Pko 03.03.2019

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°10/2019

Dimanche 3 mars 2019 – 8ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Pancho te voilà de retour dans ton île !

Pancho

Pancho… te voilà de retour auprès des tiens… de ta maman partie trop tôt… te voilà de retour dans ton île que tu n’aurais jamais dû quitter…

Pour beaucoup tu n’auras été que ces quelques lignes de la presse : « Le SDF vivait dans la rue depuis de nombreuses années et s'alcoolisait quotidiennement. Il n'avait plus de relations avec famille et était pris en charge par une association gérant les SDF ».

Pour ceux qui te croisaient lors de nos maraudes, tu étais bien plus que cela… tu étais Pancho, jeune homme toujours respectueux et polis même dans si parfois tu étais dans un état second ! Sourire, humour sur ton visage, mais ton regard laissait transparaitre cette souffrance, cette solitude devenue insupportable au point que ce mardi 19 février tu as voulu t’en défaire définitivement !

Pancho, ton cri sera-t-il entendu ? Suffira-t-il à sauver de l’individualisme et de l’égoïsme notre société ?

Non, Pancho, tu n’étais pas un « SDF qui s’alcoolisait quotidiennement »… tu étais une personne !

Tu as bien risqué d’être inhumé de façon anonyme, loin des tiens… dans un coin du cimetière de l’Uranie… mais parce que l’on ne pouvait se résoudre à oublier ton humanité sans renier la nôtre, à force de persévérance… les tiens ont été retrouvés… tu leur as été rendu… ils ont voulu que tu rentres chez toi… que tu reposes auprès des tiens, près de ta mère…

Quelle belle image que ce dernier hommage que t’ont rendu tes amis de la rue mercredi matin avant que ton cercueil ne soit fermé pour ton voyage dans ton île… ces larmes silencieuses qui coulaient sur ces visages émaciés, abîmés par les vicissitudes de la vie mais plein d’humanité !

Pancho, le monde ne le sait pas, parce que trop préoccupé par lui-même, mais il s’est appauvrit d’une belle âme…

Notre cœur d’homme est révolté par cette déshumanité qui t’a conduit à nous quitter… mais le cœur du croyant que nous sommes est serein parce qu’aujourd’hui ta solitude et ta souffrance sont englouties dans cet océan d’Amour qu’est le cœur de Dieu !

Pancho… intercède pour nous… que nous soyons des hommes !Bon retour chez toi !

Réponse aux Humeurs du 24 février…

Retour dans les îles… vous avez dit !… réponse

Voici une réponse aux dernières Humeurs du P.K.0…

« Père Christophe,

En réaction à la publication de votre billet d’humeur du PK 0 de la Cathédrale, je souhaite vous apporter les éléments d’information suivants.

Toute attribution de fare OPH est conditionnée par le versement, obligatoire, d’une participation financière minimum calculée en fonction des revenus du ménage bénéficiaire. Pour ce qui concerne la mère de famille en question, cette participation est fixée à 2% du coût total d’un fare en bois type F4.

Il n’est pas possible, de la part du Pays qui co-finance la réalisation de ce fare à 98%, d’entamer une construction sans cette condition règlementaire. Ni le Président de la Polynésie française, ni le ministre que je suis, ni même le bénéficiaire du fare OPH n’ont envie de se justifier demain devant le juge.

J’ai bien saisi que ce qui vous exaspère par-dessus tout dans ce cas particulier est le silence de l’administration, considéré comme du dédain ou de la négligence vis-à-vis des besoins des plus nécessiteux.

Je tenais à vous affirmer qu’il n’en est absolument rien. Mon cabinet n’est pas resté insensible à ce cas qui n’est hélas pas singulier, puisque dès réception de cette demande, au mois de juillet 20181, l’OPH était saisi pour trouver une solution plus réalisable. Le courrier joint à la présente en atteste : considérant la situation personnelle de l’attributaire sans ressources, soit la participation financière de 277 328 XPF était étalée pour permettre un règlement par échéances, soit cette dame était accueillie au sein du parc de logements sociaux en location simple, dont le montant du loyer aurait été calculé bien évidemment en fonction de ses moyens2.

S’il est vrai qu’une simple réponse de non-recevoir de la demande de remise gracieuse aurait pu orienter l’Accueil Te Vai-ete vers une prise en charge directe pour aider cette dame, il n’en demeure pas moins qu’il relève des missions de mon ministère de mettre tout en œuvre pour trouver des solutions.

