Pko 03.11.2019

Aa jp cotBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°54/2019

Dimanche 3 novembre 2019 – 31ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

« On parle des SDF, ça fait 20 ans qu’on les a sur le paletot ! »

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Petite définition

Tomber sur le paletot à (de) quelqu’un : l’agresser, le malmener. (Petit Robert) ; l’attaquer brutalement. (Larousse) ; intercepter brutalement quelqu'un par la veste pour le malmener, le critiquer (Internaute).

Les avoir sur le paletot : Être traqué par les policiers (Argot 1981).

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« On parle des SDF, ça fait vingt ans qu’on les a sur le paletot ». Expression pour le moins surprenante entendue cette semaine à l’Assemblée de la Polynésie française. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si l’on en croit la définition de l’expression, il s’agit d’une agression… mais de qui et par qui ?

Disons que ces propos sont probablement dû à l’exaspération du Gouvernement à voir la question des « SDF » remise en permanence sur le tapis… mais aussi exaspérant que cela puisse être, la réalité est là : 9 morts en un an… multiplication des tracas administratifs (CPS, Santé publique…) lié à quelques petits potentats de la fonction publique… guéguerre interne à vos ministres…

Il est faux cependant de dire que « jusqu’à présent rien n’a été fait, rien n’a été fait… » En 25 ans, bien des choses ont été mises en œuvre : du RST – qui va bien au-delà des SDF – aux associations soutenues et subventionnées par le Pays : Emauta, pour redonner l’espoir qui œuvre dans les 4 foyers spécialement consacrés aux personnes en grande difficulté et à la rue (Bon Samaritain, Samaritaine, Te Arata, Maniniaura) ; Te Torea qui anime le Centre de jour à Vaininiore et l’hébergement de nuit à Tipaerui…

Pour ce qui est des projets d’avenir : « Vous le savez nous ne sommes pas très d’accord entre associations, gouvernement sur les sites que nous proposons ». Effectivement, la presse s’en est fait l’écho il y a peu notamment avec la lettre de l’association Te Torea suite au discours inaugural de la dernière session budgétaire. Mais le désaccord n’est pas tant lié aux divergences de vue entre les associations et le gouvernement qu’aux divergences et rivalités entre ministères. La cause des cafouillages, annonces et contre annonces est essentiellement le fruit des luttes de pouvoir et conflits internes. Les associations savent ce dont elles ont besoin… ce n’est pas d’abord de l’argent, même si cela est nécessaire, mais de la cohérence ! Aujourd’hui, elles ont le sentiment d’être utilisées pour régler des comptes entre personnes rivales. Leur mission n’est pas d’assouvir la soif de pouvoir des uns et des autres… mais le bien commun !

En fin, l’argument que vous donnez pour justifier – avec raison – la non réalisation du projet de CHRS à Raimanutea est le même que nous tenons au sujet du projet de Vaininiore !!! Pour Raimanutea, nous avions prévenus en son temps de l’inadéquation du lieu. Dès le lancement du projet en 2017, nous vous avions alerté. La réponse du ministère de la solidarité de l’époque, parue dans Tahiti infos du 1er août 2017 fut « Le pays met à disposition le terrain et la structure qu'il faut rénover, réhabiliter. Nous avons mis du temps, presque 6 mois à trouver le terrain parce que nous cherchions quelque chose de plus adapté. Il est projeté de donner cette structure à l'association Te Torea pour en faire un centre de nuit et mettre en place un projet d'insertion par l'activité. Le ministre a rencontré père Christophe qui lui a dit que là-haut ce n'était pas très adapté. À défaut de trouver la structure adéquate, nous gardons ce site ». Nous ne prétendons pas avoir la vérité… mais l’expérience conjuguée des différentes associations sur le terrain, nous autorise à maintenir notre point de vue !

Non, Monsieur le Président, nous ne sommes pas contre vous… « c’est difficile mais vous pouvez compter sur nous, vous pouvez compter sur nous »…

Ci-dessous l’intervention de Mme Éliane TEVAHITUA et la réponse de Mr Edouard FRITCH…

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Intervention de Mme Eliane TEVAHITUA

Représentante inscrite au groupe Tavini Huiraàtira

Parlons à présent de solidarité. Le DOB annonce « Une Polynésie toujours plus solidaire » où « Les fruits de la croissance doivent profiter à l’ensemble des Polynésiens et en particulier envers les populations les plus fragiles, vulnérables et souvent exclues du système économique », où « la lutte contre l’exclusion et la paupérisation est une priorité pour le gouvernement ».

