Pko 20.11.2016

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°62/2016

Dimanche 20 novembre 2016 – XXXIVème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Prière du Pape François pour le Jubilé de la Miséricorde

Seigneur Jésus-Christ,

toi qui nous a appris à être miséricordieux comme le Père céleste,

et nous as dit que te voir, c’est Le voir,

montre-nous ton visage, et nous serons sauvés.

Ton regard rempli d’amour a libéré Zachée et Matthieu

de l’esclavage de l’argent,

la femme adultère et Madeleine de la quête du bonheur

à travers les seules créatures ;

tu as fais pleurer Pierre après son reniement,

et promis le paradis au larron repenti.

Fais que chacun de nous écoute cette parole dite à la Samaritaine

comme s’adressant à nous :

Si tu savais le don de Dieu !

Tu es le visage visible du Père invisible,

du Dieu qui manifesta sa toute-puissance

par le pardon et la miséricorde :

fais que l’Eglise soit, dans le monde, ton visage visible, toi son Seigneur ressuscité dans la gloire.

Tu as voulu que tes serviteurs soient eux aussi

habillés de faiblesse

pour ressentir une vraie compassion

à l’égard de ceux qui sont dans l’ignorance et l’erreur :

fais que quiconque s’adresse à l’un d’eux

se sente attendu, aimé, et pardonné par Dieu.

Envoie ton Esprit et consacre-nous tous de son onction

pour que le Jubilé de la Miséricorde

soit une année de grâce du Seigneur,

et qu’avec un enthousiasme renouvelé,

ton Eglise annonce aux pauvres la bonne nouvelle

aux prisonniers et aux opprimés la liberté,

et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue.

Nous te le demandons par Marie, Mère de la Miséricorde,

à toi qui vis et règnes avec le Père et le Saint Esprit,

pour les siècles des siècles.
Amen.

Chronique de la roue qui tourne

La Foi

« La foi est une vision des choses qui ne se voient pas. » Jean Calvin

Ici, je ne parlerai pas uniquement de la foi chrétienne mais de la foi au sens large. Le terme vient du latin fides, « avoir confiance ». Pourtant, dès que le mot « foi » est prononcé, des preuves, des preuves scientifiques sont attendues. Or, les preuves ont la fâcheuse manie de tout transformer en savoir, en vérités générales. Là, terminé la liberté de croire ou non puisqu’il est prouvé qu’il ne peut être autrement. L’incertitude – scientifique – fait donc partie intégrante de la foi, c’est sa tragédie grecque !

La foi doit donc reposer sur la confiance de la parole donnée. Vous allez me rire au nez, que vaut une parole donnée ? Pas grand-chose, certes. Mais voulons-nous vraiment un monde où tout doit être prouvé et mesurable ? Imaginez les si doux mots : « Je t’aime ». Que deviendront-ils ? Quelles preuves scientifiques y apporter ?

Mais aujourd’hui, plus personne ne veut s’encombrer d’incertitudes, plus personne n’aime l’abstrait. Tout doit être avéré, on cherche à tout contrôler… la vie étant assez compliquée comme ça. Aujourd’hui, avoir foi n’est plus tendance. Mais, qu’est-ce que la foi ? Est-il encore « intéressant » d’avoir foi en quelque chose ? Et est-ce qu’une vie sans foi est de l’ordre du possible ?

Chacun pourra répondre personnellement. Permettez-moi juste d’en faire une petite esquisse.

Déjà, il est clair que la foi n’est pas le fruit d’un raisonnement. D’ailleurs, la foi ne cesse d’échapper et de défier la raison, le raisonnable. Mais, comme un pied de nez à la logique, elle échappe à la raison tout en sachant pourtant trouver une raison à tout.

Dans un monde qui redoute l’abstrait, la foi s’impose comme indéfinissable et insaisissable. Elle garde son mystère et nous demande juste de croire. En revanche, si elle est basée sur une parole donnée, elle se vit dans chaque expérience.

La foi, rien ne l’ébranle, même le doute n’arrive pas à la menacer.

La foi est une chose qui nous dépasse, tout en restant à notre portée. Et, tout en restant à notre portée, elle nous pousse à voir les choses du haut de sa hauteur.

Elle n’est jamais acquise totalement comme un bien quelconque, elle est plutôt comme un désir sans cesse renouvelé. Ce petit effort est nécessaire pour ne pas tomber dans une foi aveugle où les préceptes seraient suivis machinalement, sans prise de conscience. Or la foi ne peut jamais agir sans être en adéquation permanente avec notre conscience.

La foi donne plus de profondeur et de patience à l’amour.

La foi devient force dès qu’une faiblesse est avouée.

La foi est cette lueur qui nous fait avancer quand nous sommes égarés.

La foi est l’unique chose qui sait si bien nous préserver du désespoir et du découragement. Seule la foi réveille l’espérance.

La foi, si futile au premier abord, nous fait faire de l’extraordinaire à chaque fois que nous lui faisons confiance.

La foi, si dérisoire qu’elle puisse être, nous rend pourtant si grands.

André Frossard a dit : « Qu’est-ce que la foi ? Ce qui permet à l’intelligence de vivre au-dessus de ses moyens. » Voilà tout l’enjeu. Quelle réaction avoir devant l’imperceptible, devant l’incompréhensible, devant ce qui nous semble être que néant ? Et, surtout, comment accueillir une parole donnée ?

