Pko 10.02.2016 mercredi des cendres

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°09/2016

Mercredi 10 février 2016 – Mercredi des Cendres – Année C

« C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices » (Mt 9,13)

Message pour le Carême 2016

« C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices (Mt 9, 13). Les œuvres de miséricorde dans le parcours jubilaire » : tel est l'intitulé du message de Carême présenté mardi 26 janvier 2016. En cette Année sainte, le Pape François souhaite que ce temps de pénitence soit vécu de manière « plus intense » pour célébrer et expérimenter la miséricorde de Dieu, notamment à travers les œuvres corporelles et spirituelles de miséricorde. Le Saint-Père invite à ne « pas laisser passer en vain ce temps de Carême favorable à la conversion ».
 

« C'est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices » (Mt 9,13).

Les œuvres de miséricorde dans le parcours jubilaire

1. Marie, icône d’une Église qui évangélise parce qu’elle a été évangélisée.

Dans la Bulle d’indiction du Jubilé, j’ai invité à faire en sorte que « le Carême de cette Année Jubilaire [soit] vécu plus intensément comme un temps fort pour célébrer et expérimenter la miséricorde de Dieu » (Misericordiae vultus, n. 17). Par le rappel de l’écoute de la Parole de Dieu et l’initiative « 24 heures pour le Seigneur », j’ai voulu souligner la primauté de l’écoute priante de la Parole, plus particulièrement de la Parole prophétique. La miséricorde de Dieu est certes une annonce faite au monde : cependant chaque chrétien est appelé à en faire l’expérience personnellement. C’est pourquoi, en ce temps de Carême, j’enverrai les Missionnaires de la Miséricorde afin qu’ils soient pour tous un signe concret de la proximité et du pardon de Dieu.

Parce qu’elle a accueilli la Bonne Nouvelle annoncée par l’archange Gabriel, Marie chante prophétiquement dans son Magnificat la miséricorde par laquelle Dieu l’a choisie. La Vierge de Nazareth, promise comme épouse à Joseph, devient ainsi l’icône parfaite de l’Église qui évangélise car elle a été et demeure constamment évangélisée par l’œuvre de l’Esprit Saint qui a fécondé son sein virginal. Dans la tradition prophétique – et déjà au niveau étymologique – la miséricorde est étroitement liée aux entrailles maternelles (rahamim) et à une bonté généreuse, fidèle et compatissante (hesed) qui s’exerce dans les relations conjugales et parentales.

2. L’alliance de Dieu avec les hommes : une histoire de miséricorde

Le mystère de la miséricorde divine se dévoile au cours de l’histoire de l’alliance entre Dieu et son peuple Israël. Dieu, en effet, se montre toujours riche en miséricorde, prêt à reverser sur lui en toutes circonstances une tendresse et une compassion viscérales, particulièrement dans les moments les plus dramatiques, lorsque l’infidélité brise le lien du pacte et que l’alliance requiert d’être ratifiée de façon plus stable dans la justice et dans la vérité. Nous nous trouvons ici face à un véritable drame d’amour où Dieu joue le rôle du père et du mari trompé, et Israël celui du fils ou de la fille, et de l’épouse infidèles. Ce sont les images familières, comme nous le voyons avec Osée (cf. Os 1-2), qui expriment jusqu’à quel point Dieu veut se lier à son peuple.

Ce drame d’amour atteint son point culminant dans le Fils qui s’est fait homme. Dieu répand en lui sa miséricorde sans limites, au point d’en faire la « Miséricorde incarnée » (Misericordiae Vultus, n. 8). En tant qu’homme, Jésus de Nazareth est fils d’Israël dans le plein sens du terme. Il l’est au point d’incarner cette écoute parfaite de Dieu demandée à tout Juif par le Shemà qui constitue, aujourd’hui encore, le cœur de l’alliance de Dieu avec Israël : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces » (Dt 6, 4-5).  Le Fils de Dieu est l’Époux qui met tout en œuvre pour conquérir l’amour de son Épouse. Il lui est lié par son amour inconditionnel qui se manifeste dans les noces éternelles avec elle.

