Pko 6.11.2016

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°60/2016

Dimanche 6 novembre 2016 – XXXIIème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

OSEZ VIVRE ENSEMBLE…

« Osez vivre ensemble… », c’est ainsi que notre regretté Père Paul Hodée intitulait son Édito en février 1988 après les vives tensions vécues par la Polynésie en octobre 1987 (voir ci-dessous).

Les évêques de France nous interpellent, dans un texte intitulé : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique » sur le quotidien de notre société. « Notre société semble comme à fleur de peau, à vif, une société sous tension qui réagit et sur-réagit… Les tensions peuvent vite monter. La contestation est devenue le mode de fonctionnement habituel, et la culture de l’affrontement semble prendre le pas sur celle du dialogue. Chacun, chaque groupe se replie vite sur lui-même, tandis que les accusations et les caricatures réciproques prennent rapidement le dessus sur des échanges constructifs, laissant aux plus revendicatifs le pouvoir de l’invective et de la surenchère. On ne supporte guère toute parole émanant d’une autorité quelle qu’elle soit… » Les tensions nées autour des « graviers de Hao », les invectives, les affirmations et contre-affirmations nous montrent la justesse de ces propos.

Ne laissons pas nos passions prendre le pas sur notre « vivre ensemble »… soyons responsable de nos paroles, plus encore comme homme d’Église… la vérité et la justice, oui,… la haine et la rancœur, jamais !

La pièce de théâtre « Champignons de Paris » d’Émilie Genaedig est un modèle de courage et d’audace… une lecture sans compromission du fait nucléaire et un appel à la Fraternité universelle !

Chronique de la roue qui tourne

Les commérages

Socrate avait, dans la Grèce antique, une haute réputation de sagesse. Quelqu'un vint un jour trouver le grand philosophe et lui dire :

- Sais-tu ce que je viens d'apprendre sur ton ami ?

- Un instant, répondit Socrate, avant que tu ne me racontes tout cela, j'aimerais te faire passer un test très rapide. Ce que tu as à me dire, l'as-tu fais passer par le test des trois passoires ?

- Les trois passoires ?

- Mais oui, reprit Socrate. Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l'on aimerait dire. C'est ce que j'appelle le test des trois passoires. La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me raconter est vrai ?

- Non, pas vraiment. Je n'ai pas vu la chose moi-même, je l'ai seulement entendu dire...

- Très bien ! Tu ne sais donc pas si c'est la vérité. Voyons maintenant. Essayons de filtrer autrement, en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m'apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bien ?

- Ah non ! Au contraire ! J'ai entendu dire que ton ami avait très mal agi.

- Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n'es pas sûr si elles sont vraies. Ce n'est pas très prometteur ! Mais tu peux encore passer le test, car il reste une passoire, celle de l'utilité. Est-il utile que tu m'apprennes ce que mon ami aurait fait ?

- Utile ? Non pas réellement, je ne crois pas que ce soit utile...

- Alors, de conclure Socrate, si ce que tu as à me raconter n'est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ? Je ne veux rien savoir et, de ton côté, tu ferais mieux d'oublier tout cela !

Les commérages !

Qui n’a jamais été victime de commérages ? Vous savez, ces "vérités" connues de tout le monde… sauf du principal intéressé. Ces histoires qui arrivent à nous décrire sans nous connaître. Ces histoires qui attendent que nous ayons le dos tourné pour mieux se raconter.

Tout commence avec des bouches pensant détenir LE scoop. « L’information » n’est même pas vérifiée ni recoupée car ici le sensationnel prime… peu importe à quel prix… peu importe par quel moyen ! D’ailleurs, la propagation des commérages est si efficace qu’elle fait pâlir toutes nos campagnes de communication actuelles. Le scoop est lâché tel un fauve et répété inlassablement sans que personne ne s’interroge sur son bien-fondé.

Si on a besoin d’un sujet de conversation pour interagir avec les autres, force est de constater qu’avec les commérages, on le fait au détriment d’autrui et sans scrupules. Pourtant la vie ne manque pas de sujets, aussi passionnants qu’illimités ! Mais ce qui est beau, grand et fort ne semble pas nous intéresser. Notre curiosité semble préférer la calomnie et l’injure. Oui, plus l’histoire est croustillante, plus elle capte l’attention ! Plus l’histoire porte atteinte à la dignité d’autrui, plus elle plait ! Triste constat… constat réaliste !

Mais si l’action de la bouche est condamnable, celle de l’oreille réceptive n’est pas innocente. On m’a toujours dit que, même si nous ne sommes pas d’accord avec ce qui est dit, nous allons quand même retenir 10% de l’histoire. Et ces 10%, nous allons les redire… inévitablement. Et l’histoire se répètera, c’est vraiment le cas de le dire. Ainsi, nous participons aux commérages dès lors que nous leur offrons notre oreille. Oui, ici, la passivité de l’écoute est loin d’être inoffensive. Alors, pourquoi donner notre temps et notre attention aux "on dit" ? Par curiosité ? Par naïveté ? Par méchanceté ? Remarquons qu’aucune de ces pistes de réflexion ne part d’un bon sentiment.

