Pko 24.07.2016

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°41/2016

Dimanche 24 juillet 2016 – XVIIème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Bâtis la paix avec humilité

L'humilité, c'est la vérité. Être chrétien, c'est marcher humblement avec son Dieu dans le service de ses frères et sœurs. La Paix, c'est l'harmonie dans les relations humaines dans le respect de chacun.

Pour la bâtir, il ne suffit pas de respecter extérieurement la légalité des textes régissant les relations humaines selon le Droit, il ne suffit pas de vivre selon l'objectivité de la vérité qui fait la Justice... il y faut une raison fondamentale qui engage toute la personne. Pour cela il faut s'approcher des autres, leur faire une place dans ses yeux, dans ses mains, dans son cœur. Mon prochain c'est celui que je rends proche de moi par mon attention, mes services, mon respect. Rendre l'autre proche de mon cœur, l'estimer digne d'intérêt, demande une profonde humilité du cœur, une attitude d'accueil et d'écoute. L'autre a du prix à mes yeux.

Il est facile de s'émouvoir sur le Liban, le Cambodge, la Chine, l'Afrique du Sud... Il est facile d'aimer en paroles ceux qui sont au loin. Mais prier pour eux, c'est d'abord humblement se rapprocher de nos proches, de nos voisins. Bâtir la paix, c'est se pardonner en famille, c'est se réconcilier entre voisins. Bâtir la paix, c'est changer les rapports de force, les relations de mépris, de domination, d'agressivité... en dialogue d'humble respect et de service réciproque de convivialité. Oui, heureux les humbles cœurs de pauvres, ils bâtissent la paix !

Père Paul HODÉE

8 octobre 1989

Il n’y a pas de paix possible sans justice et respect de l’autre. Les violences extrêmes - tel l’attentat de Nice - naîssent dans les petites humiliations de tous les jours qui s’accumulent et parfois s’institutionnalisent. Ainsi l’ignominie de Daesh et des attentats qu’elle encourage n’est pas né d’abord d’un quelconque fanatisme religieux - celui-ci n’en est que le prétexte – mais de l’humiliation que l’Occident arrogant a fait subir à ces peuples « non civilisés » durant des décennies. L’Occident dans sa suffisance a construit lui-même cet Hydre de Lerne. Nos intérêts économiques ont primé sur les Droit de l’Homme et nos racines chrétiennes…

La paix ne peut se construire que dans la justice et le respect de l’autre et de sa différence. La paix ne se construit pas d’abord dans les Institutions internationales ou nationales mais dans nos communautés particulières, dans notre société. Or, il nous faut bien constater que notre société polynésienne majoritairement chrétienne est bien loin de cet idéal de paix. Nous sommes chrétiens de nom mais non bâtisseurs de paix. Cette réalité est davantage mise en lumière avec les nouveaux moyens de communication tel Facebook et les commentaires haineux et méprisants que l’on exprime à l’égard de nos frères et sœurs. On constate une déshumanisation progressive de nos relations qui ne peut aboutir que sur de la haine à l’égard de l’autre. Des propos lus sur Tahiti info le 12 juillet dernier, au sujet de l’indemnisation de détenus à Nuutania, illustrent notre propos : « La prison c'est pour les sous merdes du système... il ne devrait plus avoir droit à rien... »… « Ils n’ont qu’à aller se faire foutre c tolars… »

Si une société s’avilit au point d’infliger à des personnes ce qu’elle dénonce… elle se déshumanise et devient le ferment de la violence… et la violence n’a pas de limite…

En cette Année de la Miséricorde osons l’Amour pour tout homme… car Jésus nous apprend que tout homme vaut plus que ses actes…

 Chronique de la roue qui tourne

Attentat de Nice

« L'obscurité ne peut pas chasser l'obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l'amour le peut. » Martin Luther-King

La folie meurtrière de l’homme est-elle sans limite ? Les drames se multiplient, nous dévoilant les mille et un visages de l’horreur. « Je suis Bruxelles, je suis Londres, je suis Istanbul, je suis Bagdad, je suis Paris… », une solidarité internationale en réponse à un terrorisme que les frontières n’arrêtent plus.

Aujourd’hui, 84 familles pleurent quelqu’un à qui elles n’ont dit qu’un « à tout à l’heure », au lieu d’un « adieu ». Dix étaient des enfants et des adolescents et avaient toute leur une vie devant eux. 202 familles retiennent leur souffle, espérant le rétablissement d’un proche, parti simplement admirer le ciel en ce 14 juillet. Et le monde entier souffre avec ces familles Niçoises. Une fête nationale devenue deuil national… au nom d’une religion ?... non… au nom d’un idéal ?… non… l’homme doit apprendre à assumer seul sa folie.

