Pko 28.02.2016

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°13/2016

Dimanche 28 février 2016 – 3ème Dimanche du Temps de Carême – Année C

Humeurs

Insécurité et violence à Papeete en recrudescence !

Nous avons souvent l’habitude de voir ce titre dans la presse du Fenua… cependant le contenu de nos humeurs diffère quelque peu.

Le Chanoine honoraire de la Basilique Saint Jean du Latran a été, probablement bien malgré lui, l’objet d’une polémique jusque dans la presse nationale concernant les S.D.F chassés tout autour du Marché de Papeete.

Au-delà de la cacophonie explicative des autorités, notamment municipales, les faits sont là. Vous pourrez lire ci-après,  sous la rubrique « Parole aux sans parole » les témoignages de ces S.D.F. qui ont été pris a partie dans les rues de Papeete en plein cœur de la ville dans la nuit de dimanche à lundi, avec des descriptions parfois dignes de films policiers !

Mais au-delà des dommages collatéraux de la visite présidentielle, il nous faut, hélas, dénoncer une montée de la violence à l’égard des S.D.F. car les maltraitances deviennent de plus en plus nombreuses.

En janvier, un S.D.F. fut embarqué pour être mis en cellule de dégrisement (ce que nous ne saurions reprocher aux forces de l’ordre en soi) mais cette intervention fut d’une violence telle qu‘elle a justifié un certificat médical avec six jours d’I.T.T…

Il y a quelques jours, un S.D.F. a été réveillé par un employé de la municipalité à coup de pied, d’insultes et de menaces… agissait-il pour son compte personnel ou sur ordre ?… lui prétendait qu’il le « faisait sur ordre »… en tout cas une  méthode de « tonton macoute »… dont la personne  serait coutumière …

Hier, un autre S.D.F. s’est vu pris à partie par d’autres agents parce qu’il se réfugiait sous le porche à côté du Mac Donald en pleine grosse pluie… là aussi avec menaces et insultes à l’appui…

Certes, les S.D.F. ne sont pas toujours très agréables… et parfois même très désagréables… cependant ils sont des hommes avec toute la dignité qui leur revient… Si nous nous conduisons à leur égard comme eux… qu’avons-nous alors de différent… si ce n’est le pouvoir de la force…

La force des faibles c’est la violence…

« Demandons au Seigneur, la grâce de voir les pauvres, la grâce de voir toujours les Lazare qui sont à notre porte, les Lazare qui frappent au cœur, et de sortir de nous-mêmes avec générosité, avec une attitude de miséricorde, pour que la miséricorde de Dieu puisse entrer dans notre cœur ! » (Pape François 25/02/2016)

Chronique

Non aux hypocrites qui se disent chrétiens sans agir !

La religion chrétienne est une religion concrète, qui agit en faisant le bien, non une religion du dire, faite d’hypocrisie et de vanité.

La vie chrétienne est concrète, Dieu est concret, mais beaucoup de chrétiens le sont en faisant semblant : ceux qui font de l’appartenance à l’Église une décoration sans engagement, une occasion de prestige plutôt qu’une expérience de service envers les plus pauvres.

Il nous faut comprendre la dialectique évangélique entre le dire et le faire. Jésus démasque l’hypocrisie des scribes et des pharisiens, en invitant les disciples et la foule à observer les consignes de ceux qui leur enseignent, mais à ne pas se comporter comme eux.

Le Seigneur nous enseigne la voie du faire. Et tant de fois nous trouvons des gens dans l’Église qui disent : « Moi je suis très catholique »... Mais qu’est-ce que tu fais ? Tant de parents se disent catholiques, mais n’ont jamais le temps pour parler avec leurs enfants, pour jouer avec leurs enfants, pour écouter leurs enfants. Peut-être qu’ils ont leurs parents dans une maison de retraite, mais ils sont toujours occupés et ne peuvent pas aller les voir, et les laissent abandonnés. « Mais moi je suis très catholique, hein ! J’appartiens à cette association, etc... » Ça, c’est la religion du dire : Je dis que je suis comme ça, mais je fais de la mondanité.

La religion du dire et non pas du faire est un mensonge. Les paroles d’Isaïe indiquent ce que Dieu préfère. Cessez de faire le mal, essayez de faire le bien. Portez secours à l’opprimé, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve. Ces efforts démontrent l’infinie miséricorde de Dieu, qui dit à l’humanité : « Venez ici et discutons. Même si vos péchés étaient comme écarlates, ils deviendront blancs comme neige. »

La miséricorde du Seigneur va à la rencontre de ceux qui ont le courage de discuter avec Lui, pour discuter sur la vérité, sur les choses que je fais et celles que je ne fais pas, pour me corriger. Et ceci est le grand amour du Seigneur, dans cette dialectique entre le dire et le faire. Être chrétien signifie faire : faire la volonté de Dieu. Et le dernier jour, parce que tous nous en aurons un, qu’est-ce que le Seigneur nous demandera ? Il nous dira : « Qu’est-ce que vous avez dit sur moi » ? Non ! Il nous demandera : « Qu’est-ce que nous avons fait ».

Relisons le chapitre de l’Évangile de Matthieu sur le jugement dernier, quand Dieu demandera à l’homme ce qu’il aura fait pour les affamés, les prisonniers, les étrangers… Cela c’est la vie chrétienne. En revanche, le seul « dire » porte à la vanité, à faire semblant d’être chrétien. Mais non, on n’est pas chrétien comme ça.

