Pko 14.02.2016

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°11/2016

Dimanche 14 février 2016 – 1er Dimanche du Temps de Carême – Année C

Humeurs

Quel développement : l’homme ou les choses ?

Dans les propos, les écrits que nous pouvons lire depuis quelques semaines, on pourrait avoir le sentiment que jusqu’à aujourd’hui l’Église en Polynésie fut la grande muette, la grande soumise… que jamais elle n’avait réfléchi ou parler ce qui fait notre société… replongeons-nous dans les éditos de R.P. Paul Hodée ou de Mgr Michel… Certes le combat est loin d’être terminé pour autant l’Église n’a pas attendu 2016 pour travailler !

La suspension des essais nucléaires est un séisme toujours actif. Définir un nouveau modèle socio-économique, de nouvelles relations État-Territoire, une nouvelle société, c'est tout l'enjeu du « Pacte de Progrès social, économique et culturel » proposé par l'État, des États généraux de la « Charte du Développement » lancés par le Territoire.

Quel déballage général durant deux semaines ! Rien ne peut plus être comme avant, après ce psychodrame collectif. Tout le monde est remis en cause. Tout le monde est concerné, contesté, appelé à se convertir. C'est tout le « système CEP » depuis 30 ans qui s'écroule. Plus on en a profité, plus on est ébranlé. Il faut en tirer les leçons et se remettre en cause, comme le 3e Synode diocésain l'a déjà amorcé.

D'abord le « matérialisme jouisseur et profiteur avec l'Argent-Roi » est dénoncé comme idole absolue. L'argent, mesure exclusive de la réussite et de la valeur sociale, le profit matériel, source du pillage de l'espace naturel... l'argent, déconnecté du travail, du Bien Commun, de l'économie... est à la base de la perte des valeurs morales et sociales. De serviteur nécessaire, il est devenu un nouveau Moloch à qui tout est sacrifié.

L'exaltation de l'individualisme égoïste et sans frein, l'accumulation illimitée des biens matériels par enrichissement personnel et glorification égocentrique désagrègent la vie communautaire : famille, association, vie publique, groupes religieux. Gaspillages, ruineux prestige, pots-de-vin, copinages, soviets... prolifèrent. « L'égoïsme est le fondement de tout mal » (Kant). Le mal n'est rien d'autre que faire du mal à l'autre pour son bien à soi seul. Le prochain est rejeté. C'est le développement séparé, centré sur soi et son groupe en permissivité débridée.

Matérialisme égoïste entraîne rejet de tout idéal, perte de toute règle éthique, destruction de la moralité. Quel paradoxe : l'avancée rapide de la croissance économique entraîne, à Tahiti, en France, en Occident, la dégradation de la morale publique, l'irresponsabilité collective, le délabrement psychique.

L'Homme ou les choses ? L'Argent ou la dignité humaine ? Qui ne voit que le développement réel c'est d'abord la qualité des hommes !

R.P. Paul HODÉE - 23 août 1992

Chronique

Et si l’Amour s’appelait fidélité

Saint Valentin… fête des amoureux… un petit texte pour se rappeler que l’Amour peut rimer avec toujours… si l’on s’en donne les moyens !

« Nous, on veut pas se “toffer”. Si on reste ensemble, c'est parce qu'on s'aime. Le jour où on ne s'aimera plus, on se séparera :  on n'est pas des hypocrites ! »

« À quoi bon une police d'assurance pour nous garder ensemble ? On ne veut pas d'un carcan ! »

« Être fidèles ? c'est nier le changement, se transformer en mo­mies, devenir conservateurs de musée. »

« On change trop. Comment sera-t-on dans 5 ans ? dans 10 ans ? Et puis qui connaît l'avenir ? C'est beau de signer un chèque en blanc, mais moi, j'aime bien savoir ce qui sera écrit dessus. »

L'AMOUR RÉSISTE-T-IL AU TEMPS ?

La vie, c'est un espace où on y trouve de tout. La découverte de l'autre côtoie les difficultés du dialogue. L'intensité de la présence s'accompagne de la diversité des rythmes et des sensibilités. Le don total n'est pas exempt d'inquiétude et de déception.

La vie, c'est aussi l'harmonie sexuelle et la banalisation de la tendresse, la fécondité et la contraception, le travail et les épreuves, l'accaparement des enfants et les tracas financiers, le train-train des repas et les fins de semaine de chasse ou de pêche...

