Pko 01.07.2018

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°34/2018

Dimanche 1er juillet 2018 – Solennité de Saints Pierre et pPaul, Apôtres – Année B

Sœur Clare STANLEY, nouvelle Supérieure générale

 

Du 20 mai au 24 juin, la Congrégation des Sœurs de Saint Joseph de Cluny était réunie en Chapitre. Au total, 88 sœurs du monde entier, de 26 nationalités, ce sont réunies à la Maison Mère à Paris pour un temps de relecture des six dernières années et pour envisager les six prochaines années.

Le 15 juin, après discernement et prière, les membres du chapitre, en présence du délégué de l’archevêque de Paris Mgr Michel AUPETIT, ont procédé aux votes de leur nouvelle Supérieure Générale. C’est sœur Claire Stanley, originaire de la Sierra Léone, qui conduira la congrégation durant les six prochaines années. Auprès d’elle, ont été élues huit sœurs pour constituer le conseil général de la congrégation.

Nous nous joignons à la Vice-Province de Polynésie pour présenter notre action de grâce pour Sœur Clare STANLEY…

© Cathédrale de Papeete - 2018

Laissez-moi vous dire…

Mardi 26 juin 2018 : « Monsieur le Président » Emmanuel Macron,
premier et unique chanoine honoraire de la Basilique Saint jean du Latran (cathédrale du Pape)

À quoi bon solliciter avis et souhaits de la population ?

Le 26 juin, à Rome, le Président Macron a reçu le titre honorifique indiqué ci-dessus. Cette fonction remonte à Henri IV, elle a été reprise en 1957 par le Président René Coty. Il ne faut pas oublier que Monsieur Macron, après s’être déclaré candidat à l’élection présidentielle, est allé le 16 novembre 2016 se recueillir sur les tombeaux des rois à la basilique Saint-Denis. Les gestes « symboliques » du Président Macron témoignent d’un état d’esprit qui transparait dans un certain nombre de ses discours et de ses prises de position.

Bien que baptisé catholique à l’âge de douze ans, il se dit « agnostique ». Quand un journaliste lui demande : « Croyez-vous en Dieu ? », le Président répond : « c’est une question compliquée ». Il préfère parler de « transcendance », de « quelque chose qui dépasse »… Ses rapports avec les chrétiens semblent relever d’un calcul politique. Son long discours au Collège des Bernardins, le 9 avril dernier, a étonné la classe politique, notamment lorsqu’il a déclaré : « Le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé (…) il nous importe de le réparer ». Son long entretien avec le Pape François [57 minutes ! Il est vrai que la France est « fille aînée de l’Église »] a surpris les vaticanistes. Malicieux, le Pape, en offrant en cadeau un médaillon de bronze à l’effigie de Saint Martin partageant son manteau avec un pauvre, a rappelé au Président français « la vocation des chefs d’État à défendre les plus faibles ». Lors de la conférence de presse à la villa Bonaparte, le Président Macron a affirmé que pour lui : « Gouverner c’est accepter un déséquilibre, expliquer les décisions imparfaites qui peuvent être prises et où elles vont ». [source : lci.fr]

Si le Président donne l’impression de « chouchouter » les catholiques, il ne néglige pas pour autant les protestants. Témoin cette petite phrase bien pesée prononcée, à l’hôtel de ville de Paris, en septembre 2017, lors du colloque organisé pour les 500 ans de la Réforme, appelant les protestants « à rester la vigie de la République, son avant-garde dans ses combats philosophiques, moraux et politiques ». [source : Le Monde du 23 septembre 2017]

Souvenons-nous que 62% des électeurs catholiques ont voté Macron le 7 mai 2017 et 67% des électeurs protestants [sondage IFOP 8 mai 2017] – il est vrai qu’en face se trouvait la candidate du Front National -.

Ceci dit, « Monsieur le Président » Macron est-il prêt à écouter les voix et avis des catholiques et des protestants ? … Pas si sûr… En effet, le Président a laissé entendre plusieurs fois que – pour lui – il n’y avait pas « d’électorat catholique » mais il encourageait les uns et les autres : « Participez, mais je ne vous écouterai pas forcément » !

