Pko 13.11.2016

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°61/2016

Dimanche 13 novembre 2016 – XXXIIIème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Jubilé des exclus et des S.D.F.

Le pape François, pour clôturer les Jubilés de l’Année de la Miséricorde, a invité les personnes en situation de précarité à passer trois jours ensemble, du 11 au 13 novembre, en réfléchissant sur le thème « Dieu console. Dieu pardonne. Dieu espère ».

Plus de 3 500 personnes en situation de grande précarité sont rassemblées à Rome…

Cette action de la part du pape François de conclure ainsi n’est pas anodine… il nous interpelle et nous invite à une relecture de notre Année de la Miséricorde. Qu’avons-nous fait ? Qu’avons-nous vécu ? Notre regard sur le monde et sur les hommes a-t-il changé ?

La communauté paroissiale de la Cathédrale pourrait se dire : « Nous avons vécu une belle et véritable année de la Miséricorde ». Et c’est vrai…

Ensemble nous avons mis en place plusieurs actions qui ont complété ce que nous faisions déjà, avec le « Truck de la Miséricorde » et ses maraudes du mardi et jeudi soir ainsi que ses tournées de dépistage du vendredi… Une pastorale rendue possible uniquement que parce que beaucoup d’entre vous la soutienne financièrement et matériellement…

Nous avons aussi répondu généreusement aux appels à la solidarité avec les populations des Fidji (737 995 xfp) et Haiti-Jamaïque (467 460 xfp)…

Nous avons même osé aller plus loin… en partageant « notre » cathédrale avec les S.D.F., pour qu’ils puissent y dormir toutes les nuits… avec les petits désagréments que cela peut causer… sans trop rouspéter et ronchonner…

Mais au fond, avons-nous réellement changé notre regard sur ces frères et sœurs exclus ? Donner, partager ne suffit pas… la Miséricorde c’est reconnaître ces personnes comme frère !

Par ce Jubilé des exclus, le Pape François nous rappelle que « nous avons besoin des personnes sans-abris, nous avons besoin d’elles dans nos paroisses, parce qu’elles ont une proximité avec le Seigneur par leurs souffrances qui les rapprochent de la Passion du Seigneur ».

Dimanche prochain ne sera pas que la clôture de la Miséricorde… mais plus encore un appel à aller beaucoup plus loin… à la source de l’Évangile… « il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2Co 8,9).

Chronique de la roue qui tourne

La prison

« Heureusement Nuutania, j’ai enfin appris à penser à moi, c’est en prison qu'on m’a chouchoutée. »

Quelle terrible phrase n’est-ce pas ? Elle est tirée d’une discussion que j’ai eue avec quelques femmes de Nuutania. Elles me racontaient leurs différentes activités avec une joie impressionnante. Et, en les écoutant, j’étais tiraillée entre la perplexité et la culpabilité. Certes, les personnes qui étaient devant moi avaient mal agi mais, au fond, elles ont été dépassées, dépassées par la société et son « modernisme », dépassées par des préoccupations nombreuses et écrasantes. Et je me demandais quel genre de société étions-nous en train de créer ? Quel genre de société voudrait que certaines personnes connaissent une forme d’apaisement en prison ? Quel genre de société voudrait que certaines personnes vivent mieux en prison que dehors ?

Aujourd’hui, tout va si vite que nous sommes constamment la tête dans le guidon, impossible de prendre du recul pour se recentrer. Dans de telles conditions, difficile de ne pas perdre pied. Et, devant cette terrible réalité, Nuutania devient un foyer, le break presque aussi inévitable que nécessaire de la course folle qu’est le quotidien.

Beaucoup de choses sont dites sur Nuutania et notamment sur le pôle des hommes : l’insalubrité du bâtiment, les conditions de vie inhumaines, la surpopulation record, autant d’euphémismes pour décrire la honte de la République. Ces constats ne doivent pas être niés et appellent des solutions urgentes. Mais attention à ne pas rester focalisé et en omettre les autres aspects.

Derrière les barreaux de Nuutania, il n’y pas que de la violence, il y a également le soulagement d’échapper à la frénésie. Pour la première fois, un sentiment d’exister, d’être écouté et entendu, de n’avoir que ses propres besoins à satisfaire… et qu’est-ce ça fait du bien !

Derrière les barreaux de Nuutania, il n’y pas que de la haine, il y a également la prise de conscience violente d’avoir raté le coche de la vie… sans vraiment savoir où. Puis, vient la souffrance de n’avoir pas su gérer et d’avoir finalement tout perdu.

Derrière les barreaux de Nuutania, le passé prend tout son poids et vous oppresse. Ce repli que permet la prison réveille la conscience. La tête sortie du guidon, un regard peut enfin se poser sur chaque décision prise, bonne ou mauvaise. Vous prenez conscience que le passé ne peut être changé… en espérant être assez forts pour en supporter le poids.

Derrière les barreaux de Nuutania, la liberté est redoutée, la prison vous change tellement. Une peur de retrouver sa vie et de s’y sentir comme un étranger. Que vous restera-il de votre vie ?

Derrière les barreaux de Nuutania, l’avenir est craint… surtout dans une société qui oublie, qu’une fois la punition assumée, la justice doit se terminer par un pardon. Sinon, à quoi bon ? Or, quel avenir donnons-nous à ceux qui veulent un nouveau départ ? J’en ai malheureusement rencontrés beaucoup à Te Vaiete. La société leur fait payer le prix fort… oubliant sa propre responsabilité dans l’histoire.

