Pko 02.02.2020

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°06/2020

Dimanche 2 février 2020 – Fête de la Présentation du Seigneur – Année A

Humeurs…

Journée mondiale des Lépreux

Bilan de 20 ans de quête en faveur des Lépreux

3 millions de personnes atteintes de la lèpre dans le monde en 2020 et chaque année, en Polynésie française, entre 5 et 8 personnes sont dépistées. Depuis 2001, l’Ordre de Malte en Polynésie française, organise une quête dans les paroisses et les grandes surfaces de Tahiti. Voici un bref bilan de ces 20 années de collectes et d’actions.

Ordremalte tableau1Quête de la J.M.L. à la Cathédrale

Si l’Ordre de Malte était déjà présent en Polynésie française depuis 1931, au travers de Mr Tony BAMBRIDGE, qui à ce titre œuvrait à Orofara, le village des lépreux, notamment avec des films du fameux « Ciné Tony », c’est en 1999 que l’Ordre de Malte fut réellement et officiellement implanté. L’initiateur fut Mr Constantin LIANOS, officier de la Légion étrangère. Il créa la Délégation de l’Ordre de Malte en Polynésie en 1999 et la confia, à son départ de Polynésie, à Mr Gerd DEHEZ.

Dès 2001, la délégation demanda à Mgr Hubert, l’autorisation d’organiser une quête à la sortie des messes dominicales des paroisses de Tahiti, le « Dimanche des Lépreux ». De suite les fidèles de l’archidiocèse répondirent présent… En 2010, la délégation ajoutera à cette quête, une collecte dans les supermarchés de Tahiti.

En 19 ans1, l’archidiocèse de Papeete a ainsi participé à la lutte contre la lèpre et au soutien aux malades en Polynésie et dans le monde à hauteur de 19 920 543 xfp., soit en moyenne plus d’un million par an.

La communauté paroissiale de la Cathédrale a dès le départ, répondu présent à cet appel. En 20 ans, ce sont 2 436 040 xfp qui ont été donné par les fidèles de la Cathédrale, soit 11,50% de l’ensemble des collectes diocésaines.

Que la communauté paroissiale de la Cathédrale soit ici chaleureusement remerciée pour cette générosité qu’elle manifeste, se souvenant ainsi qu’il y a moins d’un siècle encore, la lèpre était un véritable fléaux dans notre Fenua.

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1   Le total de la quête de 2020 n’est pas encore établit.

© Communauté paroissiale de la Cathédrale - 2020

Ordremalte tableau2Quête de la J.M.L. dans l’Archidiocèse de Papeete

Laissez-moi vous dire…

2 février 2020 : Journée mondiale de la vie consacrée
À l’école des « professionnels de la prière »

À l’occasion de retraites spirituelles dans des monastères, il m’est arrivé de dialoguer avec un moine ou une moniale, partageant nos joies, nos souffrances, notre espérance. C’est ainsi que j’ai découvert, qu’en ce qui concerne les trois vœux religieux : pauvreté, chasteté, obéissance - prononcés lors de la consécration religieuse- le vœu d’obéissance est celui qui, le plus souvent, est difficile à observer.

L’obéissance à un(e) supérieur(e), à une règle, à un rythme de vie … suppose une grande humilité, un certain oubli de soi, une mortification de sa propre volonté.

Pour nous, laïcs plongés dans le monde, la vie religieuse nous semble être un « long fleuve tranquille », une vie austère certes mais confortable. Illusion ! Au-delà du mur de clôture, la vie communautaire n’est pas exempte de tentations, de tensions, de querelles et même parfois de rivalités de pouvoir… Mais le ciment des communautés demeure le dialogue en vérité à la lumière de la Parole de Dieu, dans la prière et l’exercice de la charité fraternelle.

La liturgie des Heures ramène à l’essentiel : « entrer dans l’aujourd’hui du Seigneur » pour mieux faire face au quotidien de nos vies soumises à des flots d’événements et de sentiments qui risquent de nous submerger.

Nos frères et sœurs, religieux, religieuses sont nos « maîtres ès-prière » !

Si la vie religieuse est illuminée par la célébration quotidienne de l’Eucharistie, grâce à l’office divin, l’action de grâce [Eucharistia en grec] fait sentir ses effets tout au long du jour et de la nuit. Les moines et moniales chantent l’Office sept fois par jour, entre 4 heures du matin et 8 heures du soir. Voilà ce qui permet aux religieux de transcender les petites mesquineries et autres tracasseries de la vie quotidienne.

