Pko 12.01.2020

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°03/2020

Dimanche 12 janvier 2020 – Baptême du Seigneur – Année A

Humeurs…

2020 : Un monde en mutation !

Nous voici entré dans une nouvelle décennie… 2020. En 10 ans « que d’évènements improbables ont eu lieu ! Depuis la constitution d’un Califat islamique en Irak et en Syrie, jusqu’à l’élection à la présidence des États-Unis d’un promoteur immobilier et d’un total inconnu à la présidence de la République française, en passant par les progrès stupéfiants de l’intelligence artificielle, la création d’un mouvement écologique mondial animé par une jeune fille de 14 ans ; la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne, les attentats de masse dans les rues de Paris, les incendies brésiliens et australiens, les révoltes de Hong Kong, de Santiago, de Quito, d’Alger. Et tant d’autres… Et pour prendre une autre référence, nous entrons de nouveau dans “les années vingt” qui, au siècle précédent, furent de fantastiques “années folles”, nichées entre deux tragédies ! » (Jacques Attali)

Il faudrait être aveugle pour croire que la Polynésie est hors du temps et surtout de portée des dangers de ce temps. Nous sommes une démocratie mais comme toutes les démocraties… bien fragile. Rien n’est jamais acquis… il nous faut nous souvenir que nous ne pouvons vivre mieux qu’ensemble et non au détriment des autres…

Il ne suffit pas de recréer de la croissance pour aller mieux…

  • Il faut protéger et améliorer les acquis sociaux pour tous, intégrer les innombrables laisser pour compte, dont les sans toit ne sont qu’une infime partie ;
  • Il faut que les élites du Pays - politiques, économiques et religieuses - cessent de se considérer comme une classe à part justifiant de privilèges et passe-droits ;

Le monde est en mutation… notre Polynésie aussi… choisissons bien les « bagages » que nous voulons emmener pour bâtir cette Polynésie nouvelle dans un monde nouveau qui sera celui des générations futures !

L’heure n’est pas au combat d’arrière-garde pour asseoir nos pouvoirs, nos influences, nos richesses… L’heure est à l’avenir !

Que seront nos « années vingt » ici en Polynésie ?

Elles seront ce que nous en ferons ensemble !

« Que le Seigneur nous enseigne ces vérités: la certitude d'avoir été aimés les premiers et le courage d'aimer nos frères. » (Pape François)

Laissez-moi vous dire…

12 janvier 2020 : Baptême du Seigneur

De l’empathie à la charité

Le 31 décembre dernier une vidéo tournait en boucle sur la toile montrant le Pape François tapant la main d’une femme qui l’avait agrippé, manquant ainsi de le faire tomber. Le Pape avait pris peur et s’était « énervé et fâché » pendant quelques instants. Évidemment la Presse internationale n’a pas raté l’incident ; un Pape qui s’énerve ça fait mauvais effet… la veille de la Journée Mondiale de la paix ! Dès le lendemain, lors de l’Angélus, le Pape est revenu sur son geste : « Je demande pardon pour le mauvais exemple d’hier soir ».

Dans la seconde lecture de ce dimanche, tirée des Actes des Apôtres, Saint Pierre invité chez un centurion romain dit ceci : « … après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien… » (Actes 10,38).

Ce texte nous renvoie à notre propre baptême, car nous aussi nous avons reçu l’onction de l’Esprit-Saint ; là où nous passons, nous devons faire le bien.

Le Pape a reçu l’onction du baptême, l’onction sacerdotale ainsi que l’onction épiscopale… Mais, la fatigue, parfois la peur, peuvent révéler quelques faiblesses humaines… d’où l’incident du 31 décembre… Il nous revient alors le devoir de faire preuve d’empathie tant envers le Pape, qu’envers la femme qui a saisi la main du Pape.

Sans entrer dans les aspects techniques liés à la psychosociologie, ou encore aux neurosciences, l’empathie est -pour simplifier- la capacité à ressentir les émotions de quelqu’un d’autre, à se mettre à la place d’autrui soit pour comprendre ce qu’il veut dire (empathie cognitive), soit pour partager ce qu’il ressent (empathie émotionnelle).

Être empathique, ce n’est pas simplement être gentil, attentionné, sympathique… Ce n’est ni de la sympathie, ni de la compassion qui nous amènent à « souffrir avec » ou à « partager nos sentiments avec ceux d’autrui ». La sympathie ou la compassion m’amènent à « ressentir avec » autrui ce que je perçois de sa souffrance (ou de sa joie). L’empathie m’amène à entrer dans le monde intérieur de l’autre, à m’identifier avec ce qu’il ressent. Certains psychologues disent, pour simplifier : « C’est la volonté de comprendre l’autre de l’intérieur, tout en sachant qu’on n'y est pas ». En effet, il ne s’agit pas de s’identifier à l’autre ; mais de le comprendre tout en se différenciant. C’est un exercice difficile, qui s’apprend. Encore que les neurologues disent que le premier mouvement de l’empathie, le plus ancien, tiendrait aux neurones miroirs qui nous permettent de reproduire ce qu’Autrui présente à notre vue (exemple : le bébé qui sourit au sourire de sa maman qui se penche vers lui !).

