Pko 04.08.2019

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°38/2019

Dimanche 4 août 2019 – 18ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Vanité des vanités !

La première lecture de ce dimanche nous rappelle l’éphémère de notre vie, de notre notoriété : « Vanité des vanités, tout est vanité ! Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine » (Qohelet). À Pâques, le projet de l’Accueil Te Vai-ete ‘api a été officiellement annoncé et un appel au don a été fait… À la Pentecôte, ce sont les grandes familles et grandes entreprises du pays qui ont été sensibilisées à ce projet… cette sensibilisation continue…

Nous avons besoin de 150 millions…

À ce jour, 63 personnes ont répondu à cet appel, ainsi que trois entreprises [une seule nous a donné le montant de sa participation].

L’échéance du 23 décembre approche à grand pas… une affaire bien mal engagée !!! L’Accueil Te Vai-ete ‘api verra-t-il le jour ? Rien de moins sûr… pourtant nous restons persuadés que trouver 150 millions n’est pas irréalistes… sauf à considérer que ici aussi, en Polynésie, l’individualisme et l’égoïsme font de plus en plus d’émules !… le nombre de mort parmi nos personnes à la rue, dans la plus grande indifférence, en est la parfaite illustration…

Souvenons-nous simplement que « vanité, tout est vanité »…Rien ne sert d’amasser : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (Luc).

Alors… il n’est pas trop tard !!!

Laissez-moi vous dire…

Intention du Pape François pour le mois d’août : prier pour que la famille deviennent « laboratoire d’humanisation »

Vivent les familles catholiques !

  • Coucou chérie, bonsoir !
  • Ah te voilà ! Fais donc attention tu marches avec tes savates pleines de boue dans ma cuisine que je viens de nettoyer…
  • Ben dis-donc quel accueil !
  • Tu vois pas que je suis entrain de préparer le dîner ? Toi, tu vas aller t’assoir dans le fauteuil, lire “Tahiti Infos” et regarder la télé… Pendant que moi, après ma journée de travail au bureau, je continue à bosser ici.
  • J’en ai marre de tes pleurnicheries… t’avais qu’à acheter du ma’a tout préparé…
  • Et j’aurais eu droit à une belle sérénade : « pas capable de faire ton propre ma’a … tu préfères te prélasser à regarder “Les couleurs de l’amour”… » Y en a marre… tu m’énerves… arrête ton blabla…
  • Blabla toi-même… c’est bien toi qui as commencé.
  • Tu crois que je me tourne les pouces ?
  • Et toi, tu t’imagines pas la galère quand je vais de chantier en chantier sous le soleil... Pendant que toi, au bureau, dans la clim tu discutes par mail avec tes copines !
  • Arrête…
  • Non j’arrêterai pas car c’est la vérité.

[Le petit 3 ou 4 ans arrive]

  • Coucou … t’es rentré Papa ? ça va ? j’étais chez les voisins regarder des dessins animés… Bisous ? t’as l’air fâché ?

[Grognements du Papa]

  • Oh Maman ! on dirait que tu pleures ?...
  • Non c’est rien, un peu de fatigue… Viens on va aller chez Mamie

[Une heure plus tard]

  • Allô, Belle Maman… Kity est là ?… vous pouvez me la passer ?… Kity, tu sais, mes paroles ont dépassé ma pensée, je m’excuse…

Évidemment cette scène est une fiction… De telles situations ne se présentent jamais dans les familles catholiques !…

Et pourtant, cher(e) lecteur(trice) elles sont fréquentes, même dans les familles aisées…

Et pourtant… Combien de couples en viennent à casser la vaisselle et même le mobilier, à se taper dessus, souvent pour des querelles – banales au départ- qui ont dégénéré en avalanche de reproches… Les statistiques sont là pour nous alerter : violences conjugales en augmentation ; nombre de féminicides inquiétant ; divorces… etc… Le plus souvent ce sont les enfants qui paient l’addition…

Or, au fenua, c’est plus de 90% de la population qui se dit « chrétienne ». Le conseil pertinent de Saint Paul est quotidiennement piétiné par des centaines de couples : « Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. » (Ephésiens 4,31-32)

Cependant il est heureux de constater que des centaines de couples tiennent le coup : 40 ans, 50 ans, 60 ans de mariage ! Comment ont-ils fait ? Demandez-leur la recette : elle est faite de joies, de peines, de souffrances partagées. Mais ce sont surtout une certaine abnégation, des renoncements, des temps de dialogue, des choix de priorité décidés à deux, et une confiance indéfectible en la grâce de Dieu…

Le Pape François, une fois de plus, a bien raison d’attirer notre attention sur les familles et de nous inviter à prier « pour que les familles, par une vie de prière et d’amour, deviennent davantage “laboratoire d’humanisation”’ ». (Intention de prière pour le mois d’août 2019)

En ces temps où la cellule familiale est dévalorisée, menacée ; où se multiplient les familles éclatées, recomposées, déchirées ; où l’on invente des pseudo-familles sans père, sans mère ; quel discours, nous chrétiens -défenseurs du mariage homme/femme – tenons-nous sur la famille sans juger ni condamner quiconque ?

Convaincus que la cellule de base de toute société et de tout développement humain est la famille, n’ayons pas peur de crier : VIVENT LES FAMILLES CATHOLIQUES !