Vous m’apprenez que votre association prendrait directement en charge la contribution financière de l’attributaire. C’est une solution de dernier recours qui enclencherait la construction du fare de type F4 accordé à Madame xxx XXX.

Compte tenu de ces circonstances, instruction a été donnée pour que l’arrêté n° 5014/MLA du 16 mai 2018 soit maintenu.

Dans tous les cas, mes services se tiennent prêts à vous informer de l’évolution de cette demande.

Recevez, Père Christophe, l’assurance de mes sentiments respectueux.

Jean-Christophe BOUISSOU »

Le virement a été effectué ce jeudi 28 février 2019…

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  1. MLA 367 du 26 juillet 2018 ;
  2. Logements sociaux en location simple à Pukarua ???

Laissez-moi vous dire…

Mercredi 6 mars 2019 : Entrée en Carême

Prière, Jeûne, Pénitence, Aumône…
… « pour retrouver la Joie du dessein de Dieu sur la création »

Le 6 mars – mercredi des Cendres- nous serons marqués de cendre, un signe fort inscrit dans la tradition biblique. Esther, découvrant la trahison d’Amane, « au lieu de parfums précieux, se couvrit la tête de cendre » (Est 4, 17k). Suite à la prédication de Jonas, le roi de Ninive « s’assit sur la cendre » puis appela tout son peuple à la conversion (Jon 3, 6-8).

Accepter de recevoir les Cendres, c’est prendre la décision de se convertir en faisant pénitence.

Dimanche prochain, 1er dimanche de carême, nous verrons Jésus poussé au désert où, dans la prière et le jeûne, il résistera aux séductions du Tentateur (Luc 4, 1-13). Ce combat contre toutes les tentations est aussi le nôtre. Tout au long du carême la liturgie nous entraîne à « résister au péché, pour célébrer d’un cœur pur le mystère pascal et parvenir enfin à la Pâque éternelle » (Préface du 1er dimanche de carême).

Notre vie est marquée sans cesse par un tumultueux mélange d’amour et de contre-amour. L’égoïsme, l’agressivité nous font agir contre l’amour du prochain. C’est pourquoi, comme le disait bien le Père André Sève dans un recueil de méditations(1) : « Notre cœur sera un cœur pascal si nous le nettoyons passablement, inlassablement, comme on nettoie un jardin. Enlever toute herbe de peur ou de méchanceté. Planter des fleurs d’amour… ». Quelle joie lorsque nous pouvons contempler un jardin bien entretenu !

Le Pape François, dans son message pour le carême, explique « ce chemin de conversion » d’une autre façon : « Le chemin vers Pâques nous appelle justement à renouveler notre visage et notre cœur de chrétiens à travers le repentir, la conversion et le pardon afin de pouvoir vivre toute la richesse de la grâce du mystère pascal. » (Message pour le carême 2019, n.3 §1) En suivant ce chemin durant 40 jours, nous serons spontanément amenés à rejeter l’égoïsme et à tourner notre regard vers les autres, ressentant un appel au partage, à l’aumône. Sans oublier ce que disait Mère Teresa : « L’aumône n’est pas assez, c’est de nos mains dont les pauvres ont besoin ».

Chaque soir il est bon de relire notre journée – seul(e) ou en famille – sous le regard de Dieu. Ainsi nous pourrons mesurer notre avancée sur « notre chemin de conversion ».

Finalement, comme le dit le Saint-Père : « il s’agit de retrouver la joie du dessein de Dieu sur la création et sur notre cœur, celui de L’aimer, d’aimer nos frères et le monde entier, et de trouver dans cet amour le vrai bonheur. » (Message pour le carême 2019 n.3 §3)

Dominique Soupé

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1                      A. Sève, (religieux assomptionniste), Pour accueillir le soir, 180 méditations, Ed. Centurion, Paris, 1994.

2   Je soumets à votre attention une prière de Ste Thérèse d’Avila que l’on peut dire seul ou en famille :

Prière du matin :

« Seigneur, dans le silence de ce jour naissant,

je viens Te demander la paix, la sagesse et la force.

Je veux regarder aujourd’hui le monde

avec des yeux tout remplis d’amour ;

être patiente, compréhensive et douce,

voir, au-delà des apparences Tes enfants

comme Tu les vois Toi-même

 et ainsi ne voir que le bien en chacun d’eux.

