Pko 30.10.2016

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°58/2016

Dimanche 30 octobre 2016 – XXXIème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Nos frères et sœurs de la nuit !

Cette semaine, avec Nathalie, nous entamons une nouvelle étape de votre rubrique « Parole aux Sans Parole » en la donnant à Lana une de nos sœurs de la nuit

Depuis quelques mois déjà, tous les vendredis soir et jusqu’à deux heures du matin, le Truck de la Miséricorde arpente les rues du « Grand Papeete » de Mahina à Paea, à la rencontre de nos frères et sœurs qui vivent de la prostitution. Ce sont des dizaines d’hommes, de femmes, de travestis et transsexuels que nous croisons ainsi. Pendant que médecin et infirmiers rencontrent, individuellement et confidentiellement, ceux qui veulent se faire dépister, tandis que des bénévoles s’activent pour servir café, biscuits, chocolat… aux autres, qui souvent veulent bien s’asseoir autour d’une table pour souffler un peu, rire, partager…

Moment privilégié de rencontres avec de « belles personnes », blessées, meurtries mais pleine d’une véritable humanité, si souvent absente ou étouffée dans notre société qui n’a plus de temps pour l’homme parce que trop accaparé par le « dieu argent ».

« Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. » Mt 21,31

Les idées reçues

« La prostitution est un moyen de sortir de la misère »

Faux. Elle renforce au contraire l’exclusion sociale des personnes qui se prostituent. La précarité économique est une des raisons principales qui poussent des personnes vers la prostitution. Mais ce n’est pas la seule : 100% des personnes… ont connu auparavant des ruptures familiales ou des violences psychologiques et/ou sexuelles.

La prostitution, loin d’aider la personne à sortir de l’exclusion sociale, l’y maintient au contraire, parce qu’elle consiste en une violence répétée reposant sur l’imposition d’un acte sexuel nos désiré. Loin de procurer de l’argent facile, la prostitution impose également un lourd prix à payer ; le dégoût pour affronter les clients, la peur constante de l’agression, le recours à l’alcool ou à la drogue pour tenir… la plupart des personnes qui se prostituent gagnent peu d’argent. [On] n’en a encore jamais rencontré qui s’enrichissent avec cette activité.

« En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté »

ATD Quart Monde - 2017

Chronique de la roue qui tourne

L’homme, un être ne devenir !

« L’Homme est un être en devenir et en perpétuelle construction. Il s’appuie sur ses connaissances et sur le passé pour construire son avenir, et sur ses propres erreurs et celles des autres pour s’améliorer et se réaliser. La perfection n’est pas en l’Homme, de telle sorte que dans la vie, rien n’est définitivement acquis. » Manik Niki

Nous avons pris pour acquis qu’une vie, une « belle vie », ça doit se construire, c’est de notre responsabilité. À coup d’efforts permanents, nous faisons de notre mieux. Nous traversons tant bien que mal les épreuves de la vie, ces aléas que nous ne maîtrisons pas. Aussi, nous restons démunis face aux évènements qui s’enchaînent et se déchaînent, sans aucune raison apparente. Bien évidemment, nous cherchons à comprendre pourquoi autant de mésaventures. Mais force est constater qu’il y des points qui nous échappent totalement.

Et s’il nous fallait changer de perspective pour mieux comprendre ce bric-à-brac qu’est notre vie ? Et si, notre maîtrise sur la vie n’était qu’un leurre ? Et si, au contraire, c’était elle qui nous sculptait, qui nous façonnait, qui nous modelait pour que nous devenions l’Homme que nous sommes appelés à être ? Là, plus de hasard possible, chaque évènement, chaque moment de notre vie aurait une raison d’être : nous rendre meilleurs, nous apprendre.

Regardons notre parcours et prenons conscience que nous sommes le fruit de tous nos rires et de toutes nos larmes. Nous sommes le fruit de toutes nos rencontres. Nous sommes le fruit de tous les évènements de notre vie. Nous sommes le fruit de toutes nos réussites et défaites. Nous sommes le fruit de toutes nos souffrances et bonheurs.

Mais n’allons pas croire, qu’ainsi, notre vie est déjà « toute faite ». Non car l’homme demeure libre, libre d’apprendre ou non, libre d’apprendre à son rythme, libre de ne retenir que ce qu’il juge nécessaire.

Oui, l’homme est le seul capable de tirer des leçons de tout. Certes, certains « apprentissages » ne sont simples. Il est difficile et douloureux parfois d’apprendre de ses erreurs. Il est difficile et douloureux parfois d’apprendre des tragédies et drames. Mais, chaque larme est appelée à devenir un sourire donné à l’autre. Chaque souffrance est appelée à devenir de l’empathie pour l’autre.

Alors, maintenant, à chaque fois que la vie semble nous échapper, pas de panique. Elle est juste en train de parfaire celui que nous sommes appelés à être ! Elle est juste en train de parfaire notre Humanité.

Prenons le temps d’apprendre, ayons ce courage de devenir un Homme. Rien n’est acquis mais tout est possible !