Et surtout … montrons l’exemple…

Dominique Soupé

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

Procréation Médicalement Assistée

Fin Septembre doit avoir lieu à l’Assemblée Nationale l’examen du projet de loi de bioéthique qui doit intégrer l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. La PMA pour les femmes célibataires et pour les couples de femmes aura des conséquences graves pour les enfants issus de cette procréation et pour la société. Dans son introduction au livret « Bioéthique – Comprendre les enjeux de la révision des lois de bioéthique - paris.catholique.fr/bioethique » publié par le diocèse de Paris, Mgr Aupetit, médecin avant de devenir archevêque de Paris alerte : « Il semble qu’une partie de nos concitoyens, y compris des catholiques, ne prennent pas la mesure des changements de société qui peuvent nous impacter … ».

Pour les enfants, la PMA va à l’encontre de leur intérêt supérieur. « La privation de père serait institutionnalisée, condamnant les enfants à une double peine : les priver d’une partie de leur origine biologique et les priver de toute relation paternelle constitutive de leur identité. La Convention internationale des droits de l’enfant pose pourtant le droit, pour chaque enfant, “de connaître ses parents et d’être élevé par eux” (art.7) » (Livret « Bioéthique », p.37). En supprimant juridiquement la généalogie paternelle, on porte atteinte au bien de l’enfant qui sera privé de sa référence à une double filiation. Le bien de l’enfant devrait prévaloir sur celui des adultes en désir d’enfant. L’enfant ne saurait devenir le fruit d’un désir produit par la technique. Saurions nous accepter collectivement que l’être humain soit considéré comme un simple fournisseur de matériaux génétiques et que la procréation humaine s’apparente ainsi à une fabrication matérielle ? « L’enfant n’aurait, dans son histoire, aucune image de père, connu ou inconnu, mais seulement celle d’un donneur. D’un point de vue psychique, le respect dû à l’enfant et à la construction de sa personnalité est gravement blessé. Du point de vue de la société où le rôle des parents est déjà bouleversé de multiples manières et où l’autorité est remise en question, cette absence planifiée de père est problématique. Un avis minoritaire du Conseil Consultatif National d’Éthique (avis n°126 du 15 Juin 2017 p.42) précise que « le rôle d’un père, en interaction et coopération avec celui de la mère, est essentiel dans la construction de la personnalité de l’enfant et de son rapport à la diversité de la société, dont l’altérité masculin-féminin ». (Livret « Bioéthique » p. 38)

« La PMA élargie aux femmes seules et aux couples de femmes achève de disjoindre la fécondation biologique et la parenté sociale. Or, si l’être humain est un animal social, c’est aussi un corps vivant. Le scinder en deux, en séparant la relation de filiation de son ancrage biologique, est un acte de violence contre l’unité de la personne humaine. Celle-ci est une “totalité unifiée”, tout à la fois biologique, psychique, spirituelle et sociale. Son développement intégral harmonieux suppose que ces divers aspects soient pris en compte ensemble et non pas séparés voire opposés. La filiation doit demeurer un processus à la fois biologique, résultant de l’union des corps, psychique, résultant d’une différence de génération et d’une différence sexuelle, et social, reconnu par les institutions de la cité » (Livret « Bioéthique » p.40) Pour la société, ce serait l’explosion du droit de la filiation et la désagrégation du lien familial. Jusqu’à présent, la filiation est directement liée à la vraisemblance biologique : être fils ou fille de, descendre de tel père et de telle mère. En déconnectant la filiation de toute réalité biologique, les mentions « père » et « mère » seraient supprimés dans les actes d’état civil et les documents administratifs, et remplacés par « parent n°1 » et « parent n°2 », au nom de la non-discrimination.

Dans certains villages reculés de la campagne, lorsque les anciens voulaient demander à tel enfant venu en vacances chez ses grands-parents et jouant dans la rue qui il était, ils ne lui demandaient pas son nom, ils lui disaient : « de qui es-tu ? » L’enfant donnait le nom de son père et de sa mère, les anciens savaient alors qui il était !..

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Ethique sociale - Histoire

Les caves de Lille – Victor HUGO – mars 1851

Victor Hugo est célèbre pour ses combats en faveur de la justice, ou plus exactement contre l'injustice : celle des tribunaux comme celle de la société qui marginalise, voire criminalise les pauvres. Il est venu en aide aux condamnés, on sait à quel point il abhorrait la peine de mort (cf. Claude Gueux ; Le Dernier jour d'un condamné). L'écrivain romantique a d'ailleurs préféré le chemin de l'exil après le coup d'Etat de Napoléon III, tant l'usurpation du pouvoir l'a révolté. Il n'a eu de cesse de dénoncer la tyrannie de cet usurpateur, depuis son île anglo-normande. Voici un texte qu’il écrivit à l’issue d’une visite de la ville de Lille

Messieurs, quand nous sommes allés à Lille, mes honorables compagnons de voyage et moi, la loi des logements insalubres y avait passé ; voici ce qu'elle avait laissé derrière elle, voici ce que nous avons trouvé.

