1ère épître de Pierre 1, 3)

Vous qui jadis n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n’obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde. (1ère épître de Pierre 2, 10)

Avec nous seront grâce, miséricorde, paix, de la part de Dieu le Père et de la part de Jésus Christ, le Fils du Père, en vérité et amour. (2ème épître de Jean 1, 3)

A vous miséricorde et paix et charité en abondance. (Epître de Jude 1, 2)

Gardez-vous dans la charité de Dieu, prêts à recevoir la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle. (Epître de Jude 1, 21)                               

© Congresmisericordefrance.catholique.fr - 2016

La Miséricorde, une foi en acte

Conférence de Carême de Mgr Jean-pierre Grallet, archevêque de Strasbourg

Au cours du mois de février 2016, Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg, a donné dans plusieurs villes d’Alsace (Strasbourg, Mulhouse, Colmar et Marienthal) une conférence de Carême intitulée « La miséricorde, une foi en actes ». Une conférence pour vivre avec tous les chrétiens une double démarche, a-t-il expliqué, « reconnaître la miséricorde de Dieu, et lui répondre par des œuvres de miséricorde ». L’intervention de l’archevêque de Strasbourg était conçue en trois parties. La première sur la miséricorde depuis le concile Vatican II (de Jean XXIII au pape François), la deuxième sur la miséricorde au cœur de l’expérience biblique (de Moïse à Jésus-Christ), enfin la troisième sur la miséricorde, foi en actes, dans la vie de tous les jours.

Dieu est miséricorde

En cette Année de la miséricorde demandée par le pape François, et au milieu de ce Carême, je vous rejoins ce soir, frères et sœurs, pour vivre avec vous une double démarche : reconnaître la miséricorde de Dieu, et lui répondre par des œuvres de miséricorde, comme l’indique le titre même de cette conférence : « La miséricorde, une foi en actes ».

« Dieu qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ. C’est par grâce que vous êtes sauvés ! » C’est par ces mots que Paul, dans sa lettre aux Ephésiens (2, 4), salue le grand amour que Dieu a pour nous.

Jusqu’à maintenant, il n’était pas courant de dire que Dieu est miséricorde, car ce terme n’était pas utilisé habituellement, en dehors du cercle des croyants. Nous préférons dire que Dieu est amour, pour exprimer la nature même de Dieu. C’est ainsi que le titre de l’encyclique de Benoît XVI, parue à Noël 2005, Deus caritas est, fut traduit par : Dieu est amour (1). Si général et si utilisé qu’il soit, le mot « amour » continue de résonner fortement en nous, comme déjà dans la première épître de Saint Jean : « Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » (1 Jean, 4, 16).

Dieu est amour, magnifique affirmation, mais on peut également dire, à la suite de saint Paul puis de saint Jean-Paul II, que « Dieu est riche en miséricorde », et avec le pape François, aujourd’hui, que « le nom de Dieu est miséricorde ».

Ce terme, miséricorde, précise bien la relation d’amour que Dieu a envers nous. Dieu nous aime malgré nos misères et même à cause d’elles. Étymologiquement, le mot latin associe miseri et cor, les pauvres et le cœur. Ainsi pouvons-nous dire, dans la foi : sur nos misères humaines, le cœur de Dieu se penche !

La conférence de ce soir s’articulera en trois parties :

• Tout d’abord : depuis Vatican II, la miséricorde, un souci croissant du magistère (de Jean XXIII à Paul VI, de Jean-Paul II au pape François).

• Ensuite : la miséricorde, au cœur de l’expérience biblique (de Moïse et des prophètes, à Jésus-Christ, visage de la miséricorde du Père).

• Enfin : la miséricorde, une foi en actes, dans notre vie quotidienne (aux pauvres, aux pécheurs, à nos familles, miséricorde !).

• En conclusion : vivons une année sainte de la miséricorde !

I. Depuis Vatican II, la miséricorde, un souci croissant du magistère

A. De Jean XXIII à Paul VI, la démarche de miséricorde du Concile

Dans son discours d’ouverture du concile Vatican II, le 11 octobre 1962, le Pape Jean XXIII, « il papa buono, le bon pape » affirmait : « aujourd’hui, l’Église préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité. L’Église catholique, en brandissant le flambeau de la vérité religieuse, veut se montrer la mère très aimante de tous, bienveillante, patiente, pleine d’indulgence et de bonté à l’égard de ses fils séparés… » Lors de la conclusion du Concile, le bienheureux Paul VI s’exprimait ainsi : « la règle de notre Concile a été avant tout la charité… La vieille histoire du bon samaritain a été le modèle et la règle de la spiritualité du Concile… Un courant d’affection et d’admiration a débordé du Concile sur le monde humain moderne. Des erreurs ont été dénoncées. Oui, parce que c’est l’exigence de la charité comme de la vérité, mais, à l’adresse des personnes, il n’y eut que rappel, respect et amour ».

