Pko 08.12.2019

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°58/2019
Dimanche 08 décembre 2019 – 2em Dimanche de l’Avent – Année A

Humeurs…

Qu’as-tu fais de ton humanité ?

 

Matavai, tu venais d’avoir 50 ans, il y a un mois… Depuis deux mois, avec ton épouse, tu étais de retour en ville, après avoir dû quitter ton squat de Faaa sur les bords de Vaitupa, suite à des travaux d’aménagement entrepris par le Pays !

Mardi, après avoir cueilli des mangues chez des particuliers, tu retournais vers la place Toata, « ta maison », mais ton cœur à lâché… tu es tombé de ton vélo… et ton histoire parmi nous s’est achevée !

Tu rejoins ainsi la longue liste des frères et sœurs de la rue morts cette année… Tu laisses une épouse dans la tristesse !

Tu n’étais pas un fainéant… tu cherchais par tous les moyens à subvenir à vos besoins… l’on ne vous voyait guère qu’aux maraudes du mardi et du jeudi pour un petit repas et un café chaud ! Chaque matin, je pouvais vous voir dormir sous votre bâche, place Toata … mais ce matin tu n’y étais pas… ton épouse dormait seule !

Oh Polynésie ! Chère Polynésie qu’as-tu fais de ton âme ? Qu’as-tu fait de ton baptême ? Pas une commune, pas un district qui n’est église, temple, chapelle… oui un pays profondément religieux, mais « ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » (Mt 15,8) !

Noël se prépare… Il y a aura même des Noël pour les pauvres dans nos rues… mais le repas des pauvres terminé… nous rentrerons dans nos maisons, la conscience tranquille… quant à eux ils continueront à mourir sur le pas de nos portes, dans la plus grande indifférence !

L’on continuera à se gargariser de belles paroles… pendant que certain dans l’ombre s’adonneront à jeu du pouvoir et de l’influence au détriment de nos frères et sœurs sans toit !

Quel monde avons-nous engendré ?

La mort des pauvres

C'est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ;

C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir

Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,

Et nous donne le cœur de marcher jusqu'au soir ;

A travers la tempête, et la neige, et le givre,

C'est la clarté vibrante à notre horizon noir ;

C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,

Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir ;

C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnétiques

Le sommeil et le don des rêves extatiques,

Et qui refait le lit des gens pauvres et nus ;

C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique,

C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique,

C'est le portique ouvert sur les Cieux inconnus !

Charles BEAUDELAIRE

Laissez-moi vous dire…

Décembre 2019 : Temps de l’Avent… période d’espérance

Voix des sans voix !

« Vivre à la rue, on en meurt. Aidez-nous à agir. Donnez. »

C’est le thème de la campagne lancée par la Fondation « Abbé Pierre ».

Loin de la France métropolitaine il est une petite île où un « petit curé » s’acharne à défendre des indéfendables, dénommés : SDF*. Son acharnement et son énergie lui viennent de “ses fréquentations bibliques”, mais ils lui valent bien des soucis et des démêlées avec les autorités locales qui, vues de loin, pourraient ressembler à celles que connaissait Don Camillo avec l’édile local Peppone…

Ce “Don Camillo îlien” s’est mis dans la tête de bâtir un local pour accueillir dans de meilleures conditions ces « oiseaux » sans domicile. Mais il y a un gros problème : le projet nécessite la mise à disposition d’un terrain et le coût de la maison d’accueil est estimé à 150 “bâtons” (150 millions CFP)… On ne trouve pas cela sous les sabots d’un cheval… à la rigueur on pourrait espérer la générosité d’un “requin” … mais ça ne ferait pas chrétien. L’appel à la générosité des fidèles n’a pas eu, hélas, les effets de générosité que l’incendie de Notre-Dame de Paris a suscités.

Alors que faire ? Notre ecclésiastique s’interroge : abandonner ? continuer ? Il s’est donné une date-butoir : le 23 décembre.

