Pko 12.06.2016

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°33/2016

Dimanche 12 juin 2016 – 11ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Hommage… à Mariette

À mon retour à Tahiti, en 1988, pour terminer mes études de théologie au Grand Séminaire d’Outumaoro, Père Paul Hodée m’a pris sous son aile. « Tu n’es pas d’ici, tu n’as pas de famille ici… il te faut absolument une famille d’accueil ! » m’a-t-il dit. Quelque temps plus tard, un mercredi, il me téléphone et m’annonce : « Je te prends à 11h et nous allons chez mes amis, Mariette et Olivier… ils seront pour toi ta famille en Polynésie ». Bénédiction sur ma route que Mariette et Olivier.

Après Olivier il y a quelques années… aujourd’hui c’est Mariette qui s’en est allée vers la maison du Père.

Une femme de foi, toute entière donnée dans une multitude d’activités. Merveilleuse cuisinière, avec Sœur Marietta et d’autres dames, elle a donné de son temps au « cours ménager » pour les jeunes filles de Tahiti. Puis ce furent de longues années de bénévolat dans la catéchèse au Collège Lamennais… partageant sa joie de vivre, notamment après le départ d’Olivier…

Un jour, cherchant des bénévoles pour assurer l’accueil au presbytère de la Cathédrale, je lui demande si elle aurait un peu de temps… un immense sourire illumina son visage : « Oh ! J’attendais que tu me le demandes ! » Depuis, et jusqu’à il y a encore quelques mois, bien que malade, elle a assuré ce ministère de l’Accueil et de la Miséricorde auprès des fidèles et des personnes de passage… subissant patiemment les humeurs du Vicaire sans se départir de son sourire et toujours attentive à la détresse des gens.

Depuis quelques années la santé de Mariette s’était détériorée sans pour autant qu’elle ne baisse les bras… une Foi tel un roc l’habitait… une lutte confiante… jusqu’à il y a quelques semaines, avant qu’elle ne puisse plus venir au presbytère assurer l’accueil, c’est alors qu’elle me dit : « Ça y est cette fois-ci c’est la fin… je suis prête ».

Mariette s’en est allée ce vendredi matin retrouver Olivier, son époux, ses parents et ses frères… Elle est partie comme elle a vécu, sans bruit… ne voulant déranger personne…

Que dire Mariette… les mots me manquent pour exprimer ce que tu as été pour tant d’hommes et de femmes… tant de personnes qu’à travers ta fragilité et ta bonté tu as aidées et aimées. Les mots ne sauraient dire ce que je te dois, ce que le prêtre que je suis te doit…

Mariette continue aujourd’hui encore à prier pour moi… pour que je sois fidèle à mon ministère… toi qui a toujours cru en moi malgré mes humeurs et mon caractère…

Que Dieu t’ouvre les portes du ciel sans tarder… et qu’il réconforte ta famille, tes enfants et petits-enfants qui te pleurent aujourd’hui…

Au revoir Mariette, bon voyage… à bientôt…

« Je ne meurs pas, j’entre dans la vie… »

Ste Thérèse de l’Enfant Jésus

Chronique de la roue qui tourne

Homme ou animal… que sommes-nous ?

« La barbarie est accessible à quiconque : il suffit d'y prendre goût. » Emil Michel Cioran

La barbarie, un terme obsolète pour les gens civilisés que nous sommes. Terme que nous reléguons bien volontiers à la préhistoire. Pourtant, en voyant l’actualité de nos jours, nous nous demandons si nous ne sommes pas les plus barbares de notre espèce. Récapitulons nos « faits divers » de ces dernières semaines : un chaton coupé en deux, une fillette violée à SOS Village, un papi en fauteuil roulant dépouillé alors qu’il faisait ses courses, une fillette de 10 ans presque violée par son oncle aux toilettes pendant le déroulement d’une messe, un père qui bat ses enfants d’1 an et 3 ans, le procès d’une famille d’accueil qui martyrisait leurs pensionnaires handicapés, un frère qui meurt sous les coups de son aîné…

Autant d’atrocités sur un laps de temps très court ! On ne peut que rester abasourdi devant la cruauté humaine. Nous croyons à chaque fois avoir touché le fond, avant qu’une autre trappe s’ouvre sous nos pieds, nous entrainant dans les abysses de l’obscurité humaine. Cruauté consciente, nous savons très bien ce que nous faisons. Cruauté sadique, nous prenons vraiment plaisir à voir souffrir. Cruauté gratuite, provoquée par nos pulsions et nos envies, je veux donc j’ai. Cruauté ignoble puisqu’aujourd’hui les victimes sont toutes des personnes vulnérables.

Notre société est malade. Malade de pouvoir. Malade d’envie. Malade de cruauté. Comment en sommes-nous arrivés là ? Sommes-nous au moins conscients de notre déchéance ? Que devient notre humanité… si l’homme se plait à gommer toute conscience et toute morale dans ses actes. Aujourd’hui, nous sommes prompts à invoquer tel ou tel droit de l’Homme. Pourtant, nous laissons notre instinct animal dicter de plus en plus nos actions. Fédor Dostoïevski disait : « On parle parfois de la cruauté de l'homme, et on la compare à celle des fauves : que c'est injuste pour ceux-ci ! »

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

La parole aux sans paroles – 38

Portrait d’homme - Stéphane

Stéphane n’a jamais trouvé sa place dans sa famille adoptive. Donc à 15 ans, c’est sans regrets qu’il fugue pour vivre dans la rue. Mordu de travail, il voit ses efforts récompensés avec un C.A.E. d’un an. Une chance qu’il saisit avec sérieux et courage. Faaitoito Stéphane !