Or, l’enquête sur les dépenses des ménages des îles du Vent réalisée en 2015 par l’Institut de la statistique de Polynésie française et dont les résultats ont été présentés le 24 octobre 2017, révèle que « plus de la moitié de la population de Tahiti et de Moorea vit en dessous du seuil de pauvreté ».

Et malgré ce taux de 55% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté, le Pays connait depuis 2013, une croissance économique de 1,8% selon l’Institut d'Émission d'Outre-Mer grâce à la reprise de la consommation des ménages et de l'investissement privé, la stabilité de la consommation publique et une croissance portée par les commerces en premier et l'hôtellerie. C’est exactement le même discours que dans ce DOB. Par conséquent, des chiffres et indicateurs de bonne santé économique ne sont pas synonymes d’aisance matérielle et financière pour la majorité des foyers polynésiens.

L’explication se trouve sans doute dans la répartition inégalitaire des richesses en Polynésie. Une étude du ministère de la Santé et de la Solidarité de novembre 2011 indique que « 20 % des plus riches en Polynésie disposaient de 50 % des revenus, alors que 20 % des plus pauvres ne disposaient que de 6 %. L’écart était donc de un à huit alors que les recommandations CEE-ONU (Commission Économique des Nations Unies pour l'Europe) préconisent un à trois ». Une telle étude gouvernementale gagnerait à être refaite, ne serait-ce que pour vérifier si ces statistiques ne se sont pas aggravés depuis.

Dans la même veine, l’enquête « Budget des ménages » montre qu’« En Polynésie, les 10% les plus riches gagnent... neuf fois plus que les 10% les plus pauvres. En métropole, c'est seulement quatre fois plus. Les inégalités sont donc bien plus marquées au fenua, essentiellement à cause du très faible effort de redistribution de la fiscalité polynésienne. »

Fin 2019, nous sommes en droit de nous interroger à juste titre si les inégalités ne se sont pas creusées davantage entre les plus riches et les plus pauvres au point de mener progressivement des personnes isolées et des familles entières vers des situations d’errance dans la grande conurbation de Papeete, à l’heure où l’ISPF fait état de 750 personnes sans domicile fixe dans la zone urbaine comprise entre MAHINA et PUNAAUIA en 2017.

Madame la ministre des solidarités, lors de la séance administrative du 19 juillet 2018, en réponse à ma question orale, vous avez énuméré les axes du programme politique de votre gouvernement qui sont de « 1. Lutter contre la marginalisation sociale, 2. Agir pour la jeunesse en difficulté, 3. Accompagner les acteurs sociaux, 4. Aider les plus fragiles ».

Plus concrètement vous annonciez l’ouverture d’un autre foyer d’urgence pour lequel vous formuliez le vœu qu’il soit ouvert dès que possible pour l’accueil des SDF.

Puis la construction du Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) dont le coût estimé à 444 millions CFP serait financé pour moitié par l’État via le Contrat de projets avec des travaux démarrant en avril 2019 sur le site de RAIMANUTEA, afin d’accueillir et héberger 70 personnes sans domicile fixe.

Et enfin, le foyer des jeunes travailleurs, pour créer des conditions d’hébergement adaptées à des jeunes de 16 à 25 ans en situation financière précaire, pour une durée de 2 ans maximum. Les travaux pour ce bâtiment de 40 logements sur PAPETE estimés à 280 M FCFP devaient démarrer en janvier 2019 pour une ouverture en septembre 2019.

À ce jour, aucun projet n’est réalisé. C’est le vide abyssal avec beaucoup de promesses restées vaines. Faut-il plus de morts parmi les personnes sans-abris et à la rue pour que le gouvernement réagisse plus rapidement ?

Enfin et pour conclure, comment le gouvernement peut-il se satisfaire d’un taux d’illettrisme de 21% dévoilé par les derniers résultats au test national passé lors de la Journée Défense et Citoyenneté (JDC) ? 21% des jeunes Polynésiens ne savent ni lire, ni écrire, contre 7% en France.

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Intervention Mr Edouard FRITCH

Président de la Polynésie française

Nous ne sommes pas étonnés que tout ce que nous faisons n’est pas bon, puisque j’étais à votre place il y a quelques années pendant très longtemps… Mais je crois qu’il faut un moment donné bien mesurer la responsabilité de nos déclarations.

On parle des SDF, ça fait vingt ans qu’on les a sur le paletot. Je dis cela parce que vous avez l’impression qu’on ne veut rien faire… mais la Ministre vous a déjà répondu… Beaucoup de choses sont en étude. Et vous le savez nous ne sommes pas très d’accord entre associations, gouvernement sur les sites que nous proposons.

