Pko 15.09.2019

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°45/2019

Dimanche 15 septembre 2019 – 24ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

La rentrée du catéchisme pour adulte : une formidable opportunité !

Le père Christophe m’a confié pendant deux ans le catéchisme des adultes. Alors que je laisse la place au frère Yvon, je voudrais témoigner de ce que cela m’a apporté et de ce que cela pourrait vous apporter : fondamentalement beaucoup de joie.

La joie, je l’ai d’abord vécue par l’amitié au sein du petit groupe qui se retrouvait toutes les semaines. Nous avions tous des parcours différents, des attentes au départ différentes : aller vers le baptême, vers la communion, ou dépoussiérer une foi ancienne, mais tous, nous voulions nous rapprocher du Christ. Le Christ a été vraiment présent quand nous étions réunis en son nom. Nous avons ri, chanté, partagé des émotions fortes : à la rencontre de chacun avec son histoire, ses témoignages, la manière dont Dieu est intervenu dans sa vie, ou comment nous l’appelons, le recherchons.

La joie, je l’ai vécue aussi en découvrant avec le groupe le trésor de la foi : qui est Jésus, pourquoi nous avons besoin de l’Église pour aller vers lui (même si parfois nous avons envie de la fuir), quelle est la signification profonde des sacrements (j’ai appris que la confirmation ce n’est pas moi qui confirme ma foi, c’est l’Esprit-Saint qui après le baptême confirme sa présence), pourquoi par le baptême je suis prêtre, quelle différence avec le curé ? Je récite moins mécaniquement le Notre-Père et écoute mieux la prière eucharistique à la messe depuis que nous avons approfondi leur sens. Je me sens un peu plus adulte !

La joie, je l’ai vécue enfin, nous l’avons vécu tous ensemble avec les sans-abris. Une fois par mois, nous avions dédié la séance pour prier pour eux, avec eux, près d’eux. Le message de l’Évangile en pratique. De beaux moments !

La rentrée est le moment des bonnes résolutions : ne ratez pas cette formidable opportunité !

Éric BEUGNOT

Laissez-moi vous dire…

du 3 septembre au 25 novembre : Grenelle des violences conjugales

La lutte contre la délinquance : c’est l’affaire de tous

Le PK0 de la semaine passée portait largement sur « les violences faites aux femmes ». Ce samedi 14 septembre, un bon nombre de personnes ont marché « contre la violence en Polynésie ». Continuons à nous interroger sur ce mal profond qui ronge les couples, les familles, les relations humaines… La violence – quel que soit son mode de manifestation – a des racines profondes qu’il faut repérer pour parvenir à enrayer le phénomène.

En lisant plusieurs commentaires de presse sur le démarrage du « Grenelle des violences conjugales », on s’aperçoit qu’il y a d’une part, une logique de demande de moyens matériels et financiers, et d’autre part, une logique de sanctions, de répressions. Quand il y a urgence, ce n’est pas le moment de palabrer autour d’une table ; de s’invectiver dans des ateliers d’experts. On retrousse ses manches et on court au secours des victimes… C’est ce que font -heureusement- un grand nombre d’associations. Saura-t-on les écouter même si elles ne souscrivent pas au « bon parti » de la majorité gouvernementale ?

Pour revenir aux racines profondes de la violence, mettons-nous à l’écoute du vocabulaire employé par nos enfants et nos jeunes. Pour cela, placez-vous dans le flot des jeunes qui sortent d’un lycée ou d’un collège ; allez manger une salade au fastfood un mercredi après-midi ; et laissez traîner vos oreilles. Les mots employés sont révélateurs d’une violence environnementale dans laquelle semble baigner une partie de notre jeunesse. En ont-ils conscience ? Pas sûr. Mais, chose curieuse, ce vocabulaire ne franchit pas toujours le seuil de la maison familiale ; il est réservé au « cercle des initiés ». Faites un tour sur la toile : facebook, les groupes de partage… l’incitation à la violence y est quasi permanente avec le dessein de porter préjudice, de détruire des relations et même de faire souffrir. Passons aux jeux électroniques. Avez-vous déjà joué avec vos enfants ou petits-enfants ? Certains logiciels sont d’une violence inouïe.