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

Les SDF et exclus de la société se réunissent pour leur jubilé

En marge de l’actualité du mercredi 9 novembre 2016

François le Forestier : La plupart des personnes qui vont venir à ce jubilé qui s’appelle « Fratello », c’est à dire frères, ont connu la rue ou sont encore aujourd’hui sans abris, donc évidemment pour eux la Miséricorde de Dieu est quelque chose vers lequel ils aspirent, vers lequel ils crient, parce que beaucoup d’entre eux sont habités par une honte, une désespérance, ils n’ont plus la foi dans leurs proches, pour pouvoir demander de l’aide, voilà. Ce pèlerinage c’est quelque chose, qui pour chaque pèlerin est une forme d’exploit.

Radio Vatican : Dans la parole Miséricorde, il y a le mot misère. Qu’est-ce que les personnes exclues, les personnes les plus pauvres ont à nous apprendre de la Miséricorde ?

François le Forestier : Il y a un pèlerin qui va venir que je connais personnellement qui s’appelle Thierry. Thierry disait : « La miséricorde je ne sais pas ce que c’est, d’ailleurs la plupart des gens ne savent pas ce que c’est la Miséricorde par contre la misère je sais très bien ce que c’est. » Et je crois ce que les personnes de la rue ont à nous apprendre c’est finalement leur capacité à dépasser des grandes souffrances, matérielles, physiques et mentales qu’ils traversent, elles ont à nous apprendre que l’homme ne vit pas que de nourritures, de plaisirs sensibles, mais que l’homme en fait il aspire à des choses qui sont beaucoup plus profondes, il aspire à retrouver son père, retrouver un sens à sa vie, il aspire à accueillir l’amour, à aimer lui-même et même dans des conditions humaines qui peuvent être extrêmes, c’est le cas des personnes de la rue, où parfois d’apparence, on peut avoir l’impression que c’est plus des bêtes que des hommes, il y a une aspiration, il y a une aspiration qui vient du fond du cœur de l’homme, et je crois que à cette aspiration c’est celle qui amène tous ces gens à venir à Rome et sur le papier c’est tout à fait déraisonnable. C’est pour tous les chrétiens c’est une bonne nouvelle, celle que finalement personne n’est foutu, et que le Seigneur a un amour particulier pour chacun d’entre nous.

Radio Vatican : Les personnes pauvres les S.D.F. sont souvent perçus comme un poids dans notre société. Leur consacrer un jubilé un pèlerinage c’est en quelque sorte changer le regard ?

François le Forestier : Oui, je crois qu’il va y avoir un témoignage qui va être donné, c’est le témoignage de ceux qui sont les plus pauvres, les plus petits, qui aspirent à retrouver les bras de leur Père, de leur créateur, pour être serré contre leur cœur. On dit souvent que la miséricorde c’est un cœur sur la misère des hommes, le cœur du Seigneur sur la misère des personnes sans-abris. Je crois que cela va être le cas. Nous avons besoin des personnes sans-abris, nous avons besoin d’elles dans nos paroisses, parce que elles ont une proximité avec le Seigneur par leurs souffrances qui les rapprochent de la Passion du Seigneur. Elles ont une connaissance du Seigneur qu’elles ont à nous partager, elles nous évangélisent et puis aussi parfois dans nos paroisses, on est dans certaines habitudes, on est dans certains train-train et la présence des personnes de la rue, elles cassent les habitudes qui sont parfois un peu sociales, elles nous amènent vers l’essentiel, l’essentiel c’est rejoindre le Seigneur.

Radio Vatican : « Une église pauvre et pour les pauvres ». Ce sont les paroles du Pape François. Depuis le début de son Pontificat, le Saint Père n’a eu de cesse de multiplier les initiatives en faveur des exclus, en faveur des plus pauvres. Ce Jubilé c’est une manière de les faire passer une nouvelle fois de l’ombre à la lumière, ça interpelle chacun de nous ?

François le Forestier : C’est vrai que en fait ce jubilé Fratello est une réponse à l’appel du pape et je sais que le pape aujourd’hui est très heureux de savoir qu’à la fin de la semaine il va rencontrer toutes ces personnes sans-abris. C’est aussi pour lui un vrai encouragement, parce qu’il peut avoir l’impression parfois de prêcher dans le désert comme les prophètes de l’Ancien Testament. Et là ce sont les personnes sans-abris qui viennent de toutes ces capitales européennes, ces mégalopoles, le rencontrer pour lui dire leur reconnaissance, l’amour qu’ils ont pour l’Église, et lui dire aussi que eux, là où ils sont, et bien ils vivent dans l’Église et que ça fait sens pour eux ; donc c’est un appel aussi pour toute l’Église de manière plus large, ça va être je pense une occasion pour le Saint Père, d’un appel plus large et renouvelé à accueillir les plus pauvres au cœur de nos communautés.

Radio Vatican : Cette attention particulière du pape aux personnes exclues, aux plus pauvres a-t-elle changé le regard des catholiques, ou c’est un message qui a encore du mal à pénétrer au sein, au cœur des paroisses ?