D’où viens-tu ?

« Je viens de la Presqu’île, de Mataiea. J’ai grandi là-bas avec ma famille adoptive. J’ai été adopté bébé. Sinon, j’ai 5 frères et 2 petites sœurs. Ils se sont fait adopter comme moi. Il y a un qui est à Moorea, les autres sont dans des familles ici à Tahiti. »

Tu les revois de temps en temps ?

« Pas souvent ! De temps en temps, je les croise et on discute un peu. »

Et tes vrais parents ?

« Non ! »

Que s’est-il passé pour que tu sois dans la rue ?

« J’ai quitté ma famille adoptive à l’âge de 15 ans pour venir dans la rue. »

Pourquoi ?

« Parce que ça se passait mal dans la famille adoptive. Je n’étais pas heureux. Quand j’allais à l’école, j’avais toujours le même linge, du lundi à vendredi. Je voyais mes amis changer de linge. Mon linge sentait mauvais. Ce n’était pas facile d’aller à l’école dans ces conditions. C’était trop dur pour moi ! »

Le plus dur dans la rue ?

« Le plus difficile dans la rue, c’est quand tu as faim et que tu n’as rien. Tu vois les gens qui passent en train de manger. »

Comment tu t’en sors quand c’est comme ça ?

« Je fais tout pour trouver des petits boulots. Je vais proposer aux gens de faire leur jardin, de ratisser leurs feuilles ou faire quelques travaux de maçonnerie. Des petits boulots quoi ! J’ai toujours fait comme ça. Même faire le ménage, je le fais. Et aujourd’hui, j’ai trouvé un travail, j’ai eu un C.A.E. à la laiterie "SACHET". Je suis polyvalent là-bas. Je travaille sur les machines pour tout ce qui est fabrication en bouteilles. »

C’est un C.A.E. pour quelle durée ?

« 12 mois. Je termine en août et j’attends de voir si ce sera renouvelé. J’espère en tous les cas. Tu sais, j’aime travailler. J’ai travaillé dans plusieurs entreprises. »

Avec ce travail, tu as pu quitter la rue ?

« Oui, c’est vrai. Mais il faut aussi dire que, quand tu prends un logement, c’est la moitié de ton salaire qui part dans le loyer, peut-être plus même. Alors tu regardes ce qu’il te reste pour payer les factures et ton maa. Ce n’est pas facile ! »

Comment fais-tu ?

« J’ai décidé de vivre dans un centre qui héberge des gens qui n’ont pas de moyens. Et je viens ici à Te Vaiete le week-end pour manger. »

Comment as-tu connu Te Vaiete ?

« Par des amis, quand j’étais dans la rue. »

Où tu dormais à cette époque ?

« À Aremiti ferry, pas loin de l’escalier, avec des amis. Et maintenant, tous ces copains-là s’en sont sortis. Parmi eux, j’avais un ami qui venait de Nouvelle-Calédonie. C’était toujours nous deux. On était très proche. Mais on ne s’est plus revu depuis 2 ans. Et là, je le cherche. Des amis m’ont dit qu’il travaillait, qu’il avait eu un C.D.I. J’aimerais beaucoup le revoir. C’est vraiment un grand pote. »

Quand Te Vaiete est fermé, comment tu te débrouilles pour manger ?

« Ça dépend, je vais demander des sous mais j’ai arrêté. Alors je ne me pose pas la question du comment. »

Ton plus beau souvenir de la rue ?

« Mon beau souvenir, ça serait quand j’ai cassé des cocos pour des touristes. (Rires) »

Raconte…

« En fait, c’est un copain qui m’a demandé d’aller chercher des cocos pour les touristes. Du coup, j’ai dû monter à un cocotier pour casser des cocos. (Rires) Puis, je les ai cassés pour les donner aux touristes. C’était des Chinois. Ils étaient sympas. »

Comment tu vois ta vie dans 10 ans ?

« Alors là ! Comment veux-tu que je sache. (Rires) J’aimerais juste avoir mon terrain, ma maison, ma petite famille ! (Rires) »

Tu as un message à faire passer ?

« Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. Chacun se débrouille comme il peut pour faire sa vie. Merci de m’avoir questionné. Et merci à Père avec son groupe. Père est très important pour nous. Quand on lui demande quelque chose, il fait tout pour nous aider. Mais quand il nous demande quelque chose, nous devons aussi faire un effort. C’est du donnant-donnant. Si tu ne fais pas d’effort, ça ne sert à rien qu’il t’aide. C’est normal ! »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