Raimanutea par exemple, ce site a été abandonné du fait qu’effectivement les habitants autour de Raimanutea, avant que le chantier ne commence ont déjà manifesté leur opposition, mais virulente… donc on va aller créer d’autres problèmes là où il n’y en a pas. Donc c’est difficile mais vous pouvez compter sur nous, vous pouvez compter sur nous. J’utiliserai tous les moyens parce qu’effectivement jusqu’à présent rien n’a été fait, rien n’a été fait. Ce qui a été fait à Tipaerui a été fait dans la précipitation. Aujourd’hui nous nous retrouvons avec un bâtiment qui ne répond pas aux normes d’hygiène.

Donc, c’est vrai, ça prend un petit peu de temps, mais je veux construire quelque chose qui tienne dans le temps. Et effectivement on vous a entendu…

Laissez-moi vous dire…

2 novembre 2019 : Commémoration des fidèles défunts

Mourir demain…

Toussaint, Halloween, « fête des morts »… tout se mélange aux alentours du 1er novembre. Il faut reconnaître que le business n’a cure de la réalité religieuse puisque, d’un côté, s’étalent pêle-mêle citrouilles, squelettes et autres diablotins, et de l’autre, on propose pêle-mêle pots de peinture, sacs de sable blanc et toutes sortes de fleurs pour orner les tombes de « nos chers défunts ». Finalement il y a parasitage complet de la fête de « Tous les Saints », si bien qu’on oublie de fêter tous les vivants déjà rendus auprès de Dieu ! Cette foule innombrable dont parle l’Apocalypse (The Book of Revelation, comme disent les chrétiens anglophones).

Il est vrai que parler de la mort est un exercice quasi quotidien dont la Presse ne se prive malheureusement pas. Assassinats, meurtres, attentats meurtriers, morts de réfugiés clandestins… tout est passé au crible des médias. Je me souviens d’une chanson de 2004 interprétée en duo par Natasha St-Pier et Pascal Obispo : « Mourir demain »(*). Le refrain me plaisait bien :

Si on devait mourir demain,

Qu’est-ce qu’on ferait de plus,

Qu’est-ce qu’on ferait de moins,

Si on devait mourir demain,

Moi, je t’aimerai. ... moi, je t’aimerai.

15 ans plus tard, soi-disant par compassion (certains disent « par amour »), on propose la mort comme choix unique face à la souffrance « intolérable », à la vieillesse « qui dérange », à telle ou telle grossesse « mal perçue »…

Certains cas propulsés par médias interposés ont voulu servir la cause des partisans de l’euthanasie : la triste histoire de Vincent Lambert (à Reims) ou celle de de la jeune néerlandaise Noa Pothoven (17 ans) qui a refusé de s’alimenter et de s’hydrater jusqu’à son décès.

Le suicide assisté est devenu légal dans plusieurs pays, notamment la Suisse, les Pays-Bas, le Canada et certains États des États-Unis. La Cour constitutionnelle italienne a rendu, mercredi 25 septembre 2019, un jugement autorisant l’aide au suicide de malades dans certaines conditions. Des partisans du suicide assisté ont fait valoir que la perte d’autonomie et de dignité inhérente à de nombreux problèmes terminaux, l’incapacité de profiter de la vie, ainsi que la douleur chronique ressentie par certains patients en phase terminale et non terminale devraient leur donner le droit de choisir quand mettre fin à leur propre vie.

Le Pape François déclarait sur Twitter le 05 juin 2019 : « L’euthanasie et le suicide assisté sont un échec pour tous. Nous sommes appelés à ne jamais abandonner ceux qui souffrent, il ne faut pas abandonner, mais prendre soin et aimer pour redonner l’espérance ».

Lundi 28 octobre dernier, au siège de l’Académie pontificale des Sciences, au Vatican, a été signé un texte important intitulé : « Déclaration des religions monothéistes abrahamiques sur les problématiques de la fin de vie ». L’initiative revient au rabbin Avraham Steinberg, coprésident du Conseil national israélien pour la bioéthique. Le document a été validé par l'Académie pontificale pour la Vie qui a réuni un groupe de leaders juifs, chrétiens et musulmans. Parmi les signataires figurent Mgr Vincenzo Paglia, président de l'Académie pontificale pour la Vie, le rabbin Avraham Steinberg, Kyai Marsudi Syuhud, chef de la plus importante organisation musulmane d'oulémas d'Indonésie, un représentant du métropolite (orthodoxe) de Kiev, Hilarion.