Ferme mes oreilles à toute calomnie,

garde ma langue de toute malveillance ;

que seules les paroles qui bénissent

demeurent dans mon esprit.

Que je sois si bienveillante et si joyeuse

que tous ceux qui m’approchent sentent Ta présence.

Ô Seigneur, revêts-moi de Ta beauté

et qu’au long de ce jour je Te révèle. Amen. »

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582)

© Cathédrale de Papeete - 2019

En marge de l’actualité…

Rencontre au Vatican pour la protection des mineurs

Du 21 au 24 Février 2019 se tenait au Vatican la « rencontre pour la protection des mineurs dans l’Église ». Étaient convoqués pour ces trois jours les représentants de l’Église Catholique dans le monde (dont Mgr Paul Donoghue, évêque de Rarotonga et président de la conférence des évêques du Pacifique – CEPAC – dont fait partie notre diocèse de Papeete). Cette rencontre voulait manifester la détermination du successeur de St Pierre dans la lutte contre les abus sexuels dans l’Église. Elle fut également un signe de plus de sa volonté que l’Église catholique, à tous niveaux, prenne la mesure de la gravité de la crise qu’elle traverse et engage les moyens indispensables à la lutte contre les abus sexuels. Le Pape appelait à être concret : « Le saint Peuple de Dieu nous regarde et attend de nous, non pas de simples et faciles condamnations, mais des mesures concrètes et efficaces à préconiser. Il faut être concret ». Mgr Pontier, archevêque de Marseille et président de la conférence des évêques de France, présent à cette rencontre témoigne : « Ces trois jours de travail dense ont été à la fois riches d’enseignements pratiques, d’invitations à progresser, d’échanges entre nous, de communion dans notre foi, mais aussi pleins de tristesse, de honte, d’émotion et de souffrance lorsque les témoignages de personnes victimes venaient ponctuer nos travaux… La primauté de la parole des personnes victimes dans la prise en compte du drame des abus sexuels dans l’Église est sans doute le premier message de ce sommet. Toute notre Église, depuis nos paroisses jusqu’au Vatican, doit comprendre que la souffrance vécue et exprimée par les personnes victimes est fondatrice de notre action pour aujourd’hui et pour demain. Écouter ces personnes mais aussi les accompagner dans leur douloureux chemin de vie est le premier devoir de l’Église »

Dans un article publié sur « Vatican News », Andrea Tornielli commente le discours final prononcé par le Pape François au terme de cette rencontre : « Le Pape a élargi son discours aux abus dans le monde, et pas uniquement dans l’Église, pour exprimer une préoccupation de père et de pasteur. François n’entend pas minimiser la gravité des abus perpétrés dans la sphère ecclésiale, parce que l’abominable inhumanité du phénomène “devient encore plus grave et scandaleuse dans l’Église”. Les parents qui avaient confié leurs enfants aux prêtres pour qu’ils grandissent et soient éduqués dans la foi, se les ont vus restituer blessés dans leur corps et dans leur âme de manière irrémédiable et permanente… Le cri silencieux des victimes, le drame irréparable de leur vie détruites… a bruyamment raisonné dans la salle du synode. Il a transpercé le cœur des évêques et des supérieurs religieux. Il a balayé les justifications, les arguments juridiques alambiqués, la froideur des discussions techniques, la recherche d’un abri derrière les statistiques. La gravité absolue du phénomène est devenue la conscience de l’Église universelle comme jamais auparavant… La rencontre au Vatican n’a pas été uniquement un coup de poing dans l’estomac pour sensibiliser les participants à l’action dévastatrice du mal et du péché et donc, à la nécessité de demander pardon en invoquant l’aide de la grâce divine. Ce sommet témoigne également de la ferme volonté de concrétiser rapidement, dès les prochains mois, par des choix opérationnels efficaces, ce qui a émergé des échanges. Car la conscience de la gravité du péché et l’appel constant au Ciel pour implorer de l’aide qui ont caractérisé cette rencontre au Vatican, vont de pair avec un engagement renouvelé et actif, afin de garantir des environnements ecclésiaux toujours plus sûrs pour les mineurs et les adultes vulnérables. En espérant que cet engagement puisse également toucher tous les autres secteurs de nos sociétés… »

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Avis de décès…

Décès de Mme Colette COTTANCEAU, maman de Mgr Jean-Pierre

Colette cottanceau

Loué sois-tu, mon Seigneur, 

par sœur notre mort corporelle,

à laquelle nul homme vivant ne peut échapper.

Heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés,

car la seconde mort ne leur fera pas mal.

Saint François d’Assise (1182-1226)

C’est avec ces paroles de Saint François que malgré le chagrin et la peine, j’accueille le retour au Seigneur de ma chère Maman, Colette, en sa 91ème année. Mariée en 1952 avec Bernard, mon père, ils ont élevé ensemble 6 enfants, et j’en suis le premier.

Maman était, est et restera dans la douce mémoire du cœur une femme et une mère douce, discrète, effacée, faisant rarement entendre sa voix. Dire qu’elle était « sans profession » est à mes yeux une imposture, tant la responsabilité d’élever des enfants est la plus belle des professions, une profession d’amour au quotidien, qu’elle a su avec notre père, mener avec courage, abnégation, sans compter sa peine. Pourrons-nous un jour connaître le nombre de repas qu’elle a préparé avec amour, les nuits de veille lorsque l’un de nous était malade, les sacrifices qu’imposait la présence de 6 enfants à la maison, les renoncements auxquels elle dût consentir pour que nous soyons heureux en famille, les petites attentions qui nous révélaient combien elle aimait ses enfants et son époux ? Toujours présente à notre retour d’école, elle nous préparait le goûter qui très souvent était partagé par les copains et copines qui aimaient se retrouver autour d’elle à cause de son attitude d’accueil, de l’écoute de son cœur de mère !

Elle fut également croyante, cherchant à servir l’église de façon discrète, sans tapage : elle s’occupa pendant un temps des linges d’autel de la paroisse, allait visiter les malades à l’hôpital… Elle fit même, il y a bien des années de cela, le catéchisme à la maison…

Elle aimait réciter cette prière à Marie qu’elle avait appris alors qu’adolescente, elle était en pension. Je l’ai récitée bien des fois avec elle, jusqu’à ces derniers jours, alors que je me trouvais près d’elle, consciente, sereine, apaisée, sachant que son heure était arrivée. Voici cette prière :

Vierge Sainte,

Au milieu de vos jours glorieux,

N’oubliez pas les tristesses de la terre.

Jetez un regard de bonté

sur ceux qui sont dans la souffrance,

Qui luttent contre les difficultés

Et qui ne cessent de tremper leurs lèvres

aux amertumes de la vie.

Ayez pitié de ceux qui s’aimaient et qui ont été séparés.

Ayez pitié de l’isolement du cœur.

Ayez pitié de la faiblesse de notre foi.

Ayez pitié des objets de notre tendresse.

Ayez pitié de ceux qui pleurent,

de ceux qui prient, de ceux qui tremblent.

Donnez à tous l’espérance et la paix

Amen

À vous tous qui avez joint votre prière à la mienne dans ce moment difficile, je veux dire un grand merci et je suis bien certain que maman, ayant rejoint notre mère du ciel, intercède auprès du Seigneur pour votre pasteur et notre Église diocésaine. Merci.

+ Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

La communauté paroissiale de la Cathédrale présence à Mgr Jean-Pierre ses plus sincères condoléances et l'assure de sa prière filiale.

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

Les jours du mal sont comptés…

« Que ton Nom soit sanctifié » : cette première demande du « Notre Père » a été au cœur de la catéchèse du Pape en ce mercredi, jour d’audience générale. Parler à Dieu n’exige pas de se perdre en vaines paroles a notamment assuré François ; le premier pas de la prière chrétienne consiste plutôt à s’en remettre au Seigneur et à sa Providence.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Il semble que l’hiver soit terminé et c’est pourquoi nous sommes de nouveau sur la Place. Bienvenue sur la Place ! Dans notre parcours de redécouverte de la prière du Notre Père, nous approfondirons aujourd’hui la première des sept invocations : « que ton nom soit sanctifié ».

Il y a sept demandes dans le Notre Père, que l’on peut facilement regrouper en deux sous-groupes. Les trois premières sont centrées sur le « Tu » de Dieu le Père ; les quatre autres sont centrées sur le « nous » et sur nos besoins humains. Dans la première partie, Jésus nous fait entrer dans ses désirs, tous adressés au Père : « que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite » ; dans la seconde, c’est lui qui entre en nous et se fait l’interprète de nos besoins : le pain quotidien, le pardon des péchés, l’aide dans la tentation et la libération du mal.