Dans l’Église catholique, un ton nouveau était donné et une nouvelle approche pastorale, proposée, fait remarquer le cardinal Walter Kasper dans son beau livre sur la miséricorde, que le pape François lui-même recommande : « depuis Jean XXIII, le thème de la miséricorde est devenu fondamental, dit le cardinal, non seulement pour le Concile, mais également pour toute l’Église post-conciliaire, particulièrement pour sa pastorale » (p. 15).

B. Jean-Paul II et l’encyclique « Dieu riche en miséricorde »

En 1980, saint Jean-Paul II publie l’encyclique Dives in misericordia, « Dieu riche en miséricorde » (2), miséricorde dont il ne cessera de témoigner tout au long de son pontificat. Son pays, la Pologne, a connu, au XXe siècle, de nombreuses et lourdes épreuves : le nazisme et l’horreur d’Auschwitz, l’oppression communiste… En son corps, Jean-Paul II portera les séquelles douloureuses d’un attentat. Il aura longuement médité sur le drame du mal et de la fragilité humaine, mais aussi sur la force de l’esprit et de cette miséricorde divine dont il fera le fil conducteur de son pontificat. À l’aube du IIIe millénaire, le 30 avril 2000, il canonise sœur Faustine Kowalska (+ 1938), et institue le deuxième dimanche de Pâques, dimanche de la Divine miséricorde. Sœur Faustine est une mystique polonaise, qui découvre, dans son expérience spirituelle, que la miséricorde est l’attribut même de Dieu, la perfection divine par excellence, se situant ainsi dans la lignée spirituelle des saintes Catherine de Sienne et Thérèse de Lisieux (cf. Kasper, p. 16).

« La miséricorde du Seigneur je chanterai, dit sœur Faustine, pour les siècles et devant tout le peuple, car c’est le plus grand attribut de Dieu, et pour nous, un incessant miracle ».

Dans son encyclique, Jean-Paul II analyse les difficultés et les paralysies de l’homme d’aujourd’hui, l’auto-destruction partielle de l’humanité, et « l’immense remord » (DIM, n. 11) des hommes confrontés aux multiples injustices contemporaines (3).

Le cœur de son encyclique est une longue et profonde méditation de la parabole de l’enfant prodigue (Lc 15, 16-32), de ce fils qui est, en un certain sens, l’homme de tous les temps, pécheur en rupture d’amour, et qui, dans sa détresse, prend conscience de la dignité perdue qu’il a hâte de retrouver en retrouvant son père. La figure du père de famille, fait remarquer Jean-Paul II, nous révèle Dieu comme Père… « Le père de l’enfant prodigue est fidèle à sa paternité, fidèle à l’amour dont il comblait son fils depuis toujours. Cette fidélité s’exprime par la promptitude de l’accueil… et surtout, bien davantage, par cette joie, par cette fête si généreuse à l’égard du prodigue… » Pris de pitié, le père se jette à son cou et l’embrasse tendrement… Le père est conscient qu’un bien fondamental a été sauvé, l’humanité de son fils. Bien que celui-ci ait dilapidé son héritage, son humanité est cependant sauve. Plus encore, elle a été comme retrouvée. Les paroles que le père adresse au fils aîné nous le disent : il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie : il était perdu et il est retrouvé !…

La miséricorde – telle que le Christ l’a présentée dans la parabole de l’enfant prodigue –, observe Jean-Paul II, a la forme intérieure de l’amour qui, dans le Nouveau Testament, est appelé agapé. Cet amour est capable de se pencher sur chaque enfant prodigue, sur chaque misère humaine, et surtout sur chaque misère morale, sur le péché. Lorsqu’il en est ainsi, celui qui est objet de la miséricorde ne se sent pas humilié, mais comme retrouvé et « revalorisé » (DIM, n. 6) (4).

Jean-Paul II en vient alors à placer la miséricorde au cœur de la mission de l’Église : « l’Église estime à juste titre que son devoir, que le but de sa mission, consiste à assurer l’authenticité du pardon, aussi bien dans la vie et le comportement que dans l’éducation et la pastorale », affirme Jean-Paul II (DIM, n. 14) (5).