Puis on se sent vieillir. On rêve déjà au passé, aux rêves de dix-huit ans à jamais envolés, aux projets avortés... Les enfants partent : la maison se vide. On se retrouve après plusieurs années et on a peine à se reconnaître...

Or les liens que l'amour crée entre deux êtres sont-ils assez forts pour résister à cette usure du temps ? Et pour « faire l'amour » avec le pain quotidien de la vie ?

LA DURÉE RÉVELE LES CŒURS.

Quand un gars et une fille s'engagent mutuellement, nul ne connaît la profondeur de leur oui. Seul le temps fera découvrir le fond du cœur et la vérité de l'attachement.

La fidélité, c'est l'amour confronté au temps ; c'est l'aujourd'hui de l'amour avec son pouvoir créateur face à la multitude et à la diversité des situations. Si beaucoup de oui ne durent, faute de racines, que ce que durent les roses - l'espace d'une nuit -, la fidélité, elle, réussit à monnayer dans le quotidien les promesses de l'amour. Elle réinvente l'amour, chaque jour.  Elle en déploie toutes les richesses.

La plus grande preuve d'amour ne serait-elle pas un oui plus fort que le temps ?

Le 10 novembre l986

R.P. Hubert LAGACÉ, o.m.i.

(tiré de « Grandir en humanité »)

La parole aux sans paroles – 24

Témoignage d’Antonio

Te Vaiete est une magnifique école de la Vie. Ainsi, de passage à Papeete, Antonio, séminariste de 3ème année, a troqué ses cahiers de cours pour de la pratique. L’occasion pour nous d’avoir un regard extérieur sur cette cause qui nous tient tant à cœur.

Ton ressenti après une semaine comme bénévole à Te Vaiete ?

« J’ai aimé. Être face à ces personnes-là, ça fait chaud au  cœur. En les voyant je me suis posé un tas de questions comme ceci : si j’étais dans cette situation, qu’est-ce que je vais faire ? Comment, moi, je vais vivre ? Peut-être que je vais perdre la tête. Une chose que j’ai remarquée chez eux : c’est leur amour envers notre prêtre. Ils ont plus d’amour, comparé à nous. Tu vois, une personne qui vit dans une situation confortable a tellement de difficultés à aimer l’autre par manque de temps, elle a tant de préoccupations. Par exemple la famille, le loyer, le manger etc… Tandis qu’eux, non. Mais je sens une grosse douleur chez eux. Ils n’ont pas de maison, ils n’ont pas de famille. Parce qu’ils ont été rejetés par leur propre famille. Chez nous, on est aimé. On n’a vraiment pas la même situation. Même leur regard est différent. Eux, ils ont un regard d’accueil. Pourtant ils sont rejetés la plupart du temps ! »

C’est la première fois que tu les côtoies ?

« La première fois, c’était au mois de juillet, j’étais au "haapiiraa faaroo" et je suis venu avec Père Christophe. Je voulais voir comment ça se passe, j’ai demandé à Père Christophe. Donc j’allais au "haapiiraa faaroo" du lundi au vendredi et le samedi j’accompagnais Père Christophe pour aider les bénévoles à faire le café pour les SDF. Et c’est là que j’ai commencé à voir le Christ parmi eux. Aujourd’hui, je vois vraiment mon Christ en eux. »

Et avant ?

« Je ne faisais pas attention, je passais devant sans les regarder. Mais il y a eu un moment où j’ai commencé à donner de l’argent. Je voulais les aider, c’est venu comme ça. Alors certaines personnes me disaient d’arrêter de donner de l’argent parce qu’ils vont acheter de l’alcool. Mais, pour moi, ce n’est pas à nous de juger. Si ton cœur te dit de donner, tu donnes. Maintenant cet argent, ce n’est plus ton affaire. Tu as donné. L’autre a le droit de faire ce qu’il veut. Ce que nous avons à faire c'est de les remettre dans les mains du Seigneur. Mais tu n’as pas le droit de juger la personne. »

La chose qui t’a le plus touché à Te Vaiete ?

« Leur façon d’être et la façon du Père Christophe d’être avec eux. Pendant toute la semaine, j’ai observé comment il faisait. C’est vrai, il a l’autorité. Il a mis en place des règles mais, en même temps, l’autre garde toute sa liberté. Et c'est là que j'ai compris le sens de l'évangile '' Mt 25,35-46''. »

Et ce qui a été le plus dur ?