Si « pourquoi » est une question plus que légitime, aucune réponse ne saurait justifier l’horreur et aucun mot ne saurait adoucir la tragédie. Comment réagir ? Comment continuer ?

En tant que chrétiens, trouvons secours dans notre Foi… non pas pour un pardon prématuré sorti aux forceps. Mais simplement, garder Foi que ce drame sera surmonté. Foi qu’un jour l’homme sortira de sa folie meurtrière. Foi de voir chacune de nos larmes devenir un discours de paix. Foi que sur cette horreur nous puissions construire quelque chose de digne pour les disparus. Foi que nous trouvions la force d’aimer là où seule la haine serait méritée. Foi que l’amour rassemble là où l’homme aime diviser. Foi que l’Homme soit vraiment plus grand que ses actes.

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

« Derrière toute ces personnes, c’est la communauté humaine qui est menacée »

Extrait de l’homélie de Père Jean-Pierre COTTANCEAU, ss.cc.

Lundi 18 juillet à midi et demi, après un temps de recueillement devant le Haut-Commissariat, suite à l’attentat de Nice, les officiels se sont rendus à la cathédrale de Papeete où une messe a été célébrée par l’Administrateur Apostolique de l’archiddiocèse de Papeete, Jean-Pierre Cottanceau. « Derrière toutes ces personnes, c’est la communauté humaine qui est blessée et menacée, tant nous sommes tous unis », a déclaré le père Jean-Pierre Cottanceau. L’Administrateur Apostolique a mis en garde contre le danger de céder à la vengeance « qui ne résout aucun problème ».

Frères et sœurs, la violence a une fois de plus frappé des innocents : 84 adultes, jeunes et enfants. Ils étaient venus en famille, entre amis, pour fêter, se réjouir, et voici qu’en quelques instants, leur vie a été arrachée. D’autres familles sont plongées dans l’inquiétude et l’angoisse, ayant à déplorer un ou plusieurs blessés. Derrière toutes ces personnes, c’est la communauté humaine qui est blessée, menacée. La violence est en effet une force brutale qui tend à détruire la vie elle-même. Notre humanité, malgré ses avancées et ses progrès se voit ainsi toujours confrontée à la violence et à son cortège de souffrance et de mort. Face à cette situation, le reflexe est de trouver les responsables de cette violence, de chercher l’ennemi. La justice doit en effet avoir le dernier mot. Mais l’ennemi, celui à qui nous attribuons la violence peut être vaincue de deux manières : ou par une violence encore plus forte et plus puissante, et que l’on pourrait être tenté d’appeler la « vengeance » ou par l’amour, comme nous y invite le Christ Jésus. Mais accepter d’entrer dans cette dynamique de l’amour est encore un combat, une lutte. Et cette lutte commence en chacun de nous, car c’est en chacun de nous, dans notre cœur que commence cette violence, toujours prête à se manifester pour nous défendre ou défendre nos intérêts et nos points de vue. Cette lutte peut nous conduire aussi à nous tourner vers Dieu pour lui dire notre souffrance, lorsque nous devenons victimes de la violence et que notre souffrance est trop lourde à porter. Qu’il nous suffise de rappeler les mots que Jésus adresse à son Père alors que, victime lui-même de la violence des hommes, il meurt sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Pourtant, Jésus n’invite pas à la résignation, il invite au combat : il exige le pardon 70 fois 7 fois, il invite à aimer son ennemi et à prier pour ceux qui persécutent… Il résiste à la tentation de la violence. Il va jusqu’à guérir le soldat à qui Pierre avait tranché l’oreille au jardin de Gethsémanie. Il invite à résister à la violence par l’Esprit d’amour, seul capable d’obtenir la conversion du violent et la réconciliation entre lui et sa victime. Jésus ne se contente pas, face à la violence, d’un abandon passif entre les mains de Dieu, il fait violence au violent en lui pardonnant et en l’appelant à la conversion et à la réconciliation. Il nous rappelle enfin que c’est l’amour qui aura le dernier mot. Jésus est sorti vainqueur du tombeau, la vie a triomphé de la mort. Le jour viendra où cette victoire éclatera au grand jour, comme nous le rappelle l’évangile que nous venons d’entendre.

Cathédrale de Papeete le 18 juillet 2017

+ R.P. Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2016

« Respect de la vie »

En marge de l’actualité du jeudi 21 juillet 2016

Tueries, décapitations, viols, assassinats, chaque jour, des innocents paient de leur vie, de leur honneur et de leur dignité l’absence de respect dû à toute vie humaine et l’émergence d’une violence aveugle. Cette situation inquiétante ne peut nous laisser indifférents. Certes, la pratique de la violence traduisant le mépris de la dignité humaine ne date pas d’aujourd’hui. Souvenons-nous de Caïn et Abel ! Mais aujourd’hui, c’est à nous qu’il revient de prendre à notre compte ce combat, au nom de notre Foi en Dieu et en l’Humanité. Un petit retour au Sinaï où Dieu confia à Moïse les commandements, le « décalogue », pourrait nous rafraichir la mémoire et nous aider à réfléchir pour agir.