Cana, évènement fondateur d’une l’alliance d’amour

Audience générale du mercredi 8 juin 2016 - pape François

Le premier miracle de Jésus accompli à Cana « illumine tout le mystère du Christ et ouvre le cœur des disciples à la foi ». Lors de l’audience générale, ce mercredi, le Pape François, en cette année de la miséricorde, a proposé une méditation sur le récit évangélique des noces de Cana. Le Saint-Père a notamment rappelé que c’est à Cana, que Jésus livre le sens de sa venue parmi nous.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Avant de commencer la catéchèse, je voudrais saluer un groupe de couples, qui célèbre leur 50ème anniversaire de mariage. Voilà du bon vin, « le bon vin » de la famille ! Votre témoignage doit servir d’exemple aux jeunes époux – que je saluerai après – et aux jeunes. C’est un beau témoignage. Merci pour votre témoignage. Après avoir commenté quelques paraboles sur la miséricorde, aujourd’hui arrêtons-nous sur le premier des miracles de Jésus, que l’évangéliste Jean appelle « signes », car Jésus ne les faisait pas pour susciter de l’émerveillement, mais pour révéler l’amour du Père. Le premier de ces signes prodigieux est raconté par Jean (2,1-11), et se produit à Cana de Galilée. Comme une sorte de « porte d’entrée », sur lesquelles sont gravées les paroles et les expressions qui illuminent tout le mystère du Christ et ouvrent le cœur des disciples à la foi. En voici quelques unes :

Dans l’introduction nous trouvons l’expression « Jésus avec ses disciples » (v. 2). Ceux qu’il a appelés pour le suivre, Jésus les a liés à lui, formant une communauté et à présent une seule et même famille. Ils sont tous invités aux noces. En inaugurant son ministère public pendant les noces de Cana, Jésus se manifeste comme l’époux du peuple de Dieu, annoncé par les prophètes, et nous révèle la profondeur des liens qui l’unissent à Lui : c’est une nouvelle Alliance d’amour. Qu’y a t-il à la base de notre foi ? Un geste de miséricorde de Jésus, qui nous a liés à lui. Et la vie chrétienne c’est la réponse à cet amour, c’est comme l’histoire de deux amoureux. Dieu et l’homme se rencontrent, se cherchent, se trouvent, se célèbrent et s’aiment : comme le bien-aimé et la bien-aimée du Cantique des Cantiques. Tout le reste vient après, comme conséquence de cette relation. L’Église est la famille de Jésus sur laquelle il déverse tout son amour. C’est sur cet amour que l’Église veille et qu’elle veut donner à tous.

C’est dans le cadre de cette Alliance que nous devons comprendre aussi la remarque de Marie: « Ils n’ont pas de vin » (v. 3). Comment peut-on célébrer des noces et faire la fête sans vin, cet élément indiqué par les prophètes comme étant « l’élément type » du banquet messianique (cf. Am 9,13-14; Gl 2,24; Is 25,6) ? De l’eau, il en faut, pour vivre, mais le vin exprime l’abondance du festin et la joie de la fête. Nous sommes à une fête de noces où il n’y a pas de vin ; les jeunes mariés ont honte de cela. Imaginez-vous, finir une fête en buvant du thé ; ça serait la honte. Il faut du vin pour fêter. En transformant en vin l’eau des amphores utilisée « pour la purification rituelle des Juifs » (v. 6), Jésus accomplit un geste éloquent : il transforme la Loi de Moïse en Évangile, porteur de joie. Comme Jean dit ailleurs : « la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (1,17).

Les paroles que Marie adresse aux serviteurs couronnent le cadre nuptial de Cana : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (v. 5). C’est curieux : ce sont ses dernières paroles rapportées par les évangiles : elle sont son héritage, et elle nous le remet à tous. Aujourd’hui aussi, la Vierge Marie nous dit : « Tout ce qu’il vous dira – ce que Jésus vous dira -, faites-le ». C’est son héritage, elle nous l’a laissé : que c’est beau ! Cette expression renvoie à la formule de foi qu’utilisait le peuple d’Israël au Sinaï en réponse aux promesses d’alliance : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique ! » (Ex 19,8). Et en effet, à Cana, les serviteurs obéissent. « Jésus dit à ceux qui servaient : “Remplissez d’eau les jarres.” Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : “Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas.” Ils lui en portèrent » (v. 7-8). À ces noces, une nouvelle alliance est vraiment scellée, et les serviteurs du Seigneur, autrement dit toute l’Église, reçoit une nouvelle mission : « Tout ce que je dirai, faites-le ! » Servir le Seigneur veut dire écouter et mettre en pratique sa Parole. Cette recommandation, simple mais essentielle, vient de la Mère de Jésus, et c’est le programme de vie du chrétien. Pour chacun de nous, puiser à l’amphore équivaut à s’abandonner à la Parole de Dieu pour expérimenter son efficacité dans la vie. Alors, d’une même voix avec le chef du banquet qui a goutté à l’eau changée en vin, nous pouvons dire : « Tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant » (v.10). Oui, le Seigneur continue à réserver ce bon vin pour notre salut, tout comme il continue de s’écouler de son côté transpercé.

La conclusion du récit sonne comme une sentence : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » (v. 11). Les noces de Cana sont beaucoup plus que le simple récit du premier miracle de Jésus. Comme un écrin, il conserve le secret de sa personne et le but de sa venue : l’Époux attendu donne le coup d’envoi aux noces qui s’accomplissent dans le mystère pascal. À ces noces, Jésus lie ses disciples à lui, grâce à une alliance nouvelle et définitive. À Cana, les disciples de Jésus deviennent sa famille et à Cana naît la foi de l’Église. Nous sommes tous invités à ces noces, pour qu’il ne manque jamais plus de vin nouveau !