La première cave où nous nous sommes présentés est située Cour à l'eau, n°2. Je vous dis l'endroit. Bien que la porte fût toute grande ouverte au soleil depuis le matin, car c'était une belle journée de février, il sortait de cette cave une odeur tellement infecte, l'air y était tellement vicié que, sur sept visiteurs que nous étions, nous ne fûmes que trois qui pûmes y descendre. Un quatrième qui s'y hasarda ne put dépasser le milieu de l'escalier, et de même que cela était arrivé en 1848 au préfet de Lille accompagnant M. Blanqui, il s'arrêta comme asphyxié au seuil de la cave et fut obligé de remonter précipitamment. Nous trouvâmes dans cette cave au pied de l'escalier une vieille femme et un tout jeune enfant. Cette cave était si basse qu'il n'y avait qu'un seul endroit où l'on pût s'y tenir debout, le milieu de la voûte. Des cordes sur lesquelles étaient étalés de vieux linges mouillés interceptaient l'air dans tous les sens. Au fond il y avait deux lits, c'est-à-dire deux coffres en bois vermoulu contenant des paillasses dont la toile, jamais lavée, avait fini par prendre la couleur de la terre. Pas de draps, pas de couvertures. Je m'ap- prochai d'un de ces lits, et j'y distinguai dans l'obscurité un être vivant. C'était une petite fille d'environ six ans qui gisait là, malade de la rougeole, toute tremblante de fièvre, presque nue, à peine couverte d'un vieux haillon de laine ; par les trous de la paillasse sur laquelle elle était couchée, la paille sortait. Un médecin qui nous accompagnait me fit toucher cette paille. Elle était pourrie. La vieille femme, qui était la grand'mère, nous dit qu'elle demeurait là avec sa fille qui est veuve et deux autres enfants qui reviennent à la nuit ; qu'elle et sa fille étaient dentellières ; qu'elles payaient dix-huit sous de loyer par semaine, qu'elles recevaient de la ville tous les cinq jours un pain, et qu'à elles deux elles gagnaient dix sous par jour. À côté du lit, près de l'enfant malade, il y avait un grand tas de cendre qui exhalait une odeur repoussante.

C'est de la cendre de tourbe que ces malheureuses familles ramassent et vendent pour vivre. Au besoin cette cendre leur sert de lit. Telle était cette cave.

Messieurs, six créatures humaines, deux femmes et quatre enfants, vivent là ! Plus loin... je veux ménager les instants de l'Assemblée, je ne citerai que quelques faits. D'après ceux-là, vous jugerez du reste. Remarquez-le d'ailleurs, messieurs, ces faits ne sont pas des faits choisis exprès, ce sont les premiers faits venus, ceux que le hasard nous a donnés dans une visite qui n'a duré que quelques heures. Ces faits ont au plus haut degré tout le caractère d'une moyenne. Ils sont horribles ; il y en a de plus horribles pourtant, et que je connais ; mais je n'en parlerai pas, car je ne veux citer que ceux que j'ai vus.

Dans une autre cave, cour Ghâ, il y avait quatre enfants seuls. Le père et la mère étaient au travail. L'aînée, une fille de sept ans qui en paraissait cinq, berçait le plus petit qui pleurait. Les deux autres étaient accroupis à côté de la sœur aînée dans une attitude de stupeur. Messieurs, ces quatre enfants dans cette cave, seuls, vêtus de lambeaux, livides, immobiles, silencieux, accablés, une atmosphère fétide, des guenilles séchant sur des cordes, à terre des flaques d'eau produites par le suintement des eaux de la cour le long des murs de la cave, je renonce à vous donner une idée de cette misère ! Ailleurs, rue des Étaques, n°14, une allée noire où coulait un ruisseau infect nous a conduits dans une cour étroite bordée de masures. Nous sommes entrés au hasard, j'y insiste, dans la pre- mière. Il y avait là une femme qui sanglotait. Cette femme, appelée Eugénie Watteau, a eu deux enfants. L'un est mort à trois mois et demi. L'autre est malade de la maladie de la lymphe dont son frère est mort. Quant à la mère, elle perd la vue. Les conditions spéciales de travail et l'atmosphère malsaine où vivent ces familles malheureuses engendrent des ophtalmies qui produisent des amauroses. Elle est seule au monde avec son enfant. Elle nous a dit en pleurant : si je travaille, je deviendrai aveugle, si je ne travaille pas, nous mourrons de faim.

Tout à côté, dans la masure voisine, au fond d'une chambre sans meubles, un ouvrier filetier, phtisique, homme d'environ trente-cinq ans, était couché sur un grabat. On l'entendait râler du dehors. Vous n'ignorez pas, messieurs, que lorsqu'on ne peut pas prendre les précautions hygiéniques auxquelles l'extrême indigence est forcée de renoncer, certaines industries insalubres, notamment le peignage du lin, développent une certaine espèce de phtisie.

Au-dessus de l'ouvrier malade, au premier étage, car il n'y a pas de solution de continuité, toutes ces douleurs se touchent, pas un anneau ne manque à cette chaîne de misère qui pèse sur ces populations accablées, nous avons trouvé une femme veuve. Cette femme est épileptique. Elle fait de la dentelle et gagne trois sous par jour. Elle a trois petits enfants. L'aîné gagne quinze sous par semaine, le second ne travaille pas encore, l'autre, qui est une fille, est affligée, nous dit la mère, ce qui signifie scrofuleuse. Ils couchent tous les quatre, la mère et les enfants, sur une paillasse qui est là. Ils n'ont ni draps, ni couvertures. Ils ne font jamais de feu. J'ai demandé à cette veuve : De quoi vivez-vous ? Elle m'a répondu : - Quand nous avons du pain, nous mangeons.

