Pko 07.04.2019

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°18/2019

Dimanche 7 avril 2019 – 5ème Dimanche du Temps de Carême – Année C

Humeurs…

Décès du R.P. Jean-Marie GRIVEL

C’est avec tristesse que nous apprenons le décès ce jour du R.P. Jean-Marie GRIVEL, ancien curé de Fréland qui était venu à Tahiti à l’occasion de l’ordination de Père Christophe.

À la communauté paroissiale de Fréland, à sa famille, la communauté paroissiale de la Cathédrale de Papeete présente ses sincères condoléances…

Petite biographie

R.P. Jean-Marie GRIVEL,

  • ordonné le 23 mai 1968 à Ostwald par Mgr Jean-Julien WEBER, archevêque de Strasbourg ;
  • en 1968, prédicateur dans le département de l’Indre ;
  • de 1969 à 1970, curé et ouvrier agricole en Corrèze ;
  • de 1970 à 1978, curé et facteur en Haute-Marne ;
  • de 1978 à 1985, prêtre-aumônier MJRC (Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne) à Orbey ;
  • de 1986 à 2016, curé de Fréland et Aubure ;
  • En 2016, il prend sa retraite et se retire à Fréland ;

Père Jean-Marie est décédé lundi 7 avril 2019… Il a été inhumé jeudi…

Va en paix ; bon et fidèle serviteur !

© Cathédrale de Papeete - 2019

Réflexion…

Émelie s’en est allée… et après ?

Chers amis,

Je n'avais pas pleinement conscience du fait qu'Émelie était devenue à ce point un symbole des « gens de la rue », pour éviter de dire SDF, Sans Domicile Fixe... Il est réconfortant de constater que sa mort a suscité beaucoup d'émotions et de tristesses parmi ceux qui la croisaient au quotidien. Il est humainement rassurant de savoir que beaucoup de belles personnes lui ont tendu la main en l'aidant chacun à sa manière et avec ses moyens. Cette solidarité qui est la marque de fabrique de la société polynésienne a donc bien résisté au consumérisme occidental où le culte de l'objet est célébré par l'importation par containers entiers de choses parfaitement inutiles.

Mais Émelie, si elle était la « princesse des trottoirs » n'était pas seule. Le nombre des SDF a explosé depuis quelques années et vient souligner un dysfonctionnement sociétal qu'il faut savoir regarder en face et prendre en compte. Les mendiants qui font la manche sur les trottoirs ne sont pas qu'une honte pour l'image de Papeete, les paumés qui ne trouvent que la cathédrale comme « centre de nuit » pour dormir ne sont pas que des alcooliques braillards refusant de travailler comme tout le monde, les errants qui viennent tous les matins à l'accueil de Te Vai-ete chercher un bon repas chaud, une douche et des sourires ne sont pas que des « moins que rien » venant profiter d'une solidarité bénévole... Ils sont tous la partie malade de notre corps social, le symptôme visible et malodorant de notre cancer de l'individualisme.

 

Il n'est pas question ici de chercher à culpabiliser qui que ce soit, mais au contraire d'élargir le panorama pour chercher à comprendre comment « le paradis sur terre » a pu enfanter cela ?

C'est un problème politique comme cela l'a toujours été ; même aux temps pré-christianiques, le rôle du chef était de protéger et de nourrir ses sujets.

Ceux qui connaissent le local de Te Vai-ete savent que ce bout de hangar est vétuste et dépassé dans sa capacité d'accueil et même en termes de sécurité. Un projet de reconstruction d'un bâtiment plus moderne et fonctionnel est prévu, dessiné et en cours de financement : il manque juste un terrain et les autorités locales se font tirer l'oreille pour faciliter ce déménagement.

Alors, il serait bon, au moment de lui dire « au revoir », que votre émotion, votre tristesse autour d'Émelie se transforme en indignation et en protestation pour faire aboutir ce Te Vai-ete modernisé, pour que des programmes soient engagés pour créer des solutions d'accueil dignes pour nos « maillons faibles » et que la Polynésie puisse retrouver sa fierté de ne laisser personne au bord de la route sans lui crier « Ia ora na, haere mai ta ma'a ! »...