Ajoutez à cela -pour certains jeunes- des doses d’alcool, de paka, et maintenant d’Ice… Comment le jeune peut-il faire la distinction entre le réel et le virtuel ; entre le permis et le défendu ; entre la normalité et la transgression ? Nous ne pouvons pas accepter ce discours : « ne t’inquiète pas c’est le temps de la jeunesse… ça leur passera ». Malheureusement le passage à l’acte devient quotidien pour certain(e)s. Et une fois que le mauvais pli est pris… on se retrouve avec de soi-disant adultes qui violentent leur partenaire, leur compagne et même leur épouse.

Si l’on n’y prend garde, la délinquance commence par les écarts de langage dès le plus jeune âge. D’où l’importance de l’éducation apportée aux enfants par les parents, les enseignants et tous ceux qui exercent une autorité. Dans une société où les repères sont brouillés ; où ce qui est mal est mis en valeur ; où les responsables s’autorisent à transgresser les lois… ne nous étonnons pas si les jeunes ont des comportements déviants. Saint Jérôme disait : « Il n’y a pas de petits péchés », illustrant ainsi ce qu’affirmait Saint Jacques : « Si quelqu’un observe intégralement la loi, sauf en un seul point sur lequel il trébuche, le voilà coupable par rapport à l’ensemble. » (Jacques 2, 10)

Il nous revient donc d’être vigilants, d’abord en ce qui concerne nos propres comportements. Soyons -autant que possible- des modèles pour les enfants et jeunes que nous côtoyons. Avec diplomatie et justesse aidons-les à faire des choix non-violents. C’est tout un état d’esprit à développer ENSEMBLE : parents, éducateurs, responsables des médias, animateurs de sports et de loisirs…

IMPOSSIBLE ! vous rétorquez ?

Réponse : IMPOSSIBLE n’est pas Polynésien !

Dominique SOUPÉ

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

Fête de la Croix glorieuse

Saint Paul écrit : « Pour moi, il n’y a pas d’autre titre de gloire que la Croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Galates 6, 14).

Pour les néophytes il semble curieux, voire choquant d’associer la joie à la Croix. En effet, la croix, à l’origine au temps des Romains, était un instrument de torture, un signe d’ignominie pour les criminels. Mais avec le Christ, la Croix, instrument du supplice, est devenue signe de la victoire de la vie sur la mort. Le Christ s’est offert sur la Croix en sacrifice afin que par Lui le monde soit sauvé.

Le pape Benoît XVI, lors de son pèlerinage à Lourdes en 2008, a proposé cette belle réflexion sur ce trésor qu’est la Croix : « “Quelle grande chose que de posséder la Croix ! Celui qui la possède, possède un trésor” (Saint André de Crète) (…) L’instrument de supplice (…) est devenu source de vie, de pardon, de miséricorde, signe de réconciliation et de paix. (…) Et l’Église nous invite à élever avec fierté cette Croix glorieuse pour que le monde puisse voir jusqu’où est allé l’amour du Crucifié pour les hommes. (…) Le signe de la Croix est en quelque sorte la synthèse de notre foi. » [Homélie du pape Benoît XVI, Lourdes, dimanche 14 septembre 2008]

La fête de la Croix Glorieuse, célébrée le 14 septembre, se rattache aux solennités de la dédicace de la basilique de la Résurrection érigée sur le tombeau du Christ (dédicacée en 335). Elle s’inscrit dans un contexte biblique qui fait référence à la liturgie du Grand Pardon (Yom Kippur) [cf. Hébreux 9, 6-12]. Et c’est pendant la fête des Tentes (Sukkot) que Jésus déclara : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi… » (Jean 7, 37)

La Croix est pour le peuple chrétien signe de l’espérance du Royaume. Si l’arbre planté au paradis originel a produit pour Adam un fruit de mort, l’arbre de la Croix a porté pour nous un fruit de vie. [Préface pour la fête de la Croix Glorieuse]

Dominique Soupé

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

Mon voyage apostolique au Mozambique, à Madagascar et à Maurice

Le Pape a consacré l’audience générale de ce mercredi 11 septembre, à son voyage au Mozambique, à Madagascar et à l’île Maurice. Ce 31e voyage apostolique s’est achevé hier soir, après six journées intenses marquées par un grand succès populaire.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Hier soir, je suis rentré de mon voyage apostolique au Mozambique, à Madagascar et à Maurice. Je remercie Dieu qui m’a accordé d’effectuer cet itinéraire en pèlerin de la paix et de l’espérance, et je renouvelle l’expression de ma gratitude à l’égard des Autorités respectives de ces pays, ainsi qu’aux épiscopats qui m’ont invité et accueilli avant tant d’affection et d’attention et aux nonces apostoliques qui ont beaucoup travaillé pour ce voyage.