Une parole du Christ résonne en moi : « Je vous le dis : si mes disciples se taisent, les pierres crieront. » Souvenons-nous, un Pierre célèbre a crié à la radio, un jour de février 1954 :

« Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée... Chaque nuit, ils sont plus de 2 000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain,(…) Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !

Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots : “TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS, ENTRE, DORS, MANGE, REPREND ESPOIR, ICI ON T’AIME

(…) Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris. Merci ! » (1er février 1954 : appel radiophonique de l’Abbé Pierre –« la voix des sans-voix »- qui lance « l’insurrection de la bonté».)

Alors, que conseiller à notre « Abbé Pierre » pour son île lointaine ?

Pour l’investissement, les milliardaires ne manquent pas au beau pays de notre cher Don Camillo. Il y a ceux qui séjournent en yacht ou en hôtel high-luxe ; et ceux qui ont investi des milliards dans de petits atolls paradisiaques. Pourquoi ne pas frapper à la porte de leur coffre-fort ?

Et pour les taxes ? Si Peppone fait la sourde oreille, il peut quand même solliciter la « macronie » locale pour obtenir un ticket de défiscalisation…

Relisons la première lecture de ce dimanche 8 décembre (2ème de l’Avent) : Isaïe 11,1-10.

C’est bientôt Noël… alors rêvons…

Dominique SOUPÉ

* Toute ressemblance avec des personnages existants pourrait ne pas être fortuite !

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

« Temps de l’Avent »

Nous voici depuis Dimanche dernier dans ce temps de préparation à la fête de Noël, ce temps appelé « temps de l’Avent ». Attention : nous ne parlons pas de l’avant, avec un A, et qui renvoie à ce qui précède, mais de l’Avent avec un E. Ce mot est lié au mot « avènement » qui signifie venue, arrivée, commencement, établissement de quelque chose d’important. On parle ainsi de l’avènement d’un nouveau roi lorsqu’il monte sur son trône. Comment accueillir et vivre pleinement ce temps qui prépare à l’avènement de Jésus ?

« Venez, divin Messie… », nous arrive-t-il de chanter. Le temps de l’Avent nous invite à un prodigieux regard sur l’histoire du salut. Nous voici sur un sommet d’où nous pouvons contempler le passé, le présent et le futur :

  • La contemplation du passé où s’enracine et prend naissance l’histoire d’une promesse de salut faite à nos Pères dans la Foi, Abraham, Moïse, David.
  • Le regard vers le futur où ce salut parviendra à son achèvement lors du retour en gloire de notre Seigneur Jésus Christ à la fin des temps.
  • La description du présent, de notre attente, de notre fidélité dans la Foi, de notre conversion pour nous préparer à ce retour du Christ.

C’est donc le moment de nous redire : « le Seigneur vient ! »… Non pas parce que nous le méritons, non parce que tout à coup, notre comportement serait devenu positif, justifiant ainsi ce salut, mais parce que le Seigneur est déjà venu parmi les Hommes, parce qu’il l’a promis et parce que la détresse présente de l’Homme ne peut laisser Dieu indifférent.

L’Avent est donc le moment de nous mettre en attente. Non une attente passive, les bras croisés, une attente subie où il suffit de garder les yeux ouverts, mais une attente dynamique, qui fait agir, comme Marie qui se met en route vers la demeure de sa cousine Elizabeth, une attente qui mobilise le cœur et toutes les énergies vers ce qu’on attend. Le temps de l’Avent nous situe donc au moment où l’on peut proclamer : « Il est venu, il vient, il reviendra ! ».

Il importe pour cela de purifier notre mémoire, de nous souvenir que le centre de notre préparation à Noël n’est pas le sapin, mais la crèche qui nous rappelle la naissance de Jésus, sa venue dans l’histoire des Humains, un jour du temps. Le risque n’est jamais loin de centrer ce temps de préparation sur les « mondanités », les cadeaux, les repas de fête, et d’oublier l’essentiel : préparer son cœur pour en faire le lieu où nous accueillerons le nouveau-né de Bethleem, le moment venu, en ayant soin de partager notre bonheur à ceux qui souffrent de solitude, de détresse, de maladie. Il ne s’agit pas de condamner ces aspects de la fête, mais de savoir bien choisir nos priorités pour que l’accessoire ne vienne pas prendre la place de l’essentiel.

