Pko 18.12.2016

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°67/2016

Dimanche 18 décembre 2016 – 4ème du Temps de l’Avent – Année A

Humeurs…

R.P. Jean-Pierre COTTANCEAU, ss.cc., nouvel Archevêque de Papeete

Le 18 octobre 2005, Mgr Hubert présentait sa démission de la charge épiscopale pour limite d’âge. C’est donc depuis un peu plus de 16 ans que l’Archidiocèse de Papeete attendait son successeur.

Jeudi 15 décembre, le Pape a nommer le Père Jean-Pierre COTTANCEAU, ss.cc. Archevêque de l’Archidiocèse de Papeete.

Que Dieu bénisse notre nouvel archevêque

Mgr cottanceau

Nomination de l'archevêque de Papeete à Tahiti(Polynésie française)

Le Pape François a nommé archevêque de Papeete à Tahiti (Polynésie française) le R.P. Jean-Pierre Cottanceau, ss.cc., actuellement Administrateur apostolique de la même circonscription ecclésiastique.

R.P. Jean-Pierre Cottanceau, ss.cc., est né le 14 Janvier 1953, à Ussel, dans le diocèse de Tulle, en France. Après l'école primaire à Capdenac dans l'Aveyron, il a fréquenté l'école secondaire au Petit Séminaire de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie (Picpus), Villefranche de Rouergue. En 1970, il est entré au noviciat et a été envoyé à Strasbourg pour la formation théologique. Après avoir fait ses vœux perpétuels le 16 Avril 1979, il a été ordonné prêtre le 10 mai 1980.

Après son ordination, il a occupé les postes suivants : 1979-1981 : service pastoral dans la paroisse de Saint-Gabriel, Paris ; 1982 : Il a obtenu un doctorat en théologie biblique à l'Université de Strasbourg ; 1981-1985 : Aumônier collège Hélène Boucher et Maurice Ravel à Paris ; 1985-1986 : études supérieures à l'École française de Jérusalem (École Biblique et Archéologique Française) ; 1986-1988 : Directeur du Petit Séminaire de Graves ; 1988-1994 : Directeur provincial de la région du Sud (Picpus) pour deux mandats ; 1998-2000 : envoyé à Papeete, nommé Supérieur de Picpus (ss.cc.) Pirae ; Responsable de la formation initiale ; Professeur d'Écriture Sainte au Grand Séminaire de Papeete ; animateur de cours théologiques pour les laïcs et aumônier de l'Université ; 2000-2010 : Curé de la paroisse du Sacré-Cœur, Arue (Papeete) ; 2010-2015 : Formateur des séminaristes au Centre de Formation Prénoviciat Damian, Quezon City, Manille, Philippines ; 2015 : Administrateur apostolique de Papeete.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Chronique de la roue qui tourne

L’Amour

« Lorsque le bonheur de quelqu’un d’autre représente votre bonheur, alors c’est de l’amour ! » Lana Del Rey

Qu’est-ce qui nous arrache du néant sinon l’amour ? L’amour Divin ou l’amour charnel ? Chacun aura sa propre réponse. Mais, l’amour est l’inconditionnel à chaque vie. Plus qu’une étincelle du début, il est l’élément permanent et essentiel à la vie comme un fil conducteur. Tirés du néant par l’amour, nous sommes appelés à devenir – à notre tour – « amour créateur ». Oui, l’amour en héritage n’est pas qu’une folle idée poétique mais une réalité. Pour exister, nous devons aimer. Que Descartes me pardonne de donner une autre logique à sa célèbre citation. Mais « j’aime donc je suis » est une vérité également.

Raccourci facile à première vue si pourtant. L’amour et l’existence n’ont-ils pas tous deux la même exigence : l’autre ? Si je peux penser tout seul, je ne peux aimer esseulé – Narcisse a bien essayé, il en est mort. Si je peux penser tout seul, je ne peux exister esseulé. Aimer me donnerait la preuve d’exister. Et mieux, aimer donnerait à l’autre son existence. Pour que je sois, il me faut permettre à l’autre d’être. La vie dans toute sa beauté ! L’humanité dans toute sa logique.

Mais attention, si nous parlons d’un « amour créateur », alors nous devons être vigilants à ne pas tomber dans le piège de « l’amour échange ». Cette logique qui voudrait que je n’aime que celui qui m’aime. Cette logique qui voudrait que je n’aime que celui qui m’apporte ou me rapporte. Il est évident que, dans ces circonstances, l’amour perd tout son sens et de même fait toute sa puissance. Il devient fade. Aimer sans attente, aimer sans condition, aimer sans préjugé, aimer sans pouvoir y changer quelque chose, aimer sans rien imposer.

Aimer, une décision qui se prend loin des calculs de la raison.

Aimer, un élan du cœur bien au-delà d’un désir égocentrisme.

Aimer, un équilibre abstrait pour une réalité déterminante.