Le contenu même du décalogue (Ex 20, 2) reflète bien ce lien étroit qui existe entre le respect dû à Dieu et le respect dû à toute personne. Dieu commence par se présenter comme celui qui a fait monter son peuple d’Égypte, qui l’a sauvé, l’a délivré : « Je suis Yahvé ton Dieu, celui qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, du pays de l’esclavage ». Dieu veut des hommes libres. Après les commandements relatifs à Dieu (premier volet), les autres commandements portent sur le respect de la vie (2° volet) : le 6° commandement (tu ne tueras pas) affirme le droit essentiel et fondamental de tout être humain à la vie. Il faut garantir ce droit contre toute tentative arbitraire et délictueuse. L’homicide est l’acte le plus négatif que puisse commettre l’Homme contre l’un de ses semblables. La conscience humaine le réprouve et le condamne de façon unanime. Dans la Bible, la vie appartient à Dieu et à lui seul, et chaque personne est à l’image de Dieu. Vient également le respect dû à ceux qui ont transmis la vie (« tu honoreras ton Père et ta Mère »), le respect de toute cellule familiale dans le respect du couple (« tu ne commettras pas d’adultère »), le respect en actes du bien d’autrui et de ce qui lui est dû vivre (« tu ne voleras pas »), le respect de la parole et de la justice (« tu ne porteras pas de faux témoignage ») et enfin le respect de ce qui appartient à autrui dans le regard que je porte sur ses biens (« tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, tu ne chercheras pas à prendre la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient »). Les deux volets du décalogue montrent qu’on ne saurait séparer conduite vis à vis de Dieu et conduite vis à vis de son prochain. Les deux sont inséparables, réunis dans le commandement de l’Amour…

+ R.P. Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete – 2016

La parole aux sans paroles – 45

Portrait d’homme : Guy

Guy a fait 3 ans d’armée. Plus de 50 ans plus tard, il reste traumatisé de cette période sombre. Il pensait avoir trouvé un bonheur avec une Polynésienne connue en France. Avant de revenir, elle lui proposa de venir la rejoindre dès que possible pour continuer leur histoire. Guy a économisé et sauté dans un avion, un aller simple pour le paradis. Mais, arrivé ici, personne n’était là pour l’accueillir, la belle n’est jamais venue. Aujourd’hui, il erre dans les rues de Papeete, espérant un jour rentrer chez lui. Et, comme si son infortune n’était pas assez suffisante, on l’a refusé au centre d’hébergement… parce qu’il a une pile au cœur. Une formalité administrative imposée avant toute sollicitude !

D’où viens-tu ?

« Je viens de la région parisienne. »

Pourquoi es-tu venu à Tahiti ?

« Il y a une Polynésienne que j’ai connu en France. On était ensemble pendant 8 mois. Elle n’arrêtait pas de me parler de la Polynésie, de Huahine, des traditions. Elle m’a dit : "Viens à Tahiti, je viendrai te chercher à l’aéroport." Elle n’est jamais venue. Et comme le billet d’avion coûte très cher, ben pour retourner en France, c’est très dur ! »

Mais tu as essayé de la contacter ?

« Elle a changé de numéro de téléphone. Je suis bloqué. »

Et ta famille ?

« Je suis célibataire, sans enfants. Je n’ai aucune famille. »

Des sœurs ? Des frères ?

« Non. »

Et depuis combien de temps tu es dans la rue ?

« 3 semaines, 1 mois. »

Le plus dur ?

« La nuit, dans la rue, tu te fais voler. On m’a déjà volé un vini. »

Mais où tu dors ?

« À la Cathédrale. C’est l’endroit le plus sûr. »

Comment tu t’en sors dans la rue ?

« Je vais me débrouiller. S’il le faut, je vais m’acheter du pain. J’ai un peu d’argent, heureusement. Mais normalement, je dois aller à Tipaerui. Je dois voir Diane* mais elle est en vacances, elle revient lundi. Donc lundi je dormirais peut-être là-bas. Normalement, il ne devrait pas y avoir de problème mais bon. Thierry* ne veut pas me mettre à Tipaerui parce que je porte une pile. »

Je ne comprends pas le lien.

« Ni moi ! (Rires) »

Raconte-moi un peu ta vie.