L’Avent est aussi le moment pour purifier notre attente, notre espérance. Le Seigneur a promis qu’il reviendra au terme de notre histoire, il reviendra dans sa gloire pour nous prendre avec lui, lorsqu’il aura détruit la mort. Nous le verrons alors non pas petit enfant dans une mangeoire, mais face à face pour une éternelle rencontre que nous sommes déjà invités à préparer. Comment ?

En le reconnaissant déjà présent au milieu de nous : par sa Parole, par sa présence dans l’Eucharistie, par sa présence dans la communauté, par sa présence dans les petits, les pauvres, les laissés pour compte. Il vient, oui, à notre rencontre à travers les événements heureux et moins heureux de notre propre vie. Le temps de l’Avent nous invite ainsi à rester éveillés pour reconnaître sa présence déjà aujourd’hui parmi nous… ce que nous dit ce chant d’Odette VERCRUYSSE :

C'est Noël chaque fois qu'on essuie une larme

dans les yeux d'un enfant

C'est Noël chaque fois qu'on dépose les armes

chaque fois qu'on s'entend

C'est Noël chaque fois qu'on force la misère

à reculer plus loin

C'est Noël sur la terre chaque jour.

Car Noël, ô mon frère, c'est l'Amour

Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

La foi en Jésus Christ et l’ésotérisme sont incompatible

Le Pape François a fermement dénoncé toutes les pratiques occultes auxquelles s’adonnent nombre de contemporains dans toutes les parties du monde. Il a exhorté à choisir le Christ et à rejeter l’ésotérisme.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le voyage de l’Évangile dans le monde se poursuit sans relâche dans le livre des Actes des apôtres, et à travers la ville d’Éphèse, manifestant toute sa portée salvifique. Grâce à Paul, une douzaine d’hommes reçoivent le baptême au nom de Jésus et font l’expérience de l’effusion de l’Esprit-Saint qui les régénère (cf. Ac 19,1-7). Plusieurs prodiges se produisent ensuite par l’intermédiaire de l’apôtre : les malades guérissent et les possédés sont libérés (cf. Ac 19,11-12). Ceci arrive parce que le disciple ressemble à son Maître (cf. Lc 6,40) et le rend présent en communiquant à ses frères cette vie nouvelle qu’il a reçue de lui.

La puissance de Dieu qui fait irruption à Éphèse démasque celui qui veut utiliser le nom de Jésus pour accomplir des exorcismes mais sans avoir l’autorité spirituelle pour le faire (cf. Ac 19,13-17) et révèle la faiblesse des arts magiques, abandonnés par un grand nombre de personnes qui choisissent le Christ et abandonnent les arts magiques (cf. Ac 19,18-19). Un véritable bouleversement pour une ville comme Éphèse, qui était un centre connu pour la pratique de la magie ! Luc souligne ainsi l’incompatibilité entre la foi dans le Christ et la magie. Si tu choisis le Christ tu ne peux pas recourir au magicien : la foi est l’abandon confiant dans les mains d’un Dieu fiable, qui se fait connaître non pas à travers des pratiques occultes mais par révélation et avec un amour gratuit. L’un de vous pourrait me dire : « Ah, oui, cette histoire de magie, c’est quelque chose d’ancien : aujourd’hui, avec la civilisation chrétienne, cela n’existe pas ». Mais faites attention ! Je vous demande : combien parmi vous vont se faire tirer les cartes du tarot, combien parmi vous vont se faire lire les lignes de la main par des voyantes ou se faire lire les cartes ? Aujourd’hui encore, dans les grandes villes chrétiennes, des cartomanciens font ce genre de choses. Et à la question : « Mais comment cela, si tu crois à Jésus-Christ, tu vas chez le magicien, la voyante, tous ces gens-là ? », on répond : « Je crois en Jésus-Christ mais je vais aussi les voir pour conjurer le mauvais sort ». S’il vous plaît : la magie n’est pas chrétienne ! Ces choses qui se font pour deviner l’avenir ou deviner des tas de choses ou changer des situations de vie, ne sont pas chrétiennes. La grâce de Dieu te donne tout : prie et fais confiance au Seigneur.