« Ce qui est dur pour moi ici, c’est faire face à cette réalité, faire face à leur situation. Au début, je ne l’acceptais pas. Je me disais que ce n’était pas possible que des personnes puissent vivre dans de telles situations. Mais en fin de compte, il fallait que j’arrête de me poser tout un tas de questions. C’était simple, il faillait vivre et accueillir cette réalité. »

Te sens-tu capable un jour de te battre pour une cause comme Te Vaiete ?

« Je vais être sincère. Par moi-même, je ne serais pas capable mais avec l’aide du Seigneur, oui je serais capable. Père Christophe a su commencer Te Vaiete à un moment donné. Aujourd’hui ça coule comme de l’eau. Et bien sûr qu’il faudrait continuer cette action. Parce que, quand on regarde bien, il y a des anciens SDF qui sont sortis de la rue mais il y a des nouveaux qui arrivent. Tu vois, ça continue ! Donc il faut quelqu’un pour continuer Te Vaiete. »

Parle-nous de ton parcours au Séminaire…

« Au grand Séminaire, tu as la première année de propédeutique, ce qui veut dire que c’est la première étape où tu es évalué au niveau de la formation intellectuelle. Ensuite il y a deux années de philosophie. Et viennent quatre années de théologie. Après donc tout ce temps, l’Église verra si tu es apte. Là, moi, je suis en deuxième année de philosophie. »

Le plus dur dans le choix d’être séminariste ?

« Ce sont les études. (Rires) Il faut travailler. Pour être sincère, ça fait longtemps que j’ai arrêté l’école et j’ai du mal à m’y remettre. Mais je m’accroche, grâce aussi au Père Christophe qui essaye de m’encourager. (Rires) Tu sais, beaucoup abandonnent parce qu’ils ne sont pas forts dans les études. Ils ne sont pas "as" comme on dit. Mais heureusement il n’y a pas que les études qui comptent. Il y a la Foi. S’il y a une vocation, personne ne peut supprimer cette vocation. C’est un vrai choix personnel… avec Dieu. Certains sont appelés à être Prêtre, d’autres à être père de famille. »

Est-ce facile de se couper de sa famille ?

« Je parlerai que pour moi, je ne sais pas pour les autres. Ça a été facile dans la mesure où c’est ma vocation. Avant tout il faut une grande réflexion pour pouvoir couper le lien avec la famille, un objectif. Pour y arriver il faut vivre dans le silence, il nous faut nous retirer du monde, afin d'être en relation avec Dieu. Donc, oui, il faut couper des liens. C’est facile… avec la grâce de Dieu. Il ne faut pas L’oublier. (Rires)  »

Et qu’est-ce que Te Vaiete t’a apporté de ton cheminement ?

« Ah ! Très bonne question ! J’ai beaucoup appris sur la relation avec l’autre. Parce que ce n’est pas toujours facile. J’ai appris que, même si je fais partie d’une famille aisée, ça ne m’empêche pas d’aller vers l’autre moins chanceux. Et avec ce que j’ai appris au Séminaire, ça facilite les choses. La relation avec l’autre, c’est très important ! Après cette étape, c’est apprendre à l’aider, en posant de simples gestes comme un regard, un sourire. Ça peut tout changer. Tu les fais exister comme ça. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

La miséricorde se vit dans le partage des biens

Audience générale du mercredi 10 février 2016 – Pape François

Dans cette double perspective du Carême et du Jubilé, le Pape a consacré son enseignement à la justice et au partage. Le Pape a rappelé que le livre du Lévitique, dans l’Ancien Testament, les Années saintes, tous les 50 ans, étaient des occasions d'amnistie générale et d’annulation des dettes. Pour ce « peuple saint », les prescriptions comme celle du Jubilé servaient à combattre la pauvreté et l’inégalité, en garantissant une vie digne pour tous et une redistribution équitable de la terre sur laquelle habiter et en tirer subsistance

Chers frères et sœurs, bonjour et bon chemin de Carême !

Il est beau et significatif d’avoir cette audience précisément en ce Mercredi des cendres. Nous entamons le chemin du carême et aujourd’hui, nous nous arrêtons sur l’antique institution du « jubilé » ; c’est une chose ancienne, attestée dans l’Écriture Sainte. Nous la trouvons en particulier dans le livre du Lévitique, qui la présente comme un moment culminant de la vie religieuse et sociale du peuple d’Israël.