Voici les grands points de cette déclaration :

  • L'euthanasie et le suicide assisté sont moralement et intrinsèquement mauvais et devraient être interdits sans exception. Toute pression et l'action sur les patients pour les persuader de mettre fin à leur vie est catégoriquement rejetée.
  • Aucun personnel de santé ne devrait être forcé ou contraint à le faire, ou être associé, directement ou indirectement, au décès délibéré d'un patient par suicide assisté ou par toute forme de suicide assisté. Au fil des ans, il a été accueilli favorablement le fait que l'objection de conscience à ces actes contraires à la loi devrait être respectée. Ceci reste valable même si de tels actes ont été déclarées légaux dans certains lieux. L'objection de conscience devrait être universellement respectée.
  • Nous encourageons et soutenons une présence qualifiée et professionnelle pour des soins palliatifs partout et pour tous. Même quand la mort est un poids difficile à supporter, nous nous engageons moralement et religieusement à ne pas nous laisser abattre ainsi qu’à assurer réconfort, soulagement de la douleur, proximité, assistance spirituelle à la personne et à sa famille.
  • Nous appuyons les lois et les politiques publiques qui protègent le droit et la dignité de la personne en phase terminale, pour éviter l'euthanasie et promouvoir les soins palliatifs.
  • D'un point de vue social, nous devons nous engager pour que le désir des patients de ne pas être un fardeau ne leur inspirent pas le sentiment d'être inutiles et que leur vie mérite d'être vécue dans la dignité, d’être soignée jusqu'à son terme naturel.
  • Tous les professionnels de la santé devraient être tenus de créer les conditions nécessaires pour qu’une assistance religieuse soit garantie à toute personne qui en fait la demande.
  • Nous nous engageons à utiliser les connaissances et la recherche pour définir des politiques qui favorisent les soins et le bien-être sociaux, émotionnels, physiques et spirituels, à fournir un maximum d'informations et de soins aux personnes confrontées à des maladies graves et à la mort.
  • Nous nous engageons à impliquer nos communautés sur les questions bioéthiques, en lien avec la phase terminale afin d’offrir une compagnie compatissante à ceux qui souffrent et meurent.
  • Nous nous engageons à sensibiliser le public aux soins palliatifs à travers une formation appropriée en développant des ressources liées aux traitements pour la souffrance et la mort.
  • Nous nous engageons à apporter un soulagement à la famille et aux proches des patients qui sont sur le point de mourir.
  • Nous appelons les politiciens et les professionnels de la santé à se familiariser avec le vaste enseignement des religions abrahamiques pour fournir de meilleurs soins pour les patients mourants et leurs familles, en fonction de leurs traditions religieuses respectives.
  • Nous sommes déterminés à impliquer sur ces questions les autres religions et toutes les personnes de bonne volonté dans le monde.

Dominique SOUPÉ

[Sources : vaticannews.va ; jforum.fr ; fr.aleteia.org ; lemuslimpost.com]

(*) Paroles de Lionel FLORENCE et Asdorve (Frédéric Château), Musique de Pascal OBISPO

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

« FRANÇOIS : COUPABLE ! »

Lettre ouverte de soutien d’un prêtre brésilien au Pape François

À l’heure où le Pape François doit faire face à des attaques portées contre lui par une minorité d'évêques foncièrement hostiles aux orientations de son pontificat, voici, émanant d’un prêtre Brésilien, une lettre de soutien adressée au Saint Père. Elle pourrait nous donner une bonne occasion de faire le point sur l’image de l’Église que nous voulons construire, et de soutenir le Saint Père par notre prière !

 « Cher Pape François ! 

En fait, tu es coupable ! Tu es coupable d'être un homme et de ne pas être un ange ! Tu es coupable parce que tu as l'humilité d'accepter que tu te trompes et que tu demandes pardon. Demander pardon pour toi et pour nous. Et cela pour beaucoup est inadmissible.

Tu es coupable parce que tu ne voulais pas être un juge, un homme de loi, et tu es un exemple et un témoignage de miséricorde. Tu es coupable… parce que tu as quitté la somptuosité de Saint Jean du Latran et préféré visiter la pauvreté des prisons, des orphelinats, des hôpitaux, etc...

Tu es coupable : tu as arrêté d'embrasser les pieds parfumés des Éminences et tu embrasses les pieds “sales” de condamnés, de femmes, de malades, de personnes d’autres confessions religieuses, de gens “différents”.