Si l’on revient au comportement social de Jésus, celui-ci était marqué par l’empathie. Les évangélistes ont su décrire la sensibilité de Jésus, sa capacité à comprendre le cœur de l’homme, sa délicate perception de la douleur des personnes qu’II rencontrait. À Naïm, sans qu’on lui explique ce que vit la veuve qui vient de perdre son fils, Il comprend la douleur de la femme. « Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : “Ne pleure pas.”… Jésus dit : “Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.” Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. » (Luc 7,13-15)

Il pleure avec Marthe et Marie lorsqu’il apprend la mort de son ami Lazare (Jean 11,32-35).

Et ce magnifique dialogue avec deux disciples sur le chemin d’Emmaüs ; Jésus les interroge, les écoute, les aide à comprendre ce qu’ils ressentent, à redécouvrir le chemin de l’espérance… (cf. Luc 24,13-35)

Tout ceci nous invite à nous intéresser plus profondément à ceux que nous rencontrons : comprendre leurs états d’âme, leur souffrance… en passant outre leurs défauts, en refusant l’impulsivité ou la froideur. Se mettre à leur place tout en se différenciant nous permet de mieux percevoir ce dont ils ont besoin. Ainsi l’exercice de la charité chrétienne se fera de manière mieux ciblée, plus efficace sans condescendance. L’empathie nous initie à la charité centrée davantage sur la compréhension plus que sur le don et la distribution.

Dominique SOUPÉ

© Cathédrale de Papeete – 2020

Regard sur l’actualité…

Ice

Dieu nous appelle à la vie et nous invite à considérer la vie comme chose précieuse, comme chose fragile et comme chose sacrée. Ne sommes-nous pas en effet créés à l’image et à la ressemblance de Dieu ? Aussi, le Christ Jésus va mener un combat incessant contre toute force de mort qui fait obstacle à la vie : il rend la vue aux aveugles, fait bondir les paralysés, fait entendre les sourds, purifie les lépreux, chasse les esprits mauvais, redonne vie à Lazare qui était au tombeau… En un mot, son amour pour l’humanité est tel qu’il œuvre sans relâche pour ouvrir ou rétablir en chacun la vie que Dieu lui a donnée et mettre un terme aux forces de mort qui détruisent la vie.

Si nous nous reconnaissons comme enfants de ce Dieu qui appelle à la vie, et comme disciples de ce Jésus Christ qui mène le combat contre les forces de mort, nous ne pouvons pas rester indifférents aux ravages occasionnés chez un certain nombre de jeunes par l’usage de produits stupéfiants, et particulièrement par la diffusion de plus en plus inquiétante de cette drogue appelée « ice ». Un article publié dans le journal La Dépêche du mardi 7 janvier en page 13 nous informe sur la réalité de ce fléau qui touche désormais les jeunes d’une quinzaine d’années jusque dans les établissements scolaires et sur les efforts courageux déployés par Mr Hiti MENNESSON pour y faire face. L’enjeu est d’une urgence telle que seule une mobilisation de tous, parents, responsables de jeunes, éducateurs et enseignants pourra être capable de lutter efficacement contre ce fléau, comme le dit Mr MENNESSON dans l’article cité plus haut : « Si autorités du pays, Églises, associations et mécènes du territoire se donnaient la main et les moyens tant humains que financiers pour mettre en place tout ce qu’il faut pour apporter des réponses préventives et curatives aux consommateurs, alors nous pourrions lutter efficacement, car ensemble, on est plus fort ».

Ne restons pas sourds à cet appel. Comment nos communautés, nos groupes de jeunes des paroisses, nos associations familiales, ou des Femmes Catholiques, nos établissements scolaires, nos mouvements de jeunes, nos groupes de prière etc… vont-ils prendre ce défi à bras le corps ? Comment mettre à profit les occasions de rencontres avec les jeunes pour leur manifester notre respect, notre bienveillance, notre amour afin de pouvoir les écouter, libérer la parole ? Comment allons-nous être présents auprès de tous ceux et celles qui se mobilisent pour prévenir ce danger : autres églises, associations, pouvoirs publics, acteurs sociaux ou professionnels de la santé ?

Il s’agit pour nous d’aider ceux qui sont tombés à se réconcilier avec la vie, avec eux-mêmes. Il s’agit pour nous de porter une aide aux familles qui voient leurs enfants se détruire et détruire leur santé et leur avenir. Il s’agit pour nous de garder au cœur que la vie ne peut grandir que si l’amour est présent. Tout ce qui s’oppose ou fait obstacle à cette dynamique d’amour et de don fait obstacle à la vie et ne peut produire que la mort. Puisse l’Esprit Saint nous inspirer comment transformer nos bonnes intentions en actes !

Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2020

Audience générale

L’amour sera toujours fécond

Pour l'audience générale de ce mercredi 8 janvier, la première de l’année 2020, le Pape a poursuivi son cycle catéchétique sur les Actes des apôtres. Il est revenu sur l’épisode du naufrage de Saint Paul, alors que celui-ci est en route vers Rome, et qui devient une occasion d'annonce de l'Évangile.

Le livre des Actes des apôtres raconte, dans sa partie finale, que l’Évangile poursuit sa course non seulement sur terre, mais sur mer, sur un bateau qui conduit Paul, prisonnier de Césarée, vers Rome (cf. Ac 27,1 à 28,16), au cœur de l’Empire, pour que se réalise la parole du Ressuscité : « Vous serez mes témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Lisez le livre des Actes des apôtres et vous verrez comment, par la force de l’Esprit Saint, l’Évangile arrive à tous les peuples, se fait universel. Prenez-le ! Lisez-le !

Dès le début, la navigation affronte des conditions défavorables. Le voyage devient dangereux. Paul conseille de ne pas poursuivre la navigation, mais le centurion n’en tient pas compte et fait confiance au pilote et à l’armateur. Le voyage continue et un vent violent se déchaîne au point que l’équipage perd le contrôle et laisse le bateau partir à la dérive.

Alors que la mort semble désormais proche et que le désespoir envahit tout le monde, Paul intervient et rassure ses compagnons en disant ce que nous avons entendu : « Cette nuit […] s’est présenté à moi un ange du Dieu à qui j’appartiens et à qui je rends un culte. Il m’a dit : “Sois sans crainte, Paul, il faut que tu te présentes devant l’empereur, et voici que, pour toi, Dieu fait grâce à tous ceux qui sont sur le bateau avec toi” » (Ac 27, 23-24). Même dans l’épreuve, Paul ne cesse d’être le gardien de la vie des autres et celui qui ranime leur espérance.

Ainsi, Luc nous montre que le dessein qui guide Paul vers Rome met à l’abri non seulement l’apôtre, mais aussi ses compagnons de voyage et le naufrage, qui était une situation de disgrâce, se transforme en opportunité providentielle pour annoncer l’Évangile.

Le naufrage est suivi de l’abordage sur l’île de Malte, dont les habitants manifestent un accueil empressé. Les Maltais sont courageux, ils sont doux, ils sont accueillants, ils l’étaient déjà à cette époque. Il pleut et il fait froid, et ils allument un feu pour assurer aux naufragés un peu de chaleur et de soulagement.

Là aussi, en véritable disciple du Christ, Paul rend service pour alimenter le feu avec des branches. Pendant ces opérations, il est mordu par une vipère, mais elle ne lui fait aucun mal ; en voyant cela, les gens disent : « Mais cet homme doit être un grand malfaiteur parce qu’il est sauvé d’un naufrage et il finit mordu par une vipère ! ». Ils attendaient le moment où il serait tombé mort, mais il ne subit aucun dommage et on le prend alors carrément pour une divinité au lieu d’un malfaiteur. En réalité, ce bienfait vient du Seigneur ressuscité qui l’assiste, selon la promesse faite avant de monter au ciel et adressée aux croyants : « ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » (Mc 16,18). L’histoire dit que, depuis ce moment, il n’y a pas de vipères à Malte : c’est la bénédiction de Dieu pour l’accueil de ce peuple si bon.

En fait, pour Paul, ce séjour à Malte devient une occasion propice pour donner « chair » à la parole qu’il annonce et exercer ainsi un ministère de compassion dans la guérison des malades. Et c’est une loi de l’Évangile : quand un croyant fait l’expérience du salut, il ne la garde pas pour lui, mais il la fait circuler. « Le bien tend toujours à se communiquer. Toute expérience de vérité et de beauté cherche en elle-même à se diffuser, et toute personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les nécessités des autres » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, 9). Un chrétien « éprouvé » peut certainement devenir plus proche de celui qui souffre parce qu’il sait ce qu’est la souffrance et rendre son cœur ouvert et sensible à la solidarité envers les autres.

Paul nous apprend à vivre les épreuves en nous serrant contre le Christ, pour que mûrissent notre « conviction que Dieu peut agir dans n’importe quelle circonstance, y compris au milieu d’échecs apparents » et notre « certitude que celui qui s’offre et se donne à Dieu par amour, sera certainement fécond » (ibid., 279). L’amour est toujours fécond, l’amour de Dieu est toujours fécond et, si tu te laisses prendre par le Seigneur et si tu reçois les dons du Seigneur, cela te permettra de donner aux autres. L’amour pour Dieu va toujours au-delà.

