Pko 16.08.2016 Mgr Michel

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°47/2016

Mardi 16 août 2016 – À la mémoire de Mgr Michel COPPENRATH – Année C

« Où demeures-tu ? » (Jn 1,38)

Extrait d’une lettre aux prêtres de Mgr Michel – 3 mai 1996

C’est la question des premiers disciples à Jésus qui leur répondit « Venez et vous verrez ». L’évangile ajoute « et ils demeurèrent auprès de lui, ce jour-là ».

Aujourd’hui le Christ lui-même est en droit de nous poser la même question « …Où demeures-tu ? »

Prêtres de Polynésie, il nous faut aller où est Jésus ; Le voir là où Il est et demeurer avec Lui, et pouvoir Lui répondre « Seigneur, tu le sais, je demeure avec toi, en toi, et c’est toi aussi qui peut faire de moi un prêtre dans tout son être ».

Puisse cette lettre vous aider à vous approcher de Jésus, plus même, à demeurer chez lui. Plusieurs évènements à venir ou déjà passés nous y invitent d’une manière pressante.

Tout d’abord l’imminence du Jubilé de l’An 2000. Le Pape dans sa Lettre Apostolique sur la préparation du troisième millénaire dit au n.8 « La religion qui a son origine dans le mystère de l’Incarnation rédemptrice est la religion dans laquelle on demeure dans le Cœur de Dieu, dans laquelle on participe à sa vie intime ». Soyons les premiers à préparer ce Jubilé pour aider les fidèles à le vivre. « Demeurons dans le Cœur de Dieu ! »

Ensuite, le Synode diocésain de 1989, orienté surtout sur l’apostolat des laïcs, n’a rien dit sur la vie ou la formation du prêtre. Nous n’avons donc pas de texte de référence. L’Institution régionale du « Renouveau Sacerdotal » a compensé certes cette lacune. En particulier le P. Hubert Lagacé en janvier 1995 à Païta nous a aidés à lire et à méditer « Pastores dabo vobis » sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles. J’ai retenu surtout que le besoin de connaissance de l’autre et d’aimer, chez le prêtre, ne peut devenir un amour universel et chaste sans une perception exacte et joyeuse de l’identité du prêtre.

Enfin ce sont maintenant 14 prêtres locaux qui sont ordonnés, si l’on inclue le P. Joseph momentanément à Tahiti, le P. Tahiri des Pères des Sacrés-Cœurs, et Charlie Tabanou qui pourrait être ordonné en fin d’année ? C’est parmi les prêtres locaux que la moyenne d’âge est la plus basse. Votre tâche est de faire apparaître plus clairement en Polynésie le visage du prêtre, tel que l’Église en dessine les traits, par un attachement fidèle et intime au Christ qui vous a choisis comme Il a choisi, enseigné et formé ses apôtres.

LA VIE SPIRITUELLE DU PRETRE

L’Exhortation Apostolique « Pastores dabo vobis » explique au n.16 que « la relation fondamentale du prêtre est celle qui l’unit à Jésus Christ,Tête et Pasteur ; il participe en effet d’une manière spécifique et authentique à la ‘consécration’ ou ‘onction’ et à la ‘mission du Christ’ (Luc 4, 18-20) ». Il n’y a pas à côté de cette première relation, une relation à l’Eglise juxtaposée. Car le sacerdoce, comme la parole de Dieu ou les sacrements, appartient à ce qui constitue l’Eglise. Le prêtre est « dans l’Église » et « face à l’Église » car il exerce son service d’Église pour promouvoir l’exercice du sacerdoce commun des fidèles. Au 5è § du n.16, il est affirmé que « la relation du prêtre avec Jésus Christ et, en lui, avec son Église, s’inscrit dans l’être même du prêtre, en vertu de sa consécration ou de l’onction sacramentelle, et dans son agir, c’est-à-dire dans sa mission ou dans son ministère ». Demandez au Seigneur de faire, à l’instar de St François d’Assise, par une grâce spéciale, l’expérience spirituelle de l’union du Christ et de l’Église. Que le Seigneur vous montre combien le Christ est l’Église, et l’Église le Christ. Une simple écoute des enseignements de St Paul ou du Christ ne suffit plus. Il y a tant de courants à notre époque qui tentent de séparer Église et Jésus Christ. C’est au prêtre au plus profond de son âme d’unir, par la grâce de sa vocation et de son ordination, Jésus Christ et l’Église. Sinon il ne pourra parvenir « à une perception exacte et joyeuse » de son identité. Au contraire il doit de toutes les forces spirituelles déployées par la perception de son identité tendre à devenir une fidèle « représentation sacramentelle » du Christ (n.16).