En cela, la petite histoire avec Socrate montre et démontre bien que la meilleure façon de faire taire les ragots, c’est de fermer ses oreilles. Des commérages qui ne trouvent pas d’oreilles sont des méchancetés muselées. Alors préservons nos oreilles des commérages. Laissons les cancaniers parler aux murs… ils s’en lasseront bien un jour !

La chaise masquée

© Nathalie SH – P.K.0 – 2016

Oser vivre ensemble…

Edito de Père Paul Hodée du 21 février 1988

Le monde est dur. La société est éclatée en de multiples groupes. Les passions sont souvent déchaînées. Les appétits de jouissance et de domination empoisonnent bien des relations. Peurs et incertitudes s'installent face aux changements et à l'avenir.

Pourtant nous sommes ensemble et nombreux sur nos petites îles, spécialement à Tahiti et dans la zone urbaine. Qu'on le veuille ou pas, nous sommes différents et sur le même bateau.

Chacun sait bien que la grande richesse de nos îles c'est l'amuiraa, le vouloir-être ensemble. L'or de nos îles est la qualité du cœur de chacun. Les événements de 1987 ont fortement éprouvé ce « vivre-ensemble ». Peurs et agressivités amènent méfiance et repli sur soi.

Oser vivre ensemble parce que fils du même Père du ciel, frères du même Seigneur Jésus qui nous rassemble, temples du même et unique Esprit d'Amour... c'est le grand défi à relever. Sommes-nous prêts, spécialement en ce temps favorable du Carême, à dépasser nos passions, nos déceptions, nos rancœurs par la détente, le dialogue, le développement ?

Détente... car l'autre existe ; il n'est ni un jeu ni un enjeu ; il est image de Dieu que je reconnais, que j'accueille.

Dialogue... l'autre a une dignité, une valeur. Il a quelque chose à me dire ; je l'écoute et j'accepte la diversité des langues et des cultures.

Développement... je donne sa chance à l'autre par l'éducation, la formation dans une vraie solidarité sociale qui développe la responsabilité de chacun.

Oser vivre ensemble est sans doute utopique ! Il faut se réconcilier en détruisant les « murs de haine » par la vérité, la justice, l'équité ! Cette utopie de l'Évangile n'est-elle pas préférable aux déchaînements des violences ?

© Archidiocèse de Papeete – 1988

La parole aux sans paroles – 57

Portrait d’une de nos sœurs de la nuit - Alfania

Avec sa bonne humeur et une honnêteté incroyable, sans tabu, Alfania va nous raconter sa vie. Partie très jeune du foyer familial, elle entrera dans le monde de la prostitution dès 13 ans.

Dis-moi, Alfania, ce n’est pas courant. D’où vient ton prénom ?

« Je l’ai inventé, en fait, quand je suis arrivée en ville. Alfania, je trouvais ça joli… et unique ! »

D’où viens-tu ? Où as-tu grandi ?

« J’ai grandi à Pirae, chez mes parents, à Fautaua Val. »

Vers quel âge tu t’es sentie femme ?

« Très jeune, vers 8, 9 ans. Je me suis sentie femme sans pouvoir encore être femme. Ça m’arrivait de jouer aux jeux de filles, aux poupées par exemple. Même ma mère acceptait de m’acheter des poupées ! Donc, peut-être que ça a eu un impact sur le fait que je sois devenue comme ça. »

Et à l’école, ça se passait comment ?

« En général, ça se passait très bien. Bon, il y avait de petites insultes mais rien de bien méchant. C’est plutôt au collège que ça s’est mal passé. Mais, heureusement, les professeurs étaient attentionnés avec moi, malgré le fait que j’étais différente des autres. Ils m’ont vraiment aidée. J’avais droit aux études dirigées. Et avec les autres élèves, en fait, j’avais plus de camarades filles que garçons. Mais, quand il s’agissait d’être sérieux en classe, j’étais obligée de m’entendre avec les garçons. C’était stratégique ! Mais, pendant la récréation, j’allais avec les filles, je préférais. »

Et là, tu étais déjà fille ?

« Pas tout à fait mais j’avais de longs cheveux, je m’habillais en fille avec des shorts très courts et de jolis hauts. Mais pas de maquillage. »

Et au lycée ? Comment ça s’est passé ?

« J’ai arrêté mes études en 3ème. En fait, j’ai dû quitter l’endroit où j’habitais, chez mes parents. J’avais beaucoup de problèmes familiaux et financiers. »

Tu avais quel âge ? 12, 13 ans ?

« Ouais, voilà. »

Où es-tu allée ?

« Je suis partie vivre avec des copines comme moi, dans la rue des écoles. On avait pris un petit appartement qui venait de se libérer, les filles qui habitaient là venaient de partir en France. Et dans l’immeuble, il n’y avait que des filles comme nous. On avait un petit loyer à payer, 10 000 francs par fille. Mais, les premiers temps, j’ai continué d’aller à l’école. »

Comment faisiez-vous pour subvenir à toutes ces dépenses ?