La diffusion de l’Évangile à Éphèse nuit au commerce des argentiers – un autre problème –, qui fabriquaient les statues de la déesse Artémide, faisant d’une pratique religieuse de véritables affaires. Je vous demande de réfléchir à cela. En voyant diminuer cette activité qui rapportait beaucoup d’argent, les argentiers organisent une émeute contre Paul et les chrétiens sont accusés d’avoir fait plonger dans la crise la catégorie des artisans, ainsi que le sanctuaire d’Artémide et le culte de cette déesse (cf. Ac 19,23-28).

Paul quitte ensuite Éphèse et part en direction de Jérusalem, et il arrive à Milet (cf. Ac 20,1-16). Là, il fait appeler les anciens de l’Église d’Éphèse – ce serait les prêtres – pour faire un passage de consignes « pastorales » (cf. Ac 20, 17-35). Nous sommes aux dernières répliques du ministère apostolique de Paul, et Luc nous présente son discours d’adieu, une sorte de testament spirituel que l’apôtre adresse à ceux qui, après son départ, devront guider la communauté d’Éphèse. Et c’est une des plus belles pages du livre des Actes des apôtres : je vous conseille de prendre aujourd’hui le Nouveau Testament, la Bible, le chapitre XX et de lire ces adieux de Paul adressés aux prêtres d’Éphèse, et il le fait à Milet. C’est une façon de comprendre comment l’apôtre prend congé et aussi comment les prêtres aujourd’hui doivent faire leurs adieux et aussi comment tous les chrétiens doivent faire leurs adieux. C’est une très belle page.

Dans la partie exhortative, Paul encourage les responsables de la communauté, dont il sait qu’il les voit pour la dernière fois. Et que leur dit-il ? « Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau ». C’est le travail du pasteur : faire la veille, veiller sur soi-même et sur le troupeau. Le pasteur doit veiller, le curé doit veiller, faire la veille, les prêtres doivent veiller, les évêques, le pape doivent veiller. Faire la veille pour garder le troupeau, et aussi faire la veille sur soi-même, examiner sa conscience et voir comment se réalise ce devoir de veiller. « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau, dont l’Esprit Saint vous a établis responsables, pour être les pasteurs de l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang. » (Ac 20,28) : c’est ce que dit saint Paul. Aux évêques est demandée la plus grande proximité avec le troupeau, racheté par le précieux sang du Christ, et la promptitude à le défendre des « loups » (v.29). Les évêques doivent être très proches du peuple pour le garder, pour le défendre ; pas détachés du peuple. Après avoir confié cette tâche aux responsables d’Éphèse, Paul les met dans les mains de Dieu et les confie à la « parole de sa grâce » (v.32), ferment de toute croissance et de tout chemin de sainteté dans l’Église, les invitant à travailler de leurs mains, comme lui, pour n’être un poids pour personne, à secourir les faibles et à faire l’expérience qu’« il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (v.35).

Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur de renouveler en nous l’amour de l’Église et du dépôt de la foi qu’elle garde, et de nous rendre tous coresponsables dans la garde du troupeau, soutenant dans la prière les pasteurs pour qu’ils manifestent la fermeté et la tendresse du Divin Pasteur.

© Libreria Editrice Vaticana - 2019

Lettre apostolique du pape François

Le merveilleux signe de la crèche sur la signification et la valeur de la crèche

Trois ans après sa première visite pastorale à Greccio, le Pape François est revenu dans cette localité du centre de l’Italie, au nord-ouest de Rome, où saint François d’Assise eut l’intuition d’installer pour la première fois, en 1223, une reproduction vivante de la Nativité. C’est ici que le Saint-Père a présenté, ce dimanche 1er décembre, sa lettre apostolique « Admirabile signum », sur la signification et la valeur de la crèche de Noël.

1. Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l'événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l'humilité de Celui qui s'est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu'Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui.

Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l'installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques... C'est vraiment un exercice d'imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d'œuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j'espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée.

2. L'origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. L'évangéliste Luc dit simplement que Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2,7). Jésus est couché dans une mangeoire, appelée en latin praesepium, d'où la crèche.

En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6,41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d'autres Pères, avait saisie lorsqu'il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). En réalité, la crèche contient plusieurs mystères de la vie de Jésus de telle sorte qu’elle nous les rend plus proches de notre vie quotidienne.

Mais venons-en à l'origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s'arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d'une manière particulière le paysage de Bethléem. Et il est possible que le Poverello ait été influencé à Rome, par les mosaïques de la Basilique de Sainte Marie Majeure, représentant la naissance de Jésus, juste à côté de l'endroit où étaient conservés, selon une tradition ancienne, les fragments de la mangeoire.

Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s'est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l'aider à réaliser un vœu : « Je voudrais représenter l'Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu'il était couché dans un berceau sur la paille entre le bœuf et l'âne »1. Dès qu'il l'eut écouté, l'ami fidèle alla immédiatement préparer, à l'endroit indiqué, tout le nécessaire selon la volonté du Saint. Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l'âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l'Eucharistie, montrant le lien entre l'Incarnation du Fils de Dieu et l'Eucharistie. À cette occasion, à Greccio, il n'y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes2.

C'est ainsi qu'est née notre tradition : tous autour de la grotte et pleins de joie, sans aucune distance entre l'événement qui se déroule et ceux qui participent au mystère.

Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s'ajouta, cette nuit-là, le don d'une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l'Enfant Jésus lui-même. De cette crèche de Noël 1223 « chacun s’en retourna chez lui plein d'une joie ineffable »3.

3. Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande œuvre d'évangélisation. Son enseignement a pénétré le cœur des chrétiens et reste jusqu'à nos jours une manière authentique de proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité. Par ailleurs, l'endroit même où la première crèche a été réalisée exprime et suscite ces sentiments. Greccio est donc devenu un refuge pour l'âme qui se cache sur le rocher pour se laisser envelopper dans le silence.

Pourquoi la crèche suscite-t-elle tant d'émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d'abord parce qu'elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l'univers, s'abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché.

Faire une crèche dans nos maisons nous aide à revivre l'histoire vécue à Bethléem. Bien sûr, les Évangiles restent toujours la source qui nous permet de connaître et de méditer sur cet Événement, cependant la représentation de ce dernier par la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l'histoire du salut, contemporains de l'événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés.

D'une manière particulière, depuis ses origines franciscaines, la crèche est une invitation à “sentir” et à “toucher” la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l'humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C'est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et sœurs les plus nécessiteux (cf. Mt 25,31-46).

4. J'aimerais maintenant passer en revue les différents signes de la crèche pour en saisir le sens qu'ils portent en eux. En premier lieu, représentons-nous le contexte du ciel étoilé dans l'obscurité et dans le silence de la nuit. Ce n'est pas seulement par fidélité au récit évangélique que nous faisons ainsi, mais aussi pour la signification qu’il possède. Pensons seulement aux nombreuses fois où la nuit obscurcit notre vie. Eh bien, même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls, mais il se rend présent pour répondre aux questions décisives concernant le sens de notre existence : Qui suis-je ? D'où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je né à cette époque ? Pourquoi est-ce que j'aime ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi vais-je mourir ? Pour répondre à ces questions, Dieu s'est fait homme. Sa proximité apporte la lumière là où il y a les ténèbres et illumine ceux qui traversent l’obscurité profonde de la souffrance (cf. Lc 1,79).