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

« LA NOUVELLE VIENT DE TOMBER ! »

MONSEIGNEUR JEAN PIERRE COTTANCEAU, Nouvel Archevêque de PAPEETE

En marge de l’actualité du jeudi 15 décembre 2016

La nouvelle vient de tomber ce Jeudi 15 Décembre : après plusieurs années sans évêque en charge, exactement depuis le 31 Mars 2011, notre diocèse a de nouveau un pasteur. Le Saint Père vient en effet de me nommer Archevêque de Papeete. Il me tenait à cœur de vous partager cette bonne nouvelle, car c’est pour vous, pour l’Église et pour tous les habitants du Fenua que j’ai accepté cette mission, cette responsabilité. Les premiers mots qui me vinrent à l’esprit en apprenant cette nomination furent ceux de Marie dans le Magnificat : « Le Seigneur fit pour moi des merveilles… Il s’est penché sur son humble servante ! »

Peut-être allez-vous vous poser cette question : « Qu’est-ce que cela va changer ? » Il ne s’agit plus simplement d’administrer le diocèse, mais de le guider. Plus encore, par l’ordination épiscopale qui lui est conférée, le nouvel évêque devient successeur des apôtres, il reçoit la mission que le Christ a confiée aux Douze. Il est intégré dans le collège des successeurs des Apôtres à qui le Seigneur a confié l’Église pour le salut du monde. Certes, l’évêque guide son diocèse, mais plus encore, il est avec tous les autres évêques en communion avec le Pape, en charge de toute l’Eglise universelle.

L’évêque n’est pas élu au suffrage universel par les fidèles du diocèse comme le sont certains responsables politiques du pays. Il est choisi par celui qui a reçu la charge de succéder à l’apôtre Pierre. Ainsi nous est signifié que les ministres en charge de l’Église sont un don reçu du Seigneur. L’Église ne travaille pas pour elle-même, elle ne doit à aucun moment se refermer sur elle, sa mission ne lui appartient pas, mais sans cesse, elle reçoit cette mission de l’initiative du Christ pour l’assumer, la réaliser dans l’Esprit, à cause de l’amour du Père. Ce qui fonde l’autorité de l’évêque ne doit rien à sa valeur personnelle, ni à son savoir-faire, ni même aux dons spirituels qui donnent force à ses interventions, mais elle le doit au titre du sacrement de l’ordre et de la mission qui lui a été confiée. En recevant le sacrement de l’Ordre épiscopal, le nouvel évêque est consacré à Dieu d’une manière nouvelle, mis à part pour être l’instrument vivant du Christ. C’est dans et par l’ordination que l’évêque trouve le fondement de son agir, et non parce que c’est sa profession, ou son métier. Le Christ n’a pas laissé à son Église des choses à faire ! Il a donné à l’Église des ministres. Ainsi, l’évêque n’est pas l’exécutant de quelques taches qu’on pourrait lui confier, selon les circonstances. Il est celui que le Christ a saisi pour « être avec lui dans sa mission ».

Alors, rendons grâces à Dieu qui s’est souvenu de son Église présente dans les îles du Pacifique et qui lui donne un nouveau pasteur. Priez pour moi afin que je reste fidèle au carnet de route que je m’étais fixé il y a plus d’un an, rester « serviteur de Dieu, de l’Église et des Hommes », et « redonner courage, ranimer la Foi dans les cœurs qui faiblissent, susciter et réveiller les énergies qui dorment au fond de chacun, renforcer l’unité entre tous et faire en sorte que notre Église ne s’enferme pas dans les sacristies et reste ouverte aux appels des plus pauvres et de tous ceux qui souffrent ! »

+ R.P. Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2016

La parole aux sans paroles – 62

Portrait d’une sœur de la nuit - Kelly

« Les insultes aussi quand on s’expose au bord de la route. On nous jette des noms, on nous jette notre identité ou des propos vulgaires. L’idiote dans l’histoire, c’est moi. Je viens au bord de la route m’exposer. Du coup, c’est à moi à assumer. » Aujourd’hui, le témoignage de Kelly nous fait découvrir toute la violence que nos amies du soir subissent… une violence gratuite.

Où as-tu grandi ?

« J’ai grandi sur trois communes. Toute petite, je vivais à Papara. Pendant l’adolescence, j’étais sur Pirae. Après, je suis venue à Papeete. Aujourd’hui encore, j’habite sur Papeete. »

Tu as grandi avec tes parents ?

« Non, avec mes grands-parents. »

Et tes parents ?

« Non, je n’ai pas grandi avec eux. Ils ne pouvaient pas me garder par manque d’argent. Il faut dire aussi que je suis l’aînée. Du coup, ils m’ont donnée à mes grands-parents. »

Vers quel âge tu t’es sentie femme ?

« Vers 5 ans… 4 ans. Je me rappelle qu’un jour mes grands-parents étaient descendus sur Papeete faire des courses, j’étais seule à la maison, je faisais le ménage quand je suis tombée sur la robe de mariée de ma grand-mère. Je l’ai mise. Après j’ai vu le rouge-à-lèvres de ma tatie. J’ai mis. (Rires) Je suis restée comme ça un bon moment. Et, en plus, j’ai taché la robe parce que je suis allée balayer le garage avec. Un autre jour, j’ai même dit à mon grand-père que je n’aimais pas les coupes "garçon", les tricots et tout ça. »

Comment ont-ils réagi ?

