Pko 26.03.2016 samedi saint

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°20/2016

Samedi 26 avril et Dimanche 27 mars 2016 – Vigile pascale et Dimanche de Pâques – Année C

Humeurs

« Les Champignons de Paris »

Dimanche dernier, au petit théâtre de la Maison de la culture, se donnait en « répétition générale » une pièce intitulée « Les Champignons de Paris ». Le thème de la pièce est une réflexion sur les 193 essais nucléaires opérés par la France en Polynésie. Une pièce jouée d’une façon sobre et admirable par trois acteurs dont deux jeunes polynésiens…

Nous avons eu l’occasion de lire, voir et entendre beaucoup de choses sur les essais nucléaires : articles, rapports, documentaires, débats… mais c’est la première fois que ce thème est mis en scène pour une pièce de théâtre. Une pièce qui ne cherche pas la polémique mais qui veut simplement aider à se poser les vraies questions… « Pourquoi ? », les nombreux « pourquoi ? ». C’est clairement le but des auteurs et metteurs en scène qui ont mis en exergue cette phrase du philosophe de Spinoza : « Ni rire, ni pleurer mais comprendre. »

Une heure et demie « non stop » sans longueur, d’une grande sobriété dans les textes, dans les gestes et attitudes des acteurs, dans les éléments d’archives vidéo et audio qui accompagnent et illustrent le spectacle.

La représentation terminée, quelques soient nos convictions, nos prises de position… on n‘est plus le même… quelque chose a changé au fond de notre âme. Se mêlent colère, révolte, culpabilité, honte, peur, angoisse… Puis avec le temps, nous prenons petit à petit conscience que les contradictions ne sont pas seulement dans les débats des uns et des autres… mais qu’elles sont d’abord au fond de nous-mêmes.

Commence alors un long chemin, ou il nous faut identifier ces contradictions dans nos vies, les reconnaître, les assumer pour enfin essayer de se les pardonner… pour pouvoir demain à la fois oser demander pardon et pardonner !

Et c’est bien tout l’enjeu de nos vies, de nos communautés, de notre société. Vivre avec nos contradictions… en acceptant les contradictions des autres… pour chercher ensemble cette vérité dont personne n’est dépositaire… mais qu’ensemble nous pouvons atteindre…

Qu’en cette fête du Christ Ressuscité, nous trouvions la force d’aimer au-delà de nous-même !

« Seul l'art à le pouvoir de sortir la souffrance de l'abîme. »

Aharon APPELFELD

« Les Champignons de Paris »

1960. La France lance son programme d'essai nucléaire militaire dans le Sahara. Six ans plus tard, suite à l'indépendance de l'Algérie, elle le poursuit en Polynésie sur les atolls de Mururoa et de Fangataufa.

193 tirs, atmosphériques puis souterrains ont été réalisés sur ce tout petit bout du monde. Il faudra attendre 1998 pour voir leur arrêt définitif.

Sous couvert de protéger la paix, la France s'est dotée d'une arme capable de détruire la Terre, et ne semble pas aujourd'hui vouloir reconnaître les désastres engendrés par ses essais.

Le spectacle commence autour de la propagande de t'époque, en faveur du nucléaire et de ses bienfaits. Des éléments d'archives vidéo et audio, des extraits de discours des politiques de l'époque illustrent le rêve de progrès et de prospérité promis par la France.

Sont ensuite relatés par les témoins directs de la bombe la réalité de ce qu'est le nucléaire, les premières prises de conscience, les incidents, les mystères qui entourent certains évènements.

Quand la « fête » est finie, reste les maladies, les vies brisées, les désastres sociaux et écologiques... Et l'envie d'être entendu, d'être reconnu, pour pouvoir se relever et continuer d'avancer.

En septembre 2016

Chronique

Balises pour une navigation agitée

À Tahiti, dans les îles du Pacifique comme partout dans notre monde en transformation radicale, les populations déboussolées cherchent un sens à la vie, à leur vie. Les systèmes idéologiques s'effondrent aussi bien la planification autoritaire de l'État que le libéralisme sans freins.

Dans la ligne de l'évangile, les yeux fixés sur Jésus-Christ, l'église centre son enseignement social sur la radicale dignité de la personne humaine du début à la fin de la vie, dignité égale chez les pauvres et les riches, les petits et les grands, les noirs, les blancs, les jeunes et les innombrables métis, les « demis » à Tahiti. Tout homme est mon frère, car il est frère du Christ et enfant du Père. Du « Voici l'homme » de Pilate à « l'Homme est la route de l'Église » de Jean-Paul Il, telle est la première, la plus fondamentale des balises. On ne peut aimer Dieu invisible sans aimer et servir ses frères visibles.

Cela entraîne la solidarité active entre les personnes, les groupes et les peuples dans le refus absolu de tout racisme et le respect de la liberté de conscience et de vie pour tous. Ainsi la liberté de chacun, solidaire de celle des autres, reconnaît la destination universelle des biens dans le respect responsable de la création, de la Nature. La propriété privée n'est pas un absolu, mais un droit d'usage limité, mais essentiel comme espace de liberté : liberté des familles, liberté d'éducation, liberté d'entreprendre, liberté d'association... Rendre les personnes responsables et participantes des décisions qui les concernent, c'est le principe de subsidiarité, base de toute convivialité entre l'individu isolé et l'État omniprésent.