L’alternance « ORA et LABORA » [Prière, Travail] sans oublier la « LECTIO DIVINA » [méditation de l’Écriture Sainte], inspirée par la Règle de Saint Benoît, donne le fameux « équilibre bénédictin ». De plus en plus de laïcs chrétiens, à Tahiti et dans les îles, essaient de suivre « la prière du temps présent » ; les écoles de la foi du mois de juillet y sont pour quelque chose. Bon nombre de paroisses proposent de prier les Laudes et/ou les Vêpres – à défaut de proposer une messe ou un office chaque jour ! - . Ces temps de prière réguliers nous mettent au diapason, mieux : en communion, avec les « priants » du monde entier. Ils nous plongent dans la Parole de Dieu, et si les Psaumes sont psalmodiés, ils nous unissent aux chœurs des moniales et des moines, à l’Église universelle.

Le Mahatma Gandhi n’était pas chrétien, mais c’était un hindou profondément religieux. Parmi ses nombreux témoignages de vie on relève celui-ci : « Je ne suis pas un homme de lettres ou de science, mais je prétends humblement être un homme de prière. C'est la prière qui a sauvé ma vie ; sans la prière, j'aurais depuis longtemps perdu la raison. Si je n'ai pas perdu la paix de l'âme, malgré toutes les épreuves, c'est que cette paix me vient de la prière.

On peut vivre quelques jours sans manger, mais non sans prier. La prière est la clef du matin et le verrou du soir. Voilà mon témoignage personnel. »

Souvent les mots nous manquent pour prier, sachons que de par le monde il y a des « consacrés » qui prient pour nous. Alors dans les moments de sécheresse, de découragement, « faire silence » peut signifier « prier » ; c’est notre « temps de désert » où Dieu nous parle peut-être davantage qu’à travers un flot de paroles et de formules …

Un(e) chrétien(ne) n’est jamais seul(e).

Dominique SOUPÉ

© Cathédrale de Papeete – 2020

Regard sur l’actualité…

Bioéthique

Fin Février 2020, le projet de loi de bioéthique va retourner à l’Assemblée Nationale en seconde lecture. Pour cette occasion, le groupe de travail de bioéthique issu de la conférence des évêques de France a produit une déclaration : « Penser autrement la bioéthique ». Les évêques en assemblée plénière ont demandé à ce que ce texte soit diffusé. Que nous dit ce texte ?

Il commence par une question : « Quel monde sommes-nous en train d’édifier ? Quelle solidarité et quelle médecine voulons-nous pour nous et les générations à venir ? » Cette question prend appui sur un constat : « Nous changeons d’époque. Il nous faut penser un nouveau progrès. Cela ne se fera pas sans une vision commune de notre humanité ni sans une solidarité qui renforce nos liens et réajuste les droits et devoirs de chacun... Nos inquiétudes pour demain se cristallisent dans la crise écologique. La planète, notre maison commune, est agressée et presqu’épuisée. Elle semble crier, tout comme celles et ceux qui y vivent trop difficilement à cause des crises environnementales qui sont aussi sociales, économiques et politiques. » Serions-nous alors contraints à baisser les bras et à nous laisser envahir par une fatalité paralysante ? Le document nous invite au contraire à ouvrir nos yeux et à repérer les signes porteurs d’espérance : « Pourtant, au lieu de la désespérance, le dérèglement climatique et la perte de la biodiversité provoquent une salutaire prise de conscience : ensemble, nous devons préserver notre planète et cesser de l’abîmer ! Il est donc impossible de rester dans le monde ancien où les techniques imposent leur pouvoir dévastateur ! Les premiers consensus écologiques dessinent un autre progrès pour un monde nouveau, édifié grâce à la sobriété heureuse et au partage solidaire. Les jeunes nous y poussent avec véhémence. »

Évoquant ensuite le domaine de la bioéthique et de la transmission et du respect de la vie dans le domaine de la manipulation génétique, les évêques mettent en garde : « La bioéthique ne saurait rester étrangère à cette transition vers le nouveau monde auquel nous aspirons. Aujourd’hui, elle est tentée et aveuglée par ses succès technologiques et par le court-terme de la concurrence des marchés. Elle semble s’enfermer dans le monde ancien, celui des pouvoirs techniques qui abîment l’Homme ». Tout en reconnaissant que les progrès de la science et de la médecine permettent de mieux combattre la maladie, et souvent de la guérir - l’épidémie du coronavirus, au-delà de la souffrance humaine qu’elle engendre, en est l’exemple - les dangers et risques ne manquent pas : « … Les alertes sont nombreuses :

• Face aux défis du vieillissement et de la dépendance de concitoyens de plus en plus nombreux, quelle nouvelle solidarité allons-nous inventer pour qu’ils vivent le mieux possible avec nous ?