Ceci constitue le cœur vibrant du kérygme apostolique où la miséricorde divine tient une place centrale et fondamentale. Il est « la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus-Christ, mort et ressuscité » (Exhort. apost. Evangelii gaudium, n. 36), cette première annonce « que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons, et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse » (Ibid., n. 164).La miséricorde alors « illustre le comportement de Dieu envers le pécheur, lui offrant une nouvelle possibilité de se repentir, de se convertir et de croire » (Misericordiae Vultus, n. 21), restaurant vraiment ainsi la relation avec Lui. En Jésus Crucifié, Dieu veut rejoindre l’homme pécheur jusque dans son éloignement le plus extrême, précisément là où il s’est égaré et éloigné de Lui. Et ceci, il le fait dans l’espoir de réussir finalement à toucher le cœur endurci de son Épouse.

3. Les œuvres de miséricorde

La miséricorde de Dieu transforme le cœur de l’homme et lui fait expérimenter un amour fidèle qui le rend capable d’être, à son tour, miséricordieux. C’est à chaque fois un miracle que la miséricorde divine puisse se répandre dans la vie de chacun de nous, en nous incitant à l’amour du prochain et en suscitant ce que la tradition de l’Église nomme les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Elles nous rappellent que notre foi se traduit par des actes concrets et quotidiens, destinés à aider notre prochain corporellement et spirituellement, et sur lesquels nous serons jugés : le nourrir, le visiter, le réconforter, l’éduquer. C’est pourquoi j’ai souhaité que « le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Ce sera une façon de réveiller notre conscience souvent endormie face au drame de la pauvreté, et de pénétrer toujours davantage le cœur de l’Évangile, où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine » (Ibid., n. 15). Dans la personne du pauvre, en effet, la chair du Christ « devient de nouveau visible en tant que corps torturé, blessé, flagellé, affamé, égaré… pour être reconnu par nous, touché et assisté avec soin » (Ibid.). Inouï et scandaleux

mystère qui prolonge dans l’Histoire la souffrance de l’Agneau innocent, buisson ardent brûlant d’un amour gratuit, et devant lequel nous ne pouvons, à la suite de Moïse, qu’ôter nos sandales (cf. Ex 3,5) ; et ceci plus encore quand ce pauvre est notre frère ou notre sœur en Christ qui souffre à cause de sa foi.

Face à cet amour, fort comme la mort (cf. Ct 8,6), le pauvre le plus misérable est celui qui n’accepte pas de se reconnaître comme tel. Il croit être riche mais, en réalité, il est le plus pauvre des pauvres. Et s’il est tel, c’est parce qu’il est esclave du péché qui le pousse à user de la richesse et du pouvoir non pas pour servir Dieu et les autres, mais pour étouffer en lui l’intime conviction de n’être, lui aussi, rien d’autre qu’un pauvre mendiant. D’autant plus grands sont le pouvoir et les richesses dont il dispose, d’autant plus grand est le risque que cet aveuglement devienne mensonger. Il en vient à ne même plus vouloir voir le pauvre Lazare qui mendie à la porte de sa maison (cf. Lc 16, 20-21), figure du Christ qui, dans les pauvres, mendie notre conversion. Lazare est cette opportunité de nous convertir que Dieu nous offre et que peut-être nous ne voyons pas. Cet aveuglement est accompagné d’un délire orgueilleux de toute-puissance, dans lequel résonne, de manière sinistre, ce démoniaque « vous serez comme des dieux » (Gn 3,5), qui est à la racine de tout péché. Un tel délire peut également devenir un phénomène social et politique, comme l’ont montré les totalitarismes du XXe siècle, et comme le montrent actuellement les idéologies de la pensée unique et celles de la technoscience qui prétendent réduire Dieu à l’insignifiance et les hommes à des masses qu’on peut manipuler. Ceci, de nos jours, peut être également illustré par les structures de péché liées à un modèle erroné de développement fondé sur l’idolâtrie de l’argent qui rend indifférentes au destin des pauvres les personnes et les sociétés les plus riches, qui leur ferment les portes, refusant même de les voir.