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

Le trafic d’être humain : un réveil des conscience

La lutte contre la traite humaine est un thème très cher au Pape François. Ce jeudi matin, 27 octobre 2016, le souverain pontife a reçu au Vatican les membres du groupe Sainte Marthe, une organisation internationale de lutte contre le trafic humain. En recevant les participants, le Pape les a encouragés à poursuivre leurs efforts. « Je continue à vous accompagner par ma proximité et ma prière » leur a-t-il dit. François a rappelé qu’il faut un « engagement concerté, efficace et constant, tant pour éliminer les causes de ce phénomène complexe que pour rencontrer, aider et accompagner les personnes qui tombent dans les réseaux de la traite ». Ces victimes, ce sont, a répété le Pape, « des hommes et des femmes, souvent mineurs, exploités en profitant de leur pauvreté et de leur marginalisation ». « Ce sont ceux qui sont le plus sans défense, et à qui sont volées la dignité, l’intégrité physique et psychique, jusqu’à la vie ».

Chers frères évêques, Mesdames et Messieurs,

C’est avec grand plaisir que je vous rencontre à l’occasion de cette conférence qui développe votre collaboration contre la traite des êtres humains et en soutien des victimes. Je remercie le cardinal Nichols pour ses paroles et pour son engagement dans cette cause qui constitue un des plus grands défis de notre époque.

Le Groupe Sainte-Marthe, qui réunit des autorités ecclésiastiques et civiles, apporte une contribution importante pour faire obstacle à cette plaie sociale de la traite des personnes, liée à de nouvelles formes d’esclavage, dont les victimes sont des hommes et des femmes, souvent mineurs, exploités en raison de leur pauvreté et de leur marginalisation. Comme je vous l’ai écrit il y a un an à l’occasion de votre réunion à l’Escurial, il faut un engagement concerté, actif et constant, pour éliminer les causes de ce phénomène complexe comme pour rencontrer, assister et accompagner les personnes qui tombent dans les filets de la traite. Le nombre de ces victimes, nous disent les organisations internationales, grandit malheureusement chaque année. Ce sont les personnes les plus sans défense, à qui l’on vole la dignité, l’intégrité physique et psychique, et jusqu’à la vie.

Chers amis, je vous remercie et je vous encourage à continuer dans cet engagement. Le Seigneur saura récompenser ce qui est fait pour ces petits de la société d’aujourd’hui. Il a dit : « J’ai eu faim… j’ai eu soif… » et tu m’as aidé ; aujourd’hui, il pourrait aussi dire : « J’ai été maltraité, j’ai été exploité, réduit en esclavage… » et tu m’as secouru.

Je continue de vous accompagner par ma proximité et ma prière. Vous aussi, s’il vous plaît, priez pour moi. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

La parole aux sans paroles – 56

Portrait d’une de nos sœurs de la nuit – Lana

Par sa discrétion et sa douceur, Lana fait de sa féminité une évidence. Pourtant, ce qui semble acquis aujourd’hui est le fruit d’un long combat, intérieur tout d’abord, pour être celle qu’elle est... depuis toujours.

Dis-moi, Lana, pourquoi ce prénom ?

« C’est une copine qui me l’a donné quand j’avais 16 ans. En fait, c’était une belle travestie, pour moi c’était la plus belle à l’époque, elle me trouvait jolie et elle m’a dit : "Toi, quand je te regarde, ça t’irait bien de t’appeler Lana". Parce que je n’avais pas de prénom de fille à l’époque. J’ai tout de suite aimé ce prénom. Je trouvais que ça m’allait. Donc depuis, tout le monde m’appelle Lana… au moins par respect, car c’est aussi ça le respect ! »

D’où viens-tu ?

« Je viens de Tautira. J’ai grandi avec mes parents jusqu’à mes 20 ans. »

Vers quel âge tu t’es sentie femme ?

« Je me rappelle que je voulais être une fille, très très jeune. Je ne me rappelle plus de l’âge précisément, peut-être vers 6, 7 ans. Pour moi, j’étais une fille mais j’étais obligée de me cacher pour ne pas me faire engueuler, me faire gronder par les parents. »

Ils ne comprenaient pas ?

« Oui et surtout ils ne voulaient pas que je m’oriente vers ce chemin-là. »

As-tu des frères et sœurs ?

« En fait, j’ai été adoptée. Dans ma famille biologique, j’ai un petit frère et des demi-frères et demi-sœurs. Et, dans ma famille adoptive, j’ai trois sœurs. Et les parents dont je parlais sont mes parents adoptifs. Ils m’ont adoptée à la naissance. »

Ton parcours scolaire ?

« Je suis allée à l’école comme tout le monde, j’ai fait maternelle, primaire, collège et lycée. Arrivée au lycée, j’ai redoublé ma Seconde car je n’avais pas assez de bonnes notes pour m’orienter en Littérature et je voulais absolument. Alors, j’ai refait mon année de Seconde et j’ai travaillé dur pour pouvoir passer en Littérature. Mais, arrivée en Terminale, je n’ai fait que trois mois et j’ai arrêté. »

Pourquoi ?

« Parce que c’était devenu trop difficile pour moi, le regard des autres. Je n’étais pas encore une femme alors que je voulais à tout prix être une femme. J’avais plein des défauts masculins comme les poils qui apparaissaient. Mais, j’essayais de me débrouiller, je faisais tout pour ressembler à une femme. C’était difficile car il me fallait me lever tôt. En gros, j’avais besoin d’une heure le matin pour me préparer… pour mon physique, que je sois vraiment féminine. Après, ben, j’étais fatiguée pendant les cours. Donc j’ai lâché ! »

Nous, on s’est rencontré à Papeete, donc j’imagine qu’à un moment donné tu as quitté Tautira. Raconte-nous pourquoi et comment ça s’est fait ?