« Ils ont bien pris. Mais, mes parents, non, surtout mon père. Mais comme je n’ai pas grandi avec eux, ils n’avaient aucune autorité sur moi. »

Et à l’école, ça se passait comment ?

« J’ai arrêté l’école en seconde à cause des mauvaises fréquentations. J’avais choisi de faire un CAP esthétique et, j’sais pas pourquoi, j’ai lâché. Mais là, j’ai envie de reprendre mes études. Et j’aimerais faire une capacité en droit sur 2 ans. Comme ça, j’aurais le niveau BAC et je pourrais poursuivre si je veux. »

À l’école, étais-tu habillée en fille ?

« À partir du lycée, oui. Comme au collège, j’étais dans un établissement adventiste. Là, j’ai perdu tous mes amis, ils sont tous allés à Pomare. Mais, Pomare était trop loin pour moi, donc je suis allée à Tiarama. Là, je pouvais récupérer mon petit frère et ma petite sœur pour rentrer. Et, là-bas, quand j’ai demandé si je pouvais m’habiller en fille, le directeur a refusé. Il m’a dit d’attendre le lycée. Donc j’ai attendu. Mais à la maison, je mettais un pareu. »

Comment es-tu arrivée dans le milieu de la prostitution ?

« En sortant dans les bars avec mes copines ! On allait au Piano Bar et on a connu des filles qui se prostituaient. On a commencé à les suivre. Ça s’est fait comme ça ! Jamais je n’aurais pensé qu’un jour j’allais monter dans une voiture. »

À quel âge as-tu commencé ?

« A 17 ans. »

Le plus dur ?

« C’est de veiller toute la nuit et de dormir le jour. On vit en décalage, tu vois ! Les insultes aussi quand on s’expose au bord de la route. On nous jette des noms, on nous jette notre identité ou des propos vulgaires. L’idiote dans l’histoire, c’est moi. Je viens au bord de la route m’exposer. Du coup, c’est à moi à assumer. »

Ton premier « client », tu t’en rappelles ?

« C’était un papi chinois, très gentil ! »

Comment « apprend-on » le métier ?

« Avec les copines. »

Tes clients sont plutôt des occasionnels ou des réguliers ?

« Les deux, pour ma survie. En ce moment, j’accepte tout le monde. »

Où allez-vous ?

« Dans un coin, par là. Mais, si c’est un client que je connais bien, on va à mon appartement. Mais, maintenant, je fais attention car il y a un client, un jeune, qui m’a volée, il m’a payée mais m’a volée mon appareil de musique, il m’a volée du linge, des hauts… sûrement pour sa copine. Alors maintenant je suis prudente. Sinon, certains clients m’amènent à l’hôtel. Mais, même à l’hôtel, on me fait des sales coups. Ah, parce qu’ils ont payé la chambre, ils ne me payent pas alors. »

Donc, tu as déjà eu des problèmes ?

« Oui, je me suis déjà faite séquestrée et larguée en montagne. Je me rappelle, mon client avait à boire et de la drogue. Il m’a dit qu’il avait des sous, je suis montée dans sa voiture. On est parti au Belvédère boire un coup après il m’a amenée sur les hauteurs de Mahina, pas loin d’Orofara. Et ce con-là m’a plaquée en haut. Et il m’a volée. Quand je suis descendue à pied, une mamie m’a ramassée, elle allait à Arue. Et, finalement, elle m’a ramenée jusqu’en ville. En plus, je n’avais pas de sous pour payer son essence, c’était carrément gentil de sa part. Je suis rentrée me baigner car j’avais du sang au visage, il m’avait blessée. J’ai encore la cicatrise. Heureusement, il n’a pas réussi à me rosser parce que j’ai couru. »

Mais peut-on garder un bon souvenir de certains clients ?

« Oui, il y a de bonnes expériences, j’ai des clients qui sont devenus de vrais amis ! Ceux-là me conseillent beaucoup, j’aime bien. Jamais ils ne m’ont fait de mal. »

Et, entre nous, si un client arrive et il est moche, pas du tout attirant, ni charmant, rien. Que fais-tu ?

« Ça dépend. Si je le connais bien, j’irai quand même… même si il pue ou il est saoul. Mais si je ne connais pas, je refuse. Ceux que je connais acceptent mes conditions, comme le préservatif et tout. »

Et, si demain tu trouves un CDI bien payé, vas-tu arrêter la prostitution ?

« Sur le coup, oui. Un grand oui, c’est sûr… »

Mais…

« Ça dépendra de ce que j’ai comme poste, ça dépendra des conditions de travail. Si tout est bon, ce sera avec un grand oui ! »

As-tu quelqu’un dans ta vie ?

« Non, je suis célibataire… avec un grand C ! (Rires) »

Comment tu vois ta vie dans 20 ans ?

« Ben, si je me contente de ma vie actuelle, je vois mal ma vie dans 20 ans ! Mais, si, comme je te l’ai dit, je reprends mes études, j’y verrais mieux ! (Rires) Et j’ai une copine prête à m’aider pour les démarches d’inscription. »

Un dernier message ?