Nous avons ici la matrice de toutes les prières chrétiennes – je dirais de toutes les prières humaines – qui sont toujours faites, d’un côté, de contemplation de Dieu, de son mystère, de sa beauté et de sa bonté et, de l’autre, d’une demande sincère et courageuse de ce dont nous avons besoin pour vivre, et pour bien vivre. Ainsi, dans sa simplicité et dans son caractère essentiel, le Notre Père éduque celui qui le prie à ne pas multiplier les paroles vaines, parce que – comme le dit Jésus lui-même – « votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez » (Mt 6,8).

Quand nous parlons avec Dieu, nous ne le faisons pas pour lui révéler ce que nous avons dans le cœur : il le connaît bien mieux que nous ! Si Dieu est un mystère pour nous, en revanche, nous ne sommes pas une énigme à ses yeux (cf. Ps 139,1-4). Dieu est comme ces mamans auxquelles il suffit d’un regard pour comprendre tous leurs enfants : s’ils sont contents ou tristes, s’ils sont sincères ou s’ils cachent quelque chose…

Le premier pas de la prière chrétienne est donc la remise de nous-mêmes à Dieu, à sa providence. C’est comme si nous disions : « Seigneur, tu sais tout, il n’est même pas nécessaire que je te raconte ma souffrance, je te demande seulement d’être ici, à côté de moi : c’est toi mon espérance ». Il est intéressant de noter que, dans son discours sur la montagne, tout de suite après avoir transmis le texte du Notre Père, Jésus nous exhorte à ne pas nous préoccuper et à ne pas nous tourmenter pour les choses. Cela semble une contradiction : d’abord, il nous enseigne à demander notre pain quotidien et ensuite il nous dit : « Ne vous préoccupez donc pas en disant : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi nous vêtirons-nous ? » (Mt 6,31). Mais la contradiction n’est qu’apparente : les questions du chrétien expriment sa confiance dans le Père ; et c’est précisément cette confiance qui nous pousse à demander ce dont nous avons besoin sans nous tourmenter et sans nous agiter.

C’est pour cette raison que nous prions en disant : « Que ton nom soit sanctifié ! ». Dans cette demande – la première ! « Que ton nom soit sanctifié ! » – on sent toute l’admiration de Jésus pour la beauté et la grandeur du Père et son désir que tous le reconnaissent et l’aiment pour ce qu’il est vraiment. Et en même temps, il y a la supplication pour que son nom soit sanctifié en nous, dans notre famille, dans notre communauté et dans le monde entier. C’est Dieu qui sanctifie, qui nous transforme par son amour mais, en même temps, c’est aussi nous qui, par notre témoignage, manifestons la sainteté de Dieu dans le monde, en rendant son nom présent. Dieu est saint, mais si nous, si notre vie n’est pas sainte, il y a une grande incohérence ! La sainteté de Dieu doit se refléter dans nos actions et dans notre vie. « Je suis chrétien, Dieu est saint mais je me comporte mal », non, cela ne sert à rien. Cela fait aussi du mal, cela scandalise et n’aide pas.

La sainteté de Dieu est une force en expansion et nous supplions pour qu’il brise rapidement les barrières de notre monde. Quand Jésus commence à prêcher, le premier à en faire les frais, c’est justement le mal qui afflige le monde. Les esprits mauvais enragent : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le saint de Dieu » (Mc 1,24). On n’avait jamais vu une sainteté comme là : elle ne se préoccupait pas d’elle-même mais elle était tendue vers l’extérieur. Une sainteté – celle de Jésus – qui s’élargit par cercles concentriques, comme quand on jette un caillou dans un étang. Les jours du mal sont comptés – le mal n’est pas éternel –, le mal ne peut plus nous nuire : l’homme fort qui prend possession de sa maison est arrivé (cf. Mc 3,23-27). Et cet homme fort est Jésus, qui nous donne à nous aussi la force de prendre possession de notre maison intérieure.