« Donc j’avais arrêté mes études en 2013 et j’ai passé trois ans de ma vie à ne rien faire. Je restais dans le village. Je m’ennuyais car je n’avais pas de solution. Donc j’ai décidé de descendre sur Papeete le 31 décembre 2015, pour le jour de l’an. Je me suis dit que ce jour-là tous les gens sont festifs donc ils vont moins m’agresser. Alors j’ai attrapé un sac, j’y ai mis toutes mes belles affaires, mon maquillage et tout et j’ai quitté chez moi. J’ai pris le bus à 7h30 du matin, en arrivant à Papeete je me suis promenée en espérant trouver une solution. Vers 15h, je commençais à m’inquiéter parce que je n’avais toujours rien trouvé. Et j’ai rencontré deux ra’era’e – je dis comme ça mais pour moi ce sont des femmes -, je leur ai demandé de l’aide et elles m’ont hébergée. Elles ont décidé de me garder, à condition que je paye une part du loyer. C’est comme ça que j’ai fait ma vie à Papeete ! C’est comme ça que j’ai intégré le milieu de la prostitution, ça va faire bientôt un an maintenant. »

En quittant chez toi, qu’as-tu dit à tes parents ?

« En fait, je leur ai dit que j’allais juste fêter là-bas le jour de l’an avec des amis ? J’ai passé le jour de l’an avec mes amis et je ne suis plus jamais revenue ! Voilà comment ça s’est passé ! »

Ça a été dur de débarquer comme ça dans le milieu de la prostitution ?

« Non mais il faut dire que ce n’est pas un métier facile, on doit attendre toute la nuit. »

Tu regrettes ton choix ?

« Non ! Parce que ça m’a appris beaucoup de choses, ça m’a endurcie, maintenant j’ai vraiment la tête sur les épaules. J’ai envie de travailler. Je suis motivée à changer ma vie. »

Entre nous, si demain tu trouves un CDI bien payé, vas-tu arrêter la prostitution ?

« Ah, oui, ça c’est sûr, direct. J’arrêterais et je serais très reconnaissante pour cette chance. Je crois que tout le monde veut sortir de ce milieu mais c’est le moyen le plus rapide d’avoir de l’argent. Mais, moi, j’envisage de reprendre mes études à la prochaine rentrée. Je veux terminer mon année de Terminale et obtenir mon baccalauréat, pour ensuite continuer à l’Université. J’ai envie de faire L.E.A, Langues Étrangères Appliquées. »

Le plus dur dans le métier de prostituée ?

« Pour moi, le plus dur c’est déjà de veiller… pour ensuite tomber sur des hommes compliqués. Il y a une autre chose que je n’aime pas, c’est la sodomie. Je n’aime pas parce que c’est douloureux. Ça va si on te paye bien ou que le mec est bien. Parce que, sinon, ça ne donne pas envie. »

Tes clients sont plutôt des occasionnels ou des réguliers ?

« Les deux, mais il y a plus d’occasionnels. J’ai 4 ou 5 clients réguliers. Ils m’appellent quand ils veulent mais c’est rare. »

Justement, si un client arrive et il n’est pas du tout attirant, ni charmant, rien. Que fais-tu ?

« Je refuse ! Enfin, ça dépend ! Je regarde d’abord… et je vais au feeling ! »

Peut-on garder un bon souvenir de certains clients ?

« Oui, j’ai beaucoup de souvenirs, j’ai rencontré beaucoup de gens à Papeete. »

Comment « apprend-on » le métier ?

« Je me suis lancée comme ça ! Bon, j’ai eu des relations très jeune. Donc avec l’expérience que j’avais, je me suis débrouillée pour donner des bonnes prestations. C’est une question de goût, de séduction, c’est un jeu en fait ! C’est ça notre métier : séduire, être belle et être bonne. Mais ça reste un travail. Avec les clients, on peut avoir de relations amicales mais pas plus. »

Comment tu vois ta vie dans 20 ans ?

« Ben, je serai une femme, opérée. J’aurai un métier. J’aurai une petite famille, un mari, des enfants. J’aurai une petite voiture. Une vie normale quoi ! »

Donc, tu penses à te faire opérer ?

« Oui ! »

Et, tu es prête à partir pour cela ?

« Oui, aujourd’hui, je suis prête ! »

Aujourd’hui, tu es revenue chez tes parents, comment ça se passe ?

« Bon, souvent, ils sont au fenua aihere donc je suis là avec ma grande sœur. Mais mes parents m’ont acceptée à l’âge de 16 ans, lorsque je me suis affirmée. Un jour, j’ai décidé de m’habiller en fille, de m’assumer. »

Comment ça s’est passé ?

« En fait, à 16 ans, ils m’ont chassée. Je suis partie vivre chez une copine pendant 3 mois. Et, pendant 3 mois, je me suis habillée en fille. Donc quand je suis revenue à la maison, j’étais habillée en fille. Mais je ne m’habille pas vulgaire. C’est plus joli quand c’est discret ! J’ai appris à me maquiller toute seule, je choisissais bien mon linge. »

Aujourd’hui, dis-moi, quel âge as-tu ?

« J’ai 21 ans. »

Un dernier message ?