C’est en y parvenant qu’en lui « l’être » et « l’agir » ne peuvent plus être séparés. Un homme ne fait pas bouger les membres de son corps, en agitant la tête, en bas, en haut, à droite, à gauche. C’est un influx nerveux, où la pensée et la volonté se trouvent intimement mêlées, qui va ordonner les mouvements du corps de cet homme. Toute l’activité extérieure de l’homme, provient d’un mouvement intérieur. Un berger est bon berger non pas parce qu’il se contente de marcher en tête du troupeau en le guidant par certains gestes. Les brebis ne garderont leur cohésion que si elles reconnaissent la « voix » qui leur inspire confiance et établit la sécurité. Il faut que le courant passe entre lui et le troupeau.

Ainsi en est-il du prêtre, il est « tête », à l’image du Christ qui l’a choisi ; et il ne sera représentation sacramentelle du Christ que si l’Esprit pénètre sa pensée, son cœur, son corps au point qu’il diffusera un véritable « esprit sacerdotal » en tout ce qu’il dira et fera.

Il est « pasteur », au milieu de l’amuiraa où il a été envoyé, non par le rang qu’il occupe au milieu d’elle, mais par les ‘liens’ d’une profonde charité qui le pousse à aimer chaque personne, à la défendre de tout danger, à la nourrir des vérités de l’Évangile et des grâces des sacrements, à l’accueillir avec respect et délicatesse « comme je connais mes brebis me connaissent, ainsi je connais mon Père comme mon Père me connaît ». Le prêtre lui aussi doit accéder à l’amour filial du Père …prière, enseignement, sacrements, accompagnement des fidèles, témoignage de vie ont leur source dans le Père (comme le Père me connaît et que je connais le Père, dit Jésus).

Les beaux fruits de la prière, du ministère et du témoignage du prêtre apparaissent lorsque « être » et « agir » ne font plus qu’un.

« Ce que je vis dans le Christ Tête et Pasteur, c’est ce que je fais dans le ministère que l’Église me confie et comme l’Église me le demande ». Je ne puis « agir », et, « demeurer » ailleurs. Ordination et Mission sont inséparables et découle l’une de l’autre.

© Copyright 1996 – Archevêché de Papeete

L’Église « retrousse ses manches » sans peur ni honte

Discours du pape François au terme du Synode sur la famille – 18 octobre 2014

L’Église « n’a pas peur de se retrousser les manches pour verser l’huile et le vin sur les blessures des hommes », elle « ne regarde pas l’humanité depuis un château de verre pour juger ou étiqueter les personnes », et « n’a pas honte de son frère qui a chuté mais se sent obligée de le relever », a déclaré le pape François lors de la 15e congrégation générale de la IIIe Assemblée générale extraordinaire du synode des évêques sur la famille.

Eminences, Béatitudes, Excellences, frères et sœurs,

Le cœur empli de reconnaissance et de gratitude je voudrais rendre grâce, avec vous, au Seigneur qui nous a accompagnés et nous a guidés ces derniers jours, avec la lumière de l’Esprit Saint !

[…]

Je pourrais dire sereinement que — avec un esprit de collégialité et de synodalité — nous avons vécu véritablement une expérience de « synode », un parcours solidaire, un « chemin ensemble ». Et cela ayant été « un chemin », comme sur tout chemin, il y a eu des moments de courses rapides, comme à vouloir gagner contre le temps et atteindre au plus vite l’objectif ; d’autres moments de lassitude, comme à vouloir dire assez ; d’autres moments d’enthousiasme et d’ardeur. Il y a eu des moments de profond réconfort en écoutant le témoignage des vrais pasteurs (cf. Jn 10 et Cann. 375, 386, 387) qui portent dans le cœur sagement les joies et les larmes de leurs fidèles. Des moments de consolation et de grâce et de réconfort en écoutant les témoignages des familles qui ont participé au synode et ont partagé avec nous la beauté et la joie de leur vie matrimoniale. Un chemin où le plus fort s’est senti en devoir d’aider le moins fort, où le plus expert s’est mis au service des autres, même à travers les confrontations. Et comme c’est un chemin d’hommes, avec les réconforts il y a eu aussi des moments de désolation, de tension, et de tentations, dont on pourrait mentionner quelques possibilités :

-  une : la tentation du raidissement hostile, c’est-à-dire vouloir s’enfermer dans ce qui est écrit (la lettre) et ne pas se laisser surprendre par Dieu, par le Dieu des surprises (l’esprit); à l’intérieur de la loi, de la certitude de ce que nous connaissons et non pas de ce que nous devons encore apprendre et atteindre. Depuis l’époque de Jésus c’est la tentation des zélés, des scrupuleux, des attentifs et de ceux qu’on appelle — aujourd’hui « traditionalistes » et aussi des intellectualistes.