La prière chasse toute crainte. Le Père nous aime, le Fils lève les bras en soutenant les nôtres, l’Esprit travaille en secret pour la rédemption du monde. Et nous ? Nous ne vacillons pas dans l’incertitude. Mais nous avons une grande certitude : Dieu m’aime ; Jésus a donné sa vie pour moi ! L’Esprit est en moi. Et c’est là la grande certitude. Et le mal ? Il a peur. Et c’est beau.

© Libreria Editrice Vaticana – 2019

Culture

François Roustan, retour sur une crise catholique

En 1966, le jésuite François Roustang signe « Le Troisième Homme », qui pointe la crise montante du catholicisme français. Un ouvrage documenté revient sur cette page d’histoire individuelle et collective.

François Roustang (1923-2016) fut un thérapeute dissident de la psychanalyse, reconnu pour ses travaux sur l’hypnose qu’il contribua à faire redécouvrir en France. Mais, avant cet itinéraire aux confins des sciences humaines et de la médecine, l’homme fut jésuite et son nom reste associé à un article qui fit grand bruit, Le Troisième Homme, paru en 1966 dans la revue jésuite Christus.

François Roustang était arrivé à Christus en 1956, en même temps que Michel de Certeau, pour participer à une aventure éditoriale destinée à « rendre la spiritualité ignatienne aux fidèles d’aujourd’hui ». En 1962, il en devient directeur, conduisant la revue dans des années effervescentes, marquées par la montée en puissance des sciences humaines et les débats

Publié en octobre 1966, Le Troisième Homme va cristalliser une crise personnelle et collective. L’auteur y fait écho aux interrogations d’un nouveau type de chrétien, ni traditionaliste, ni progressiste – d’où le titre de l’article –, qui a acquis « une liberté personnelle » à la faveur des débats conciliaires. Ce fidèle constate la distance qui s’est installée entre son expérience humaine et croyante d’une part, le langage et les pratiques de l’Église d’autre part.

Il en vient « à distinguer explicitement la foi en Dieu et en Jésus-Christ de la foi en l’Église », écrit Roustang, qui entrevoit les conséquences de la crise du langage religieux et de la désaffection vis-à-vis de l’institution : « Si l’on n’y prend garde et si l’on se refuse à voir l’évidence, le détachement à l’égard de l’Église, qui est largement commencé, ira en s’accentuant. »

Immédiatement démis de ses fonctions, François Roustang quitte la Compagnie quelques mois plus tard. Mais la crise, dont il a entrevu la profondeur, ne devait que s’accentuer. L’ouvrage collectif qui vient de paraître, rendu possible par la mise à disposition de ses archives par sa fille, en prend toute la mesure.

Ève-Alice Roustang ouvre le livre par une relecture qui fait presque apparaître le « troisième homme » comme un double de Roustang. « Mon père ne pouvait plus vivre comme il avait vécu jusqu’alors et comme il avait longtemps pensé qu’il vivrait toute sa vie. Il fallait donc du courage pour accomplir cette révolution ; mais comme ne pas l’accomplir, c’était mourir, et qu’il n’était pas homme à choisir la mort ni le confort mou, publier Le Troisième Homme était simplement, pour utiliser des termes de l’hypnothérapeute (qu’il devint par la suite, NDLR), prendre sa place dans la vie », écrit-elle.

Son silence sur la destinée de la foi personnelle de son père laisse cependant entrevoir que, si le « troisième homme » demeurait encore chrétien, la psychanalyse puis l’hypnose emmenèrent François Roustang ailleurs…

L’historien Étienne Fouilloux revient ensuite sur « l’affaire du “troisième homme” », resté comme « un des premiers accrocs sérieux à l’optimisme conciliaire ». L’historien Claude Langlois évoque le « long compagnonnage » de François Roustang et de Michel de Certeau qui fit, lui, le choix de rester lié à la tradition chrétienne, « un bagage que nous pensons ne pas pouvoir ”laisser tomber” sans abandonner quelque chose d’essentiel, mais qui charge notre conscience plus qu’il ne la dévoile à elle-même », écrira-t-il dans L’Étranger.

La sociologue Danièle Hervieu-Léger s’intéresse enfin sur « la crise de plausibilité » qu’expérimentent les catholiques engagés au tournant des années 1960-1970, fruit de « l’individualisation et la subjectivisation du croire religieux ».