Tout réduire à notre échelle ou devenir plus grands et participer à quelque chose dépassant notre compréhension… même si le tout ne repose que sur une parole donnée ? Que deviendrions-nous sans la joie de l’espérance d’une parole donnée ?

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

Lourdes, assemblée des évêques

En marge de l’actualité du mercredi 16 novembre 2016

Du 4 au 9 novembre avait lieu à Lourdes l’assemblée des évêques de France métropolitaine. Comme chaque année étaient invités les évêques d’outre-mer comme observateurs : Nlle Calédonie, Papeete, Wallis et Futuna, Guadeloupe, Martinique, Guyane, St Pierre et Miquelon avaient répondu à l’invitation. N’avaient pu se rendre à Lourdes Mayotte, la Réunion et les Marquises. À cette assemblée participaient également le Nonce Apostolique pour la France, des représentants de divers pays (Islande représentant la conférence des évêques des pays Nordiques, Algérie représentant la conférence des évêques d’Afrique du Nord, Espagne, Italie, Allemagne, Royaume Uni, Croatie, Belgique, Pologne, Roumanie Hongrie et Irlande) et des représentants des Églises Orthodoxes, Anglicane et de la Fédération Protestante de France. Par la présence de tous ces représentants, l’Église de France entendait situer sa réflexion dans une perspective d’Église plus universelle et ouverte à l’œcuménisme. Par les thèmes abordés, l’Assemblée des évêques voulait également s’ouvrir aux réalités concrètes vécues par la société : ainsi fut abordée en cette période électorale la question du rapport entre religion et politique : crise de la société française, mutations, attentes de cette société et perspectives d’avenir. Un temps fut consacré à une réflexion sur les attentats, avec une intervention des évêques de Nice et de Rouen, et à la question du rapport avec les Musulmans avec une intervention du cardinal Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Fut évoquée la situation d’Haïti suite au cyclone qui a dévasté une partie du pays. Plus en lien avec la transmission de la Foi, la question des vocations sacerdotales donna lieu à un forum autour de 4 points : la place de l’évêque dans l’éveil aux vocations, les lieux d’éveil aux vocations, vocation et famille et quelle figure du prêtre est mise en avant dans l’éveil aux vocations. Furent abordées également la question de la place des laïcs en mission ecclésiale et dans la structure ministérielle de l’Église et la situation de la catéchèse, confrontée à une baisse du nombre d’enfants et à la question du rapport « Prêtre – Catéchiste ». Un temps fut consacré aux JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) de Varsovie et aux prochaines JMJ qui auront lieu à Panama. L’un des moments forts fut la journée du Lundi 7, journée marquée par un jeûne et un temps de prière de repentance pour les scandales de pédophilie et d’abus sexuels qui ont eu lieu dans l’Église. Ce fut l’occasion de redire les moyens déployés par l’Église de France pour lutter contre ce fléau : priorité à l’écoute des victimes, accompagnement, meilleure collaboration avec la justice, ouverture de cellules d’écoute et d’un site internet « lutter contre la pédophilie », mise en place d’une cellule permanente de lutte contre la pédophilie regroupant évêques, religieux, psychologues, criminologues et experts juridiques. Un temps fut consacré à l’exhortation apostolique « Amoris lætitia » (« La joie de l’Amour ») et à ses implications pastorales, avec le témoignage de quelques diocèses.

Cette liste n’est pas exhaustive mais permet de nous faire une idée des situations et des questions qui agitent l’Église en métropole. Elle manifeste la vitalité et l’ouverture que chaque Église locale doit avoir pour répondre aux défis de nos sociétés. Puisse notre Église diocésaine, nos communautés y trouver les pistes de réflexion et le souffle qui aideront à poursuivre notre route pour l’annonce de l’Évangile et le service de tous.

+ R.P. Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2016

La parole aux sans paroles – 59

Portrait d’une sœur de la nuit- Fara (1)

Jean-Marie Poirier disait : « C’est souvent l’évidence qui exige le plus de démonstrations. » Une absurdité, me direz-vous. Pourtant, le témoignage touchant de Fara en est l’exemple même. Le regard et la désapprobation des autres fut une source de souffrances pour cette enfant qui agissait en toute innocence. Avec le temps et une détermination infaillible, elle a fait des recherches et s’est documentée pour montrer et démontrer ce qui était inné et naturel pour elle. Elle s’est battue pour se faire opérer. Elle a affronté mille et une épreuves pour que une évidence personnelle devienne vérité aux yeux de la société. Une grande leçon de courage et de persévérance !

Dis-moi, Fara, pourquoi ce prénom ?

« Alors, une amie me l’a proposé. Et, j’ai une de mes meilleures amies du collège qui s’appelle Fara. Donc, je l’ai gardé ! »

D’où viens-tu ?

« De Punaauia. »

Tu as grandi avec tes parents ?

« Oui mais ils se sont séparés quand j’avais 6 ans. J’ai grandi avec mon père jusqu’à l’âge de 12 ans. »

Comment as-tu vécu cette séparation ?

« C’était déjà très difficile entre mes parents en fait. Quand j’étais petite, ils se disputaient beaucoup. Aujourd’hui encore, je m’en rappelle ! »

Ça t’a marqué ?

« Oui, ça m’a beaucoup marqué. »

Donc, finalement, cette séparation était presque un soulagement ?