Je m'arrête, messieurs, je ne veux pas multiplier, à moins que des contradictions imprudentes ne m'y forcent, ces douloureux détails. Représentez-vous pourtant des rues, des rues entières où l'on rencontre à chaque pas de ces spectacles-là, où palpite partout, sous toutes les formes, la détresse la plus lamentable. Nous ne sommes restés qu'un jour à Lille, mes compagnons de route et moi ; nous avons été devant nous au hasard, je le répète, dans ces quartiers malheureux ; nous sommes entrés dans les premières maisons venues. Eh bien ! nous n'avons pas entr'ouvert une porte sans trouver derrière cette porte une misère, quelquefois une agonie.

Figurez-vous ces caves dont rien de ce que je vous ai dit ne peut vous donner l'idée ; figurez-vous ces cours qu'ils appellent des courettes, resserrées entre de hautes masures, sombres, humides, glaciales, méphitiques, pleines de miasmes stagnants, encombrées d'immondices, les fosses d'aisance à côté des puits ! Hé mon Dieu ! ce n'est pas le moment de chercher des délicatesses de langage ! Figurez-vous ces maisons, ces masures habitées du haut en bas, jusque sous terre, les eaux croupissantes filtrant à travers les pavés dans ces tanières où il y a des créatures humaines. Quelquefois jusqu'à dix familles dans une masure, jusqu'à dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit, les âges et les sexes mêlés, les greniers aussi hideux que les caves, des galetas où il entre assez de froid pour grelotter et pas assez d'air pour respirer !

Je demandais à une femme de la rue du Bois-Saint- Sauveur : pourquoi n'ouvrez-vous pas les fenêtres ? - elle m'a répondu : - parce que les châssis sont pourris et qu'ils nous resteraient dans les mains. - J'ai insisté : - vous ne les ouvrez donc jamais ? - Jamais, monsieur !

Figurez-vous la population maladive et étiolée, des spectres au seuil des portes, la virilité retardée, la décrépitude précoce, des adolescents qu'on prend pour des enfants, de jeunes mères qu'on prend pour de vieilles femmes, les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme, une indigence inouïe, des haillons partout, on m'a montré comme une curiosité une femme qui avait des boucles d'oreilles d'argent !

Et au milieu de tout cela le travail sans relâche, le travail acharné, pas assez d'heures de sommeil, le travail de l'homme, le travail de la femme, le travail de l'âge mûr, le travail de la vieillesse, le travail de l'enfance, le travail de l'infirme, et souvent pas de pain, et souvent pas de feu, et cette femme aveugle, entre ses deux enfants dont l'un est mort et l'autre va mourir, et ce filetier phtisique agonisant, et cette mère épileptique qui a trois enfants et qui gagne trois sous par jour ! Figurez-vous tout cela, et si vous vous récriez, et si vous doutez, et si vous niez... Ah  vous niez ! Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules ! et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains les plaies, les plaies saignantes de ce Christ qu'on appelle le peuple !

Ah ! messieurs ! je ne fais injure au cœur de personne, si ceux qui s'irritent à mes paroles en ce moment avaient vu ce que j'ai vu, s'ils avaient vu comme moi de malheureux enfants vêtus de guenilles mouillées qui ne sèchent pas de tout l'hiver, d'autres qui ont toujours envie de dormir parce que, pour gagner leurs trois ou quatre misérables sous par jour, on les arrache de trop bonne heure à leur sommeil, d'autres qui ont toujours faim et qui, s'ils trouvent dans la rue, dans la boue, des feuilles vertes, les essuient et les man- gent, s'ils avaient vu les pères et les mères de ces pauvres petits êtres, qui souffrent bien plus encore, car ils souffrent dans eux-mêmes et dans leurs enfants, s'ils avaient vu cela comme moi, ils auraient le cœur serré comme je l'ai en ce moment, et, j'en suis sûr, et je leur fais cet honneur d'en être sûr, loin de m'interrompre, ils me soutiendraient, et ils me crieraient : courage ! parlez pour les pauvres ! Car, eh mon Dieu ! pourquoi vous méprenez-vous ? parler pour les pauvres, ce n'est pas parler contre les riches ! À quelque opinion qu'on appartienne, est-ce que ce n'est pas votre avis à tous ? on n'a plus de passions politiques en présence de ceux qui souffrent ! et on ne se sent plus au fond de soi qu'un cœur qui souffre avec eux et une âme qui prie pour eux !

Messieurs, allez à Rouen, allez à Lyon, à Reims, à Amiens, à Tourcoing, à Roubaix, visitez ici, à Paris, visitez à fond nos faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, vous y constaterez des faits pareils à ceux que je vous ai signalés, des faits pires ! Sortez des villes, explorez les campagnes, là encore, comme vous l'a dit notre honorable collègue M. Arago, d'inexprimables dénuements se dresseront devant vous, et vous ne trouverez qu'une chose à comparer aux détresses industrielles, ce sont les détresses agricoles.

Messieurs, on est venu plus d'une fois jeter le cri d'alarme dans cette Assemblée. On vous a dit, comme je viens de le faire, mais à un point de vue autre que le mien, au point de vue du passé, tandis que je me place, moi, au point de vue de l'avenir, on vous a dit que le mal croissait, que le flot montait, que le danger social grandissait d'instant en instant. On a signalé à vos sévérités les plus implacables de grands conspirateurs, de grands coupables, l'esprit de scepticisme, l'esprit de doute, l'esprit d'examen. Eh bien ! Moi aussi, je viens faire ma dénonciation à cette tribune. Messieurs, je vous dénonce la misère ! Je vous dénonce la misère, qui est le fléau d'une classe et le péril de toutes ! Je vous dénonce la misère qui n'est pas seulement la souffrance de l'individu, qui est la ruine de la société, la misère qui a fait les jacqueries, qui a fait Buzancais, qui a fait juin 1848 ! Je vous dénonce la misère, cette longue agonie du pauvre qui se termine par la mort du riche ! Législateurs, la misère est la plus implacable ennemie des lois ! Poursui- vez-la, frappez-la, détruisez-la  Car, je ne me lasserai jamais de le redire, on peut la détruire ! la misère n'est pas éternelle ! Non ! je le répète en dépit des murmures, non, elle n'est pas éternelle ! il est dans sa loi de décroître et de disparaître. La misère, comme l'ignorance, est une nuit, et à toute nuit doit succéder le jour.