« Bin, on allait se prostituer. J’avais déjà commencé à venir dans la rue le temps d’un week-end avant ça. Mais, j’ai vraiment commencé la prostitution quand je suis venue habiter en ville, donc vers 13 ans. »

Quand tu découvres cet univers à 13 ans, qu’est-ce qui est le plus dur ?

« C’est plutôt le fait de ne plus voir tes parents, de quitter l’endroit où tu as grandi pour t’installer ailleurs. Là, tu comprends que tu es toute seule et tu es obligée de faire ça parce qu’autrement… »

À ton avis, tes parents savaient que tu te prostituais ?

« Je pense que oui. Quand j’ai quitté la maison, ils ont dû se dire que je suis venue chez des copines pour forcément aller sur la route… comme mes copines. Ils savaient sans oser le dire. »

13, 14 ans, c’est très jeune. Tu n’as jamais eu de problèmes ?

« Non, je n’étais pas la seule donc, du coup, je n’avais pas peur. Je n’étais pas la seule mineure. Bon, j’étais jeune mais je paraissais plus âgée ! »

Ta « première fois », tu t’en rappelles ? Tu as eu peur ?

« Un vrai client qui paie ? C’était à l’immeuble. Il était très sympa. »

Comment « apprend-on » le métier ?

« J’ai appris en observant les filles. En plus, je vais être franche, j’aime ça, j’aime le sexe. En 3 mois, j’ai appris les règles, j’ai appris qu’il ne fallait jamais casser les prix... »

Peut-on garder un bon souvenir de certains clients ?

« Oui, il y en a qui sont vraiment sympas. Ils donnent plus d’argent que ce qui est demandé. Ou, d’autres nous amènent à l’hôtel, c’est vraiment un bon moment qu’on partage quoi. Ceux-là comprennent ma vie et mes choix. »

Tes clients sont plutôt des occasionnels ou des réguliers ?

« Plutôt des occasionnels en ce moment. J’avais des réguliers mais j’ai perdu mon téléphone donc ils ne peuvent plus me joindre. »

Et, entre nous, si un client arrive et il est moche, pas du tout attirant, ni charmant, rien. Que fais-tu ?

« Alors là, systématiquement, je refuse… même pour 5 000 francs. (Rires) Même s’il me propose plus, je refuse. L’hygiène n’a pas de prix ! Entre nous, les gros, ça va. Mais les sales, ceux qui ne se sont pas baignés depuis plusieurs jours, la barbe épaisse, les bourrés, je refuse. Mais je lui dis gentiment, je lui dis qu’il trouvera mieux que moi. Je ne vais pas lui dire directement : "Non, tu es moche !" »

Le plus dur dans ce métier ?

« C’est d’être une prostituée propre, au sens large du terme. Quand tu fais ce métier, tu rentres complètement dans le tabu. Tu rencontres la drogue, l’alcool. Tu ne peux pas éviter tout ça. Tu y tombes automatiquement. »

Et comment tu t’en sors personnellement ?

« L’alcool, ça va. Je ne bois pas énormément. En revanche, la drogue, elle est quotidienne. Mais j’essaye de maîtriser. Par exemple, j’étais à 2 sticks par jour, je viens de réduire à 1. »

Aujourd’hui, dis-moi, quel âge as-tu ?

« J’ai 23 ans. »

Donc ça fait 10 ans !

« Oui. »

Et, tu n’as jamais voulu trouver un autre travail ?

« J’ai essayé, j’avais trouvé un en 2010. J’étais plongeuse pour une roulotte à Aorai Tini Hau. Mais ça n’a pas duré ! »

Et, si demain tu trouves un CDI bien payé, vas-tu arrêter la prostitution ?

« Oui, je vais arrêter la prostitution… un moment. (Rires) Comme je te disais, j’aime le sexe, j’aime mon métier. Donc, je travaillerai la semaine mais je reviendrai ici le week-end je pense. Mais, il y a peut-être une chose qui me ferait arrêter définitivement : c’est mon copain. Si un jour il me le demande, j’arrêterai. Je l’aime vraiment. »

Donc, tu es en couple ?

« Oui, ça fait 3 ans maintenant. »

Et, quelle est sa réaction de te savoir dehors tous les soirs avec d’autres hommes ?

« En fait, avant moi, il était déjà resté avec un ra’era’e. Donc il a appris à accepter cela. Quand il est resté avec moi, il savait déjà donc ça a été plus facile. Il avait compris le système, que la nuit je me maquille pour sortir. Il ne dit rien. »

Un jour, penses-tu te faire opérer ?

« Bien sûr, et là ton CDI bien payé m’intéresse ! (Rires) Parce que l’opération n’est pas donnée ! »

D’après toi, est-ce que les ra’era’e peuvent trouver une place dans notre société ?