Que le Seigneur nous donne cette sagesse de bien comprendre où est la différence entre le « dire » et le « faire », et nous enseigne la voie du « faire », et qu’il nous aide à aller sur cette voie, parce que la voie du « dire » nous porte à la position où étaient ces docteurs de la loi, ces clercs, auxquels il plaisait de se vêtir comme s’ils étaient des majestés… Ceci n’est pas la réalité de l’Évangile.

Pape François

(Homélie - 23 février 2016)

La parole aux sans paroles – 27

Visite présidentielle… dommages collatéraux !

Attention…

L’instigateur des ces interview n’est autre le que le prêtre masqué de la Cathédrale, connu des services de Police comme « manquant autant de sobriété dans ses propos que les personnes interpellées » (Cdt Hanuse 24/03/2015)… et menteur aussi ! Soyez prudent avant de relayer !!!

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La venue du Président Hollande nous a plongés dans une vive effervescence. Programme calé avec des rencontres diverses et variées, festivités minutieusement préparées, ville nettoyée, nous devions donner au chef de l’État un tour d’horizon de notre belle Polynésie en moins de 24h. Sauf qu’un petit caillou gênait notre si belle démarche : les SDF qui ont élu domicile dans nos rues, au vu et au su de tous. « Les SDF seront déplacés le temps de la  visite présidentielle » pour se conformer au protocole et aux mesures de sécurité obligatoires. L’information est largement relayée, tant sur le plan local que national. L’information est vite devenue polémique. Et enfin l’information est démentie quelques jours plus tard. Qu’en est-il réellement ? Les S.D.F. s’expriment et racontent.

1er témoignage

« Dimanche matin, la P.J. est venue nous voir, moi et mon concubin, pour qu’on dégage de notre endroit. Ils nous ont demandé de chercher un autre endroit. On a cherché toute la journée des coins, on n’a pas trouvé. Et comme il pleuvait  fort, partout ça mouille. Le meilleur endroit c’était là où on était. On est devant le Fare Discount, à Paofai, la patronne nous a toujours acceptés, elle n’a jamais râlé, ça fait 2 ans et demi qu’on dort là. Donc on est revenu là. Et le lundi matin, à 5h, 5 gars armés avec des gilets pare-balles et des gars de la P.J. sont venus nous réveiller. Ils ont encerclés notre coin. On a expliqué à la PJ qu’on n’a pas pu trouver un autre coin où dormir à cause de la pluie. Mais tu sais, avec mon concubin, on a rigolé, on s’est pris pour des acteurs, comme dans les films quoi. Après, on devait vite dégager. J’ai ramassé toutes nos affaires, plier nos cartons et on est parti. 

Comme Hollande arrivait, ils ont dit qu’il ne fallait pas qu’on voit des SDF. »

2ème témoignage

« Samedi soir, on était devant l’Assemblée, on se reposait comme on était allé cueillir des uru, des mangues pour pouvoir vendre le lendemain. On était vraiment fatigué, il était 9h du soir. Là, 3 policiers de la P.J. nous ont vus, ils nous ont dit de ramasser tous nos fruits, mettre dans notre brouette et de déguerpir, il ne fallait pas rester là. On était obligé de partir. Ils nous ont dit d’aller ailleurs dormir, à cause du Président. On a ramassé ‘hoa’ toutes nos affaires et on est parti au parc Bougainville. Et vers minuit, ils sont venus nous chasser encore, il ne fallait pas rester là. Il fallait encore ramasser toutes nos affaires, tous nos fruits. Ils ont dit d’aller dans le noir, le Président ne doit pas nous voir, ce n’est pas ‘pai’ joli. On est parti en face de la poste, là au magasin. La P.J. nous a dit qu’on pouvait rester là. C’est là qu’on a pu se reposer, on était fatigué. Je crois qu’on n’a dormi que 1h, 2h de toute la nuit. On est resté là toute la journée de dimanche pour ne plus être embêtés. Quand ils sont venus nous voir, ils ont carrément pris nos noms, prénoms, dates de naissance, noms de nos parents. »

3ème témoignage

« La police municipale est venue me dire d’aller, il ne fallait pas rester là parce qu’on est sale. Ce n’est pas joli pour le Président. J’étais à la Mairie, c’était lundi matin, comme il y avait un ma’a tahiti, avec tout, poisson cru, po’e, poulet fafa. Je voulais juste manger. »

4ème témoignage

« Dimanche, j’étais en train de discuter avec mon cousin devant la Cathédrale, on ne faisait rien de mal. La D.S.P. est arrivée. “Qu’est-ce que vous foutez ? Vous n’avez pas le droit de rester ici.” J’ai répondu qu’on ne faisait rien de mal, qu’on n’était pas là pour casser quelque chose, on discutait seulement. “Vous dégagez de là, vous avez compris. Vous n’avez qu’à aller à Tipaerui”. J’ai répondu que j’avais fait une demande, ça a été refusé. Que je ne faisais rien de mal, que je n’étais pas un voleur. “Vous dégagez d’ici.” Ils nous ont agrippés. J’ai dit bon, ok monsieur et je suis parti. Je suis allé ailleurs et ils sont revenus. “Tu dégages de là.” Maintenant je vais loin pour dormir. Mais quand on isole comme ça, il y a des jeunes qui viennent en bande pour nous voler. Moi, je ne suis pas un voleur. Il y a des SDF qui volent mais pas tout le monde. Il ne faut pas tout mélanger. Ce n’est pas bien, ce n’est pas juste. »