Tu es condamné parce que tu as ouvert les portes aux États réfugiés et parce que devant des sujets douloureux et en attente tu réponds simplement : “Qui suis-je pour juger ?”. Tu es condamné parce que tu assumes ta fragilité en nous demandant de prier pour toi alors que beaucoup exigent que tu sois dogmatique, intolérant et réglementaire.

Pape François, tu es coupable pour tant et tant de cœurs dits “infidèles”, “excommuniés” et “impurs” qui ont redécouvert, grâce à toi, le beau visage du Christ plein de tendresse et de miséricorde.

Tu es coupable parce que “tu appelles les choses par leur nom” et tu ne t'empêches pas de rappeler aux évêques qu’ils ne sont pas des pasteurs d'aéroport mais doivent porter “l’odeur de leurs brebis”.

Tu es coupable parce que tu as déchiré les pages de l'intolérance, des morales stériles et sans pitié, et tu nous as offert la beauté de la compassion, de la tendresse et de la sincérité. Tu es coupable parce que tu nous as ouvert les yeux, ceux de l'intelligence et de la raison, mais surtout les yeux du cœur...

Tu es coupable de vouloir porter la croix de l'Église au lieu de détourner le regard, d'être indifférent aux douleurs et aux larmes des hommes de notre temps. Tu es coupable parce que tu ne supportes pas les crimes odieux faits au nom de Dieu et ceux qui parlent de Dieu mais vivent contre lui.

Tu es coupable parce que tu cherches la vérité et la justice par la miséricorde, au lieu de faire taire, cacher, minimiser ou ignorer. Tu es coupable parce que tu ne veux plus d'une Église de privilèges et d'avantages, de gloires, et que tu nous apprends la force du service, la richesse du lavement des pieds et la grandeur de la simplicité.

Pape François, laisse-toi blâmer pour ces “crimes”. Tu sais qu'à tes côtés, ils sont innombrables ces hommes et ces femmes qui, comme toi, ne sont pas des anges, mais des personnes fragiles, des pécheurs, qui espèrent que le Christ veille sur nous et pour nous.

Tu sais qu'avec toi, il y a une immense procession de cœurs qui prient pour toi à chaque instant ; pour toi, ils risqueraient leur vie. Ils te suivent comme des brebis qui font confiance à leur pasteur.

C'est le Christ qui t'a mis à la barre de cette “barque” qu’est l'Église. C'est le Christ qui te donnera les forces pour poursuivre ce chemin de “culpabilité” qui a fait tant de bien au monde et à l'Église.

Cher Pape François merci d'être “coupable” de rendre belle l'Église comme l'a rêvé Jésus.

Père Antoine Teixeira - Brésil »

Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

Les débuts du christianisme en Europe

Lors de l'audience générale de ce mercredi 30 octobre 2019, le Pape François a poursuivi sa série d'enseignements sur les Actes des Apôtres, en revenant notamment sur l'épisode du baptême de Lydie.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Quand nous lisons les Actes des apôtres, nous voyons que l’Esprit Saint est le protagoniste de la mission de l’Église : c’est lui qui guide le chemin des évangélisateurs en leur montrant la route à suivre.

Nous voyons cela clairement au moment où l’apôtre Paul, arrivé à Troas, a une vision. Un Macédonien le supplie : « Passe en Macédoine et viens à notre secours ! » (Ac 16,9). Le peuple de Macédoine du nord en est fier, il est très fier d’avoir appelé Paul pour que ce soit Paul qui annonce Jésus-Christ. Je me souviens bien de ce beau peuple qui m’a accueilli avec beaucoup de chaleur : puissent-ils conserver cette foi que Paul leur a prêchée ! L’apôtre n’a pas hésité et il part pour la Macédoine, sûr que c’est vraiment Dieu qui l’envoie, et il accoste à Philippes, « colonie romaine » (Ac 16,12) sur la via Egnatia, pour prêcher l’Évangile. Paul s’y arrête pendant plusieurs jours. Il y a trois événements qui caractérisent son séjour à Philippes, pendant ces trois jours, trois événements importants.

  1. L’évangélisation et le baptême de Lydie et de sa famille.
  2. L’arrestation qu’il subit, avec Silas, après avoir exorcisé une esclave exploitée par ses maîtres.
  3. La conversion et le baptême de son geôlier et de sa famille. Voyons ces trois épisodes dans la vie de Paul.

