Pko 18.08.2019

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°41/2019

Dimanche 18 août 2019 – 20ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

De la générosité à la solidarité

Onze ans déjà que Mgr Michel nous a quitté… au lendemain de la fête de l’Assomption… Il reste et restera encore longtemps le « grand évêque du Pacifique » selon les propos du Cardinal Gantin. Mgr Michel homme de foi, de courage… et prophète ! Voici, parmi ces nombreux écrits un édito paru le 12 janvier 1992 dans le Semeur tahitien… toujours si actuel !

« Le dernier cyclone a fait 2 victimes à Moorea. Ceux qui sont parvenus les premiers sur les iles les plus touchées disent qu'il aurait pu y en avoir beaucoup plus. Les habitants les plus exposés ont su se défendre et se protéger.

Un tel cataclysme pourrait se reproduire cette année. Cela ne nous fait pas oublier pour autant que le 11 octobre 1991, 2 adultes, 4 enfants ont péri dans un accident de la route à Papara.

Comment la société peut-elle se protéger moins bien contre les maux qu’elle engendre, que contre les catastrophes naturelles qui atteignent en une seule fois plusieurs îles ?

On opposera, sans doute, chance dans un cas, malchance dans l'autre !

Penser cela, ce n'est pas du fatalisme, c'est une lâche dérobade !

Une société doit mettre au sommet des valeurs à défendre la vie et en tirer les conséquences aussi bien pour les cyclones que pour les accidents de la route. Si le travail est une autre de ces valeurs, que la création de nouveaux emplois soit une priorité ; s'il y a une disproportion dans l'établissement des salaires et revenus qu'il y soit porté remède, et alors la justice ne sera pas un vain mot.

Encore une fois après Wasa, la générosité de la population a été magnifique. Elle a répondu spontanément aux demandes de secours. Pourquoi alors reste-t-on insensible aux souffrances, aux angoisses permanentes de familles ? au désespoir des jeunes inoccupés ? aux accidents dramatiques de la route des fins de semaine ?

Seigneur donne-nous la grâce de voir vraiment où est le danger, où est votre malheur et qui le supporte ?

Ma confiance c'est de constater aujourd'hui que la générosité n'est pas morte et qu'elle est puissante, prête à répondre à tous les besoins.

Mais Seigneur fais que nos cœurs sensibles aux malheurs occasionnels le soient encore aux malheurs permanents que nous pouvons empêcher ou arrêter.

Le thème du message du Pape pour la 25e Journée Mondiale de la Paix c'est « Croyants, tous unis pour construire ensemble la Paix ! »

Comment construire la Paix sociale, comment mettre la paix dans les cœurs sans construire la solidarité sur des bases économiques justes, avec en plus l'éclairage de Wasa, et des événements que nous vivons ?

Les “croyants” ne sont pas seulement ceux qui croient en Dieu, en Jésus Christ, mais ceux que leurs frères peuvent croire.

La paix est le désir souvent silencieux mais le plus universel des hommes ... la générosité n'est pas seulement élan du cœur, elle se consolide dans la solidarité que nous pouvons bâtir ensemble.

Mgr Michel COPPENRATH

20 décembre 1991 »

© Archidiocèse de Papeete - 1992

Laissez-moi vous dire…

22 août : Mémoire de la Vierge Marie Reine

Marie : une femme simple honorée en tous lieux et tous temps (2ère partie)

Continuons notre voyage sur les routes de France commencé dimanche dernier.

Rendons-nous presqu’au cœur de la France, à Thiézac dans le Cantal, à une trentaine de kilomètres au Nord-Est d’Aurillac. Pour parvenir à la chapelle Notre-Dame-de-la-Consolation, il suffit de suivre le chemin de Croix qui mène à travers les prairies à plus de 800 m d’altitude ; le cadre est bucolique. De l’extérieur, la chapelle ressemble à un buron de montagne (lieu d’estivage où l’on préparait le fromage). Une fois à l’intérieur, asseyez-vous et contemplez la voûte magnifiquement décorée de fresques datant de 1667, mais plusieurs fois restaurées. Ces fresques polychromes s’inspirent des litanies de la Vierge, chaque vocable est représenté dans un médaillon… une merveille ! Au-dessus de l’autel la Vierge en majesté présente son Fils qui, dans un geste de bénédiction, appelle la consolation sur celui (celle) qui est venu(e) prier. On dit qu’Anne d’Autriche serait venue y implorer la Vierge pour avoir un fils… un an après, naissait le futur Louis XIV [mais nombreux seraient les lieux où la reine aurait prié].