« Ma vie ? J’ai fait l’armée pendant 3 ans. J’ai fait le Tchad. J’ai dû tuer des gens, des femmes, des enfants. C’était l’armée quoi ! Et tu vis avec ça toute ta vie. C’est très dur ! »

Comment on survit à ça ?

« Il faut avoir un bon moral mais de temps en temps tu y repenses. Parce que tu as tué des femmes et des enfants, c’est horrible. Ils n’avaient rien à voir mais tu étais obligé de les tuer. Tu revois même des visages, ça défile le soir avant de dormir. Tu fais des cauchemars, tu es en sueur, sueur froide, tu as du mal à respirer. Et ça, ça va durer toute la vie ! Malheureusement ! Quand je me suis engagé, j’avais 17 ans et demi. Et j’ai quitté à 20 ans. Après l’armée, j’ai fait manœuvre dans le bâtiment, j’ai fait chauffeur poids lourd, chauffeur de car. Et aujourd’hui, je suis en congé de longue maladie. J’ai un cancer. Et je vis avec ! »

Comment tu vois la suite ?

« Aujourd’hui, je vis au jour le jour. J’espère trouver une chambre ou un endroit pour dormir. Je vais essayer de retourner en France. Parce qu’ici, je ne suis pas couvert, ça bloque avec la C.P.S. »

Il t’est arrivé quelque chose de bien quand même depuis ?

« Oui, bien sûr ! »

Un dernier message ?

« Je souhaite que la Polynésie retrouve ce qu’elle a perdu, son histoire, ses traditions, son prestige. »

* Les noms ont été changés

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

« La détestation de l’autre sape la société »

Entretien avec Véronique Margron, théologienne

Pour Sœur Véronique Margron, théologienne moraliste et ancienne doyenne de la faculté de théologie d’Angers, lorsque l’on ne parvient plus à considérer l’autre différent comme son semblable, on prépare l’enfer.

La Croix : Comment résister à la tentation de la haine, du rejet de l’autre ?

Véronique Margron  : À vrai dire, on ne sait pas bien, y compris pour les chrétiens, comment résister au déferlement de la colère face à la violence et au mal absurdes. Le mal reste toujours une énigme pour la raison, pour l’intelligence, pour la volonté. D’où une nécessaire humilité pour réfléchir et répondre à ces questions.

La Croix : Mais à chaque fois qu’adviennent des crimes de cette ampleur, la tentation n’est-elle pas le rejet et la haine à l’égard des bourreaux ?

Véronique Margron  : Pourtant, plus on développe la haine, plus on donne raison à ces fous sanguinaires. À travers notre haine, ce sont leurs bras armés qui se prolongent. Car la détestation effectue un travail de sape de la société en tant que telle, notamment lorsqu’il s’agit d’une démocratie. Les individus ne peuvent vivre en effet comme s’ils étaient une juxtaposition de monades (totalités closes et uniques, NDLR). Autrement dit, si c’est la haine et le soupçon qui gouvernent, s’il n’y a plus de bien commun partageable, alors il n’y a plus d’humanité, et encore moins de démocratie, possibles.

La Croix : Mais la frontière entre lucidité et soupçon est ténue...

Véronique Margron  : Cette frontière n’est pas simple à vivre, effectivement. C’est pourtant ce à quoi nous sommes condamnés et convoqués. Sinon, nous ne pourrons plus vivre demain en démocratie. En fait, c’est toute la question de l’altérité qui se repose après chaque attentat terroriste. À partir du moment où nous ne pouvons plus considérer le différent comme notre semblable, alors nous préparons l’enfer. Il y a là un enjeu pour la politique, au sens noble, ainsi que pour l’éducation : dès lors que le refus de l’altérité est en jeu, il faut être extrêmement vigilant car le tissu social se défait bien plus vite qu’il ne se fait. Plus nous vivrons dans des situations de repli communautaire, plus nous organiserons le soupçon envers toute altérité, moins nous serons capables de curiosité bienveillante, alors plus nous risquons d’engendrer la violence dans nos liens humains ordinaires.

La Croix : Ces liens ordinaires sont-ils plus difficiles à vivre avec des musulmans ?

Véronique Margron  : Je ne suis pas une spécialiste de l’interreligieux. Mais je ne doute pas que des millions de musulmans, à titre individuel, soient des femmes et des hommes de paix. Le problème est que l’organisation de l’islam est d’abord politique et non théologique ou spirituelle. Se joue là aussi l’invitation faite à Abraham, et donc à chaque être croyant, de « quitter son pays », c’est-à-dire quitter « le trop connu » pour aller vers l’autre. Cette capacité à oser l’altérité n’est pas une option mais une condition pour vivre, pour être vivant. Et pour l’être ensemble.

La Croix : Ne donne-t-on pas l’impression qu’il s’agit là de propos idéalistes ?