« Oui, quelque part, c’était un soulagement parce qu’après 12 ans je suis partie vivre avec ma mère. »

De 6 à 12 ans avec ton père, c’était comment ?

« Ça s’est bien passé mais mon père est un homme très strict. Et, ça ne convenait pas tellement avec l’insouciance de l’enfant que j’étais. »

Et avec ta mère ?

« Ma mère est complètement à l’opposé. Elle est trop laxiste. Et du coup, j’étais un peu livrée à moi-même. Donc entre mon père qui était trop sévère et ma mère trop gentille, il n’y avait pas de juste milieu. »

Comment as-tu fait pour te construire entre ces deux extrêmes ?

« Je ne sais pas. Et c’est même bizarre parce qu’aujourd’hui, j’ai 33 ans, je me rends compte que j’ai beaucoup de traits de mes deux parents en fait. Je suis un mélange des deux. Je suis à la fois très sévère avec moi-même dans mes objectifs de vie et, à la fois, j’ai cette douceur que je communique aux autres, la même douceur que ma mère nous a appris. Mais je suis quand même assez partagée par tout ça. »

Vers quel âge tu t’es sentie réellement femme ?

« Depuis mes premiers souvenirs, depuis que j’ai ouvert les yeux. Pour moi, j’ai toujours été femme. »

Et comment vit-on cela ?

« Personnellement, je ne me sentais pas mal dans ma peau. Quand on est enfant, on ne pense pas, on ne voit pas ces différences, comment dire, sexuelles. On ne pense pas à ces différences de sexes à proprement parler. Avec le temps, quand on commence à comprendre à quoi ça sert etc…, c’est à ce moment-là qu’on se rend compte de ces différences. Mais, ce qui m’a le plus choquée, ce qui m’a le plus marqué quand j’étais petite, c’était le regard des autres. Le regard des autres et l’entourage qui me faisait comprendre que je ne devais pas jouer avec d’autres filles. C’était plus cela qui m’a beaucoup fait souffrir ! Ce mal-être, c’est les autres qui nous le communique. Ce n’est pas nous. Nous, on agit avec innocence, on ne voit pas le mal. Le mal, ce sont les autres qui nous l‘apprennent. Et ils pensent qu’ils ont la bonne parole. Aujourd’hui, j’ai 33 ans, je me rends compte qu’ils avaient tort. Qu’ils avaient tort et que c’est dangereux d’influencer et de formater le cerveau d’un petit enfant qui, lui, est naturel dans ses agissements. »

Justement, comment as-tu réussi à t’imposer en tant que femme ?

« Ça a été un dur cheminement. Tu peux poser cette question à plusieurs filles, tu n’auras jamais la même réponse car tout cela dépend de l’expérience de la vie mais aussi des recherches sur le sujet. Moi, j’ai commencé à fréquenter ce milieu-là, j’ai commencé à me forger dans ce milieu-là avec les expériences que je vivais. Petit-à-petit, je suis arrivée dans d’autres univers, dans d’autres milieux, dans d’autres paysages, je suis partie en France, j’ai repris mes études, je suis partie en Chine, j’ai côtoyé d’autres personnes, je me suis informée sur le sujet. Tu me demandais comment je me suis forgée en tant que femme par rapport à la société. Je me suis beaucoup informée et j’ai lu et j’ai vu plusieurs reportages, plusieurs documentaires sur des grands médecins, des grands chercheurs qui, eux, ont mis en lumière ce que le transsexualisme était réellement. Et aujourd’hui, je sais que je suis une femme parce que, les chercheurs l’ont prouvé, ce qui définit le sexe d’une personne, ce n’est pas le sexe mais le genre. Et le genre, il est dans la tête, dans le cerveau. Regarde, c’est simple, si on te coupe le bas du corps, tu restes une femme. C’est tout. »

Et par rapport à tes parents ? Comment ça s’est passé ?

« Ça s’est fait assez naturellement et facilement. Enfin, facilement, c’était un peu compliqué à l’adolescence. Mais ma mère avait une tante dans le même cas que moi, avec qui elle a grandi. Donc tout ce que voulait ma mère, c’était m’empêcher de souffrir. On en a discuté, elle m’a demandé si c’était vraiment ce que je voulais. Et quand je lui ai fait comprendre que c’était réellement ça, qui j’étais, là, elle m’a entourée de ses bras et m’a protégée. Et elle l’a fait comprendre à tout le monde. Là, je n’avais que 13 ans, quand elle a compris ! Voilà, ça démontre, encore une fois, qu’il ne faut pas sous-estimer un enfant. Je n’avais que 13 ans quand j’ai eu cette conversation-là avec ma mère, parce que ma sœur lui avait dit qu’elle m’avait vue habillée en fille et que mon frère était contre et voulait me casser la gueule, comme on dit. Là, ma mère a eu l’intelligence de me prendre à part et me parler comme à une adulte et m’écouter. Et je lui ai dit qui j’étais, ce que je voulais faire, où je voulais aller. Je me suis même retrouvée devant un psy et une assistante sociale. Enfin, avant d’avoir parlé à ma mère, mon père m’a envoyée devant un psy. Et le psy a dit à mon père que j’étais comme j’étais, qu’on ne pouvait rien y faire, que j’étais femme dans ma tête. Ensuite, avec ma mère, ils m’ont emmenée devant une assistante sociale. Et l’assistante sociale a tout fait pour me dissuader. Elle me disait que si je voulais être femme, je n’aurais qu’à le faire plus tard, que je ne devais pas m’hormoner maintenant car je n’étais qu’une enfant. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas attendre parce que le temps courrait. À l’âge de 13 ans, on n’a pas totalement mué, on n’a pas totalement changé de corps et, pour moi, il était primordial de m’hormoner avant de devenir un homme, dans le sens propre du terme, avec toute l’anatomie qui va avec. Du coup, j’ai fait comprendre à l’assistante sociale que j’allais m’hormoner quoi qu’il arrive. Et c’est là que ma mère a décidé de me parler, comme à une adulte, je lui ai expliqué et ça s’est arrêté là. On a discuté qu’une fois et, pour elle, c’était clair dans sa tête que je savais ce que je voulais. »

Et avec ton père, comment ça s’est passé ?