« L’Église professe la miséricorde divine de différentes manières… Elle ne peut oublier la prière qui est un cri d’appel à la miséricorde de Dieu face aux multiples formes du mal qui pèsent sur l’humanité et la menacent… Élevons donc nos supplications, guidés par la foi, l’espérance et la charité que le Christ a implantées dans nos cœurs… Cette attitude est à la fois amour de Dieu et amour des hommes, de tous les hommes… Tel est l’amour, cette sollicitude empressée pour garantir à chacun tout bien authentique, pour éloigner de lui et conjurer toute espèce de mal !… « Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ! » (DIM, n. 15) (6) (cf ma conférence de Carême de 2011 « La réconciliation »).

C. Le pape François et l’année de la miséricorde

Aujourd’hui, le pape François renouvelle cet appel à la miséricorde après avoir ouvert, le 8 décembre 2015, le Jubilé extraordinaire de la miséricorde, rappelant dans sa bulle d’indiction que « Jésus-Christ est visage de la miséricorde du Père ».

« Nous avons toujours besoin de contempler le mystère de la miséricorde, déclare le pape François. Elle est source de joie, de sérénité et de paix. Elle est la condition de notre salut. Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la sainte Trinité. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours, malgré les limites de notre péché » (Misericordiae vultus, n. 2) (7).

Comme nous le verrons plus loin, le Christ est bien, par sa parole et par ses actes, révélateur, visage de la miséricorde du Père.

Le pape François nous invite donc, en disciples du Christ, à suivre son exemple et à répondre à la miséricorde divine par des œuvres, concrètes, de miséricorde. Comme le rappelle le titre de cette conférence « La miséricorde, une foi en actes », cette foi appelle les œuvres et les œuvres renforcent la foi. Le pape cite d’abord les œuvres dites corporelles : « donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Et n’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelles : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts » (MV, n. 15) (8).

Quel vaste programme ! Nous y reviendrons. Pour l’instant, je vous propose, chers frères et sœurs, de scruter les Écritures – comme nous l’avons déjà fait en citant la parabole de l’enfant prodigue –, et de bien mesurer combien la miséricorde est au cœur de la révélation.

II. La miséricorde, au cœur de l’expérience biblique

A. De Moïse aux prophètes

Dès le début de l’histoire biblique, Dieu se manifeste envers son peuple. Moïse en sera le témoin privilégié. Lorsque Dieu se révèle à lui, au buisson-ardent de l’Horeb, il lui dit : « j’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu sa clameur… je connais ses angoisses, je veux le délivrer… C’est pour cela, Moïse, que je t’envoie ! » (Ex 3, 7-9). Plus tard, au Sinaï, alors que le peuple est libéré de la servitude d’Égypte mais qu’il s’est détourné de Dieu pour idolâtrer un veau d’or, Dieu se révèle, à nouveau, à Moïse : « je suis le Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, abondant en miséricorde (Hesed, en hébreu) et en fidélité, gardant sa miséricorde jusqu’à la millième génération, supportant faute, transgression et péché, mais sans les innocenter, punissant la faute jusqu’à la troisième ou quatrième génération » (Ex 34, 6-7).

Ainsi, l’expérience de l’exode se révèle fondatrice d’une relation amoureuse, éducative et forte entre Dieu et son peuple. Celui-ci, à maintes occasions, va expérimenter la miséricorde que Dieu a pour lui. Dieu voit sa misère, entend sa plainte. Il se montre miséricordieux, patient et fidèle. Il ne retire pas sa miséricorde à l’homme, mais il l’avertit de son péché et le corrige, tel un père « qui aime bien et châtie bien », selon l’expression populaire que nous connaissons.

Dès lors, l’homme, conscient de son péché, peut se tourner, à nouveau, vers Dieu.

« Pitié pour moi, ô Dieu, en ta bonté, en ta grande miséricorde, efface mon péché ! » Ainsi commence le psaume 50, le célèbre miserere.

Dieu est pris de pitié quand l’homme se retourne vers lui, raconte le prophète Osée : « Mon peuple est malade de son infidélité, mon cœur en moi se retourne, toutes mes entrailles frémissent. Je ne donnerai pas cours à ma colère… car je suis Dieu et non pas homme. Au milieu de toi, je suis le saint et je ne me plais pas à détruire ! » (Osée 11, 7-9) C’est pourquoi, le psalmiste peut chanter avec reconnaissance : « Bénis le Seigneur ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits. Dieu fait œuvre de justice. Il fait droit aux opprimés… Il est miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein de fidélité. Il n’est pas toujours en procès et ne garde pas rancune indéfiniment… Comme est la tendresse d’un père pour ses fils, tendre est Dieu pour qui le craint » (Ps 103).