• Face à une conception gestionnaire des soins selon laquelle un “patient” est devenu un “client”, et face à une technicisation de la médecine, entendrons-nous l’appel des citoyens et des professionnels de santé qui réclament une médecine plus humaine ?

• Face aux menaces que les techniques biomédicales font peser sur notre humanité, saurons-nous ouvrir un débat éthique raisonnable et approfondi, capable de discerner sans tabous les enjeux véritables ?

Car ces menaces sont réelles : marché des tests génétiques, robotisation et intelligence artificielle sans contrôle suffisant, augmentation des capacités du cerveau, expérimentation sur des embryons chimères, modification génétique de l’embryon humain, sélection accrue des enfants à naître, filiation sans paternité, maternité sans gestation, marchandisation de la procréation et de la gestation, etc… »

Saurons-nous nous ouvrir à ces questions qui touchent à la dignité de la personne, à l’avenir que nous voulons pour notre société ?

Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2020

Audience générale

Les Béatitudes sont le chemin de la joie

Le Pape a initié une nouvelle série de catéchèses sur les Béatitudes de l’Évangile selon saint Matthieu, lors de l’audience générale du mercredi 29 janvier 2020 en salle Paul VI du Vatican. Les Béatitudes sont « la carte d’identité du chrétien », car elles dessinent « le visage de Jésus lui-même, et son mode de vie », a affirmé le Saint-Père

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous entamons aujourd’hui une série de catéchèses sur les Béatitudes dans l’Évangile de Matthieu (5,1-11). Ce texte, qui ouvre le « Discours sur la montagne » et qui a éclairé la vie des croyants, et même de nombreux non-croyants. Il est difficile de ne pas être touché par ces paroles de Jésus, et il est juste d’avoir le désir de les comprendre et de les accueillir toujours plus profondément. Les Béatitudes contiennent la « carte d’identité » du chrétien – c’est notre carte d’identité –, parce qu’elles dessinent le visage de Jésus lui-même, son style de vie.

Nous allons maintenant situer dans leur ensemble ces paroles de Jésus ; dans les prochaines catéchèses, nous commenterons chacune des Béatitudes, l’une après l’autre.

Avant tout, il est important de voir comment a eu lieu la proclamation de ce message : Jésus, voyant les foules qui le suivent, monte sur la pente douce qui entoure le lac de Galilée, se met à s’asseoir et, s’adressant à ses disciples, annonce les Béatitudes. Le message s’adresse donc aux disciples, mais à l’horizon, il y a les foules, c’est-à-dire toute l’humanité. C’est un message pour toute l’humanité.

En outre, la « montagne » renvoie au Sinaï, où Dieu donna à Moïse les Commandements. Jésus commence à enseigner une nouvelle loi : être pauvres, être doux, être miséricordieux… Ces « nouveaux commandements » sont bien plus que des normes. En effet, Jésus n’impose rien, mais il dévoile la voie du bonheur – sa voie – répétant huit fois le mot « heureux ».

Chaque Béatitude se compose de trois parties. D’abord, il y a toujours le mot « heureux » ; puis vient la situation dans laquelle se trouvent ceux qui sont heureux : la pauvreté de cœur, l’affliction, la faim et la soif de justice, etc. ; enfin, il y a le motif de la béatitude, introduit par la conjonction « car » : « Heureux ceux-ci car…, heureux ceux-là car… ». Ce sont les huit béatitudes et ce serait beau de les apprendre par cœur pour les répéter, pour avoir vraiment dans la tête et dans le cœur cette loi que nous a donnée Jésus.

Faisons attention à cet aspect : le motif de la béatitude n’est pas la situation actuelle mais la nouvelle condition que les bienheureux reçoivent de Dieu comme un don : « car le Royaume des cieux est à eux », « car ils seront consolés », « car ils recevront la terre en héritage », etc.