Tous les cinquante ans, « en la fête du Grand Pardon » (Lv 25,9), quand la miséricorde du Seigneur était invoquée sur tout le peuple, le son du cor annonçait un grand événement de libération. Nous lisons en effet dans le livre du Lévitique : « Vous ferez de la cinquantième année une année sainte, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. Ce sera pour vous le jubilé : chacun de vous réintégrera sa propriété, chacun de vous retournera dans son clan […] En cette année jubilaire, chacun de vous réintégrera sa propriété » (25,10;13). Selon ces dispositions, si quelqu’un avait été contraint de vendre sa terre ou sa maison, il pouvait en reprendre possession pendant le jubilé ; et si quelqu’un avait contracté des dettes et si, dans l’incapacité de les payer, il avait été contraint à se mettre au service de son créditeur, il pouvait retourner vivre dans sa famille et récupérer toutes ses propriétés.

C’était une sorte de « remise générale », par laquelle il était permis à chacun de retourner dans sa situation d’origine, avec l’annulation de toutes les dettes, la restitution de la terre et la possibilité de jouir à nouveau de la liberté propre aux membres du peuple de Dieu. Un peuple « saint », où les prescriptions comme celle du jubilé servaient à combattre la pauvreté et l’inégalité, garantissant une vie digne pour tous et une distribution équitable de la terre sur laquelle habiter et d’où tirer sa subsistance. L’idée centrale est que la terre, à l’origine, appartient à Dieu et qu’elle a été confiée aux hommes (cf. Gn 1,28-29) et pour cette raison, personne ne peut s’en arroger la possession exclusive, en créant des situations d’inégalités. Aujourd’hui, nous pouvons penser à cela et y réfléchir ; que chacun réfléchisse dans son cœur s’il a trop de choses. Mais pourquoi ne pas laisser à ceux qui n’ont rien ? Dix pour cent, cinquante pour cent… Je dis : que l’Esprit-Saint inspire chacun d’entre vous.

Avec le jubilé, celui qui était devenu pauvre pouvait avoir de nouveau le nécessaire pour vivre et celui qui était devenu riche restituait au pauvre ce qu’il lui avait pris. Le but était une société basée sur l’égalité et la solidarité, où la liberté, la terre et l’argent redevenaient un bien pour tous et pas seulement pour quelques-uns, comme cela se produit maintenant, si je ne me trompe pas… Plus ou moins, les chiffres ne sont pas sûrs, mais quatre-vingt pour cent des richesses de l’humanité sont entre les mains de moins de vingt pour cent de la population. C’est un jubilé – et je dis cela en rappelant l’histoire de notre salut – pour se convertir, pour que notre cœur devienne plus grand, plus généreux, plus enfant de Dieu, avec plus d’amour.

Je vais vous dire quelque chose : si ce désir, si le jubilé n’atteint pas nos poches, ce n’est pas un vrai jubilé. Vous avez compris ? Et cela, c’est dans la Bible ! Ce n’est pas ce pape qui l’invente : c’est dans la Bible. Le but – comme je l’ai dit – était une société basée sur l’égalité et la solidarité, où la liberté, la terre et l’argent devenaient un bien pour tous et non pour quelques-uns. En fait, le jubilé avait pour fonction d’aider le peuple à vivre une fraternité concrète, faite d’aide réciproque. Nous pouvons dire que le jubilé biblique était un « jubilé de miséricorde » parce qu’il était vécu dans la recherche sincère du bien du frère qui était dans le besoin.

Dans la même ligne, d’autres institutions et d’autres lois gouvernaient aussi la vie du peuple de Dieu, pour qu’il puisse faire l’expérience de la miséricorde du Seigneur à travers celle des hommes. Dans ces normes, nous trouvons des indications valables aussi aujourd’hui, qui font réfléchir. Par exemple, la loi biblique prescrivait de verser les « dîmes » qui étaient destinées aux Lévites, chargés du culte, qui n’avaient pas de terre, et aux pauvres, aux orphelins et aux veuves (cf. Dt 14,22-29). C’est-à-dire qu’on prévoyait que la dixième partie de la récolte, ou des revenus provenant d’autres activités, soit donnée à ceux qui étaient sans protection et en situation de besoin, afin de favoriser des conditions de relative égalité à l’intérieur d’un peuple où tous devaient se comporter en frères.