Reprenons la route par les petites départementales à travers le Massif Central. Sans se presser, quatre heures plus tard nous nous trouvons à l’Ouest de l’Ardèche à la Trappe Notre-Dame des Neiges [titre de Sainte-Marie Majeure à Rome], à 1 200 m d’altitude au milieu des pins. Entre Vivarais et Gévaudan, halte spirituelle idéale, notamment en période de canicule, changement d’air garanti ! Cette abbaye a été fondée en 1850 par des moines cisterciens venus à pied d’Aiguebelle [justement nous fêtons cette semaine, le 20 août, Saint Bernard de Clairvaux, grand promoteur de l’ordre cistercien]. On y vénère particulièrement le Bienheureux Charles de Foucauld qui vécut à la Trappe de 1890 à 1897 sous le nom de Frère Albéric. Le 23 janvier 1897 l’Abbé Général des Cisterciens l’autorisera à sortir de la Trappe Notre-Dame des Neiges pour suivre Jésus, le pauvre artisan de Nazareth.

Descendons maintenant vers le Sud, au pays des cigales et des oliviers. Nous ne manquons pas d’admirer les paysages ardéchois en faisant un crochet par Vals-les-Bains au monastère Sainte Claire. Nous arrivons pour Sexte, le temps de prier avec les Sœurs et de rencontrer Mère Abbesse Martine, Sœur Delphine et Sœur Pipiena, toutes trois issues du Monastère Ste Claire de Tahiti ! Après le pique-nique partagé, en route pour Frigolet près de Tarascon. Là sur une « Montagnette » se dresse la majestueuse Abbaye Saint-Michel de Frigolet. D’abord Prieuré fondé en 1133, après diverses vicissitudes devenue Abbaye en 1869, elle est confiée à l’ordre des chanoines réguliers de Prémontré. L’accueil des visiteurs et retraitants est bien organisé dans deux hôtelleries. La garrigue est propice à la méditation, on sent le pin, le cyprès et le ferigoulo [le thym en provençal] ! La basilique néogothique, dédiée à l’Immaculée Conception et à Saint Joseph, est d’une grande richesse de décors style « Sainte Chapelle ». À l’entrée du monastère l’église Saint-Michel comporte une chapelle romane, couverte de boiseries de style baroque, dédiée à Notre-Dame du Bon Remède. Son histoire n’est pas banale. En l'an 1198 Saint Jean de Matha fonda l'ordre de la Sainte Trinité pour lutter contre le marché des esclaves chrétiens et leur redonner la liberté. Les Trinitaires se placent sous la protection de la Vierge et recueillent d’importants fonds qui leur permettent d’obtenir la libération de centaines de milliers d’esclaves chrétiens. Pour remercier la Vierge pour son aide miraculeuse, Saint Jean de Matha l’honora en lui donnant le titre de « Notre-Dame du Bon Remède ». Si vous vous trouvez dans le besoin, et si vous rencontrez des difficultés pour obtenir de l'aide, invoquez Notre-Dame du Bon Remède, sans aucun doute elle vous aidera par sa puissante intercession.

Terminons notre périple par une très jolie région (une de plus !) à la limite entre les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, à une vingtaine de kilomètres de Gap : Notre-Dame du Laus. C’est un hameau, à 900 m d’altitude, au cœur d’un amphithéâtre laissé par un lac asséché [lac se dit laus (prononcer lô) en provençal-alpin] ; il est au carrefour de trois anciennes voies romaines, l’une allant vers Compostelle, une autre vers Rome. Le cadre est magnifique, l’ensoleillement est garanti 250 jours par an ! Jean Guitton, philosophe académicien, disait : Notre-Dame du Laus est « un des trésors les plus cachés et les plus puissants de l’histoire de l’Europe ». L’origine de ce lieu de pèlerinage remonte à 1664, année où une modeste chevrière, âgée de 17 ans, commence à bénéficier d’apparitions de la Vierge Marie, de Jésus et différents saints. Les apparitions ont duré 54 ans et n’ont été reconnues par l’Église qu’en 2008. Dès 1665 les autorités religieuses [le chanoine Pierre Gaillard, docteur en théologie, aumônier du roi ; le chanoine Antoine Lambert, vicaire général et official de l’évêché d’Embrun…] se rendent sur place pour enquêter sur Benoîte et ces apparitions. À aucun moment durant les interrogatoires Benoîte n’est prise en défaut. Elle continue sereinement sa mission d'accueil, de prière et de pénitence en mettant en œuvre son charisme de connaissance des cœurs. Toute sa vie Benoîte restera confiante et simple.

C’est sur ordre de la Vierge Marie que Benoîte a découvert un ancien oratoire en ruine couvert de chaume dédié à Notre-Dame de Bonne-Rencontre. De merveilleux parfums s’y font sentir. C’est à cet endroit que la Vierge a demandé de « bâtir une église en l'honneur de son très cher Fils et au sien, où beaucoup de pécheurs et de pécheresses se convertiront ». Des centaines de guérisons physiques s’opèrent au Laus, notamment par les onctions de l'huile de la lampe du sanctuaire, appliquées avec foi, selon le conseil de la Vierge Marie.