« De vivre sa vie sans faire attention à la vie des autres, je parle aussi pour nous, les travestis. Il faut arrêter de porter des jugements, chacun vit sa vie. Il faut arrêter de s’occuper des problèmes des autres. C’est très dur de faire face aux jugements des autres. Déjà, notre personnalité nous fait souffrir, et nous devons faire face aux jugements et aux regards des autres. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

Les migrations font partie de l’histoire de l’humanité

Audience générale du mercredi 26 octobre 2016

Sous la pluie mais devant une foule très nombreuse, le Pape François a proposé, lors de l’audience générale de ce mercredi, une nouvelle réflexion sur les œuvres de miséricorde dans les Évangiles, et sur la façon dont l’action de Jésus doit aider les chrétiens à reconnaître son visage dans celui des personnes qui leur demandent de l’aide, à commencer par les migrants.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Poursuivons notre réflexion sur les œuvres de miséricorde corporelles, que le Seigneur Jésus nous a confiées pour entretenir la flamme et le dynamisme de notre foi. Ces œuvres montrent en effet que les chrétiens ne se lassent pas, ne paressent pas, en attendant la rencontre finale avec le Seigneur, mais qu’ils vont chaque jour à sa rencontre, reconnaissant son visage dans celui de tant de personnes en détresse. Aujourd’hui, nous nous arrêtons sur cette parole de Jésus : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli, j’étais nu et vous m’avez habillé » (Mt 25,35-36). A notre époque, l’œuvre qui consiste à accueillir l’étranger est une réalité plus que jamais actuelle. La crise économique, les conflits armés et les changements climatiques poussent tant de personnes à émigrer. Toutefois, les migrations ne sont pas un phénomène nouveau. Elles font partie de l’histoire humaine. Penser que celles-ci sont propres à notre époque est un manque de mémoire histoire.

La Bible nous offre tant d’exemples concrets de migration. Il suffit de penser à Abraham. L’appel de Dieu le pousse à quitter son Pays pour aller ailleurs : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. » (Gn 12,1). Et c’est également dans cet esprit que le peuple d’Israël a quitté l’Egypte, où il était esclave, et qu’il a marché quarante ans dans le désert jusqu’à la terre que Dieu lui avait promise. Elle-même, la Sainte Famille – Marie, Joseph et le petit Jésus – fut contrainte à l’émigration pour échapper à la menace d’Hérode : « Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte où il resta jusqu’à la mort d’Hérode » (Mt 2,14-15). L’humanité est une histoire de migrations : sous toutes les latitudes, il n’est pas de peuple qui n’ait connu le phénomène migratoire.

Au fil des siècles, nous avons assisté à de grandes manifestations de solidarité, même si les tensions sociales n’ont pas manqué. Aujourd’hui, le contexte de crise économique favorise hélas les attitudes de fermeture et de « non accueil ». Dans certaines régions du monde, on voit des murs et des barrières se dresser. On a parfois l’impression que le travail silencieux de tant d’hommes et de femmes qui font tout leur possible pour venir en aide aux réfugiés et aux migrants, est couvert par le bruit de tant d’autres qui encouragent haut et fort à suivre l’instinct de l’égoïsme. Mais la fermeture n’est pas une solution, au contraire, elle finit par favoriser les trafics criminels. La solidarité est la seule voie possible. Solidarité avec le migrant, solidarité avec l’étranger.

L’engagement des chrétiens dans ce domaine est urgent, aujourd’hui comme autrefois. Ne serait-ce qu’au siècle dernier, nous avons le magnifique exemple de sainte Françoise Cabrini qui, avec ses compagnes, consacra toute sa vie aux migrants allant aux États-Unis d’Amérique. Aujourd’hui encore nous avons besoin de ces témoignages pour que la miséricorde puisse toucher tous ceux qui sont dans le besoin. Cet engagement implique tout le monde, personne n’est exclu. Les diocèses, les paroisses, les instituts de vie consacrée, les associations et les mouvements, chaque chrétien. Nous sommes tous appelés à accueillir des frères et sœurs qui fuient une guerre, la faim, la violence et des conditions de vie inhumaines. Tous ensemble nous formons une grande force de soutien pour tous ceux qui ont perdu leur patrie, leur famille, leur travail et la dignité. Il y a quelques jours, il s’est passé un petit épisode en ville. Un réfugié était en train de chercher son chemin, une femme le vit et s’approcha. Elle lui dit : « Vous cherchez quelque chose ? ». Il était pieds nus, ce réfugié. Et il a dit : « Je voudrais aller à Saint-Pierre pour passer la Porte Sainte ». Et la femme pensa : « Mais il n’a pas de chaussures, comment fera-t-il pour marcher ? ». Et elle appelle un taxi. Mais ce migrant, ce réfugié, sentait mauvais et le chauffeur de taxi fut à deux doigts de ne pas le faire monter, puis il a fini par le prendre dans son taxi. Et la femme, à ses côtés, lui posa des questions sur sa vie de réfugié et de migrant, durant le trajet : dix minutes pour arriver jusqu’ici. Cet homme raconta son histoire, ses souffrances, la guerre, la faim, pourquoi il avait fui son Pays pour migrer ici. Quand ils sont arrivés, la femme a ouvert son sac pour payer le chauffeur. Mais le chauffeur, qui au début ne voulait pas faire monter ce migrant à cause de sa mauvaise odeur, a dit à la femme : « Non madame c’est moi qui devrais vous payer car vous m’avez fait écouter une histoire qui a changé mon cœur ». Cette femme savait ce qu’était la douleur d’un migrant, parce qu’elle avait du sang arménien et connaissait la souffrance de son peuple. Quand nous faisons une chose de ce genre, au début nous refusons parce que ça nous dérange un peu, « mais… il sent mauvais… ». Mais à la fin, son histoire parfume notre âme et nous fait changer. Pensez à cette histoire et pensons à ce que nous pouvons faire pour les réfugiés.