Les paysages qui font partie de la crèche méritent, eux aussi, quelques mots, car ils représentent souvent les ruines d'anciennes maisons et de palais qui, dans certains cas, remplacent la grotte de Bethléem et deviennent la demeure de la Sainte Famille. Ces ruines semblent s'inspirer de la Légende dorée du dominicain Jacopo da Varazze (XIIIème siècle), où nous pouvons lire une croyance païenne selon laquelle le temple de la Paix à Rome se serait effondré quand une Vierge aurait donné naissance. Ces ruines sont avant tout le signe visible de l'humanité déchue, de tout ce qui va en ruine, de ce qui est corrompu et triste. Ce scénario montre que Jésus est la nouveauté au milieu de ce vieux monde, et qu'il est venu guérir et reconstruire pour ramener nos vies et le monde à leur splendeur originelle.

5. Quelle émotion devrions-nous ressentir lorsque nous ajoutons dans la crèche des montagnes, des ruisseaux, des moutons et des bergers ! Nous nous souvenons ainsi, comme les prophètes l'avaient annoncé, que toute la création participe à la fête de la venue du Messie. Les anges et l'étoile de Bethléem sont le signe que nous sommes, nous aussi, appelés à nous mettre en route pour atteindre la grotte et adorer le Seigneur.

« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2,15) : voilà ce que disent les bergers après l'annonce faite par les anges. C'est un très bel enseignement qui nous est donné dans la simplicité de sa description. Contrairement à tant de personnes occupées à faire mille choses, les bergers deviennent les premiers témoins de l’essentiel, c’est-à-dire du salut qui est donné. Ce sont les plus humbles et les plus pauvres qui savent accueillir l'événement de l'Incarnation. À Dieu qui vient à notre rencontre dans l'Enfant Jésus, les bergers répondent en se mettant en route vers Lui, pour une rencontre d'amour et d'étonnement reconnaissant. C'est précisément cette rencontre entre Dieu et ses enfants, grâce à Jésus, qui donne vie à notre religion, qui constitue sa beauté unique et qui transparaît de manière particulière à la crèche.

6. Dans nos crèches, nous avons l'habitude de mettre de nombreux santons symboliques. Tout d'abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d'autre abondance que celle du cœur. Eux aussi sont proches de l'Enfant Jésus à part entière, sans que personne ne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l'entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous.

Les pauvres et les simples dans la crèche rappellent que Dieu se fait homme pour ceux qui ressentent le plus le besoin de son amour et demandent sa proximité. Jésus, « doux et humble de cœur » (Mt 11,29), est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l'essentiel et à en vivre. De la crèche, émerge clairement le message que nous ne pouvons pas nous laisser tromper par la richesse et par tant de propositions éphémères de bonheur. Le palais d'Hérode est en quelque sorte fermé et sourd à l'annonce de la joie. En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l'amour, la révolution de la tendresse. De la crèche, Jésus a proclamé, avec une douce puissance, l'appel à partager avec les plus petits ce chemin vers un monde plus humain et plus fraternel, où personne n'est exclu ni marginalisé.

Souvent les enfants - mais aussi les adultes ! - adorent ajouter à la crèche d'autres figurines qui semblent n'avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent... : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d'une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous.

7. Peu à peu, la crèche nous conduit à la grotte, où nous trouvons les santons de Marie et de Joseph. Marie est une mère qui contemple son enfant et le montre à ceux qui viennent le voir. Ce santon nous fait penser au grand mystère qui a impliqué cette jeune fille quand Dieu a frappé à la porte de son cœur immaculé. À l'annonce de l'ange qui lui demandait de devenir la mère de Dieu, Marie répondit avec une obéissance pleine et entière. Ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38), sont pour nous tous le témoignage de la façon de s’abandonner dans la foi à la volonté de Dieu. Avec ce “oui” Marie est devenue la mère du Fils de Dieu, sans perdre mais consacrant, grâce à lui, sa virginité. Nous voyons en elle la Mère de Dieu qui ne garde pas son Fils seulement pour elle-même, mais demande à chacun d'obéir à sa parole et de la mettre en pratique (cf. Jn 2,5).