Au Laus tout respire la réconciliation pour qui sait ouvrir son cœur à Dieu. Les promenades sont multiples, tout est occasion d’une Bonne Rencontre, au détour des chemins on découvre chapelles, oratoires, statues … qui favorisent la prière et la méditation. Il vaut mieux y aller en basse saison…

En découvrant tous ces lieux de France où la Vierge Marie s’est manifestée, comment ne pas reconnaître la place privilégiée de la France dans l’Église et, surtout, dans le cœur de Dieu ? En sommes-nous encore dignes, nous, les Français ?

Dominique Soupé

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

Rentrée scolaire

À l’heure où vient de sonner la « rentrée des classes » pour les petits et les grands, mesurons d’abord la chance que nous avons de pouvoir envoyer nos enfants à l’école. Certes, tout n’est pas parfait, mais confrontés à ces imperfections, pensons d’abord à ces pays où beaucoup d’enfants n’ont pas la chance d’être scolarisés pour raison de guerre, de pauvreté, d’immigration, à ces pays où les enfants doivent faire parfois le ventre vide plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre une école où le matériel pédagogique, les tables et les bancs font cruellement défaut…

L’école est d’une importance capitale pour l’éducation des enfants. Elle permet le développement ordonné des facultés intellectuelles, elle introduit à l’histoire et au patrimoine culturel hérité des générations précédentes, elle prépare à la vie professionnelle. L’école veut donner aux enfants et aux jeunes les moyens de s’approprier les connaissances qui leur permettront de mieux comprendre le monde, son histoire, ses lois, la société et son fonctionnement, elle prépare à la vie professionnelle. Ils pourront ainsi acquérir les moyens de devenir participants de l’œuvre créatrice commencée par Dieu au commencement du monde. Ils pourront se préparer à prendre leur place dans l’édification de notre société, de notre Fenua pour qu’il soit sans cesse plus fraternel, plus juste et plus équitable.

L’école ouvre les enfants au sens des valeurs indispensables à la vie en société. Lieu de rencontre entre élèves d’origine sociale et de caractère différents, elle doit faire naître un esprit de camaraderie qui forme à la compréhension mutuelle et à l’acceptation de la différence. Selon les mots du Concile Vatican II en sa déclaration sur l’Éducation Chrétienne (n°5), l’école « constitue comme un centre où se rencontrent pour partager les responsabilités de son fonctionnement et de son progrès, familles, maîtres, groupements de tous genres créés pour le développement de la vie culturelle, civique et religieuse, la société civile et enfin toute la communauté humaine. ». Il revient donc à l’école d’apprendre aux enfants et aux jeunes à se respecter dans leurs différences, leur apprendre à voir en ces différences non une menace mais une richesse, une complémentarité qui enrichit.

« Une tête bien faite vaut mieux qu’une tête bien pleine… », dit le proverbe.  Pour cela, il importe de permettre aux enfants et aux jeunes de trouver le sens et la cohérence de tout ce qu’ils apprennent. Pas simplement « réussir dans la vie », mais surtout « réussir sa vie ». Pour les disciples de Jésus que nous voulons être, seul lui peut donner ce sens et cette cohérence. C’est pourquoi la découverte du Christ et de son message fait partie des priorités de nos établissements de l’Enseignement Catholique, et ce dans le respect de la diversité des croyances qui peuvent exister parmi ces enfants. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de convertir, il s’agit de proposer, de faire découvrir la beauté du message de l’Évangile, la richesse de l’amour du Christ pour tous, qu’ils soient catholiques ou non. Il s’agit de faire surgir une source de vie, une source jaillissante au cœur de ceux et celles qui nous sont confiés. Libre à eux, ensuite, d’en faire ce qu’ils jugent bon.

Enfin, l’école ne saurait assurer sa fonction d’éducation sans le soutien et la collaboration des parents, premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. La cellule familiale est le lieu initial de l'apprentissage de la vie commune. L'école seule ne peut inculquer des valeurs et en attendre une efficacité sans le concours des parents qui font de leur maison un lieu où se vivent déjà de façon habituelle les grands principes du vivre ensemble : l'entente, l'harmonie, l'amour, l'esprit de solidarité, le sens des responsabilités, la conscience du bien et du mal. En outre, l'amélioration des conditions de vie et d'enseignement pour faire de nos écoles des lieux de convivialité repose en bonne partie sur le dynamisme de nos associations de parents d'élèves à travers nombres d'activités (organisation de sorties d'écoles, de kermesses, etc.).

Alors, bonne rentrée à tous !

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Lettre de Mgr Jean-Pierre au sujet du Grand Séminaire

L’avenir du grand-Séminaire de Tahiti

Dans une lettre aux fidèles, Mgr Jean-Pierre COOTANCEAU, archevêque de Papeete présente l’avenir du Grand-Séminaire de Tahiti. Sa « délocalisation » à Orléans afin que nos futurs prêtres vivent l’expérience de la formation en communauté… comme le souhaite l’Église… Saluons cette décision courageuse pour l’avenir de notre Église diocésaine.