5ème témoignage

« Vendredi soir, je dormais tranquillement devant le presbytère, comme d’habitude, la D.S.P. est venue nous dire qu’il fallait qu’on dégage de là, sinon ils allaient nous embarquer pour une nuit au cachot. Je dormais tranquillement. Je suis parti au marché, là au tumu Aùteràa. »

6ème témoignage

« Dimanche matin, je me suis fait taper avec une matraque. Les muto’i municipaux sont venus et m’ont tapé au genou, sur une ancienne fracture. - Il me montre un genou, déformé et enflé. - Je m’allongeais seulement, je ne faisais rien de mal. Comme ça, ils sont arrivés et ont tapé. Comme Hollande arrive, il faut que tout le monde dégage. Et lundi matin, je voulais aller aux toilettes, c’est un besoin assez urgent. Je suis allé au marché, il y avait beaucoup de muto’i, des ninjas. Ils m’ont demandé où j’allais, j’ai répondu. Ils ont dit : “Ah non, c’est interdit !” “Et où je vais alors ? J’ai des besoins.” Ils m’ont laissé passer après. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

Le prophète Isaïe n’était pas communiste !

Audience générale du mercredi 24  février 2016 – Pape François

« La richesse et le pouvoir peuvent être utiles au bien commun si elles sont mises au service de tous. » Ce mercredi 24 février 2016, lors de l’audience générale place Saint-Pierre, le Pape François a insisté dans sa catéchèse sur le lien entre miséricorde et pouvoir, soulignant que la miséricorde divine est plus forte que le péché des hommes.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons les catéchèses sur la miséricorde dans l’Écriture Sainte. Dans différents passages, il est question des puissants, des rois, des hommes qui sont « en haut » et aussi de leur arrogance et de leurs abus. La richesse et le pouvoir sont des réalités qui peuvent être bonnes et utiles au bien commun, si elles sont mises au service des pauvres et de tous, dans la justice et la charité. Mais quand, comme cela se produit trop souvent, elles sont vécues comme un privilège, avec égoïsme et toute-puissance, elles se transforment en instruments de corruption et de mort. C’est ce qui se produit dans l’épisode de la vigne de Nabot, décrit dans le premier livre des Rois, au chapitre 21, sur lequel nous nous arrêtons aujourd’hui.

Ce texte raconte que le roi d’Israël, Achab, veut acheter la vigne d’un homme appelé Nabot, parce que cette vigne est située à côté du palais royal. L’intention semble légitime, et même généreuse, mais en Israël, les propriétés terriennes étaient considérées comme quasiment inaliénables. En effet, le livre du Lévitique prescrit ceci : « La terre ne sera pas vendue sans retour, car la terre est à moi et vous n’êtes pour moi que des immigrés, des hôtes » (Lv 25,23). La terre est sacrée, parce qu’elle est un don du Seigneur qui, en tant que tel, doit être gardé et conservé, comme signe de la bénédiction divine qui passe de génération en génération et comme garantie de dignité pour tous. On comprend alors la réponse négative de Nabot au roi : « Que le Seigneur me préserve de te céder l’héritage de mes pères ! » (1 R 21,3).

Le roi Achab réagit à ce refus avec amertume et dédain. Il se sent offensé – il est le roi, le puissant – diminué dans son autorité souveraine et frustré dans la possibilité de satisfaire son désir de possession. Le voyant ainsi abattu, sa femme Jézabel, une reine païenne qui avait augmenté les cultes idolâtriques et qui faisait tuer les prophètes du Seigneur (cf. 1 R 18,4), – elle n’était pas laide, elle était méchante ! – décida d’intervenir. Les paroles par lesquelles elle s’adresse au roi sont très significatives. Vous sentez la méchanceté qui est derrière cette femme : « Est-ce que tu es le roi d’Israël, oui ou non ? Lève-toi, mange, et retrouve ta bonne humeur : moi, je vais te donner la vigne de Nabot. » Elle met l’accent sur le prestige et sur le pouvoir du roi qui, selon sa manière de voir, est mis en cause par le refus de Nabot. Un pouvoir qu’elle considère, au contraire, comme absolu et par lequel tous les désirs du roi puissant deviennent un ordre. Le grand saint Ambroise a écrit un petit livre sur cet épisode. Il s’appelle Nabot. Cela nous fera du bien de le lire en ce temps de carême. C’est très beau, c’est très concret.

Se souvenant de ces choses, Jésus nous dit : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur » (Mt 20,25-27). Si l’on perd la dimension du service, le pouvoir se transforme en arrogance et devient domination et oppression. C’est précisément ce qui se passe dans l’épisode de la vigne de Nabot. Jézabel, la reine, décide sans scrupules d’éliminer Nabot et elle met en œuvre son plan. Elle se sert des apparences mensongères d’une légalité perverse : elle expédie, au nom du roi, des lettres aux anciens et aux notables de la ville ordonnant que de faux témoignages accusent publiquement Nabot d’avoir maudit Dieu et le roi, un crime passible de mort. Ainsi, une fois que Nabot est mort, le roi peut s’emparer de sa vigne. Et ce n’est pas une histoire d’une autre époque, c’est aussi une histoire d’aujourd’hui, des puissants qui, pour avoir plus d’argent, exploitent les pauvres, exploitent les gens. C’est l’histoire de la traite des personnes, du travail forcé, des pauvres gens qui travaillent au noir et avec le salaire minimum, pour enrichir les puissants. C’est l’histoire des politiciens corrompus qui veulent plus et plus et plus ! C’est pourquoi je disais que cela nous fera du bien de lire ce livre de saint Ambroise, sur Nabot, parce que c’est un livre d’actualité.