-  La tentation de l’angélisme destructeur, qui au nom d’une miséricorde trompeuse bande les blessures sans d’abord les soigner ni les traiter ; qui s’attaque aux symptômes et pas aux causes et aux racines. C’est la tentation des « bien-pensants », des timorés et aussi de ceux qu’on appelle « progressistes et libéralistes ».

-  La tentation de transformer la pierre en pain pour rompre le jeûne long, lourd et douloureux (cf. Lc 4, 1-4) et aussi de transformer le pain en pierre et de la jeter contre les pécheurs, les faibles et les malades (cf. Jn 8, 7) c’est-à-dire de le transformer en « fardeaux insupportables » (Lc 10, 27).

-  La tentation de descendre de la croix, pour faire plaisir aux gens, et ne pas y rester, pour accomplir la volonté du Père ; de se plier à l’esprit mondain au lieu de le purifier et de le plier à l’Esprit de Dieu.

-  La tentation de négliger le « depositum fidei », de se considérer non pas des gardiens mais des propriétaires et des maîtres ou, dans l’autre sens, la tentation de négliger la réalité en utilisant une langue précieuse et un langage élevé pour dire tant de choses et ne rien dire ! On les appelait des « byzantinismes », je crois, ces choses-là...

Chers frères et sœurs, les tentations ne doivent ni nous effrayer ni nous déconcerter ni non plus nous décourager, parce qu’aucun disciple n’est plus grand que son maître ; donc si Jésus a été tenté — et même appelé Béelzéboul (cf. Mt 12, 24) — ses disciples ne doivent pas s’attendre à un meilleur traitement.

 Personnellement, je me serais beaucoup inquiété et attristé s’il n’y avait pas eu ces tentations et ces discussions animées; ce mouvement des esprits, comme l’appelait  saint Ignace (EE, 6) si tout le monde avait été d’accord ou taciturne dans une paix fausse et quiétiste. En revanche j’ai vu et j’ai écouté — avec joie et reconnaissance — des discours et des interventions pleines de foi, de zèle pastoral et doctrinal, de sagesse, de franchise, de courage et de parrhésie. Et j’ai entendu qu’a été mis devant les yeux de chacun le bien de l’Eglise, des familles et la « suprema lex », la « salus animarum » (cf. Can. 1752). Et ce toujours — nous l’avons dit ici, dans cette salle — sans jamais mettre en discussion les vérités fondamentales du sacrement du mariage : l’indissolubilité, l’unité, la fidélité et la procréation, c’est-à-dire l’ouverture à la vie (cf. Cann. 1055, 1056 et Gaudium et Spes, n. 48).

Et c’est cela l’Église, la vigne du Seigneur, la Mère fertile et la Maîtresse attentive, qui n’a pas peur de se retrousser les manches pour verser l’huile et le vin sur les blessures des hommes (cf. Lc 10, 25-37); qui ne regarde par l’humanité depuis un château de verre pour juger ou étiqueter les personnes. C’est cela l’Église une, sainte, catholique, apostolique et composée de pécheurs, qui ont besoin de sa miséricorde. C’est cela l’Eglise, la véritable épouse du Christ, qui cherche à être fidèle à son Époux et à sa doctrine. C’est l’Église qui n’a pas peur de manger et de boire avec les prostituées et les publicains (cf. Lc 15). L’Église qui a les portes grandes ouvertes pour recevoir ceux qui sont dans le besoin, les repentis et pas seulement les justes ou ceux qui croient être parfaits ! L’Église qui n’a pas honte de son frère qui a chuté et ne fait pas semblant de ne pas le voir, mais se sent au contraire impliquée et presque obligée de le relever et de l’encourager à reprendre son chemin et l’accompagne vers la rencontre définitive, avec son Epoux, dans la Jérusalem céleste.