La puissance de l’Évangile touche surtout les femmes de Philippes, en particulier Lydie, négociante en étoffes de pourpre, de la ville de Thyatire, une croyante en Dieu dont le Seigneur ouvre le cœur « pour la rendre attentive à ce que disait Paul » (Ac 16,14). En effet, Lydie accueille le Christ, reçoit le baptême avec sa famille et accueille ceux qui appartiennent au Christ, en hébergeant chez elle Paul et Silas. Nous avons ici le témoignage de l’arrivée du christianisme sur les côtes européennes : le début d’un processus d’inculturation qui dure encore aujourd’hui. Il est entré par la Macédoine.

Après leur expérience chaleureuse chez Lydie, Paul et Silas se retrouvent confrontés à la dureté de la prison : ils passent de la consolation de cette conversion de Lydie et de sa famille à la désolation de la prison, où ils sont jetés pour avoir libéré, au nom de Jésus, « une jeune servante qui était possédée par un esprit de divination » et qui « rapportait de gros bénéfices à ses maîtres » par son métier de voyante (Ac 16, 16). Ses maîtres gagnaient beaucoup et cette pauvre esclave faisait ce que font les voyantes : elle devine ton avenir, elle lit les lignes de ta main – comme le dit la chanson « Prends cette main, bohémienne » et les gens payaient pour cela. Aujourd’hui encore, chers frères et sœurs, il y a des gens qui paient pour cela. Je me souviens, dans mon diocèse, dans un très grand parc, il y avait plus de 60 petites tables où étaient assis des voyants et des voyantes qui lisaient dans ta main et les gens croyaient tout cela ! Et ils payaient. Et cela existait déjà à l’époque de saint Paul. Ses maîtres, par rétorsion, dénoncent Paul et conduisent les apôtres devant les magistrats en les accusant de créer le désordre public.

Mais que se passe-t-il ? Paul est en prison et pendant son emprisonnement, un fait surprenant se produit. Il est dans la désolation mais, au lieu de se plaindre, Paul et Silas entonnent une louange à Dieu et cette louange libère une puissance qui brise leurs chaînes : pendant la prière, un tremblement de terre secoue les fondations de la prison, les portes s’ouvrent et les chaînes de tous les prisonniers tombent (cf. Ac 16,25-26). Comme la prière de la Pentecôte, celle-ci, faite en prison, a des effets prodigieux.

Croyant que les prisonniers se sont enfuis, le geôlier allait se suicider, parce que les geôliers payaient de leur propre vie si un prisonnier s’enfuyait ; mais Paul lui crie : « Nous sommes tous là ! »  (Ac 16,27-28). Alors celui-ci demande : « Que dois-je faire pour être sauvé ? » (v.30). La réponse est : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et toute ta maison » (v.31). C’est à ce moment que survient le changement : au cœur de la nuit, le geôlier écoute la parole du Seigneur avec sa famille, accueille les apôtres, lave leurs plaies – parce qu’ils avaient été roués de coups – et avec les siens, il reçoit le baptême ; puis, avec sa maison, laissant « déborder sa joie de croire en Dieu » (v.34), il fait préparer la table et invite Paul et Silas à demeurer avec eux : le moment de la consolation ! Au cœur de la nuit de ce geôlier anonyme, la lumière du Christ brille et l’emporte sur les ténèbres : les chaînes de son cœur tombent et jaillit en lui et chez les siens une joie inconnue. C’est ainsi que l’Esprit Saint fait la mission : depuis le début, depuis la Pentecôte, c’est lui le protagoniste de la mission. Et il nous fait avancer, il faut être fidèle à la vocation que l’Esprit nous pousse à faire. Pour apporter l’Évangile.

Demandons-nous aussi à l’Esprit Saint un cœur ouvert, sensible à Dieu et accueillant envers nos frères, comme celui de Lydie, et une foi audacieuse comme celle de Paul et de Silas, ainsi qu’une ouverture du cœur, comme celle du geôlier qui se laisse toucher par l’Esprit Saint.

© Libreria Editrice Vaticana - 2019

Solidarité

Donner aux SDF, un petit guide de solidarité

Avant tout, il s'agit d'en finir avec la politique de l'autruche.

Chaque citadin·e croise quotidiennement des personnes quémandant de l'argent dans l'espace public ou dans les transports. Nous ne savons pas toujours comment répondre à ces sollicitations, d'autant qu'elles sont nombreuses et variées.

Nous préférons souvent la micro-politique de l'autruche, qui consiste à simuler que nous n'avons ni vu, ni entendu ces personnes que nous catégorisons spontanément comme SDF. Ce n'est pas forcément que nous soyons insensibles et refusions toute solidarité, mais il s'avère effectivement difficile de satisfaire toutes les demandes.