L’espérance du monde est le Christ et son Évangile est le plus puissant ferment de fraternité, de liberté, de justice et de paix pour tous les peuples. Par ma visite, sur les pas de saints évangélisateurs, j’ai cherché à apporter ce ferment, le ferment de Jésus, aux populations mozambicaines, malgaches et mauriciennes.

Au Mozambique, je suis allé semer des graines d’espérance, de paix et de réconciliation sur une terre qui a beaucoup souffert dans un passé récent à cause d’un long conflit armé et qui, au printemps dernier, a été frappée par deux cyclones qui ont provoqué des dommages très graves. L’Église continue d’accompagner le processus de paix qui a fait un pas en avant le 1er août dernier avec un nouvel Accord entre les parties. Et je voudrais m’arrêter ici pour remercier la Communauté de Sant’Egidio qui a beaucoup, beaucoup travaillé à ce processus de paix.

J’ai encouragé dans ce sens les autorités du pays, les exhortant à œuvrer ensemble pour le bien commun. Et j’ai encouragé les jeunes qui se sont rassemblés, issus de différentes appartenances religieuses, pour qu’ils construisent le pays, en surmontant la résignation et l’anxiété, en diffusant l’amitié sociale et en gardant comme un trésor les traditions des personnes âgées. Aux évêques, aux prêtres et aux personnes consacrées, que j’ai rencontrés dans la cathédrale de Maputo, dédiée à la Vierge Immaculée, j’ai proposé la voie de Nazareth, la voie du « oui » généreux à Dieu, en souvenir reconnaissant de son appel et de ses origines. L’hôpital de Zimpeto, dans la banlieue de la capitale, construit grâce à l’engagement de la Communauté de Sant’Egidio, est un signe fort de cette présence évangélique. En outre, tous n’appartiennent pas à la même confession religieuse. Le directeur de cet hôpital est une femme, une chercheuse, une femme bien, qui fait de la recherche sur le sida. Elle est musulmane, mais aussi la directrice et cet hôpital a été construit par la communauté de Sant’Egidio. Mais tous, tous ensemble pour le peuple, unis, comme des frères. Ma visite au Mozambique a culminé avec la messe célébrée dans le stade sous la pluie, mais nous étions tous heureux. Les chants, les danses religieuses… beaucoup de bonheur. La pluie n’avait pas d’importance. Et là, l’appel du Seigneur Jésus a résonné : « Aimez vos ennemis » (Lc 6,27), la semence de la véritable révolution, celle de l’amour, qui éteint la violence et génère la fraternité.

De Maputo, je suis parti pour Antananarive, capitale de Madagascar. Un pays riche en beautés et ressources naturelles, mais marqué par une grande pauvreté. J’ai formé le vœu qu’animé par son esprit traditionnel de solidarité, le peuple malgache puisse surmonter les adversités et construire un avenir de développement en conjuguant le respect de l’environnement et la justice sociale. En signe prophétique dans cette direction, j’ai visité la « Ville de l’Amitié » – Akamasoa, fondée par un missionnaire lazariste, le père Pedro Opeka : on y cherche à unir travail, dignité, soin des plus pauvres, instruction pour les enfants. Tout cela animé par l’Évangile. À Akamasoa, à la carrière de granit, j’ai élevé à Dieu une Prière pour les travailleurs.

Puis j’ai eu une rencontre avec les moniales contemplatives de différentes congrégations, au monastère des Carmélites : en effet, sans la foi et la prière, on ne construit pas une ville digne de l’homme. Avec les évêques du pays, nous avons renouvelé notre engagement à être « des semeurs de paix et d’espérance ». Ensemble, nous avons vénéré la bienheureuse Beata Victoire Rasoamanarivo, première Malgache élevée à la gloire des autels. Avec les jeunes, très nombreux – beaucoup de jeunes à cette veillée, mais beaucoup, beaucoup – j’ai vécu une veillée riche en témoignages, chants et danses.