La force des choses, qui est le travail d'en haut, tend à détruire la misère. Eh bien ! à la force des choses, ajoutons l'effort des hommes, à l'action providentielle, unissons l'action sociale, et nous triompherons. [...] Messieurs, la situation presse, hâtez-vous, avisez ! nous vous adjurons au nom des périls publics. Ah ! songez-y, quand les temps sont proches, quand l'heure est venue, quand la mesure est comble, savez-vous ce qu'il y a de plus éloquent, ce qu'il y a de plus irrésistible, ce qu'il y a de plus terrible pour commencer les révolutions, ce n'est pas M. Thiers signant la protestation des journalistes de 1830, ce n'est pas M. Odilon Barrot agitant les banquets de 1847, ce n'est pas Chateaubriand, ce n'est pas Lamartine, ce n'est pas même Mirabeau, ce n'est pas même Danton, c'est un enfant qui crie à sa mère : j'ai faim !

© Radio Vatican - 2019

Témoignage

De l’armée soviétique au sacerdoce :
L’histoire d’une foi dans l’ombre du régime

« Enfant, je pensais que le sacerdoce serait l'objectif de ma vie ». C'est ainsi que commence l'entretien avec Victor Pogrebnii, soixante-treize ans, prêtre depuis sept ans, mais avec un passé de militaire en Union Soviétique. Marié, père, grand-père, et veuf, il a finalement été ordonné prêtre à Kiev (Ukraine), le 7 janvier 2012.

Cesare Lodeserto - Chişinău

L'histoire du père Victor débute dans le village de Slobozia-Rascov, au cœur de l'actuel territoire séparatiste de Transnistrie, toujours disputé avec la République de Moldavie, qui, après l'effondrement de l'URSS, revendique toujours sa juridiction. Ce petit village a donné naissance à de nombreux prêtres ainsi qu'à un évêque, grâce à une communauté catholique très active, dont fait partie le jeune Victor Pogrebnii. Une communauté qui n'a jamais eu peur de témoigner de sa foi, jusqu'à construire une église sans aucune autorisation, au cours des années 1970, autrement dit, en pleine période communiste.

Le choix militaire, sans perdre la foi

Le désir de Victor de devenir prêtre a été brisé le jour où il a été appelé à servir dans la marine soviétique. Il dut alors quitter son village de Slobozia-Rascov. Ce fut un éloignement définitif, car après avoir accompli son service militaire et avoir été reconnu pour ses qualités, il entama sa carrière de soldat. Il fit l'école militaire de Kaliningrad, qui n'est certainement pas le séminaire de ses projets initiaux, et monte en grade dans l'armée pour devenir officier. Loin de son village natal et encore plus loin de son désir de devenir prêtre, sa vie prend un tournant radical. Cependant, il ne s'est jamais éloigné de Dieu : « Je n'ai pas perdu la foi et j'ai conservé tout ce que mes parents m'ont enseigné, mais maintenant j'avais commencé une carrière militaire, j'étais estimé et on m'a aussi confié des responsabilités. Ma vie avait changé et j'avais rencontré une jeune fille qui, en 1970, est devenue mon épouse. En fait, je suis bien arrivé jusqu'à l'autel, mais pour être un bon époux ».

Se cacher pour prier

Le Père Victor raconte sa foi difficile à concilier avec un régime communiste toujours suspicieux et une structure militaire rigoureuse. Il raconte : « J'ai vécu une mauvaise expérience lorsque je servais dans une base militaire du Pôle Nord. Mes supérieurs ont trouvé mon Évangile. Une fois, je me suis aussi fait prendre par la police en train d'aider à la construction de l'église de Slobozia-Rascov. J'ai été dénoncé et interrogé par mes supérieurs. Quand je le pouvais, je fréquentais une église catholique, juste en face des bureaux du KGB. Pour y entrer, je devais faire attention de ne pas être vu. J'étais un catholique clandestin, caché et apeuré. J'ai également essayé de comprendre s'il y avait d'autres catholiques parmi mes compagnons, mais il m'était impossible de m'exposer ».

Une famille heureuse

« Ma vie était désormais tracée -continue le Père Victor- et j'aimais ma femme. En fait de notre lien sont nés deux enfants, puis ils se sont mariés et je suis devenu grand-père. Ils nous ont donnés trois petits enfants. Mais j'ai aussi eu la joie de suivre le chemin de mon frère, qui est devenu prêtre ».