Taote Michel

© Cathédrale de Papeete - 2019

Laissez-moi vous dire…

Jeudi 4 avril : Messe chrismale pour l’archidiocèse de papeete

Je dois vous annoncer que je vais me marier…

Dans les années 65-69, lors d’une messe dominicale, le vicaire de notre paroisse déclarait : « Je dois vous annoncer que je vais me marier. Et donc je renonce à mon sacerdoce et j’ai demandé à revenir à l’état laïc. » Froid et tremblement dans l’assemblée ! Nous, les jeunes, connaissions bien ce prêtre dynamique et attachant. Je l’aidais le mercredi après-midi dans le cadre de l’Enfance Missionnaire. Les commentaires allèrent bon train : « Vous vous rendez compte… un défroqué chez nous ! … et patati et patata… le diocèse lui a payé ses études et toutes ses années au séminaire » ; « au moins il est courageux, pas comme certains curés qui mènent une double vie… » En fait, nous, jeunes, étions compatissants, en pleine période de la « beat generation », « faites l’amour et pas la guerre », « take it easy », « carpe diem »… Comment tenir au célibat, résister aux tentations de la chair dans un monde en pleine révolution sexuelle ?

J’ai en mémoire le cas d’un autre jeune prêtre qui, lui aussi, a renoncé à la prêtrise pour vivre avec son compagnon. Autre dilemme : continuer à faire semblant ou faire un choix de vie conforme à ses propres tendances ?

D’autres prêtres n’ont pas fait ce choix et ont continué à mener une double vie, avec prudence et discrétion… si tant est que cela soit possible dans un petit Pays comme le nôtre !

Jeudi dernier (4 avril) les prêtres du diocèse se sont réunis autour de leur évêque à l’occasion de la messe chrismale. Au cours de cette célébration tous les prêtres sont invités à renouveler leurs promesses sacerdotales. Comme le souligne le Missel romain : « la messe chrismale (…) doit être tenue pour l’une des principales manifestations de la plénitude du sacerdoce de l’évêque et le signe de l’étroite union des prêtres avec lui. » Évidemment on songe -entre autres - au célibat et au vœu de chasteté.

Plusieurs fois les journalistes ont questionné le Pape à propos du célibat du prêtre, de l’éventuel mariage des prêtres, ou encore de l’ordination d’hommes mariés. Lors de son retour des J.M.J. de Panama, [Conférence de presse du 28 janvier 2019], le Pape François a clairement dit qu’il ne reviendrait pas sur le célibat sacerdotal (bien que ce ne soit pas un dogme, mais une règle de discipline) (*). Il a cependant entrouvert une porte pour les petites communautés isolées - comme c’est le cas de certaines îles du Pacifique - demandant une réflexion des théologiens sur l’ordination « d’hommes mariés d’âge mûr » (« viri probati ») qui n’exerceraient que la fonction sanctificatrice du prêtre (« munus sanctificandi »), c’est-à-dire : célébrer la messe, administrer le sacrement de la réconciliation et donner l’onction des malades.

La question sera certainement débattue en octobre prochain lors du Synode sur l’Amazonie. Bon nombre de théologiens se demandent comment séparer les trois fonctions (munera) inhérentes au sacerdoce : gouvernement (regendi), enseignement (docendi), sanctification (sanctificandi).

La présence de prêtres mariés (ou qui ont été mariés) n’est pas une nouveauté dans l’Église catholique. Jusqu’au XIème siècle bon nombre de prêtres et même d’évêques étaient des hommes mariés. Actuellement, dans l’Église latine le célibat des clercs est une obligation. Par contre dans de nombreuses communautés catholiques de rite oriental – maronite, chaldéenne ou melkite – l’ordination sacerdotale ou diaconale d’hommes mariés est autorisée. En 2009, le pape Benoît XVI a autorisé dans la constitution Anglicanorum coetibus à ce que « ceux qui, comme anglicans, exerçaient un ministère de diacre, de prêtre ou d’évêque […] soient admis à l’ordre des prêtres des hommes mariés, au cas par cas et en fonction de critères objectifs approuvés par le Saint-Siège ».

L’important est de vivre en vérité et en pleine communion avec nos pasteurs. Ce n’est pas à nous – laïcs – de les juger. L’évangile de ce 5ème dimanche de carême nous incite à la miséricorde. Parlant de la femme adultère, Jésus invite ses dénonciateurs : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » (Jean 8,7) Nous sommes prompts à condamner et peu enclin à l’indulgence et à la clémence.

Dominique Soupé

(*) Paul VI avait tranché la question, en 1967, dans son Encyclique Sacerdotalis Caelibatus.

Pour mémoire, voici ce que prescrit le Code de Droit Canonique -promulgué le 25 janvier 1983- relativement au célibat sacerdotal :

Canon 277 - §1.  Les clercs sont tenus par l'obligation de garder la continence parfaite et perpétuelle à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés peuvent s'unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et s'adonner plus librement au service de Dieu et des hommes. 