Véronique Margron  : Non, au contraire. C’est dans les liens les plus habituels, familiers, avec ses collègues et voisins musulmans – ou tout simplement d’une autre culture- que se vit le « quitte ton pays ». Si le soupçon s’infiltre partout, c’est Daech et tous les semeurs de haine qui auront gagné. La question est donc bien d’être lucide, ferme et juste dans un monde violent, sans être soupçonneux à l’égard de toute altérité. Et cette question ne cesse de traverser la Bible. Rappelez-vous, le premier meurtre, celui d’Abel par son frère Caïn (Gn 4,9)  et ceci est valable pour chacun de nous. Qu’est-ce qui fait qu’au lieu d’être gardien de mon frère, j’en deviens le bourreau ? N’est-ce pas la jalousie, la convoitise ? Parce que je ne supporte pas ce que j’imagine que l’autre a, je veux le détruire. Là est vraiment la racine de toute violence. C’est la question qui se pose dès les premières lignes de la Genèse : comment vivre avec « tout moins un » ? Nous sommes tous confrontés au même dilemme qu’Adam et Ève. Face à cette évidence que nous avons accès à « tous les arbres du jardin sauf un », deux choix sont possibles : soit développer rancune et rancœur et considérer que nous ne pourrons pas vivre tant que nous n’aurons pas goûté le fruit de cet arbre-là ; soit, au contraire, nous réjouir et considérer qu’il est bon et bien que quelque chose nous échappe. Là nait le désir de la rencontre. Dès que nous optons pour la première attitude, alors nous entrons dans la détestation d’autrui et donc de nous-même.

© La Croix - 2016

Attentat de Nice… résister à la haine

Entretien avec Rafaël Tyszblat, facilitateur de dialogue interculturel

Médiateur spécialisé en gestion de conflits et expert en communication interculturelle, Rafaël Tyszblat travaille, entre autres, pour l’institut européen de la médiation, EuroMediation, et pour la Muslim Jewish Conference. Face aux attitudes et propos violents que l’attentat de Nice a suscités, il souligne l’importance de résister, par l’information et le dialogue, à la tentation de la haine.

La Croix : Les premières réactions à la suite de l’attentat de Nice ont été, notamment sur les réseaux sociaux, empreintes de violence, voire de haine : comment expliquez-vous cette animosité ?

Rafaël Tyszblat : C’est un peu une évidence. Ce ne sont pas les premiers attentats que nous subissons, en France, surtout depuis un an et demi. Face à ces attentats et à leur multiplication, à l’impuissance des pouvoirs publics, à l’échec de la sécurité, certains Français se disent qu’il ne reste plus que la guerre pour lutter contre un tel fléau, et qu’ils sont les seuls, individuellement, à pouvoir le faire. L’autre – ici le musulman – devient alors un problème, le problème à renvoyer, à combattre, à annihiler.

À cette réaction violente s’ajoute la volonté, forte, de beaucoup, de sortir de l’injonction du politiquement correct. Les gens n’aiment pas recevoir des injonctions de se taire ou de penser. Des phrases comme « il ne faut pas être raciste, ne pas faire d’amalgames » peuvent alors, paradoxalement, être génératrices de violence et de haine. La haine est d’ailleurs, je tiens à le souligner, un sentiment humain, qui provient d’une colère face à une injustice, par exemple. Mais c’est une colère, en soi légitime, qui s’est transformée en croyance que la fin de cette injustice ne peut survenir que par la suppression de celui qui, selon moi, est à l’origine de ce problème.

La Croix : Comment faire, alors, pour que chacun, à son niveau, puisse résister à ce sentiment de haine ?

Rafaël Tyszblat : Il faut d’abord être conscient que nous pouvons tous éprouver de la haine. Savoir reconnaître un sentiment permet, ensuite, de le dépasser. C’est dans le déni que les émotions négatives peuvent grandir. Un travail basique de respiration en pleine conscience que le yoga, mais aussi d’autres techniques comme le coaching, utilise, peut aider à cette prise de conscience. Puis, il est nécessaire de comprendre qu’il peut exister une alternative à la suppression de l’autre même si je perçois cet autre comme mon ennemi.

La Croix : Et dans la durée ?

Rafaël Tyszblat : Je souligne toujours, dans mes interventions, la nécessité, d’abord, de l’information. S’informer, sur les religions, les cultures, la politique, l’histoire, les relations internationales, est capital pour comprendre comment fonctionne le monde dans lequel nous vivons, ainsi que les événements, comme les attentats, que nous pouvons subir.

Cette information doit se faire à travers plusieurs sources y compris parfois des sources marginales. Nous ne pouvons pas nous contenter d’une seule publication ou de la télévision qui encourage parfois, en « faisant vivre l’émotion », nos peurs, notre haine. Il est d’ailleurs sur ce point important je crois que chaque adolescent puisse recevoir une éducation aux médias.