« Je demanderais aux parents de bien éduquer leurs enfants. Faites très attention à eux pour leur avenir et leur réussite ! »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

Dieu visite son peuple pour lui apporter la paix

Audience générale du mercredi 14 décembre 2016

« La plus grande joie de Noël » est « la paix intérieure » intimement liée à la conviction que le Seigneur efface les péchés. C’est un message d’espérance que le Pape François a transmis ce mercredi matin lors de l’audience générale qui s’est tenue salle Paul VI au Vatican. En ce temps de l’Avent, le Saint-Père dans sa catéchèse, a commenté un passage du livre d’Isaïe soulignant que le prophète nous aide à nous ouvrir à l’espérance du salut.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous approchons de Noël et le prophète Isaïe, une fois encore, nous aide à nous ouvrir à l’espérance en accueillant la Bonne Nouvelle de la venue du salut.

Le chapitre 52 d’Isaïe commence par l’invitation adressée à Jérusalem pour qu’elle se réveille, se secoue de la poussière et des chaines qu’elle porte et revête ses plus beaux vêtements parce que le Seigneur est venu libérer son peuple (vv.1-3). Et il ajoute : « Mon peuple saura quel est mon nom. Oui, ce jour-là, il saura que c’est moi-même qui dis : “Me voici !” » (v. 6).

À ce « me voici » prononcé par Dieu, qui résume toute sa volonté de salut et de proximité avec nous, répond le chant de joie de Jérusalem, selon l’invitation du prophète. C’est un moment historique très important. C’est la fin de l’exil à Babylone, c’est la possibilité pour Israël de retrouver Dieu et, dans la foi, de se retrouver lui-même. Le Seigneur se fait proche et le « petit reste », c’est-à-dire le petit peuple qui est resté après l’exil et qui, en exil, a résisté dans la foi, qui traversé la crise et a continué à croire et à espérer même au cœur de l’obscurité, ce « petit reste » pourra voir les merveilles de Dieu.

À ce point-là, le prophète insère un chant d’exultation : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : “Il règne, ton Dieu !” […] Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu. » (Is 52,7.9-10).

Ces paroles d’Isaïe, sur lesquelles nous voulons nous arrêter un peu, font référence au miracle de la paix, et le font d’une manière très particulière, posant le regard non sur le messager mais sur ses pieds qui courent vite : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager… ».

On dirait l’époux du Cantique des Cantiques qui court derrière sa bienaimée : « C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines » (Ct 2,8). De la même manière, le messager de paix aussi court, portant la joyeuse nouvelle de la libération, du salut, et proclamant que Dieu règne.

Dieu n’a pas abandonné son peuple et ne s’est pas laissé vaincre par le mal, parce qu’il est fidèle et que sa grâce est plus grande que le péché. Nous devons apprendre cela parce que nous sommes têtus et que nous ne l’apprenons pas. Mais je poserai la question : qui est le plus grand, Dieu ou le péché ? Dieu ! Et qui est vainqueur à la fin ? Dieu ou le péché ? Dieu ! Est-il capable de vaincre le péché le plus gros, le plus honteux, le plus terrible, le pire des péchés ? Avec quelle arme Dieu est-il vainqueur du péché ? Avec l’amour ! Cela veut dire que « Dieu règne » ; ce sont celles-ci, les paroles de la foi en un Seigneur dont la puissance se penche sur l’humanité, s’abaisse, pour offrir la miséricorde et libérer l’homme de ce qui défigure en lui la belle image de Dieu, parce que quand nous sommes dans le péché, l’image de Dieu est défigurée. Et l’accomplissement de tant d’amour sera précisément le Royaume instauré par Jésus, ce Royaume de pardon et de paix que nous célébrons à Noël et qui se réalise définitivement à Pâques. Et la plus belle joie de Noël est cette joie intérieure de paix : le Seigneur a effacé mes péchés, le Seigneur m’a pardonné, le Seigneur a eu miséricorde de moi, il est venu me sauver. Voilà la joie de Noël !

Ce sont là, frères et sœurs, les motifs de notre espérance. Quand tout semble fini, quand, face à tant de réalités négatives, la foi peine et la tentation vient de dire que rien n’a plus de sens, voilà au contraire la bonne nouvelle apportée par ces pas rapides : Dieu vient réaliser quelque chose de nouveau, instaurer un règne de paix ; Dieu a « déployé son bras » et il vient porter liberté et consolation. Le mal ne triomphera pas pour toujours, il y a une fin à la douleur. Le désespoir est vaincu parce que Dieu est parmi nous.