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Une mystique est nécessaire

Audience du pape François aux Œuvres Pontificales Missionnaires – 4 juin 2016

Les directeurs nationaux des OPM, les quatre Œuvres pontificales missionnaires, étaient réunis cette semaine à Rome pour leur assemblée annuelle sous la direction du cardinal Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Ils ont été reçus par le Pape François. Le Saint-Père leur a demandé de ne pas se limiter à collecter des fonds et à distribuer des aides financières aux nombreuses Églises et aux chrétiens qui sont dans le besoin, un service important, certes, mais insuffisant. Il est en effet nécessaire de développer la formation permanente de tous, fidèles et pasteurs, à la mission.

Chers frères et sœurs,

Je vous souhaite la bienvenue à tous, Directeurs nationaux des Œuvres pontificales missionnaires et collaborateurs de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples. Je remercie le Cardinal Fernando Filoni pour les paroles qu’il m’a adressé et vous tous pour votre service précieux en faveur de la mission de l’Eglise qui est de porter l’Évangile « à toute la Création » (Mc 16, 15).

Cette année, notre rencontre a lieu au moment du centenaire de la fondation de l’Union pontificale missionnaire. L’Œuvre s’inspire du Bienheureux Paolo Manna, prêtre missionnaire de l’Institut pontifical pour les Missions étrangères. Soutenue par Saint Guido Maria Conforti, elle fut approuvée par le Pape Benoît XV le 31 octobre 1916 et, quarante ans plus tard, le Vénérable Pie XII la qualifia de pontificale. Au travers de l’intuition du Bienheureux Paolo Manno et de la médiation du Siège apostolique, l’Esprit Saint a conduit l’Église à disposer d’une conscience toujours plus grande de sa propre nature missionnaire, portée ensuite à maturation par le Concile œcuménique Vatican II.

Le Bienheureux Paolo Manna comprit fort bien que former et éduquer au mystère de l’Eglise et à sa vocation missionnaire intrinsèque représente une finalité qui concerne tout le saint Peuple de Dieu, dans la variété des états de vie et des ministères. « Des missions de l’Union missionnaires, certaines sont de nature culturelle, d’autres de nature spirituelle, d’autres enfin de nature pratique et organisationnelle. L’Union missionnaire a le devoir d’illuminer, d’enflammer, d’agir en organisant les prêtres et, par leur intermédiaire, tous les fidèles, en ce qui concerne les missions ». Ainsi s’exprimait le Fondateur de l’Union pontificale missionnaire en 1936 dans l’une des ses interventions historiques tenue au cours du IIe Congrès international de l’Œuvre. Toutefois, former à la mission des Évêques et des prêtres ne signifie pas réduire l’Union pontificale missionnaire à une réalité simplement cléricale, mais soutenir la hiérarchie dans son service de la missionnarité de l’Église, propre à tous : fidèles et pasteurs, mariés et vierges consacrés, Église universelle et Églises particulières. En assurant ce service avec la charité qui leur est propre, les Pasteurs maintiennent l’Église toujours et partout en état de mission, laquelle est toujours, en dernière analyse, œuvre de Dieu, et de laquelle participent, grâce au Baptême, à la Confirmation et à l’Eucharistie, tous les croyants.

Chers Directeurs nationaux des Œuvres pontificales missionnaires, la mission fait l’Église et la conserve fidèle à la volonté salvifique de Dieu. C’est pourquoi, même s’il est important que vous vous préoccupiez de la collecte et de la distribution des aides économiques que vous administrez diligemment en faveur de nombreuses Églises et de nombreux chrétiens nécessiteux, service pour lequel je vous remercie, je vous exhorte à ne pas vous limiter à ce seul aspect. Une « mystique » est nécessaire. Nous devons grandir en passion évangélisatrice. J’ai peur – je vous le confesse – que votre œuvre ne demeure trop organisationnelle, parfaitement organisationnelle, mais sans passion. Cela peut être fait également par une ONG mais vous n’êtes pas une ONG ! Votre Union sans passion ne sert à rien. Sans « mystique », elle ne sert à rien et si nous devons sacrifier quelque chose, sacrifions l’organisation. Allons de l’avant avec la mystique des Saints. Aujourd’hui, votre Union missionnaire a besoin de cela : une mystique des Saints et des Martyrs. Et cela est le généreux travail de formation continue à la mission que vous devez réaliser. Elle n’est pas seulement un cours intellectuel mais (une action NDT) inséré(e) dans cet élan de passion missionnaire, de témoignage des martyrs. Les Eglises récemment fondées, aidées par vous en ce qui concerne leur formation missionnaire continue, pourront transmettre aux Eglises d’antique fondation, parfois appesanties par leur histoire et un peu lasses, l’ardeur de la foi jeune, le témoignage de l’espérance chrétienne soutenue par le courage admirable du martyre. Je vous encourage à servir avec un grand amour les Eglises qui, grâce aux martyrs, nous témoignent combien l’Evangile nous fait participer à la vie de Dieu et le font par attraction et non par prosélytisme.