§2. Les clercs se conduiront avec la prudence voulue dans leurs rapports avec les personnes qui pourraient mettre en danger leur devoir de garder la continence ou causer du scandale chez les fidèles.

§3. Il revient à l'Évêque diocésain d'édicter des règles plus précises en la matière et, dans des cas particuliers, de porter un jugement sur l'observation de cette obligation.

© Cathédrale de Papeete - 2019

En marge de l’actualité…

Messe chrismale

Ce Jeudi 4 Avril aura lieu en la cathédrale de Papeete la célébration de la messe chrismale. Pendant cette célébration eucharistique particulière, l’évêque consacre les saintes huiles pour le baptême, la confirmation et le sacrement de l’ordre (saint-chrême). Il va également bénir les huiles pour l’onction des malades et pour les catéchumènes qui se préparent au baptême. Les prêtres se rassemblent pour cette messe et y concélèbrent, car ils sont les témoins et les coopérateurs de leur évêque, eux qui partagent sa mission sacrée d’édifier le peuple de Dieu, de le sanctifier et de le diriger. Ils manifestent ainsi l’unité du sacerdoce en renouvelant pendant cette messe les promesses qu’ils avaient faites à l’évêque au jour de leur ordination sacerdotale.

Dans l’Ancien Testament, l’huile tirée du fruit de l’olivier avait une valeur symbolique très riche. Elle fait luire le visage, elle parfume, elle assouplit, elle pénètre, elle adoucit les blessures et fortifie. Elle symbolise l’amitié, le bonheur de l’union fraternelle, la joie rayonnante. Répandre l’huile sur la tête de quelqu’un signifiait lui souhaiter joie et bonheur, lui manifester une marque d’amitié et d’honneur. Pas étonnant que l’onction d’huile ait été le signe de consécration du roi. Sous le nom de saint-chrême, nous retrouvons cette huile dans les sacrements de l’Eglise.

Au baptême, à la confirmation et dans le sacrement de l’ordre, le saint-chrême marque l’entrée dans une vie nouvelle signifiée par la consécration de la personne à une mission spécifique : prêtre, prophète et roi dans le baptême, témoin du Christ ressuscité et donateur de l’Esprit au milieu du monde dans la confirmation, ministre célébrant le culte, sanctifiant et gouvernant le Peuple de Dieu dans le sacrement de l’ordre. Le saint-chrême est utilisé également pour la consécration des autels et des églises. À l’image des personnes, autels et églises reçoivent une fonction symbolique nouvelle : l’autel n’est pas une table ordinaire mais le lieu du sacrifice du Christ, l’église n’est pas un bâtiment comme un autre mais le lieu où le peuple de Dieu se rassemble pour célébrer le culte divin.

Pour les malades et les catéchumènes, les huiles symbolisent les dons de réconfort, de paix et de force, de résistance aux tentations du malin. Ces dons proviennent de l’Esprit Saint. Par l’onction, les malades en situation de faiblesse et de détresse causée par la maladie reçoivent l’aide dont ils ont besoin. Quant aux catéchumènes, ils trouvent dans cette onction le soutien et la force du Christ dans ce combat contre le mal et pour rester fidèles à leur profession de foi.

Les huiles accompagnent donc le chrétien tout au long de sa vie, depuis ses débuts dans la naissance baptismale jusqu’à ses derniers instants avant le grand passage de cette terre à la maison du Père. Les huiles, frottées, étendues, pénètrent le corps et répandent leur parfum. Chaque chrétien, dans sa situation particulière, est fortifié par l’Esprit. Il vit et témoigne d’une joie, d’une guérison, d’une libération, d’une lumière et d’une consolation divines. Il apporte ainsi au monde la bonne odeur du Christ. A nous qui avons reçu l’onction d’huile dans les sacrements de l’Eglise de faire en sorte que cette huile ne devienne pas rance, mais que, par notre vie, notre témoignage et notre foi, elle apporte au monde la lumière, la guérison et le parfum de l’amour, de la miséricorde et de la fidélité du Christ !