Il y avait aussi la loi concernant les « prémices ». Qu’est-ce que c’est ? La première partie de la récolte, la partie la plus précieuse, devait être partagée avec les Lévites et les étrangers (cf. Dt 18,4-5 ; 26,1-11), qui ne possédaient pas de champs, de sorte que pour eux aussi la terre soit source de nourriture et de vie. « La terre est à moi et vous n’êtes pour moi que des immigrés, des hôtes », dit le Seigneur (Lv 25,23).

Nous sommes tous des hôtes du Seigneur, dans l’attente de la patrie céleste (cf. Hé 11,13-16 ; 1 P 2,11), appelés à rendre habitable et humain le monde qui nous accueille. Et combien de « prémices » celui qui a plus de chance pourrait-il donner à celui qui est en difficulté ! Combien de prémices ! Non seulement les prémices des fruits des champs, mais celles de tous les autres produits du travail, des salaires, des économies, de toutes ces choses qu’on possède et qu’on gaspille parfois. Cela se fait encore aujourd’hui. À l’aumônerie apostolique, il arrive beaucoup de lettres avec un peu d’argent : « Voici une partie de mon salaire pour aider d’autres ». Et c’est beau : aider les autres, les institutions de bienfaisance, les hôpitaux, les maisons de retraite…  Et aussi donner aux immigrés, ceux qui sont étrangers et qui sont de passage. Jésus a été de passage en Égypte.

Et je pense précisément à cela, l’Écriture Sainte exhorte avec insistance à répondre généreusement aux demandes de prêts, sans faire de calculs mesquins et sans réclamer des intérêts impossibles : « Si ton frère tombe dans la pauvreté et sous ta dépendance, tu le soutiendras comme s’il était un immigré ou un hôte, et il vivra avec toi. Ne tire de lui ni intérêt ni profit : tu craindras ton Dieu, et tu laisseras vivre ton frère avec toi. Tu ne lui prêteras pas de ton argent pour en tirer du profit ni de ta nourriture pour en percevoir des intérêts » (Lv 25,35-37).

Cet enseignement est toujours actuel. Combien de familles sont dans la rue, victimes de l’usure ! S’il vous plaît, prions pour qu’en ce jubilé, le Seigneur enlève de notre cœur à tous cette envie d’avoir plus, l’usure. Que l’on redevienne généreux, grand. Combien de situations d’usure sommes-nous contraints de voir et combien de souffrance et d’angoisse cela cause aux familles ! Et si souvent, dans le désespoir, combien d’hommes finissent par se suicider parce qu’ils n’y arrivent pas et qu’ils n’ont pas d’espérance, ils n’ont pas de main tendue pour les aider ; uniquement la main qui se tend pour lui faire payer les intérêts. L’usure est un péché grave, c’est un péché qui crie devant Dieu. Le Seigneur, lui, a promis sa bénédiction à celui qui ouvre la main pour donner largement (cf. Dt 15,10). Lui, il te donnera le double, peut-être pas en argent mais en autre chose, mais le Seigneur te donnera toujours le double.

Chers frères et sœurs, le message biblique est très clair : s’ouvrir avec courage au partage, et c’est cela la miséricorde ! Et si nous voulons la miséricorde de la part de Dieu, commençons par la donner nous-mêmes. C’est cela : commençons par nous faire miséricorde entre concitoyens, entre familles, entre peuples, entre continents. Contribuer à réaliser une terre sans pauvres veut dire construire une société sans discriminations, basée sur la solidarité qui pousse à partager ce que l’on possède, dans une répartition des ressources fondée sur la fraternité et sur la justice. Merci !

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Thérèse Hargot : « La libération sexuelle a asservi les femmes »

Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) !

Nous croyions avoir été libérés par la révolution sexuelle. Pourtant, pour Thérèse Hargot, entre le culte de la performance imposé par l'industrie pornographique et l'anxiété distillée par une morale hygiéniste, jamais la sexualité n'a été autant normée. Diplômée d'un DEA de philosophie et société à la Sorbonne puis d'un master en Sciences de la Famille et de la Sexualité, Thérèse Hargot est sexologue. Elle tient un blog et publie Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) chez Albin Michel.

Le Figaro : Dans votre livre « Une jeunesse sexuellement libérée », vous vous interrogez sur l'impact de la libération sexuelle sur notre rapport au sexe. Qu'est-ce qui a changé, fondamentalement ?