Demandons aujourd’hui au Seigneur de nous aider à vivre toutes les épreuves, soutenus par l’énergie de notre foi et à être sensibles à tous les naufragés de l’histoire qui abordent, épuisés, sur nos côtes, pour que nous sachions nous aussi les accueillir avec cet amour fraternel qui vient de la rencontre avec Jésus. C’est cela qui sauve du gel de l’indifférence et de l’inhumanité.

© Libreria Editrice Vaticana - 2020

Livre

Sans Jésus nous ne pouvons rien faire

En avant-première, Vatican News publie quelques extraits du livre-entretien entre le Pape François et Gianni Valente, de l’agence Fides, réalisé au terme du Mois missionnaire extraordinaire. Le Pape y réaffirme que « l'Église est annonce, ou elle n’est pas l’Église ». L’ouvrage, édité par la Libreria Editrice Vaticana (LEV) et les éditions San Paolo, est disponible en librairie à partir du 5 novembre : L'édition française sera publiée par Bayard.

« La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus ». C'est ainsi que débute l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, publiée par le Pape François en novembre 2013, huit mois après le conclave qui l'a élu évêque de Rome et Successeur de Pierre. Ce texte programmatique du pontificat invitait tout un chacun à régler à nouveau tout acte, réflexion et initiative ecclésiale « sur l'annonce de l'Évangile dans le monde actuel ». Six ans après, pour le mois d’octobre 2019 à peine conclu, le Souverain pontife a proclamé un Mois missionnaire extraordinaire, et dans le même temps, a convoqué à Rome l'Assemblée spéciale du Synode des évêques dédiée à la région amazonienne, dans le but de suggérer également de nouvelles voies pour l'annonce de l'Évangile au sein du « poumon vert », menacé par une exploitation prédatrice génératrice de dommages et de blessures dont sont victimes « nos frères et notre sœur la terre » (homélie du Saint-Père pour la messe de clôture de l'Assemblée spéciale du Synode des évêques dédiée à la région amazonienne).

Au cours de cette période, le Pape François a disséminé son magistère de références liées à la nature propre de la mission de l'Église dans le monde. Par exemple, le Souverain pontife a répété à l'infini qu'annoncer l'Évangile ne relève pas du « prosélytisme » et que l'Église grandit « par attraction » et par « témoignage » : une constellation d'expressions orientées à suggérer par touches le dynamisme propre de toute œuvre apostolique et quelle peut en être sa source.

C'est de tout cela et de bien d'autres choses encore que le Pape François parle dans le livre-entretien intitulé « Sans Lui nous ne pouvons rien faire. Être missionnaires aujourd'hui dans le monde » (publié chez Bayard, en France). L'Agence Fides en propose, en avant-première, quelques extraits.

Gianni Valente : Vous avez raconté que, dans votre jeunesse, vous vouliez partir en mission au Japon. Peut-on dire que le Pape est un missionnaire manqué ?

Pape François : Je ne le suis pas. Je suis entré chez les Jésuites parce que leur vocation missionnaire me frappait, le fait qu'ils aillent toujours vers les frontières. Alors, je n'ai pas pu aller au Japon mais j'ai toujours ressenti le fait qu'annoncer Jésus et Son Évangile comporte toujours l’action de sortir et de se mettre en chemin.

Gianni Valente : Vous répétez toujours « Église en sortie ». L'expression est beaucoup reprise et, parfois, elle semble devenir un slogan plutôt abusé, à disposition de ceux qui, toujours plus nombreux, passent leur temps à donner des leçons à l'Église sur la manière dont elle devrait ou ne devrait pas être.

Pape François : “Église en sortie” n'est pas une expression à la mode que j'ai inventée. Elle est le commandement de Jésus qui, dans l'Évangile selon Saint Marc, demande aux siens d'aller dans le monde entier et de prêcher l'Évangile « à toute créature ». L'Église, ou elle est en sortie ou ce n'est pas l'Église. Ou bien elle est en annonce ou bien elle n'est pas l'Église. Si l'Église ne sort pas elle se corrompt, elle se dénature. Elle devient une autre chose.

Gianni Valente : Que devient une Église qui n'annonce pas ou ne sort pas ?

Pape François : Elle devient une association spirituelle, une multinationale visant à lancer des initiatives et des messages à contenu éthique et religieux. Rien de mal à cela mais ce n'est pas l'Église. C'est un risque que court toute organisation statique à l'intérieur de l'Église. On finit par domestiquer le Christ. Tu ne rends plus témoignage des œuvres du Christ mais tu parles au nom d'une certaine idée du Christ, une idée que tu possèdes et que tu domestiques. Tu organises les choses à ton gré, tu deviens le petit imprésario de la vie ecclésiale où tout a lieu selon le programme établi et c'est-à-dire seulement selon les instructions. Mais la rencontre avec le Christ n’a plus lieu. La rencontre qui t'avait touché le cœur au début ne se produit plus.