Et l’autre chose c’est « habiller ceux qui sont nus » : qu’est-ce que cela signifie si ce n’est rendre sa dignité à celui qui l’a perdue ? Certes, en donnant des vêtements à qui n’en a pas ; mais pensons aussi à ces femmes victimes de la traite jetées à la rue, ou à toutes les autres façons d’utiliser le corps humain, voire même des enfants, comme des marchandises. Comme ne pas avoir de travail, un toit, un juste salaire, sont une forme de nudité, ou être discriminés en raison de sa race, de sa foi. Tant de formes de « nudité » qui appellent chaque chrétien à être attentif, vigilant et prêt à agir.

Chers frères et sœurs, ne tombons pas dans le piège du repli, ne nous enfermons pas sur nous-mêmes, indifférents aux besoins de nos frères et ne nous préoccupant que de nos intérêts. C’est en nous ouvrant aux autres que la vie devient féconde, que les sociétés retrouvent la paix et les personnes récupèrent leur pleine dignité. Et n’oubliez pas cette femme, n’oubliez pas ce migrant qui sentait mauvais et n’oubliez pas ce chauffeur de taxi que ce migrant a touché, jusqu’à changer son cœur.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

L’Église a besoin de prêtres murs et équilibrés, intrépides et généreux…

Discours au Congrès international de pastorale vocationnelle – 21 octobre 2016

En salle Clémentine, le Pape a reçu ce vendredi 21 octobre 2016 les 255 participants d’une convention internationale sur la pastorale des vocations. Cette rencontre est co-organisée par la Congrégation pour le clergé et l’Œuvre pontificale des vocations sacerdotales, en amont de la prochaine assemblée synodale de 2018 sur le thème de la jeunesse, de la foi et des vocations. Dans son intervention, le Pape est revenu sur l’essence de la pastorale vocationnelle.

Frères et sœurs,

Je vous confesse que j’ai toujours un peu de crainte à employer certaines expressions communes de notre langage ecclésial : « pastorale vocationnelle » pourrait faire penser à l’un des nombreux secteurs de l’action ecclésiale, à un service de la curie ou, peut-être, à l’élaboration d’un projet. Je ne dis pas que ceci ne soit pas important, mais il y a beaucoup plus : la pastorale vocationnelle est une rencontre avec le Seigneur ! Quand nous accueillons le Christ, nous vivons une rencontre décisive, qui met la lumière dans notre existence, nous sort de l’étroitesse de notre petit monde et nous fait devenir des disciples amoureux du Maître.

Vous n’avez pas choisi au hasard comme titre de votre congrès : « Miserando atque eligendo », la parole de Bède le Vénérable. Vous savez – je l’ai dit d’autres fois – que j’ai choisi cette devise en faisant mémoire des années de ma jeunesse où j’ai senti fortement l’appel du Seigneur : cela ne s’est pas produit à la suite d’une conférence ou pour une belle théorie, mais pour avoir fait l’expérience du regard miséricordieux de Jésus sur moi. Cela s’est produit ainsi, je vous dis la vérité. Il est donc beau que vous soyez venus ici, de nombreuses parties du monde, pour réfléchir sur ce thème mais, s’il vous plaît, que tout ne finisse pas avec un beau congrès ! La pastorale vocationnelle consiste à apprendre le style de Jésus, qui passe dans les lieux de la vie quotidienne, s’arrête sans hâte et, regardant ses frères avec miséricorde, les conduit à la rencontre avec Dieu le Père.

Les évangélistes mettent souvent en évidence un détail de la mission de Jésus : Il sort sur les routes et se met en chemin (cf. Lc 9,51), « il parcourt villes et villages » (cf. Lc 9,35) et va à la rencontre des souffrances et des espérances du peuple. Il est « Dieu avec nous », qui vit au milieu des maisons de ses enfants et ne craint pas de se mêler à la foule de nos villes, devenant ferment de nouveauté là où les gens luttent pour une vie différente. Même dans le cas de la vocation de Matthieu, nous trouvons le même détail : d’abord Jésus sort de nouveau pour prêcher, puis il voit Lévi assis au bureau de la douane et enfin il l’appelle (cf. Lc 5,27). Nous pouvons nous arrêter sur ces trois verbes qui indiquent le dynamisme de toute pastorale vocationnelle : sortir, voir et appeler.

Avant tout : sortir. La pastorale vocationnelle a besoin d’une Église en mouvement, capable d’élargir ses propres frontières, les mesurant non pas sur l’étroitesse des calculs humains ni sur la peur de se tromper, mais sur la mesure large du cœur miséricordieux de Dieu. Il ne peut y avoir de semailles fructueuses de vocations si nous restons simplement enfermés dans le critère pastoral commode du « on a toujours fait comme cela », sans « être audacieux et créatifs dans cette tâche de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes d’évangélisation des communautés elles-mêmes » (Evangelii gaudium, 33). Nous devons apprendre à sortir de nos rigidités qui nous rendent incapables de communiquer la joie de l’Évangile, des formules standardisées qui se montrent souvent anachroniques, des analyses préconçues qui classent la vie des personnes dans des schémas froids. Sortir de tout cela.