Chers frères et sœurs

Le diocèse de Papeete va vivre début Septembre un changement important concernant notre Grand Séminaire « Notre Dame de la Pentecôte ». Fondé par Mgr Michel COPPENRATH en 1983, le Grand Séminaire du diocèse a permis de former et d’accompagner jusqu’à l’ordination sacerdotale un certain nombre de nos prêtres, diocésains et religieux. Pour mener à bien cette mission de formation des futurs prêtres, Mgr Michel s’était entouré d’un personnel fourni par les Congrégations religieuses alors présentes dans le diocèse :

*Les Oblats de Marie Immaculée qui fournirent recteurs, professeurs et accompagnateurs : P. Hubert LAGACE, P. Polydor TWANGA, P. Marius BOBICHON, P. Patrice MOREL, P. Franck DEMERS, P. Roger ROY, Fr. Christian DIONNE, P. Roger COUTURE…

*Les Frères du Sacré Cœur : Fr. Laurent NORMANDIN, Fr. Laurent PREMONT, Fr. Serge TOUPIN…

*Les Frères de l’Instruction Chrétienne (Frères de La Mennais) : Fr. Michel GOUGEON, Fr. Joseph LE PORT, Fr. François PICHARD, Fr. Claude SIMON, Fr. Yvon DENIAUD, Fr. Jean Pierre LE REST…

*Les Religieux des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie : P. Jean Claude LE FRANC, P. Gabriel PHALIP, P. Jean Pierre COTTANCEAU ;

*Les Prêtres de St Sulpice : P. Claude JOUNEAU ;

*Les Filles de la Charité du Sacré Cœur : Sr Denise LESSARD ;

*Les Sœurs de ND des Anges : Sœur Marie Christine CHUNGUE ;

*Des prêtres venus d’autres diocèses et mis à disposition : Mgr Jean PASSICOS, P. Jacques BUR ;

Prirent également part à la formation au Grand Séminaire des prêtres et des laïcs du diocèse :

*Des prêtres : Mgr Hubert COPPENRATH, P. Patrick CAIRE, P. Auguste UEBE CARLSON, P. Joël AUMERAN, P. Gilbert NOHOTEMOREA, P. Vetea BESSERT, P. Landry BOYER, P. Jean Pierre POTELLE ;

*Des laïcs : Mme Faustine TOKORAGI, Mme Johanna NOUVEAU, Mme Tehea PORLIER, Mme Claudine TAUTU-PEA, Mr Marc SAINT-SEVIN, Mr Guy BESNARD, Mr Freddy CHUNG…

Qu’ils soient tous ici remerciés pour le ministère qu’ils ont accompli au service de la formation des prêtres.

Depuis, la situation s’est bien modifiée au fil des années. Beaucoup de ces partenaires du Grand Séminaire ont quitté le diocèse ou ont été appelés à d’autres fonctions, et le nombre de séminaristes est tombé à quatre pour l’année 2018–2019, dont un en propédeutique à la maison St Augustin (propédeutique du diocèse de Paris) et un en stage au Canada dans le diocèse de Bathurst. Restaient donc dans les locaux du Grand Séminaire de Papeete le P. Vetea (recteur) et deux séminaristes en 2° année de cycle philosophie. Si nous pouvions encore, et avec difficulté, espérer assurer les cours et la direction spirituelle des séminaristes dans l’avenir, nous ne pouvions plus assurer au Grand Séminaire la présence d’une communauté de vie permettant une formation complète.

En effet, pour former un futur prêtre, il ne suffit pas d’enseigner les matières académiques (Bible, morale, théologie, histoire, droit Canon, spiritualité, liturgie etc…). Le document fondamental intitulé « Le don de la vocation presbytérale », publié le 8 Décembre 2016 par le Vatican (Congrégation pour le Clergé), et concernant la formation dans les séminaires précise au §89 : « quatre dimensions de la formation sont nécessaires pour assimiler le cœur du séminariste à celui du Christ : dimensions humaine, spirituelle, intellectuelle, pastorale ». Les séminaristes ont aussi besoin d’une communauté de vie comme cadre à cette formation. Le texte de Rome précise à ce sujet :

« §50. La vie communautaire durant la formation initiale doit avoir des répercussions sur chacun, en purifiant ses intentions et en transformant sa conduite pour l’amener graduellement à la conformer au Christ. Jour après jour, la formation se réalise à travers les relations interpersonnelles, les moments de partage et de confrontation qui concourent à la croissance du « terreau humain » dans lequel mûrit concrètement une vocation.

§51. L’expérience de la vie communautaire est précieuse et incontournable, et qui forme à la fraternité dans le presbyterium... L’expérience de la vie communautaire est également précieuse et incontournable pour la formation de ceux qui seront appelés, dans le futur, à exercer une vraie paternité spirituelle auprès des communautés qui leur seront confiées... La communauté du séminaire est, de fait, une famille dont le climat favorise l’amitié et la fraternité. Vivre cette expérience aidera le séminariste à mieux comprendre, plus tard, les exigences, les dynamiques et aussi les problèmes des familles qui seront confiées à sa sollicitude pastorale ».