On l’a déjà constaté à maintes reprises, par exemple lors de l’utilisation de l’article 49-3 pour légiférer par ordonnances. Cela ressemble étrangement aux « édits royaux ». Autres constats : le « musellement » des parlementaires LREM qui désapprouvent la ligne présidentielle ; le désaveu cinglant de certains ministres en faisant fi de la présence du premier Ministre. En politique on pourrait comparer cette attitude au « fait du Prince » et à l’autoritarisme de certains rois de France.

Pour terminer, illustrons cette stratégie qui consiste à dénigrer l’avis des citoyens puisque le Président Macron, légitimement élu au suffrage universel, dispose d’une majorité - sous ses ordres - à l’Assemblée Nationale. L’exemple est puisé dans le Rapport des États Généraux de la Bioéthique 2018 adopté le 31 mai 2018 et mis en ligne le 05 juin 2018. À la page 7 on lit : « Ce rapport ne représente pas forcément l’opinion de la population générale » ; « ce rapport de synthèse est de nature différente de “l’Avis du CCNE*” qui sera rendu ultérieurement et dans lequel le CCNE présentera ses pistes de réflexion sur ce qui lui sembleêtre les priorités pour une future action législative. » [Source : ccne-ethique.fr] D’ailleurs le Président du CCNE, Jean-François Delfraissy, a discrédité la forte participation sur Internet aux États Généraux : « Il est normal que des militants puissent s’exprimer mais ils ont accaparé une partie des débats. (…) Il y a d’autres outils qui nuancent cette mobilisation quantitative ». À noter que 1 600 médecins sont opposés à la PMA(**) pour toutes les femmes.

La CNAFC (***) a d’ailleurs réagi le 7 juin : « Les AFC regrettent vivement que l’analyse quantitative ait été esquivée, alors même que les avis recueillis expriment clairement une opposition massive aux évolutions sur les thèmes issus de demandes sociétales : la procréation et la fin de vie. » [source : CNAFC, communiqué du 7 juin 2018]

À quoi bon mobiliser des citoyens pour réfléchir sur des questions de société et rendre compte aux parlementaires, si au final le « Prince » tire un trait sur leurs avis ?

Rappelons-nous que la PMA figurait dans le « catalogue » des promesses de campagne du candidat Macron !

Dominique Soupé

(*) CCNE = Comité Consultatif National d’Ethique/ (**) PMA = Procréation Médicalement Assistée /

(***) CNAFC = Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques

Rappel : les propos tenus ci-dessus n’engagent que leur auteur !… le rédacteur du P.K.0 y adhère totalement !!!

© Cathédrale de Papeete - 2018

En marge de l’actualité…

Autonomie

Ce Vendredi 29 Juin sera célébré le 34ème anniversaire de l’Autonomie de la Polynésie Française. Dans son article « autonomie », Wikipedia la désigne comme « une situation dans laquelle l'administration locale dispose de nombreux pouvoirs, en matière de culture, d’éducation, de développement économique, mais où elle dépend d’un autre pour certaines compétences, généralement les affaires étrangères, la défense et la monnaie ». Cette situation politique ne fait pas l’unanimité, nous le savons, mais elle est celle qui prévaut actuellement. Chacun a droit au respect de ses opinions, et comme dans tous les pays qui se réclament de la démocratie et de l’état de droit, le débat, lorsqu’il respecte les personnes, et lorsqu’il recherche l’intérêt général de la société et le souci des plus démunis peut contribuer à une réflexion plus approfondie sur l’avenir de la société.

Mais pour l’heure, cette célébration pourrait être une belle occasion de nous rassembler au-delà de nos différences, de nous mobiliser chacun à notre niveau, pour poursuivre le chantier de construction d’une Polynésie plus fraternelle, plus solidaire, d’une Polynésie qui croit à son avenir et ouvre à ses familles et à sa jeunesse des perspectives encore meilleures.