« On en n’a pas discuté mais c’est passé aussi. Ma mère a dû lui en parler parce que c’est passé tout seul. Il ne m’en a jamais parlé. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

Supporter patiemment les personnes importunes

Audience générale du mercredi 16 novembre 2016

Lors de l’audience générale de ce mercredi matin, 16 novembre 2016, le Pape François est revenu sur une œuvre de miséricorde que « tous nous connaissons bien, mais que peut-être nous ne mettons pas en pratique comme nous le devrions » : supporter patiemment les personnes ennuyeuses. Un effort en apparence anecdotique, mais qui peut relever du combat spirituel, et s’enracine dans la longue histoire de la relation entre Dieu et son peuple.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous consacrons la catéchèse de ce jour à une œuvre de miséricorde que nous connaissons tous très bien, mais que nous ne mettons peut-être pas en pratique comme nous le devrions : supporter patiemment les personnes importunes. Nous sommes tous très bons pour identifier une présence qui peut ennuyer : cela se produit quand nous rencontrons quelqu’un dans la rue, ou quand nous recevons un appel téléphonique… Nous pensons aussitôt : « Combien de temps vais-je devoir écouter les plaintes, les cancans, les demandes ou les vantardises de cette personne ? » Cela arrive aussi, parfois, que les personnes ennuyeuses soient les plus proches de nous : parmi les membres de la famille, il y a toujours quelqu’un ; sur le lieu de travail, cela ne manque pas ; et même dans le temps libre, nous n’en sommes pas à l’abri. Que devons-nous faire avec les personnes importunes ? Mais aussi nous-mêmes, bien souvent, nous sommes importuns pour les autres. Pourquoi, parmi les œuvres de miséricorde, celle-ci a-t-elle aussi été insérée ? Supporter patiemment les personnes importunes.

Dans la Bible, nous voyons que Dieu lui-même doit user de miséricorde pour supporter les plaintes de son peuple. Par exemple dans le livre de l’Exode, le peuple devient vraiment insupportable : avant, il pleure parce qu’il est esclave en Égypte et Dieu le libère ; puis, dans le désert, il se lamente parce qu’il n’y a pas à manger (cf. 16,3) et Dieu envoie les cailles et la manne (cf. 16,13-16) mais malgré cela les plaintes ne cessent pas. Moïse sert de médiateur entre Dieu et le peuple, et lui aussi parfois devient importun à l’égard du Seigneur. Mais Dieu a eu patience et ainsi, il a enseigné à Moïse et au peuple cette dimension essentielle de la foi.

Il vient spontanément une première question : faisons-nous parfois notre examen de conscience pour voir si nous aussi, parfois, nous pouvons être importuns pour les autres ? Il est facile de montrer du doigt les défauts et les manquements des autres, mais nous devons apprendre à nous mettre à la place des autres.

Regardons surtout Jésus : quelle patience il a dû avoir pendant les trois années de sa vie publique ! Une fois, alors qu’il était en chemin avec ses disciples, il fut arrêté par la mère de Jacques et Jean qui lui dit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » (Mt 20,21). La maman faisait du lobbying pour ses enfants, mais c’était la maman… Même de cette situation, Jésus s’inspire pour donner un enseignement fondamental : son royaume n’est pas un royaume de pouvoir, ce n’est pas un royaume de gloire comme ceux de la terre, mais de service et de don de soi aux autres. Jésus enseigne à aller toujours à l’essentiel et à regarder plus loin pour assumer avec responsabilité sa propre mission. Nous pourrions voir ici le rappel à deux autres œuvres de miséricorde spirituelle : celle d’avertir les pécheurs et celle d’enseigner aux ignorants. Pensons au grand engagement que l’on peut mettre quand nous aidons les personnes à grandir dans la foi et dans la vie. Je pense par exemple aux catéchistes, parmi lesquels il y a tant de mamans et de religieuses – qui consacrent du temps pour enseigner aux jeunes les éléments de base de la foi. Que de fatigue, surtout quand les jeunes préfèreraient jouer plutôt que d’écouter le catéchisme !