Et nous aussi, nous sommes sollicités à nous réveiller un peu, comme Jérusalem, selon l’invitation que lui adresse le prophète ; nous sommes appelés à devenir des hommes et des femmes d’espérance, collaborant à la venue de ce Règne fait de lumière et destiné à tous, hommes et femmes d’espérance. Comme c’est triste quand nous trouvons un chrétien qui a perdu l’espérance ! « Mais moi, je n’espère rien, tout est fini pour moi » : c’est ce que dit le chrétien qui n’est pas capable de regarder les horizons d’espérance et devant son cœur, il n’y a qu’un mur. Mais Dieu détruit ces murs par le pardon ! Et nous devons prier pour cela, pour que Dieu nous donne tous les jours l’espérance et qu’il la donne à tout le monde, cette espérance qui nait quand nous voyons Dieu dans la crèche à Bethléem. Le message de la Bonne Nouvelle qui nous est confié est urgent, nous devons nous aussi courir comme le messager sur les montagnes, parce que le monde ne peut pas attendre, l’humanité a faim et soif de justice, de vérité, de paix.

Et en voyant le petit enfant de Bethléem, les petits du monde sauront que la promesse s’est accomplie, que le message s’est réalisé. Dans un enfant à peine né, qui a besoin de tout, enveloppé de langes et déposé dans une mangeoire, c’est toute la puissance du Dieu qui sauve qui est renfermée. Noël est un jour pour ouvrir notre cœur : il faut ouvrir son cœur à tant de petitesse qui est là, dans ce petit enfant, et à tant de merveille. C’est la merveille de Noël à laquelle nous nous préparons, dans l’espérance, en ce temps de l’Avent. C’est la surprise d’un Dieu petit enfant, d’un Dieu pauvre, d’un Dieu faible, d’un Dieu qui abandonne sa grandeur pour se faire proche de chacun de nous.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

« La miséricorde ne peut se comprendre sans référence à la justice »

Message de Gustavo Guttierez à l’assemblée mondiale de Paxa Romana – 7 novembre 2016

Le 7 novembre 2016, le site de la Mission universelle a publié le message que le P. Gustavo Gutiérrez a adressé à l’Assemblée mondiale de Pax Romana (Mouvement international des intellectuels catholiques), assemblée qui s’est tenue à Barcelone du 28 octobre au 1er novembre. En cette fin d’Année jubilaire de la miséricorde, le théologien de la libération y médite sur le lien essentiel entre miséricorde et justice. Partant de l’article n°20 de la Bulle Misericordiae vultus dans lequel le pape François précise qu’il s’agit « de deux dimensions d’une unique réalité », le P. Gutiérrez souligne que la miséricorde implique l’amour et « exprime dans l’Écriture la tonalité fondamentale de l’amour de Dieu : la gratuité ». Concernant la justice, il rappelle que c’est « un terme très présent dans la Bible, et dans les deux Testaments ». La Bible nous parle d’une justice imprégnée d’amour, explique-t-il, « qui va au-delà de la justice contractuelle et de ses exigences formelles, une justice qui élargit les horizons, qui ne s’arrête pas aux mérites et aux devoirs… ». Pour le théologien, « beaucoup estiment que nous sommes entrés dans une période postmoderne, postindustrielle, post-capitaliste, postsocialiste (…) » Malheureusement, ajoute-t-il, nous ne pouvons toujours pas dire « que nous vivons un moment de post-pauvreté ». Tout au contraire.

Cette année, le pape François nous a proposé de méditer sur un sujet majeur : la miséricorde. Méditer oui, mais avant tout renouveler – et peut-être retrouver – en tant que communauté ecclésiale et que personnes, notre pratique de la miséricorde au milieu des défis d’un monde toujours plus diversifié et indifférent à la souffrance d’autrui.

François nous le rappelle : « la miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église » (Bulle Misericordiae vultusqui instaure l’année jubilaire de la miséricorde n°10). Ce n’est pas peu dire, nous sommes au cœur même du message de Jésus : Dieu est amour ; le pape va droit aux sources, à la fraîcheur de l’Évangile, avec courage et créativité, dans une quête qui renouvelle le visage de l’Église.

Ayons d’abord présent à l’esprit que le terme miséricorde se compose de deux mots : miseri (le miséreux, le pauvre) et cordia (cœur). Avoir de la miséricorde, c’est avoir le cœur dans le pauvre, l’exclu, celui qui ne compte pas. Mais comment aborder le monde du pauvre sans que la justice soit présente ? La miséricorde ne peut se comprendre sans référence à la justice.

Je me propose donc de commenter brièvement une phrase de la Bulle de l’année jubilaire : « Dans ce contexte, il n’est pas inutile de rappeler le rapport entre justice et miséricorde. Il ne s’agit pas de deux aspects contradictoires, mais de deux dimensions d’une unique réalité qui se développe progressivement jusqu’à atteindre son sommet dans la plénitude de l’amour » (Bulle n°20). Ce qui nous conduit à approfondir ces deux dimensions.

Miséricorde implique l’amour et exprime dans l’Écriture la tonalité fondamentale de l’amour de Dieu : la gratuité. Dans sa première lettre, Jean affirme : « Dieu lui-même nous a aimés le premier » (1Jn 4,19), il prend l’initiative et Jean rapporte dans son Évangile une parole de Jésus : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34).