Le test de l'authenticité d'un tel comportement qui respecte toute personne humaine est l'option préférentielle pour les pauvres. Car les petits, les marginaux, les handicapés, les sans-défense n'ont en propre que leur dignité de personne humaine. C'est là dessus que chacune de nos vies sera jugée (Matthieu 25, 31- 46) : « Tout ce que vous aurez fait à l'un de ces petits qui sont nos frères, c'est à moi que vous l'aurez fait », dit le Seigneur. Balise combien lumineuse dans notre mer si agitée !

R.P. Paul HODÉE

10 mai 1992

En ces trois jours, tout nous parle de la Miséricorde

Audience générale du mercredi 23 mars 2016 – Pape François

Le Pape a consacré son audience générale de ce mercredi, à la miséricorde et au Triiduum pascal qui commence ce jeudi, un Triduum qui « rend visible jusqu’où peut aller l’amour de Dieu ». « L’amour de Dieu n’a pas de limite », a expliqué ainsi le Pape François qui, dans sa catéchèse, développe l’idée que le Triduum pascal « est un mémorial d’un drame d’amour qui nous donne la certitude que nous ne serons jamais abandonnés dans les épreuves de la vie ».

Chers frères et sœurs, bonjour !

Notre réflexion sur la miséricorde de Dieu nous introduit, aujourd’hui, dans le Triduum pascal. Nous vivrons le Jeudi, le Vendredi et le Samedi saints comme des temps forts qui nous permettent d’entrer toujours davantage dans le grand mystère de notre foi : la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Tout, pendant ces trois jours, parle de miséricorde en rendant visible jusqu’où peut aller l’amour de Dieu.

Nous écouterons le récit des derniers jours de la vie de Jésus. L’évangéliste Jean nous offre la clé pour en comprendre le sens profond : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). L’amour de Dieu n’a pas de limites. Comme le répétait souvent saint Augustin, c’est un amour qui va « à la fin sans fin ». Dieu s’offre vraiment tout entier pour chacun de nous et il ne s’épargne rien. Le mystère que nous adorons en cette Semaine sainte est une grande histoire d’amour qui ne connaît pas d’obstacle. La passion de Jésus dure jusqu’à la fin du monde, parce que c’est l’histoire d’un partage avec les souffrances de toute l’humanité et une présence permanente dans les événements de la vie personnelle de chacun de nous. En somme, le Triduum pascal est le mémorial d’un drame d’amour qui nous donne la certitude que nous ne serons jamais abandonnés dans les épreuves de la vie.

Le Jeudi saint, Jésus institue l’Eucharistie, en anticipant, dans le banquet pascal, son sacrifice sur le Golgotha. Pour faire comprendre à ses disciples l’amour qui l’anime, il leur lave les pieds, leur donnant une fois encore, en personne, l’exemple de la façon dont ils doivent eux-mêmes agir. L’Eucharistie, c’est l’amour qui se fait service. C’est la présence sublime du Christ qui désire rassasier tous les hommes, surtout les plus faibles, pour les rendre capables de témoigner en cheminant parmi les difficultés du monde. Plus encore, en se donnant à nous en nourriture, Jésus atteste que nous devons apprendre à rompre cette nourriture avec les autres pour qu’elle devienne une vraie communion de vie avec ceux qui sont dans le besoin. Il se donne à nous et nous demande de demeurer en lui pour faire la même chose.

Le Vendredi saint, c’est le moment culminant de l’amour. La mort de Jésus qui, sur la croix, s’abandonne au Père pour offrir le salut au monde entier, exprime l’amour donné jusqu’au bout, sans fin. Un amour qui désire embrasser toutes les personnes sans exception. Un amour qui s’étend à tous les temps et à tous les lieux : une source inépuisable de salut à laquelle chacun de nous, pécheurs, peut puiser. Si Dieu nous a montré son amour suprême dans la mort de Jésus, alors nous aussi, régénérés par l’Esprit-Saint, nous pouvons et nous devons nous aimer les uns les autres.

Et enfin, le Samedi saint est le jour du silence de Dieu. Ce doit être un jour de silence et nous devons tout faire pour que, pour nous, ce soit précisément une journée de silence, comme ce fut alors le cas : le jour du silence de Dieu. Déposé dans le sépulcre, Jésus partage avec toute l’humanité le drame de la mort. C’est un silence qui parle et qui exprime l’amour en solidarité avec les personnes abandonnées de toujours, que le Fils de Dieu rejoint en comblant le vide que seule la miséricorde infinie de Dieu le Père peut remplir. Dieu se tait, mais par amour. En ce jour, l’amour – cet amour silencieux – devient attente de la vie dans la résurrection. Réfléchissons, le Samedi saint : cela nous fera du bien de penser au silence de la Vierge Marie, « celle qui a cru » et qui, dans le silence, était dans l’attente de la Résurrection. La Vierge Marie devra être l’image, pour nous, de ce Samedi saint. Bien réfléchir à la façon dont la Vierge Marie a vécu ce Samedi saint : dans l’attente. C’est l’amour qui ne doute pas, mais qui espère dans la parole du Seigneur, pour qu’elle devienne manifeste et resplendissante le jour de Pâques.