Accompagner dans la recherche de l’essentiel est beau et important parce que cela nous fait partager la joie de goûter le sens de la vie. Souvent il nous arrive de rencontrer des personnes qui s’arrêtent sur des choses superficielles, éphémères et banales ; parfois parce qu’elles n’ont pas rencontré quelqu’un pour les stimuler à chercher autre chose, à apprécier les vrais trésors. Enseigner à regarder à l’essentiel est une aide déterminante, surtout à une époque comme la nôtre qui semble avoir perdu l’orientation et poursuivre des satisfactions sans souffle. Enseigner à découvrir ce que veut le Seigneur de nous et comment nous pouvons y correspondre signifie mettre sur la route pour grandir dans sa propre vocation, la route de la vraie joie. Ainsi les paroles de Jésus à la mère de Jacques et Jean, et ensuite à tout le groupe des disciples, indiquent la voie pour éviter de tomber dans l’envie, dans l’ambition, dans l’adulation, tentations qui sont toujours à l’affut y compris parmi nous, chrétiens. L’exigence de conseiller, d’avertir et d’enseigner ne doit pas nous faire nous sentir supérieurs aux autres mais nous oblige avant tout à rentrer en nous-mêmes pour vérifier si nous sommes cohérents avec ce que nous demandons aux autres. N’oublions pas les paroles de Jésus : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? » (Lc 6,41). Que l’Esprit-Saint nous aide à supporter patiemment et à conseiller avec humilité et simplicité.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Non au travail forcé à bord des navires

Journée de la pêche - Message du Conseil pontifical pour les migrants – 21 novembre 2016

Pour la Journée mondiale de la pêche, célébrée le 21 novembre 2016, le Vatican attire l’attention sur les « centaines de milliers de migrants » victimes « de la traite ou du trafic et destinés au travail forcé à bord des navires de pêche ». Dans un message publié le 15 novembre, le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement invite à identifier les victimes et à prévenir l’exploitation « en proposant des alternatives viables de travail et de subsistance ».

Depuis 1998, la Journée mondiale de la pêche est célébrée chaque année le 21 novembre pour souligner l’importance de préserver l’océan et la vie marine qui donne de la nourriture à des milliards de personnes et du travail à plus de 50 millions de personnes dans le monde.

Le Pape François, dans sa Lettre encyclique Laudato Sì, mentionne certaines des menaces qui frappent et détruisent les ressources marines naturelles : « Beaucoup de barrières de corail dans le monde sont aujourd’hui stériles ou déclinent continuellement : “Qui a transformé le merveilleux monde marin en cimetières sous-marins dépourvus de vie et de couleurs ?” Ce phénomène est dû en grande partie à la pollution qui atteint la mer, résultat de la déforestation, des monocultures agricoles, des déchets industriels et des méthodes destructives de pêche, spécialement celles qui utilisent le cyanure et la dynamite » (n.41). Etant donné qu’ils représentent un patrimoine commun de l’humanité, le Pape François a appelé chacun à « …collaborer comme instruments de Dieu pour la sauvegarde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités » (n.14).

Pour cette raison, nous apprécions et attendons avec impatience la mise en œuvre de l’Accord relatif aux mesures du ressort de l’État du port visant à prévenir, contrecarrer et éliminer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (Agreement on Port State Measures to Prevent, Deter and Eliminate Illegal, Unreported and Unregulated Fishing – PSMA), adopté comme accord de la FAO en 2009. Après plusieurs années d’efforts diplomatiques, il est finalement entré en vigueur, le 5 juin dernier, et est à présent juridiquement contraignant pour les 29 pays et l’organisation régionale qui l’ont signé. À travers l’adoption et la mise en œuvre de mesures de l’État du port effectives, le PSMA est le premier traité international contraignant cherchant à prévenir, contrecarrer et éliminer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INDNR), un problème environnemental important qui provoque de sérieux dommages économiques et menace la sécurité alimentaire dans de nombreux pays.

Toutefois, notre préoccupation ne se limite pas aux ressources marines. L’industrie de la pêche est largement reconnue comme l’une des plus dangereuses en raison des fréquents accidents de travail et du taux élevé de mortalité. En cette Journée mondiale de la pêche, nous voudrions porter notre attention également sur les pêcheurs qui se trouvent dans des situations d’exploitation et d’abus.

Malheureusement, on ne connaît pas bien la réalité tragique au sein de l’industrie de la pêche, où des centaines de milliers de migrants internes/transnationaux sont victimes de la traite ou du trafic et destinés au travail forcé à bord des navires de pêche.

Cela est favorisé par un réseau d’organisations criminelles et d’individus qui abusent des personnes provenant de situations de pauvreté, qui recherchent désespérément un travail qui pourrait les aider à briser le cercle de pauvreté. Au lieu de cela, elles tombent dans une situation de traite, de servitude pour dette sans issue. En effet, les navires de pêche passent de longues périodes en mer (allant de quelques mois à plusieurs années) et cela rend difficile, voire impossible, pour les victimes de ces crimes de dénoncer leurs situations difficiles.

En tenant compte de l’appel du Pape François : « La traite des personnes est un crime contre l’humanité. Nous devons unir nos forces pour libérer les victimes et pour arrêter ce crime toujours plus agressif, qui menace, outre les personnes individuelles, les valeurs fondatrices de la société, et aussi la sécurité et la justice internationales, mais également l’économie, le tissu familial et la vie en société elle-même », en tant qu’Église catholique, nous voudrions renouveler notre appel aux gouvernements en vue de ratifier la Convention sur le travail dans la pêche de 2007 (n.188), afin de créer un environnement sûr à bord des navires de pêche et de meilleures mesures de bien-être pour les pêcheurs. Depuis octobre 2016, la Convention a été ratifiée par neuf États côtiers, et un pays supplémentaire est nécessaire pour l’entrée en vigueur de la Convention.

