Pko 22.04.2016

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°24/2016

Vendredi 22 avril 2016 – Fête de l’Amour – Année C

« Amoris lætitia – la joie de l’Amour »

Conclusion

325. Les paroles du Maître (cf. Mt 22, 30) et celles de saint Paul (cf. 1 Cor 7, 29-31) sur le mariage sont insérées – et ce n’est pas un hasard –  dans l’ultime et définitive dimension de notre existence, que nous avons besoin de revaloriser. Ainsi, les mariages pourront reconnaître le sens du chemin qu’ils parcourent. En effet, comme nous l’avons rappelé plusieurs fois dans cette Exhortation, aucune famille n’est une réalité céleste et constituée une fois pour toutes, mais la famille exige une maturation progressive de sa capacité d’aimer. Il y a un appel constant qui vient de la communion pleine de la Trinité, de la merveilleuse union entre le Christ et son Église, de cette communauté si belle qu’est la famille de Nazareth et de la fraternité sans tache qui existe entre les saints du ciel. Et, en outre, contempler la plénitude que nous n’avons pas encore atteinte, nous permet de relativiser le parcours historique que nous faisons en tant que familles, pour cesser d’exiger des relations interpersonnelles une perfection, une pureté d’intentions et une cohérence que nous ne pourrons trouver que dans le Royaume définitif. De même, cela nous empêche de juger durement ceux qui vivent dans des conditions de grande fragilité. Tous, nous sommes appelés à maintenir vive la tension vers un au-delà de nous-mêmes et de nos limites, et chaque famille doit vivre dans cette stimulation constante. Cheminons, familles, continuons à marcher ! Ce qui nous est promis est toujours plus. Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise.

Prière à la Sainte Famille

Jésus, Marie et Joseph

en vous, nous contemplons la splendeur de l’amour vrai,

en toute confiance nous nous adressons à vous.

Sainte Famille de Nazareth,

fais aussi de nos familles

un lieu de communion et un cénacle de prière,

d’authentiques écoles de l’Évangile

et de petites Églises domestiques.

Sainte Famille de Nazareth,

que plus jamais il n’y ait dans les familles

des scènes de violence, d’isolement et de division ;

que celui qui a été blessé ou scandalisé

soit, bientôt, consolé et guéri.

Sainte Famille de Nazareth,

fais prendre conscience à tous

du caractère sacré et inviolable de la famille,

de sa beauté dans le projet de Dieu.

Jésus, Marie et Joseph,

Écoutez, exaucez notre prière

Amen !

FRANCISCUS

© Copyright 2015 – Libreria Editrice Vaticana

Chronique de la roue qui tourne

Quand l’échec est accepté, les chances de réussite augmentent

« Le mariage est l’union de deux imperfections qui s’entraident sur le chemin de la vie. » Henri-Frédéric Amiel

Cette semaine, le Pape François a publié l’Exhortation apostolique post-synodale « sur l’amour dans la famille ». Basée sur deux années de travail, cette réflexion est un hymne à l’amour, prenant en compte les réalités de notre temps.

Entre les paragraphes destinés aux mariés, le Pape s’est également prononcé sur certaines « situations imparfaites ». Souvent considéré comme une litanie de devoirs et de doutes, le mariage rebute et effraie. Les exigences semblent tellement importantes qu’on reste là, à attendre l’idéal, l’autre parfait afin de l’épouser. On attend des jours tout beaux et tout lisses pour songer au mariage. Le Pape François mentionne cet idéalisme qui nous empêche de prendre le mariage pour ce qu’il est, c’est-à-dire « un chemin dynamique de développement et d’épanouissement ». On n’apprend rien dans la facilité, il nous faut des épreuves pour avancer. C’est une réalité qui se vit même dans un mariage.

Si l’Église encourage au mariage, elle reconnaît l’amour et la stabilité chez certaines unions libres ou des couples mariés civilement seulement. Audacieux, le Pape va plus loin. Il souhaite une plus grande intégration des divorcés et remariés civilement dans les communautés chrétiennes, ne fermant pas ainsi la porte à ceux qui ont échoué.