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Homélie de la messe chrismale…

« L’esprit du seigneur est sur moi… »

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré par l’onction » … « Par leur vocation et leur ordination, nous dit le Concile Vatican II, les prêtres de la Nouvelle Alliance sont, d’une certaine manière, mis à part au sein du peuple de Dieu ; mais ce n’est pas pour être séparés de ce peuple, ni d’aucun homme quel qu’il soit ; c’est pour être totalement consacrés à l’œuvre à laquelle le Seigneur les appelle » (P.O n°3, § 1) Ainsi, la condition du prêtre s’enracine dans sa vocation et son ordination. L’onction qu’il reçoit lors de son ordination est le signe de cette consécration qui le met à part. Pourquoi le prêtre n’est-il pas un Chrétien comme les autres, pouvant se marier, pratiquer une profession, afficher ses opinions politiques ? Non pas à cause de ce qu’il fait, mais à cause de sa vocation et de son ordination. Ces deux réalités concernent l’intégralité de la vie du prêtre, la totalité de son existence humaine. Il n’y a pas dans l’existence du prêtre, de « secteur privé » qui pourrait s’organiser indépendamment et en dehors du sacerdoce. Le Christ (mot qui vient du grec et signifie « celui qui a reçu l’onction ») a été consacré, mis à part, comme il l’affirme dans la synagogue de Nazareth, au jour de son baptême, lorsque le Père l’a reconnu comme son fils et que l’Esprit Saint s’est manifesté. Aujourd’hui encore, l’onction est donnée pour établir le peuple mis à part, l’Église dont nous sommes par notre baptême les pierres vivantes. Au baptême, en effet, nous sommes devenus par l’onction prêtres, prophètes et rois, rendus ainsi participants de la mission de salut de notre Sauveur et Seigneur Jésus Christ.  Cependant, du milieu de ce peuple, le Christ appelle certains à le suivre jusqu’au bout, religieux, religieuses et consacrés. Il appelle d’autres qui vont être mis à part par l’onction, reçue lors de leur ordination, pour que par eux, il poursuive son œuvre de salut aujourd’hui. En recevant l’onction, les nouveaux prêtres deviennent incorporés au Christ, l’unique grand prêtre. Car c’est lui et lui seul qui sauve. Il sauve par son Église, instrument du salut.

Mais Pour que le Seigneur se donne en nourriture, il faut qu’un disciple se donne entièrement au Christ, qu’il donne son cœur, son intelligence, son corps, son être tout entier pour que Jésus s’empare de ses mains qui consacrent le pain et le vin et de sa bouche pour dire ses propres paroles : « ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Car lorsque le prêtre célèbre ce n’est jamais pour lui-même. Pour que le Seigneur pardonne, il faut qu’un disciple accepte de se dépouiller, malgré son propre péché, pour que le Christ vienne pardonner par lui et rendre effectif et visible ce pardon : « Je te pardonne tous tes péchés » Pour que le Seigneur guérisse, soulage et donne la paix, il faut qu’un disciple dépasse ses propres infirmités, pour que le Seigneur par cette huile qu’il a confiée à ses disciples, relève ceux qui sont à terre, malades et angoissés. Pour que le Seigneur baptise, il faut que des disciples répondent : « me voici » à l’appel du Seigneur qui a dit : « baptisez-les au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Pour que l’homme et la femme manifestent dans leur vie l’alliance de Dieu et de l’humanité, du Christ et de son Église, il faut des disciples qui, par la consécration qu’ils ont reçue et par leur vie donnée et consacrée, témoignent de cette. Pour que le Seigneur ordonne et consacre des apôtres qui portent en son nom le salut au monde, il a fallu un disciple qui accepte d’être ordonné lui-même dans une succession qui remonte au Christ, pour ordonner à son tour. Voilà pourquoi aujourd’hui, chers frères et sœurs, nous sommes ici. Pour rendre grâce au Seigneur des dons qu’il nous a fait dans ces personnes consacrées par l’onction, afin que tous les baptisés, consacrés eux-mêmes prêtres, prophètes et rois, reçoivent par eux de Jésus lui-même la grâce de la Vie surnaturelle

En ces temps difficiles où ils sont montrés du doigt, je voudrais dire un mot sur les prêtres. Je voudrais leur dire mon admiration et mon estime pour le don qu’ils ont fait de leur vie, pour leur fidélité et leur engagement au service de Dieu et de son peuple. À cause de l’immense responsabilité qu’ils ont, je vous le demande instamment : Aimez vos prêtres non pour ce qu’ils sont personnellement, ni d’abord pour leurs qualités humaines, mais pour la mission que Jésus leur a confiée et veut accomplir par eux. Aimez vos diacres qui sont le signe de l’Église servante. Et s’il reste un peu de place dans vos cœurs, aimez aussi votre évêque que Jésus a institué pasteur malgré ses faiblesses, pasteur pour son peuple afin de le garder uni et fidèle à sa foi, dans l’Église et pour le monde !