Un amour qui ne dépend pas de nos mérites, nous ne sommes pas aimés parce que nous sommes bons, ce n’est pas la seule raison ni même la première, nous sommes aimés parce que nous sommes, parce que nous existons ; cela suffit. C’est la raison pour laquelle nous devons, selon les Évangiles, « donner gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement » (Mt 10,8). C’est dans l’amour de Dieu que réside la source de la gratuité envers le prochain. Nous la trouvons dans l’attitude du samaritain de la parabole de Luc, quand il s’approche du blessé inconnu et l’aide. S’agissait-il d’un compatriote, un Samaritain ? D’un Israélite membre d’un peuple qui détestait les Samaritains ? Cela n’a aucune importance. Pour Jésus, le prochain n’est pas celui que nous rencontrons sur notre chemin, mais celui dont nous empruntons le chemin, que nous accompagnons, faisant ainsi de lui notre prochain, quelqu’un qui compte pour nous. De fait, au sens strict nous n’avons pas de prochains, nous devons nous en faire tout au long de notre vie en nous approchant des autres. Freud disait qu’aimer gratuitement « est illusion, et va à l’encontre de l’inclinaison naturelle de l’être humain », c’est pour lui quelque chose qui n’a aucun sens et il considère que personne n’en est capable. C’est pourtant là que se joue la vérité de notre condition de disciples de Jésus. La gratuité de l’amour s’oppose radicalement à l’indifférence croissante devant les souffrances de tant de personnes, que le pape ne cesse de dénoncer.

Passons à la seconde dimension de ce que François appelle « une seule réalité » : la justice. En janvier 2016, il revient sur le sujet et affirme : « La miséricorde ne peut pas rester indifférente devant la souffrance des opprimés, au cri de ceux qui sont soumis à la violence, réduits en esclavage, condamnés à mort ». Les situations qu’il évoque – opprimé, violence, esclavage, condamnation à mort – sont des situations d’injustice et de maltraitance. La miséricorde ne se borne pas aux bons sentiments, elle va plus loin, elle refuse la maltraitance et l’abus, et la souffrance qui en découle. Ceci nous conduit à parler de la justice dont le pape disait qu’elle n’est pas en contradiction avec la miséricorde.

La justice est un terme très présent dans la Bible, et dans les deux Testaments. Dans le sermon sur la montagne de l’Évangile de Matthieu, on la trouve liée à l’annonce du royaume, qui est la raison de la présence de Jésus dans l’histoire humaine, en une phrase qui dit tout : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (6, 33). En effet, la justice, outre le fait qu’elle est un thème capital dans la vie commune en société, est centrale dans le message biblique, et est particulièrement mentionnée au sujet de la situation injuste du pauvre. Les livres bibliques évoquent fréquemment et avec force le thème de la justice.

Il est important de distinguer la justice de la légalité, et plus encore du légalisme. La légalité peut être juste ou injuste (Paul VI l’avait déjà dit dans Octogesima adveniens). La Bible nous parle d’une justice imprégnée d’amour, qui va au-delà de la justice contractuelle et de ses exigences formelles, une justice qui élargit les horizons, qui ne s’arrête pas aux mérites et aux devoirs, qui va à la racine même des droits de tous pour la simple raison qu’ils sont des personnes et qu’elle n’est donc pas étrangère à la gratuité de l’amour de Dieu auquel rien ni personne n’oppose ni conditions ni entraves. La parabole des ouvriers de la vigne, dans l’Évangile de Matthieu (20, 18), le dit très clairement.

Nous vivons dans un monde à l’individualisme croissant, fasciné par les changements que la technique offre à de grands secteurs de l’humanité. Ce n’est pas le lieu d’insister sur le fait que c’est aussi une étape historique qui a rendu possibles des avancées significatives dans différents domaines. Mais le fait est que l’on parle d’un temps nouveau, et que parfois, on regarde avec un certain rejet un passé proche dont je pense qu’il est toujours là, présent, et qu’il a beaucoup à nous apprendre. Beaucoup estiment que nous sommes entrés dans une période postmoderne, postindustrielle, post-capitaliste, postsocialiste, etc. (nos contemporains adorent être post !). Mais nous ne pouvons malheureusement toujours pas dire que nous vivons un moment de post-pauvreté, au contraire, il y a des signes que la pauvreté en tant que phénomène complexe (c’est ainsi que l’entend la Bible) et non réduite à sa dimension monétaire, empire du fait de l’indifférence de beaucoup.

Le message de la miséricorde, qui s’exprime aussi par la justice, est celui d’un amour gratuit et universel pour tout être humain (et pour toute la création) en commençant par les derniers et les « laissés pour compte ». Une phrase piquante de Simone Weil dit : « Ce n’est pas à la façon dont un homme parle de Dieu que je vois s’il croit en Dieu, mais dans la manière dont il me parle des choses terrestres ». C’est là que nous sommes, que nous vivons notre foi, que nous aimons, c’est là que nous luttons pour un monde meilleur.

© Urbi et orbi - 2016

Qui sont les coptes ?

Plus grande communauté chrétienne du Moyen-Orient, les coptes d’Égypte représentent près de 10 % de la population du pays. En dépit de gestes symboliques du président Al-Sissi en faveur des chrétiens, ces chrétiens restent discriminés et cibles d’attaques fréquentes, notamment dans les campagnes.