En cette Année Sainte de la Miséricorde, que l’ardeur missionnaire qui consommait le Bienheureux Paolo Manna, et de laquelle a jailli l’Union pontificale missionnaire, continue, aujourd’hui encore, à faire brûler, à passionner, à renouveler, à repenser et à réformer le service que cette Œuvre est appelée à offrir à l’Église tout entière. Votre Union ne doit pas être la même l’an prochain que cette année. Elle doit changer dans cette direction. Elle doit se convertir au travers de cette passion missionnaire. Alors que nous rendons grâce au Seigneur pour ses cent ans, je souhaite que la passion pour Dieu et pour la mission de l’Eglise porte également l’Union pontificale missionnaire à se repenser dans la docilité à l’Esprit Saint, en vue d’une réforme adéquate de ses modalités d’application – une réforme adéquate c’est-à-dire faite de conversion et de réforme – et d’un authentique renouvellement pour le bien de la formation continue à la mission de toutes les Églises. À la Vierge Marie, Reine des Missions, aux Saints Pierre et Paul, à Saint Guido Maria Conforti et au Bienheureux Paolo Manna, nous confions avec gratitude votre service. Je vous bénis de tout cœur et je vous demande, s’il vous plait, de prier pour moi, afin que je ne tombe pas dans la « bienheureuse tranquillité », et que j’ai, moi aussi, l’ardeur missionnaire pour aller de l’avant. Je vous invite à prier ensemble l’Angelus.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Abus sexuel : « Cessons d’idolâtrer le prêtre »

Témoignage d’un jeune religieux…

La Croix publie le témoignage exclusif et anonyme d’un jeune religieux français, appelant les laïcs à sortir d’un « rapport infantile » aux prêtres qui favorise le climat d’impunité dans lequel certains ont pu commettre des abus.

« Ça n’est pas en train d’arriver, il n’est pas en train de faire ça, ce n’est pas possible. » Voilà ce que hurlait dans son cœur l’adolescent que j’étais, alors que l’aumônier de mon lycée était en train de faire ce que des années d’occultation m’ont longtemps empêché de nommer et de dire.

« Ça n’est pas possible. » Je l’ai pensé tellement fort que je l’ai cru. Le corps seul a enregistré l’événement, et l’esprit s’est trouvé humilié quand le ressouvenir est arrivé, avec son choc. J’avais visiblement bien intégré ce schéma selon lequel ces choses-là ne peuvent pas arriver. Pas chez un prêtre. Pas de la part de celui qui m’accompagnait et avait ma confiance. Pas dans cet établissement prestigieux, où je le croisais tous les jours. Pas pendant la confession. Pas en ce début de XXIe siècle.

« N’avons-nous pas collectivement mis des œillères ? »

« Ça n’est pas possible. » À la faveur des affaires en cours, ce déni semble s’estomper des évêchés : l’évêque qui m’a reçu récemment n’a pas minimisé les faits et prendra je l’espère ses responsabilités au sujet de ce prêtre. Le regard de notre société se focalise ces temps-ci sur les victimes, dont le grand cri rentré au-dedans clamait depuis trop longtemps « C’est arrivé », et sur l’institution, ébranlée quand elle commence à admettre « C’est possible » du bout des lèvres. Mais il manque à ce tableau le reste du troupeau.

« Ça n’est pas possible. » Baptisés, parents, catéchistes, laïcs engagés ou non, ne l’avons-nous pas cru trop longtemps nous aussi ? N’avons-nous pas collectivement mis des œillères ? Involontairement, bien sûr, simplement en entretenant en nous et autour de nous, en particulier chez les jeunes une image du prêtre qui n’est pas juste. Relisant mon histoire, je m’aperçois combien j’étais, adolescent, lié par une représentation du prêtre comme saint homme, parce qu’homme de Dieu : celui qui ne peut dès lors jamais être dans l’erreur, en rien de ce qu’il dit ou fait. Représentation héritée de mon milieu, sans doute, mais qui me semble très largement présente.

« Je suis frère avant d’être père »

Je suis aujourd’hui prêtre : cela peut surprendre. Ce que j’ai traversé ne m’a pas empêché d’avancer, de discerner, même si c’est précisément à l’heure des choix décisifs que le voile du déni s’est déchiré : mon agresseur était aussi mon accompagnateur, il m’a aidé dans mon discernement, et en ce sens il m’a aussi « fait du bien ». Il a été compliqué pour moi, à un moment, de démêler dans mon cœur mon ressentiment contre lui des bienfaits que je lui dois.

Mais « Dieu est plus grand que mon cœur », et je n’ai jamais douté de la réalité d’un appel entendu bien avant, d’un désir qui a grandi et s’est enraciné indépendamment de cette affaire, à laquelle je ne m’identifie pas même si elle fait partie de mon histoire, et me rend vigilant quant à toute forme d’emprise au sein de l’Église. À cette aune, il n’est pas anodin que j’aie choisi la vie consacrée, qui donne au sacerdoce un cadre d’emblée communautaire : je suis frère avant d’être père, et je crois fermement au « sacrement du frère », ce compagnonnage au sein de l’humanité en marche vers Dieu. Comme « jeune prêtre », je découvre aujourd’hui les joies du ministère. C’est l’occasion de voir changer, depuis mon ordination, le regard qu’on me porte.

« Cessons, cessez d’idolâtrer le prêtre »

Dans certains contextes se manifeste de la déférence à mon égard, une sorte de respect lié à mon état plus qu’à ma personne. Et cela indique parfois qu’on attend de moi un rôle bien éloigné de ce pour quoi j’ai été ordonné prêtre. Je ne suis pas parfait ou saint parce que prêtre, mais je suis appelé à la sainteté comme tout le monde. Et c’est en fait parce qu’il y a un tel appel général à la sainteté que nous avons besoin de prêtres. Cessons, cessez d’idolâtrer le prêtre comme un être flottant au-dessus des mortels et dégagé des nombreuses vicissitudes de l’existence comme l’erreur ou le doute. Il s’agit d’aimer les prêtres, non d’idolâtrer en eux une image.