À côté de Marie, dans une attitude de protection de l'Enfant et de sa mère, se trouve saint Joseph. Il est généralement représenté avec un bâton à la main, et parfois même tenant une lampe. Saint Joseph joue un rôle très important dans la vie de Jésus et de Marie. Il est le gardien qui ne se lasse jamais de protéger sa famille. Quand Dieu l'avertira de la menace d'Hérode, il n'hésitera pas à voyager pour émigrer en Égypte (cf. Mt 2,13-15). Et ce n’est qu’une fois le danger passé, qu’il ramènera la famille à Nazareth, où il sera le premier éducateur de Jésus enfant et adolescent. Joseph portait dans son cœur le grand mystère qui enveloppait Jésus et Marie son épouse, et, en homme juste, il s’est toujours confié à la volonté de Dieu et l’a mise en pratique.

8. Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l'Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c'est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l'extension de ses mains tendues vers tous.

La naissance d'un enfant suscite joie et émerveillement, car elle nous place devant le grand mystère de la vie. En voyant briller les yeux des jeunes mariés devant leur enfant nouveau-né, nous comprenons les sentiments de Marie et de Joseph qui, regardant l'Enfant Jésus, ont perçu la présence de Dieu dans leur vie.

« La vie s'est manifestée » (1Jn 1,2) : c'est ainsi que l'Apôtre Jean résume le mystère de l'Incarnation. La crèche nous fait voir, nous fait toucher cet événement unique et extraordinaire qui a changé le cours de l'histoire et à partir duquel la numérotation des années, avant et après la naissance du Christ, en est également ordonnée.

La manière d'agir de Dieu est presque une question de transmission, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants ! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.

9. Lorsque s’approche la fête de l'Épiphanie, nous ajoutons dans la crèche les trois santons des Rois Mages. Observant l'étoile, ces sages et riches seigneurs de l'Orient, s'étaient mis en route vers Bethléem pour connaître Jésus et lui offrir comme présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Ces dons ont aussi une signification allégorique : l'or veut honorer la royauté de Jésus ; l'encens sa divinité ; la myrrhe sa sainte humanité qui connaîtra la mort et la sépulture.

En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu'il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d'avoir rencontré Jésus et son amour.

Les Mages nous enseignent qu'on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ. Ce sont des hommes riches, des étrangers sages, assoiffés d'infinis, qui entreprennent un long et dangereux voyage qui les a conduits jusqu’à Bethléem (cf. Mt 2,1-12). Une grande joie les envahit devant l'Enfant Roi. Ils ne se laissent pas scandaliser par la pauvreté de l'environnement ; ils n'hésitent pas à se mettre à genoux et à l'adorer. Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l'histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles. Et certainement que, de retour dans leur pays, ils auront partagé cette rencontre surprenante avec le Messie, inaugurant le voyage de l'Évangile parmi les nations.

10. Devant la crèche, notre esprit se rappelle volontiers notre enfance, quand nous attendions avec impatience le moment de pouvoir commencer à la mettre en place. Ces souvenirs nous poussent à prendre de plus en plus conscience du grand don qui nous a été fait par la transmission de la foi ; et en même temps, ils nous font sentir le devoir et la joie de faire participer nos enfants et nos petits-enfants à cette même expérience. La façon d’installer la mangeoire n'est pas importante, elle peut toujours être la même ou être différente chaque année ; ce qui compte c'est que cela soit signifiant pour notre vie. Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l'amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

Chers frères et sœurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l'enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l'amour de Dieu pour nous, à vivre et à croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui est Fils de Dieu et de la Vierge Marie ; et à éprouver en cela le bonheur. À l'école de saint François, ouvrons notre cœur à cette grâce simple et laissons surgir de l'émerveillement une humble prière : notre “merci” à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls.

Donné à Greccio, au Sanctuaire de la crèche, le 1er décembre 2019, la septième année de mon Pontificat.

François

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1  Thomas de Celano, Vita Prima, n.84 : Sources franciscaines (FF), n. 468.