C’est tout un grand mystère d’amour et de miséricorde. Nos paroles sont pauvres et insuffisantes pour l’exprimer en plénitude.

Nous pouvons être aidés par l’expérience d’une jeune fille, peu connue, qui a écrit des pages sublimes sur l’amour du Christ. Elle s’appelait Julienne de Norwich et elle était analphabète ; cette jeune fille, qui eut des visions de la passion de Jésus et qui, ensuite, vécut en recluse, a décrit, dans un langage simple mais profond et intense, le sens de l’amour miséricordieux. Elle disait ceci : « Alors notre bon Seigneur me demanda : ‘Es-tu contente que j’aie souffert pour toi ?’ Je dis : ‘Oui, bon Seigneur, et je te remercie infiniment ; oui, bon Seigneur, sois béni !’. Alors, Jésus, notre bon Seigneur, dit : ‘Si tu es contente, je le suis aussi. Avoir souffert la passion pour toi est pour moi une joie, un bonheur, une allégresse éternelle ; et si je pouvais souffrir davantage, je le ferais’ ». Voilà qui est notre Jésus, qui dit à chacun de nous : « Si je pouvais souffrir davantage pour toi, je le ferais ».

Comme ces paroles sont belles ! Elles nous permettent de vraiment comprendre l’amour immense et sans limites que le Seigneur a pour chacun de nous. Laissons-nous envelopper par cette miséricorde qui vient à nous ; et en ces jours-ci, tandis que nous gardons notre regard fixé sur la passion et la mort du Seigneur, accueillons dans notre cœur la grandeur de son amour et, comme la Vierge Marie le Samedi, en silence, dans l’attente de la Résurrection.

© Copyright 2016 – Libreria Editrice Vaticana
 

Trois questions sur une exhortation apostolique

Qu’est-ce que c’est ?

Alors que le pape François se prépare à publier l’exhortation apostolique faisant suite au Synode des évêques sur la famille, le point sur le statut de ce texte particulier.

Qu’est-ce qu’une exhortation apostolique ?

À l’origine, l’exhortation apostolique était un appel, une admonestation ou une recommandation, sans caractère juridique, adressée par les papes à une catégorie de fidèles.

En 1974, alors que les évêques réunis à Rome pour la IIIe assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, sur « l’évangélisation du monde contemporain », avaient eu du mal à se mettre d’accord sur ce que signifiait ce concept, le cardinal Karol Wojtyla, archevêque de Cracovie, persuadera néanmoins le pape de reprendre à son compte une partie des conclusions des évêques dans une exhortation apostolique. Publiée en 1975, Evangelii nuntiandi sera ainsi la toute première exhortation apostolique « post-synodale ».

Devenu pape, Karol Wojtyla reprendra cette habitude de rassembler, dans une exhortation apostolique post-synodale, les conclusions des synodes qu’il a convoqués. Plusieurs de ces textes auront un grand retentissement comme Familiaris consortio (1981), Pastores dabo vobis (1982) ou Christifideles laici (1988). Une démarche reprise par les successeurs de Jean-Paul II.

Quelle différence avec une encyclique ?

Les lettres encycliques (du grec enkuklios, « circulaire ») étaient des correspondances entre un archevêque et les évêques de sa province, ou entre les évêques et leurs fidèles. Au XVIIIe siècle, l’usage du nom a été réservé aux circulaires envoyées par le pape aux évêques (on parlait alors plus de « lettres pastorales » pour les textes envoyés par ceux-ci à leurs fidèles).

Aujourd’hui, une encyclique est l’occasion pour le pape de développer un point de doctrine, sans promulguer de définitions nouvelles (pour les dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption, les papes ont utilisé des constitutions apostoliques). « Les encycliques ne portent pas de définitions ex cathedra, relève l’historien Philippe Levillain. Mais elles indiquent une direction obligatoire à tous les catholiques. »

Les exhortations apostoliques ont, quant à elles, plus souvent une visée pratique et pastorale.

Quelle est l’autorité d’une exhortation apostolique ?

Dans l’Église catholique, l’autorité d’un texte n’est pas directement liée à sa forme. L’exhortation apostolique, comme l’encyclique, relève du magistère extraordinaire du pape : ainsi, même s’il n’est pas solennel, l’enseignement qu’elle contient est définitif et engage l’infaillibilité, les vérités qu’il contient ayant un lien organique direct avec les vérités de foi divinement révélées. Elle suppose donc « une soumission religieuse de la volonté et de l’intelligence ».

Par rapport à une encyclique, il n’y a donc pas vraiment de hiérarchie, d’autant plus que, si la première est un acte du pape seul, l’exhortation apostolique post-synodale, intervient après que le pape a consulté le collège épiscopal via le Synode des évêques.

Nicolas SENÈZE

© Copyright 2015 – La Croix

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Date de dernière mise à jour : 2016-03-25