Thérèse Hargot : Fondamentalement, rien. Si la norme a changé, notre rapport à la norme lui est le même : nous restons dans un rapport de devoir. Nous sommes simplement passés du devoir de procréer à celui de jouir. Du « il ne faut pas avoir de relations sexuelles avant le mariage » à « il faut avoir des relations sexuelles le plus tôt possible ». Autrefois, la norme était donnée par une institution, principalement religieuse, aujourd'hui, elle est donnée par l'industrie pornographique. La pornographie est le nouveau vecteur des normes en matière de vie sexuelle.

Enfin, alors qu'autrefois les normes étaient extérieures, et explicites, aujourd'hui elles sont intériorisées et implicites. Nous n'avons plus besoin d'une institution qui nous dise ce que nous devons faire, nous l'avons très bien intégré par nous-mêmes. On ne nous dit plus explicitement quand est-ce que nous devons avoir un enfant, mais nous avons toutes très bien intégré le « bon moment » pour être mères : surtout pas trop tôt, et lorsque les conditions financières sont confortables. C'est presque pire : comme nous nous croyons libérés, nous n'avons plus conscience d'être soumis à des normes.

Le Figaro : Quelle sont les nouveaux critères de cette normativité sexuelle ?

Thérèse Hargot : La nouveauté, ce sont les notions de performance et de réussite, qui se sont introduites au cœur de la sexualité. Que ce soit pour la jouissance, mais aussi dans notre rapport à la maternité : il faut être une bonne mère, réussir son bébé, son couple. Et qui dit performance, efficacité, dit angoisse de ne pas y arriver. Cette angoisse crée des dysfonctions sexuelles (perte d'érection, etc..). Nous avons un rapport très angoissé à la sexualité, car nous sommes sommés de la réussir.

Le Figaro : Cela touche autant les hommes que les femmes ?

Thérèse Hargot : Les deux, mais de manière différente. On reste dans les stéréotypes : l'homme doit être performant dans sa réussite sexuelle, et la femme dans les canons esthétiques.

Le Figaro : La norme semble aussi passer par un discours hygiéniste, qui a remplacé les morales d'antan…

Le sida, les MST, les grossesses non désirées : nous avons grandi, nous, petits enfants de la révolution sexuelle, dans l'idée que la sexualité était un danger. À la fois on nous dit que nous sommes libres et en même temps que nous sommes en danger. On parle de « safe-sex » de sexe propre, on a remplacé la morale par l'hygiène. Culture du risque et illusion de liberté, tel est le cocktail libéral qui règne désormais, aussi, dans la sexualité. Ce discours hygiéniste est très anxiogène, et inefficace : de nombreuses MST sont toujours transmises.

Le Figaro : Vous êtes sexologue au collège. Qu'est-ce qui vous frappe le plus chez les adolescents que vous fréquentez ?

Thérèse Hargot : La chose la plus marquante, c'est l'impact de la pornographie sur leur manière de concevoir la sexualité. Avec le développement des technologies et d'internet, la pornographie est rendue extrêmement accessible, et individualisée. Dès le plus jeune âge, elle conditionne leur curiosité sexuelle : à 13 ans, des jeunes filles me demandent ce que je pense des plans à trois. Plus largement, au-delà des sites internet pornographiques, on peut parler d'une « culture porno », présente dans les clips, les émissions de téléréalité, la musique, la publicité, etc…

Le Figaro : Quel impact a la pornographie sur les enfants ?

Thérèse Hargot : Comment est-ce qu'un enfant reçoit ces images ? Est-il capable de faire la distinction entre le réel et les images ? La pornographie prend en otage l'imaginaire de l'enfant sans lui laisser le temps de développer ses propres images, ses propres fantasmes. Elle crée une grande culpabilité d'éprouver une excitation sexuelle au travers de ces images et une dépendance, car l'imaginaire n'a pas eu le temps de se former.

Le Figaro : « Être libre sexuellement au XXIème siècle, c'est donc avoir le droit de faire des fellations à 12 ans ». La libération sexuelle s'est-elle retournée contre la femme ?

Thérèse Hargot : Tout à fait. La promesse « mon corps m'appartient » s'est transformé en « mon corps est disponible » : disponible pour la pulsion sexuelle masculine qui n'est en rien entravée. La contraception, l'avortement, la « maitrise » de la procréation, ne pèsent que sur la femme. La libération sexuelle n'a modifié que le corps de la femme, pas celui de l'homme. Soit disant pour la libérer. Le féminisme égalitariste, qui traque les machos, veut imposer un respect désincarné des femmes dans l'espace public. Mais c'est dans l'intimité et notamment l'intimité sexuelle que vont se rejouer les rapports de violence. Dans la sphère publique, on affiche un respect des femmes, dans le privé, on regarde des films porno où les femmes sont traitées comme des objets. En instaurant la guerre des sexes, où les femmes se sont mis en concurrence directe avec les hommes, le féminisme a déstabilisé les hommes, qui rejouent la domination dans l'intimité sexuelle. Le succès de la pornographie, qui représente souvent des actes violents à l'égard des femmes, du revenge-porn, et de Cinquante nuances de Grey, roman sadomasochiste, sont là pour en témoigner.