Prolongeant ses analyses dans la décennie suivante, la sociologue voit dans la montée en puissance d’un « catholicisme des émotions » l’un des facteurs explicatifs de « l’évaporation de la génération des “engagés” », qui avaient beaucoup œuvré à faire émerger un discours chrétien accordé aux exigences rationnelles de la modernité avancée. L’hypothèse d’une « misère intellectuelle » du catholicisme français des années 1970-1980 comme facteur explicatif de la crise du catholicisme est la plus stimulante qu’on ait lue depuis longtemps…

Élodie Maurot

© La Croix - 2019

Éthique

Le Pape et la réalité

L'ouverture temporaire d'un centre médical sur la place Saint-Pierre et la visite du Pape aux patients qui y ont été soignés par des médecins bénévoles ont apporté sur les médias une nouvelle qu'en général ils ne préfèrent pas diffuser : la pauvreté augmente et est en train de frapper également des couches sociales qui n’étaient pas touchées auparavant. Une fois encore, un geste de Jorge Mario Bergoglio a fait émerger la réalité que l'on voulait oublier.

Les initiatives du Pape, en effet, ne concernent pas seulement le domaine de la charité et de la sollicitude à l'égard de qui a besoin, enseignant ainsi comment doit être concrète et vivante la mission du chrétien, mais agissent aussi à un niveau plus abstrait, et tout aussi nécessaire, celui de la réalité et de la vérité.

Le Pape François a commencé cette mission dès le premier jour de son pontificat, prononçant ce mot, pauvres, qui semblait désormais disparu de notre vocabulaire, comme s'il s'agissait d'une catégorie désormais inexistante, une catégorie du passé. Le mot, qui indique un phénomène ample et général, avait été en effet substitué par des termes plus restreints, qui faisaient référence à des catégories spécifiques : les moins nantis, les migrants, les sans-abris. Ainsi présentés, ils semblaient des groupes peu consistants et en voie de diminution : la réalité était en revanche bien différente, les pauvres existaient encore et étaient nombreux et en forte augmentation. 

En ramenant devant les yeux du monde la réalité – et nous ne devons pas oublier que le Pape l'a fait pour de nombreux autres problèmes, comme pour la dégradation de l'environnement dans les pays du Tiers-monde, très grave mais caché derrière des problèmes de pollution dans les villes occidentales – François joue un rôle théorique très important : celui de ramener la vérité des faits à la place d'un mensonge qui vise systématiquement à le contrefaire. Démontrant au monde entier que le vrai danger réside non pas tant dans qui oppose le faux au vrai, mais en qui substitue la réalité avec le fictif. Le mensonge en effet a le devoir d’éliminer complètement cette distinction, et donc de faire perdre de vue la vérité qui est dans la réalité. Comme l'écrit Anna Arendt, « ce qui est violé dans la construction idéologique d'une fausse réalité de la part de la propagande n'est pas tant le précepte moral, mais le tissu ontologique de la réalité ». Avec sa capacité à démasquer, qu'il sait appliquer à de nombreuses questions, François démontre comment l'engagement spirituel chrétien est toujours lié à la vérité et donc à la justice, et comment celles-ci sont vécues dans le moment historique.

Cela explique le succès – mais aussi les nombreuses oppositions – de celui qui dans les faits est vraiment un Pape dérangeant. Espérons qu'il réussisse à porter cette méthode illuminante également à l’intérieur de l'Église, où la négation de la réalité, la volonté délibérée de traiter la vérité des faits comme s'il s'agissait d'opinions, et donc en tant que tel négligeables, dans le but de sauver l'image de l'institution, ont démontré à plusieurs reprises que le problème n'est pas seulement une stratégie défensive.

Lucetta Scaraffia

Commentaire des lectures du dimanche

De très beaux textes à méditer et déguster, en ce dimanche qui est rare dans nos calendriers liturgiques. La Bible fourmille de paroles de sagesse humaine. Le passage du premier Testament que nous lisons est tiré d’un livre de sagesse appelé naguère « l’Écclésiastique » et aujourd’hui le « Siracide ». Un des rares livres dont on connaît l’auteur, Ben Sirac, qui vivait à Jérusalem vers l’an 200 avant Jésus Christ. Ce que nous lisons de lui sous la forme de dictons est savoureux et donne envie de le découvrir dans nos Bibles. Curieusement il s’appelait Jésus Ben Sirac.