Voilà où mène l’exercice d’une autorité sans respect pour la vie, sans justice, sans miséricorde. Et voilà à quoi mène la soif du pouvoir : elle devient de la cupidité qui veut tout posséder. Un texte du prophète Isaïe est particulièrement éclairant à ce sujet. Le Seigneur y met en garde contre l’avidité les grands propriétaires qui veulent posséder toujours plus de maisons et de terrains. Et le prophète Isaïe dit : « Malheureux, vous qui ajoutez maison à maison, qui joignez champ à champ, jusqu’à occuper toute la place et habiter, seuls, au milieu du pays ! » (Is 5,8).

Et le prophète Isaïe n’était pas communiste ! Mais Dieu est plus grand que la méchanceté et que les jeux sales des êtres humains. Dans sa miséricorde, il envoie le prophète Elie pour aider Achab à se convertir. Maintenant, tournons la page et comment cela finit-il ? Dieu voit ce crime et il frappe au cœur d’Achab et le roi, mis devant son péché, comprend, s’humilie et demande pardon. Comme ce serait beau si les puissants exploiteurs d’aujourd’hui faisaient la même chose ! Le Seigneur accepte son repentir ; toutefois, un innocent a été tué et la faute commise aura des conséquences inévitables. En effet, le mal accompli laisse des traces douloureuses et l’histoire des hommes en porte les blessures.

La miséricorde montre aussi, dans ce cas, la voie maîtresse qu’il faut suivre. La miséricorde peut guérir les blessures et peut changer l’histoire. Ouvre ton cœur à la miséricorde ! La miséricorde divine est plus forte que le péché des hommes. Elle est plus forte. C’est l’exemple d’Achab.

Nous en connaissons le pouvoir, quand nous nous souvenons de la venue de l’Innocent Fils de Dieu qui s’est fait homme pour détruire le mal par son pardon. Jésus-Christ est le véritable roi, mais son pouvoir est complètement différent. Son trône est la croix. Lui n’est pas un roi qui tue, mais au contraire, il donne la vie. En allant vers tous, surtout les plus faibles, il détruit la solitude et le destin de mort où conduit le péché. Jésus-Christ, par sa proximité et sa tendresse, emmène les pécheurs dans l’espace de la grâce et du pardon. Et c’est cela, la miséricorde de Dieu.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Tenter de voir ce que la nature a encore à nous dire

Entretien avec Fabiola Gianotti, chercheuse au C.N.R.S.

Figurer parmi la poignée de scientifiques les plus influents au monde  ? Recevoir, avec six collègues, en 2013, un prix de 3 millions de dollars au nom de l’Organisation européenne de recherche nucléaire (CERN), à Genève, qu’elle dirige depuis le 1er janvier  ? Fabiola Gianotti, 55 ans, accepte d’être « starifiée », même si elle « n’apprécie pas trop » ce terme. Et de rappeler que, si le public aime identifier des personnages d’un domaine, ce sont des milliers de physiciens qui font l’histoire du CERN. Adepte du jogging et pianiste chevronnée, la physicienne milanaise est aussi une rassembleuse.

Le Monde : Qu’espère-t-on encore trouver avec l’accélérateur LHC, dont la puissance a été doublée  ?

Fabiola Gianotti : Ces questions concernent par exemple la structure et l’évolution de l’Univers. Un seul chiffre traduit notre ignorance : 95 % de l’Univers est dit «  sombre  », la matière que nous connaissons (planètes, étoiles, tout ce que nous voyons) n’équivalant qu’à 5 %. De cela, 25 % est fait de «  matière sombre  », dont la nature est inconnue. Le LHC a un grand potentiel pour découvrir des particules massives interagissant faiblement, qui sont de bonnes candidates pour composer cette matière sombre.

Le Monde : Et la super-symétrie, une théorie dont on parle beaucoup, qui dit que chaque particule connue possède une particule miroir, plus lourde  ? Peut-elle aussi expliquer la nature de la «  matière sombre  »  ?

Fabiola Gianotti : Plus qu’une question, la super-symétrie est une réponse aux questions précédentes. C’est une belle théorie. Elle permettrait de résoudre nombre de problèmes. Or, peut-être la nature voit-elle les choses autrement… Nous exploiterons le LHC pour rechercher des particules super-symétriques, et d’autres prévues par d’autres théories, mais aussi pour tenter de voir ce que la nature a à nous dire.

Le Monde : Le LHC a été construit pour découvrir le ­boson de Higgs, la particule qui donne sa masse à toutes les autres ; ce que l’instrument a fait. La tâche était alors ciblée. ­Désormais, vous cherchez sans savoir quoi chercher : est-ce plus ardu  ?