Je le demande surtout aux pasteurs de l’Église, aux évêques et aux prêtres : vous êtes les principaux responsables des vocations chrétiennes et sacerdotales et cette tâche ne peut être reléguée à un service bureaucratique. Vous aussi, vous avez vécu une rencontre qui a changé votre vie quand un autre prêtre – le curé, le confesseur, le directeur spirituel – vous a fait faire l’expérience de la beauté de l’amour de Dieu. Et ainsi vous aussi : en sortant, en écoutant les jeunes – il faut de la patience ! – vous pouvez les aider à discerner les mouvements de leur cœur et à orienter leurs pas. C’est triste quand un prêtre ne vit que pour lui-même, s’enfermant dans la forteresse sûre du presbytère, de la sacristie ou du groupe restreint des « très fidèles ». Au contraire, nous sommes appelés à être des pasteurs au milieu du peuple, capables d’animer une pastorale de la rencontre et de dépenser du temps pour accueillir et écouter tout le monde, en particulier les jeunes.

Deuxièmement : voir. Sortir, voir. Quand il passe sur les routes, Jésus s’arrête et croise le regard de l’autre, sans hâte. C’est cela qui rend son appel attirant et fascinant. Aujourd’hui, malheureusement, la hâte et la rapidité des stimulants auxquels nous sommes soumis ne laissent pas toujours d’espace à ce silence intérieur où résonne l’appel du Seigneur. Parfois, il est possible de courir ce risque aussi dans nos communautés : les pasteurs et les agents pastoraux, pris par la hâte, excessivement préoccupés par les choses à faire, qui risquent de tomber dans un activisme d’organisation vide, sans réussir à s’arrêter pour rencontrer les personnes. L’Évangile, en revanche, nous fait voir que la vocation commence par un regard de miséricorde qui s’est posé sur moi. C’est ce terme, « miserando », qui exprime en même temps l’étreinte des yeux et du cœur. C’est ainsi que Jésus a regardé Matthieu. Finalement, ce « publicain » n’a pas senti sur lui un regard de mépris ou de jugement, mais il s’est senti regardé au-dedans avec amour. Jésus a défié les préjugés et les étiquettes des gens ; il a créé un espace ouvert, dans lequel Matthieu a pu revoir sa propre vie et commencer un nouveau chemin.

C’est ainsi que j’aime penser le style de la pastorale des vocations. Et, permettez-moi, j’imagine le regard de tous les pasteurs de la même manière : attentif, sans hâte, capable de s’arrêter et de lire en profondeur, d’entrer dans la vie de l’autre sans jamais le faire se sentir menacé ou jugé. C’est un regard, celui du pasteur, capable de susciter la stupeur pour l’Évangile, de réveiller la torpeur où la culture de la consommation et de la superficialité nous immerge et de susciter des questions de bonheur authentiques, surtout chez les jeunes. C’est un regard de discernement, qui accompagne les personnes, sans mettre la main sur leur conscience ni prétendre contrôler la grâce de Dieu. Enfin, c’est un regard attentif et vigilant et, pour ceci, continuellement appelé à se purifier. Et quand il s’agit des vocations sacerdotales et de l’entrée au séminaire, je vous prie de faire le discernement dans la vérité, d’avoir un regard avisé et prudent, sans légèreté ni superficialité. Je le dis en particulier à mes frères évêques : vigilance et prudence ! L’Église et le monde ont besoin de prêtres mûrs et équilibrés, de pasteurs intrépides et généreux, capables de proximité, d’écoute et de miséricorde.

Sortir, voir et, troisième action, appeler. C’est le verbe typique de la vocation chrétienne. Jésus ne fait pas de longs discours, il ne remet pas de programme auquel adhérer, ne fait pas de prosélytisme et n’offre pas de réponses pré-emballées. En s’adressant à Matthieu, il se limite à dire : « Suis-moi ! ». Ainsi, il suscite en lui la fascination de découvrir un nouveau but, ouvrant sa vie vers un « lieu » qui va au-delà du petit banc où il était assis. Le désir de Jésus est de mettre les personnes en chemin, de les secouer d’une sédentarité létale, de rompre l’illusion que l’on peut vivre heureux en restant confortablement assis entre ses propres sécurités.

Ce désir de recherche, qui habite souvent les plus jeunes, est le trésor que le Seigneur met dans nos mains et que nous devons soigner, cultiver et faire germer. Regardons Jésus qui passe le long des rives de l’existence, recueillant le désir de celui qui cherche, la déception d’une nuit de pêche qui s’est mal passée, la soif ardente d’une femme qui va au puits puiser de l’eau ou le besoin fort de changer de vie. Ainsi, nous aussi, au lieu de réduire la foi à un livre de recettes ou à un ensemble de normes à observer, nous pouvons aider les jeunes à se poser les bonnes questions, à se mettre en chemin et à découvrir la joie de l’Évangile.

Je sais bien que votre tâche n’est pas facile et que, parfois, malgré un engagement généreux, les résultats peuvent être rares et nous risquons d’être frustrés et de nous décourager. Mais si nous ne nous enfermons pas dans les lamentations et que nous continuons à « sortir » pour annoncer l’Évangile, le Seigneur reste à nos côtés et nous donne le courage de lancer les filets, même quand nous sommes fatigués et déçus de n’avoir rien pêché.