Tandis que nous exprimons notre gratitude aux aumôniers et aux bénévoles de l’Apostolat de la mer (AM) pour leur dévouement et leur engagement, nous voudrions les appeler à être vigilants et à intensifier leur présence dans les ports de pêche, en vue d’identifier et de porter secours aux victimes de la traite. Il est également nécessaire que l’AM travaille plus étroitement avec les responsables des communautés de pêche afin d’éduquer et de prévenir la traite des êtres humains en proposant des alternatives viables de travail et de subsistance.

Puisse Marie, Stella Maris, continuer d’être une source de force et de protection pour tous les pêcheurs et leurs familles.

Antonio Maria Card. Vegliò, Président

P. Gabriele Bentoglio, cs, Sous-Secrétaire

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Les vrais trésors de l’Église ce sont les pauvres, pas ses cathédrales !

Homélie du pape François au Jubilé des exclus et des sans-abris – 13 novembre 2016

Le Pape François a présidé ce dimanche 13 novembre une messe à l’occasion du Jubilé des personnes socialement exclues. Devant une assemblée de sans-abris réunis dans la Basilique Saint-Pierre, le Saint-Père a commenté l’Évangile du jour dans lequel Jésus évoque la fin des Temps. Dans son homélie, François a rappelé à chacun qu’il y a deux biens précieux qui ne passeront pas : Dieu et l’homme.

« Pour vous […] le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement » (Ml 3,20). Les paroles du prophète Malachie, que nous avons entendues dans la première lecture, éclairent la célébration cette journée jubilaire. Elles se trouvent à la dernière page du dernier prophète de l’Ancien Testament et sont adressées à ceux qui ont confiance dans le Seigneur, qui mettent leur espérance en lui, en le choisissant comme le bien suprême de la vie et en refusant de vivre uniquement pour soi et pour ses intérêts personnels. Pour ceux-là, pauvres de soi mais riches de Dieu, se lèvera le soleil de sa justice : ils sont les pauvres en esprit, à qui Jésus promet le royaume des cieux (cf. Mt 5,3) et que Dieu, par la bouche du prophète Malachie, appelle « mon domaine particulier » (Ml 3,17). Le prophète les oppose aux superbes, à ceux qui ont mis la sécurité de la vie dans leur autosuffisance et dans les biens du monde. Derrière cette page finale de l’Ancien Testament, se cachent des questions qui interpellent sur le sens dernier de la vie : où est-ce que moi je cherche ma sécurité ? Dans le Seigneur ou dans d’autres sécurités qui ne plaisent pas à Dieu ? Vers où s’oriente ma vie, vers où se dirige mon cœur ? Vers le Seigneur de la vie ou vers des choses qui passent et ne comblent pas ?

Des questions similaires apparaissent dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui. Jésus se trouve à Jérusalem, pour la dernière et la plus importante page de sa vie terrestre : sa mort et sa résurrection. C’est aux alentours du temple, orné « de belles pierres et d’ex-voto » (Lc 21,5).  Les gens sont précisément   en train de parler des beautés extérieures du temple, lorsque Jésus dit : « Ce que vous voyez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre » (v.6). Il ajoute qu’il ne manquera pas de conflits, de famines, de bouleversements sur la terre et dans le ciel. Jésus ne veut pas effrayer, mais nous dire que tout ce que nous voyons passe inexorablement. Même les royaumes les plus puissants, les édifices les plus sacrés et les réalités les plus stables du monde ne durent pas pour toujours. Tôt tout tard, ils s’effondrent.

Face à ces affirmations, les gens posent immédiatement deux questions au Maître : « Quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? » (v.7). Quand et quel… Nous sommes toujours poussés par la curiosité : on veut savoir quand et avoir des signes. Mais cette curiosité ne plaît pas à Jésus. Au contraire, il exhorte à ne pas se laisser tromper par les prédicateurs apocalyptiques. Celui qui suit Jésus ne prête pas l’oreille aux prophètes de malheur, aux vanités des horoscopes, aux prédications et aux prédictions qui suscitent peur, en distrayant de ce qui compte. Parmi les nombreuses voix qui se font entendre, le Seigneur invite à distinguer ce qui vient de lui et ce qui vient de l’esprit faux. C’est important : distinguer l’invitation sage que Dieu nous adresse chaque jour de la clameur de celui qui se sert du nom de Dieu pour effrayer, alimenter des divisions et des peurs.

Jésus invite fermement à ne pas avoir peur face aux bouleversements de chaque époque, même pas face aux plus graves et plus injustes épreuves qui arrivent à ces disciples. Il demande de persévérer dans le bien et dans la pleine confiance mise en Dieu, qui ne déçoit pas : « Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » (v.18). Dieu n’oublie pas ses fidèles, son précieux domaine, que nous sommes.

Mais il nous interpelle aujourd’hui sur le sens de notre existence. Par une image, on pourrait dire que ces lectures se présentent comme un « tamis » dans le déroulement de notre vie : elles nous rappellent que presque tout en ce monde passe, comme l’eau qui coule ; mais il y a de précieuses réalités qui demeurent, comme une pierre précieuse sur le tamis. Qu’est-ce qui reste, qu’est-ce qui a de la valeur dans la vie, quelles richesses ne s’évanouissent pas ? Sûrement deux : le Seigneur et le prochain. Ces deux richesses ne s’évanouissent pas. Voilà les plus grands biens à aimer. Tout le reste – le ciel, la terre, les choses les plus belles, même cette Basilique – passe, mais nous ne devons pas exclure de notre vie Dieu et les autres.