Quelles sont les origines de l’Église copte ?

Cette Église fut fondée selon la tradition en 43 par l’évangéliste saint Marc à Alexandrie, où il serait mort en martyr en l’an 68. L’Église d’Alexandrie, célèbre depuis les premiers temps du christianisme par la multitude de ses martyrs mais aussi pour la diffusion du monachisme, se sépare de l’Église byzantine, fidèle à l’empire, au moment du concile de Chalcédoine, en 451. L’Église copte est qualifiée d’orthodoxe car séparée de Rome, mais elle n’appartient pas pour autant à l’orthodoxie gréco-slave.

L’appellation « copte » – contraction arabe du mot grec aïguptios, « égyptien » – recouvre également une langue dont l’usage s’est perdu au profit de l’arabe, mais aussi une culture et une histoire collective qui se confondent avec celle de l’Égypte. Autrement dit, être copte, c’est avant tout être Égyptien.

Quel est le poids des coptes en Égypte ?

En l’absence de tout recensement, les spécialistes estiment que les coptes représentent entre 8 % et 15 % de la population du pays, sur un total de près de 90 millions d’habitants.

Très bien intégrés dans le tissu économique égyptien, ils sont toutefois sous-représentés dans les institutions et dans les instances de pouvoir. C’est le cas également des autres dénominations chrétiennes présentes en Égypte : arméniens, melkites mais aussi coptes catholiques. Représentant 250 000 fidèles, ces derniers n’en ont pas moins un rôle important dans les domaines de l’éducation et de la santé.

Comment leur statut a-t-il évolué au cours de l’histoire ?

Avec la conquête arabe, au VIIe siècle, les coptes vont peu à peu perdre de leur importance, jusqu’à devenir minoritaires à partir du XIVe. Leur poids va continuer de décliner dans les siècles suivants. Sous la période ottomane, ils deviennent des dhimmis (statut juridique inférieur) assujettis au calife en échange de sa protection. Ce n’est qu’au XXe siècle, dans l’entre-deux-guerres, sous le règne de Fouad Ier, qu’ils retrouvent une place non négligeable avec un nombre de députés (parti Wafd) proportionnellement supérieur à leur démographie. « C’est notamment l’occupation britannique qui va permettre à musulmans et chrétiens de se serrer les coudes », estime Christine Chaillot, spécialiste des coptes et auteur du livre « Les coptes d’Égypte ».

À partir des années 1950, le nationalisme nassérien et les gages concédés à l’islamisme conduisent au retrait progressif des coptes de la vie civile. « Un processus qui s’accentue sous la présidence d’Anouar el-Sadate (1970-1981), qui fit sortir des islamistes des prisons », rappelle Christine Chaillot.

C’est à cette époque qu’émigrent de nombreux coptes, qui constituent aujourd’hui dans le monde entier une importante diaspora. L’exil se poursuit depuis.

Quelle est leur situation actuelle ?

Il existe d’importantes disparités de situations entre habitants de la ville et de la campagne, les coptes des villages ruraux de Haute-Égypte, étant plus exposés aux risques de violences communautaires. Il n’en reste pas moins que tous sont concernés par la progression au Moyen-Orient des idées de Daech.

Avec l’éclatement des printemps arabes en 2011, les coptes ont été au cœur des convulsions de la société égyptienne. Le 1er janvier 2011, la communauté fut durement frappée par un attentat perpétré dans une église d’Alexandrie, causant plusieurs morts, dans un contexte d’intensifications des persécutions.

Participant aux manifestations de la place Tahrir, les coptes ont participé au mouvement pour chasser Hosni Moubarak, président dont l’autoritarisme avait pourtant rassuré pendant longtemps les chrétiens égyptiens. Leur engagement dans la révolution a été marqué par le massacre de Maspero, en octobre 2011, commis par les autorités égyptiennes pour réprimer une manifestation pacifique.

Après avoir réclamé un statut de citoyen à part entière dans la nouvelle Constitution, les coptes ont pris part à la mobilisation pour le départ du président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi en 2013, ce qui leur valut d’être pris pour cibles de violentes représailles au cours de l’été. Plusieurs églises furent notamment incendiées et des magasins de coptes vandalisés lors du coup d’État qui porta au pouvoir le général Abdel Fattah al-Sissi.

Si le nouveau président a tenu à rassurer les chrétiens, se rendant notamment aux messes importantes et faisant preuve d’autorité, il n’y a pas eu pour le moment d’évolution concernant la liberté religieuse et la citoyenneté. Les discriminations dans l’administration, l’armée ou l’université sont toujours d’actualité.

Marie Malzac

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Commentaire des lectures du dimanche

L’annonce faite à Joseph

 

Nous connaissons bien le récit de « l'annonce faite à Marie ». Il a inspiré d'innombrables tableaux, mosaïques, fresques, sculptures, vitraux. Plusieurs volumes ont été écrits sur l’Annonciation. Mais curieusement, « l'annonce faite à Joseph » est beaucoup moins connue.