Enfin libre de croire

Après l'effondrement du régime communiste, la vie de Victor a connu un tournant et surtout, il a retrouvé la sérénité de la foi, la possibilité d'éduquer sans crainte ses enfants à la vie chrétienne. Sa vie a été celle d'un soldat, puis, au fil des ans, celle d'un retraité, avant de vivre dans le calme avec sa famille se dévouant à l'éducation des enfants et petits-enfants. Malheureusement, en 2008, sa femme décède. Il se retrouve seul. C'est là que son désir de devenir prêtre refait surface. Il n'a en réalité jamais abandonné sa vocation initiale. L'évêque de Kiev l'a accueilli au séminaire la même année et, quatre ans plus tard, en 2012, précisément le 7 janvier, il s'est présenté une nouvelle fois devant l'autel du Seigneur. Mais cette fois pour recevoir l'onction sacerdotale, entouré des membres de sa famille et son jeune frère, prêtre depuis plusieurs années déjà.

« Je ne peux pas expliquer l'émotion de ce moment -explique le Père Victor- et surtout cette immersion dans la foi de mon passé, lorsque j'étais jeune dans la communauté de Slobozia-Rascov. Mais en même temps, je pensais à ma femme et au fait qu'elle était certainement heureuse, là-haut au ciel, de mon nouveau choix. Avant de commencer ma formation au séminaire, j'ai souhaité en parler avec mes enfants pour comprendre ce qu’ils en pensaient. J'ai trouvé en eux une merveilleuse compréhension, de nature à renforcer plus encore ma décision. Celle-ci n'efface pas du tout mon passé de mari et de père. C’est ce passé qui a rendu possible une vocation qui a dû attendre son heure et passer par l'épreuve difficile du régime communiste ».

Après son ordination sacerdotale, l'évêque de Kiev a nommé le père Victor dans plusieurs paroisses. Il est en quelque sorte redevenu père, mais avec une famille plus nombreuse et avec des responsabilités qui l'ont vu jour après jour se consacrer aux communautés qui lui étaient confiées, avec la jeunesse intérieure d'un prêtre heureux.

Persécuté par un passé qui l'éloigne de l'Ukraine

Des temps nouveaux et difficiles l'attendent encore. Son passé de soldat soviétique et de citoyen russe ne lui permet pas de rester en Ukraine au moment où les relations entre Kiev et Moscou se dégradent jusqu'au conflit qui les divise toujours. Le père Victor doit rassembler ses affaires, quitter le diocèse de Kiev et se réfugier en Crimée, redevenue depuis peu territoire russe. L'évêque d'Odessa, dont dépendait la Crimée, l'envoie dans une paroisse de Simferopol, et le père Victor s’en va servir une nouvelle communauté.

Le désir de revenir au village

Début 2019, à l'âge de soixante-treize ans, mais avec un esprit toujours aussi jeune, sa pensée l'oriente vers sa terre natale, le petit village de Slobozia-Rascov. Arrivé à un certain âge, il ressent le besoin du retour aux sources. Il a contacté l'évêque de Chisinau, Mgr Anton Cosa, et lui a demandé d'évaluer la possibilité d’un retour dans le village d'origine de sa famille.

« J'ai été ému par l'histoire de ce prêtre -témoigne Mgr Anton Cosa- et par son désir de revenir dans son village de Slobozia-Rascov, pour retrouver sa communauté d'origine. Je l'ai invité à venir passer quelques jours à la maison diocésaine pour que nous nous rencontrions, pour que nous puissions échanger, et pour le faire connaître au clergé de mon diocèse. J'ai découvert un homme certainement éprouvé par sa longue et douloureuse histoire, mais heureux de se donner totalement et de témoigner de son expérience de prêtre. Je l'ai vu arriver avec peu de choses, avec l'esprit essentiel du militaire, mais avec un grand cœur grand et attentionné, celui du prêtre et du père ».

Une amitié avec l'évêque de Chişinău

Lors de son premier séjour à Chişinău, en Moldavie, le Père Victor a voulu se rendre à Slobozia-Rascov pour remettre un peu d'ordre sur le lieu où ses parents sont enterrés, comme pour faire revivre une partie de son passé et repartir de la communauté où avait mûri son désir d'être prêtre, mais d'où, en réalité, il avait commencé un pèlerinage qui au fil du temps, l’a amené à faire différentes expériences, avant de le renvoyer aux sources de sa foi et de sa vocation.

Faisant défiler entre ses mains des photos qui le montrent en soldat et d'autres qui le montrent en train de célébrer l'Eucharistie, le Père Victor admet aujourd'hui avec émotion que sur le chemin de la foi il faut se laisser surprendre par le bon Dieu : « Je pensais à tout, sauf de pouvoir devenir prêtre. Mais ce qui est vrai, c’est que Dieu écoute la prière du pauvre. Ma prière ! »

« Je vais maintenant retrouver l'évêque d'Odessa, auquel je vais présenter mon humble souhait de revenir dans le village de ma famille, et si Dieu le veut, je rassemblerai mes quelques affaires -continue le prêtre- puis que je rentrerai chez moi, à Slobozia-Rascov, et comme le vieux Siméon je pourrai dire : “Tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix”. Ici, je sais que je suis attendu par Mgr Anton Cosa, à qui j'ai confié mon histoire. Avec la sagesse du bon pasteur, il pourra confier à ce prêtre, malgré son âge, un espace pour continuer à être un bon père ».