Devant cette situation et pour répondre aux nouvelles exigences de formation des futurs prêtres, nous devions réfléchir sérieusement à l’avenir de notre Grand Séminaire. C’est ainsi que, depuis 2018, plusieurs propositions furent mises à l’étude :

  • Envoyer tous nos séminaristes au Séminaire Régional du Pacifique à Suva. Mais la formation y est donnée en Anglais.
  • Transférer le Grand Séminaire de Outumaoro à une communauté pastorale paroissiale (Maria no te Hau par exemple), les prêtres de la paroisse et le recteur du séminaire constituant cette communauté de formation. Mais vu les obligations de la pastorale, il est peu probable que cela aurait pu fonctionner.
  • Transférer une partie de la formation en métropole (soit l’année de propédeutique, soit le cycle de philosophie, soit le cycle de théologie) et garder l’autre partie dans notre diocèse. Mais cette solution ne résolvait pas le problème de la communauté de formation au Grand Séminaire.
  • Délocaliser le grand séminaire dans sa totalité en le transférant en métropole dans un séminaire disposant de structures, d’une communauté de formation et de personnes « ressource » permettant aux séminaristes une meilleure préparation au sacerdoce.

À plusieurs reprises, et au fur et à mesure de la réflexion, ces diverses propositions furent débattues lors des presbyteriums de 2017 et 2018, lors des conseils presbytéraux (des 15/01, 17/05, 05/07, 02/10, 13/11 2018 et 29/01 2019) et en conseil du grand séminaire (16/03, 11/06, 23/11 2018 et 25/01 et 10/04 2019). Au final, avec l’accord unanime du recteur et du conseil du Grand Séminaire et après mûre réflexion, j’ai pris la décision, après avoir rencontré l’évêque d’Orléans, le recteur du Grand Séminaire et les séminaristes lors de leur fête de fin d’année fin Juin 2019, de transférer notre Grand Séminaire au séminaire interdiocésain d’Orléans, en métropole, à partir de la rentrée de Septembre 2019.

Ce séminaire interdiocésain est sous la responsabilité collégiale des évêques de Blois, Bourges, Chartres, Nevers, Orléans, Sens Auxerre et Tours. Le recteur est un Père de la congrégation des Eudistes. Le séminaire se compose :

  • D’une équipe de six prêtres, à qui l’animation est collégialement confiée.
  • Des enseignants. Ils sont 29, dont un total de 15 prêtres. Les autres sont laïcs, hommes ou femmes, religieuses, célibataires ou mariés. Certains enseignent à l’institut catholique de Paris ou celui d’Angers. D’autres interviennent au séminaire d’Issy-les-Moulineaux ou de Nantes.
  • Enfin, la communauté du séminaire : ce sont surtout les séminaristes. Cette année 2019/2020, ils seront 32 : 14 anciens dont deux Indiens, deux Vietnamiens et deux Haïtiens et 18 nouveaux dont 5 de Tahiti. Ils ont entre 20 et 44 ans. Certains ont fait des études allant jusqu’au doctorat. D’autres sont issus de filières professionnelles, certains n’ont pas le bac ! Mais dans sa pédagogie, le grand séminaire d’Orléans a appris à s’adapter à cette diversité de parcours. Le développement du tutorat permet une personnalisation du parcours académique et de l’accompagnement intellectuel de chaque séminariste.

Ce séminaire propose en plus des cours « académiques » :

  • une vie communautaire réunissant au quotidien formateurs et séminaristes comme socle de la formation dispensée, au service d’une articulation permanente, sans confusion, de ses différentes dimensions : humaine, spirituelle, intellectuelle, pastorale ;
  • une insertion pastorale consistante, croissante au long de la formation ;
  • une mise en responsabilité - dans leur vie quotidienne et dans les différentes dimensions de la formation - des séminaristes, désignés par l’exhortation apostolique « Pastores dabo vobis » comme les acteurs « nécessaires et irremplaçables » de leur formation (n°69).

Notre diocèse va donc envoyer 5 séminaristes à Orléans :

  • Un nouveau séminariste qui va commencer sa propédeutique, année de discernement.
  • Un qui a terminé sa propédeutique à Paris en Juin et va commencer sa première année de 1° cycle (philosophie).
  • Deux qui ont fini leur cycle de philosophie au séminaire de Papeete et qui vont commencer leur 2° cycle (théologie).
  • Un qui a suivi il y a plusieurs années de cela la quasi-totalité de sa formation au Grand Séminaire de Papeete et qui va finaliser sa formation par l’année de préparation au diaconat en vue de l’ordination au sacerdoce.

À ces 5 séminaristes va se joindre le P. Vetea BESSERT qui va les accompagner et intégrer l’équipe des professeurs et accompagnateurs du grand séminaire d’Orléans, après avoir suivi à sa demande, une formation de plusieurs mois sur l’accompagnement personnel en Métropole. Le diocèse fait là un sacrifice, et j’en suis bien conscient. Mais nous voulons mettre de notre côté toutes les chances de succès pour la formation de nos séminaristes.