Joseph est le chef de famille, silencieux et efficace, toujours prêt à l’action. Dans l’évangile d’aujourd’hui, ce n'est plus la tragique figure du Baptiste qui domine ce dernier dimanche avant Noël, mais la noble et paisible silhouette du charpentier de Nazareth. Joseph, homme de la nouvelle alliance, modèle de foi et de fidélité, est celui qui « accueille la Parole » et se met au service de Dieu et au service des autres.

Tout d’abord, Matthieu nous parle de la grande souffrance de Joseph. Son projet de famille est brisé lorsqu’il apprend que sa fiancée est enceinte. Tout son rêve semble s’effondrer. Il est facile de comprendre la douleur qui se cache derrière la sobriété du texte de l'évangile. À contre cœur, Joseph décide de renvoyer Marie. Cela signifie aussi qu’il renonce à être considéré comme le père de l'enfant. Mais Dieu lui demande de changer d'avis et de prendre Marie pour épouse. Dieu a besoin de lui et il lui confie une double responsabilité : prendre chez lui Marie et donner le nom à l'enfant, ce qui équivaut à en accepter la paternité. L'évangile ajoute : « Une fois réveillé, Joseph fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse » ».

Dans la page que nous lisons aujourd’hui, le nom de Joseph est prononcé quatre fois. Chef de famille, responsable du « petit groupe », il est au centre du récit. Nous remarquons, aussi, que dans ce texte où Joseph a tant d'importance, il ne dit pas un mot. Lui qui est à l'avant-scène, lui à qui s'adressent tous les messages du ciel, il ne parle pas... il agit.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Matthieu qualifie Joseph « d’homme juste » (Mt 1, 19). En langage biblique, le « juste » est la personne qui respecte Dieu, la personne pieuse et profondément religieuse qui veut faire la volonté de son Dieu.

L’ange annonce à Joseph que son fils sera appelé « Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu avec nous ». Matthieu commence son évangile avec ce « Dieu-avec-nous » et il le terminera de la même manière : « Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin de monde ». (Mt 28, 20)

L’enfant a été annoncé comme « l’enfant-sauveur » (le nom Jésus signifie Dieu sauve). Or voilà, paradoxe étonnant, qu'un pauvre homme et sa jeune épouse sont invités à sauver l'enfant-sauveur. Paradoxe divin : Dieu, par son incarnation, s'est remis entre nos mains. Il ne se défend pas lui-même. Il faut « sauver » Dieu !

Les enfants sont toujours vulnérables à la méchanceté des hommes. De nos jours, comme au temps de Jésus, on décide souvent qu’il est nécessaire de tuer des enfants afin d’assurer la sécurité nationale. Les bombes téléguidées, les mines explosives, les balles perdues sont indispensables à la protection du pays. Il y aura toujours des « dommages collatéraux ». C’est le prix à payer !

Dans les budgets d’État, les dépenses militaires ont toujours la priorité sur la nourriture, les soins médicaux et l’éducation des enfants. Les gouvernements s’engagent bien sûr à procurer tout cela une fois le territoire défendu et la paix assurée, ce qui repousse les bonnes intentions aux calendes grecques ! Lorsqu’il s’agit de choisir entre la sécurité nationale et la vie des enfants, les milliers « d’Innocents » sont toujours les perdants. C’est ce que nous rappelle chaque année la fête des saints Innocents, le 28 décembre.

Au cœur de ce monde de violence et de rejet, Dieu a ménagé à son Fils un havre d'accueil, une oasis de paix et d’amour : Marie et Joseph, sa petite famille.

« Joseph se leva. Dans la nuit, il prit l'enfant et sa mère et se retira en Égypte ». Partir en pleine nuit, partir dans la foi. Il faut sauver l'enfant. Ce jeune couple, ce ménage « sans feu ni lieu » partage le sort tragique de millions de réfugiés, d’expulsés qui fuient vers l'inconnu, chassés de leur maison par la guerre, la famine, le chômage, les dictateurs, les groupes ethniques dominants, les idéologies opprimantes. Enfants de l’Irak, de la Palestine, de l'Afghanistan, de la République du Congo du Tchad, d’Haïti...

Trop de famille, hélas, peuvent se reconnaître dans les reportages de guerres, de persécutions politiques, de racisme, de misère, de famine... Les enfants-soldats, les enfants-travailleurs, les enfants esclaves... famille mutilées, divisées, sans espoir, celles qui doivent abandonner leur terre natale pour s’expatrier, là où on abusera d’elles sans vergogne. Heureusement, il y a Joseph qui accepte d’être le père et le sauveur de ce « Dieu-avec-nous ».

Le nouveau cycle liturgique que nous avons commencé au début de l’Avent est celui de Matthieu. C'est à travers l'annonce faite à Joseph que nous découvrons que Dieu est toujours avec nous. Il nous accompagne sur tous nos chemins, chemins de joie ou de peine, d'amour ou de haine, d'attachement ou de rejet. Dieu ne nous abandonne jamais ni pendant ni après cette vie pleine d’embûches.

© Cursillo – 2016

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Date de dernière mise à jour : 2016-12-15