« Normalement, oui… si on arrête de nous réduire qu’au sexe. À chaque fois que les gens voient un ra’era’e, tout de suite ils pensent au sexe. Quelle horreur, et on nous dit de dégager. Un jour, j’étais à la Cathédrale, on est venu me dire que je profanais l’église, alors que je ne faisais rien. Jamais ils ne regardent l’intérieur de la personne. »

Un dernier message ?

« À ceux qui ne connaissent rien de notre vie, qu’ils arrêtent de nous embêter et insulter. Nous, nous sommes comme tout le monde. Qu’ils arrêtent d’être méchants et hypocrites. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2016

L’espérance de la résurrection

Homélie du mercredi 2 novembre 2016 au cimetière romain de Prima Porta

Le Pape François a présidé ce mercredi après-midi, 2 novembre 2016, la messe de commémoration des fidèles défunts au cimetière romain de Prima Porta (appelé aussi le cimetière de Flaminio), au nord de Rome. C’est la première fois qu’il se rendait dans ce cimetière, après s’être rendu les années précédentes, pour cette même commémoration liturgique, au cimetière du Verano. Devant quelques centaines de personnes, dont la maire de Rome Virginia Raggi, le Pape François a développé, lors d’une courte homélie, une réflexion sur le lien paradoxal entre tristesse et espérance qui marque le souvenir de nos défunts.

Job était dans le noir. Il se trouvait aux portes de la mort. Et en ce moment d’angoisse, de douleur et souffrance, il proclame l’espérance. « Je sais que mon rédempteur est vivant, que, le dernier, il se lèvera sur la poussière !… Je le verrai, moi en personne, et si mes yeux le regardent, il ne sera plus un étranger » (Jb 19,25.27). La Commémoration des défunts a ce double sens. Un sens de tristesse : un cimetière c’est triste, cela nous rappelle les personnes qui nous sont chères et sont parties, et nous rappelle aussi l’avenir, la mort ; mais dans cette tristesse, nous apportons des fleurs, comme un signe d’espérance, voire même de fête, pourrais-je dire, mais plus tard, pas maintenant. Et la tristesse se mêle à l’espérance. Mélange que nous sentons tous aujourd’hui, durant cette célébration : la mémoire de nos proches, devant leurs dépouilles, et l’espérance.

Mais nous sentons aussi que cette espérance nous aide, car nous aussi nous devrons faire ce chemin. Nous ferons tous ce chemin. Tôt ou tard, mais tous. Avec douleur, plus ou moins de douleur, mais tous. Mais avec la fleur de l’espérance, ce fil, bien solide, ancré dans l’au-delà. Cette ancre, qui ne déçoit pas : l’espérance de la résurrection.

Et Jésus fut le premier à prendre ce chemin. Nous suivons le chemin qu’il a parcouru. Et c’est Lui qui nous a ouvert la porte, Lui-même, Jésus : par sa croix, il nous a ouvert la porte de l’espérance, nous a ouvert la porte de l’endroit où nous contemplerons Dieu. « Je sais que mon rédempteur est vivant, que, le dernier, il se lèvera sur la poussière !… Je le verrai, moi en personne, et si mes yeux le regardent, il ne sera plus un étranger ».

Repartons chez nous aujourd’hui avec ce double souvenir : la mémoire du passé, de nos chers qui sont partis ; et la mémoire du futur, du chemin que nous ferons. Avec cette certitude, cette garantie sortie des lèvres de Jésus : « Je le ressusciterai au dernier jour » (Je 6,40).

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Une société en tension… une crise de la parole

Extrait de « Retrouver le sens du politique » des évêques de France – 14 octobre 2016

Le 14 octobre 2016, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a publié un texte intitulé : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Une longue réflexion qui fait suite à l’appel au discernement, publié lui le 20 juin 2016, en vue des élections de 2017. « Si nous parlons aujourd’hui, explique le Conseil permanent de l’épiscopat français dans l’introduction du document, c’est parce que nous aimons notre pays, et que nous sommes préoccupés par sa situation ». Nous vous proposons ici la lecture des chapitres 2 et 8, riche d’enseignement pour nous en Polynésie, au moment où surgissent des tensions aussi bien au niveau civil qu’au cœur de l’Église autour des essais nucléaire et de leurs conséquences

2. Une société en tension

Notre société semble comme à fleur de peau, à vif, une société sous tension qui réagit et sur-réagit. C’est le cas bien sûr de l’expression des émotions, des sentiments, des joies et des peines… Nous l’avons tous ressenti au moment des tragiques attentats terroristes qui ont endeuillé notre pays, et plus largement, lors des différentes marches blanches, célébrations mémorielles qui permettent à nos concitoyens de vivre ensemble les secousses collectives, et de se sentir plus forts parce que solidaires. Ces moments de communion intenses marquent nos concitoyens et l’histoire de notre pays. Certes, on peut se demander ce qu’il en reste quelque temps après. Comme si notre société qui souvent se trouve prisonnière du piège des images et des apparences manquait d’intériorité, de profondeur et d’enracinement. Néanmoins, ces manifestations sont le signe que les Français ne restent pas indifférents à ce qui touche leurs compatriotes, et qu’ils veulent dire clairement leur besoin de se retrouver et d’être unis malgré tout.