Il est ensuite primordial, pour abolir les ghettos mentaux, que chacun entre en dialogue avec l’autre, parle à son voisin. Concrètement, chaque fois que nous sommes témoins d’une attitude, d’un comportement ou de propos qui nous semblent choquants de la part de quelqu’un qui n’a pas la même opinion ou culture que nous, essayons de convertir notre réaction première d’animosité en curiosité. Essayons de comprendre ce qui a mené cette personne à penser et agir différemment de moi. Des associations comme Coexister ou des mouvements comme Initiatives et changements ou Kawaa – Grandir Ensemble, existent pour le faire dans un cadre respectueux de l’autre. N’attendons pas trop longtemps. Nous serions alors obligés de gérer la haine et non plus de la prévenir.

Recueilli par Isabelle Demangeat

© La Croix - 2016

Le jour où Joseph Ratzinger a prédit l’avenir de l’Église

Lors de l’enregistrement d’une émission à la radio allemande en 1969

Il n’a jamais prétendu pouvoir lire l’avenir. Non, sa sagesse était bien trop grande pour cela. D’ailleurs, il avait modéré ses remarques initiales en se déchargeant ainsi : « Soyons prudents dans ce que nous annonçons. Ce qu’a dit Saint Augustin est toujours vrai : l’Homme est un abysse. Personne ne peut savoir à l’avance ce qui va ressortir de ces profondeurs. Et quiconque considère que l’Église n’est pas déterminée uniquement par cet abysse qu’est l’Homme, mais qu’elle s’efforce d’atteindre le grand, l’infini abysse divin, sera le premier à douter de ses propres prédictions, car cette volonté naïve de vouloir avoir raison à coup sûr ne pourrait qu’être la preuve d’une incompétence sur le plan historique. » Mais son époque, marquée par un danger existentiel, un cynisme politique et une morale qui allait à vau-l’eau, avait faim de réponses. L’Église catholique, une balise dans ces eaux agitées, avait elle aussi opéré certains changements, et les « pro » et les « anti-changements » se demandaient chacun de leur côté ce qui allait advenir de l’Église. C’est dans ce contexte, en 1969, que le père Joseph Ratzinger allait donner une réponse très réfléchie à la radio allemande. Voici ses remarques de conclusion.

Je pense, non, je suis sûr, que le futur de lÉglise viendra de personnes profondément ancrées dans la foi, qui en vivent pleinement et purement. Il ne viendra pas de ceux qui s’accommodent sans réfléchir du temps qui passe, ou de ceux qui ne font que critiquer en partant du principe qu’eux-mêmes sont des jalons infaillibles. Il ne viendra pas non plus de ceux qui empruntent la voie de la facilité, qui cherchent à échapper à la passion de la foi, considérant comme faux ou obsolète, tyrannique ou légaliste, tout ce qui est un peu exigeant, qui blesse, ou qui demande des sacrifices. Formulons cela de manière plus positive : le futur de l’Église, encore une fois, sera comme toujours remodelé par des saints, c’est-à-dire par des hommes dont les esprits cherchent à aller au-delà des simples slogans à la mode, qui ont une vision plus large que les autres, du fait de leur vie qui englobe une réalité plus large. Il n’y a qu’une seule manière d’atteindre le véritable altruisme, celui qui rend l’homme libre : par la patience acquise en faisant tous les jours des petits gestes désintéressés. Par cette attitude quotidienne d’abnégation, qui suffit à révéler à un homme à quel point il est esclave de son égo, par cette attitude uniquement, les yeux de l’homme peuvent s’ouvrir lentement. L’homme voit uniquement dans la mesure où il a vécu et souffert. Si de nos jours nous sommes à peine encore capables de prendre conscience de la présence de Dieu, c’est parce qu’il nous est tellement plus facile de nous évader de nous-mêmes, d’échapper à la profondeur de notre être par le biais des narcotiques, du plaisir etc… Ainsi, nos propres profondeurs intérieures nous restent fermées. S’il est vrai qu’un homme ne voit bien qu’avec le cœur, alors à quel point sommes-nous aveugles ?