À Antananarive, l’Eucharistie du dimanche a été célébrée dans le grand « domaine diocésain » : de grandes foules se sont rassemblées autour du Seigneur Jésus. Et enfin, à l’Institut Saint-Michel, j’ai rencontré les prêtres, les femmes et les hommes consacrés ainsi que les séminaristes de Madagascar. Une rencontre sous le signe de la louange à Dieu.

La journée du lundi a été consacrée à la visite à la République de Maurice, destination touristique bien connue, mais que j’ai choisie en tant que lieu d’intégration entre différentes ethnies et cultures. En effet, au cours des deux derniers siècles, différentes populations sont arrivées sur cet archipel, notamment de l’Inde ; et après l’indépendance, il a connu un fort développement économique et social. Là-bas, le dialogue interreligieux est fort, et aussi l’amitié entre les responsables des différentes confessions religieuses. C’est quelque chose qui peut nous sembler étrange, mais ils vivent ainsi l’amitié qui est naturelle. Quand je suis rentré dans l’évêché, j’ai trouvé un beau bouquet de fleurs, très beau : il avait été envoyé par le Grand Imam en signe de fraternité.

À Maurice, la messe a été célébrée au Monument de Marie Reine de la Paix, en mémoire du bienheureux Jacques-Désiré Laval, appelé « l’apôtre de l’unité mauricienne ». Dans ce contexte, l’Évangile des Béatitudes, carte d’identité des disciples du Christ, est l’antidote contre la tentation d’un bien-être égoïste et discriminatoire. L’Évangile et les Béatitudes sont l’antidote contre ce bien-être égoïste et discriminatoire, ainsi que le levain du véritable bonheur, imprégné de miséricorde, de justice et de paix. J’ai été frappé par le travail que font les évêques pour l’évangélisation des pauvres. Ensuite, lors de la rencontre avec les Autorités de Maurice, j’ai exprimé mon appréciation pour leur engagement à harmoniser les différences dans un projet commun et j’ai encouragé à promouvoir encore aujourd’hui cette capacité à accueillir ainsi que l’effort pour maintenir et développer la vie démocratique.

Et ainsi, je suis arrivé hier, dans la soirée, au Vatican. Avant de commencer un voyage, et à mon retour, je vais toujours voir la Vierge Marie, « Salus Populi Romani », pour que ce soit elle qui m’accompagne pendant mon voyage, comme une mère, qui me dise ce que je dois faire, qui garde mes paroles et mes gestes. Avec la Vierge Marie, je suis en sécurité.

Chers frères et sœurs, rendons grâce à Dieu et demandons-lui que les semences jetées pendant ce voyage apostolique portent des fruits abondants pour les peuples du Mozambique, de Madagascar et de l’Île Maurice. Merci !

© Libreria Editrice Vaticana - 2019

Livre

Comment l’Amérique veut changer de pape
« C’est un honneur pour moi que les Américains m’attaquent ! »

Commentant le livre du correspondant de la Croix à Rome dans l’avion qui l’emmenait au Mozambique, le pape François a déclaré non sans humour que c’était pour lui « un honneur que les Américains (l’)attaquent ».

En voyage, le pape a traditionnellement coutume de saluer les journalistes à l’aller dans l’avion, avant de leur accorder une conférence de presse au retour. En route vers le Mozambique, mercredi 4 septembre, François a commenté le livre que lui offrait le correspondant permanent de La Croix à Rome, Nicolas Senèze, Comment l’Amérique veut changer de pape, qui vient de paraître aux éditions Bayard et dont il avait entendu parler dans un article paru le 20 août dans Il Messaggero sous le titre « Un complot en provenance des États-Unis pour faire démissionner le pape ». Il a indiqué avoir tenté d’en obtenir un exemplaire mais que celui-ci n’était pas encore disponible.

« Pour moi, c’est un honneur que les Américains m’attaquent », a-t-il déclaré avec humour, avant d’ajouter en le donnant à ses collaborateurs : « C’est une bombe ». Matteo Bruni, le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, est ensuite venu préciser : « Dans un contexte informel, le pape a voulu dire qu’il considère toujours comme un honneur les critiques, particulièrement quand elles viennent de penseurs qualifiés et, dans ce cas, d’une importante nation ».

Dans l’avion vers Maputo, j’offre à François mon livre « Comment l’Amérique veut changer de pape » qui parait aujourd’hui @Bayard_Editions « Pour moi, c’est un honneur que les Américains m’attaquent », m’affirme @Pontifex Puis en le donnant à ses collaborateurs « Ça, c’est une bombe »

Le vaticaniste développe dans son livre la thèse qu’une frange du catholicisme américain a saisi l’occasion des scandales au sein de l’Église catholique pour multiplier les attaques contre François.