Gianni Valente : La mission est-elle en soi un antidote à tout cela ? La volonté et l'effort de "sortir" en mission suffisent-ils pour éviter ces distorsions ?

Pape François : La mission, "l'Église en sortie", ce n’est pas un programme, une intention à réaliser à travers un effort de volonté. C'est le Christ qui fait sortir l'Église d'elle-même. Dans le cadre de la mission d'annonce de l'Évangile, tu te mets en marche parce que l'Esprit Saint te pousse et te porte. Lorsque tu arrives, tu t'aperçois qu’Il est arrivé avant toi et qu'Il t'attend. L'Esprit du Seigneur est arrivé avant. Il prévient, y compris pour te préparer la route, et Il est déjà à l'œuvre.

Gianni Valente : Dans une rencontre avec les Œuvres pontificales missionnaires, vous avez suggéré de lire les Actes des Apôtres en tant que texte habituel de prière, le récit des origines, et non pas un manuel de stratégie missionnaire « moderne ». Pour quelle raison ?

Pape François : Le protagoniste des Actes des Apôtres, ce ne sont pas les Apôtres. Le protagoniste, c’est l'Esprit Saint. Les Apôtres sont les premiers à le reconnaitre et à l’attester. Lorsqu'ils communiquent aux frères d'Antioche les indications issues du Concile de Jérusalem, ils écrivent : « Nous avons décidé, l'Esprit Saint et nous. » Ils reconnaissaient avec réalisme, en fait, que c'était le Seigneur qui ajoutait chaque jour à la communauté « ceux qui étaient sauvés » et non pas les efforts de persuasion des hommes.

Gianni Valente : Mais maintenant, est-ce comme autrefois ? Rien n'a changé ?

Pape François : L'expérience des Apôtres est comme un paradigme qui est toujours valable. Il suffit de penser à la manière dont les choses adviennent gratuitement, sans excès, dans les Actes des Apôtres. Il s'agit d'une histoire d'hommes dans laquelle les disciples arrivent toujours au deuxième rang, toujours après l'Esprit Saint qui agit. C'est Lui qui prépare et travaille les cœurs. Il chamboule leurs plans. C'est Lui qui les accompagne, les guide et les console dans toutes les circonstances qu'ils sont amenés à vivre. Lorsqu’arrivent les problèmes et les persécutions, l'Esprit Saint travaille également, de manière encore plus surprenante, à travers Son réconfort, Ses consolations, comme c'est le cas après le premier martyre, celui de saint Étienne.

Gianni Valente : Que se passe-t-il ?

Pape François : Un temps de persécutions commence et de nombreux disciples fuient Jérusalem, se rendant en Judée et en Samarie. Là, alors qu'ils sont dispersés et en fuite, ils commencent à annoncer l'Évangile même s'ils sont seuls et si les Apôtres ne sont pas avec eux, puisque ces derniers sont restés à Jérusalem. Ils sont baptisés et l'Esprit Saint leur donne le courage apostolique. C’est là que l’on voit pour la première fois que le baptême est suffisant pour devenir annonciateurs de l'Évangile. La mission c’est cela. La mission, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint. Inutile de s'agiter, rien ne sert de nous organiser ou de hurler. Les trouvailles ou les stratagèmes sont inutiles. Il suffit de demander de pouvoir refaire aujourd'hui l'expérience qui t'amène à dire « nous avons décidé, l'Esprit Saint et nous ».

Gianni Valente : Et en l'absence de cette expérience, quel sens ont les appels à la mobilisation missionnaire ?

Pape François : Sans l'Esprit Saint, vouloir faire la mission devient une autre chose. Cela devient, je dirais, un projet de conquête, la prétention d'une conquête que nous réalisons nous-mêmes, une conquête religieuse ou peut-être idéologique, faite probablement de bonnes intentions mais c'est une autre chose.

Gianni Valente : En citant le Pape Benoît XVI, vous répétez souvent que l'Église grandit par attraction. Que voulez-vous dire ? Qui attire-t-elle ? Qui est attiré ?

Pape François : Jésus le dit dans l'Évangile selon Saint Jean : « Une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi » et dans le même Évangile, Il déclare également : « Personne ne vient à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire ». L'Église a toujours reconnu que c'est là la forme propre de tout mouvement qui rapproche de Jésus et de l'Évangile. Il ne s'agit pas d'une conviction, d'un raisonnement, d'une prise de conscience. Ce n'est pas une pression ou une contrainte. Il s'agit toujours d'une attraction. Le Prophète Jérémie indiquait déjà : « Tu m'as séduit et je me suis laissé séduire ».

Ceci vaut pour les Apôtres, pour les missionnaires, et pour leur action.

Gianni Valente : De quelle manière a lieu ce que vous venez de décrire ?