François le Forestier : Je crois qu’aujourd’hui il y a beaucoup de gens qui sont habités par la peur, toutes sorte de peurs. Pour les décliner elles sont très nombreuses mais nous voyons, en tout cas en France, un désir de passer d’une logique de solidarité un peu distributive à une vie plus fraternelle avec les personnes de la rue ! Il ne s’agit pas de simplement apporter le gite et le couvert aux personnes qui n’ont rien, ce qui est bien sûr important, nécessaire, mais il faut aller bien au-delà, il faut reconnaitre en chacun, un frère et en particulier ceux qui sont les plus démunis. Là je crois qu’il y quelque chose qui bouge.

Radio Vatican : Ce jubilé des personnes exclues est le dernier grand rendez-vous de cette année sainte, de cette année de la Miséricorde… il y là toute une symbolique ?

François le Forestier : Il y a carrément toute une symbolique en fait puisque c’est le jubilé des prisonniers et le jubilé des sans-abris, donc ceux qui sont les rebus de la société qui vont clore ce jubilé de la Miséricorde et qui finalement vont nous entrainer par leur témoignage pour aller toujours plus loin dans la Miséricorde de Dieu. Et évidemment l’appel à vivre de cette miséricorde ne va pas s’arrêter à la fin du jubilé au contraire tout commence.

© Radio Vatican - 2016

La parole aux sans paroles – 58

Portrait d’un bénévole - Ani

Certaines personnes mettent tellement de passion dans ce qu’elles font qu’elles deviennent vite partie intégrante de l’activité. Il a suffi d’une discussion avec un ami pour « réveiller » l’altruisme d’Ani. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il avait rejoint l’équipe bénévole du truck de la miséricorde. Toujours aux petits soins, il sait se rendre disponible pour répondre à tout besoin : des petits gâteaux pour calmer une petite faim ; un café ou du jus pour calmer une petite soif ; un sourire et une écoute pour vous rendre le sentiment d’exister ! Un service à l’autre pour lequel il « sacrifie » deux soirées par semaines sans regret, bien au contraire !!!

Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir bénévole du truck de la miséricorde ?

« Au début, je ne connaissais pas ces actions-là. Et, c’est un ami, Stéphane, qui m’a parlé de ça. Il m’a expliqué ce qu’il faisait pour les SDF et les belles de nuit. J’ai trouvé ça tellement bien que j’ai voulu y participer. Et quand je suis venu, j’ai vraiment aimé. Au début, j’ai commencé par la maraude le mardi soir. C’est là qu’on voit la misère et ça m’a beaucoup touché. Je me suis dit que je me plaignais de beaucoup de choses et là je voyais la vraie misère. Après tu te demandes pourquoi tu te plains alors que tu as un toit, tu manges bien. Quand tu t’en rends compte, ça te change ! Du coup, depuis le jour où j’ai commencé, je n’ai jamais voulu arrêter. En fait, ça me fait du bien de les aider ! »

Donc tu fais le mardi soir et le vendredi soir ?

« Oui, c’est ça. Ce sont deux actions bien différentes. Le mardi, on distribue des repas à des familles qui vivent dans la rue. Le vendredi, c’est un autre monde, le monde de la nuit. Et là, on propose des dépistages. C’est vraiment différent ! »

Avais-tu déjà eu un contact avec ce public marginal ?

« Non, pas du tout. C’était la première fois. »

Comment ça s’est passé ? C’était facile ?

« Oui, facile. Je n’ai jamais eu d’appréhension. Je suis une personne ouverte, je vais facilement vers les autres. La première fois que j’ai fait la maraude, j’étais déjà à l’aise. »

Depuis combien de temps es-tu bénévole ?

« Depuis le truck de la miséricorde, je ne sais plus la date précise. En fait, au début, ils tournaient avec une voiture, donc le nombre de place était limité. Mais dès que le truck de la Miséricorde est arrivé, j’ai suivi le mouvement. »

Qu’est-ce que ça t’apporte ?

« Par Stéphane, je savais qu’il y avait des maladies sexuellement transmissibles comme la syphilis. Et savoir que tu peux aider, donner un peu de ton temps pour lutter contre ces maladies, c’est déjà pas mal. Après, le contact est créé avec, maintenant je peux le dire, les copines de nuit. J’aime vraiment ça ! »

Là, tu vas devoir rentrer aux Marquises, quel sera ton plus beau souvenir de cette expérience ?

« Toutes nos soirées ! (Rires) Et, tu sais, ça me donne envie de rester… pour ça… juste pour ça ! Donner de mon temps, le mardi pour faire le ma’a et distribuer les plats pour les sdf, le vendredi pour les belles de nuit. Aujourd’hui, j’en parle beaucoup avec mes amis. Je leur raconte ce que je fais. Au début, ils me prenaient vraiment pour un charlot. (Rires) Mais, à force d’en parler, ils se disent : “waouw” ! Ils ne connaissent pas ce monde-là. Eux, ils vivent dans un monde parfait… sans se préoccuper. Ils voient quand même les SDF, ils voient les demoiselles de nuit sans chercher le contact pour discuter avec eux. »

Donc, toi, tu ne regrettes absolument pas d’y consacrer ton mardi et vendredi soir ?