Ce cléricalisme qui vénère une image du prêtre plus qu’il n’aime les prêtres n’est pas le seul fait de milieux classiques, il imprègne plus profondément nos mentalités. J’ajouterai donc ceci : l’ordination ne fait pas de moi le manager idéal, être prêtre ne me rend pas indispensable à toutes les réunions paroissiales, car le sacerdoce n’est pas ce en vertu de quoi je posséderais une science infuse me permettant de prendre toujours la bonne décision et de mettre tout le monde d’accord. Cela, c’est un rapport totalement infantile au prêtre, et je crois que les sales affaires qui nous reviennent, avec tout leur inconfort, doivent remettre en question cette attitude qui n’est pas juste à l’égard du clergé.

« Continuons, continuez à dire ce qui doit être dit »

Disant cela, je ne souhaite ni détourner le regard des fautes de gouvernement de la part d’évêques, ni appeler à une suspicion généralisée à l’endroit des prêtres, mais simplement souligner qu’une dénonciation du « système » ne serait pas complète si ne faisaient pas partie du questionnement ceux qui ne portent pas le col romain. Le problème du silence de l’Église est d’abord celui du silence des victimes et ce silence est maintenu, au moins passivement, par ces images qui traînent dans l’esprit de tous et que nous entretenons inconsciemment. Quelque chose doit changer, collectivement, pour que les mea culpa venus d’en-haut ne sonnent pas comme des aveux d’impuissance.

La douleur que le peuple de Dieu ressent actuellement alors que la parole se libère nous montre qu’une purification de nos représentations est nécessaire, et qu’elle a commencé. Continuons, continuez à dire ce qui doit être dit, et rendez service à l’Église et aux prêtres : aimez-les, vraiment, non comme des exemples d’un idéal-type, mais comme des hommes qui essaient et choisissent chaque jour de servir, avec leur enthousiasme et leurs imperfections, avec la grâce de Dieu et leur péché.

Je sais ce que je dois à l’image d’Épinal du prêtre, car elle a nourri ma vocation quand j’ai rencontré des prêtres qui ont fait grandir mon désir. Mais je vois aussi ce qu’elle a installé comme structures mentales, une forme sociale figée qui devient néfaste quand elle est intouchable. Qu’il y ait des brebis galeuses, ou plutôt des loups dans la bergerie, est une chose. Que nos peurs et aveuglements collectifs leur permettent de continuer à sévir en favorisant un climat de silence qui étouffe les cris en est une autre. Et sur ce dernier point, il y a du travail pour tous, afin qu’on puisse un jour vraiment dire « Ça n’est pas possible ».

© La Croix – 2016

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MOTU PROPRIO « COMME UNE MÈRE AIMANTE »

Comme une mère aimante l’Église aime tous ses enfants, mais elle s’occupe et soigne avec une affection toute particulière ceux qui sont les plus petits et sans défense : il s’agit d’un devoir que le Christ lui-même confie à toute la communauté chrétienne dans son ensemble. Consciente de cela, l’Église surveille de façon vigilante la protection des enfants et des adultes vulnérables.

Un tel devoir de protection et de soin incombe à l’Église tout entière, mais c’est en particulier à travers ses bergers que celui-ci doit être exercé. Par conséquent, les évêques diocésains, les éparques et ceux qui ont la responsabilité d’une Église, doivent appliquer une diligence toute particulière dans la protection de ceux qui sont les plus faibles parmi les personnes qui leur sont confiées.

Le Droit canonique prévoyait en effet la possibilité de la révocation de l’office ecclésiastique « pour raisons graves » : cela concerne également les évêques diocésains, les éparques et ceux à qui le droit confère un statut équivalent (cf. canon 193 § 1 CIC ; canon 975 § 1 CCEO). Avec cette lettre, j’entends préciser que parmi les dites « causes graves » se trouve la négligence des évêques dans l’exercice de leur mission, en particulier par rapport aux cas d’abus sexuels commis sur des mineurs et des adultes vulnérables, prévus par le MP Sacramentorum Sanctitatis Tutela promulgué par Saint Jean-Paul II et amendé par mon prédécesseur bien-aimé Benoît XVI. Dans de pareils cas, il faudra observer la procédure suivante.

Art. 1

§ 1. L’évêque diocésain ou l’éparque, ou celui qui, à titre temporaire, a la responsabilité d’une Église en particulier, ou d’une autre communauté de fidèles qui lui est assimilée en vertu du canon 368 CIC et du canon 313 CCEO, peut être légitimement démis de ses fonctions, s’il a, par négligence, accompli ou omis des actes qui auraient porté un dommage grave à autrui, qu’il s’agisse de personnes physiques, ou d’une communauté dans son ensemble. Le préjudice peut être physique, moral, spirituel ou patrimonial.

§ 2. L’évêque diocésain ou l’éparque peut être démis de ses fonctions seulement s’il a objectivement manqué, de manière très grave, à la diligence qui lui a été demandée par son bureau pastoral, même sans grave faute morale de sa part.

§ 3. Dans le cas où il s’agit d’abus sur des mineurs ou sur des adultes vulnérables, le manque de diligence peut être considéré comme un motif grave.

§ 4. À l’évêque diocésain et à l’éparque sont assimilés les supérieurs majeurs des instituts religieux et des Sociétés de vie apostolique de droit pontifical.