B. Le Christ, visage de la miséricorde du Père

En parlant d’un Dieu tendre comme un père, le psaume 103 annonce la grande révélation que fera le Christ : Dieu est proche de vous. Dieu est votre père et vous êtes ses enfants. C’est pourquoi, quand vous priez, osez dire avec confiance : « Notre Père ! » Toute la prédication du Christ est là et tout, chez lui, exprime l’amour et la miséricorde. Ses premières paroles publiques à la synagogue de Nazareth, nous dit saint Luc, furent une citation du prophète Isaïe : « l’esprit du Seigneur est sur moi… Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer la délivrance aux captifs, et rendre la vue aux aveugles » (Lc 4, 18).

C’est ce qu’il fait aussitôt, raconte l’évangéliste, en guérissant des malades, libérant des possédés, purifiant un lépreux, relevant un paralysé, fréquentant les pécheurs et invitant chacun à le suivre. « Beaucoup cherchaient à le toucher, car de lui sortait une force qui les guérissait tous » (Lc 6, 19). C’est alors que, selon saint Luc, le Christ leur annonce les béatitudes : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume des cieux est à vous. Heureux, vous qui avez faim, maintenant, car vous serez rassasiés » (Lc 6, 20-21). L’évangéliste Matthieu précise, lui, dans son récit (5, 7) : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde ».

Aussitôt après l’annonce des béatitudes, Luc cite l’appel de Jésus à dépasser le strict calcul du « donnant-donnant » : « je vous le dis, à vous qui m’écoutez : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous maltraitent… ». Annonçant la révolution de la miséricorde dont lui-même témoignera jusqu’à la croix, le Christ insiste « aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. Votre récompense alors sera grande et vous serez les fils du Très Haut, car il est bon, lui, (même) pour les ingrats et pour les méchants. Montrez-vous miséricordieux comme votre Père est miséricordieux », dit Jésus, en précisant aussitôt de quelle manière : « ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, acquittez et vous serez acquittés, donnez et on vous donnera. C’est une mesure tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans le pan de votre vêtement, car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous » (Lc 6, 27-35).

Quelle leçon d’amour et de miséricorde, en paroles et en actes, donnée par Jésus au début de son ministère ! Quelle invitation à la générosité entre les hommes, comme est généreux Dieu envers tous ses enfants. Dieu donne, redonne et pardonne, sans se lasser, sans compter, nous invitant à faire de même.

C’est ce que le Christ révèle par tous ses actes et par ses nombreuses paraboles, de la drachme perdue à la brebis perdue, du fils prodigue au bon samaritain. Enfin, alors qu’on le met en croix, le Christ, nous dit saint Luc (23, 34) prononce cette impressionnante parole de miséricorde : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Oui, comme l’affirme le pape François, Jésus-Christ est bien « visage de la miséricorde du Père » !

III. La miséricorde, au cœur de notre vie chrétienne

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36)

Comment répondre, à notre tour, à la si généreuse miséricorde du Père pour chacun de nous ? Comment être et que faire en conséquence, afin que nous soyons miséricordieux et que nous aimions, non pas seulement « de mots ni de langue, mais en actes véritablement », comme y invite Saint Jean ? (1 Jn 3,8)

Après avoir cité les œuvres corporelles et spirituelles de miséricorde auxquelles le chrétien est invité, le pape François se réfère aux paroles de Jésus, lors du jugement dernier : « nous ne pouvons pas échapper aux paroles du Seigneur et c’est sur elles que nous serons jugés : aurons-nous donné à manger à qui a faim et à boire à qui a soif ? Aurons-nous accueilli l’étranger et vêtu celui qui était nu ? Aurons-nous pris le temps de demeurer auprès de celui qui est malade et prisonnier ? (cf Mt 25, 31-45) De même, il nous sera demandé si nous avons aidé à sortir du doute qui engendre la peur, et bien souvent la solitude ; si nous avons été capables de vaincre l’ignorance dans laquelle vivent des millions de personnes, surtout des enfants privés de l’aide nécessaire pour être libérés de la pauvreté, si nous nous sommes faits proches de celui qui est seul et affligé ; si nous avons pardonné à celui qui nous offense, si nous avons rejeté toute forme de rancœur et de haine qui porte à la violence, si nous avons été patients à l’image de Dieu qui est si patient envers nous ; si enfin, nous avons confié au Seigneur, dans la prière, nos frères et sœurs » (MV, n. 15) (9).