2  Cf. ibid., n. 85: FF, n. 469.

3  Ibid., n. 86: FF, n. 470.

© Libreria Editrice Vaticana - 2019

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans l’Évangile de ce deuxième dimanche de l’Avent retentit l’invitation de Jean-Baptiste : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est tout proche » (Mt 3,2). C’est avec ces paroles que Jésus commencera sa mission en Galilée (cf. Mt 4,17) ; et ce sera aussi l’annonce que devront apporter les disciples dans leur première expérience missionnaire (cf. Mt 10,7). L’évangéliste Matthieu veut ainsi présenter Jean comme celui qui prépare la route au Christ qui vient, et les disciples comme les continuateurs de la prédication de Jésus. Il s’agit de la même annonce joyeuse : le Royaume de Dieu arrive, ou plutôt il est proche, il est parmi nous ! Cette parole est très importante : « Le Royaume de Dieu est parmi vous », dit Jésus. Et Jean annonce ce que Jésus dira ensuite : « Le Royaume de Dieu est venu, il est arrivé, il est parmi vous ». C’est le message central de toute mission chrétienne. Quand un missionnaire ou un chrétien va annoncer Jésus, il ne va pas faire du prosélytisme comme s’il était un supporter qui recherche des adhérents pour son équipe. Non, il va simplement annoncer : « Le Royaume de Dieu est parmi vous ! ». Et ainsi, le missionnaire prépare le chemin pour Jésus, qui rencontre son peuple.

 

Mais quel est ce royaume de Dieu, ce royaume des cieux ? Ce sont des synonymes. Nous pensons immédiatement à quelque chose qui concerne l’au-delà : la vie éternelle. Certes, cela est vrai, le royaume de Dieu s’étendra sans fin au-delà de la vie terrestre, mais la belle nouvelle que Jésus nous apporte — et que Jean anticipe — est que nous ne devons pas attendre le royaume de Dieu dans le futur : il s’est approché, d’une certaine façon, il est déjà présent et nous pouvons dès à présent faire l’expérience de sa puissance spirituelle. « Le royaume de Dieu est parmi vous », dira Jésus. Dieu vient établir sa seigneurie dans notre histoire, dans l’aujourd’hui de tous les jours, dans notre vie ; et là où elle est accueillie avec foi et humilité germent l’amour, la joie et la paix.

La condition pour entrer et faire partie de ce royaume est d’accomplir un changement dans notre vie, c’est-à-dire de nous convertir, nous convertir tous les jours, un pas en avant chaque jour... Il s’agit d’abandonner les chemins, faciles mais trompeurs, des idoles de ce monde : le succès à tout prix, le pouvoir au détriment des plus faibles, la soif de richesses, le plaisir à n’importe quel prix. Et d’ouvrir, en revanche, le chemin au Seigneur qui vient : Il ne nous ôte pas notre liberté, mais nous donne le vrai bonheur. Avec la naissance de Jésus à Bethléem, c’est Dieu lui- même qui établit sa demeure parmi nous pour nous libérer de l’égoïsme, du péché et de la corruption, de ces attitudes qui appartiennent au diable : rechercher le succès à tout prix, rechercher le pouvoir au détriment des plus faibles, avoir soif de richesses, et rechercher le plaisir à n’importe quel prix.

Noël est un jour de grande joie également extérieure, mais c’est surtout un événement religieux pour lequel une préparation spirituelle est nécessaire. En ce temps de l’Avent, laissons-nous conduire par l’exhortation de Jean-Baptiste : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers », nous dit-il (v.3). Nous préparons le chemin du Seigneur et nous rendons droits ses sentiers, quand nous examinons notre conscience, quand nous scrutons nos attitudes, pour chasser ces attitudes de pécheurs que j’ai mentionnées, qui ne sont pas de Dieu : le succès à tout prix, le pouvoir au détriment des plus faibles, la soif de richesses, le plaisir à n’importe quel prix.

Que la Vierge Marie nous aide à nous préparer à la rencontre avec cet Amour-toujours-plus-grand, qui est celui qu’apporte Jésus et qui, dans la nuit de Noël, s’est fait tout petit, comme une semence tombée en terre. Et Jésus est cette semence, cette semence du royaume de Dieu.

© Libreria Editrice Vaticana – 2016

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Date de dernière mise à jour : 2020-01-14