Cette sensibilité très grande se manifeste aussi lors des crises sociales et sociétales. Les tensions peuvent vite monter. La contestation est devenue le mode de fonctionnement habituel, et la culture de l’affrontement semble prendre le pas sur celle du dialogue. Chacun, chaque groupe se replie vite sur lui-même, tandis que les accusations et les caricatures réciproques prennent rapidement le dessus sur des échanges constructifs, laissant aux plus revendicatifs le pouvoir de l’invective et de la surenchère. On ne supporte guère toute parole émanant d’une autorité quelle qu’elle soit. L’unité nationale est vite mise à mal.

Dans cette société en tension, réseaux sociaux et médias, surtout audiovisuels, occupent une place importante. Ces derniers ont un pouvoir d’influence dans leur manière de présenter les choses, et une responsabilité dans la qualité du débat public quand ils préfèrent slogans, petites phrases, et a priori réducteurs, à l’analyse sérieuse et au débat respectueux. On ne peut sans cesse jouer sur la com’ et l’audience. Il en va de même des réseaux sociaux. Informations et opinions circulent vite. Et l’on peut trouver le meilleur comme le pire sur le Net. Chacun doit être responsable de ce que sa parole produit. Ces réseaux peuvent être un outil formidable au service du débat ou un instrument de division et d’opposition. Les progrès technologiques immenses de ces dernières décennies ont des incidences très fortes sur notre manière de faire société. Chacun doit pouvoir s’interroger sur l’incidence de ces nouvelles technologies sur son degré de liberté et sa capacité de jugement personnel.

8. Une crise de la parole

Cette crise du politique, n’est-elle pas avant tout une crise de la parole ? Nous savons que c’est la confiance dans la parole donnée qui permet que s’élabore une vie en société, c’est le fait que l’on privilégie des lieux – sous des formes diverses – de parole citoyenne, d’échanges, de concertation, de médiation, etc., qui peut redonner ses lettres de crédit au politique. La parole permet aux hommes de se dire les uns aux autres ce qui a du prix pour eux. Il n’y a pas de projet durable qu’élaboré dans un rapport de dialogue. La politique est donc un lieu essentiel de l’exercice de la parole. Là où le conflit n’est pas dit, là où la vérité est transformée ou cachée, là risque d’apparaître la violence. Le débat est ce lieu privilégié où des affirmations diverses, parfois adverses, sont travaillées les unes par les autres. Des positions se transforment, deviennent conscientes d’elles-mêmes. Dès lors, tout ce qui pervertit la parole, le mensonge, la corruption, les promesses non-tenues ont des conséquences très lourdes. Et nous en sommes là aujourd’hui. Entre le « ras-le-bol » de ceux qui n’y croient plus et se désintéressent de la vie publique, et ceux qui, pleins de colère, veulent renverser la table et se tourner vers les extrêmes, la marge de manœuvre est de plus en plus étroite pour relégitimer la parole publique.

Comment gérer l’opposition, la violence que porte tout combat politique ? Comment affirmer ses convictions en opposition à une société qui ne les comprend pas et n’en tient plus guère compte ? Les convictions sont nécessaires, mais comment les intégrer dans la discussion – elle aussi nécessaire et indispensable – et ne pas tomber éventuellement dans une posture antidémocratiques ? Comment tenir une parole prophétique qui ne soit pas que du lobbying ou une opposition véhémente et stérile ? La parole échangée, les espaces de dialogue à privilégier, s’ils sont plus que jamais nécessaires et urgents, supposent infiniment de doigté, de souplesse, d’adaptabilité alors même que la tentation est celle du passage en force et du repli sur ses positions. Nous ne sommes plus en effet à une époque où les débats, les affrontements même, se faisaient sur un socle de références culturelles, historiques, anthropologiques partagées. Aujourd’hui – le débat autour du « Mariage pour tous » ainsi que toutes les questions éthiques sur le début ou la fin de la vie, l’ont bien montré –, il n’y a plus, ou de moins en moins, de vision anthropologique commune dans notre société. Tout semble discutable et à discuter. Toutes les positions veulent se voir écoutées, respectées, comme légitimes, à égalité. L’une des difficultés est d’arriver à parler et à être entendu dans une démocratie d’opinion dans laquelle tout – même l’anthropologie – est soumis au vote. On utilise les mêmes notions de part et d’autre mais sans y mettre les mêmes contenus, les mêmes réalités, les mêmes implications. On peut penser par exemple au mot de « dignité », souvent utilisé. Que d’appréciations différentes derrière ce mot…