Néanmoins, précisément aujourd’hui, lorsqu’on parle d’exclusion, viennent à l’esprit immédiatement des personnes concrètes ; pas des choses inutiles, mais des personnes précieuses. La personne humaine, placée par Dieu au sommet de la création, est souvent rejetée, car on préfère les choses qui passent. Et cela est inacceptable, parce que l’homme est le bien le plus précieux aux yeux de Dieu. Et c’est grave qu’on s’habitue à ce rejet ; il faut s’inquiéter, lorsque la conscience est anesthésiée et ne prête plus attention au frère qui souffre à côté de nous ou aux problèmes sérieux du monde, qui deviennent seulement des refrains entendus dans les revues de presse des journaux télévisés.

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, c’est votre jubilé, et par votre présence, vous nous aidez à nous harmoniser sur la longueur d’onde de Dieu, à regarder ce que lui regarde : il ne s’arrête pas à l’apparence (cf. 1Sam 16,7), mais dirige son regard vers « le pauvre, celui qui a l’esprit abattu » (Is 66, 2), vers les nombreux pauvres Lazare d’aujourd’hui. Que cela nous fait mal de feindre de ne pas apercevoir Lazare qui est exclu et rejeté (cf. Lc 16, 19-21) ! C’est tourner le dos à Dieu. C’est tourner le dos à Dieu ! C’est un symptôme de sclérose spirituelle lorsque l’intérêt se concentre sur les choses à produire plutôt que sur les personnes à aimer. Ainsi naît la contradiction tragique de nos temps : plus augmentent le progrès et les possibilités, ce qui est un bien, plus il y a de gens qui ne peuvent pas y accéder. C’est une grande injustice qui doit nous préoccuper, beaucoup plus que de savoir quand et comment il y aura la fin du monde. En effet, on ne peut pas rester tranquille chez soi tandis que Lazare se trouve à la porte ; il n’y a pas de paix chez celui qui vit bien, lorsque manque la justice dans la maison de tout le monde.

Aujourd’hui, dans les cathédrales et dans les sanctuaires du monde entier, se ferment les Portes de la Miséricorde. Demandons la grâce de ne pas fermer les yeux face à Dieu qui nous regarde et devant le prochain qui nous interpelle. Ouvrons les yeux sur Dieu, en purifiant la vue du cœur des représentations trompeuses et effrayantes, du dieu du pouvoir et des châtiments, projections de l’orgueil et de la crainte des hommes. Regardons avec confiance le Dieu de la miséricorde, avec la certitude que « l’amour ne passera jamais » (1Co 13,8). Renouvelons l’espérance de la vraie vie à laquelle nous sommes appelés, celle qui ne passera pas et qui nous attend en communion avec le Seigneur et avec les autres, dans une joie qui durera pour toujours, sans fin.

Et ouvrons nos yeux sur le prochain, surtout sur le frère oublié et exclu, sur le « Lazare » qui gît devant notre porte. Sur eux pointe la loupe d’agrandissement de l’Église. Que le Seigneur nous libère du fait de diriger cette loupe vers nous-mêmes. Qu’il nous détache des oripeaux qui distraient, des intérêts et des privilèges, de l’attachement au pouvoir et à la gloire, de la séduction de l’esprit du monde. Notre Mère l’Église regarde « en particulier cette partie de l’humanité qui souffre et pleure, car elle sait que ces personnes lui appartiennent par droit évangélique » (Paul VI, Allocution inaugurale de la 2ème Session du Concile Vatican II, 29 septembre 1963). Par droit et aussi par devoir évangélique, car c’est notre tâche de prendre soin de la vraie richesse que sont les pauvres. À la lumière de ces réflexions, je voudrais qu’aujourd’hui soit la « journée des pauvres ». Une antique tradition, concernant le saint martyr romain Laurent, nous le rappelle bien. Avant de subir un atroce martyre par amour pour le Seigneur, il a distribué les biens de la communauté aux pauvres, qu’il a qualifiés de vrais trésors de l’Église. Que le Seigneur nous accorde de regarder sans peur ce qui compte, de diriger notre cœur vers lui et vers nos vrais trésors.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

 

 

Aujourd’hui, la solennité du Christ Roi de l’univers, couronnement de l’année liturgique, marque également la conclusion de l’Année de la Foi, promulguée par le Pape Benoît XVI, pour qui nous avons maintenant une pensée pleine d’affection et de reconnaissance pour ce don qu’il nous a fait. Avec cette initiative providentielle, il nous a donné la possibilité de redécouvrir la beauté de ce chemin de foi qui a débuté le jour de notre Baptême, qui nous a faits fils de Dieu et frères dans l’Église. Un chemin qui a pour objectif final la pleine rencontre avec Dieu, et au cours duquel l’Esprit Saint nous purifie, nous élève, nous sanctifie, pour nous faire entrer dans le bonheur auquel aspire notre cœur.

Je désire également adresser une salutation cordiale et fraternelle aux Patriarches et aux Archevêques Majeurs des Églises orientales catholiques, ici présents. L’échange de la paix, que j’accomplirai avec eux, veut exprimer avant tout la reconnaissance de l’Évêque de Rome à l’égard de ces communautés, qui ont confessé le nom du Christ avec une fidélité exemplaire, souvent payée fort cher.