Ce sont là des déclarations fortes puisque le mariage est un des sept sacrements de l’Église.

Le mariage s’en trouve-t-il dévalorisé et désacralisé ? Bien au contraire ! Par cette Exhortation, le Pape François vient redonner au mariage son prestige et son sens premier : l’amour. Il rend le Sacrement « accessible » à notre faillibilité. Et ce n’est pas un hasard s’il a nommé son Exhortation apostolique post-synodale : Amoris Laetitia (AL – « La joie de l’amour »). Joie d’aimer et d’être aimé. Joie de traverser à deux la vie. Joie parfaite même dans l’imparfait. Joie de rester enfant de Dieu même en cas d’échec.

L’heure n’est plus aux remontrances, l’heure est à la Miséricorde et à l’amour ! Une révélation qui donnerait envie aux célibataires de sortir dans la rue et de crier : « Qui veut m’épouser pour construire du beau et du grand avec nos deux imperfections ? »

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

« Amoris lætitia – la joie de l’Amour »

Commentaire du Cardinal Schönborn

« Amoris Laetitia, La Joie de l'amour », l'exhortation apostolique du Pape François sur la famille fait suite aux deux Synodes sur la famille, de 2014 et 2015. Il fixe les nouvelles orientations de la pastorale familiale de l'Église catholique avec un langage nouveau, mais dans une grande continuité doctrinale avec les pontificats précédents de saint Jean-Paul II et de Benoît XVI. Olivier Bonnel a interrogé le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne (Autriche).

Olivier BONNEL : Que pouvez-vous dire au sujet de l’Exhortation apostolique « Amoris Laetitia » ?

Il y a une fraîcheur du langage, que nous avions déjà découverte avec Evangelii Gaudium, une immédiateté du langage, un langage poétique, imagé, on peut dire que c’est un évènement de langage. Il y a quelque chose qui se passe dans la manière dont le Pape François utilise le langage. Mais je dirais quand même qu’il y a des éléments de continuité qui me paraissent importants. Je dirais, la continuité avec Benoît XVI, qui était mon maître, mon professeur, avec qui j’ai eu la chance de travailler beaucoup : cette attention à la dimension existentielle. C’est ce qui nous a fascinés chez le professeur Ratzinger. Bien sûr, son langage est plus philosophique et théologique, mais toujours existentiel. Il y a une nette continuité avec le Pape François. Cela touche directement la vie.

Saint Jean-Paul II, c’est l’aspect phénoménologique. Quand vous lisez les chapitres 4 et 5 de Amoris Laetitia, moi ça m’a rappelé les grandes catéchèses de Jean-Paul II sur la théologie du corps. Parce que, je dirais presque, il est amoureux de ce regard phénoménologique, de cette attention aux mouvements concrets de la vie. Donc, il y a nouveauté, mais il y a aussi une profonde continuité.

Olivier BONNEL : En parlant de nouveau langage, est-ce que l’on parle d’un langage plus accessible pour le Peuple de Dieu ?

Oui, je crois que pour des documents ecclésiastiques, ce que Benoît XVI a écrit lui-même, c’est toujours très accessible, magnifiquement accessible. Mais admettons humblement, et avec une part d’autocritique, que certains documents ecclésiastiques ont vraiment la langue de bois. Et ça, avec le Pape François, ce n’est vraiment pas la langue de bois ! C’est une langue vivante, simple, proche de la vie, proche de l’expérience. Et certainement abordable pour beaucoup de personnes.

Olivier BONNEL : Le Pape met en garde dans ce document contre le risque de tout changer sans une réflexion suffisante, et de l’autre côté, de la tentation de tout résoudre en appliquant des normes générales. Est-ce que « Amoris Laetitia » propose une nouvelle pédagogie pour la famille ?