Aux évêques et aux prêtres, surtout, je voudrais dire : persévérez à vous faire proches, dans la proximité – cette « synkatabasis » du Père et du Fils avec nous – ; persévérez à sortir, à semer la Parole, avec un regard de miséricorde. La pastorale des vocations est confiée à votre action pastorale, à votre discernement et à votre prière. Ayez soin de la promouvoir en adoptant les méthodes possibles, en exerçant l’art du discernement et en donnant l’impulsion, à travers l’évangélisation, au thème des vocations sacerdotales et à la vie consacrée. N’ayez pas peur d’annoncer l’Évangile, de rencontrer, d’orienter la vie des jeunes. Et ne soyez pas timides pour leur proposer la voie de la vie sacerdotale, montrant avant tout par votre joyeux témoignage qu’il est beau de suivre le Seigneur et de lui donner sa vie pour toujours. Et, comme fondement de cette œuvre, souvenez-vous toujours de vous confier au Seigneur, implorant de lui de nouveaux ouvriers pour sa moisson et soutenant les initiatives de prière en soutien des vocations.

Je suis certain que ces journées, dans lesquelles tant de richesse a circulé, grâce entre autres aux intervenants qui y ont participé, pourront contribuer à rappeler que la pastorale vocationnelle est une tâche fondamentale dans l’Église et met en cause le ministère des pasteurs et des laïcs. C’est une mission urgente que le Seigneur nous demande d’accomplir avec générosité. Je vous assure de ma prière ; et vous, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

SDF à Paris, on ne doit pas s’habituer…

Nos journalistes sont allés au hasard, dans la nuit de lundi à mardi, à la rencontre de femmes et d'hommes qui vivent dans la rue. Ils sont de plus en plus nombreux dans la capitale. On ne s'y habituera jamais.

Il s'est allongé sur un banc public, face au pont d'Austerlitz (Paris), mais ne trouve pas le sommeil. Il est 1h30 du matin dans cette rue déserte. Mains dans les poches, Jérôme, 37 ans, n'a ni besace ni argent. « C'est ma première nuit dehors depuis quatre ans, je suis parti sans rien dire », décoche-t-il, mâchoire serrée. Que va-t-il devenir ? « Je vais faire SDF dans Paris. » Un de plus à grossir les rangs des vagabonds. Un parmi tant d'autres, que nous avons rencontrés dans la nuit de lundi à mardi lorsque nous sommes allés, à trois reporteurs, au contact de cette réalité insupportable, dans les arrondissements populaires comme les beaux quartiers de la capitale.

Sous les feux des projecteurs, il y a une décennie presque jour pour jour, grâce au coup de poing médiatique des Enfants de Don Quichotte et leurs tentes du canal Saint-Martin, le sort du peuple de la rue ne s'est depuis guère amélioré. Ils n'ont, en effet, jamais été aussi nombreux à plonger dans cette extrême précarité qui saute aux yeux et fait mal au cœur. Difficile d'établir un recensement précis. Les estimations évaluent à 7 000 le nombre de personnes qui couchent dehors, à Paris intra-muros, contre environ 5 000 il y a six ans. Pour tenter de répondre à cette croissance exponentielle, les associations de solidarité ouvrent de nouveaux foyers, à l'instar de ce centre d'hébergement d'urgence du XVIe arrondissement, très mal accueilli par les riverains mais qui doit commencer à fonctionner « d'ici à deux semaines » selon la mairie de Paris.

Des hommes-fantômes à la recherche du moindre abri

Lors de nos « maraudes », la plupart de nos témoins n'ont pas refusé le dialogue, au contraire. Le long du canal de l'Ourcq (XIXe), nous avons discuté avec Parviz, un réfugié iranien surnommé la Momie parce que, pour se reposer, il emballe tout son corps épuisé dans une couette blanche. En face de la gare d'Austerlitz (XIIIe), nous avons vu un homme recroquevillé sur une grille d'aération crachant de la fumée brûlante. À Bastille, nous nous sommes arrêtés face à deux misérables qui ont élu domicile dans un abri transparent Autolib'. Devant les portes vitrées de la gare de Lyon (XIIe), fermée aux indigents entre 2 et 6 heures du matin, nous avons découvert une femme-fantôme, ivre de fatigue au point de s'assoupir debout, la tête posée sur son barda, en plein vent. Dans les couloirs du RER, nous avons échangé un regard avec ce vieux monsieur hagard, un sac plastique au bout du bras, qui déambulait à minuit sous des publicités pour des meubles malins. En provenance de Roumanie, Cristian, sa femme et ses deux jeunes enfants sont assis, eux, près de la place Henri-Mondor (VIe) emmitouflés dans des couvertures. Un sac de noix nourrit la tribu. « Ça fait six mois que nous dormons dans la rue. Il n'y a jamais de place pour nous quand on appelle le 115 », avance le papa.

Les autres familles roms que nous avons croisées ont fait la manche sur le trottoir jusqu'à minuit passé avant de lever le camp. Probablement pour rejoindre un hôtel social ou un bidonville.

28 800. C’est le nombre, en 2012, d’adultes SDF et francophones à Paris, selon la dernière étude de l’Insee présentée en 2015. Un chiffre en hausse de 84 % par rapport à 2001. Environ un quart dorment dans la rue. Ils sont, d’après les données 2016 de la Fondation Abbé Pierre, 141 500 (soit une hausse de 40 % en six ans) en France.

Le mot : sans-domicile-fixe

L'acronyme SDF, qui signifie « sans-domicile-fixe », est apparu dès la fin du XIXe siècle sur les registres de police et des bureaux de bienfaisance pour qualifier les vagabonds et les clochards. Il est véritablement entré dans le langage courant au début des années 1990 avec, notamment, la naissance des journaux de rue comme « Macadam » ou « Réverbère », vendus par des indigents, et la création du Samu social. Cette dénomination, qui a remplacé celle de « sans-logis », englobe tous ceux qui sont privés d'un toit permanent. Il y a d'abord les sans-abris qui cauchemardent dehors (banc, trottoir, jardin public...) ou dans un espace couvert de fortune (cave, cage d'escalier, parking, gare...) non prévu pour l'habitation. Il y a ensuite les grands précaires qui font des va-et-vient avec les centres d'hébergement d'urgence ou les foyers d'accueil. Et, enfin, ceux qui sont logés de manière provisoire par des tiers (amis, famille...), dans une chambre d'hôtel, au camping ou qui ont trouvé refuge dans un squat.