Le politique va être sans cesse appelé à gérer des équilibres provisoires entre différents intérêts à un instant « T » de l’état de la société. Le problème bien sûr, c’est que le compromis, s’il est souvent un moindre mal qui permet malgré tout à l’immense majorité de vivre ensemble, est aussi perçu par les uns ou les autres, comme une solution insatisfaisante, allant trop ou pas assez loin, à mille lieues de l’affirmation d’une cause pure, et porteur de nouveaux affrontements. Le compromis, toujours suspecté de compromission, est ainsi ce qui, aux yeux de certains, contribue à dévaluer le politique. C’est mal comprendre ce que doit être véritablement le compromis, tâche indispensable et particulièrement noble du débat politique. Le vrai compromis est plus qu’un entre-deux, simple résultat d’un rapport de force. C’est, à partir de positions différentes, entrer dans un vrai dialogue où on ne cherche pas à prendre le dessus mais à construire ensemble quelque chose d’autre, où personne ne se renie, mais qui conduit forcément à quelque chose de différent des positions du départ. Ce ne doit pas être une confrontation de vérités, mais une recherche ensemble, en vérité.

Dans les débats, parfois compliqués, de notre société, dire clairement ce qui semble bon pour la vie en commun est une responsabilité de chacun. Pour nous catholiques, nous ne pouvons rester indifférents à tout ce qui, d’une manière ou de l’autre, porte atteinte à l’homme. Cela signifie de l’intérêt pour les aspirations de nos contemporains, mais aussi une liberté intérieure qu’il faut savoir manifester avec le courage de l’Esprit même et surtout si elle est contraire aux discours ambiants et aux prêts-à-porter idéologiques de tous bords. Cet engagement peut prendre des formes différentes, à la mesure des enjeux, mais doit toujours être soutenu par un véritable respect pour ceux qui ne pensent pas de la même manière. S’il faut parfois donner un témoignage de fermeté, que celle-ci ne devienne jamais raideur et blocage. Elle doit être ferme proposition sur fond de patiente confiance que Dieu ne cesse d’avoir pour l’homme. La parole en société est toujours à relancer. Et les chrétiens, avec les autres, doivent veiller à la démocratie dans une société fragile et dure.

© Conférence des Évêques de France - 2016

La miséricorde doit faire se rapprocher les différentes religions

Discours du Pape François aux représentants des diverses religions

Le Pape François a reçu ce jeudi matin, 3 novembre, dans la salle Clémentine du Vatican, 200 personnes de plusieurs religions, dans le cadre d'une rencontre organisée par le Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux et le Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des chrétiens. Une audience interreligieuse au cours de laquelle le Pape est revenu sur le sens de la miséricorde, qui est familier à toutes les traditions religieuses.

Chers amis,

Je vous souhaite cordialement la bienvenue. Je me réjouis de vous rencontrer et je vous remercie d’avoir accueilli cette invitation à réfléchir ensemble sur le thème de la miséricorde.

Comme vous le savez bien, nous approchons du terme de l’Année sainte, pendant laquelle l’Église catholique a regardé intensément le cœur du message chrétien dans la perspective de la miséricorde. En effet, celle-ci est pour nous révélatrice du nom de Dieu, elle est « l’architrave qui soutient la vie de l’Église » (Misericordiae Vultus, 10) et elle est la clé pour accéder au mystère même de l’homme, qui a aujourd’hui encore tellement besoin de pardon et de paix.

Toutefois, le mystère de la miséricorde ne doit pas être seulement célébré par des paroles, mais surtout par les œuvres, par un style de vie réellement miséricordieux, fait d’amour désintéressé, de service fraternel, de partage sincère. C’est le style que l’Église désire principalement assumer, y compris « dans sa tâche de favoriser l’unité et la charité entre les hommes » (Conc. Vat. II, Nostra aetate, 1). C’est le style auquel sont aussi invitées les religions pour être, particulièrement en notre temps, messagères de paix et artisans de communion ; pour proclamer, différemment de ceux qui alimentent affrontements, divisions et fermetures, qu’aujourd’hui est le temps de la fraternité. C’est pourquoi il est important de rechercher la rencontre entre nous, une rencontre qui, sans syncrétismes conciliants « nous rende plus ouverts au dialogue pour mieux nous connaître et nous comprendre, qui élimine toute forme de fermeture et de mépris et qui chasse toute forme de violence et de discrimination » (Misericordiae Vultus, 23). Cela plaît à Dieu et c’est une tâche urgente, en réponse non seulement aux nécessités d’aujourd’hui, mais surtout à l’appel à aimer, âme de toute expression religieuse authentique.