Dans le troisième élément, qui est précisément le motif du bonheur, Jésus emploie souvent un futur à la forme passive : « ils seront consolés », « ils recevront la terre en héritage », « ils seront rassasiés », « ils obtiendront miséricorde », « ils seront appelés fils de Dieu ».

Mais que signifie le mot « heureux » ? Pourquoi chacune des huit Béatitudes commence-t-elle par le mot « heureux » ? Le terme originel n’indique pas quelqu’un qui a l’estomac plein ou qui a une vie facile, mais c’est une personne qui est dans une condition de grâce, qui progresse dans la grâce de Dieu et qui progresse dans la voie de Dieu : la patience, la pauvreté, le service des autres, la consolation… Ceux qui progressent dans ces domaines sont heureux et seront bienheureux.

Pour se donner à nous, Dieu choisit souvent des chemins impensables, peut-être ceux de nos limites, de nos larmes, de nos échecs. C’est la joie pascale dont parlent nos frères orientaux, celle qui porte des stigmates mais qui est vivante, qui a traversé la mort et a fait l’expérience de la puissance de Dieu. Les Béatitudes te conduisent à la joie, toujours ; elles sont la voie pour atteindre la joie.

Cela nous fera du bien de prendre l’Évangile de Matthieu aujourd’hui, au chapitre cinq, versets un à onze, et de lire les Béatitudes – peut-être plusieurs fois au cours de la semaine – pour comprendre ce chemin si beau, si sûr, du bonheur que le Seigneur nous propose.

© Libreria Editrice Vaticana - 2020

Bioéthique

Lettre ouverte de Mgr Pierre d’ORNELLAS à Mr Édouard PHILIPPE

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de bioéthique de la Conférence des évêques de France (CEF), interpelle le premier ministre sur la loi de bioéthique actuellement examinée au Sénat.

Extrait de l’entretien de Mr Edouard PHILIPPE à La Croix

La Croix : Certains opposants à la procréation médicalement assistée (PMA) estiment qu’il y a eu dialogue, mais ne se sont pas vraiment sentis écoutés. Tenez-vous réellement compte des autres points de vue ?

Édouard Philippe : Contrairement à ce qui a pu se passer au moment de la loi sur le mariage pour tous, personne ne s’est plaint cette fois-ci d’une attitude méprisante ou agressive vis-à-vis des oppositions lors des débats parlementaires. En examinant ce texte, nous sommes revenus à l’esprit qui a toujours prévalu pour les révisions des lois de bioéthique. À savoir une méthode par laquelle on documente, on met les choses sur la table, et on échange. Le débat a été de très grande qualité. Je tiens aussi à saluer l’attitude des Français qui s’y opposent, qui ont manifesté de façon pacifique. Tout cela a plutôt fait honneur, pour le coup, à la démocratie française. En 2012, j’étais favorable au mariage entre deux personnes de même sexe, j’étais favorable à l’adoption, même si pas totalement convaincu par le système d’adoption plénière. J’avais personnellement un doute sur la PMA. Cinq ans plus tard, j’ai évolué et je l’assume, mais je conserve mon opposition à la GPA et c’est la position du gouvernement. Nous resterons sur la ligne qui a été fixée.

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Monsieur le premier ministre,

Votre responsabilité gouvernementale est grande. Le débat démocratique est vital pour vous aider à l’assumer. Il est un « dialogue » grâce auquel nous cherchons ensemble le bien de tous. Or, vos propos sur la bioéthique dans votre interview du 24 janvier à La Croix laissent dubitatif.

Suffit-il à un premier ministre de constater que « le débat a été de grande qualité » et que « l’attitude des Français qui s’opposent » est « pacifique » ? Une personnalité de l’État a affirmé que « la loi de bioéthique porte une rupture anthropologique majeure ». Douze hauts fonctionnaires et universitaires ont écrit que ce projet de loi « touche aux structures de notre société ». Sur des sujets aussi sensibles qui ébranlent des repères majeurs pour la vie des êtres humains en société, le discours de la méthode n’est pas suffisant. D’autres personnalités – et non des moindres, croyantes et incroyantes – ont exprimé leur opposition à bien des points de ce projet de loi. Suffit-il de les cataloguer dans le registre des opposants – par bonheur pacifiques – pour conclure le débat ?