Dès son enfance, a écrit saint Luc, Jésus de Nazareth grandissait en sagesse et sans doute ses parents furent-ils eux aussi des sages. Dans les villages, en son temps, les charpentiers étaient hommes d’expérience constructive, disait-on. Dans son Évangile, Luc nous propose un condensé de quelques paroles de sagesse sous forme de dictons ou de paraboles que Jésus adresse à la foule.

Sois sage, dit-on souvent aux enfants, pour avoir la paix. C’est-à-dire sois conforme, tiens-toi bien, sois soumis, sois poli. Être sage ce n’est pas forcément cela. De vrais sages peuvent passer pour des fous. C’est ce qui arriva à Jésus. Ses parents vinrent un jour le chercher parce que, pensaient-ils, il avait perdu la raison (Mc 3, 20-21). Pour les scribes, les prêtres, les pharisiens, Jésus aussi a pu passer pour un fou dangereux. Ainsi, des vrais sages peuvent déranger, et ceux qui passent pour fous peuvent être plus sages que ceux qui les jugent ainsi. N’oublions pas aussi ce proverbe : Celui qui vit sans folie n’est pas aussi sage qu’il croit. Saint Paul parlait aux Corinthiens de la folie de Dieu et de l’Évangile Et il ajoutait : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages. » (1 Co 1 19-27) Aujourd’hui il leur rappelle leur condition humaine et divine aussi, parce que destinés à revêtir l’immortalité.

La sagesse humaine dans toutes les cultures est une trace de la sagesse de Dieu en l’homme, sans laquelle, depuis longtemps, l’homme aurait disparu de la terre. La sagesse, dans toute la Bible, une manière pour l’homme de tenir compte de Dieu. Dieu qui est plus grand, plus juste, meilleur et plus miséricordieux que l’homme. La folie de l’homme, rappelons-nous les textes de dimanche dernier, consiste essentiellement à prétendre ne s’appuyer que sur ce qui passe, ce qui est mortel, lui-même, à se prendre pour la référence dernière en toute chose. Au lieu de s’appuyer sur Dieu source de la vie.

La sagesse est comprise comme étant le bon sens, la distance et le recul, le sens de l’observation, le fruit d’une méditation et d’une réflexion. C’est une denrée qui se faire rare dans la culture du bruit, de l’immédiat, de la précipitation. La sagesse est une qualité humaine peut-être plus répandue chez les modestes que l’on qualifie de « petites gens », que chez ceux qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas, qui oublient leur condition humaine et leur fragilité, qui se soûlent d’arrogance et de prétention.

La sagesse était naguère le privilège des anciens dans les familles, les communautés. Ils pouvaient être sages parce qu’ils étaient expérimentés. « Quiconque a beaucoup vu, peut avoir beaucoup retenu » dit de l’hirondelle voyageuse Jean de la Fontaine, et l’expérience n’est-elle pas la somme des bêtises qu’on a faites ? Ce dimanche est peut-être un appel à remettre en cause la manière dont nous traitons la sagesse des anciens.

Le mot sagesse en français traduit le mot latin “sapientia” ; du verbe “sapere” goûter. On peut remarquer à ce sujet la saveur des paroles de Jésus dans l’Évangile, parfois pleines d’humour. Elles s’appuient sur les choses les plus concrètes de la vie : la paille et la poutre, l’arbre et les fruits, les figues et les épines. Elles mettent en mouvement aussi le corps : on les voit, ces deux aveugles qui se tiennent par la main et tombent dans un trou et l’on sourit même de leur malheur. On se reconnaît tellement aussi dans celui-là qui regarde la paille dans l’œil de son frère et ne remarque pas la poutre dans le sien. On rit à la pensée qu’un imbécile voudrait vendanger du raisin sur les ronces. Mais il y a aussi de bons millésimes de confitures aux mûres. Même les ronces peuvent porter de bons fruits, ainsi que les buissons d’aubépine peuvent produire des fleurs parfumées et des prunelles savoureuses.

Le langage imagé des paraboles et des proverbes détend l’esprit, donne à la vie la saveur de l’humour, et permet de prendre de la distance vis-à-vis des choses parfois les plus graves. Puisque ce que dit la bouche c’est ce qui déborde du cœur, faisons de notre cœur une malle souriante pleine de trésors de sourire, de bienveillance et de lumière. Jésus nous révèle ce qu’est la sagesse évangélique.

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Date de dernière mise à jour : 2019-03-05