En même temps, par leur intermédiaire, je veux rejoindre avec ce geste tous les chrétiens qui vivent en Terre Sainte, en Syrie et dans tout l’Orient, afin d’obtenir pour tous le don de la paix et de la concorde.

Les lectures bibliques qui ont été proclamées ont comme fil conducteur la centralité du Christ. Le Christ est au centre, le Christ est le centre. Le Christ centre de la création, le Christ centre du peuple, le Christ centre de l’histoire.

1. L’Apôtre Paul nous offre une vision très profonde de la centralité de Jésus. Il nous le présente comme le Premier-né de toute la création : en lui, par lui et pour lui toutes choses furent créées. Il est le centre de toutes choses, il est le principe : Jésus Christ, le Seigneur. Dieu lui a donné la plénitude, la totalité, pour qu’en lui toutes choses soient réconciliées (cf. Col. 1, 12-20). Seigneur de la création, Seigneur de la réconciliation.

Cette image nous fait comprendre que Jésus est le centre de la création ; et, par conséquent, l’attitude demandée au croyant, s’il veut être tel, est de reconnaître et d’accueillir dans sa vie cette centralité de Jésus-Christ, dans ses pensées, dans ses paroles et dans ses œuvres. Et ainsi nos pensées seront des pensées chrétiennes, des pensées du Christ. Nos œuvres seront des œuvres chrétiennes, des œuvres du Christ, nos paroles seront des paroles chrétiennes, des paroles du Christ. Par contre, quand on perd ce centre, parce qu’on le substitue avec quelque chose d’autre, il n’en vient que des dommages, pour l’environnement autour de nous et pour l’homme lui-même.

2. En plus d’être le centre de la création et centre de la réconciliation, le Christ est le centre du peuple de Dieu. Et précisément aujourd’hui il est ici, au milieu de nous. Maintenant il est ici dans la Parole, et il sera ici sur l’autel, vivant, présent, au milieu de nous, son peuple. C’est ce qui nous est exposé dans la première Lecture, qui raconte le jour où les tribus d’Israël vinrent chercher David et, devant le Seigneur, lui donnèrent l’onction de roi sur Israël (cf. 2 S 5, 1-3). À travers la recherche de la figure idéale du roi, ces hommes cherchaient en réalité Dieu lui-même : un Dieu qui se fasse proche, qui accepte de devenir compagnon de route de l’homme, qui se fasse leur frère.

Le Christ, descendant du roi David, est justement le « frère » autour duquel se constitue le peuple, qui prend soin de son peuple, de nous tous, au prix de sa vie. En lui nous sommes un ; un seul peuple uni à lui, nous partageons un seul chemin, un seul destin. C’est seulement en lui, en lui comme centre, que nous avons notre identité comme peuple.

3. Enfin, le Christ est le centre de l’histoire de l’humanité, et aussi le centre de l’histoire de tout homme. C’est à lui que nous pouvons rapporter les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses dont notre vie est tissée. Lorsque Jésus est au centre, même les moments les plus sombres de notre existence s’éclairent, et il nous donne l’espérance, comme cela arrive au bon larron dans l’Évangile d’aujourd’hui.

Tandis que tous les autres s’adressent à Jésus avec mépris – « Si tu es le Christ, le Roi Messie, sauve-toi toi-même en descendant de la croix ! » – cet homme, qui a commis des erreurs dans sa vie, à la fin, repenti, s’agrippe à Jésus crucifié en implorant : « Souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton Royaume » (Lc 23,42). Et Jésus lui promet : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (v.43) : son Royaume. Jésus prononce seulement la parole du pardon, non celle de la condamnation ; et quand l’homme trouve le courage de demander ce pardon, le Seigneur ne laisse jamais tomber une telle demande. Aujourd’hui, nous pouvons tous penser à notre histoire, à notre cheminement. Chacun de nous a son histoire ; chacun de nous a aussi ses erreurs, ses péchés, ses moments heureux et ses moments sombres. Cela fera du bien, au cours de cette journée, de penser à notre histoire, et regarder Jésus, et de tout cœur lui répéter de nombreuses fois, mais avec le cœur, en silence, chacun de nous : « Souviens-toi de moi, Seigneur, maintenant que tu es dans ton Royaume ! Jésus, souviens-toi de moi, parce que je veux devenir bon, je veux devenir bon, mais je n’ai pas la force, je ne peux pas : je suis pécheur, je suis pécheresse. Mais souviens-toi de moi, Jésus. Tu peux te souvenir de moi, parce que tu es au centre, tu es justement dans ton Royaume ! ». Que c’est beau ! Faisons-le tous aujourd’hui, chacun dans son cœur, de nombreuses fois. « Souviens-toi de moi, Seigneur, toi qui es au centre, toi qui es dans ton Royaume ! »

La promesse de Jésus au bon larron nous donne une grande espérance : elle nous dit que la grâce de Dieu est toujours plus abondante que la prière qui l’a demandée. Le Seigneur donne toujours plus, il est tellement généreux, il donne toujours plus que ce qui lui est demandé : tu lui demandes qu’il se rappelle de toi, et il t’emmène dans son Royaume ! Jésus est bien le centre de nos désirs de joie et de salut. Allons tous ensemble sur cette route !

Pape François

© Libreria Editrice Vaticana - 2013

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Date de dernière mise à jour : 2016-11-21