Pape François : Le mandat du Seigneur demandant de sortir pour annoncer l'Évangile presse de l’intérieur, par amour, par attraction amoureuse. On ne suit pas le Christ et on devient encore moins Ses annonciateurs ou les annonciateurs de Son Évangile sur la base d'une décision prise de manière rationnelle, à cause d'un activisme auto-induit. L'élan missionnaire lui aussi peut être fécond uniquement dans la mesure où il a lieu sous l’influence de cette attraction et la transmet aux autres.

Gianni Valente : Quelle est la signification de ces mots par rapport à la mission et à l’annonce de l’Évangile ?

Pape François : Cela veut dire que si tu es attiré par le Christ, si tu te mets en route et que tu fais les choses parce que tu es attiré par le Christ, les autres s’en apercevront sans effort. Il n’est pas nécessaire de le démontrer et encore moins de l’afficher. En revanche, ceux qui pensent être protagonistes ou imprésario de la mission, malgré toutes leurs bonnes intentions et leurs déclarations d’intention, finissent souvent par n’attirer personne.

Gianni Valente : Dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, vous reconnaissez que toute cela peut « nous procurer un certain vertige » comme celui de qui s’immerge dans une mer où il ne sait pas ce qu’il rencontrera. Que vouliez-vous suggérer par cette image ? Ces paroles concernent-elles aussi la mission ?

Pape François : La mission n’est pas un projet entrepreneurial bien huilé. Elle n’est pas même un spectacle organisé pour compter combien de personnes y participent grâce à notre propagande. L’Esprit Saint œuvre comme Il le souhaite, quand Il le souhaite et où Il le souhaite. Et ceci peut causer une forme de vertige. Pourtant le vertige de la liberté repose justement dans le fait de se laisser porter par l’Esprit, en renonçant à calculer et à tout contrôler. C’est justement en cela que nous imitons le Christ Lui-même, qui, dans le mystère de sa Résurrection, a appris à reposer dans la tendresse des bras du Père.

La fécondité mystérieuse de la mission ne passe pas par nos intentions, nos méthodes, nos élans et nos initiatives. Elle repose précisément sur ce vertige : le vertige que l’on ressent face aux paroles de Jésus lorsqu’Il dit : « Sans moi vous ne pouvez rien faire ».

Gianni Valente : Vous aimez répéter aussi que l’Église grandit « par témoignage ». Quelle suggestion cherchez-vous à adresser à travers cette insistance ?

Pape François : Le fait que l’attraction se fait témoignage en nous. Le témoin atteste ce que l’œuvre du Christ et de Son Esprit ont accompli réellement dans sa vie. Après la Résurrection, c’est le Christ Lui-même qui se rend visible aux Apôtres. C’est Lui qui fait d’eux des témoins. Le témoignage, non plus, n’est pas une prestation qui nous appartient. On est témoin des œuvres du Seigneur.

Gianni Valente : Vous répétez souvent une autre chose, dans ce cas de façon négative : « L’Église ne grandit pas par prosélytisme et la mission de l’Église n’est pas prosélytisme. » Pourquoi tant d’insistance ? Est-ce pour protéger les bons rapports avec les autres églises et le dialogue avec les traditions religieuses ?

Pape François : Le problème avec le prosélytisme n’est pas seulement le fait qu’il contredit le chemin œcuménique et le dialogue interreligieux. Il y a prosélytisme partout où existe l’idée de faire grandir l’Église en se passant de l’attraction du Christ et de l’œuvre de l’Esprit, en comptant exclusivement sur un quelconque "discours savant". Donc, en premier lieu, le prosélytisme exclut le Christ Lui-même de la mission, tout autant que l’Esprit Saint lorsqu’il prétend parler et agir au nom du Christ de manière nominaliste. Le prosélytisme est toujours violent par nature même lorsqu’il dissimule ou exerce cette violence avec des gants. Il ne supporte ni la liberté ni la gratuité avec laquelle la foi peut se transmettre par grâce, d’une personne à une autre. C’est pour cela que le prosélytisme n’est pas seulement relatif au passé, au temps de l’antique colonialisme ou des conversions forcées ou achetées par la promesse d’avantages matériels. Le prosélytisme peut exister aujourd’hui aussi, jusque dans les Paroisses, les communautés, les mouvements, les Congrégations religieuses.

Gianni Valente : Alors que veut dire annoncer l’Évangile ?

Pape François : L’annonce de l’Évangile veut dire remettre en paroles sobres et précises le témoignage même du Christ, comme le firent les Apôtres. Il n’est pas nécessaire d’inventer des discours persuasifs. L’annonce de l’Évangile peut également être susurrée mais elle passe toujours par la force bouleversante du scandale de la croix et elle suit depuis toujours la voie indiquée dans la lettre de Saint Pierre Apôtre, qui consiste dans le simple fait de « donner raison » aux autres de sa propre espérance, une espérance qui demeure scandale et folie aux yeux du monde.

Gianni Valente : À quoi reconnaît-on le "missionnaire" chrétien ?