Ces laïcs conservateurs, parmi lesquels de riches philanthropes (comme Tim Busch) qui ont noué des liens étroits avec certains évêques américains ces dernières années (le cardinal Raymond Burke, Mgr Charles Chaput à Philadelphie…), promeuvent, parallèlement à leurs généreuses donations, une vision très libertarienne de l’économie et voient d’un très mauvais œil l’arrivée du pape argentin, qui dénonce sans ménagement « l’idolâtrie de l’argent ».

Pour Nicolas Senèze, leurs efforts visent à pousser le pape à la démission et obtenir l’élection d’un homme qui corresponde davantage à leurs intérêts et à leur vision de l’Église et du monde. Parmi les initiatives allant en ce sens, il décrit notamment le projet « Red Hat Report », une enquête qu’un « groupe pour une meilleure gouvernance de l’Église » composé d’universitaires, d’enquêteurs et de journalistes mène sur tous les cardinaux électeurs du monde et qui devrait donner lieu à un rapport d’ici à avril 2020.

Un livre qui intéresse les Américains

Les propos du pape n’ont pas manqué de susciter de nombreuses reprises dans les médias américains notamment. « Le pape François a parlé en termes exceptionnellement francs de la division théologique qui existe au sein de l’Église catholique américaine », a commenté le National Catholic Reporter.

Interrogé par le National Catholic Register, qui figure avec le réseau de télévision Eternal World Television Network (EWTN) et l’agence Catholic News Agency dans cette sphère conservatrice, Nicolas Senèze a pour sa part souligné que l’article du Messaggero était un peu exagéré et qu’il ne pensait pas qu’il y ait un complot en tant que tel aux États-Unis pour renverser le pape. Pour lui, il s’agit plutôt de certains Américains fortunés qui jugent François trop peu actif et considèrent qu’il devrait par conséquent se retirer, comme un PDG sous-performant.

Avant cela, s’exprimant devant l’ensemble des journalistes à bord, le pape a évoqué un autre ouvrage, consacré aux femmes maltraitées. Écrit par la vaticaniste mexicaine Valentina Alazraki, ce livre (Grecia e le altre, éditions San Paolo) est « précieux pour faire comprendre la douleur et l’exploitation des femmes de nos jours, a-t-il salué. Nous devons réfléchir là-dessus ».

© La Croix – 2019

Entretien

Aux Etats-Unis, la communion dans l’Église est déjà fracturée

Alors que certains redoutent la rupture avec une partie des catholiques américains, François a confié ne pas avoir « peur des schismes ». Pour l’historien Massimo Faggioli, professeur d’études religieuses à l’Université de Villanova, l’Église catholique aux États-Unis est déjà dans une situation « para-schismatique. »

La Croix : Le risque de schisme est-il réel, selon vous, aux États-Unis ?

Massimo Faggioli : Non, si on l’envisage au sens canonique du Moyen Âge, celui de la création d’une Église parallèle, qui serait conduite par un anti-pape américain, je ne pense pas. Mais l’histoire a connu des schismes de différents types et le risque me semble réel car, dans les faits, l’Église catholique aux États-Unis est profondément divisée et la communion interne déjà fracturée. Les États-Unis, d’une certaine manière, sont déjà dans une situation para-schismatique.

Tout catholique américain sait qu’au sein d’un même diocèse, il trouvera des paroisses très différentes, avec des pratiques et des homélies très différentes. Cela a toujours été ainsi, mais cela s’est accentué avec François parce qu’il a suscité des réactions violentes.

Des intellectuels, des personnalités du monde de la finance et des médias le critiquent ouvertement. Ainsi, au-delà du seul cas spécifique du cardinal Burke, qui est un cardinal de Curie, des évêques aux États-Unis, comme récemment celui de Tyler au Texas, prennent des positions publiques dans lesquelles ils affirment que le pape se trompe du tout au tout. Ils étaient une vingtaine, il y a un an déjà, à soutenir l’ancien nonce à Washington, Mgr Carlo Maria Vigano, lorsqu’il a demandé la démission du pape en l’accusant d’être complice de criminels…

La Croix : Mais critiquer le pape, est-ce être schismatique ?