C’est cela l’Église, notre mère ! Et quand l’Église, dans la variété de ses charismes, s’exprime en communion, elle ne peut pas se tromper : c’est la beauté et la force du sensus fidei, de ce sens surnaturel de la foi qui est donné par l’Esprit Saint afin qu’ensemble, nous puissions tous entrer dans le cœur de l’Evangile et apprendre à suivre Jésus dans notre vie, et cela ne doit pas être vu comme un motif de confusion et de malaise.

Beaucoup de commentateurs, ou des gens qui parlent, ont imaginé voir une Église en litige où une partie s’oppose à l’autre, en allant même jusqu’à douter de l’Esprit Saint, le vrai promoteur et garant de l’unité et de l’harmonie dans l’Eglise. L’Esprit Saint qui tout au long de l’histoire a toujours conduit la barque, à travers ses ministres, même lorsque la mer était contraire et agitée et les ministres infidèles et pécheurs.

Et, comme j’ai osé vous le dire au début, il était nécessaire de vivre tout cela avec tranquillité, avec une paix intérieure également parce que le synode se déroule cum Petro et sub Petro, et la présence du Pape est une garantie pour tous.

Parlons un peu du Pape, à présent, en relation avec les évêques... Donc, la tâche du Pape est de garantir l’unité de l’Église ; elle est de rappeler aux pasteurs que leur premier devoir est de nourrir le troupeau — nourrir le troupeau — que le Seigneur leur a confié et chercher à accueillir — avec paternité et miséricorde et sans fausses craintes — les brebis égarées. Je me suis trompé ici. J’ai dit accueillir : aller les chercher.

Sa tâche est de rappeler à tous que l’autorité dans l’Eglise est service (cf. Mc 9, 33-35) comme l’a expliqué avec clarté le Pape Benoît XVI, avec des mots que je cite textuellement : « L’Église est appelée et s’engage à exercer ce type d’autorité qui est service, et elle l’exerce non à son propre titre, mais au nom de Jésus Christ... À travers les pasteurs de l’Église, en effet, le Christ paît son troupeau : c’est Lui qui le guide, le protège, le corrige, parce qu’il l’aime profondément. Mais le Seigneur Jésus, Pasteur suprême de nos âmes, a voulu que le collège apostolique, aujourd’hui les évêques, en communion avec le Successeur de Pierre... participent à sa mission de prendre soin du Peuple de Dieu, d’être des éducateurs dans la foi, en orientant, en animant et en soutenant la communauté chrétienne, ou comme le dit le Concile, en veillant “à ce que chaque chrétien parvienne, dans le Saint-Esprit, à l’épanouissement de sa vocation personnelle selon l’Evangile, à une charité sincère et active et à la liberté par laquelle le Christ nous a libérés” (Presbyterorum Ordinis, n. 6)... c’est par notre intermédiaire — continue le Pape Benoît — que le Seigneur atteint les âmes, les instruit, les protège, les guide. Saint Augustin, dans son Commentaire à l’Evangile de saint Jean dit: “Que paître le troupeau du Seigneur soit donc un engagement d’amour” (123, 5) ; telle est la règle de conduite suprême des ministres de Dieu, un amour inconditionnel, comme celui du Bon Pasteur, empli de joie, ouvert à tous, attentif au prochain et plein d’attention pour ceux qui sont loin (cf. Saint Augustin, Discours 340, 1 ; Discours 46, 15), délicat envers les plus faibles, les petits, les simples, les pécheurs, pour manifester l’infinie miséricorde de Dieu avec les paroles rassurantes de l’espérance (cf. ibid., Lettre 95, 1) » (Benoît XVI, Audience générale, mercredi 26 mai 2010).

Donc l’Église est du Christ — elle est son Épouse — et tous les évêques, en communion avec le Successeur de Pierre, ont la tâche et le devoir de la protéger et la servir, non pas en maîtres mais en serviteurs. Le Pape, dans ce contexte, n’est pas le seigneur suprême mais plutôt le suprême serviteur — le « servus servorum Dei » ; le garant de l’obéissance et de la conformité de l’Église à la volonté de Dieu, à l’Évangile du Christ et à la Tradition de l’Église, en mettant de côté tout arbitraire personnel, tout en étant — par la volonté du Christ lui-même — le « Pasteur et Docteur suprême de tous les fidèles » (Can. 749) et bien que possédant « dans l’Église le  pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel » (cf. Cann. 331-334).

[…]

Que le Seigneur nous accompagne, nous guide sur ce parcours à la gloire de Son nom avec l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie et de saint Joseph ! Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi !

 

 

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Date de dernière mise à jour : 2016-08-25