En effet, notre Église ne saurait rester en dehors de cette occasion de fête. Comme le rappelle le texte du Concile Vatican II « L’Église dans le monde de ce temps » au n°76, §2 et 3 : « l’Eglise… ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique… La communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoi qu’à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération… » En tant que disciples de Jésus Christ qui a pris à bras le corps notre condition humaine, et qui a dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », nous ne pouvons déserter ce qui fait la vie de nos frères et sœurs, de notre société, à tous les niveaux de responsabilité et de décision. Que cette fête de l’autonomie soit pour chacun l’occasion de se demander ce qu’il fait, au nom de sa foi en Dieu et de sa foi en l’Homme pour le bien et l’avenir de notre Fenua.

+ Monseigneur Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2018

Audience générale…

La vie chrétienne est un chemin de libération

C’est sous un soleil resplendissant que le Pape a tenu l’audience générale hebdomadaire, Place St Pierre, poursuivant sa catéchèse sur les commandements de Dieu. La vie chrétienne n’est pas l’obéissance contrainte à une série d’obligations, mais elle est une réponse reconnaissante à la générosité du Père, a affirmé en substance le Saint-Père.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, cette audience a lieu, comme mercredi dernier : dans la salle Paul VI, il y a beaucoup de malades et pour les garder de la chaleur, parce qu’ils sont plus à l’aise, ils sont là. Mais ils vont suivre l’audience sur grand écran et, nous même avec eux, c’est-à-dire qu’il n’y a pas deux audiences. Il n’y en a qu’une. Nous saluons les malades de la salle Paul VI [applaudissements].

Et continuons à parler des commandements que, comme nous l’avons dit, plus que des commandements sont des « paroles » de Dieu à son peuple pour qu’il marche bien. Des paroles pleines d’amour, d’un père. Les Dix Paroles commencent ainsi : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la condition d’esclave » (Exode 20, 2). Ce début semblerait étranger aux lois proprement dites qui suivent. Mais il n’en est pas ainsi.

Pourquoi cette proclamation que Dieu fait de lui-même et de la libération ? Parce que l’on arrive au Mont Sinaï après avoir traversé la Mer Rouge : le Dieu d’Israël sauve d’abord, puis il demande la confiance1. C’est-à-dire que le Décalogue commence par la générosité de Dieu, que Dieu ne demande jamais sans donner d’abord. Jamais. D’abord, il sauve, d’abord il donne, après, il demande. Notre Père est ainsi, Dieu bon.

Et nous comprenons l’importance de la première déclaration : « Je suis le Seigneur ton Dieu ». Il y a un possessif, il y a une relation, il nous appartient. Dieu n’est pas un étranger : il est ton Dieu2. Cela éclaire tout le Décalogue et révèle aussi le secret de l’action chrétienne, car c’est la même attitude de Jésus qui dit : « Comme le Père m’a aimé, je vous ai aimés » (Jn 15,9). Le Christ est aimé par le Père et nous aime avec ce même amour. Il ne part pas de lui-même, mais du Père. Souvent, nos œuvres échouent parce que nous partons de nous-mêmes et non de la gratitude. Et celui qui part de lui-même, où arrive-t-il ? Il arrive à lui-même ! Il est incapable d’avancer, il revient à lui-même. C’est précisément l’attitude égoïste dont, en plaisantant, les gens disent : « Cette personne est un je, moi avec moi, et pour moi ». Il sort de lui-même et revient à lui-même.

La vie chrétienne est avant tout la réponse reconnaissante à un Père généreux. Les chrétiens qui ne suivent que des « devoirs » montrent qu’ils n’ont pas d’expérience personnelle de ce Dieu qui est « nôtre ». Je dois faire ceci, ceci, ceci … seulement des devoirs. Mais il te manque quelque chose ! Quel est le fondement de ce devoir ? Le fondement de ce devoir c’est l’amour de Dieu le Père, qui donne d’abord, puis commande. Mettre la loi avant la relation n’aide pas le chemin de la foi. Comment un jeune peut-il désirer être chrétien, si nous partons d’obligations, d’engagements, de cohérences et pas de la libération ? Mais être chrétien c’est un chemin de libération ! Les commandements te libèrent de ton égoïsme et ils te libèrent parce que l’amour de Dieu te fait avancer. La formation chrétienne n’est pas basée sur la force de la volonté, mais sur l’accueil du salut, sur le fait de se laisser aimer : d’abord la Mer Rouge, ensuite le Mont Sinaï. Le salut d’abord : Dieu sauve son peuple de la Mer Rouge ; puis au Sinaï, il lui dit ce qu’il doit faire. Mais ce peuple sait qu’il fait cela parce qu’il a été sauvé par un Père qui l’aime.