Massimo Faggioli : Le problème, ce n’est pas la critique. Elle est légitime et doit avoir sa place dans l’Église. Après le concile Vatican II, beaucoup de catholiques ont critiqué fortement les positions de Paul VI sur les femmes exprimées dans l’encyclique Humanae Vitae. Mais jamais ils ne l’ont accusé d’être hérétique ni n’ont remis en cause sa légitimité comme pape. Or, ce qui est nouveau, c’est que certains milieux aux États-Unis accusent désormais ouvertement le pape d’être à la limite de l’hérésie, si ce n’est au-delà.

Depuis le début du pontificat de François en 2013, les critiques se sont exprimées non pas à propos d’opinions diverses mais au nom de l’orthodoxie. C’est ce qui fait penser à un schisme. Des évêques américains pensent ouvertement que François a trahi la tradition de l’Église sur la sexualité et sur la famille en particulier, critique qui s’est élargie au dialogue interreligieux, à la liturgie, à l’écologie depuis trois ans.

La Croix : Cela a-t-il commencé lors du double synode sur la famille en 2014-2015 ?

Massimo Faggioli : Ouvertement oui. Mais dès le printemps 2013, avant même l’annonce du synode, circulait déjà l’idée, dans certains milieux américains, que François n’était pas suffisamment orthodoxe et pourrait même être hérétique, parce que le pape avait commencé à parler des pauvres, de la miséricorde…

La Croix : Jean-Paul II et Benoît XVI aussi parlaient des pauvres et de la miséricorde…

Massimo Faggioli : Certes, mais c’est totalement différent car celui qui parle des pauvres vient lui-même de l’Église des pauvres d’Amérique latine. Dans la mentalité américaine, qu’un jésuite latino-américain puisse être pape a été un choc, et ça l’est encore. D’une part parce qu’aux États-Unis, il y a un certain anti-jésuitisme. D’autre part, parce qu’aux yeux de François, les États-Unis ne sont pas le centre du monde mais un pays comme un autre.

Au fond, même quand François cite les mots exacts de Jean-Paul II ou de Benoît XVI, à partir du moment où cela sort de sa bouche, c’est perçu d’emblée comme venant d’un pape dangereux, qui a une idée peu orthodoxe du catholicisme. Pour nous, Européens, ce pape est un peu différent des autres ; pour les Américains, il est à l’opposé de ses prédécesseurs. Les premières réactions écrites sur ce pape en 2013 évoquaient « un pape anti-Américain », « révolutionnaire »… avant même ses premières décisions les plus importantes ! Et au fil des ans, cela s’est accentué.

La Croix : Une des raisons de cette opposition pourrait-elle venir du fait que c’est la première fois dans l’histoire qu’un pape émérite vit à côté du pape, et qu’on n’a pas pu faire le deuil de Benoît XVI ?

Massimo Faggioli : Exactement. Le fait qu’il ait démissionné est un élément capital pour comprendre ce qui se passe aux États-Unis. Le conclave qui élit le nouveau pape, suit d’ordinaire de quelques jours les funérailles du précédent. Manière, psychologiquement, de tuer le père en quelque sorte… Mais en 2013, cela n’a pas pu avoir lieu. Benoît XVI a renoncé à sa charge mais il est toujours là. On ne peut en faire son deuil. Et il est très populaire dans de nombreux cercles américains, bien au-delà des conservateurs. Pour eux, Benoît XVI continue à être le pape parce que son successeur est trop différent.

La Croix : Peut-on parler de divisions entre « rigoristes » et « réformistes » ?

Massimo Faggioli : Oui. Les questions de la famille, du mariage, des LGBT, jouent un rôle central entre une Église héritière de Vatican II qui veut pouvoir dialoguer avec le monde et une Église qui a décidé que ce dialogue est impossible, qu’il va la détruire et la dissoudre dans le monde moderne.

La Croix : Le pape ne risque-t-il pas, en parlant de schisme, de dramatiser la situation et de provoquer la réalité qu’il nomme ?

Massimo Faggioli : Je ne crois pas. Il met simplement des mots sur ce qui existe déjà. Le livre de Nicolas Senèze - Comment l’Amérique veut changer de pape (Bayard, 276 p., 18,90 €) – a documenté la situation, il ne l’a pas créée.