Les arguments de la raison éthique, et pas seulement ceux d’études sociologiques parfois contestables, ne sont-ils pas à considérer en priorité pour que la loi reste indicatrice et gardienne du « bien commun » ? À cet égard, comment la loi gardera-t-elle sa mission de protéger l’être humain, en particulier le plus faible, et favorisera-t-elle la société inclusive que vous appelez de vos vœux, si le projet de loi ne barre pas nettement la route à ce qui vous inquiète légitimement : l’eugénisme libéral, fruit d’un individualisme et d’une peur exacerbés par le pouvoir exercé sans discernement du dépistage génétique.

Dans votre interview, vous affirmez que le projet de loi de réforme des retraites « a pour but de refonder le système pour qu’il soit beaucoup plus juste ». Vous souhaitez ainsi maintenir « la solidité du pacte social ». Pourquoi ne pas l’affirmer à propos de la loi de bioéthique ? Est-il juste que la loi interdise de fait à des enfants d’avoir une ascendance paternelle, et décrète qu’il n’y a plus de distinction entre une femme qui, sans avoir accouché, peut être reconnue comme mère, et la femme qui a accouché de son enfant ? Si le droit supprime la signification spécifique de la gestation, comment interdire fermement la gestation pour autrui (GPA), ce que pourtant vous voulez ? Et puis, est-il juste que la loi supprime la différence réelle établie par le critère thérapeutique pour autoriser aussi bien l’accès à l’AMP que la manipulation du cerveau humain ? Comment dans ces conditions maintenir le pacte social ? Quels critères de justice adopter pour que la médecine soigne en priorité et le mieux possible nos frères et sœurs en humanité qui sont effectivement malades ?

La « fraternité » à laquelle sont attachés les Français n’est-elle pas endommagée en voulant établir un égalitarisme qui n’ose pas nommer les différences, celles qui ne sont pas sources de discrimination ? Car la « fraternité » exige que soit reconnue la même dignité avec les mêmes « droits fondamentaux » chez tous les êtres humains, sans distinction générationnelle. Cette « fraternité » est-elle respectée quand le « projet parental » impose, avec la garantie du droit, un nouveau « droit de puissance » sur l’enfant en le privant d’ascendance paternelle ? Est-ce conforme à sa « dignité » ? Le principe de « dignité » qui, vous le savez, caractérise le modèle français de bioéthique, exige la reconnaissance juridique de l’unité de la personne dans ses dimensions biologique, psychique et spirituelle. Le pacte social et la justice trouvent leur force apaisante dans le respect de cette « dignité » d’où découle la mise en œuvre de la « fraternité ».

Voilà la grandeur de l’éthique qui assure l’authentique progrès : savoir réguler et promouvoir l’usage des techniques biomédicales de telle sorte que la « fraternité » soit mieux assurée. C’est là, Monsieur le premier ministre, ce qui la garantit sur le long terme. Or, ce long terme sera vite brisé par ce projet de loi. S’il est voté et promulgué, il fragilisera un peu plus notre « fraternité » car il augure de l’ouverture de la GPA que rien n’empêchera : au nom de quoi refuser le mode de conception et de filiation souhaité par ce qui apparaît comme un autre « projet parental » ?

Monsieur le premier ministre, vous en conviendrez, comment ne pas souhaiter un « supplément d’âme » quand les techniques rendent possible l’invraisemblable ! Il semble urgent de relier le pacte social et solidaire qui établit de justes liens les uns avec les autres en vue de nos retraites, au pacte social et solidaire qui impose de ne pas manipuler à volonté les liens fondamentaux qui nous permettent de naître et d’être éduqués.

© La Croix - 2020

Témoignage

Mgr Georges-Hilaire DUPONT, doyen des évêques de France, est décédé

Mgr Georges-Hilaire Dupont était l’évêque le plus âgé de France. Il est mort mercredi 29 janvier, à son domicile dans Manche, à l’âge de 100 ans. Premier évêque de la province de Pala au Tchad, ce missionnaire a participé au concile Vatican II, avant de redevenir simple curé de campagne en France.

Malgré son grand âge, il continuait de célébrer la messe « lorsqu’il était en forme ». Mgr Georges-Hilaire Dupont, prêtre de la congrégation des oblats de Marie-Immaculée est mort mercredi 29 janvier. À 100 ans, il était l’évêque français le plus âgé.