De toutes ces situations, il nous faut nous préoccuper. Elles sont un appel à miséricorde pour les pauvres et à miséricorde pour les pécheurs. À ces deux appels, j’ajoute un troisième, de circonstance, que l’Église a lancé en 2015 : miséricorde pour nos familles !

A. Aux pauvres, miséricorde !

Les pauvres sont loin de nous ou à notre porte, ils sont une part de nous-mêmes, ils sont nous-mêmes, comme nous l’avons découvert lors des grands rassemblements Diakonia de Lourdes, pour la France, et de Huttenheim pour l’Alsace, en 2013, où personnes aidantes et personnes aidées, s’accueillaient, s’offraient une aide mutuelle, se comprenaient et cheminaient ensemble dans une même charité.

Walter Kasper fait remarquer : « la catégorisation des œuvres de miséricorde n’est ni naïve, ni arbitraire. Elles correspondent à quatre formes différentes de pauvreté » (p. 144). La plus évidente est la pauvreté matérielle (que tant de personnes connaissent)…, puis la pauvreté culturelle qui n’est pas moins importante (pensons à l’analphabétisme), puis la pauvreté relationnelle (isolement, non-communication, discrimination…), enfin la pauvreté spirituelle (vide intérieur, errance morale, désespoir…).

À toutes ces formes de pauvreté, notre diocèse de Strasbourg s’efforce de répondre à travers nos multiples œuvres diocésaines de charité, la Caritas – Secours catholique, nos partenaires de la vie religieuse et des associations caritatives, nos différentes aumôneries auprès des malades, des personnes handicapées, des personnes incarcérées, des personnes migrantes, des jeunes en difficulté, nos instances de solidarité nationales et internationales comme le CCFD ou l’Œuvre pour les chrétiens d’Orient, le partenariat avec les multiples associations non confessionnelles d’entraide… un vaste maillage de solidarité couvre l’Alsace et pourtant, il reste tant à faire !

Notre service diocésain de Solidarité nous invite à vivre, les 27 et 28 février prochains, les « journées de l’espérance », dans l’esprit fraternel de Diakonia. Dans nos diverses communautés paroissiales et ecclésiales, nous sommes invités à être créatifs et à rassembler personnes aidées et aidantes, à écouter ensemble la Parole de Dieu et à nous écouter les uns les autres. Attention spéciale est accordée aux pauvres et aux petits à qui la parole est donnée.

Permettez-moi de vous citer quelques-unes de ces paroles venant de Valérie, Clarisse, Happy, Clémentine et de Jean-Luc.

« Comment, interroge Valérie, se remettre du coup de massue de la séparation conjugale, du chômage et de la dépression ? Heureusement que j’ai eu maman et le soutien de la conférence Saint Vincent de Paul ; ça fait chaud au cœur. »

« Merci à l’Église d’être proche de nous, et merci au groupe de Mulhouse “Bouge ta galère” de m’offrir une grande famille », dit Clarisse, éprouvée par le chômage et la maladie.

« L’Église, avec mon équipe d’ACO, m’a donné beaucoup de joie », confie Happy, qui porte bien son nom. « Ouvrez vos cœurs, dit-elle, pour que les autres viennent à vous ! »

« Le Nid, dit Clémentine, c’est ma seconde famille, qui me protège. La foi est une grande force pour moi ! »

Quant à Jean-Luc qui se bat pour trouver un travail, il reconnaît : « j’ai des parents formidables. La foi m’aide beaucoup. La Vierge aussi. Je prie, je réfléchis, je me bats, je me relie aux autres… »

Toutes ces confidences que j’ai entendues, sont des paroles d’espérance. Justement, lors des prochaines journées de l’espérance, veillons à bien nous accueillir et à bien nous écouter. En chaque personne, le Christ est présent. Puisse son cœur, miséricordieux, nous réunir et nous réconforter !

B. Aux pécheurs, miséricorde !

Nous pouvons dire des pécheurs ce que nous avons dit des pauvres : ils sont loin de nous ou à notre porte, ils sont une part de nous-mêmes, ils sont nous-mêmes. C’est donc à nous-mêmes, pécheurs, et à tous que la miséricorde de Dieu est offerte.