Article 2

§ 1. Dans tous les cas où de sérieux indices apparaissent, selon ce qui est prévu dans l’article précédent, la Congrégation de la Curie romaine compétente peut commencer une enquête à ce sujet, tout en informant l’intéressé et en lui donnant la possibilité de fournir des documents et des témoignages.

§ 2. Il sera donné à l’évêque la possibilité d’assurer sa défense, ce qu’il pourra faire avec les moyens prévus par le droit. Toutes les étapes de l’enquête lui seront communiquées et il lui sera toujours permis de rencontrer les supérieurs de la Congrégation de la Curie romaine compétente. Si l’évêque ne prend pas l’initiative de cette rencontre, elle sera proposée par le Dicastère lui-même.

§ 3. À la suite des arguments présentés par l’évêque, la Congrégation peut décider d’une enquête supplémentaire.

Article 3

§ 1. Avant de prendre sa propre décision, la Congrégation pourra rencontrer, selon les opportunités, d’autres évêques ou éparques appartenant à la Conférence épiscopale, ou au Synode des évêques de l’Église sui iuris, dont fait partie l’évêque ou l’éparque en question, dans le but d’examiner l’affaire.

§ 2. La Congrégation assume ses conclusions réunies en Session ordinaire.

Article 4

Si la Congrégation juge opportun que l’évêque soit démis de ses fonctions, elle devra établir, en fonction des circonstances de l’affaire, si elle doit :

1°. Rendre, dans les meilleurs délais, le décret de révocation ;

2°. Exhorter fraternellement l’évêque à présenter sa démission dans un délai de 15 jours. Si l’évêque ne donne pas de réponse dans les délais prévus, la Congrégation pourra rendre le décret de révocation.

Article 5

La décision de la Congrégation qui aux articles 3-4 doit être soumise à l’approbation spécifique du Pontife romain, lequel, avant de rendre sa décision définitive, se fera assister par un Collège approprié de juristes désignés.

Tout ce que j’ai délibéré dans cette Lettre apostolique en forme de motu proprio, j’ordonne qu’elle soit observée dans toutes ses parties, malgré toute chose contraire, même si digne de mention spéciale, et je stipule qu’elle soit publiée dans le commentaire officiel Acta Apostolicae Sedis et qu’elle soit promulguée sur le quotidien L’Osservatore Romano et qu’elle entre en vigueur le 5 septembre 2016.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs,

Cette célébration a un très beau nom : l’Évangile de la Vie. Avec cette Eucharistie, nous voulons rendre grâce au Seigneur pour le don de la vie, dans toutes ses manifestations ; et en même temps, nous voulons annoncer l’Évangile de la Vie.

En partant de la Parole de Dieu que nous avons écoutée, je voudrais vous proposer trois points simples de méditation pour notre foi : d’abord, la Bible nous révèle le Dieu Vivant, le Dieu qui est Vie, et source de la vie ; en second lieu, Jésus-Christ donne la vie, et l’Esprit-Saint nous maintient dans la vie ; troisièmement, suivre le chemin de Dieu conduit à la vie, tandis que suivre les idoles conduit à la mort.

1. La première lecture, tirée du Second livre de Samuel, nous parle de vie et de mort. Le roi David veut cacher l’adultère commis avec la femme d’Urie le Hittite, un soldat de son armée, et pour faire cela, il ordonne de placer Urie en première ligne pour qu’il soit tué dans la bataille. La Bible nous montre le drame humain dans toute sa réalité, le bien et le mal, les passions, le péché et ses conséquences. Quand l’homme veut s’affirmer soi-même, s’enfermant dans son égoïsme et se mettant à la place de Dieu, il finit par semer la mort. L’adultère du roi David en est un exemple. Et l’égoïsme porte au mensonge, par lequel on cherche à tromper soi-même et le prochain. Mais Dieu, on ne peut le tromper, et nous avons entendu comment le prophète dit à David : tu as fait ce qui est mal aux yeux de Dieu (cf. 2S 12,9). Le roi est mis en face de ses œuvres de mort - en vérité ce qu’il a fait est une œuvre de mort, et non de vie -, il comprend et demande pardon : « J’ai péché contre le Seigneur ! » (v.13), et le Dieu miséricordieux qui veut la vie et qui toujours nous pardonne, lui pardonne, lui rend la vie ; le prophète lui dit : « Le Seigneur a pardonné ton péché : tu ne mourras pas ». Quelle image avons-nous de Dieu ? Peut-être nous apparaît-il comme un juge sévère, comme quelqu’un qui limite notre liberté de vivre. Mais toute l’Écriture nous rappelle que Dieu est le Vivant, celui qui donne la vie et indique le chemin de la vie en plénitude. Je pense au début du Livre de la Genèse : Dieu modèle l’homme avec la poussière du sol, insuffle dans ses narines une haleine de vie et l’homme devient un être vivant (cf. 2,7). Dieu est la source de la vie ; c’est grâce à son souffle que l’homme a la vie, et c’est son souffle qui soutient le chemin de son existence terrestre. Je pense aussi à la vocation de Moïse, quand le Seigneur se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, comme le Dieu des vivants ; et envoyant Moïse au pharaon pour libérer son peuple, il révèle son nom : « Je suis Celui qui est », le Dieu qui se rend présent dans l’histoire, qui libère de l’esclavage, de la mort, et porte la vie au peuple parce qu’il est le Vivant. Je pense aussi au don des Dix Commandements : une route que Dieu nous indique pour une vie vraiment libre, pour une vie pleine ; ils ne sont pas un hymne au « non » - tu ne dois pas faire ceci, tu ne dois pas faire cela, …. Non ! -. Ils sont un hymne au « oui » à Dieu, à l’Amour, à la vie. Chers amis, notre vie atteint sa plénitude seulement en Dieu, parce lui seul est le Vivant !