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

Ne pas avoir peur de la différence mais de l’absence de fraternité

Lors de l’audience générale tenue Place Saint Pierre ce mercredi 3 avril 2019, le Pape est revenu sur son récent voyage apostolique au Maroc, et notamment sur l’importance du dialogue interreligieux avec les musulmans.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Samedi et dimanche derniers, j’ai effectué un voyage apostolique au Maroc, sur l’invitation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Je lui redis, ainsi qu’aux autres Autorités marocaines, ma gratitude pour leur chaleureux accueil et pour toute leur collaboration, en particulier au roi : il a été si fraternel, si amical, si proche.

Je remercie surtout le Seigneur qui m’a permis de faire un pas supplémentaire sur le chemin du dialogue et de la rencontre avec nos frères et sœurs musulmans, pour être, comme le disait le slogan du voyage – « Serviteur d’espérance » dans le monde d’aujourd’hui. Mon pèlerinage a suivi les pas de deux saints : François d’Assise et Jean-Paul II. Il y a 800 ans, François apportait le message de paix et de fraternité au sultan al-Malik al-Kamil ; en 1985, le pape Wojtyła effectuait sa mémorable visible au Maroc, après avoir reçu au Vatican – le premier des chefs d’État musulman – le roi Hassan II. Mais on pourrait se demander : mais pourquoi le pape va-t-il chez les musulmans et pas uniquement chez les catholiques ? Pourquoi y a-t-il tellement de religions, et comment se fait-il qu’il y ait tant de religions ? Avec les musulmans, nous sommes les descendants du même Père, Abraham : pourquoi Dieu permet-il qu’il y ait tant de religions ? Dieu a voulu permettre cela : les théologiens de la scolastique faisaient référence à la « voluntas permissiva » de Dieu. Il a voulu permettre cette réalité : il y a beaucoup de religions ; certaines naissent de la culture, mais elles regardent toujours vers le ciel, elles regardent Dieu. Mais ce que Dieu veut, c’est la fraternité entre nous et tout particulièrement – c’est ici le motif de ce voyage – avec nos frères fils d’Abraham comme nous, les musulmans. Nous ne devons pas être effrayés par la différence : Dieu a permis cela. Nous devons être effrayés si nous n’œuvrons pas dans la fraternité, pour cheminer ensemble dans la vie.

Servir l’espérance, en un temps comme le nôtre, signifie avant tout jeter des ponts entre les civilisations. Et pour moi, cela a été une joie et un honneur de pouvoir le faire avec le noble Royaume du Maroc, en rencontrant son peuple et ses gouvernants. En rappelant certains sommets internationaux importants qui se sont tenus dans ce pays ces dernières années, avec le roi Mohammed VI, nous avons réaffirmé le rôle essentiel des religions dans la défense de la dignité humaine et la promotion de la paix, la justice et le soin de la création, c’est-à-dire notre maison commune. Dans cette perspective, nous avons aussi signé avec le roi un Appel pour Jérusalem pour que la Ville sainte soit préservée comme patrimoine de l’humanité et lieu de rencontre pacifique, en particulier pour les fidèles des trois religions monothéistes.

J’ai visité le mausolée de Mohammed V, rendant hommage à sa mémoire et à celle de Hassan II, ainsi que l’Institut pour la formation des imams, des prédicateurs et des prédicatrices. Cet institut promeut un islam respectueux des autres religions et refuse la violence et l’intégrisme, c’est-à-dire qu’il souligne que nous sommes tous frères et que nous devons travailler pour la fraternité.

J’ai accordé une attention particulière à la question migratoire, que ce soit en parlant aux Autorités ou surtout dans la rencontre spécifiquement consacrée aux migrants. Certains d’entre eux ont témoigné que la vie de celui qui émigre change et redevient humaine quand il trouve une communauté qui l’accueille en tant que personne. C’est fondamental. C’est à Marrakech justement, au Maroc, qu’en décembre dernier, a été ratifié le « Pacte mondial pour une migration sure, ordonnée et régulière ». Un pas important vers l’assomption de sa responsabilité par la communauté internationale. En tant que Saint-Siège, nous avons apporté notre contribution que l’on peut résumer en quatre verbes : accueillir les migrants, protéger les migrants, promouvoir les migrants et intégrer les migrants. Il ne s’agit pas de faire descendre d’en-haut des programmes d’assistance mais de faire ensemble un chemin à travers ces quatre actions, pour construire des villes et des pays qui, tout en conservant leur identité culturelle et religieuse respective, soient ouverts aux différences et sachent les valoriser sous le signe de la fraternité humaine.