Ordonné en 1943, il s’est envolé pour l’Afrique, conformément à la vocation missionnaire de son ordre. « On m’a envoyé au Tchad avec pour mission d’évangéliser la population, de construire des bâtiments ainsi que de petites chapelles, et d’aider les locaux, notamment au niveau de l’éducation », a-t-il raconté à Ouest France en octobre 2019.

Au Tchad, il est sacré premier évêque de la région de Pala en 1964, qui compte 400 000 âmes. Il a notamment défendu pour le continent africain la possibilité d’utiliser de la farine de mil pour confectionner l’hostie eucharistique, au lieu du « pur froment », édicté par le Code de droit canonique. Le prêtre s’était forgé la conviction sur le terrain que les règles de l’Église latine étaient difficilement transposables au Tchad, « où le pain et le vin, qui symbolisent le corps et le sang du Christ, sont rares ». Cette proposition, qu’il a continué de défendre ces dernières années, notamment auprès du pape François en 2014, n’a jamais été adoptée par le Vatican.

À 45 ans, quelques mois après avoir été sacré évêque au Tchad, il participe au Concile Vatican II. Un événement qu’il a décrit quelques années plus tard comme un tournant pour sa mission sacerdotale. « Cela nous a fait prendre conscience de l’importance de notre baptême, et pour moi, c’est le cœur du catholicisme. Nous sommes les petites branches d’un arbre dont le Christ est le tronc », expliquait-il en 2012 à La Croix. « Au séminaire, personne ne m’a jamais parlé de l’importance de faire découvrir le Christ. Le Concile a donné un point de départ en disant aux chrétiens de vivre véritablement de son message. », a-t-il souligné dans un entretien à Ouest-France en 2019.

Après 29 ans en Afrique, dont dix années passées à la tête du diocèse de Pala au Tchad, le missionnaire Georges-Hilaire Dupont retourne, à sa demande, en France pour se mettre au service de l’Église, « comme curé de campagne ». Dès 1976, il exercera sa charge à Vico, en Corse, à Bollène dans le Vaucluse et en Normandie où il a fini ses jours. Officiellement retraité depuis 1997, il a fait partie en 2012 de la délégation des douze prêtres ayant participé au Concile Vatican II à être reçus à déjeuner par Benoît XVI.

Ces dernières années, Mgr Georges-Hilaire Dupont avait fait entendre sa voix pour défendre des positions iconoclastes sur l’Église. Ainsi, il avait surpris en se déclarant dans Ouest France, favorable au mariage des prêtres et à la prêtrise des femmes. « Pour donner envie aux fidèles de revenir à l’Église, il faut que les prêtres leur ressemblent », avait-il avancé.

© La Croix - 2020

Commentaire des lectures du dimanche

 

Aujourd’hui la Liturgie montre Jésus qui va à la rencontre de son peuple. C’est la fête de la rencontre : la nouveauté de l’Enfant rencontre la tradition du temple ; la promesse trouve un accomplissement ; Marie et Joseph, jeunes, rencontrent Syméon et Anne âgés. Tout, en somme, se rencontre quand arrive Jésus. 

Qu’est-ce-que cela nous dit à nous ? Surtout que nous aussi sommes appelés à accueillir Jésus qui vient à notre rencontre. Le rencontrer : le Dieu de la vie se rencontre chaque jour de la vie ; non de temps en temps, mais chaque jour. Suivre Jésus n’est pas une décision prise une fois pour toutes, c’est un choix quotidien. Et le Seigneur ne se rencontre pas virtuellement, mais directement, en le rencontrant dans la vie, dans la vie concrète. Autrement, Jésus devient seulement un beau souvenir du passé. Lorsqu’au contraire nous l’accueillons comme Seigneur de la vie, centre de tout, cœur battant de toute chose, alors il vit et revit en nous. Et il nous arrive aussi ce qui arrive dans le temple : autour de lui tout le monde se rencontre, la vie devient harmonieuse. Avec Jésus on retrouve le courage d’aller de l’avant et la force de rester solides. La rencontre avec le Seigneur est la source. Il est important alors de revenir aux sources : retourner par la mémoire aux rencontres décisives qu’on a eues avec lui, raviver le premier amour, peut-être écrire notre histoire d‘amour avec le Seigneur. Cela fera du bien à notre vie consacrée, afin qu’elle ne devienne pas temps qui passe, mais qu’elle soit temps de rencontre.