Le thème de la miséricorde est familier à beaucoup de traditions religieuses et culturelles, où la compassion et la non-violence sont essentielles et indiquent la voie de la vie : « Le rigide et le dur appartiennent à la mort ; le mou et le tendre appartiennent à la vie », atteste un ancien dicton de sagesse (Tao-Te-Ching, 76). Se pencher avec une tendresse pleine de compassion sur l’humanité faible et démunie appartient à une âme vraiment religieuse, qui repousse la tentation de dominer par la force, qui refuse de faire de la vie humaine une marchandise et voit dans les autres des frères, jamais des numéros. Se faire proche de ceux qui vivent des situations qui requièrent davantage d’attention, comme la maladie, le handicap, la pauvreté, l’injustice, les conséquences des conflits et des migrations, est un appel qui vient du cœur de toute tradition authentiquement religieuse. C’est l’écho de la voix divine qui parle à la conscience de chacun, invitant à surmonter le repli sur soi et à s’ouvrir : s’ouvrir à l’Autre au-dessus de nous, qui frappe à la porte du cœur ; s’ouvrir à l’autre à côté de nous, qui frappe à la porte de la maison, demandant de l’attention et de l’aide.

La signification du terme « miséricorde » nous invite à avoir un cœur ouvert et plein de compassion. Dans son étymologie en langue latine, il évoque un cœur sensible aux misères et surtout au miséreux, un cœur vainqueur de l’indifférence parce qu’il se laisse impliquer par la souffrance d’autrui. Dans les langues sémitiques, comme l’arabe et l’hébreux, la racine r(a)h(a)m, qui exprime aussi la miséricorde divine, rappelle le sein maternel, les entrailles des sentiments les plus intimes de l’être humain, les sentiments de la mère pour son enfant qu’elle va mettre au monde.

À ce propos, le prophète Isaïe transmet un message magnifique qui est à la fois une promesse d’amour et une sorte de défi de la part de Dieu à l’égard de l’homme : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49,15). L’homme – il est triste de le constater – oublie trop souvent, « s-corda » ou plutôt, comme l’indique ce mot [en italien], éloigne du cœur. Il tient à distance Dieu, le prochain et même la mémoire du passé et il répète ainsi, même sous une forme plus atroce, les erreurs tragiques commises en d’autres temps.

C’est le drame du mal, des abysses obscurs dans lesquels notre liberté peut s’immerger, tentée par le mal, qui est toujours posté en silence pour nous atteindre et nous faire couler. Mais justement ici, devant la grande énigme du mal, qui interroge toutes les expériences religieuses, réside l’aspect le plus surprenant de l’amour miséricordieux. Il ne laisse pas l’homme en proie au mal ou à lui-même ; il n’oublie pas mais il se souvient, et se penche vers toutes les misères pour soulager. Exactement comme le fait une mère qui, devant le pire des maux commis par son fils, reconnaît toujours, au-delà du péché, le visage qu’elle a porté en son sein.

Dans un monde agité et avec peu de mémoire, qui court en en laissant beaucoup en arrière et sans se rendre compte qu’il est essoufflé et sans but, nous avons aujourd’hui besoin, comme de l’oxygène, de cet amour gratuit qui renouvelle la vie. L’homme a soif de miséricorde et il n’y a pas de technologie qui puisse le désaltérer : il cherche une affection qui aille au-delà des consolations momentanées, un port sûr où faire aborder son bateau sans crainte, une étreinte infinie qui pardonne et réconcilie.

C’est tellement important, devant la crainte, aujourd’hui diffuse, qu’il ne soit pas possible d’être pardonné, réhabilité et racheté de ses propres fragilités. Pour nous, catholiques, parmi les rites les plus importants de l’Année jubilaire, il y a celui de franchir, avec humilité et confiance, une porte, la porte sainte, pour être pleinement réconciliés par la miséricorde divine qui remet nos dettes. Mais cela demande que nous aussi nous pardonnions à nos débiteurs (cf. Mt 6,12), les frères et sœurs qui nous ont offensés : on reçoit le pardon de Dieu pour le partager avec les autres. Le pardon est certainement le plus grand don que nous puissions faire aux autres, parce qu’il est celui qui coûte le plus, mais en même temps celui qui nous rend le plus semblables à Dieu.

La miséricorde s’étend aussi au monde qui nous entoure, à notre maison commune, que nous sommes appelés à garder et à préserver de la consommation effrénée et vorace. Notre engagement est nécessaire pour éduquer à la sobriété et au respect, à un mode de vie plus simple et ordonné, où l’on utilise les ressources de la création avec sagesse et modération, en pensant à l’humanité entière et aux générations futures, et pas seulement aux intérêts de son propre groupe et au bénéfice de sa propre époque. Aujourd’hui en particulier, « la gravité de la crise écologique exige que tous nous pensions au bien commun et avancions sur un chemin de dialogue qui demande patience, ascèse et générosité » (Lett. enc. Laudato si’, 2015).