La gratitude est un trait caractéristique du cœur visité par le Saint-Esprit ; pour obéir à Dieu, il faut d’abord se souvenir de ses bienfaits. Saint Basile dit : « Celui qui ne laisse pas ces bienfaits tomber dans l’oubli, s’oriente vers la bonne vertu et vers toute œuvre de justice » (Règles brèves, 56). Où tout cela nous amène-t-il ? À faire un exercice de mémoire : combien de belles choses Dieu a faites pour chacun de nous! Comme notre Père céleste est généreux ! Maintenant je voudrais vous proposer un petit exercice, en silence, que chacun réponde dans son cœur. Combien de belles choses Dieu a-t-il faites pour moi ? Voilà la question. En silence, que chacun de nous réponde. Combien de belles choses Dieu a-t-il faites pour moi ? Voilà la libération de Dieu. Dieu fait beaucoup de belles choses et nous libère.

Pourtant, quelqu’un peut sentir qu’il n’a pas encore fait une véritable expérience de la libération de Dieu. Cela peut arriver. Il se pourrait que l’on regarde en soi-même et que l’on y trouve seulement un sens du devoir, une spiritualité de serviteurs et non pas d’enfants. Que faire dans ce cas ? Ce que fait le peuple élu. Le Livre de l’Exode dit : « Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les fils d’Israël, et Dieu les reconnut » (Ex2,23-25). Dieu pense à moi.

L’action libératrice de Dieu placée au début du Décalogue, c’est-à-dire des commandements, est la réponse à ce gémissement. Nous ne nous sauvons pas tout seuls, mais de nous pouvons lancer un appel à l’aide : « Seigneur, sauve-moi, Seigneur, enseigne-moi le chemin, Seigneur, caresse-moi, Seigneur, donne-moi un peu de joie ». C’est un cri demandant de l’aide. C’est à nous de demander à être libérés de l’égoïsme, du péché, des chaînes de l’esclavage. Ce cri est important, c’est une prière, c’est la conscience de ce qui est encore opprimé et pas libéré en nous. Il y a tant de choses qui ne sont pas libérées dans notre âme. « Sauve-moi, aide-moi, libère-moi ». C’est une belle prière au Seigneur. Dieu attend ce cri, parce qu’il peut et veut briser nos chaînes ; Dieu ne nous a pas appelé à la vie pour rester opprimés, mais être libre et vivre dans la gratitude, en obéissant joyeusement à Celui qui nous a tant donné, infiniment plus que nous ne pourrons jamais lui donner. C’est beau ! Que Dieu soit toujours béni pour tout ce qu’il a fait, fait et fera en nous !

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1   Dans la tradition rabbinique, il y a un texte éclairant à ce sujet : « Pourquoi les 10 paroles n’ont-elles pas été proclamées au début de la Torah ? […] À quoi pouvons-nous comparer cela ? À un homme qui, en assumant le gouvernement d’une ville, a demandé aux habitants : “Puis-je régner sur vous ?”. Mais ils répondirent : “Que nous as-tu fait de bien pour prétendre régner sur nous ?”. Alors, qu’a-t-il fait ? Il leur a construit des murs défensifs et un canal pour alimenter la ville en eau ; puis il a mené pour eux des guerres. Et quand il a demandé à nouveau : “Puis-je régner sur vous ?”, ils ont répondu : “Oui, oui”. C’est aussi ainsi que le Lieu fit sortir Israël d’Egypte, a divisé la mer pour eux, a fait descendre pour eux la manne et monter de l’eau du puits, leur a apporté en vol des cailles et, enfin, il a combattu pour eux la guerre contre Amalek. Et quand il leur demanda : “Puis-je régner sur vous ?”, ils ont répondu : “Oui, oui” » (Le don de la Torah Commentaire sur le Décalogue Ex 20 Mekilta R. Ishamael, Rome 1982, p 49.).