2. Le passage de l’évangile d’aujourd’hui nous fait faire un pas en avant. Jésus rencontre une femme pécheresse durant un repas dans la maison d’un pharisien, suscitant le scandale de ceux qui sont présents : Jésus se laisse approcher par une pécheresse et même lui remet les péchés, disant : « Si ses nombreux péchés sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre, montre peu d’amour » (Lc 7,47). Jésus est l’incarnation du Dieu vivant, Celui qui porte la vie face à tant d’œuvres de mort, face au péché, à l’égoïsme, à la fermeture sur soi-même. Jésus accueille, aime, soulage, encourage, pardonne et donne d’une façon nouvelle la force de marcher, redonne vie. Dans tout l’évangile, nous voyons comment Jésus, par les gestes et les paroles, porte la vie de Dieu qui transforme. C’est l’expérience de la femme qui oint avec du parfum les pieds du Seigneur : elle se sent comprise, aimée, et répond par un geste d’amour, se laisse toucher par la miséricorde de Dieu et obtient le pardon, elle commence une nouvelle vie. Dieu, le Vivant, est miséricordieux. Etes-vous d’accord ? Disons-le ensemble : Dieu, le Vivant, est miséricordieux ! Tous : Dieu, le Vivant, est miséricordieux ! Une nouvelle fois : Dieu, le Vivant, est miséricordieux !

Cela a été aussi l’expérience de l’apôtre Paul, comme nous avons entendu dans la seconde lecture : « Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2,20). Quelle est cette vie ? C’est la vie-même de Dieu. Et qui nous introduit dans cette vie ? L’Esprit Saint, don du Christ ressuscité. C’est Lui qui nous introduit dans la vie divine comme vrais fils de Dieu, comme fils dans le Fils Premier-né, Jésus Christ. Nous, sommes-nous ouverts à l’Esprit Saint ? Nous laissons-nous guider par lui ? Le chrétien est un homme spirituel, et cela ne signifie pas qu’il soit une personne qui vit « dans les nuages », hors de la réalité (comme si elle était un fantasme). Non ! Le chrétien est une personne qui pense et agit dans la vie quotidienne selon Dieu, une personne qui laisse sa vie être animée, nourrie par l’Esprit Saint pour qu’elle soit remplie, en véritable enfant ; et cela signifie réalisme et fécondité. Celui qui se laisse conduire par l’Esprit Saint est réaliste, il sait évaluer et apprécier la réalité, et il est aussi fécond : sa vie génère la vie autour de lui.

3. Dieu est le Vivant, Il est le Miséricordieux ! Jésus nous porte la vie de Dieu, l’Esprit Saint nous introduit et nous maintient dans la relation vitale de vrais enfants de Dieu. Mais souvent - nous la savons par expérience -  l’homme ne choisit pas la vie, n’accueille pas l’« Évangile de la Vie », mais se laisse guider par des idéologies et des logiques qui mettent des obstacles à la vie, qui ne la respectent pas, parce qu’elles sont dictées par l’égoïsme, par l’intérêt, par le profit, par le pouvoir, par le plaisir et elles ne sont pas dictées par l’amour, par la recherche du bien de l’autre. C’est l’illusion constante de vouloir construire la cité de l’homme sans Dieu, sans la vie et l’amour de Dieu – une nouvelle Tour de Babel ; c’est penser que le refus de Dieu, du message du Christ, de l’Évangile de la vie conduit à la liberté, à la pleine réalisation de l’homme. Le résultat est qu’au Dieu vivant, on substitue des idoles humaines et passagères, qui offrent l’ivresse d’un moment de liberté, mais qui à la fin sont porteuses de nouveaux esclavages et de mort. La sagesse du Psalmiste dit : « Les préceptes du Seigneur sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement du Seigneur est limpide, il clarifie le regard » (Ps 19,9). Rappelons-nous : Dieu, le Vivant, est miséricordieux ! Le Seigneur est le Vivant, il est miséricordieux !

Chers frères et sœurs, regardons Dieu comme le Dieu de la vie, regardons sa loi, le message de l’Évangile comme une voie de liberté et de vie. Le Dieu vivant nous rend libres ! Disons oui à l’amour et non à l’égoïsme, disons oui à la vie et non à la mort, disons oui à la liberté et non à l’esclavage de tant d’idoles de notre temps ; en un mot, disons oui à Dieu qui est amour, vie et liberté, et jamais ne déçoit (cf. 1Jn 4,8 ; Jn 11,25 ; Jn 8,32), à Dieu qui est le Vivant et le Miséricordieux. Seule la foi dans le Dieu Vivant nous sauve ; dans le Dieu qui en Jésus Christ nous a donné sa vie, et par le don de l’Esprit Saint nous fait vivre en vrais enfants de Dieu. Cette foi nous rend libres et heureux. Demandons à Marie, Mère de la Vie, qu’elle nous aide à accueillir et à témoigner toujours de l’« Évangile de la Vie ». Qu’il en soit ainsi !

[Homélie du Pape François – Dimanche 16 juin 2013]

© Libreria Editrice Vaticana – 2013

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Date de dernière mise à jour : 2016-06-13