Pour tous, le Carême de cette Année jubilaire est donc un temps favorable qui permet finalement de sortir de notre aliénation existentielle grâce à l’écoute de la Parole et aux œuvres de miséricorde. Si à travers les œuvres corporelles nous touchons la chair du Christ dans nos frères et nos sœurs qui ont besoin d’être nourris, vêtus, hébergés, visités, les œuvres spirituelles, quant à elles, - conseiller, enseigner, pardonner, avertir, prier - touchent plus directement notre condition de pécheurs. C’est pourquoi les œuvres corporelles et les œuvres spirituelles ne doivent jamais être séparées. En effet, c’est justement en touchant la chair de Jésus Crucifié dans le plus nécessiteux que le pécheur peut recevoir en don la conscience de ne se savoir lui-même rien d’autre qu’un pauvre mendiant. Grâce à cette voie, « les hommes au cœur superbe », « les puissants » et « les riches », dont parle le Magnificat ont la possibilité de reconnaître qu’ils sont, eux aussi, aimés de façon imméritée par le Christ Crucifié, mort et ressuscité également pour eux. Cet amour constitue la seule réponse à cette soif de bonheur et d’amour infinis que l’homme croit à tort pouvoir combler au moyen des idoles du savoir, du pouvoir et de l’avoir. Mais il existe toujours le danger qu’à cause d’une fermeture toujours plus hermétique à l’égard du Christ, qui dans la personne du pauvre continue à frapper à la porte de leur cœur, les hommes au cœur superbe, les riches et les puissants finissent par se condamner eux-mêmes à sombrer dans cet abîme éternel de solitude qu’est l’enfer. C’est alors que résonnent à nouveau, pour eux comme pour nous tous, les paroles ardentes d’Abraham : « Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent ! » (Lc 16,29). Cette écoute agissante nous préparera le mieux à fêter la victoire définitive sur le péché et sur la mort de l’Époux qui est désormais ressuscité, et qui désire purifier sa future Épouse dans l’attente de son retour.

Ne laissons pas passer en vain ce temps de Carême favorable à la conversion ! Nous le demandons par l’intercession maternelle de la Vierge Marie, qui, la première, face à la grandeur de la miséricorde divine dont elle a bénéficié gratuitement, a reconnu sa propre petitesse (cf. Lc 1,48) en se reconnaissant comme l’humble Servante du Seigneur (cf. Lc 1,38).

Du Vatican, 4 octobre 2015

Fête de Saint-François d’Assise

François

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Commentaire des lectures mercredi des cendres

En tant que peuple de Dieu, nous commençons le chemin du Carême, temps au cours duquel nous nous efforçons de nous unir plus étroitement au Seigneur pour partager le mystère de sa passion et de sa résurrection.

La liturgie d’aujourd’hui nous propose avant tout le passage du prophète Joël, envoyé par Dieu pour appeler le peuple à la pénitence et à la conversion, à cause d’une calamité (une invasion de sauterelles) qui dévaste la Judée. Seul le Seigneur peut sauver du fléau et il faut donc le supplier par des prières et des jeûnes, en confessant son péché.

Le prophète insiste sur la conversion intérieure : « Revenez à moi de tout votre cœur » (2, 12).

Revenir au Seigneur « de tout son cœur » signifie entreprendre le chemin d’une conversion non pas superficielle et transitoire, mais un itinéraire spirituel qui touche le lieu le plus intime de notre personne. En effet, le cœur est le siège de nos sentiments, le centre dans lequel mûrissent nos choix, nos comportements. Ce « revenez à moi de tout votre cœur » ne concerne pas seulement les personnes, mais s’étend à toute la communauté, il s’agit d’une convocation adressée à tous : « Réunissez le peuple, convoquez la communauté, rassemblez les vieillards, réunissez les petits enfants, ceux qu’on allaite au sein ! Que le jeune époux quitte sa chambre et l’épousée son alcôve ! » (v. 16).

