Pko 18.04.2019

eglise-cath-papeete-1.jpg

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°20/2019

Jeudi 18 avril 2019 – Cène du Seigneur – Année C

L’Eucharistie… par Edith STEIN

Edith est entrée au Carmel depuis trois ans quand elle rédige le texte intitulé « La prière de l’Eglise ». Elle nous fait bien comprendre que l’Église est l’héritière du Temple et de la Synagogue ; en tant que juive et chrétienne, elle voit dans la célébration de l’Eucharistie, l’accomplissement de la prière du peuple juif, l’accomplissement de l’Alliance. Voici quelques extraits de ce très beau texte, tirés de Source cachée. éd. Cerf. pages 53…

*********

Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu, le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire. Ces paroles solennelles du prêtre lors du saint sacrifice de la messe concluent les prières qui culminent dans le mystérieux événement de la transsubstantiation. Là se trouve résumé sous la forme la plus dense ce qu’est la prière de l’Église : rendre honneur et gloire au Dieu-Trinité par le Christ, avec lui et en lui. Bien que ces paroles soient adressées au Père, il n’est pas de glorification du Père qui ne soit en même temps glorification du Fils et de l’Esprit Saint. La gloire qui est ici exaltée est la gloire communiquée de toute éternité du Père au Fils et des deux au Saint-Esprit.

Toute louange de Dieu advient par le Christ, avec lui et en lui. Par lui parce que l’humanité a accès auprès du Père seulement par le Christ et que son être d’homme-Dieu et son œuvre de Rédemption sont la plus parfaite glorification du Père ; avec lui car toute prière véritable est un fruit de l’union avec le Christ… et toute louange du Fils est en même temps louange du Père et réciproquement ; « en lui » car l’Église en prière est le Christ lui-même, chaque personne en prière est un membre de son Corps mystique, et le Père est dans le Fils, comme le Fils est le reflet resplendissant du Père, manifestant sa gloire. Chacune de ces trois expressions – « par lui », « avec lui » et « en lui » a une double signification, ce qui exprime clairement le rôle de médiateur de l’homme-Dieu.

La prière de l’Eglise est la prière du Christ toujours vivant. Elle a son modèle originel dans la prière du Christ durant sa vie humaine… comme priait un juif croyant et fidèle à la loi… Il est monté à Jérusalem avec ses disciples aux temps prescrits pour participer à la célébration des grandes fêtes au Temple… il a chanté avec les siens les cantiques d’allégresse « Quelle joie quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur ! » (Ps 121)…

La dernière fois, il réunit ses disciples en vue d’accomplir l’un des devoirs religieux les plus sacrés : le solennel repas de la Pâque, où l’on fait mémoire de la délivrance de l’esclavage d’Égypte. Et c’est précisément cette dernière réunion qui nous fait peut-être pénétrer le plus profondément dans la prière du Christ et nous donne la clé pour comprendre la prière de l’Église.

« Pendant le repas, Jésus prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : “Prenez, mangez : ceci est mon corps”. Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, en disant : “Buvez-en tous, ceci est mon sang le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés”. »

… Les antiques formules de bénédiction sont devenues dans la bouche du Christ parole créatrice de vie. Les fruits de la terre sont devenus sa chair et son sang, remplis de sa vie… La puissance du Verbe, créatrice de vie, est liée au sacrifice. Le Verbe s’est fait chair pour livrer la vie qu’il a assumée ; pour offrir au Créateur en sacrifice de louange sa propre personne et la création rachetée par l’offrande qu’il fait de lui-même…

Lorsque le Seigneur prit la coupe, il rendit grâce ; nous pouvons songer là aux paroles de bénédiction qui expriment certes une action de grâce envers le Créateur, mais nous savons aussi que le Christ avait coutume de rendre grâce chaque fois qu’avant d’accomplir un miracle il levait les yeux vers le Père des Cieux. Il rend grâce parce qu’il se sait d’avance exaucé. Il rend grâce pour la puissance divine qu’il porte en lui et par laquelle il va manifester aux yeux des hommes la toute-puissance du Créateur. Il rend grâce pour l’œuvre de Rédemption qu’il lui est donné d’opérer, et il rend grâce par cette œuvre qui est elle-même glorification (Dt 30,19)…

Lorsque nous disons le Notre Père avant la sainte communion et, chaque fois que nous le prions en toute sincérité et de tout notre cœur et que nous recevons la sainte communion dans la disposition d’une âme droite, elle nous apporte alors l’exaucement de toutes nos demandes : elle nous délivre du mal parce qu’elle nous purifie de toute offense commise et qu’elle nous donne la paix du cœur qui ôte à tous les autres « maux » leur aiguillon ; elle nous apporte le pardon des péchés commis et nous affermit contre les tentations ; elle est elle-même le pain de la vie, dont nous avons besoin chaque jour, pour croître jusqu’à notre entrée dans la vie éternelle ; elle fait de notre volonté un instrument docile de la volonté divine ; par là, elle pose les fondations du Royaume de Dieu en nous et purifie nos lèvres et notre cœur pour que nous puissions glorifier le saint Nom de Dieu.