Le Figaro : Vous critiquez une « morale du consentement » qui fait de tout acte sexuel un acte libre pourvu qu'il soit « voulu »…

Thérèse Hargot : Avec nos yeux d'adultes, nous avons parfois tendance à regarder de façon attendrie la libération sexuelle des plus jeunes, émerveillés par leur absence de tabous. En réalité ils subissent d'énormes pressions, ils ne sont pas du tout libres. La morale du consentement est au départ quelque chose de très juste : il s'agit de dire qu'on est libre lorsqu'on est d'accord. Mais on a étendu ce principe aux enfants, leur demandant de se comporter comme des adultes, capables de dire oui ou non. Or les enfants ne sont pas capables de dire non. On a tendance à oublier dans notre société la notion de majorité sexuelle. Elle est très importante. En dessous d'un certain âge, on estime qu'il y a une immaturité affective qui ne rend pas capable de dire « non ». Il n'y a pas de consentement. Il faut vraiment protéger l'enfance.

Le Figaro : À contre-courant, vous prônez la contraception naturelle, et critiquez la pilule. Pourquoi ?

Thérèse Hargot : Je critique moins la pilule que le discours féministe et médical qui entoure la contraception. On en a fait un emblème du féminisme, un emblème de la cause des femmes. Quand on voit les effets sur leur santé, leur sexualité, il y a de quoi douter ! Ce sont elles qui vont modifier leurs corps, et jamais l'homme. C'est complètement inégalitaire. C'est dans cette perspective que les méthodes naturelles m'intéressent, car elles sont les seules à impliquer équitablement l'homme et la femme. Elles sont basées sur la connaissance qu'ont les femmes de leurs corps, sur la confiance que l'homme doit avoir dans la femme, sur respect du rythme et de la réalité féminines. Je trouve cela beaucoup plus féministe en effet que de distribuer un médicament à des femmes en parfaite santé ! En faisant de la contraception une seule affaire de femme, on a déresponsabilisé l'homme.

Le Figaro : Vous parlez de la question de l'homosexualité, qui taraude les adolescents….

Thérèse Hargot : « Être homosexuel », c'est d'abord un combat politique. Au nom de la défense de droits, on a réuni sous un même drapeau arc-en-ciel des réalités diverses qui n'ont rien à voir. Chaque personne qui dit « être homosexuelle » a un vécu différent, qui s'inscrit dans une histoire différente. C'est une question de désirs, de fantasmes, mais en rien une « identité » à part entière. Il ne faut pas poser la question en termes d'être, mais en termes d'avoir. La question obsède désormais les adolescents, sommés de choisir leur sexualité. L'affichage du « coming out » interroge beaucoup les adolescents qui se demandent « comment fait-il pour savoir s'il est homosexuel, comment savoir si je le suis ? » L'homosexualité fait peur, car les jeunes gens se disent « si je le suis, je ne pourrais jamais revenir en arrière ». Définir les gens comme « homosexuels », c'est créer de l'homophobie. La sexualité n'est pas une identité. Ma vie sexuelle ne détermine pas qui je suis.

Le Figaro : Que faire selon vous pour aider la jeunesse à s'épanouir sexuellement ? Est-ce un but en soi ? Les cours d'éducation sexuelle sont-ils vraiment indispensables ?

Thérèse Hargot : Il ne faut pas apprendre aux adolescents à s'épanouir sexuellement. Il faut apprendre aux jeunes à devenir des hommes et des femmes, les aider à épanouir leur personnalité. La sexualité est secondaire par rapport à la personnalité. Plutôt de parler de capotes, de contraception et d'avortement aux enfants, il faut les aider à se construire, à développer une estime de soi. Il faut créer des hommes et des femmes qui puissent être capables d'être en relation les uns avec les autres. Il ne faut pas des cours d'éducation sexuelle, mais des cours de philosophie !