Fabiola Gianotti : Cette démarche n’est pas nouvelle. Lorsque nous avons lancé le LHC, en 2009, nous ne cherchions pas que le «  Higgs  », mais étions déjà ouverts à tout, sans savoir à quelles questions nous allions pouvoir répondre en premier. La découverte de particules inédites permettrait de récrire complètement les tables de la physique. L’enjeu est passionnant.

Le Monde : Cette démarche est-elle plus compliquée à expliquer au public  ?

Fabiola Gianotti : Mais c’est cela, la recherche  ! Elle sert à fouler des territoires vierges, en gardant en tête des questions qui nous guident et motivent les investissements, certaines étant évidentes et d’autres encore inconnues. Il est aussi important que le LHC permette de comprendre quelles sont les bonnes questions de physique à se poser pour la suite.

Le Monde : Justement, alors que le LHC et ses 27 kilomètres de circonférence n’a que 7 ans, on parle déjà d’un accélérateur géant de 100 kilomètres. Est-ce bien raisonnable  ?

Fabiola Gianotti : Oui. Le LHC a été imaginé dans les années 1980 et n’a commencé à opérer qu’en 2009. Il faut vingt-cinq à trente ans pour faire aboutir une idée si ambitieuse. Il n’est donc pas trop tôt pour commencer à réfléchir aux motivations scientifiques pour de nouveaux projets, tout en poussant le développement de technologies en matière d’accélérateur.

Le Monde : Un acteur volontariste se profile, la Chine, qui veut construire son propre accélérateur géant. Le centre névralgique de la physique des particules risque-t-il de glisser de ­Genève vers l’Asie  ?

Fabiola Gianotti : Je ne parlerais pas de glissement. Les grandes questions en physique sont si nombreuses qu’une seule région du monde ne peut les affronter toutes en même temps. L’idée est de se répartir les approches entre l’Europe, l’Asie et les États-Unis. Ces derniers accueilleront la majeure partie de la physique des neutrinos ces prochaines décennies. En tant que directrice, je me battrai pour que le CERN et l’Europe aient un projet ambitieux. Avec la Chine, tout en essayant de couvrir des aspects complémentaires, nous aurons alors peut-être une compétition, mais elle sera saine.

Le Monde : Au lieu d’être circulaire, le prochain ­accélérateur pourrait être en ligne droite. Et là, c’est le Japon qui a un grand projet…

Fabiola Gianotti : Si le Japon décide d’aller de l’avant, le reste du monde essaiera de l’aider. L’Europe et les Etats-Unis sont d’ailleurs déjà assez avancés dans toutes les technologies qui constituent le « squelette » d’un tel accélérateur linéaire, et donc l’industrie européenne pourrait être fortement impliquée.

Le Monde : Est-il plus difficile de justifier aujourd’hui ces investissements massifs dans une science très fondamentale  ?

Le LHC a été construit dans le cadre d’un budget constant du CERN, soit un milliard de francs suisses par an environ. Cela équivaut au budget d’une université européenne moyenne. Ou à un cappuccino par citoyen européen par an. Par ailleurs, ces grands projets nous poussent à construire des technologies d’avant-garde (en cryogénie, en techniques du vide, en informatique, électronique, etc.), qui sont ensuite transférables en applications pour la société. L’exemple le plus connu est le Web, créé au CERN.

Mais le plus important est ailleurs : la recherche fondamentale sert à faire progresser la connaissance. Or, si l’homme a un cerveau plus développé que les animaux, c’est son devoir de l’exercer – et il en a aussi besoin. Enfin, l’histoire démontre que sans recherche fondamentale, tôt ou tard, le progrès sature.

Le Monde : Le public montre beaucoup d’intérêt pour vos activités. Preuve en sont les journées portes ouvertes, toujours très courues. Comment l’expliquer  ?

Fabiola Gianotti : La quête de la connaissance, même fondamentale, est un des désirs innés de l’homme. De plus, le public associe au CERN une idée de paix, tant nos objectifs, nos idéaux, véhiculent des valeurs universelles se situant au-dessus de l’intérêt propre d’individus, de sociétés, de politiciens. Les gens, d’où qu’ils viennent, ont soif de ces valeurs. Et cela est d’autant plus vrai dans une société très matérialiste et insécuritaire.

Le Monde : Vous êtes la première femme à assurer la direction générale du CERN. Est-ce une responsabilité supplémentaire, sachant que les femmes ne représentent que 20 % des effectifs de l’organisation  ?

Fabiola Gianotti : J’espère qu’occuper ce poste très visible pourra convaincre les jeunes femmes qui hésitent à se lancer dans une activité scientifique, avec l’espoir concret qu’elles auront les mêmes opportunités que les hommes. Cela dit, d’autres femmes occupent ou ont occupé des postes-clés au CERN, comme à la tête de son Conseil jusqu’à fin 2015, ou à la tête de la sécurité des expériences. Et il est encourageant de voir que le pourcentage que vous avez mentionné monte à 25 % ou 30 % parmi les jeunes.

Le Monde : Et qu’est-ce qui a motivé la passionnée de philosophie que vous étiez à étudier la physique  ?

Fabiola Gianotti : La curiosité. Un trait distillé par mon père, avec qui je partage l’amour pour la nature. Les grandes questions philosophiques m’intriguaient. Mais j’ai eu le sentiment que, sans même savoir exactement ce qu’était la physique, cette branche serait plus à même de me fournir des réponses.