Pour généreuse qu’elle soit, la miséricorde divine n’est pas laxiste. Elle est pleine de bonté en même temps qu’exigeante. Ce serait une erreur de considérer que la miséricorde de Dieu excuse et permet tout. En ce cas, elle serait compromission avec le mal et finalement mépris du pécheur, comme le rappelait si bien Benoît XVI, dans Caritas in veritate (10). La charité ne se vit bien que dans la vérité, et c’est parce que le fils prodigue était rentré en lui-même, avec vérité et humilité, qu’il put accéder à la miséricorde du Père et à la joie de la réconciliation avec lui.

D’où vient que la miséricorde offerte par le Christ aux pécheurs ait été si difficile à vivre et le soit encore pour beaucoup d’entre nous ? Nous nous sommes déjà interrogés ensemble, lors du Carême 2011 : « la confession ne m’a pas laissé de bons souvenirs », disent les uns ; d’autres avouent, « ma culpabilité me paralyse » ; d’autres encore, « j’ai trop souffert pour pouvoir pardonner » ; ou bien, « le pardon, je n’y crois pas… ». Quand les aînés avouent leur malaise, des jeunes, à l’occasion du Pélé de Lourdes, disent leur joie d’avoir été écoutés, compris et pardonnés… Question de générations et d’expériences plus ou moins heureuses, certes… affaire de patience aussi : la charité de Dieu est patiente, elle ne brutalise pas. Elle est offerte et je suis certain qu’un jour, chacun de nous se sentira assez pauvre et assez confiant pour faire un pas, franchir ce fameux seuil que signifie la porte de la miséricorde, dire à Dieu son Père, son désir de le retrouver et de recevoir sa miséricorde et sa tendresse. Vous savez que cinq portes de la miséricorde ont été ouvertes dans le diocèse, pour cette année jubilaire : à la cathédrale, à Marienthal, au Mont Sainte Odile, aux Trois Épis et à Thierenbach. Invitation à y faire une démarche de réconciliation ; invitation à se mettre en route aussi, en quelque sanctuaire où nous irons, pour parvenir là où Dieu nous attend, et vivre avec lui la réconciliation et la paix.

Dans son tout dernier livre Le nom de Dieu est miséricorde, le pape François nous confie l’expérience heureuse de sa rencontre avec le prêtre qui fut son confesseur : « j’avais 17 ans. Je me suis senti accueilli par la miséricorde de Dieu en me confessant à lui. À sa mort (de leucémie), l’année suivante, je me suis senti comme abandonné. Et j’ai beaucoup pleuré ce soir-là, beaucoup, caché dans ma chambre. Pourquoi ? parce que j’avais perdu une personne qui me faisait sentir la miséricorde de Dieu » (page 32). Puissent nos larmes être toujours l’expression d’un cœur qui cherche à aimer, en vérité !

C. À nos familles, miséricorde !

Au terme du récent Synode pour la famille, le 24 octobre 2015, (11) le pape François concluait par ces mots : « pour l’Église, conclure le Synode signifie recommencer “à marcher ensemble”, réellement, pour porter partout dans le monde, dans chaque diocèse, dans chaque communauté et dans chaque situation, la lumière de l’Évangile, l’accolade de l’Église et le soutien de la miséricorde de Dieu » (12). Ainsi rappelait-il l’importante d’une approche miséricordieuse de toute personne, des couples et des familles qui connaissent de par la différence des continents et des cultures, des situations si contrastées. Le Synode invita à montrer avec un langage nouveau la beauté de la famille, à mieux préparer et soutenir les couples mariés, à faire fructifier ce qui conduit les couples à la stabilité et au sacrement du mariage, à ne pas discriminer les personnes homosexuelles, à valoriser la place des femmes, à offrir une meilleure intégration dans l’Église aux divorcés remariés, et encore à ne pas opposer mais conjuguer doctrine et miséricorde, et à vivre en fidélité au Christ, visage de la miséricorde du Père… Difficile et beau processus synodal, comme est difficile et belle une longue marche faite ensemble !

À nos familles, miséricorde ! Ce vœu, je souhaite l’adresser aux couples qui traversent un temps de difficile compréhension, de sécheresse affective et de tristesse. N’a-t-on pas trop idéalisé le bonheur conjugal ? A-t-on suffisamment intégré la nécessaire patience à l’égard de l’autre, comme à l’égard de soi-même ? Il faut tant de saisons et tant d’années pour se connaître, s’accepter, se pardonner à soi-même tout autant que connaître, accepter l’autre et lui pardonner… La miséricorde conjugale pourrait s’appeler patience, pardon, prière et espérance. Quand elle est pratiquée, elle produit toujours d’heureux fruits. Merci, couples fidèles. Courage, couples éprouvés ! la fidélité est devenue une aventure d’avenir : renouvelez-vous et persévérez !