Si nous faisons mémoire de notre rencontre fondatrice avec le Seigneur, nous nous apercevons qu’elle n’est pas arrivée comme une question privée entre nous et Dieu. Non, elle s’est épanouie dans le peuple croyant, à côté de nombreux frères et sœurs, dans des temps et des lieux précis. L’Évangile nous le dit, montrant comment la rencontre se passe dans le peuple de Dieu, dans son histoire concrète, dans ses traditions vivantes : dans le temple, selon la Loi, dans le climat de la prophétie, avec les jeunes et les aînés ensemble (cf. Lc 2,25-28.34). Ainsi la vie consacrée : elle s’épanouit et fleurit dans l’Église ; si elle s’isole, elle se fane. Elle mûrit lorsque les jeunes et les aînés marchent ensemble, lorsque les jeunes retrouvent les racines et les aînés accueillent les fruits. Elle stagne au contraire quand on marche seul, quand on reste fixé sur le passé ou qu’on se jette en avant pour chercher à survivre. Aujourd’hui, fête de la rencontre, demandons la grâce de redécouvrit le Seigneur vivant, dans le peuple croyant, et de faire rencontrer le charisme reçu avec la grâce de l’aujourd’hui.

L’Évangile nous dit aussi que la rencontre de Dieu avec son peuple a un début et un objectif. Elle commence par l’appel au temple et elle aboutit à la vision dans le temple. L’appel est double. Il y a un premier appel « ce qui est écrit dans la Loi » (v.23). C’est celui de Joseph et Marie, qui vont au temple pour accomplir ce que la Loi prescrit. Le texte le souligne presque comme un refrain, bien quatre fois (cf. v.22.23.24.27). Ce n’est pas une contrainte : les parents de Jésus ne viennent pas par force ou pour satisfaire une simple formalité extérieure ; ils viennent pour répondre à l’appel de Dieu. Ensuite il y a un second appel, selon l’Esprit. C’est celui de Syméon et Anne. Cela aussi est mis en évidence avec insistance : par trois fois, au sujet de Syméon, on parle de l’Esprit Saint (cf. v.25.26.27) et on termine avec la prophétesse Anne qui, inspirée, loue Dieu (cf. v.38). Deux jeunes accourent au temple appelés par la Loi ; deux aînés mus par l’Esprit. Ce double appel, de la Loi et de l’Esprit, que dit-il à notre vie spirituelle et à notre vie consacrée ? Que tous nous sommes appelés à une double obéissance : à la loi – dans le sens de ce qui donne bon ordre à la vie – et à l’Esprit, qui fait des choses nouvelles dans la vie. Ainsi naît la rencontre avec le Seigneur : l’Esprit révèle le Seigneur, mais pour l’accueillir il faut la constance fidèle de chaque jour. Même les charismes les plus grands, sans une vie ordonnée, ne portent pas de fruit. D’autre part les meilleures règles ne suffisent pas sans la nouveauté de l’Esprit : loi et Esprit vont ensemble.

Pour mieux comprendre cet appel que nous voyons aujourd’hui dans les premiers jours de vie de Jésus, au temple, nous pouvons aller aux premiers jours de son ministère public, à Cana, où il transforme l’eau en vin. Là aussi, il y a un appel à l’obéissance, avec Marie qui dit : « Tout ce qu’il [Jésus] vous dira, faites-le » (Jn 2,5). Tout. Et Jésus demande une chose particulière ; il ne fait pas tout de suite une chose nouvelle, il ne procure pas de rien le vin qui manque – il aurait pu le faire –, mais il demande une chose concrète et exigeante. Il demande de remplir six grandes amphores de pierre pour la purification rituelle, qui rappellent la Loi. Il voulait dire de transvaser environ six cent litres d’eau du puits : du temps et de la fatigue, qui paraissaient inutiles, puisque ce qui manquait ce n’était pas l’eau mais le vin ! Pourtant justement de ces amphores bien remplies « jusqu’au bord » (v.7), Jésus tire le vin nouveau. Il en est ainsi pour nous : Dieu nous appelle à la rencontre à travers la fidélité à des choses concrètes – On rencontre toujours Dieu dans le concret – : la prière quotidienne, la Messe, la Confession, une vraie charité, la Parole de Dieu chaque jour, la proximité, surtout avec ceux qui sont dans le besoin, spirituellement et matériellement. Ce sont des choses concrètes, comme dans la vie consacrée, l’obéissance au Supérieur et aux Règles. Si on met en pratique avec amour cette loi – avec amour ! – l’Esprit survient et apporte la surprise de Dieu, comme au temple et à Cana. L’eau du quotidien se transforme alors en vin de la nouveauté et la vie, qui semble plus contrainte, devient en réalité plus libre. En ce moment je me souviens d’une sœur, humble, qui avait précisément le charisme d’être proche des prêtres et des séminaristes. Avant-hier, a été introduite ici, dans le diocèse [de Rome], sa cause de béatification. Une sœur simple : elle n’avait pas de grandes lumières, mais elle avait la sagesse de l’obéissance, de la fidélité et de ne pas avoir peur des nouveautés. Demandons au Seigneur, à travers sœur Bernadette, de nous donner à nous tous la grâce d’emprunter ce chemin.