Le Monde : «  Je crois  !  »  : c’est ce que vous avez ­répondu à une journaliste italienne qui vous demandait si vous croyiez en Dieu. Comment concilier science et religion  ?

Fabiola Gianotti : Je n’aime pas les questions personnelles. La religion et la science ne sont pas en compétition ni ne s’excluent, mais progressent sur des chemins parallèles. La religion, comme la philosophie, s’intéresse au « pourquoi ». La science étudie les phénomènes naturels et tente d’expliquer le « comment ».

Le Monde : Dans cinq ans – le temps de votre ­mandat –, qu’aimeriez-vous que l’on ­retienne de votre bilan  ?

Fabiola Gianotti : D’avoir fait s’épanouir encore davantage le CERN dans sa mission première : faire avancer la science fondamentale. Et aussi de disposer d’une vision plus claire de la discipline, car nous disposerons alors des résultats du LHC et d’autres instruments.

Le Monde : Et une découverte au tableau de chasse des particules  ?

Fabiola Gianotti : Ce serait un grand cadeau. De quoi ouvrir un chapitre complètement nouveau de la physique.

© Le Monde - 2016

L’ex-braqueur et le visiteur, une amitiée inattendue

Des œuvres de miséricorde

Pendant le Carême, « La Croix » explore les œuvres de miséricorde. Aujourd’hui, « visiter les prisonniers », avec la rencontre d’un ancien braqueur et de son visiteur de prison.

Dans un restaurant chinois d’une ville des Yvelines, deux hommes achèvent leur déjeuner. La soixantaine, ils ressemblent à de vieux amis. L’un est volubile, gouailleur, l’autre écoute, plutôt taiseux. Ces deux-là se connaissent bien. Huit ans que Gérard Serin et Henry Favier du Noyer se voient régulièrement.

Du parloir de prison à un restaurant chinois

Les premiers rendez-vous ont eu lieu en Normandie. Loin de la table d’un restaurant. Dans le parloir d’une prison. Les deux hommes n’auraient jamais dû se rencontrer. Presque effacé, Henry, 61 ans, vieille aristocratie française, est éleveur de chevaux dans la Sarthe.

À 65 ans, le visage marqué, Gérard, lui, a le sourire facile et un casier judiciaire long comme le bras. « Fresnes, la Santé, Fleury, Rambouillet, Haguenau, Strasbourg, Saint-Maur, Sequedin, Val-de-Reuil… » De sa voix de fumeur, il déroule la liste des maisons d’arrêt ou de centres de détention dans lesquels il a séjourné avec une forme d’automatisme déroutant. Plusieurs peines, vingt-huit années en tout.

Une vie de « braqueur à l’ancienne »

Dernier d’une famille de sept enfants, mère alcoolique, père violent, il quitte son Berry natal à 18 ans, après un premier séjour dans une maison de correction pour adolescents. Nous sommes en 1968, Gérard rejoint Paris en pleine effervescence, et devient l’un des membres actifs d’un groupe violent d’extrême gauche. Entraîné dans la petite délinquance, il est incarcéré une première fois. À sa sortie, agressions, trafics d’alcool. Dans les années 1970, il est condamné à mort par contumace…

Plusieurs séjours derrière les barreaux et une évasion plus tard, il commence à s’attaquer aux bijouteries et aux agences d’intérim. « Mon milieu se limitait à 200 ou 300 personnes : les amis, les voyous et les putes. » La dernière condamnation fut prononcée en 2002, pour le braquage, avec un complice rencontré à Fresnes, d’une douzaine de banques. À l’époque, les chroniqueurs judiciaires décrivent, fascinés, « des braqueurs à l’ancienne sortis d’un film noir des années 1960 ». Dans son récit, on entend les noms célèbres du grand banditisme, comme Mesrine – avec qui il partagea un avocat –, ou Michel Ardouin.

« Cherche pas à comprendre, ça me fait plaisir »

En face de lui, Henry écoute en silence, et avec la patience de celui qui connaît bien l’histoire qu’on lui raconte. Cet après-midi, l’agriculteur de 61 ans a quitté son élevage de chevaux pour venir voir l’ancien détenu.

Les anecdotes rocambolesques de Gérard, il les a découvertes dans ses lettres, puis dans l’un des parloirs « famille » de la prison normande où le « braquos », comme ce dernier se décrit alors, est incarcéré. Un rendez-vous, un dimanche par mois, jusqu’à la sortie de Gérard, en 2011.

À Noël, Henry mobilise sa famille, dont ses deux filles et ses trois petits-enfants, pour confectionner un colis alimentaire pour le détenu. « Je voulais savoir pourquoi il venait. Je ne comprenais pas ce qu’il avait derrière la tête », se souvient Gérard. « Je lui répondais : cherche pas à comprendre, ça me fait plaisir », sourit Henry. En 2011, c’est l’agriculteur qui attend le bandit à sa sortie de prison.

Trouver le temps de se tourner vers la prison

Aujourd’hui, le timide visiteur parle de cette démarche avec une simplicité désarmante. Comme si ces allers-retours entre sa ferme et la prison relevaient de la banalité. « Ce qui est anormal, c’est plutôt de ne pas l’avoir fait pendant trente ans. Mon métier ne me laissait que peu de temps. Mais au fond de moi, quelque chose manquait. »

Au milieu des années 2000, un problème de santé force Henry à réduire la voilure sur le plan professionnel, et il trouve alors le temps de se tourner vers la prison. « J’ai toujours été attiré par le monde carcéral. Peut-être parce que j’ai besoin d’indépendance, de liberté et que je ne supporte pas l’humiliation », avance-t-il, bras croisés sur le torse, yeux bleus perçants.