2   Cf. Benoît XVI, Lett. Deus caritas est, 17: « L’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus: la volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même. C’est alors que grandit l’abandon en Dieu et que Dieu devient notre joie (cf. Ps 72 [73], 23-28). »

3   Cf. Homélie de la messe à Sainte-Marthe, le 7 octobre 2014 : « [Que signifie prier ?] C’est se rappeler devant Dieu notre histoire. Parce que notre histoire [est] l’histoire de son amour pour nous ». Cf. Detti e fatti dei padri del deserto, Milan 1975, p. 71: « L’oubli est la racine de tous les maux ».

© Libreria Editrice Vaticana – 2018

Sociologie chrétienne

Être chrétien en Europe de l’ouest

La majorité des chrétiens d’Europe sont « non pratiquants » mais ils se distinguent de ceux qui déclarent n’avoir aucune appartenance religieuse par ce qu’ils pensent de Dieu, des musulmans et des immigrés, et du rôle de la religion dans la société.

L’Europe de l’Ouest, berceau du protestantisme et cœur du catholicisme durant la plus grande partie de son histoire, est maintenant l’une des régions les moins religieuses dans le monde. Bien que la vaste majorité des adultes soient baptisés, nombre d’entre eux ne se décrivent pas comme étant chrétiens. Certains disent s’être peu à peu éloignés de la religion, d’autres ont cessé de croire en les enseignements prêchés par la religion ou ont pris leurs distances en raison des scandales ou des positions prises par l’Église sur des questions de société, selon la nouvelle enquête majeure du Pew Research Center sur les convictions religieuses et la pratique de la religion en Europe de l’Ouest.

En dépit de cela, la plupart des adultes interrogés se considèrent comme chrétiens, bien qu’ils n’assistent que rarement à des services religieux. L’enquête montre que les chrétiens non pratiquants (dans le cadre de ce rapport, il s’agit de ceux qui s’identifient comme chrétiens mais n’assistent qu’à quelques services religieux par an) représentent la majeure partie de la population dans cette région. Dans tous les pays, à l’exception de l’Italie, ils dépassent le nombre de chrétiens pratiquants (ceux qui déclarent assister à des services religieux au moins une fois par mois). Le nombre de chrétiens non pratiquants dépasse celui des personnes interrogées sans appartenance religieuse (qui s’identifient comme athées, agnostiques ou « rien en particulier » et que nous appellerons les « sans religion ») dans la plupart des pays étudiés.

L’étude du Pew Research Center, reposant sur 24 000 entretiens téléphoniques auprès d’un échantillon aléatoire d’adultes dont environ 12 000 chrétiens non pratiquants, a conclu que l’identité chrétienne est encore un marqueur identitaire important en Europe de l’Ouest, même parmi ceux qui n’assistent que rarement à des services religieux. Il ne s’agit pas simplement d’une identité symbolique sans importance dans la pratique. Au contraire, les opinions religieuses, politiques et culturelles des chrétiens non pratiquants sont souvent différentes de celles des chrétiens pratiquants et/ou des adultes sans appartenance religieuse.

En effet, l’identité chrétienne en Europe de l’Ouest est associée à des niveaux plus élevés de sentiment négatif à l’égard des immigrés et des minorités religieuses. Globalement, ceux qui se disent chrétiens, qu’ils soient pratiquants ou non, sont plus susceptibles d’exprimer une opinion négative à l’égard des immigrés, des musulmans et des juifs, que ceux qui n’ont aucune appartenance religieuse.

Par exemple, en France, 45 % des chrétiens pratiquants déclarent que l’islam est fondamentalement incompatible avec la culture et les valeurs françaises, comme le font environ le même pourcentage de chrétiens non pratiquants (41 %). Mais moins d’adultes sans appartenance religieuse (20 %) déclarent que l’islam est fondamentalement incompatible avec la culture et les valeurs de leur pays. Des tendances similaires sont observées dans toute la région en ce qui concerne les tenues que les femmes musulmanes peuvent porter en public, avec les chrétiens plus susceptibles que les « sans religion » de dire que les femmes musulmanes ne devraient pas être autorisées à porter des vêtements religieux.