Que cette voie soit notre voie maîtresse ; que soient rejetées les chemins sans but de l’opposition et de la fermeture. Qu’il n’arrive plus que les religions, à cause du comportement de certains de leurs disciples, transmettent un message sur une fausse note, dissonant avec celui de la miséricorde. Malheureusement, il ne se passe pas de jour sans que l’on entende parler de violences, de conflits, de viols, d’attaques terroristes, de victimes et de destructions. Et il est terrible que, pour justifier de telles barbaries, le nom d’une religion ou de Dieu lui-même soit parfois invoqué. Que soient condamnés de façon claire ces comportements iniques qui profanent le nom de Dieu et qui polluent la recherche religieuse de l’homme. Que soient au contraire favorisées, partout, la rencontre pacifique entre les croyants et une réelle liberté religieuse. En ceci, notre responsabilité devant Dieu, l’humanité et l’avenir est grande et requiert tous les efforts, sans aucun faux-semblant. C’est un appel qui nous implique, un chemin à parcourir ensemble pour le bien de tous, dans l’espérance. Que les religions soient des entrailles de vie, qui portent la tendresse miséricordieuse de Dieu à l’humanité blessée et démunie ; qu’elles soient des portes d’espérance qui aident à franchir les murs érigés par l’orgueil et par la peur. Merci !

© Libreria Editrice Vaticana - 2016

Commentaire des lectures du dimanche

« Notre Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants »

Les sadducéens qui rencontrent Jésus ne sont pas intéressés à entreprendre une discussion théologique sérieuse avec lui. Ils veulent simplement le prendre en défaut et le ridiculiser. Jésus a renversé les tables de change des vendeurs du Temple accrédités par ces mêmes dirigeants et il les accuse de faire de cette maison de prière, un centre de voleurs. Ils comprennent alors que Jésus peut mettre en danger leur entreprise très rentable.

Les sadducéens, alliés des Romains et responsables du Temple de Jérusalem, étaient surtout intéressés à l’argent, au pouvoir et au contrôle du peuple. La vie après la mort n’entrait pas dans leurs croyances et dans leur vision d’avenir. La question qu’ils posent à Jésus pour le discréditer est de savoir qui, dans l’éternité, sera le propriétaire de la femme qui a eu sept maris. Ils ne s’intéressent qu’à la valeur marchande de cette femme.

... la mort n’est pas la fin de tout.

En nous rappelant que notre Dieu est Seigneur de la vie, le texte d’aujourd’hui nous invite à réfléchir sur notre espérance chrétienne : la mort est un passage.

Dans la première lettre de Pierre, l’apôtre nous rappelle que nous devons « toujours être prêts à répondre à quiconque nous demande la raison de l’espérance qui est en nous. » (3, 15) Cette espérance donne un tout autre sens à notre mort qui n’est pas la fin de tout, et nous dit que notre parcourt ne se termine pas au cimetière. D’ailleurs les premiers chrétiens ont su exprimer cette espérance en choisissant le mot grec « koimitérion » pour indiquer l’endroit où ils déposaient le corps de leurs défunts. Ce mot, qui est devenu « cimetière » en français, voulait dire « auberge de passage ».

S. Paul écrivait aux Thessaloniciens : « Nous ne voulons pas, frères et sœurs, que vous soyez ignorants au sujet des morts ; il ne faut pas que vous vous désoliez comme les autres qui n’ont pas d’espérance. Puisque nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, de même, ceux et celles qui sont endormis en Jésus, Dieu les emmènera avec lui. » (1 Thessaloniciens 4, 13-14)

En début novembre, nous célébrons la fête de tous les saints et le jour suivant nous nous rappelons nos chers défunts. Novembre est le mois de la solidarité humaine. Nous prions pour nos défunts et ceux-ci continuent à nous accompagner dans notre pèlerinage de vie. « Accorde-leur, Seigneur le repos éternel, et que ta lumière sans fin brille sur eux. Que leur âme et les âmes de tous les fidèles défunts, par la miséricorde Dieu, demeurent dans la paix. »

En tant que chrétiens, nous ne voulons pas être de ceux qui refusent de penser à la mort. Pascal, qui était un grand croyant disait : « Les êtres humains, n’ayant pas trouvé le moyen de guérir la mort, ont décidé de chercher le bonheur en évitant d’y penser. ». Nous ne devons pas avoir peur de réfléchir sur notre propre mort afin de nous préparer à ce moment important.

Bien sûr, nous devons continuellement lutter contre la maladie, en étant toujours en faveur de la vie. Cependant, il ne faut pas oublier que si la science médicale gagne bon nombre de batailles, à la fin, c’est toujours la mort qui a le dernier mot. Mais la mort n’est pas la fin de tout. Elle est un passage, une transformation.

Le Christ rappelle aux Sadducéens que notre Dieu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, est le Dieu des vivants. Il les renvoie à cette image du Dieu des ancêtres, toujours fidèle à ses promesses, le Dieu de la vie !

Notre espérance chrétienne affirme que la vie, l’amour, la beauté, la compassion, l’attention aux autres, la bonté, la soif de justice qui se trouvent en nous et que nous admirons chez les autres ne disparaîtront pas avec la mort.

« Ne soyons pas abattus comme ceux et celles qui n’ont pas d’espérance » (1 Thessaloniciens 4, 13) et « Soyons toujours prêts à répondre à quiconque nous demande la raison de l’espérance qui est en nous. » (1 Pierre 3, 15)

© Cursillo

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Date de dernière mise à jour : 2016-11-04