© Radio Vatican - 2019

Témoignage

Un avenir de la vie sociale et religieuse en Polynésie inquiétant (2)

Le Père Demers n'est pas un étranger à Tahiti. Durant 30 années, jusqu'en juin 2018, il a jugé des centaines de causes de mariage pour les Diocèses de Papeete et des Marquises. En 1989, Monseigneur Michel Coppenrath lui a demandé s'il pouvait se rendre à Papeete pour organiser un Tribunal et juger les causes de mariages. Ayant obtenu son doctorat en Droit Canon, en 1961, à l'Université Catholique de Washington, Il a enseigné le Droit de l'Église et la théologie dans plusieurs universités aux États-Unis et au Grand Séminaire de Papeete. En plus il a animé plusieurs retraites à Miti Rapa. Le but des articles qu'il nous présente est de partager avec nous ses expériences et connaissances concernant le mariage à Tahiti.

LA GRANDEUR DU MARIAGE CHRÉTIEN

Le premier cadeau et le plus précieux que se donnent les époux en se mariant est de donner, l'un à l'autre, la personne du Christ lui-même. Tous les sacrements comportent le don de la présence du Seigneur. Comme le prêtre vous donne le Christ durant la messe, à la confession et au sacrement des malades, ainsi les époux sont l'instrument par lequel Dieu est donné à l'autre. Au moment du consentement, les époux sont l'un pour l'autre le prêtre ou le ministre. Dieu se communique par l'instrument de l'un l'autre. Vous donnez à l'autre le plus beau cadeau imaginable car le Christ est le plus beau des enfants des hommes. En plus, les époux gardent durant leur vie entière ce rôle de dispensateurs de la grâce qu'ils ont partagée au moment du mariage.

Le mariage appelle donc les époux à construire un foyer où chacun est pour l'autre porteur du salut. Pour réussir un tel engagement, l'élément le plus important pour le succès du mariage est évidemment l'amour que les époux ont l'un pour l'autre. L'amour est un mot auquel on donne des interprétations différentes sinon contradictoires. Il faut considérer les différentes expressions de l'amour avant de s'engager dans le mariage afin de nous assurer que notre amour sera suffisant pour réussir un engagement jusqu'à la mort.

En Polynésie, les rencontres entre hommes et femmes se font souvent dans les boîtes de nuit et chacun ressent ce qu'on appelle « un coup de foudre. » Et c'est souvent sous l'influence de ce « coup de foudre » qu'ils se fréquentent et se marient. Un amour véritablement adulte et qui comporte un don de soi aux autres est souvent absent et conduit à la séparation ou au divorce. Il faut donc discerner entre les différentes manières d'aimer afin de pouvoir réussir un mariage qui comporte un amour adulte et capable de les soutenir jusqu'à la mort. Il faut donc un amour fort et durable qui dépasse l'affectivité et le coup de foudre, i.e. un amour qui peut surmonter les obstacles de la vie à deux.

Jetons un coup d'œil sur les différentes espèces et expressions de l'amitié et d'amour et demandons-nous en quelle catégorie se trouve l'amour que j'ai pour mon conjoint et pour mes enfants. Les réflexions concernant l'amitié sont tirées de l'article du Dictionnaire de Spiritualité sous le titre de « AMITIÉ ».

A. Amitiés excessives

Cette sorte d'amitié est très commune parmi les jeunes. Cet amour se manifeste surtout sous forme d'obsession. Ceux qui en sont affligés pensent l'un à l'autre jour et nuit, même au milieu de leurs occupations les plus acharnées. Il y a là un désordre. Cet excès peut devenir un désir insatiable de rapprochement ; on s'écrit des lettres, innombrables et sans fin, on s'éternise l'un près de l'autre sans pouvoir se quitter, on se parle au téléphone durant des heures, on ne cesse de se libérer de vaines manifestations d'attachement. L'excès se traduit par des joies bruyantes ou des tristesses profondes, selon que l'on jouit de la présence ou de l'absence de son ami, des susceptibilités, inquiétudes et jalousies sans fondement, suivies bientôt de réconciliation. En tout ceci, il y a quelque chose de maladif.

B. Amitiés sensibles

Elles sont fondées sur des qualités extérieures, d'ordre physique, comme par exemple la beauté corporelle, la grâce, !'habilité, elles tendent à procurer le plaisir des sens, vue, ouïe, toucher. Selon St. François de Sales, ces amitiés sont propres aux jeunes gens qui se tiennent aux moustaches, aux cheveux, aux habits, etc. Elles se manifestent surtout à l'âge de puberté et reposent sur l'admiration que provoquent ces qualités extérieures à un âge où on les remarque parce l'instinct pousse à les acquérir et parce que l'affection à cet âge porte à s'attacher aux qualités superficielles plus faciles à constater. Comme leur point d'appui n'a pas de consistance de la vertu, elles ne peuvent qu'être passagères. Quand ces amitiés se produisent entre personnes de sexe différent, elles sont des amourettes. On leur donne aujourd'hui le nom de flirt ou de coup de foudre. Ces liaisons tendent le plus souvent à fournir un aliment au besoin d'aimer et d'être aimé, mais peuvent avoir simplement comme mobile, la vanité dans les milieux ou faire la conquête des cœurs devient un titre de gloire. Ces amitiés se développent surtout chez les jeunes garçons et filles qui sont privés du dérivatif des affections familiales. Ces amitiés sont frivoles et impliquent un DÉFAUT DE JUGEMENT. Elles sont plus ridicules que blâmables. Mais elles sont nuisibles et dangereuses par leurs effets.