Les attitudes des chrétiens pratiquants à l’égard du nationalisme diffèrent également de celles des chrétiens non pratiquants et de celles des personnes sans appartenance religieuse. Les chrétiens non pratiquants sont moins susceptibles que les pratiquants d’exprimer des opinions nationalistes. Ils sont tout de même plus susceptibles que les « sans religion » de dire que leur culture est supérieure aux autres et qu’il faut avoir des ancêtres dans le pays pour vraiment partager le sentiment d’identité nationale (il faut avoir des ancêtres espagnols pour être réellement Espagnol, par exemple).

En France, par exemple, près de sept chrétiens pratiquants sur dix (72 %) déclarent qu’il est important d’avoir des ancêtres français pour être « vraiment français ». Parmi les chrétiens non pratiquants, 52 % sont de cet avis, ce qui est tout de même plus que les 43 % d’adultes français sans appartenance religieuse qui déclarent qu’avoir une origine familiale française est important pour être vraiment français.

L’enquête, qui a été menée à la suite de la récente vague d’immigration en Europe en provenance de pays majoritairement musulmans, comprenait de nombreuses autres questions sur l’identité nationale, le pluralisme religieux et l’immigration.

La plupart des Européens de l’Ouest se disent prêts à accueillir des musulmans et des juifs dans leur quartier et dans leur famille, et la plupart rejettent les déclarations négatives à l’égard de ces groupes. Et, globalement, une majorité des personnes interrogées a déclaré que les immigrés étaient honnêtes et travailleurs.

Mais une tendance générale et constante émerge : Les chrétiens, qu’ils soient pratiquants ou non, sont plus susceptibles que les adultes sans appartenance religieuse en Europe de l’Ouest d’exprimer des opinions anti-immigration, anti-minorités et nationalistes.

Il existe également d’autres facteurs, autres que l’identité religieuse, qui sont étroitement liés à ces opinions. Par exemple, le niveau d’études et le fait de connaître personnellement un musulman vont de pair avec une plus grande tolérance à l’égard des immigrés et des minorités religieuses. De plus, il existe une forte corrélation entre se dire de droite et avoir une opinion anti-immigration. Néanmoins, même après l’application de techniques statistiques prenant en compte ces facteurs – parmi d’autres, notamment l’âge et le sexe – les Européens de l’Ouest qui s’identifient comme chrétiens sont plus susceptibles que ceux qui n’ont aucune appartenance religieuse d’exprimer des sentiments négatifs à l’égard des immigrés et des minorités religieuses.

Il existe d’autres différences importantes entre chrétiens pratiquants, chrétiens non pratiquants et adultes sans appartenance religieuse dans la région, notamment :

  • Les chrétiens non pratiquants ont tendance à croire qu’il existe un autre pouvoir supérieur ou une autre force spirituelle, bien qu’ils déclarent ne pas croire en Dieu « tel qu’il est décrit dans la Bible ». En revanche, la plupart des chrétiens pratiquants déclarent croire en la représentation biblique de Dieu. De plus, une nette majorité d’adultes sans appartenance religieuse ne croient pas à l’existence d’un autre pouvoir supérieur ou d’une autre force spirituelle dans l’univers.
  • Les chrétiens non pratiquants ont tendance à exprimer une opinion plus positive que négative des églises et des autres organismes religieux. Ils déclarent en effet que ces institutions participent de manière positive à la société en aidant les pauvres et en renforçant les liens communautaires. Leur attitude envers les institutions religieuses n’est toutefois pas aussi positive que celle des chrétiens pratiquants, mais ils sont plus susceptibles de souligner la contribution positive des églises et autres organismes religieux à la société que les Européens sans appartenance religieuse.
  • La grande majorité des chrétiens non pratiquants, de même que la grande majorité de ceux qui n’ont pas d’appartenance religieuse, sont en faveur du droit à l’IVG garanti par la loi et du mariage pour tous. Les chrétiens pratiquants ont des opinions plus réactionnaires sur ces sujets, malgré le soutien considérable (dans certains pays, majoritaire) pour le droit à l’IVG garanti par la loi et le mariage pour tous.
  • Pratiquement tous les chrétiens pratiquants qui ont à charge des enfants de moins de 18 ans, déclarent élever leurs enfants dans la foi chrétienne. Un nombre inférieur de chrétiens non pratiquants, bien que s’agissant toujours d’une majorité d’entre eux, déclarent également élever leurs enfants dans le christianisme. En revanche, les parents sans appartenance religieuse élèvent leurs enfants sans aucune religion.