« Pas du tout ! Il faut continuer cette action pour qu’elle soit bien connue du public et que les gens se rendent compte du fléau de ces maladies sexuellement transmissibles. Aujourd’hui, on ne touche qu’une petite partie de la population. On dépiste les belles de nuits, mais qu’en est-il de leurs clients ? Ils ne sont pas dépistés, tu vois. Donc, ça continue à se propager ! Après, je comprends que ce soit difficile de les approcher. »

Un dernier message à ceux qui ne connaissent ni le monde de la rue ni le monde de la nuit ?

« Avant de juger ou d’avoir des appréhensions, il serait bien d’aller quand même voir, d’apprendre au moins à le connaitre. Et je suis sûr que leur regard va changer ! »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

Un sourire, une caresse, une poignée de main…

Audience générale du mercredi 9 novembre 2016

Visiter les malades et les personnes incarcérées : c’est l’œuvre de miséricorde sur laquelle le Pape François a développé sa catéchèse ce mercredi 9 novembre 2016, lors de l’audience générale place Saint-Pierre. Le Pape a appuyé son enseignement sur l’épisode de la guérison de la belle-mère de Pierre, évoquée dans le premier chapitre de l’Évangile de Marc. Un exemple parmi d’autres de l’attention portée par Jésus aux personnes les plus marginalisées.

Chers frères et sœurs, bonjour !

La vie de Jésus, surtout dans les trois années de son ministère public, a été une rencontre incessante avec les personnes. Parmi celles-ci, les malades ont eu une place particulière. Combien de pages racontent ces rencontres ! Le paralytique, l’aveugle, le lépreux, le possédé, l’épileptique et d’innombrables malades de toutes sortes… Jésus s’est fait proche de chacun d’eux et les a guéris par sa présence et la puissance de sa force qui guérit. C’est pourquoi il ne peut manquer, parmi les œuvres de miséricorde, celle de visiter et d’assister les personnes malades.

Avec elle, nous pouvons insérer celle d’être proche des personnes qui se trouvent en prison. En effet, les malades comme les détenus vivent une condition qui limite leur liberté. Et c’est précisément quand elle nous manque que nous réalisons combien elle est précieuse ! Jésus nous a donné la possibilité d’être libres malgré les limites de la maladie et des restrictions. Il nous offre la liberté qui vient de la rencontre avec lui et du sens nouveau que cette rencontre apporte à notre situation personnelle.

Avec ces œuvres de miséricorde, le Seigneur nous invite à un geste d’une grande humanité : le partage. Souvenons-nous de cette parole : le partage. Celui qui est malade se sent souvent seul. Nous ne pouvons cacher que, surtout de nos jours, on fait justement dans la maladie l’expérience plus profonde de la solitude qui traverse une grande partie de la vie. Une visite peut faire se sentir moins seule la personne malade et un peu de compagnie est un excellent médicament ! Un sourire, une caresse, une poignée de main sont des gestes simples, mais si importants pour ceux qui se sentent abandonnés à eux-mêmes. Combien de personnes se dévouent pour visiter les malades dans les hôpitaux ou chez eux ! C’est une œuvre de bénévolat inestimable. Quand elle est faite au nom du Seigneur, elle devient alors une expression éloquente et efficace de la miséricorde. Ne laissons pas seules les personnes malades ! Ne les empêchons pas de trouver un soulagement et à nous d’être enrichis par la proximité apportée à celui qui souffre. Les hôpitaux sont de véritables « cathédrales de la douleur », mais où devient évidente la force de la charité qui soutient et éprouve de la compassion.

De même, je pense à ceux qui sont enfermés en prison. Jésus ne les a pas non plus oubliés. En mettant la visite aux prisonniers parmi les œuvres de miséricorde, j’ai voulu nous inviter, avant tout, à ne juger personne. Certes, si quelqu’un est en prison, c’est parce qu’il s’est trompé, il n’a pas respecté la loi et la cohabitation civile. C’est pourquoi il est en prison, il purge sa peine. Mais quoi qu’ait pu faire un prisonnier, il reste cependant toujours aimé de Dieu. Qui peut entrer dans l’intime de sa conscience pour comprendre ce qu’il éprouve ? Qui peut comprendre sa douleur et ses remords ? C’est trop facile de se laver les mains en affirmant qu’il s’est trompé. Un chrétien et plutôt appelé à le prendre en charge, pour que celui qui s’est trompé comprenne le mal commis et rentre en lui-même. Le manque de liberté est sans doute une des privations les plus grandes pour l’être humain. Si à ceci se joint la dégradation pour les conditions souvent sans humanité dans lesquelles vivent ces personnes, alors c’est vraiment le moment pour un chrétien de se sentir provoqué à tout faire pour leur rendre leur dignité.

Visiter les personnes en prison est une œuvre de miséricorde qui, surtout aujourd’hui, assume une valeur particulière pour les différentes formes de « justicialisme » auxquelles nous sommes soumis. Que personne, donc, ne pointe le doigt contre quelqu’un. Au contraire, devenons tous des instruments de la miséricorde, par des attitudes de partage et de respect. Je pense souvent aux prisonniers… je pense souvent, je les porte dans mon cœur. Je me demande ce qui les a poussés à devenir délinquants et comment ils ont pu céder aux différentes formes de mal. Et pourtant, avec ces pensées, je sens qu’ils ont tous besoin de proximité et de tendresse, parce que la miséricorde de Dieu fait des prodiges. Combien de larmes ai-je vu couler sur les joues de prisonniers qui n’avaient peut-être jamais pleuré de leur vie ; et ceci, seulement parce qu’ils se sont sentis accueillis et aimés.