C. Amitiés sensuelles

Ce sont celles qui émanent immédiatement de l'instinct et qui portent directement vers les plaisirs de la chair. Elles impliquent un sentiment vague et lascif, qui échappe au contrôle de la raison et souvent n'a rien de libre. Elles entrainent simplement à la concupiscence. Elles se rencontrent à l'époque de l'adolescence et même chez les adultes qui n'ont Soyez bons les uns pour les autres, ayez un cœur plein de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. (Lettre aux Éphésiens 4.32) pas encore dépassé le stage instinctif. Ces personnes n'ont pas encore parcouru les diverses phases de l'instinct sexuel. Elles sont figées au stade instinctif ou c'est l'autre comme tel qui est attirant sans atteindre le stage sélectif qui détermine le choix d'une personne concrète. Si une personne est bloquée au stade instinctif et fermée a tout dépassement, cette personne offre précisément les caractéristiques d'une immaturité psychologique qui rendrait le sujet incapable d'un mariage chrétien.

D. Amitiés Adultes

L'amour adulte implique un don total de soi au bien-être de l'autre. Le mariage réussit quand il y a cette dimension cordiale d'accueil qui est l'attitude d'un être humain, un accueil que s'exprime surtout dans des gestes humbles quotidiens où l'autre se sent respecté et reçu avec gratitude comme une source de joie, de sécurité de bonheur et de tendresse. L'élément le plus important pour un mariage valide est la capacité d'entrer dans une relation interpersonnelle avec une autre personne et d'accepter et réaliser le bien-être de l'autre conjoint et des enfants. Cette amitié se traduit par le sens de responsabilité, la constance dans l'effort, l'acceptation sans angoisse des frustrations inévitables, le respect des autres et des choses. Lorsque ces éléments font sérieusement défaut de manière habituelle, on peut penser à une immaturité qui ne permet pas le discernement requis pour un mariage valide. Il faut surtout un esprit de pardon. Nous sommes tous pécheurs et personne n'est parfait. Alors, comme le dit Saint Paul. « Soyez bons les uns pour les autres, ayez un cœur plein de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. » (Éphésiens 4,32)

© Semeurs tahitien - 2019

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs,

Ces jours-ci, nous rappelons la mémoire liturgique de certains saints. Hier, nous avons rappelé saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. Ayant vécu au XVIe siècle, il se convertit en lisant la vie de Jésus et de saints au cours d’une longue convalescence provoquée par une blessure subie au combat. Il fut si impressionné par ces pages qu’il décida de suivre le Seigneur. Aujourd’hui, nous rappelons saint Alphonse Marie de Liguori, fondateur des rédemptoristes, qui a vécu au XVIIIe siècle, et qui a été proclamé patron des confesseurs par le vénérable Pie XII. Il eut la conscience que Dieu veut que tous soient saints, chacun naturellement selon son propre état. Cette semaine, la liturgie nous propose également saint Eusèbe, premier évêque du Piémont, ardent défenseur de la divinité du Christ et enfin, la figure de saint Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars, qui a guidé à travers son exemple l’Année sacerdotale qui vient de se conclure, et à l’intercession duquel je confie à nouveau tous les pasteurs de l’Église. L’engagement commun de ces saints a été celui de sauver les âmes et de servir l’Église à travers leurs charismes respectifs, contribuant à la renouveler et à l’enrichir. Ces hommes ont acquis « un cœur sage » (cf. Ps 89,12), accumulant ce qui ne se corrompt pas et écartant ce qui change irrémédiablement dans le temps : le pouvoir, la richesse et les plaisirs éphémères. En choisissant Dieu, ils ont possédé tout ce qui était nécessaire, ayant un avant-goût de l’éternité déjà au cours de leur vie terrestre (cf. Qo 1-5).

Dans l’Évangile du dimanche de ce jour, l’enseignement de Jésus concerne précisément la véritable sagesse et il est introduit par la question de l’une des personnes dans la foule : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage » (Lc 12,13). Jésus, en répondant, met en garde ses auditeurs contre l’avidité des biens terrestres à travers la parabole du jeune homme riche et insensé qui, ayant accumulé une abondante récolte, cesse de travailler, dépense ses biens en s’amusant et pense même pouvoir éloigner la mort. « Mais Dieu lui dit : “Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ?” » (Lc 13,20). L’homme insensé de la Bible est celui qui ne veut pas se rendre compte, à partir de l’expérience des choses visibles, que rien ne dure pour toujours, mais que tout passe : la jeunesse comme la force physique, les avantages comme les postes de pouvoir. Faire dépendre sa vie de réalités aussi passagères est donc insensé. Au contraire, l’homme qui place sa confiance dans le Seigneur, ne craint pas les adversités de la vie, ni même la réalité inéluctable de la mort : c’est l’homme qui a acquis « un cœur sage », comme les saints.

En adressant notre prière à la Très Sainte Vierge Marie, je désire rappeler d’autres célébrations importantes : demain, il sera possible de bénéficier de l’indulgence dite de la Portioncule ou « le Pardon d’Assise », que saint François obtint, en 1216, du Pape Honorius III ; jeudi 5 août, en commémorant la dédicace de la Basilique Sainte-Marie-Majeure, nous honorerons la Mère de Dieu acclamée sous ce titre au cours du Concile d’Éphèse de 431 et vendredi prochain, anniversaire de la mort du Pape Paul VI, nous célébrerons la fête de la Transfiguration du Seigneur. La date du 6 août, considérée comme le point culminant de la lumière d’été, fut choisie pour signifier que la splendeur du Visage du Christ illumine le monde entier.

© Libreria Editice Vaticana – 2010

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Date de dernière mise à jour : 2019-08-09