« Le sentiment d’être apaisé »

L’éleveur de chevaux approche la Fraternité du Bon larron, une association catholique qui met en contact détenus et correspondants potentiels. Qu’ont changé ces visites, plusieurs années après les avoir commencées ? « C’est presque égoïste, répond-il. J’ai le sentiment d’être apaisé, content, heureux. Je réalise enfin ce qui était ancré en moi depuis des années. »

Depuis, Henry est officiellement devenu visiteur de prison, agréé par l’administration pénitentiaire. Il se rend un après-midi par semaine à la maison d’arrêt de Coulaines, près du Mans, où il rencontre trois ou quatre détenus.

Une conversion fulgurante

« L’ami Gérard » et « l’ami Henry » – c’est ainsi qu’ils s’appellent, dans la vie comme dans les lettres – parlent souvent prison, plus rarement chevaux ou famille. Mais presque jamais de Dieu. « Quand je le visitais, j’ai jamais voulu en parler, dit Henry. Je n’étais pas là pour faire du rentre-dedans. En revanche, je suis plus partisan de dire : regarde comment je vis et j’agis, et tires-en des conclusions. »

Pourtant, les deux hommes savent, depuis deux ans, qu’ils partagent la même foi. Quelques mois après sa sortie de prison, l’ancien détenu a quitté le domicile de sa sœur, qui l’hébergeait, pour emménager à Auffargis, où la Fraternité du Bon larron accueille d’anciens détenus. Ils passent ici quelques mois avant de se réinsérer dans la société.

Gérard Serin y a vécu une conversion fulgurante. « Moi, je ne croyais en rien. Mais le jour où je suis entré, j’y ai été accueilli comme jamais. J’ai rencontré là-bas une lumière qui ne m’a plus quitté. » En quelques mois s’opère une prise de conscience dont il ne se croyait pas capable. Il se rend compte du « mal » fait aux autres durant les années où il fut un « brigand », de la haine contre tous ceux qui l’entouraient. « Je n’aimais pas les gens », résume-t-il.

« Il faut que je fasse du bien »

Il repousse les appels du pied d’« amis qui sont encore dans le truc ». Parmi les éléments déclencheurs de son changement, Gérard cite, comme une évidence, le tout premier de ses visiteurs.

Mais il parle aussi longuement de ces « regards » posés sur lui, signe qu’il n’était plus vu comme un braqueur, mais comme un homme à part entière. « Depuis, c’est Jésus qui m’entraîne, comme si j’étais lié à lui par un fil », dit-il aujourd’hui.

Du retournement de son ami, Henry parle avec délicatesse : « Je pense qu’en lui est passé quelqu’un que je connais bien. Qui est ancré en moi et qui a fait son œuvre. » Chez lui, l’ex-braqueur a placé un tableau Véléda près de sa porte d’entrée, et y a inscrit cette phrase : « Dieu est amour comme nous devons tous l’être. »

Désormais, Gérard se rend régulièrement au chevet d’un ami atteint d’une grave maladie respiratoire. L’été dernier, il a accompagné l’une de ses voisines âgées en vacances. Tous les deux ont d’ailleurs croisé Henry, appelé en renfort pour assurer une conduite ou deux. « Maintenant, il faut que je fasse du bien, lâche Gérard. C’est le moment ou jamais. »

© La Croix - 2016

Habiter un lieu pour avoir une vie intime et une vie sociale

Des œuvres de miséricorde

Alors que le droit au logement est inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, que la loi du 5 mars 2007 permet aux personnes mal logées (ou ayant attendu en vain un logement social pendant un délai anormalement long), de faire valoir leur droit à un logement décent ou à un hébergement si elles ne peuvent l’obtenir par leurs propres moyens, on estime que 3,5 millions de personnes en France se trouvent dans des situations de non-logement ou de mal-logement. Il y a donc urgence en la matière. C’est ce que rappelle le Secours catholique-Caritas France.

- Qu’entend on par habitat indigne ?

D.G. : L’homme est toujours digne, ce sont les conditions extérieures qui blessent sa dignité : en l’occurrence, un habitat insalubre ou trop petit est certainement indigne puisque la personne vit dans des conditions anormales d’existence. Je préfère le terme “mal-logement”, plus large que celui d’“habitat indigne”. Il englobe en effet le problème de l’accès aux transports, au travail, à la culture, au sport. Une personne peut vivre dans un habitat disposant des éléments de confort moderne (chauffage, électricité, eau chaude, surface) mais être pourtant mal logée. Car on n’habite pas seulement un appartement ou une maison, on habite un quartier, une ville. Habiter, c’est aussi avoir des relations sociales.

- Quelles sont les conséquences sociales justement de ce mal logement ?

D.G. : Les précarités vont se cumuler. Qui dit difficulté d’accès aux transports dit difficulté d’accès au travail, et du coup à un logement de qualité. C’est l’escalade ! Les relations sociales sont détériorées aussi. La précarité du logement est de fait associée à d’autres formes de précarité. C’est pourquoi la politique du logement ne doit pas consister en la simple construction de HLM ou de pavillons de banlieue, mais elle doit aussi veiller à l’aménagement du territoire avec ses transports, ses zones d’activité.