Les justifications personnelles, plus ou moins légitimes, ne manquent pas pour se dédouaner de toute forme d'aide : nous n'avons pas le temps, nous ne pouvons pas donner à tout le monde, nous avons nous-mêmes nos propres problèmes, nous ne donnons pas d'argent pour ne pas cautionner les consommations d'alcool ou de drogue, nous ne donnons pas aux étrangers, etc.

Même lorsqu'il nous arrive de leur venir en aide, nous sélectionnons souvent implicitement les personnes que nous jugeons dignes de cette aide : parce qu'untel est poli, parce qu'elle présente bien, parce qu'il ne boit pas, parce que telle autre est dans notre quartier depuis des années, etc. Nous définissons en fait, selon des critères moraux (qui sont aussi des représentations socialement partagées), les « bon·nes » et les « mauvais·es » pauvres.

De plus, nous ne sommes pas forcément à l'aise pour les aider : comment se comporter ? Comment parler ? Que donner ? Comment aider ?

Devenir bénévole

Quoi qu'il en soit, l'aide qu'on peut apporter aux SDF prend plusieurs formes. On doit distinguer l'aide institutionnelle et l'aide spontanée, l'aide matérielle et le soutien symbolique.

Une manière de venir en aide aux SDF consiste à s'engager dans une association caritative en tant que bénévole, pour participer à des actions collectives (maraudes, distribution de repas, distribution de vêtements, soutien administratif).

En se fiant aux chiffres produits par l'organisation France Bénévolat pour 2016, on remarque que le caritatif est le secteur dans lequel s'engagent le plus les bénévoles français·es, puisqu'il concerne 27% des engagements des plus de 20 millions de bénévoles comptabilisé·es par l'étude.

Plus spontanément, c'est au moment de la rencontre avec une personne sans-domicile dans l'espace public que peuvent s'opérer des rapports d'aide. Le plus souvent, il s'agit alors de donner un peu d'argent, d'acheter nourriture et boisson ou bien d'offrir du tabac à la personne rencontrée.

L'association et réseau Entourage permet d'aider les personnes sans-abri à retrouver confiance en elles.

Éviter la condescendance

Une posture moralisante consiste à ne pas donner d'argent pour éviter qu'il ne serve à acheter de l'alcool ou de la drogue ou, plus stigmatisant encore, à donner de l'argent en spécifiant que c'est pour le chien accompagnant parfois la personne qui mendie.

C'est dénier d'une part que les gens sont libres de gérer leur budget comme ils l'entendent, et oublier d'autre part que l'alcoolisme et la toxicomanie sont des maladies qui s'imposent aux individus une fois dépendants.

Qui plus est, si cette préférence est verbalisée (« Je préfère vous acheter à manger plutôt que vous donner de l'argent »), elle est potentiellement perçue comme condescendante ou avilissante par les sans-domicile ainsi offensé·es, si bien que l'aide matérielle peut se faire au prix d'une stigmatisation dommageable – comme lorsque l'on donne des restes alimentaires à un·e mendiant·e, qui peut alors se sentir rabaissé·e au rang de poubelle.

Durant l'hiver, l'aide matérielle peut se concrétiser par le don de couvertures, de sacs de couchage ou de vêtements chauds, quand il ne s'agit pas de proposer l'hébergement chez soi pour une nuit ou plus, ce qui se fait plus rarement.

Dire bonjour, échanger un regard

Sur le plan symbolique, il va sans dire que la mendicité est une expérience particulièrement honteuse pour les SDF qui n'ont d'autre choix que de s'y adonner.

Ces personnes affichent leur condition de dénuement, leur soumission corporelle (assises par terre, tendant la main), mais aussi leur dépendance vis-à-vis des maigres dons qu'elles quêtent. C'est pourquoi certain·es mendiant·es, mobiles et debout, dissimulent leur activité en allant à la rencontre des passant·es.

En l'absence de dons matériels, il reste possible et important de donner de soi afin de reconnaître les sans-domicile, en validant le fait qu'elles et ils existent et qu'on les a bien vu·es. Dire bonjour, hocher la tête, échanger un regard et une parole sont autant de petits actes qui paraissent anodins mais auxquels les SDF sont loin d'être indifférent·es.

Ce sont là des marques infimes de reconnaissance qui prennent toute leur importance, compte tenu de la stigmatisation à laquelle expose le fait de faire la manche. Ces gestes symboliques compensent en quelque sorte les effets négatifs de la stigmatisation, car a contrario, celle-ci s'exprime parfois par des remarques sévères : « Va travailler et tu t'en sortiras ! », « Non, je ne donne pas aux profiteurs ! ».