L’Église au Maroc est très engagée dans la proximité à l’égard des migrants. Je n’aime pas dire « migrants » ; je préfère dire « personnes migrantes ». Savez-vous pourquoi ? Parce que « migrant » est un adjectif, tandis que le terme « personne » est un substantif. Nous sommes tombés dans la culture de l’adjectif : nous employons beaucoup d’adjectifs et nous oublions bien souvent les substantifs, c’est-à-dire la substance. L’adjectif doit toujours être lié à un substantif, à une personne ; par conséquent une « personne migrante ». Ainsi, il y a du respect et l’on ne tombe pas dans cette culture de l’adjectif qui est trop liquide, trop « gazeuse ». L’Église au Maroc, disais-je, est très engagée dans la proximité à l’égard des personnes migrantes et c’est pourquoi j’ai voulu remercier et encourager ceux qui se dépensent généreusement à leur service en réalisant la parole du Christ : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35).

La journée de dimanche a été consacrée à la communauté chrétienne. Avant tout, j’ai visité le Centre rural de services sociaux, géré par les sœurs des Filles de la Charité, les mêmes que celles qui tiennent le dispensaire et le cabinet médical pour les enfants, ici à Sainte Marthe, et ces sœurs travaillent avec la collaboration de nombreux volontaires et offrent différents services à la population.

À la cathédrale de Rabat, j’ai rencontré les prêtres, les personnes consacrées et le Conseil œcuménique des Églises. C’est un petit troupeau, au Maroc et c’est pourquoi j’ai rappelé les images évangéliques du sel, de la lumière et du levain (cf. Mt 5,13-16 ; 13,33) que nous avons lues au début de cette audience. Ce qui compte, ce n’est pas la quantité, mais que le sel ait du goût, que la lumière resplendisse et que le levain ait la force de faire fermenter toute la masse. Et cela ne vient pas de nous, mais de Dieu, de l’Esprit-Saint qui fait de nous des témoins du Christ là où nous sommes, dans le style du dialogue et de l’amitié, à vivre avant tout entre nous, chrétiens, parce que – dit Jésus – « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35).

Et la joie de la communion ecclésiale a trouvé son fondement et sa pleine expression dans l’Eucharistie dominicale, célébrée dans un complexe sportif de la capitale. Des milliers de personnes d’environ 60 nationalités différentes ! Une singulière épiphanie du peuple de Dieu au cœur d’un pays islamique. La parabole du Père miséricordieux a fait briller au milieu de nous la beauté du dessein de Dieu, qui veut que tous ses enfants prennent part à sa joie, à la fête du pardon et de la réconciliation. À cette fête entrent ceux qui savent reconnaître qu’ils ont besoin de la miséricorde du Père et qui savent se réjouir avec lui quand un frère ou une sœur revient à la maison. Ce n’est pas un hasard si, là où les musulmans invoquent chaque jour le Clément et le Miséricordieux, a résonné la grande parabole de la miséricorde du Père. C’est ainsi : seul celui qui est né de nouveau et qui vit dans l’étreinte de ce Père, seuls ceux qui se sentent frères peuvent être dans le monde des serviteurs de l’espérance.

© Libreria Editrice Vaticana – 2019

Social

Blanche Gardin, refuse d’être décoré par solidarité avec les SDF

L'humoriste Blanche Gardin refuse d'être nommée à l'ordre des Arts et des Lettres, dans une lettre adressée mercredi au président Emmanuel Macron, où elle explique ne pas vouloir être honorée par un gouvernement qui ne tient pas ses promesses vis-à-vis des SDF. « Je suis flattée. Merci. Mais je ne pourrai accepter une récompense que sous un gouvernement qui tient ses promesses et qui met tout en œuvre pour sortir les personnes sans domicile de la rue », écrit Blanche Gardin dans un courrier destiné au président de la République, qu'elle publie sur son compte Facebook et que nous proposons de lire. Dans le cadre d'une prochaine nomination, c'est le cabinet du ministre de la Culture Franck Riester qui a demandé par courrier à la comédienne si elle était « susceptible d'accepter » d'être honorée.