Quel rapport tout cela a-t-il avec notre problématique ? Eh bien, cela signifie que les grands discours de ceux qui prônent une Église sans Dieu et sans foi ne sont que des bavardages vides de sens. Nous n’avons que faire d’une Église qui célèbre le culte de l’action dans des prières politiques. Tout ceci est complètement superflu. Cette Église ne tiendra pas. Ce qui restera, c’est l’Église du Christ, l’Église qui croit en un Dieu devenu Homme et qui nous promet la vie éternelle. Un prêtre qui n’est rien de plus qu’un travailleur social peut être remplacé par un psychologue ou un autre spécialiste. Un prêtre qui n’est pas un spécialiste, qui ne reste pas sur la touche à regarder le jeu et à distribuer des conseils, mais qui, au nom de Dieu, se met à la disposition des Hommes, est à leurs côtés dans leurs peines, dans leurs joies, dans leurs espoirs et dans leurs peurs, oui, ce genre de prêtres, nous en aurons besoin à l’avenir.

Allons encore un peu plus loin. De la crise actuelle émergera l’Église de demain – une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. Elle ne sera plus à même de remplir tous les édifices construits pendant sa période prospère. Le nombre de fidèles se réduisant, elle perdra nombre de ses privilèges. Contrairement à une période antérieure, l’Église sera véritablement perçue comme une société de personnes volontaires, que l’on intègre librement et par choix. En tant que petite société, elle sera amenée à faire beaucoup plus souvent appel à l’initiative de ses membres.

Elle va sans aucun doute découvrir des nouvelles formes de ministère, et ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession. Dans de nombreuses petites congrégations ou des groupes indépendants, la pastorale sera gérée de cette manière. Parallèlement, le ministère du prêtre à plein temps restera indispensable, comme avant. Mais dans tous ces changements que l’on devine, l’essence de l’Église sera à la fois renouvelée et confirmée dans ce qui a toujours été son point d’ancrage : la foi en un Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait Homme, en l’Esprit-Saint présent jusqu’à la fin du monde. Dans la foi et la prière, elle considérera à nouveau les sacrements comme étant une louange à Dieu et non un thème d’ergotages liturgiques.

L’Église sera une Église plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela sera difficile pour elle, car cette période d’ajustements et de clarification va lui coûter beaucoup d’énergie. Cela va la rendre pauvre et fera d’elle l’Église des doux. Le processus sera d’autant plus ardu qu’il faudra se débarrasser d’une étroitesse d’esprit sectaire et d’une affirmation de soi trop pompeuse. On peut raisonnablement penser que tout cela va prendre du temps. Le processus va être long et fastidieux, comme l’a été la voie menant du faux progressisme à l’aube de la Révolution française – quand un évêque pouvait être bien vu quand il se moquait des dogmes et même quand il insinuait que l’existence de Dieu n’était absolument pas certaine – au renouveau du XIXe siècle. Mais quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Église simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. Les hommes évoluant dans un monde complètement planifié vont se retrouver extrêmement seuls. S’ils perdent totalement de vue Dieu, ils vont réellement ressentir l’horreur de leur pauvreté. Alors, ils verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destiné, une réponse qu’ils avaient toujours secrètement cherchée.

Pour moi, il est certain que l’Église va devoir affronter des périodes très difficiles. La véritable crise vient à peine de commencer. Il faudra s’attendre à de grands bouleversements. Mais je suis tout aussi certain de ce qu’il va rester à la fin : une Église, non du culte politique car celle-ci est déjà morte, mais une Église de la foi. Il est fort possible qu’elle n’ait plus le pouvoir dominant qu’elle avait jusqu’à maintenant, mais elle va vivre un renouveau et redevenir la maison des hommes, où ils trouveront la vie et l’espoir en la vie éternelle.

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L’Église catholique survivra en dépit des hommes et des femmes, et pas forcément grâce à eux. Et pourtant, nous avons notre rôle à jouer. Nous devons prier et cultiver l’amour de l’autre, l’abnégation, la fidélité, la dévotion aux sacrements et une vie centrée sur le Christ.

Il est possible d’approfondir ces questions et de retrouver l’intégralité de ces propos en lisant l’ouvrage de Joseph Ratzinger "La foi chrétienne hier et aujourd’hui."

© Aleteia.org - 2016

« Les scénario mondial nous inquiète beaucoup »

Le Cardinal Parolin, Secrétaire d’État, s’inquiète de la situation mondiale

Interrogé par des journalistes quelques jours après l’attentat de Nice et la tentative de coup d’État en Turquie, le secrétaire d’État du Saint-Siège, numéro 2 du Vatican, a fait part de son inquiétude devant « les haines, les divisions » qui « augmentent » dans le monde.

« Le scénario mondial nous inquiète beaucoup parce que nous voyons malheureusement comment les haines, les divisions augmentent. » Le secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, a fait ce sombre constat, mardi 19 juillet, à l’issue d’une conférence annuelle sur les activités de l’hôpital Bambino Gesù, à l’Académie des sciences sociales du Vatican.