Et n’oublions pas que Jésus et les apôtres aussi ont fait l’expérience de la prison. Dans les récits de la Passion, nous connaissons les souffrances auxquelles le Seigneur a été soumis : arrêté, traîné comme un malfaiteur, tourné en dérision, flagellé, couronné d’épines… Lui, le seul innocent ! Et saint Pierre et saint Paul aussi ont été en prison (cf. At 12,5; Ph 1,12-17). Dimanche dernier, qui était le dimanche du Jubilé des détenus, dans l’après-midi, est venu me trouver un groupe de détenus de Padoue. Je leur ai demandé ce qu’ils allaient faire le lendemain, avant de rentrer à Padoue. Ils m’ont dit : « Nous irons à la prison Mamertine pour partager l’expérience de saint Paul ». C’est beau, entendre cela m’a fait du bien. Ces détenus voulaient trouver Paul prisonnier. C’est beau, cela m’a fait du bien. Et là-bas aussi, en prison, ils ont prié et évangélisé. La page des Actes des apôtres où est racontée la prison de Paul est émouvante : il se sentait seul et désirait que quelques-uns de ses amis lui rendent visite (cf. 2 Tm 4,9-15). Il se sentait seul parce que la grande majorité l’avait laissé seul… le grand Paul.

Ces œuvres de miséricorde, comme on le voit, sont anciennes, et pourtant tellement actuelles. Jésus a laissé ce qu’il faisait pour aller rendre visite à la belle mère de Pierre : une œuvre ancienne de charité. Jésus l’a faite. Ne tombons pas dans l’indifférence, mais devenons des instruments de la miséricorde de Dieu. Nous pouvons tous être des instruments de la miséricorde de Dieu et cela nous fera plus de bien à nous qu’aux autres parce que la miséricorde passe par un geste, une parole, une visite et cette miséricorde est un acte pour rendre joie et dignité à celui qui les a perdues.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Nous sommes aussi prisonniers sans nous en rendre compte

Homélie du pape François pour le Jubilé des prisonniers – 6 novembre 2016

Moment culminant du jubilé des détenus, la messe que le Pape François a célébrée dimanche matin 6 novembre dans la basilique Saint-Pierre. Une messe à laquelle ont participé des détenus accompagnés de leurs familles, du personnel pénitentiaire ainsi que des aumôniers de prison et des associations qui proposent l'assistance à l'intérieur et à l'extérieur des prisons. Le service liturgique de la messe était assuré par des prisonniers, et les hosties ont été confectionnées dans une prison de Milan.

Le message que la Parole de Dieu veut nous communiquer aujourd’hui est certainement celui de l’espérance.

L’un des sept frères condamnés à mort par le Roi Antiocos Épiphane dit : « On attend la résurrection promise par Dieu » (2M 7, 14). Ces paroles manifestent la foi de ces martyrs qui, malgré les souffrances et les tortures, ont la force de regarder au-delà. Une foi qui, tandis qu’elle reconnaît en Dieu la source de l’espérance, révèle le désir d’attendre une vie nouvelle.

De même, dans l’Évangile, nous avons entendu comment Jésus, avec une réponse simple mais parfaite, efface toute la banale casuistique que les Saducéens lui avaient soumise. Son expression : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui » (Lc 20, 38), révèle le vrai visage du Père, qui ne désire que la vie de tous ses enfants. L’espérance de renaître à une vie nouvelle est donc ce que nous sommes tous appelés à faire nôtre pour être fidèles à l’enseignement de Jésus.

L’espérance est un don de Dieu. Elle est mise au plus profond du cœur de chaque personne afin qu’elle puisse éclairer de sa lumière le présent, souvent obscurci et assombri par tant de situations qui portent tristesse et douleur. Nous avons besoin d’affermir toujours davantage les racines de notre espérance, pour qu’elles puissent porter du fruit. En premier lieu, la certitude de la présence et de la compassion de Dieu, malgré le mal que nous avons accompli. Il n’y a pas d’endroit dans notre cœur qui ne puisse pas être atteint par l’amour de Dieu. Là où il y a une personne qui a commis une faute, là se fait encore plus présente la miséricorde du Père, pour susciter le repentir, le pardon, la réconciliation.

Aujourd’hui, nous célébrons le Jubilé de la Miséricorde pour vous et avec vous, frères et sœurs détenus. Et c’est à cette expression de l’amour de Dieu, la miséricorde, que nous sentons le besoin de nous confronter. Certes, le manquement à la loi a mérité la condamnation ; et la privation de la liberté est la forme la plus lourde de la peine qui est purgée, car elle touche la personne dans son fond le plus intime. Et pourtant, l’espérance ne peut s’évanouir. Une chose, en effet, est ce que nous méritons pour le mal fait ; autre chose, en revanche, est le fait de « respirer » l’espérance, qui ne peut être étouffé par rien ni par personne. Notre cœur espère toujours le bien ; nous le devons à la miséricorde avec laquelle Dieu vient à notre rencontre sans jamais nous abandonner (cf. Augustin, Sermon 254, 1).