© Le Figaro - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

Jeûner lorsque le monde ne tourne pas rond

J’ai vu quelque part une courte série de caricatures sur le sens de la vie. La première représentait un homme devant une peinture abstraite. Il se moquait de cette toile en demandant : « Qu’est-ce qu’elle peut bien représenter » Dans la seconde, on voyait une main qui sortait de la toile, avec un doigt pointant vers l’homme qui riait. Dans la troisième, la toile avec la main et le doigt accusateur demandait : « Et toi, qu’est-ce que tu représentes ? »

Le carême est ce temps de l’année où, à l’ombre de la croix, nous nous demandons : « Qu’est-ce que je représente ? Quel est le sens de ma vie ? Quelle relation est-ce que j’entretiens avec le monde autour de moi ? »

Nous sommes invités à redimensionner notre relation avec Dieu (la prière), avec les autres (le partage et l’aumône) et avec nous-mêmes (le jeûne). J’aimerais aujourd’hui mettre l’accent sur le jeûne.

Nous sommes excessifs en tout : nourriture, achats, voyages, divertissements... Sur le plan santé, les revues médicales nous informent que plus de 30% de nos populations souffrent d’obésité. Suite à ce phénomène de sur-poids, jamais on a autant parlé de diète, de restriction, de jeûne : diète sans sel, diète liquide, diète végétarienne, diète sans gras, diète aux céréales… Par contre, le jeûne volontaire pour raisons religieuses a complètement disparu de notre christianisme occidental.

À travers les siècles, la plupart des grandes religions ont invité leurs membres à pratiquer le jeûne volontaire. Notre civilisation contemporaine est sans doute la seule, dans l’histoire, à renoncer à cette expérience religieuse universelle. Il faut jouir, dit-on. Pourquoi se priver ?

En agissant ainsi, croyons-nous vraiment avoir amélioré la qualité de notre vie ? Quand une personne se « laisse aller » et ne peut contrôler ses appétits, elle risque bien de perdre quelque chose d’essentiel, la « maîtrise d’elle-même », et devient alors esclave de ses instincts les plus élémentaires.

Lorsque Jésus parle de jeûne, il ne s’agit pas de perte de poids, de vêtements trop petits et ventres trop ronds. Il y a des raisons plus sérieuses pour jeûner. Quand tout va bien, que Dieu est présent dans nos vies, qu’il y a plein d’amour et de joie, nous n’avons pas besoin de jeûner. Le Christ disait aux Pharisiens que ses apôtres n’avaient pas à jeûner « aussi longtemps que l’époux était avec eux ».

Par contre, il est bon de jeûner lorsque le monde ne tourne pas rond, lorsque nous ne vivons pas l’idéal auquel le Christ nous a appelé :

-  lorsque nous remplaçons Dieu par nos veaux d’or, nos dogmes économiques, nos égoïsmes nationaux ;

-  lorsque les conflits familiaux conduisent à la violence, à la haine, à la rupture et que les enfants en souffrent ;

-  lorsque les jeunes sont privés d’éducation chrétienne ;

-  lorsque l’on refuse le pardon à ceux et celles qui nous ont offensés ;

-  lorsque le taux de suicides est plus élevé chez-nous que dans d’autres pays du monde ;

-  lorsque des millions de personnes âgées souffrent de solitude et d’abandon.

Le jeûne peut prendre plusieurs visages et plusieurs formes :

-  il y a bien sûr le jeûne de nourriture...un peu tous les jours, ou deux ou trois fois par semaine;

-  le jeûne de télévision, de magasinage inutile, de loisirs extravagants;

-  le jeûne qui nous aide à partager financièrement avec ceux qui vivent dans la misère;

-  le jeûne qui nous invite à faire du bénévolat, à faire notre part pour la communauté à laquelle nous appartenons.

Le jeûne dont parle le Seigneur est un appel à la conversion. Il nous aide à revenir vers Dieu en essayant de répondre aux promesses de notre baptême.

Le Carême que nous célébrons chaque année et qui nous prépare aux joies de la fête de Pâques, n’est pas un don que nous faisons à Dieu, c’est un don que Dieu nous fait. Le Christ nous rappelle qu’il est temps, à l’écoute de sa parole, de renouveler notre vie de tous les jours, de recevoir un cœur nouveau, une mentalité nouvelle.

Le jeûne, la prière et le partage nous aident à trouver les vraies valeurs de la vie et à nous rapprocher de Dieu et des autres.

© Cursillo - 2015

 

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Date de dernière mise à jour : 2016-02-17