Ces constatations font partie des principaux résultats de la nouvelle enquête du Pew Research Center. L’étude, financée par le Pew Charitable Trusts et la John Templeton Foundation, s’inscrit dans le cadre d’une démarche de plus grande envergure du Pew Research Center dont l’objectif est de comprendre les évolutions en matière de religion et leur impact sur les sociétés dans le monde.

© Pewforum – 2018

Commentaire des lectures du dimanche

 

La liturgie de ce jour nous offre trois mots essentiels pour la vie de l’Apôtre : confessionpersécutionprière

La confession est celle de Pierre dans l’Evangile, quand la question du Seigneur, de générale devient particulière. En effet, Jésus demande d’abord : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13). Chez la plupart des gens, il émerge de ce “sondage” que le peuple considère Jésus comme un prophète. Alors le Maître pose aux disciples la question vraiment décisive : « Et vous ? Que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » (v.15). A ce moment seul Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Voilà la confession : reconnaître en Jésus le Messie attendu, le Dieu vivant, le Seigneur de sa propre vie.

Cette question vitale, Jésus l’adresse aujourd’hui à nous, à nous tous, en particulier à nous pasteurs. C’est la question décisive, devant laquelle il n’y a pas de réponses de circonstance, parce que la vie est en jeu : et la question de la vie demande une réponse de vie. Car si l’on ne confesse pas Jésus Seigneur par sa propre vie, connaître les articles de foi sert à peu de choses. Aujourd’hui il nous regarde dans les yeux et demande : « Qui suis-je pour toi ? » Comme pour dire : « Suis-je encore, moi, le Seigneur de ta vie, la direction de ton cœur, la raison de ton espérance, ta confiance indestructible ? » Avec saint Pierre, renouvelons aujourd’hui, nous aussi, notre choix de vie comme disciples et apôtres. Passons de nouveau de la première à la seconde question de Jésus, pour être « à lui » non seulement en paroles, mais dans les faits et dans la vie.

Demandons-nous si nous sommes des chrétiens de salon, qui bavardent sur la manière dont vont les choses dans l’Eglise et dans le monde, ou plutôt des apôtres en chemin, qui confessent Jésus par la vie parce qu’ils l’ont dans le cœur. Celui qui confesse Jésus sait qu’il est tenu non seulement de donner son opinion mais de donner la vie ; il sait qu’il ne peut pas croire de manière tiède mais qu’il est appelé à “brûler” d’amour ; il sait que dans la vie il ne peut “se laisser vivre” ou s’installer dans le bien être, mais qu’il doit risquer de prendre le large, renouvelant chaque jour le don de soi. Celui qui confesse Jésus fait comme Pierre et Paul : il le suit jusqu’à la fin ; non jusqu’à un certain point, mais jusqu’à la fin, et il le suit sur son chemin, non pas sur nos chemins. Son chemin est le chemin de la vie nouvelle, de la joie et de la résurrection, le chemin qui passe aussi par la croix et par les persécutions.

Voilà le second mot, persécutions. Ce ne sont pas seulement Pierre et Paul qui ont donné le sang pour le Christ, mais toute la communauté, au début, a été persécutée, comme le rappelle le Livre des Actes des Apôtres (cf. 12, 1). Aujourd’hui aussi, en diverses parties du monde, parfois dans un climat de silence – un silence souvent complice -, beaucoup de chrétiens sont marginalisés, calomniés, discriminés, faits l’objet de violences même mortelles, souvent en l’absence d’engagement de la part de ceux qui pourraient faire respecter leurs droits sacrosaints.