Rappelant que le Président de la République avait déclaré en juillet 2017 : « La première bataille c'est de loger tout le monde dignement » et qu'il avait ajouté : « Je ne veux plus, d'ici la fin de l'année, avoir des hommes et des femmes dans la rue, dans les bois ou perdus », l'humoriste fustige certaines « mesures qui allaient provoquer l'effet inverse ». Blanche Gardin a joué son dernier spectacle « Bonne nuit Blanche » dimanche sur la scène du Zénith à Paris. Une soirée dont elle a reversé les bénéfices à la Fondation Abbé-Pierre et à l'association les Enfants du Canal.

Monsieur le Président,

Je suis flattée. Merci. Mais je ne pourrai accepter une récompense que sous un gouvernement qui tient ses promesses et qui met tout en œuvre pour sortir les personnes sans domicile de la rue.

En Juillet 2017, vous avez déclaré « La première bataille c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des hommes et des femmes dans la rue, dans les bois ou perdus ». Et, vous avez annoncé le lancement d’une politique du « logement d’abord », qui a laissé planer l’espoir d’une plus grande attention portée aux personnes mal-logées.

Mais simultanément vous avez baissé durement les APL qui aident les plus pauvres à se loger, vous avez réduit les budgets des centres d’hébergement d’insertion pour les sans domicile, vous avez coupé une part importante des moyens dédiés à la construction de logements sociaux, coupé drastiquement dans les emplois aidés, supprimé l’ISF, ce qui a eu, entre autres conséquences, de faire chuter les dons aux associations qui luttent en faveur des plus démunis. Vous n’avez pris aucune mesure ambitieuse qui permettrait d’encadrer les loyers dans toutes les villes ou le coût du logement étouffe le budget des plus fragiles. À une période où notre pays bat des records d’expulsions parce que les familles n’arrivent plus à payer leurs loyers. Et la liste serait encore longue…

Où comptiez-vous les mettre, ces gens que vous ne vouliez plus voir dans la rue Monsieur le président, alors que vous preniez toutes ces mesures qui allaient provoquer l’effet inverse ? Il y en a de plus en plus tous les jours, des femmes, des hommes, et des enfants qui vivent, dorment et meurent dans les rues de France. Mais peut-être votre absence de vision vous a aussi ôté la vue.

Les solutions existent. Vous le savez.

Il ne vous a peut-être pas échappé que j’ai donné une représentation de mon spectacle « Bonne nuit Blanche » au Zenith de Paris le 31 mars dernier. Les bénéfices de cette soirée ont été reversés à la fondation Abbé Pierre et à l’association Les enfants du Canal.

Vous comprendrez qu’il y aurait quelque chose d’illogique d’accepter votre proposition.

Merci quand même.

© Blanche GARDIN – facebook - 2019

Commentaire des lectures du dimanche

Dès le point du jour, selon son habitude quand il venait à Jérusalem, Jésus, assis au parvis du Temple, se met à enseigner ceux qui se pressent autour de lui. Brusquement il est interrompu par un groupe de scribes et de Pharisiens. Ils poussent devant eux, sans ménagement, une femme apeurée. Riche ou pauvre ? on ne sait pas, ce qui est sûr, c’est qu’on l’a surprise en adultère. « Maître, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes‑là. Et toi, qu’en dis‑tu ? »

Le piège est bien monté : si Jésus répond :« Laissez‑la aller ! », on lui rétorquera :« Tu contredis la Loi de Moïse ! » ; si Jésus la laisse mettre à mort, il va contre l’autorité romaine qui se réserve, à l’époque, toutes les exécutions capitales. « Toi, qu’en dis‑tu ? »… la réponse ne vient pas.

Jésus s’est baissé et trace des traits sur le sol, sans regarder personne, comme absorbé dans ses pensées. Autour de lui les Pharisiens commencent à s’énerver ; Jésus alors se redresse : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! » Réponse merveilleuse !

D’une part Jésus prend les scribes à contre‑pied, en citant à son tour un précepte de la Loi. En effet, d’après le Deutéronome, quand une sentence de mort a été prononcée, la Loi ordonne : « La main des témoins sera la première sur l’accusé pour le faire mourir, et la main de tout le peuple ensuite » (Dt 17,5‑7). Mais en même temps, comme dans la parabole de la paille et de la poutre, Jésus remet les scribes et les Pharisiens devant leur propre condition de pécheurs :… vous n’avez le droit de la punir que si vous‑mêmes n’êtes pas condamnables !

Jésus de nouveau se baisse pour écrire sur le sol. Et voilà que tous les accusateurs, l’un après l’autre, s’éloignent, en commençant par les plus vieux, probablement les moins innocents, ou les plus lucides sur le cœur de l’homme.