Dans la Lettre aux Romains, l’apôtre Paul parle de Dieu comme du « Dieu de l’espérance » (Rm 15, 13). C’est comme s’il voulait nous dire que Dieu aussi espère ; et aussi paradoxal que cela puisse paraître, il en est précisément ainsi : Dieu espère ! Sa miséricorde ne le laisse pas tranquille. Il est comme ce Père de la parabole, qui espère toujours le retour de son fils qui a commis une faute (cf. Lc 15, 11-32). Il n’y a ni trêve ni repos pour Dieu jusqu’à ce qu’il retrouve la brebis qui s’était perdue (cf. Lc 15, 5). Donc, si Dieu espère, alors l’espérance ne peut être enlevée à personne, car elle est la force pour aller de l’avant ; elle est la tension vers l’avenir pour transformer la vie ; elle est un élan vers demain, afin que l’amour dont, malgré tout, nous sommes aimés, puisse devenir un chemin nouveau…. En somme, l’espérance est la preuve intérieure de la force de la miséricorde de Dieu, qui demande de regarder devant et de vaincre, par la foi et l’abandon à lui, l’attraction vers le mal et le péché.

Chers détenus, c’est le jour de votre Jubilé ! Qu’aujourd’hui, devant le Seigneur, votre espérance soit allumée. Le Jubilé, par sa nature même, porte en soi l’annonce de la libération (cf. Lv 25, 39-46). Il ne dépend pas de moi de pouvoir la concéder ; mais susciter en chacun de vous le désir de la vraie liberté est une tâche à laquelle l’Église ne peut renoncer. Parfois, une certaine hypocrisie porte à voir en vous uniquement des personnes qui ont commis une faute, pour lesquelles l’unique voie est celle de la prison. On ne pense pas à la possibilité de changer de vie, il y a peu de confiance dans la réhabilitation. Mais de cette manière, on oublie que nous sommes tous pécheurs et que, souvent, nous sommes aussi des prisonniers sans nous en rendre compte. Lorsqu’on s’enferme dans ses propres préjugés, ou qu’on est esclave des idoles d’un faux bien-être, quand on s’emmure dans des schémas idéologiques ou qu’on absolutise les lois du marché qui écrasent les personnes, en réalité, on ne fait rien d’autre que de se mettre dans les murs étroits de la cellule de l’individualisme et de l’autosuffisance, privé de la vérité qui génère la liberté. Et montrer du doigt quelqu’un qui a commis une faute ne peut devenir un alibi pour cacher ses propres contradictions.

Nous savons, en effet, que personne devant Dieu ne peut se considérer juste (cf. Rm 2, 1-11). Mais personne ne peut vivre sans la certitude de trouver le pardon ! Le larron repenti, crucifié avec Jésus, l’a accompagné au paradis (cf. Lc 23, 43). Que personne d’entre vous, par conséquent, ne s’enferme dans le passé ! Certes, le passé, même si nous le voulions, ne peut être réécrit. Mais l’histoire qui commence aujourd’hui, et qui regarde l’avenir, est encore toute à écrire, avec la grâce de Dieu et avec votre responsabilité personnelle. En apprenant des erreurs du passé, on peut ouvrir un nouveau chapitre de la vie. Ne tombons pas dans la tentation de penser de ne pouvoir être pardonnés. Quelle que soit la chose, petite ou grande, que le cœur nous reproche, « Dieu est plus grand que notre cœur » (cf. 1 Jn 3, 20) : nous devons uniquement nous confier à sa miséricorde.

La foi, même si elle petite comme un grain de sénevé, est en mesure de déplacer les montagnes (cf. Mt 17, 20). Que de fois la force de la foi a permis de prononcer le mot pardon dans des conditions humainement impossibles ! Des personnes qui ont subi des violences et des abus dans leur propre chair ou dans leurs proches ou dans leurs biens… Seule la force de Dieu, la miséricorde, peut guérir certaines blessures. Et là où on répond à la violence par le pardon, là aussi le cœur de celui qui a commis une faute peut être vaincu par l’amour qui l’emporte sur toute forme de mal. Et ainsi, parmi les victimes et parmi les coupables, Dieu suscite d’authentiques témoins et artisans de miséricorde.

Aujourd’hui, nous vénérons la Vierge Marie dans cette statue qui la représente comme la Mère qui porte dans ses bras Jésus avec une chaîne rompue, la chaîne de l’esclave et de la détention. Qu’elle tourne vers chacun de vous son regard maternel ; qu’elle fasse jaillir de votre cœur la force de l’espérance pour une vie nouvelle et digne d’être vécue dans la pleine liberté et au service du prochain.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Les crimes pédophiles inexcusables

Homélie de Mgr Crepy, évêque du puy-en-Velais – 7 novembre 2016

Les évêques français plus que jamais impliqués dans la lutte contre la pédophilie. Ils ont consacré la journée de ce lundi 7 novembre 2016 à la prière pour les victimes d’abus sexuels commis par les prêtres. Au cours de leur assemblée plénière d’automne, ils ont ainsi célébré une messe à midi au cours de laquelle, Mgr Crepy, évêque du Puy-en-Velay et président de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie a rappelé sans ambages que l’Église et la société devaient sortir d’un « trop long silence coupable » et « entendre les souffrances des victimes ».