Je signale pour terminer cette liste que notre diocèse a donné un sixième séminariste : envoyé en stage dans le diocèse de Bathurst au Canada, celui-ci a demandé à poursuivre sa formation là-bas pour ce diocèse. Et je suis heureux de pouvoir dire que malgré notre petit nombre, notre diocèse a donné un de ses enfants pour un autre diocèse qui, lui aussi, est bien pauvre en prêtres ! Il en va ainsi dans l’Église qui s’édifie dans cet esprit de solidarité dans la mission…

Certes, comme toute solution, celle qui a été choisie présente des faiblesses dont je suis bien conscient :

  1. La formation se fera en-dehors du Fenua et de notre Église locale, de sa réalité et de ses spécificités. La présence du P. Vetea aux côtés de nos séminaristes sera précieuse pour pallier quelque peu à cette difficulté et la période des vacances de Juillet Août à Tahiti devra être mise à profit pour remédier à cette situation.
  2. L’absence physique de nos séminaristes ne devra pas provoquer un relâchement dans notre prière pour les vocations. Notre séminaire ne ferme pas, il a simplement changé de lieu, et ce pour le bien futur de notre diocèse !
  3. Il se peut aussi que la perspective de partir en métropole pour le séminaire décourage certains qui auraient le projet de devenir prêtres. Permettez-moi simplement de rappeler ces paroles du Christ en Luc 14, 26 : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple ! ». De plus, l’accompagnement sur une année au moins des candidats possibles à Tahiti par le service des vocations et par les prêtres qui les suivent devrait permettre à ces candidats de se familiariser peu à peu avec cette perspective de départ et de s’y préparer dans la foi et la confiance.
  4. Enfin, que deviendra le bâtiment du grand séminaire ? C’est une autre histoire, mais sachez que j’ai commencé à étudier le projet d’y établir une aumônerie catholique pour les étudiants de l’Université, avec d’une part foyer d’hébergement pour une dizaine d’étudiants issus des îles et venant étudier à l’UPF, et d’autre part centre d’activité et de rencontre comme réunions, conférences, célébrations, soirées débat, formation chrétienne etc… qui donneront corps et visibilité à cette aumônerie d’étudiants et à la présence de l’Église dans ce milieu d’où pour l’instant elle est complètement absente !

Au terme de ce long propos, je vous invite à prier pour que le Seigneur bénisse et accompagne de sa grâce ce nouveau départ de notre séminaire. Nous devons avancer et prendre sérieusement en compte les changements qui affectent notre société et l’Église et qui impactent par là même, la formation de nos futurs prêtres. Jésus nous enseigne qu’il faut mourir pour vivre, qu’il faut accepter de perdre pour gagner. Notre fidélité ne doit pas nous fixer aux structures mais à la vie qui change sans cesse, et à l’Esprit qui sans cesse renouvelle la face de la terre. Vivons dans la foi et l’espérance ce changement, qu’il nous aide à regarder ensemble vers l’avenir avec confiance !

+ Monseigneur Jean Pierre COTTANCEAU,

Archevêque de Papeete

© Archidiocèse de Papeete - 2019

11ème anniversaire du décès de Mgr Michel COPPENRATH

La Mission de l’Église

« En vertu d'une tradition vénérable, on marque chaque année l'anniversaire de la mort du dernier évêque défunt, en célébrant la messe ; il est bien qu'elle soit célébrée… dans son église cathédrale. Les fidèles et principalement les prêtres seront avertis de se souvenir dans le Seigneur de ceux qui les ont dirigés et qui leur ont annoncé la parole de Dieu ». Il y a 11 ans, Mgr Michel nous quittait pour rejoindre la maison du Père. Une occasion pour nous aujourd’hui de relire l’une de ses premières lettres pastorales qui nous rappelle la mission de l’Église… toujours d’actualité !

« De sa nature, l’Église, durant son pèlerinage terrestre, est missionnaire »[1].

« L’Église étant tout entière missionnaire, et l’œuvre de l’évangélisation étant le devoir fondamental du Peuple de Dieu, le saint Concile invite tous les chrétiens à une profonde rénovation intérieure… »[2]

Ainsi s’est exprimé le Concile pour nous rappeler la Mission fondamentale de l’Église qui se répartit sur chaque fidèle.

Le spectacle de tant d’hommes hors de la Foi chrétienne (près de 2 milliards 800 en 1967) fait redécouvrir cette vérité essentielle que vous pourriez avoir oubliée ou que peut-être vous n’avez jamais compris pleinement, habitués que nous sommes à considérer l’Église comme l’enclos où les baptisés trouvent un refuge, évitent la perdition et s’échappent du monde vers le ciel, par une copieuse distribution de sacrements, indéfiniment répétés ou administrés, si l’on se souvient que le prêtre est toujours là aux derniers instants.