- En quoi le fait de disposer d’un habitat « digne » est-il si indispensable ?

D.G. : Tout d’abord, avoir un habitat digne dispose à accueillir chez soi. Est-ce que quelqu’un est heureux d’ouvrir la porte lorsqu’on toque chez lui ? Car une porte est faite pour être franchie. Avoir un habitat digne permet de n’avoir ni honte, ni peur d’accueillir. Ensuite, l’habitat est le lieu de l’intériorité. Il permet de se retirer chez soi au calme, de vivre un moment d’intimité, de laisser l’extérieur dehors ; ce qui n’est pas le cas avec un logement trop bruyant ou sur-occupé. Enfin, c’est important d’avoir un espace privé, un intérieur que l’on aménage, décore, meuble. Habiter, c’est pouvoir marquer un lieu de sa présence et se sentir accueilli par ce lieu, s’y sentir bien, chez soi. Ceci n’est pas possible dans une chambre d’hôtel.

- Où se situe la frontière entre habitat digne et habitat indigne ?

D.G. : Il n’y a pas de frontière absolue, car l’idée d’un habitat digne est à apprécier au regard de l’évolution de la société dans laquelle on vit. L’exemple de l’accès à Internet dans le monde occidental en fournit un bon exemple.

- En quoi la question de l’habitat est centrale pour la société aujourd’hui ?

D.G. : La question de l’habitat est constitutive de la réflexion éthique. La nature de l’homme, c’est d’habiter un lieu, et plus largement le monde. Ceci est suggéré par l’encyclique Laudato si’ du pape « sur la sauvegarde de la maison commune ». Le texte s’adresse à « chaque personne qui habite cette planète ». La mission de l’humanité, c’est de rendre le monde plus habitable, et le logement participe de cette habitation. Et c’est aussi permettre à chacun de disposer d’un lieu où il peut se retirer en sécurité pour se poser et se reposer, avant de se confronter à nouveau au monde extérieur. Cela me semble essentiel : pour avoir une société qui marche, il faut des individus bien dans leur peau et qui n’aient pas peur du monde extérieur. Et cela passe aussi par le logement.

Propos recueillis par Cécile Leclerc-Laurent

© La Croix - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

L’Évangile de ce troisième dimanche de Carême propose un enseignement de Jésus sur le mal et sur l’importance de la conversion.

Jésus choisit deux événements récents qui ont marqué l’esprit de son auditoire : les Galiléens, que Pilate a fait massacrer pendant qu’ils offraient un sacrifice, et les dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé. Le premier fait est celui d’un homme, Pilate, et le second est une catastrophe empreinte de fatalité, la chute d’un bâtiment. Nous avons là une description assez complète du mal qui touche notre monde : le mal moral issu de l’agir de l’homme et le mal physique qui vient d’un désordre dans la création. Ce mal physique englobe les catastrophes naturelles comme les séismes ou les tsunamis.

Face à ce mal, certains perdent la foi en raisonnant ainsi : s’il y a un Dieu, il est responsable de toutes ces abominations. Autant dire alors qu’Il n’existe pas. Certains font le même raisonnement face à la mort. Le décès d’un être cher, même au terme d’une vie longue et accomplie, entraîne parfois une révolte contre Dieu.

Mais Dieu est-il responsable du mal ? Certes non. Dieu a créé l’homme libre, et c’est l’homme lui-même qui choisit de ne pas faire le bien, introduisant ainsi le mal dans le monde. Cette réalité du mal que nous faisons nous-mêmes, toute personne honnête et sincère avec elle-même peut en faire l’expérience. Saint Paul le dit dans son Epître aux Romains : « Je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas » (Rm 7,19). Or, les souffrances, les épreuves devraient être un moyen pour nous faire revenir vers Dieu, et non pas pour l’accuser d’en être l’auteur.

Après avoir évoqué ces deux exemples, Jésus continue en disant : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière » (Lc 13,5). Cette parole de Jésus correspond bien au temps liturgique dans lequel nous sommes : le Carême. Ce temps est marqué par la Miséricorde de Dieu et la conversion de l’homme. Les paroles de Jésus sont fortes et veulent marquer les esprits. Le péché conduit à la mort. Se reconnaître pécheur et demander le Pardon de Dieu ouvre à la Vie éternelle. Hélas, ce discours ne reçoit pas un accueil très favorable dans notre société qui préfère effacer la dimension morale au profit d’un relativisme sans limite. Et pourtant, tout n’est pas bon pour l’homme !

Il est donc important de demander au Seigneur le renouvellement de notre intelligence afin que nous comprenions que la conversion est synonyme de joie et de paix. Jésus dit : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentir » (Lc 15,7).

En ce jour, nous pouvons demander à Dieu de répandre sa lumière dans nos vies, afin que nous puissions reconnaître le besoin que nous avons de conversion. La première étape consiste à nous reconnaître pécheurs, sans chercher à enjoliver nos actes ou à les justifier. Ensuite, il s’agit de remettre tout cela à Dieu dans la confiance et l’assurance qu’Il nous donne sa Grâce pour continuer à avancer afin d’être des disciples de Jésus toujours plus authentiques.

© Radio vatican - 2016

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Date de dernière mise à jour : 2016-02-26