On se demande parfois ce que Jésus traçait ainsi sur le sol. Certains imaginent que Jésus inscrivait des péchés, mais les Pharisiens savaient lire, et dans ce cas ils n’auraient pas « persisté » à lui poser des questions ! De plus ce qui a décidé les accusateurs à partir, ce n’est pas ce qu’ils ont vu ou lu par terre, mais ce qu’ils ont entendu de la bouche de Jésus, concernant la première pierre : « Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l’un après l’autre ».

L’important est donc non pas ce que Jésus traçait sur le sol ‑ et que l’Évangéliste ne nous rapporte pas, mais le fait qu’il écrivait ; et l’on peut le comprendre de deux façons :

  • ou bien Jésus, ostensiblement, traçait des signes avec son doigt comme certains griffonnent machinalement sur leur page quand une conférence ou une réunion les ennuie. Jésus dirait par-là aux Pharisiens : votre affaire ne me concerne pas ; tout cela m’ennuie profondément, et je n’entrerai pas dans votre piège sordide.
  • ou bien, rien que par son geste d’écrire sur le sol, Jésus renverrait les Pharisiens à un texte sévère du prophète Jérémie : « Seigneur, espoir Israël, tous ceux qui t’abandonnent seront confondus, ceux qui se détournent de toi seront inscrits sur la terre, car ils t’ont abandonné, toi, la source des eaux vives ! » (Jr 17,13)

Être inscrit sur la terre, c’est disparaitre avec le premier souffle de vent, et, par son geste symbolique, Jésus semble répondre aux Pharisiens, à la manière des Prophètes : « Vous condamnez cette femme ? À ce compte‑là vous seriez tous inscrits par Dieu pour la condamnation ! »

Tous les accusateurs se sont éloignés. Ils restent à deux au milieu du cercle : la femme et Jésus, la misère et la miséricorde. Jésus se redresse : « Femme, où sont‑ils ? Personne ne t’a condamnée ? »Jésus dit : « Femme » ; et dans sa bouche, c’est toujours un terme de respect. C’est celui qu’il emploie pour la Samaritaine, et même pour sa Mère Marie, à Cana et à la Croix.

Sur la pécheresse, toisée jusque-là avec mépris par les scribes (« ces femmes‑là » !), un regard tout nouveau vient de se poser, qui rouvre l’espérance. Quelqu’un lui parle et lui dit « Femme ». Traitée jusque-là comme un objet de rebut, elle redevient sujet dans le regard du Christ : « Femme, personne ne t’a condamnée ? » « Non, Seigneur, dit la femme, qui a cessé de trembler. » Moi non plus je ne te condamne pas, dit Jésus. « Va, et désormais ne pèche plus ».

La femme échappe à la mort ; elle n’échappera pas à l’effort. Il faudra qu’elle renonce à sa passion, à son désir fourvoyé, à son insouciance, qu’elle revienne au sentier de la fidélité de tous les jours ; mais le vrai moteur de sa conversion, comme pour nous tous à toute heure de la vie, ce sera le souvenir de la bonté de Jésus.

À chaque fois qu’elle sera tentée de renier ses engagements, elle revivra cet instant de la rencontre dans le Temple, elle revivra les cris, les brutalités, la haine, le sadisme de tous ces gens prêts à la tuer pour se donner bonne conscience, elle reverra le prophète Jésus, calme, écrivant sur le sol ; elle l’entendra lui dire de nouveau ce nom auquel elle croyait n’avoir plus droit, le nom de sa dignité « Femme, va ; et désormais ne pèche plus ».

C’est cela la merveille de la rédemption : Dieu ne se laisse pas arrêter par notre péché. « D’un cœur broyé, Seigneur, tu n’as pas de mépris », chantait le Psalmiste ; et Jésus veut voir en nous beaucoup moins ce que nous sommes que ce que nous pouvons devenir.

Si nous nous sentons encore si loin de Lui, c’est peut‑être que nous n’avons pas perçu encore à quel point nous sommes aimés ; si nous avons encore si peur de nous donner à Lui tels que nous sommes, c’est que nous n’avons pas suffisamment regardé sa Croix ; si nous sommes encore paralysés par notre misère, c’est que nous ne croyons pas encore à sa miséricorde.

Même quand personne ne nous a condamnés, nous sommes parfois tentés de nous condamner nous‑mêmes, au risque de perdre cœur. C’est alors que Jésus se relève, nous regarde, et nous dit :« Va ! »

F. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.

© Carmel-asso – 2016

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Date de dernière mise à jour : 2019-04-18