Lorsque le Concile a proclamé que « l’Église est missionnaire », ce n’est pas pour une levée en masse, ni une mobilisation générale, qui suppléerait au petit nombre de ceux qui, par les fonctions qu’on leur reconnaît, courent après la brebis perdue, ou jettent le filet des grandes pêches, ou encore prient à l’abri des murs d’un monastère pour le salut du monde. Non ! C’est plutôt qu’au souffle de l’Esprit-Saint, l’Église s’est retrouvée elle-même telle que le Christ l’a voulue : « Vous êtes la lumière du monde… Ainsi votre lumière doit-elle briller aux yeux des hommes pour que, voyant vos bonnes œuvres, ils en rendent gloire à votre Père qui est dans les Cieux ».[3]

C’est à tous les chrétiens d’Éphèse que saint Paul adressait aussi cet appel… « Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix… »[4]

Autrement dit, ou bien l’ensemble des chrétiens prendront « les savates du repos chez soi » ou bien « ils se chausseront pour les sentiers difficiles par où ils propageront l’Évangile de la paix, » i.e. la Bonne Nouvelle de la Paix, cette Paix étant précisément, dans le Nouveau Testament, la réconciliation de l’homme en Dieu le Père, par le sang versé et la résurrection de Jésus-Christ.

Être missionnaire, c’est être envoyé aux hommes pour leur transmettre la Foi et, par les sacrements, les agréger véritablement au « Corps du Christ qui est l’Église »[5].

L’Église est missionnaire en raison de l’ordre donné par le Christ aux Apôtres : « Allez par le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné »[6]. Mais aussi « en vertu de l’influx vital que le Christ communique à ses membres »[7], autrement dit, en raison de la vie même du Christ agissant par l’Esprit-Saint en chacun de ses disciples.

Mais l’Église missionnaire dans le monde entier, peut-elle l’être aussi à Tahiti ? Et comment ? - De la réponse à ces deux questions dépend l’appel missionnaire de l’Église à Tahiti : l’écouterons-nous ?

***

L’Église missionnaire s’était considérée, il y a quelques décades, comme une Église implantée d’où pourront partir ses propres missionnaires.

Les progrès de la « Mission » ici ne sont pas malheureusement accompagnés d’un véritable changement de mentalité.

Chez nous, on parle encore de « Mission », mais pour désigner des terres ! Il m’arrive même de recevoir des factures avec, comme raison sociale, « Mission Catholique » ? On parle de « missionnaires », mais souvent avec le qualificatif de « vieux missionnaires », pour rappeler la période héroïque de ceux qui, sur des cotres de fortune, au prix d’une navigation aventureuse, ont fait connaître le Sauveur dans les atolls. Les revues missionnaires qui nous viennent d’Europe traitent très peu souvent du Pacifique. Tout cela dénote un état d’esprit qui renvoie au passé de l’époque missionnaire et à une situation acquise : la « Mission » !

Les païens ne sont-ils pas comptés comme désormais en très petit nombre ? L’histoire même de l’Évangélisation, malgré les rivalités chrétiennes qu’elle décèle, aboutit à la christianisation de l’ensemble des populations polynésiennes. Nous ne pouvons que nous réjouir de voir désormais que l’esprit-conquête fait place peu à peu à un esprit œcuménique : tous ceux qui croient au Fils de Dieu fait homme, Sauveur du monde, baptisés dans sa Mort et sa Résurrection, ne sont-ils pas tous membres d’un même peuple de Dieu ?[8]

Et pourtant la « Mission de l’Église » ici, loin de s’être réduite en raison du travail accompli ou d’une recherche de l’unité chrétienne, voit s’ouvrir devant elle un champ d’apostolat encore plus vaste. Quelles en sont les raisons ?

Nous n’en relèverons que deux plus importantes :

1° La première, c’est qu’un diocèse n’est jamais missionnaire que pour lui-même : il l’est pour d’autres diocèses, pour le Monde et l’Église tout entière. Tahiti a beaucoup reçu de l’extérieur : combien de religieuses, religieux frères ou prêtres, même laïcs (il y en a eu déjà tout au début[9]), sont arrivés de France, Belgique, Allemagne, Espagne… N’est-il pas conforme à l’esprit de l’Évangile que de nos îles partent aussi des missionnaires ? Cela s’est produit déjà et devrait se renouveler. Notre mission, il faut la voir tout aussi bien en Nouvelle-Calédonie où des prêtres de chez nous sont déjà nécessaires au milieu de nos nombreuses familles catholiques tahitiennes qui font la dure expérience du monde industrialisé.

2° La seconde raison, c’est qu’en 1970, s’il est vrai que la « seule annonce de l’Évangile » n’absorbe plus la totalité de l’effort apostolique, « l’activité missionnaire », elle, comme en tout point du globe, s’en trouve considérablement accrue.

En de très nombreux pays, les chrétiens sont un petit nombre dans la « dispersion », c’est le cas de l’Asie, de l’Afrique, par exemple. Même là où ils sont les plus nombreux, cas de l’Amérique du Sud, la loi du nombre joue très peu en face des idéologies nouvelles où Dieu est chassé, où le matérialisme pratique répand l’attrait de l’argent, du confort, des plaisirs artificiels, et quand tout cela subsiste au milieu de toutes sortes de violences, de haines, de menaces, malgré les découvertes les plus étonnantes. « L’homme peut tout » : dans la Vérité comme dans l’erreur, dans la Paix comme dans la guerre, dans le bien comme dans le mal.