© Urbi et orbi - 2019

Commentaire des lectures du dimanche

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

La liturgie d’aujourd’hui nous propose le chapitre 15 de l’Évangile de Luc, considéré comme le chapitre de la miséricorde, qui rassemble trois paraboles avec lesquelles Jésus répond aux murmures des scribes et des pharisiens. Ils critiquent son comportement et ils disent : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » (v.2). Par ces trois récits, Jésus veut faire comprendre que Dieu le Père est le premier à avoir une attitude accueillante et miséricordieuse envers les pécheurs. C’est l’attitude de Dieu. Dans la première parabole, Dieu est présenté comme un berger qui laisse ses quatre-vingt-dix-neuf brebis pour aller à la recherche de celle qui est perdue. Dans la deuxième, il est comparé à une femme qui a perdu une pièce de monnaie et qui la cherche jusqu’à la trouver. Dans la troisième parabole, Dieu est imaginé comme un père qui accueille son fils qui s’était éloigné ; la figure du père révèle le cœur de Dieu, de Dieu miséricordieux, manifesté en Jésus.

Un élément commun à ces paraboles est exprimé par les verbes qui signifient se réjouir ensemble, faire la fête. On ne parle pas de deuil. On se réjouit, on fait la fête. Le berger appelle ses amis et ses voisins et il leur dit : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! » (v.6) ; la femme appelle ses amies et ses voisines en disant : « Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue ! » (v.9) ; le père dit à son autre fils : « Mais il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » (v.32). Dans les deux premières paraboles, l’accent est mis sur une joie si irrépressible qu’elle doit être partagée avec « amis et voisins ». Dans la troisième parabole, l’accent est mis sur la fête qui part du cœur du père miséricordieux et s’étend à toute la maison. Cette fête de Dieu pour ceux qui reviennent à lui repentis est tout à fait en harmonie avec l’année jubilaire que nous sommes en train de vivre, comme le dit le mot « jubilé » lui-même !

Par ces trois paraboles, Jésus nous présente le vrai visage de Dieu : un Père aux bras ouverts, qui traite les pécheurs avec tendresse et compassion. La parabole qui émeut le plus — qui émeut tout le monde —, parce qu’elle manifeste l’amour infini de Dieu, est celle du père qui serre contre lui et embrasse son fils retrouvé. Et ce qui frappe le plus n’est pas tant la triste histoire d’un jeune qui tombe dans la déchéance, mais ses paroles décisives : « Je veux partir, aller vers mon père » (v.18). Le chemin du retour vers la maison est le chemin de l’espérance et de la vie nouvelle. Dieu attend toujours que nous nous remettions en voyage, il nous attend avec patience, il nous voit alors que nous sommes encore loin, il court à notre rencontre, il nous embrasse, il nous couvre de baisers, il nous pardonne. Dieu est ainsi ! Notre Père est ainsi ! Et son pardon efface le passé et nous régénère dans l’amour. Il oublie le passé : voilà la faiblesse de Dieu. Quand il nous embrasse et qu’il nous pardonne, il perd la mémoire, il n’a pas de mémoire ! Il oublie le passé. Lorsque nous, pécheurs, nous nous convertissons et que nous nous laissons retrouver par Dieu, ce ne sont pas des reproches et de la sévérité qui nous attendent, car Dieu sauve, il accueille de nouveau à la maison dans la joie et fait la fête. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus lui-même parle ainsi : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir » (Lc 15,7). Alors je vous pose la question suivante : avez-vous déjà pensé qu’à chaque fois que nous allons au confessionnal, il y a de la joie et une fête dans le ciel ? Avez-vous pensé à cela ? Que c’est beau !

Cela nous donne une grande espérance, car il n’y a pas de péché dans lequel nous ne soyons tombés dont, par la grâce de Dieu, nous ne puissions-nous relever ; il n’y a personne d’irrécupérable, personne n’est irrécupérable ! Parce que Dieu ne cesse jamais de vouloir notre bien, même quand nous péchons ! Et que la Vierge Marie, Refuge des pécheurs, fasse jaillir de nos cœurs la confiance qui s’alluma dans le cœur du fils prodigue : « Je veux partir, aller vers mon père et lui dire : Père j’ai péché » (v.18). C’est sur cette voie que nous pouvons donner de la joie à Dieu, et que sa joie peut devenir sa fête et la nôtre.

© Libreria Editice Vaticana – 2016

 

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Date de dernière mise à jour : 2019-09-23