Exactement ! Le mot « pédagogie ». Le Pape François est jésuite, il est pédagogue, il a enseigné longtemps, il a exercé la fonction de pédagogue, et on le sent dans tout ce document. Lisez le chapitre sur l’éducation, le chapitre 5, et mettez-le en rapport avec le chapitre 8, sur comment accompagner les situations difficiles, les situations irrégulières. Et vous verrez qu’il y a une grande proximité. Ce qu’il dit sur l’éducation de la conscience : ne pas penser que la conscience s’éduque en mettant partout des panneaux d’avertissement, mais de l’éveiller. Donc, pour moi, le terme clé de ce document, c’est l’accompagnement, c’est cette attitude pédagogique d’un père avec ses enfants, d’un maître qui accompagne des jeunes dans la croissance. D’où l’importance du mot croissance. Se réjouir des petits pas de croissance : ça, c’est tout à fait sa pédagogie.

Olivier BONNEL : Le Pape François explique qu’il faut tenir compte de l’innombrable diversité des situations concrètes, pour leur apporter vraiment une réponse pastorale. Ce n’était pas suffisamment pris en compte. Là, il y a vraiment un appel à la responsabilité des pasteurs ?

Je crois qu’il le dit explicitement à un endroit : il dit qu’il comprend ceux qui veulent se cacher derrière des règles sûres, mais qu’il préfère une Église qui sort et qui se salit les souliers dans la boue. C’est-à-dire : c’est bien d’avoir la clarté sur les normes, mais d’abord il faut rencontrer des personnes dans leurs vies, dans leurs situations, et ce n’est pas une éthique de la situation, une morale de la situation, mais c’est une morale qui est attentive aux situations, aux innombrables diversités de situations, parce que chaque histoire est unique, et que chaque personne mérite qu’on la considère dans sa vie concrète.

Olivier BONNEL : Parmi les situations, on sait que la question des divorcés remariés civilement a été très débattue lors des deux Synodes. Est-ce que l’exhortation va apporter une réponse à ces chrétiens qui souffrent ?

Je pense que le Pape apporte une réponse, mais ce n’est pas la réponse que certains attendaient et que d’autres craignaient. D’abord, il dit très clairement qu’il ne faut pas attendre, ni d’un Synode, ni de ce document, de nouvelles normes canoniques qui seraient valables pour tous les cas. N’attendez pas un changement de la discipline de l’Église. Mais le mot qu’il aime beaucoup c’est le mot « inclusion ». Il faut non pas exclure mais inclure, car chacun a son cheminement avec Dieu. Et l’Église est une mère qui doit accueillir, intégrer chacun, selon l’étape où il se trouve, selon le chemin sur lequel il se trouve. Et alors, le Pape fait sien ce que le Synode avait dit sur les critères d’accompagnement. Je suis très fier, je dois le dire, que ce soit le document du cercle allemand, qui a été voté à l’unanimité, qui a été d’abord repris par le Synode et puis le Pape le fait sien, où nous avions proposé des critères de discernement qui ne sont pas d’abord des questions de sacrements mais des questions de morale familiale.

Le Pape m’avait dit une fois que la question des sacrements pour les divorcés-remariés est « una trappola », c’est un piège. Parce que l’on ne regarde pas assez les situations. Et alors, nous avons mis dans ce document, qui se retrouve maintenant dans ce document du Pape, comme première attention : « Qu’est-ce que vous avez fait des enfants ? » Avant de parler de la miséricorde de l’Église pour les divorcés-remariés, pour l’accès aux sacrements, il faut leur poser la question : « et vos enfants ? »

« Est-ce que vous avez fait peser le poids de votre conflit sur le dos de vos enfants ? Est-ce que vous en avez fait l’otage de votre conflit ? » C’est là qu’il faut d’abord se convertir. « Essayez de demander pardon. Essayez de faire pénitence du mal que vous avez fait à vos enfants. » Et puis on énumère tout une série d’autres points de discernement qui forment une sorte de chemin de conversion et de pénitence. Et alors, la question des sacrements, elle peut venir, mais elle vient plutôt à la fin d’un vrai cheminement. Et le Pape le dit dans une note, une petite note, il dit : « L’aide de l’Église peut aussi être dans certains cas l’aide des sacrements. » Il n’en dit pas plus.

© Radio Vatican

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Date de dernière mise à jour : 2016-04-22