Mais je voudrais surtout souligner ce que l’Apôtre Paul affirme avant d’« être – comme il écrit – offert en sacrifice » (2Tm 4, 6). Pour lui, vivre c’était le Christ (cf. Ph 1, 21), et le Christ crucifié (cf. 1Co 2, 1), qui a donné sa vie pour lui (cf. Ga 2, 20). Ainsi, fidèle disciple, Paul a suivi le Maître en offrant lui aussi sa vie. Sans la croix il n’y a pas de Christ, mais sans la croix il n’y a pas non plus de chrétien. En effet, « c’est le propre de la vertu chrétienne, non seulement de faire le bien, mais aussi de savoir supporter les maux » (Augustin, Disc. 46, 13), comme Jésus. Supporter le mal, ce n’est pas seulement avoir de la patience et aller de l’avant avec résignation ; supporter, c’est imiter Jésus : c’est porter le poids, le porter sur ses épaules pour lui et pour les autres. C’est accepter la croix, allant de l’avant avec confiance parce que nous ne sommes pas seuls : le Seigneur crucifié et ressuscité est avec nous. Ainsi, avec Paul nous pouvons dire qu’ « en toute circonstance nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés » (2Co 4, 8-9). 

Supporter, c’est savoir vaincre avec Jésus à la manière de Jésus, non pas à la manière du monde. Voilà pourquoi Paul – nous l’avons entendu – se considère comme un vainqueur qui va recevoir la couronne (cf. 2Tm 4, 8) et il écrit : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (v. 7). L’unique conduite de son bon combat a été de vivre pour : non pour lui-même mais pour Jésus et pour les autres. Il a vécu “en courant”, c’est-à-dire sans s’épargner, mais au contraire en se consumant. Il dit avoir gardé une chose : non pas la santé, mais la foi, c’est-à-dire la confession du Christ. Par amour pour lui, il a vécu les épreuves, les humiliations et les souffrances, qu’il ne faut jamais rechercher mais accepter. Et ainsi, dans le mystère de la souffrance offerte par amour, en ce mystère que tant de frères persécutés, pauvres et malades incarnent encore aujourd’hui, resplendit la force salvifique de la croix de Jésus. 

Le troisième mot est prière. La vie de l’Apôtre, qui jaillit de la confession et débouche en offrande, se déroule tous les jours dans la prière. La prière est l’eau indispensable qui nourrit l’espérance et fait grandir la confiance. La prière fait que nous nous sentons aimés et nous permet d’aimer. Elle nous fait aller de l’avant dans les moments sombres, car elle allume la lumière de Dieu. Dans l’Eglise c’est la prière qui nous soutient tous et nous fait surmonter les épreuves. Nous le voyons encore dans la première lecture : « Tandis que Pierre était ainsi détenu dans la prison, l’Eglise priait Dieu pour lui avec insistance » (Ac 12, 5). Une Eglise qui prie est gardée par le Seigneur et marche en sa compagnie. Prier c’est lui confier le chemin pour qu’il en prenne soin. La prière est la force qui nous unit et nous soutient, le remède contre l’isolement et l’autosuffisance qui conduisent à la mort spirituelle. Car l’Esprit de vie ne souffle pas si l’on ne prie pas, et sans prière les prisons intérieures qui nous retiennent captifs ne s’ouvrent pas. 

Que les saints Apôtres nous obtiennent un cœur comme le leur, fatigué et pacifié par la prière : fatigué parce qu’il demande, frappe et intercède, chargé de beaucoup de personnes et de situations à confier ; mais en même temps pacifié, parce que l’Esprit apporte consolation et force quand on prie. Combien il est urgent dans l’Eglise d’avoir des maîtres de prière, mais avant tout d’être des hommes et des femmes de prière, qui vivent la prière !

Le Seigneur intervient quand nous prions, lui qui est fidèle à l’amour que nous lui avons confessé et qui nous est proche dans les épreuves. Il a accompagné le chemin des Apôtres et il vous accompagnera vous aussi, chers frères Cardinaux, ici réunis dans la charité des Apôtres qui ont confessé la foi par le sang. Il sera aussi proche de vous, chers frères Archevêques qui, en recevant le Pallium, serez confirmés à vivre pour le troupeau, en imitant le Bon Pasteur qui vous soutient en vous portant sur ses épaules. Que le Seigneur lui-même, qui désire ardemment voir tout son troupeau réuni, bénisse et garde aussi la Délégation du Patriarche Œcuménique, et le cher frère Bartholomée, qui l’a envoyée en signe de communion apostolique.

© Libreria Editrice Vaticana – 2017

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