Chers amis,

Les paroles du Christ nous touchent tout particulièrement ce matin par leur actualité et par leur vérité : « Il est inévitable que surviennent des scandales, des occasions de chute mais malheureux celui par qui cela arrive ! » (Lc 17, 1). Oui, il nous faut oser regarder en face les scandales du péché qui atteignent l’Église tout entière. Oui, il nous faut sortir du trop long silence coupable de l’Église et de la société et entendre les souffrances des victimes : les actes pédophiles, ces crimes si graves, brisent l’innocence et l’intégrité d’enfants et de jeunes. Oui, il nous faut oser prendre tous les moyens pour que la Maison Église devienne un lieu sûr. Oui, il nous faut comme le demande le pape François, « demander pardon pour les péchés commis par les autorités ecclésiastiques qui ont couvert les auteurs d’abus et ignoré la souffrance des victimes ».

Quand il s’agit des plus fragiles, des plus faibles, des « petits », Jésus parle haut et fort. Ainsi les enfants sont la figure même des vrais disciples : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. » (Mc 10, 14) D’où, dans l’Évangile que nous venons d’entendre, cette condamnation si claire et si vigoureuse de ceux qui scandalisent et méprisent les petits : « Il vaut mieux qu’on lui attache au cou une meule en pierre et qu’on le précipite dans la mer, plutôt qu’il ne soit une occasion de chute pour un seul des petits que voilà. » (Lc 17, 2). Il n’y a pas d’excuses ou de demi-mesures pour les actes commis sur un seul de ces petits ! Il y a cette condamnation sans appel du Christ face au scandale vis-à-vis d’un seul de ces petits. L’Évangile ne transige pas avec ce qui porte atteinte et méprise la dignité de tout homme, et plus encore quand il s’agit des plus faibles.

Ainsi Jésus invite ses disciples à la vigilance : « Prenez garde à vous-mêmes ! » (Lc 17, 3). Tenez-vous sur vos gardes, gardez votre cœur en éveil, maintenez vive votre volonté et forte votre conscience face à ce mal qui brise la vie d’un être fragile. Ce mal, nous avons pu en être complices, nous évêques, par notre silence, notre passivité ou notre difficulté à entendre et à comprendre la souffrance que nous pensions oubliée chez ceux qui avaient été blessés dans leur chair, il y a longtemps. Nous avons voulu sans doute sauvegarder l’image de respectabilité de l’Église, par peur du scandale, en oubliant qu’elle est sainte et composée de pécheurs. En cela, nous avons failli à notre mission en n’étant pas meilleurs que le reste de la société qui gardait aussi le silence.

Dans l’Évangile, face à ceux qui commettent le scandale, Jésus en vient à parler du pardon : il nous demande d’interpeller vivement le frère qui a péché, de l’inviter à reconnaître sa faute, aussi grave soit-elle, et, seulement alors, s’il se repent, de lui pardonner. « Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches et, s’il se repent, pardonne-lui. » (Lc 17, 3) Par deux fois, Jésus affirme que le pardon ne peut être accordé au pécheur que s’il se repent. Ce pardon, comprenons bien que pour les victimes, il est souvent si difficile, parfois impossible, à donner. Car ce pardon s’écrit au terme d’un long chemin, dans la mémoire douloureuse des souffrances qu’ont vécues les victimes. Pardonner n’est pas oublier. Pardonner demande, d’abord, ce temps nécessaire où peu à peu se fait la vérité, où peu à peu des mots sont possibles pour dire l’indicible douleur, où la justice et le droit sont convoqués et désignent clairement la faute et le coupable. Pardonner est en premier lieu l’affaire des victimes, mais cela n’est possible que si les auteurs sortent de tout déni, prennent véritablement conscience du mal commis et manifestent un repentir qui ne soit pas seulement des mots, mais une profonde repentance et une volonté ferme d’un travail profond sur eux-mêmes.

En écoutant le Christ nous parler ainsi du scandale, du mépris des plus petits mais aussi du pardon et de la repentance des pécheurs, nous avons envie de dire – peut-être même de supplier – comme les disciples : « Augmente en nous la foi ! » (Lc 17, 5) Chez Luc, la foi peut déraciner les arbres, chez Matthieu et Marc la foi peut déplacer les montagnes. Aussi petite qu’un grain de moutarde, la foi au Christ, peut nous aider à déraciner l’arbre du mal qui parfois pousse sans vergogne dans nos communautés. La foi au Christ peut nous aider à transporter les montagnes qui obscurcissent la lumière dans notre Église et barrent le chemin de la vie. La foi au Christ, mort et ressuscité pour le pardon de nos péchés et le salut de tous, est une force qui nous donne d’avancer sur un chemin de purification, sur un chemin de justice et de vérité face aux abus sexuels, sur un chemin où la souffrance des victimes est pleinement entendue. Ce chemin demande beaucoup d’écoute et d’attention. Et nous, évêques, nous devons nous y engager fermement et prendre toute notre part à cette lutte contre ces actes scandaleux et criminels qui touchent les plus petits.

Faisons nôtre cette prière (Prière eucharistique pour les circonstances particulières) :

Seigneur, fais de ton Église

un lieu de vérité et de liberté,

de justice et de paix,

pour que l´humanité tout entière

renaisse à l´espérance.