La participation au sacrifice et au repas sacré fait de l’âme une pierre vivante de la cité de Dieu, et, en vérité, de chacune un temple de Dieu… Jésus a prié, il n’a pas seulement pris part au service divin public prescrit par la Loi. … il se prépara à aller jusqu’au Golgotha. Le cri qu’il poussa vers le Père en cette heure-la plus pénible de sa vie nous est dévoilé en quelques brèves paroles… Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne

Ces paroles sont comme un éclair qui illumine pour nous un instant la vie la plus intime de l’âme de Jésus, le mystère insondable de son être d’homme-Dieu… Dans le secret et le silence s’accomplit l’œuvre de la Rédemption… comme un éclair qui illumine pour nous un instant la vie la plus intime de l’âme de Jésus, le mystère insondable de son être d’homme-Dieu…

La Vierge, qui gardait dans son cœur toute parole que Dieu lui adressait, est le modèle de ces âmes qui écoutent attentives ; en elles, la prière de Jésus grand-prêtre continue toujours de vivre. …

Prière

Qui es-tu lumière qui m’inonde

et illumine l’obscurité de mon cœur ?

Tu me conduis par la main comme une mère,

Et si tu me lâchais, je ne saurais faire un pas de plus.

Tu es l’espace qui enveloppe mon être

Et le garde en lui.

Abandonné de Toi, il tomberait dans l’abîme du néant

Dont tu me tireras pour m’élever à la Lumière,

Toi, plus proche de moi que je ne le suis de moi-même,

Plus intérieur que mon être le plus intime.

Poème d’Edith Stein

Dieu ose l’humanité

Homélie de la Cène du Seigneur 2018 – Pape François

Jésus termine son discours en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j’ai fait pour vous » (Jn 13,15). Laver les pieds. Les pieds, à cette époque, étaient lavés par les esclaves : c’était une tâche d’esclave. Les gens parcouraient les routes, il n’y avait pas de routes goudronnées, il n’y avait pas de pavés ; à cette époque, il y avait la poussière de la route et les gens se salissaient les pieds. Et à l’entrée de la maison, il y avait des esclaves qui lavaient les pieds. C’était un travail d’esclave. Mais c’était un service : un service accompli par des esclaves. Et Jésus a voulu accomplir ce service, pour nous donner un exemple de la façon dont nous devons nous servir les uns les autres.

Un jour, alors qu’ils étaient en chemin, deux des disciples qui voulaient faire carrière avaient demandé à Jésus d’occuper des places importantes, l’un à sa droite et l’autre à gauche (cf. Mc 10,35-45). Et Jésus les a regardés avec amour — Jésus regardait toujours avec amour — et a dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez » (v.38). Les chefs des nations commandent — dit Jésus — commandent, se font servir, et ils vont bien (cf. v.42). Pensons à l’époque des rois, des empereurs si cruels, qui se faisaient servir par des esclaves... Mais parmi vous — dit Jésus — il ne doit pas en être ainsi : qui commande doit servir. Votre chef doit être votre serviteur (cf. v.43). Jésus renverse l’habitude historique et culturelle de cette époque — et également celle d’aujourd’hui — celui qui commande, pour être un bon chef, où qu’il soit, doit servir. Je pense très souvent — non pas à notre époque parce que chacun est encore vivant et a la possibilité de changer de vie et nous ne pouvons pas juger, mais pensons à l’histoire — que si tant de rois, d’empereurs, de chefs d’État avaient compris cet enseignement de Jésus et si au lieu de commander, d’être cruels, de tuer des gens ils avaient fait cela, combien de guerres auraient été évitées ! Le service : vraiment il y a des gens qui ne facilitent pas cette attitude, des gens orgueilleux, des gens odieux, des gens qui nous souhaitent peut-être du mal ; mais nous sommes appelés à les servir davantage. Et il y a aussi des gens qui souffrent, qui sont rejetés par la société, tout au moins pour un temps, et Jésus va là pour leur dire : Tu es important pour moi. Jésus vient nous servir, et le signe que Jésus nous sert ici aujourd’hui, à la prison de Regina Cœli, est qu’il a voulu choisir 12 d’entre vous, comme les 12 apôtres, pour laver les pieds. Jésus prend des risques sur chacun de nous. Sachez ceci : Jésus s’appelle Jésus, il ne s’appelle pas Ponce Pilate. Jésus ne sait pas se laver les mains : il ne sait que prendre des risques ! Regardez cette image si belle : Jésus penché au milieu des épines, en risquant de se blesser pour prendre la brebis perdue.

Aujourd’hui, moi, qui suis un pécheur comme vous, mais qui représente Jésus, je suis un ambassadeur de Jésus. Aujourd’hui, quand je me penche devant chacun d’entre vous, pensez : « Jésus a pris des risques dans cet homme, un pécheur, pour venir me voir et dire qu’il m’aime ». Voilà ce qu’est le service, voilà Jésus : il ne nous abandonne jamais ; il ne se lasse jamais de nous pardonner. Il nous aime tellement. Regardez comment Jésus prend des risques !

Et ainsi, avec ces sentiments, continuons cette cérémonie qui est symbolique. Avant de nous donner son corps et son sang, Jésus prend des risques pour chacun d’entre nous, et il prend des risques dans le service parce qu’il nous aime tant.

 

François

© Libreria Editrice Vaticana – 2017

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 2019-04-22