Pape François : Une caractéristique distinctive est qu’il sert de facilitateur et non pas de contrôleur de la foi. Faciliter, rendre facile, et non pas mettre des obstacles au désir de Jésus d’embrasser tout un chacun, de guérir tout un chacun, de sauver tout un chacun. Ne pas faire de sélections, ne pas établir de "douanes pastorales". Ne pas se comporter comme ceux qui se mettent sur le pas de la porte pour contrôler si les autres ont bien les prérequis pour entrer. Je me souviens des curés et des communautés qui, à Buenos Aires, avaient mis sur pied de nombreuses initiatives pour rendre plus facile l’accès au baptême. Ils s’étaient aperçus qu’au cours des dernières années, le nombre de ceux qui n’étaient pas baptisés pour de nombreux motifs, y compris sociologiques, croissait. Ils voulaient rappeler à tous qu’être baptisés est une chose simple, que tous peuvent demander le baptême pour eux-mêmes et pour leurs enfants. La route entreprise par ces curés et ces communautés était une et une seule : ne pas ajouter de poids, ne pas prétendre, ôter toute difficulté à caractère culturel, psychologique ou pratique qui pourrait pousser les personnes à reporter ou à abandonner leur intention de baptiser leurs enfants.

Gianni Valente : En Amérique, au début de l’évangélisation, les missionnaires discutaient sur ceux qui étaient "dignes" de recevoir le baptême. Comment finirent ces disputes ?

Pape François : Le Pape Paul III rejeta les théories de ceux qui soutenaient que les indiens étaient par nature « incapables » d’accueillir l’Évangile et confirma le choix de ceux qui facilitaient leur baptême. Cela pourrait sembler appartenir au passé et pourtant aujourd’hui encore, il existe des cercles et des secteurs qui se présentent comme « ilustrados », des illuminés qui séquestrent également l’annonce de l’Évangile dans leurs logiques tortueuses qui divisent le monde entre "civilisation" et "barbarie". L’idée que le Seigneur ait parmi Ses préférés aussi tant de « cabecitas negras » les irrite. Cela les met de mauvaise humeur. Ils considèrent une bonne partie de la famille humaine comme s’il s’agissait d’une entité de classe inférieure, inadaptée à atteindre, selon leurs critères, des niveaux décents de vie spirituelle et intellectuelle. Sur cette base, un mépris pour les peuples considérés de second niveau peut se développer. Tout cela a également émergé à l’occasion du Synode des Évêques sur l’Amazonie.

Gianni Valente : Certains tendent à opposer dialectiquement l’annonce claire de la foi et les œuvres sociales, déclarant qu’il ne faut pas réduire la mission au soutien des œuvres sociales. Est-ce une préoccupation légitime ?

Pape François : Tout ce qui est compris dans l’horizon des Béatitudes et des œuvres de miséricorde est en accord avec la mission. C’est déjà une annonce. C’est déjà la mission. L’Église n’est pas une ONG, c’est autre chose. Cependant, l’Église est également un hôpital de campagne, où tous sont accueillis, comme ils sont, et où sont soignées les blessures de tous. Ceci fait partie de sa mission. Tout dépend de l’amour qui fait battre le cœur de celui qui agit. Si un missionnaire aide à creuser un puit au Mozambique, parce qu’il s’est aperçu que cela est utile à ceux qu’il baptise et auxquels il prêche l’Évangile, comment peut-on dire que cette œuvre est séparée de l’annonce ?

Gianni Valente : Quelles sont aujourd’hui les nouvelles attentions et sensibilités à exercer dans le cadre des processus visant à rendre féconde l’annonce de l’Évangile dans les différents contextes sociaux et culturels ?

Pape François : Le christianisme ne dispose pas d’un modèle culturel unique. Ainsi que l’a reconnu saint Jean-Paul II, « en demeurant pleinement lui-même, dans la fidélité totale à l’annonce évangélique et à la tradition ecclésiale, le christianisme portera également le visage des nombreuses cultures et des nombreux peuples au sein desquels il est accueilli et s’enracine ». L’Esprit Saint embellit l’Église, à travers des nouvelles expressions des personnes et des communautés qui embrassent l’Évangile. Ainsi l’Église, en prenant sur elle les valeurs des différentes cultures, devient « sponsa ornata monilibus suis », l’épouse ornée de ses joyaux dont parle le Prophète Isaïe. Il est vrai que certaines cultures ont été étroitement liées à la prédication de l’Évangile et au développement d’une pensée chrétienne mais, à l’époque où nous vivons, il devient plus urgent encore de tenir compte du fait que le message révélé ne s’identifie avec aucune culture. Et, dans la rencontre avec de nouvelles cultures, ou avec des cultures qui n’ont pas accueilli la prédication chrétienne, il ne faut pas essayer d’imposer une forme culturelle déterminée par la proposition évangélique. Aujourd’hui, y compris dans l’œuvre missionnaire, il convient de ne pas se charger de lourds bagages.