© Conférence des Évêques de France - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

« C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie »

Les médias nous parlent sans arrêt des malheurs du monde : le terrorisme, les inondations, les tremblements de terre, les ouragans, les typhons, les attentats, les enlèvements, les viols, les meurtres, les abus sexuels, les nettoyages ethniques, les campagnes de haine, etc…

Ensuite, il y a les terribles guerres. Au 18e siècle, environ 4 millions de personnes sont mortes à cause des guerres ; au 19e, 8 millions ; et au 20e près de 100 millions. Le 21e siècle ne semble pas améliorer les choses à ce chapitre !

« Ne vous laissez pas dominer par l’angoisse et par la terreur. »

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a des catastrophes naturelles, des actes de violence, des guerres. La Californie brûle, les Philippines sont inondées, les provinces de l'Atlantique essuient les soubresauts d’un ouragan après l’autre. Les séismes font des milliers de morts, déplacent des millions de personnes, ravagent les cultures et détruisent les villages. Les génocides se multiplient à travers la planète.

À mesure que nous approchons de la fin de l'année liturgique, l'Église nous propose de méditer sur ces phénomènes de violence et de mort, symboles de la fragilité de notre monde : « Des jours viendront où il ne restera pas pierre sur pierre. Tout sera détruit ».

En plus de l’incertitude et de l’insécurité, le temps nous échappe comme le sable dans une main qui se ferme. Nous avons peur du temps qui fuit ! Nous faisons des cures de jeunesse, utilisons la chirurgie plastique, recherchons les crèmes qui enlèvent les rides, les teintures qui cachent les cheveux gris… Rien ne nous fait plus plaisir que d’entendre dire : « Tu n’as vraiment pas l’air d’avoir ton âge ! »

Cependant, le temps est inexorable et nous ne pouvons l’arrêter. Il apporte avec lui toutes sortes d’angoisses. Ce n’est pas facile de vieillir, de faire face à la maladie, de perdre son autonomie, d’être confronté à la mort qui approche.

Lorsque Luc écrit son évangile, autour des années 85, c’est un temps de terribles bouleversements. Les chrétiens ont subi la première grande persécution, celle de Néron. En 70, Titus a détruit la ville de Jérusalem et rasé le Temple. C’est la fin de l’État d’Israël. En 79, le Vésuve a recouvert de cendres volcaniques les villes de Pompéi et d’Herculanum.

Devant ces scénarios de peur et de terreur, les gens ont tendance à se jeter dans les bras de n'importe quel « sauveur » de pacotille. « Vous allez voir, j'ai la solution à tous vos problèmes ! » Gurus religieux, aspirants politiques, promoteurs de rêves, tous laissent miroiter des « paradis à rabais », qui ont plus à voir avec leurs comptes en banque qu’avec le bonheur de l’humanité. « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer ! » nous répète Jésus. Ne vous laissez pas leurrer par ces faux messies. Ne permettez pas qu’ils vous manipulent en utilisant la peur et en promettant toutes sortes de « paradis bidons ».

En lisant le texte de ce matin, on pourrait croire que Jésus nous laisse une image pessimiste de la réalité. Mais c’est le contraire qu’il nous dit : « N’ayez pas peur… Lorsque vous entendez parler de guerres, de désordres, de violence… ne vous effrayez pas ! » Il nous invite à conserver l’espérance et à persévérer dans ce que nous vivons quotidiennement. « Ne vous laissez pas dominer par l’angoisse et par la terreur. »

Le fameux professeur de théologie, Karl Barth, disait que bon nombre de chrétiens ont fait du jour de la mort un jour de frayeur et de condamnation. Il faut nous rappeler le « Dies irae », « Jour de colère », que l’on chantait aux funérailles de nos grands parents ! Par contre, dans le Nouveau Testament, les chrétiens attendaient ce jour du Seigneur avec joie et sérénité.

« C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie », nous dit Jésus, persévérance dans la foi, dans l’espérance, dans la fidélité au Christ. Nous arriverons alors au « Jour du Seigneur » avec joie et confiance.

Savoir demeurer fidèle à la parole de Dieu à travers les jours qui passent, porter le poids du temps présent malgré les souffrances et la maladie, continuer à vivre au jour le jour sans perdre la confiance dans le futur de Dieu, voilà le programme que nous propose le Christ.

Si le Seigneur nous parle de la fin du monde aujourd’hui c’est pour nous rassurer et pour replacer le temps qui nous est donné dans sa juste perspective. Ce temps est un cadeau de Dieu que nous devons utiliser le mieux possible.

L’évangile d’aujourd’hui n’est pas un texte sur la fin des temps, mais bien une parole d’espérance qui nous invite à construire un monde de justice, de paix, de fraternité et d’amour maintenant. S. Pierre disait aux premiers chrétiens : « Soyez toujours prêts à rendre compte, à tous ceux qui vous le demandent, de la l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3, 15)

Nous n’allons pas à l’église parce que nous avons peur de ce qui se passe autour de nous, parce que nous sommes découragés, déçus, frustrés, mais parce que nous voulons recevoir la force de travailler à la construction d’un monde nouveau, d’un monde meilleur, d’un monde plus humain.

« C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »

© Cursillo

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Date de dernière mise à jour : 2016-11-12