À Strasbourg, nous avons vécu, en septembre 2015, une très belle journée des familles, journée de fête et de prière, d’accueil et de réflexion, en lien avec la rencontre mondiale qui se tenait le même jour à Philadelphie.

Nous demandant quelle était la recette de la famille heureuse, nous ne pouvions qu’énumérer une liste de précieux ingrédients, tels l’amour – cela va sans dire –, mais aussi l’entraide, la prière et le pardon, le respect de la différence et l’accueil, l’apprentissage aussi, la fidélité bien sûr, et la joie encore…, sans clore la liste, pour laisser à chacun d’apporter son talent propre, souvent inattendu.

J’ai mentionné la prière et le pardon. Chères familles, chers parents, osez chaque jour poser le signe de la prière au sein de la vie familiale : prière du soir, bénédiction du repas, temps de recueillement si les mots sont difficiles, mais où chacun peut se respecter, signe de croix… Et puis, n’oublions pas le Notre Père, « la prière chrétienne », et sa demande si nécessaire : pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés : que nos familles soient des écoles de miséricorde, où se vivent quotidiennement la prière et le pardon !

Derrière cette recherche de bonheur familial, se trouvent des personnes singulières à aimer et à respecter… Alors que tant de familles sont fatiguées, de couples blessés et d’enfants laissés à eux-mêmes, puissent l’amour et l’entraide, la prière et le pardon, la responsabilité et la fidélité, s’exprimer, chaque jour, en chaque famille et en chaque personne. C’est le chemin difficile, mais sûr, de parvenir à la joie !

En conclusion ; une année sainte de miséricorde

Sœurs et frères, je voudrais conclure en renouvelant la double invitation annoncée en introduction : reconnaître la miséricorde de Dieu et témoigner de cette miséricorde par nos actes.

Reconnaître la miséricorde de Dieu :

Nous avons reçu un trésor, la parole de Dieu à lire, à méditer, à partager afin de contempler le Dieu de miséricorde. Cheminer avec le peuple de Dieu, chanter ses psaumes, écouter le Christ et contempler son beau visage de miséricorde. Chaque jour, la liturgie nous fait entendre la parole de Dieu. De plus, dans notre diocèse, dans nos groupes paroissiaux, selon un thème d’année, nous étudions plus spécialement un des livres de la Bible. Après les évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc, après les Actes des apôtres, nous avons ouvert l’évangile de Saint Jean, l’évangéliste qui a été si inspiré, dans une de ses épîtres (1 Jn 4,16), en proclamant « Dieu est amour ». Cet amour divin se donne sans cesse, gratuitement, miséricordieusement. Puissions-nous, en cette année jubilaire, méditer, louer et célébrer Dieu, plein d’amour et de miséricorde !

Témoigner de cette miséricorde par nos actes :

À l’issue de cette conférence, je vous inviterai à dire la belle prière de sainte Faustine : « Aide-moi, Seigneur, pour que non seulement mes yeux soient miséricordieux… mais aussi mes oreilles… ma langue… mes mains… mes pieds… mon cœur… que tout mon être soit miséricordieux ». Oui, à nous d’entendre l’appel du Christ à être miséricordieux comme le Père, à l’être pour nous-mêmes, pauvres et pécheurs, et à l’être pour ceux qui sont près de nous, à l’être, les uns pour les autres !

Notre vie est fugace et fragile. Ne la laissons pas s’enfermer dans les calculs mesquins et les rancœurs tenaces. C’est de cela que le poète Léon Chancerel priait Dieu de le délivrer : « pardonne-moi Seigneur, cette tristesse amère où je me suis complu »… Notre cœur n’est pas fait pour l’étroitesse. Il est fait pour s’ouvrir à l’infini du cœur de Dieu.

Chers amis, nous sommes invités à nous laisser toucher le cœur par Dieu, à l’accueillir avec confiance, à déposer près de lui, qui est tendre et miséricordieux, nos grandes peines et nos pauvres craintes, et de goûter, pour nous-mêmes, avant de partager autour de nous, cette immense expérience de tendresse et de miséricorde. N’est-ce pas cela, « avancer au large » ?