La rencontre qui naît de l’appel, culmine dans la vision. Syméon dit : « Mes yeux ont vu le salut » (Lc 2,30). Il voit l’Enfant et il voit le salut. Il ne voit pas le Messier qui accomplit des prodiges, mais un petit enfant. Il ne voit pas quelque chose d’extraordinaire, mais Jésus avec ses parents, qui portent au temple deux tourterelles et deux colombes, c’est-à-dire l’offrande la plus humble (cf. v.24). Syméon voit la simplicité de Dieu et accueille sa présence. Il ne cherche pas autre chose, il ne demande pas et ne veut pas davantage, il lui suffit de voir l’Enfant et de le prendre dans ses bras : « nunc dimittis, maintenant tu peux me laisser m’en aller » (cf. v.29). Dieu lui suffit comme il est. En lui il trouve le sens ultime de sa vie. C’est la vision de la vie consacrée, une vision simple et prophétique dans sa simplicité, où on tient le Seigneur devant les yeux et entre les bras, et rien d’autre ne sert. La vie c’est Lui, l’espérance c’est Lui, l’avenir c’est Lui. La vie consacrée est cette vision prophétique dans l’Église : c’est un regard qui voit Dieu présent dans le monde, même si beaucoup ne s’en aperçoivent pas ; c’est une voix qui dit : “Dieu suffit, le reste passe” ; c’est une louange qui jaillit malgré tout, comme le montre la prophétesse Anne. C’était une femme très âgée, qui avait vécu de nombreuses d’années de veuvage, mais elle n’était pas maussade, nostalgique ou repliée sur elle ; au contraire, elle survient, loue Dieu et parle seulement de Lui (cf. v.38). J’aime penser que cette femme “bavardait bien”, et contre le mal du papotage elle serait une bonne marraine pour nous convertir, car elle allait d’un endroit à un autre en ne faisant que dire : “C’est lui ! C’est cet enfant ! Allez le voir !”. J’aime la voir ainsi, comme une femme du quartier.

Voilà la vie consacrée : louange qui donne joie au peuple de Dieu, vision prophétique qui révèle ce qui compte. Quand c’est ainsi, elle fleurit et devient un rappel pour tous contre la médiocrité : contre les baisses de profondeur dans la vie spirituelle, contre la tentation de jouer au rabais avec Dieu, contre l’accommodation à une vie facile et mondaine, contre la lamentation – les plaintes –, l’insatisfaction et le fait de pleurer sur son sort, contre l’habitude du “on fait ce qu’on peut” et du “on a toujours fait ainsi” : ce ne sont pas des phrases en accord avec Dieu. La vie consacrée n’est pas survivance, ce n’est pas de se préparer à l’‘‘ars bene moriendi” : cela, c’est la tentation d’aujourd’hui face à la baisse des vocations. Non, elle n’est pas une survivance, elle est vie nouvelle. “Mais… nous sommes peu nombreux…” – c’est une vie nouvelle. C’est une rencontre vivante avec le Seigneur dans son peuple. C’est un appel à l’obéissance fidèle de chaque jour et aux surprises inédites de l’Esprit. C’est une vision de ce qu’il importe d’embrasser pour avoir la joie : Jésus.

© Libreria Editrice Vaticana – 2019

 

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Date de dernière mise à jour : 2020-02-03