Surtout, « il est toujours plus difficile de résoudre ces conflits avec des critères de justice, de dignité et de solidarité », a-t-il ajouté. Il réagissait notamment à l’attentat de Nice, revendiqué par Daech, qui avait fait 84 morts, cinq jours plus tôt.

L’attentat de Nice, « une expression de haine pure »

« Il n’y a pas de mots, c’est une expression de haine pure. (…) Vraiment, on peut se demander ce qu’il s’est passé » pour qu’un homme en vienne à commettre un tel acte, a commenté le cardinal Parolin. « Nous devons travailler tous ensemble pour chercher à comprendre quelles sont les causes de ces phénomènes aussi dramatiques et douloureux, et évidemment les dépasser », a-t-il souhaité.

Le secrétaire d’État du pape François a estimé que « naturellement », une intervention sécuritaire et de renseignement était « nécessaire pour la sécurité », mais que l’essentiel était d’agir au niveau « culturel, pour extirper les racines de ces phénomènes et aider les populations et les personnes à s’accepter réciproquement ». Reprenant une idée souvent répétée par le pape, le cardinal a souhaité que « les différences qui existent deviennent au contraire une occasion d’enrichissement réciproque et non d’affrontement et de deuil ».

Inquiétude sur la situation en Turquie

Également interrogé sur la situation en Turquie, le cardinal Parolin s’est dit inquiet des récents développements, après la tentative ratée de coup d’État militaire contre le président Erdogan. Le cardinal a dit espérer que cette crise sera résolue « dans le respect de l’état de droit ». Le secrétaire d’État a par ailleurs rappelé la position du Saint-Siège sur le conflit syrien, en affirmant la nécessité d’une solution négociée et diplomatique pour une stabilisation pérenne du pays.

© La Croix - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

 

Les paroles nous sont nécessaires, à nous, afin de nous rappeler et de nous faire voir ce que nous devons demander. Ne croyons pas que ce soit afin de renseigner le Seigneur ou de le fléchir.

Aussi, lorsque nous disons : Que ton nom soit sanctifié, c’est nous-mêmes que nous exhortons à désirer que son nom, qui est toujours saint, soit tenu pour saint chez les hommes aussi, c’est-à-dire ne soit pas méprisé, ce qui profite aux hommes et non pas à Dieu.

Et lorsque nous disons : Que ton règne vienne, alors qu’il viendra certainement, que nous le voulions ou non, nous excitons notre désir de ce règne, afin qu’il vienne pour nous, et que nous obtenions d’y régner.

Quand nous disons : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, c’est pour nous que nous demandons une telle obéissance, afin que sa volonté soit faite en nous comme elle est faite au ciel par ses anges.

Quand nous disons : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, aujourd’hui signifie « dans le temps présent ». Ou bien nous demandons d’avoir ce qu’il nous faut en désignant le tout par la partie la meilleure, qui est le pain ; ou bien nous demandons le sacrement des croyants qui nous est nécessaire dans le temps présent pour obtenir non pas le bonheur dans ce temps, mais le bonheur éternel.

Quand nous disons : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, nous rappelons à nous-mêmes et ce que nous demandons et ce que nous devons faire pour être exaucés.

Quand nous disons : Ne nous soumets pas à la tentation*, nous rappelons à nous-mêmes ce qu’il faut demander ; que nous ne consentions pas à une tentation trompeuse, ou que nous ne fléchissions pas sous une tentation accablante, parce que nous serions privés du secours divin.

Lorsque nous disons : Délivre-nous du Mal, nous rappelons à nous-mêmes qu’il ne faut pas nous croire établis dans ce lieu où nous n’aurons plus à souffrir aucun mal. Et cette demande placée en dernier lieu dans la prière du Seigneur a une telle ampleur que le chrétien soumis à n’importe quelle épreuve exprime sa plainte par elle, verse des larmes par elle, commence par elle, s’y attarde, et termine par elle sa prière. Nous avions besoin de ces paroles pour confier les réalités elles-mêmes à notre mémoire.

Car lorsque nous disons n’importe quelles autres paroles, soit que le cœur de l’homme en prière les forme d’abord, pour voir clair en lui, soit qu’il s’y attache en conclusion pour s’épancher, nous ne disons rien d’autre que ce qui se trouve déjà dans cette prière du Seigneur, du moins si nous prions de façon juste et appropriée. Si l’on dit quel¬que chose qui ne puisse pas se rattacher à cette prière évangélique, même si la prière n’est pas illicite, elle est charnelle. Et je ne sais pas comment on pourrait ne pas l’appeler illicite, puisque la prière spirituelle est la seule qui convienne à des hommes qui ont reçu du Saint-Esprit la nouvelle naissance.

St Augustin (354-430), Lettre à Proba sur la prière.

© Textes liturgiques © AELF, Paris

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Date de dernière mise à jour : 2016-07-25