Le pape François nous y invite avec insistance, en conclusion de sa lettre d’indiction (de jubilé de la miséricorde) : « une année sainte extraordinaire pour vivre dans la vie de chaque jour la miséricorde que le Père répand sur nous depuis toujours. Au cours de ce jubilé, laissons-nous surprendre par Dieu !… Qu’en cette année, l’Église fasse écho à la parole de Dieu qui résonne, forte et convaincante, comme une parole et un geste de pardon, de soutien, d’aide, d’amour » (MV, n. 25) (13).

Chers frères et sœurs, vivons, ensemble, une bonne et sainte année de miséricorde !

(*) Titre et notes de La DC.

(1) DC 2006, n. 2352, p. 166-187.

(2) DC 1980, n. 1797, p. 1083.

(3) Ibid., p. 1094.

(4) Ibid., p. 1089.

(5) Ibid., p. 1096.

(6) Ibid., p. 1098.

(7) DC 2015, n. 2519, p. 73.

(8) Ibid., p. 79.

(9) Ibid., p. 79.

(10) DC 2009, n. 2429, p. 753-796.

(11) DC 2016, n. 2521, p. 31.

(12) Ibid., p. 71-74.

(13) DC 2015, n. 2519, p. 84.

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Commentaire des lectures du dimanche

 

Le salut de Jésus Ressuscité à ses disciples, le soir de Pâques, résonne encore en nous tous : « Paix à vous ! » (Jn 20, 19). La paix, surtout durant ces semaines, demeure comme le désir de nombreuses populations qui subissent la violence inouïe de la discrimination et de la mort, seulement parce qu’elles portent le nom de chrétiens. Notre prière se fait encore plus intense et devient un appel à l’aide au Père riche en miséricorde, afin qu’il soutienne la foi de tant de frères et sœurs qui sont dans la douleur, alors que nous demandons de convertir nos cœurs pour passer de l’indifférence à la compassion.

Saint Paul nous a rappelé que nous avons été sauvés dans le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus. Il est le Réconciliateur, qui est vivant au milieu de nous pour offrir le chemin de la réconciliation avec Dieu et entre les frères. L’Apôtre rappelle que, malgré les difficultés et les souffrances de la vie, grandit pourtant l’espérance dans le salut que l’amour du Christ a semé dans nos cœurs. La miséricorde de Dieu s’est répandue en nous, nous rendant justes, nous donnant la paix.

Une question est présente dans le cœur de beaucoup : pourquoi, aujourd’hui, un Jubilé de la Miséricorde ? Simplement parce que l’Église, en ce moment de grands changements d’époque, est appelée à offrir plus fortement les signes de la présence et de la proximité de Dieu. Ce n’est pas le temps pour la distraction, mais au contraire pour rester vigilants et réveiller en nous la capacité de regarder l’essentiel. C’est le temps pour l’Église de retrouver le sens de la mission que le Seigneur lui a confiée le jour de Pâques : être signe et instrument de la miséricorde du Père (cf. Jn 20, 21-23). C’est pour cela que l’Année Sainte devra maintenir vivant le désir de savoir accueillir les nombreux signes de la tendresse que Dieu offre au monde entier et surtout à tous ceux qui sont dans la souffrance, qui sont seuls et abandonnés, et aussi sans espérance d’être pardonnés et de se sentir aimés du Père. Une Année Sainte pour éprouver fortement en nous la joie d’avoir été retrouvés par Jésus, qui comme Bon Pasteur est venu nous chercher parce que nous nous étions perdus. Un Jubilé pour percevoir la chaleur de son amour quand il nous charge sur ses épaules pour nous ramener à la maison du Père. Une Année pour être touchés par le Seigneur Jésus et transformés par sa miséricorde, pour devenir nous aussi témoins de miséricorde. Voilà le motif du Jubilé : parce que c’est le temps de la miséricorde. C’est le temps favorable pour soigner les blessures, pour ne pas nous lasser de rencontrer tous ceux qui attendent de voir et de toucher de la main les signes de la proximité de Dieu, pour offrir à tous, à tous, le chemin du pardon et de la réconciliation.

Que la Mère de la Divine Miséricorde ouvre nos yeux, afin que nous comprenions l’engagement auquel nous sommes appelés ; et qu’elle nous obtienne la grâce de vivre ce Jubilé de la Miséricorde par un témoignage fidèle et fécond.

[Homélie du Pape François – Samedi 11 avril 2015]

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Date de dernière mise à jour : 2016-04-01