Le prophète s’arrête en particulier sur la prière des prêtres, en faisant observer qu’elle doit être accompagnée par les larmes. Cela nous fera du bien à tous, mais en particulier à nous les prêtres, au début de ce Carême, de demander le don des larmes, de façon à rendre notre prière et notre chemin de conversion toujours plus authentiques et sans hypocrisie. Cela nous fera du bien de nous poser la question : « Est-ce que je pleure ? Le Pape pleure-t-il ? Les cardinaux pleurent-ils ? Les évêques pleurent-ils ? Les personnes consacrées pleurent-elles ? Les prêtres pleurent-ils ? Les pleurs sont-ils présents dans nos prières ? » Tel est précisément le message de l’Evangile d’aujourd’hui. Dans le passage de Matthieu, Jésus relit les trois œuvres de piété prévues dans la loi mosaïque : l’aumône, la prière et le jeûne. Et il distingue, le fait extérieur du fait intérieur, de ces pleurs qui viennent du cœur. Au fil du temps, ces prescriptions avaient été attaquées par la rouille du formalisme extérieur, ou s’étaient même transformées en signe de supériorité sociale. Jésus met en évidence une tentation commune dans ces trois œuvres, que l’on peut résumer précisément dans l’hypocrisie (il la cite au moins trois fois) : « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux... Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi ; ainsi font les hypocrites... Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment... se camper, afin qu’on les voie... Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites » (Mt 6, 1.2.5.16). Frères, sachez, que les hypocrites ne savent pas pleurer, ils ont oublié comment on pleure, ils ne demandent pas le don des larmes.

Lorsque l’on accomplit quelque chose de bon, presque instinctivement naît en nous le désir d’être estimés et admirés pour cette bonne action, pour en retirer une satisfaction. Jésus nous invite à accomplir ces œuvres sans aucune ostentation, et à espérer uniquement la récompense du Père « qui voit dans le secret » (Mt 6, 4.6.18).

Chers frères et sœurs, le Seigneur ne se lasse jamais d’avoir de la miséricorde pour nous, et veut nous offrir encore une fois son pardon — nous en avons tous besoin —, en nous invitant à revenir à Lui avec un cœur nouveau, purifié du mal, purifié par les larmes, pour prendre part à sa joie. Comment accueillir cette invitation ? Saint Paul nous le suggère : « Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Cet effort de conversion n’est pas seulement une œuvre humaine, c’est se laisser réconcilier. La réconciliation entre nous est possible grâce à la miséricorde du Père qui, par amour pour nous, n’a pas hésité à sacrifier son Fils unique. En effet, le Christ, qui était juste et sans péché, pour nous a été fait péché (v. 21) lorsque, sur la croix, il fut chargé de nos péchés, et ainsi, il nous a rachetés et justifiés devant Dieu. « En Lui » nous pouvons devenir justes, en Lui nous pouvons changer, si nous accueillons la grâce de Dieu et que nous ne laissons pas passer en vain ce « moment favorable » (6, 2). S’il vous plaît, arrêtons-nous, arrêtons-nous un peu et laissons-nous réconcilier avec Dieu.

Avec cette conscience, commençons confiants et joyeux l’itinéraire quadragésimal. Que Marie Mère Immaculée, sans péché, soutienne notre combat spirituel contre le péché, nous accompagne en ce moment favorable, afin que nous puissions arriver à chanter ensemble l’exultation de la victoire le jour de la Pâque. Et comme signe de la volonté de se laisser réconcilier avec Dieu, outre les larmes qui resteront « dans le secret », en public nous accomplirons le geste de l’imposition des cendres sur la tête. Le célébrant prononce ces paroles : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière » (cf. Gn 3, 19), ou encore, il répète l’exhortation de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (cf. Mc 1, 15). Les deux formules constituent un rappel à la vérité de l’existence humaine : nous sommes des créatures limitées, des pécheurs ayant toujours besoin de pénitence et de conversion. Combien il est important d’écouter et d’accueillir ce rappel à notre époque ! L’invitation à la conversion est alors un encouragement à revenir, comme le fit le fils de la parabole, entre les bras de Dieu, Père tendre et miséricordieux, à pleurer dans cette étreinte, à se fier à Lui et à se confier à Lui.

[Homélie du Saint-Père pour le Mercredi des Cendres 2015 – 18 février 2015]

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

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Date de dernière mise à jour : 2016-02-16