Il faut bien prendre conscience que même si certain·es SDF décrivent la manche comme un travail, astreint à des horaires fixes, des postes fixes et des techniques apprises sur le tas, il s'agit là d'une activité particulièrement difficile, moralement comme physiquement, qui procure des ressources bien trop maigres pour considérer que ces personnes profitent de la générosité des passant·es.

© Slate.fr – 2019

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs bonjour !

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente un épisode qui s’est produit à Jéricho, quand Jésus est arrivé dans la ville et qu’il a été accueilli par la foule (cf. Lc 19,1-10). A Jéricho vivait Zachée, le chef des « publicains », c’est-à-dire des collecteurs d’impôts. Zachée était un riche collaborateur des occupants romains honnis, un exploiteur de son peuple. Lui aussi, par curiosité, voulait voir Jésus, mais sa condition de pécheur public ne lui permettait pas de s’approcher du Maître. De plus, il était de petite taille, et c’est pourquoi il grimpe sur un arbre, un sycomore, le long de la route sur laquelle Jésus devait passer.

En arrivant près de l’arbre, Jésus lève les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ! » (v.5). On peut imaginer l’étonnement de Zachée ! Mais pourquoi Jésus dit-il : « Je dois demeurer chez toi » ? De quel devoir s’agit-il ? Nous savons que son devoir suprême est de mettre en œuvre le dessein du Père pour l’humanité tout entière, ce qui s’accomplit à Jérusalem, par sa condamnation à mort, sa crucifixion, et, le troisième jour, sa résurrection. Voilà le dessein de salut de la miséricorde du Père. Et dans ce dessein, il y a aussi le salut de Zachée, un homme malhonnête et méprisé de tous, et qui a donc besoin de se convertir. En effet, l’Évangile dit que lorsque Jésus l’a appelé, « tous murmuraient et disaient : “Il est allé loger chez un homme pécheur !” » (v.7). Le peuple voit en lui une canaille, qui s’est enrichie sur le dos des autres. Et si Jésus avait dit : « Descend, toi, exploiteur, traître envers le peuple ! Viens parler avec moi pour que nous réglions nos comptes ! », le peuple aurait sûrement applaudi. En revanche, ils commencèrent à murmurer : « Jésus va chez lui, chez le pécheur, l’exploiteur ».

Guidé par la miséricorde, Jésus cherchait précisément lui. Et quand il entre dans la maison de Zachée, il dit : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (vv.9-10). Le regard de Jésus va au-delà des péchés et des préjugés. Et cela est important ! Nous devons l’apprendre. Le regard de Jésus va au-delà des péchés et des préjugés ; il voit la personne avec les yeux de Dieu, qui ne s’arrête pas au mal passé, mais entrevoit le bien à venir ; Jésus ne se résigne pas aux fermetures, mais il ouvre toujours, toujours il ouvre de nouveaux espaces de vie ; il ne s’arrête pas aux apparences, mais il regarde le cœur. Et là, il a regardé le cœur blessé de cet homme : blessé par le péché de cupidité, par tant de mauvaises choses qu’avait faites ce Zachée. Il regarde ce cœur blessé et il va là.

Parfois, nous cherchons à corriger ou à convertir un pécheur en lui faisant des reproches, en lui jetant à la figure ses erreurs et son comportement injuste. L’attitude de Jésus avec Zachée nous indique une autre voie : celle de montrer sa valeur à celui qui se trompe, cette valeur que Dieu continue à voir malgré tout, malgré toutes ses erreurs. Cela peut provoquer une surprise positive qui attendrit le cœur et pousse la personne à tirer d’elle-même ce qu’elle a de bon. C’est le fait de faire confiance aux personnes qui les fait grandir et changer. C’est ainsi que Dieu se comporte avec nous tous : il n’est pas bloqué par notre péché, mais il le dépasse par l’amour et nous fait ressentir la nostalgie du bien. Nous avons tous ressenti cette nostalgie du bien après une erreur. Et Dieu notre Père fait ainsi, Jésus fait ainsi. Il n’existe pas une personne qui n’ait quelque chose de bon. Et c’est cela que Dieu regarde pour la tirer hors du mal.

Que la Vierge Marie nous aide à voir ce qui est bon chez les personnes que nous rencontrons chaque jour, afin que tous soient encouragés à faire apparaître l’image de Dieu imprimée dans leur cœur. Et ainsi puissions-nous nous réjouir des surprises de la miséricorde de Dieu ! Notre Dieu, qui est le Dieu des surprises !

© Libreria Editrice Vaticana – 2016

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Date de dernière mise à jour : 2019-11-04