Gianni Valente : Mission et martyre. Vous avez rappelé souvent le lien intime qui relie ces deux expériences.

Pape François : Dans la vie chrétienne, l’expérience du martyre et la proclamation de l’Évangile à tous ont la même origine, la même source, lorsque l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint donne force, courage et consolation. Le martyre est la plus haute expression de la reconnaissance et du témoignage rendu au Christ, qui représentent l’accomplissement de la mission, de l’œuvre apostolique. Je pense toujours aux frères coptes trucidés en Libye qui prononçaient à mi-voix le nom de Jésus pendant qu’ils étaient décapités. Je pense aux religieuses de Sainte Mère Teresa tuées au Yémen alors qu’elles prenaient soin de patients musulmans dans une résidence pour personnes âgées handicapées. Lorsqu’elles ont été tuées, elles portaient des tabliers de travail par-dessus leur habit religieux. Ce sont tous des vainqueurs, pas des "victimes", et leur martyre, jusqu’à l’effusion du sang, illumine le martyre que tous peuvent endurer dans la vie de chaque jour, avec le témoignage rendu quotidiennement au Christ. C’est ce que l’on peut voir, lorsqu’on va visiter les maisons de retraite des missionnaires âgés, souvent éprouvés par la vie qu’ils ont menée. Un missionnaire m’a déclaré que nombre d’entre eux perdent la mémoire et ne se souviennent plus du tout du bien qu’ils ont fait. « Mais cela n’a pas d’importance – me disait-il – car le Seigneur, en revanche, s’en rappelle très bien ».

© Radio Vatican 2020

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, en la fête du Baptême de Jésus, l’Évangile (Mt 3,13-17) nous présente la scène qui a eu lieu près du fleuve Jourdain : au milieu de la foule pénitente qui avance vers Jean-Baptiste pour recevoir le baptême, se trouve aussi Jésus. Il était dans la file. Jean voudrait l’en empêcher en disant : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi » (Mt 3,14). En effet, Jean-Baptiste est conscient de la grande distance qui existe entre lui et Jésus. Mais Jésus est venu précisément pour combler la distance entre l’homme et Dieu : s’Il est entièrement du côté de Dieu, il est aussi entièrement du côté de l’homme, et il réunit ce qui était divisé. C’est pour cela qu’il demande à Jean de le baptiser, afin que s’accomplisse toute justice (cf. v.15), c’est-à-dire que se réalise le dessein du Père qui passe par la voie de l’obéissance et de la solidarité avec l’homme fragile et pécheur, la voie de l’humilité et de la pleine proximité de Dieu à l’égard de ses enfants. Parce que Dieu est si proche de nous, si proche !

Au moment où Jésus, baptisé par Jean, sort des eaux du fleuve Jourdain, la voix de Dieu le Père se fait entendre d’en-haut : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur » (v.17). Et au même moment, l’Esprit Saint, sous la forme d’une colombe, se pose sur Jésus, qui commence publiquement sa mission de salut ; une mission caractérisée par un style, le style du serviteur humble et doux, muni de la seule force de la vérité, comme Isaïe l’avait prophétisé : « Il ne crie pas, il n’élève pas le ton (...), il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit, fidèlement, il présente le droit » (42,2-3). Un serviteur humble et doux.

Voilà le style de Jésus, et également le style missionnaire des disciples du Christ : annoncer l’Évangile avec douceur et fermeté, sans crier, sans gronder personne, mais avec douceur et fermeté, sans arrogance ni imposition. La véritable mission n’est jamais du prosélytisme, mais une attraction à l’égard du Christ. Mais comment ? Comment se fait cette attraction au Christ ? Par notre témoignage, à partir de la forte union avec Lui dans la prière, dans l’adoration et dans la charité concrète, qui est service de Jésus présent dans le plus petit de nos frères. En imitant Jésus, pasteur bon et miséricordieux, et animés par sa grâce, nous sommes appelés à faire de notre vie un témoignage joyeux qui éclaire le chemin, qui apporte espérance et amour.

Cette fête nous fait redécouvrir le don et la beauté d’être un peuple de baptisés, c’est-à-dire de pécheurs — nous le sommes tous — sauvés par la grâce du Christ, réellement insérés, par l’œuvre de l’Esprit Saint, dans la relation filiale de Jésus avec le Père, accueillis dans le sein de la Mère Église, capables d’une fraternité qui ne connaît ni frontières, ni barrières.

Que la Vierge Marie nous aide tous, nous, chrétiens, à conserver une conscience de notre baptême toujours vivante et reconnaissante, et à parcourir fidèlement ce chemin inauguré par ce sacrement de notre renaissance. Et toujours humilité, douceur, et fermeté.

© Libreria Editrice Vaticana – 2017

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Date de dernière mise à jour : 2020-01-14