© La Parisien - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

« Descends vite, car j’aimerais aujourd’hui demeurer chez toi »

Jéricho est le symbole de notre vieille humanité. C’est l'une des villes les plus anciennes au monde. Construite dans un oasis au milieu du désert, elle a été habitée sans interruption depuis plus de huit mille ans. Quand Abraham y passait en nomade avec ses troupeaux, vers 1 800 avant J. C., c'était déjà une ville qui existait depuis quatre millénaires. Jéricho est une sorte d'anomalie dans la géographie de la planète. C’est en effet la ville la plus basse de la terre, à 300 mètres au-dessous du niveau de la mer !

Dans l’épisode d’aujourd’hui, Jésus traverse Jéricho, avant de prendre le chemin qui monte vers Jérusalem. En entrant dans la ville, il guérit un aveugle (Lc 18, 35-43) et, à la suite de ce miracle, tout le monde cherche à voir le « prophète », y compris Zachée, le riche publicain.

À cause de son travail de collecteur d’impôts à la solde des Romains, Zachée est considéré « un pécheur par métier ». Il est « excommunié » et rejeté par ses compatriotes. C’est un requin de la finance que tout le monde déteste. Il exploite et opprime les pauvres gens ! Ce « salaud de chef des publicains », qui fait d'énormes profits en affamant les pauvres, étale sa richesse et son luxe dans la villa la plus riche de la ville.

Jésus surprend tout le monde en s’invitant chez lui. Au cours de cette visite, Zachée révèle un bon côté que personne ne soupçonnait chez lui : il est généreux et a le sens de la justice. En voyant ce bon côté, Jésus s’exclame : « Lui aussi est un fils d’Abraham ».

En s’invitant chez Zachée, Jésus ne parle pas de conversion, de changement de métier, de partage de fortune. Le Seigneur dit simplement qu’il désire visiter cet homme rejeté par les autres. Zachée retrouve alors sa dignité d’être humain et descend de son arbre pour « recevoir Jésus avec joie ».

Le Christ a voulu habiter parmi nous afin de partager notre condition humaine. Comme il le dit lui-même, il est venu non pas seulement pour les justes, qui ne croient pas avoir besoin de sauveur, mais surtout pour les pécheurs et pour ceux et celles qui ont été blessés par la vie.

Le Seigneur voit plus loin que nos faiblesses, nos lacunes et nos péchés. Il voit ce que nous pouvons devenir. Ce n’est pas le passé qui l’intéresse mais l’avenir.

Nous avons tendance à penser que pour nous rapprocher de Dieu, il faut d’abord nous convertir, changer notre façon de vivre, revenir sur le bon chemin. Une fois ce « retournement » accompli Dieu nous ouvre sa porte. L’évangile affirme que c’est l’ordre inverse que Dieu a choisi : Jésus s’invite chez Zachée, lui démontrant tout le respect qu’il a pour lui, et alors ce pécheur de profession se repend : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

Ce n’est pas la conversion qui nous permet de recevoir la grâce de Dieu. C’est Dieu qui frappe à notre porte et nous offre sa grâce gratuitement : « Voici que je suis à la porte et frappe. Si quelqu’un écoute ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui. » (Ap 3, 20) C’est son amour pour nous qui nous est d’abord offert et la conversion est le résultat de cet amour reçu et accepté.

Ce bel épisode de la visite de Jésus chez Zachée offre plusieurs éléments à notre réflexion chrétienne.

En premier lieu, Jésus nous rappelle que lorsque nous jugeons les autres, nous avons tendance à ne voir que l’aspect négatif de leur conduite et nous sommes aveugles à ce qu’il y a de bon chez eux. Jésus fait ressortir ce qu’il y a de meilleur chez Zachée, comme il l’a fait chez Marie Madeleine, la samaritaine, Nicodème, la femme adultère, la pécheresse chez Simon le pharisien, le bon larron, Pierre et les autres apôtres. Le Seigneur voit plus loin que nos faiblesses, nos lacunes et nos péchés. Il voit ce que nous pouvons devenir. Ce n’est pas le passé qui l’intéresse mais l’avenir.

Jésus nous invite ensuite nous aussi à descendre de notre arbre, car il veut venir chez-nous. Comme Zachée, nous avons tendance à juger le monde de haut, de notre lieu d’observation. Nous savons toujours très bien ce que les autres doivent faire : la famille, les voisins, les politiciens, les professeurs, les prêtres, les bénévoles… Le Seigneur nous invite ce matin à quitter notre lieu d’observation pour entrer chez nous avec lui. Là nous serons en mesure de mieux évaluer notre propre comportement. Nous verrons ce qui ne fonctionne pas bien dans notre vie, et nous serons moins tentés de juger et de condamner les autres.

Jésus nous offre aujourd’hui son amitié, comme il l’a offerte à Zachée dans la ville de Jéricho : « Descends vite, car j’aimerais aujourd’hui demeurer chez toi. »

© Cursillo

 

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Date de dernière mise à jour : 2016-10-29