Vous savez trop, hélas !, que cette vision actuelle de notre globe se reflète parfois chez nous, sous des formes atténuées mais qui nous mettent bien en face de notre mission chrétienne.

L’Église doit aider les hommes à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Reconnaissons que, dans les premières années de l’évangélisation dans nos îles, cette idée fut extrêmement difficile à appliquer. L’ignorance quasi-totale de la sociologie, de l’ethnographie… - sciences alors inconnues -, a rendu difficile un départ à partir de l’homme et de sa culture. Certes un Père Laval et tant d’autres après lui, ont par une connaissance profonde des langues, des mœurs, complété l’annonce directe de l’Évangile par un souci de l’homme qui a accaparé une activité missionnaire prodigieuse. Ils eurent leurs imitateurs qui, pour l’organisation des nouveaux villages, les plantations, l’alphabétisation,… etc…, ont complété remarquablement le travail d’éducation de nos écoles catholiques de Papeete.

Mais ce souci de l’homme, de la culture qui l’habite, en même temps que du monde nouveau qui s’installe autour de lui, doit rester, en 1970, un des objectifs majeurs de tout missionnaire.

Un certain nombre de théologiens de la Mission, réunie en juin 1969 sous la présidence du Cardinal Agagianian, Préfet de la S.C. pour l’Évangélisation du Monde ont déclaré : « Les vrais missionnaires ont toujours travaillé à la promotion humaine… dans la mesure où cette tâche engage l’homme, le développement devient une réalité qui n’est pas seulement une “leçon de choses”. C’est un témoignage parlant de Seigneurerie du Christ sur le monde. Ce témoignage doit être reconnu comme évangélisation au sens strict, comme acte expressément religieux. Ce témoignage parlant est une des voies de l’évangélisation, exige par ailleurs que la Parole authentique de salut soit proclamée, révélant le mystère de notre vocation divine et répondant du même coup “aux problèmes et aux aspirations de l’homme d’aujourd’hui” »[10].

Voilà donc les deux voies de la mission : annonce de l’Évangile par la parole et l’exemple, mais aussi promotion de l’homme. C’est là qu’apparaît l’immensité de la tâche missionnaire. « C’est dire que la communauté chrétienne, qui aura permis au jeune de rencontrer Dieu, lui fournira aussi un moyen efficace d’une rencontre chrétienne avec le monde à sauver ».[11] On ne saurait à la fois mieux exprimer la mission globale des chrétiens et le principe de la naissance de toute vraie vocation.

C’est la multiplication et la différenciation des vocations dans notre communauté chrétienne qui, seule, pourra nous permettre ici d’être fidèles à notre mission. Encore faut-il avoir le courage de déceler d’abord les obstacles.

***

Après quelques échanges d’idées avec les responsables du « Service de la Vocation »[12], au début de janvier, il est apparu que notre communauté catholique, dans son ensemble, n’a pas encore perçu clairement la « grandeur » et partant de là l’importance de toute vocation dans l’Église.

Au lieu de relier la vocation de tout chrétien à la « mission même de l’Église » telle qu’elle vient d’être présentée, vous vous en faites une conception soit trop humaine, soit trop sublime.

Tous ceux et toutes celles qui, à un titre quelconque, apparaissent dans notre pays comme responsables de cette mission : évêques, prêtres, frères et sœurs, catéchistes, militants, ne donnent pas toujours une image fidèle de la beauté et de la grandeur de la vocation. Nous le savons, et nous en souffrons : nous sommes sujets au vieillissement, à la maladie, à la faiblesse, aux imperfections, aux incompréhensions, aux erreurs, voire même à la tentation et au péché. Mais ne jugez pas de l’extérieur et d’après le « costume » ! Le portrait du missionnaire ne nous est-il pas finalement tracé, à notre insu, par la société elle-même et pas par notre Foi ? Si tout d’un coup vous n’étiez plus « spectateurs » de cette mission, mais engagés vous aussi sur le chemin du Christ, alors comme votre jugement s’éclairerait ! De jeunes garçons et de jeunes filles, au début de leur engagement au service de Dieu, sont souvent mis dans la gêne, disons même dans la « honte » (le « mea haama » est encore fréquent) par la conception trop superficielle que leur entourage conserve de la vocation, au lieu des encouragements de la communauté catholique, ils sentent une certaine réserve, voire une réprobation silencieuse.

À l’opposé, et comme il nous l’a été aussi rapporté, certaines familles considèrent que le simple désir de servir Dieu dans un engagement sans retour requiert des qualités extraordinaires. « Oh !, a-t-on entendu dire, pour être frères, sœurs, il faut être des types parfaits… » Justement non ! La vie religieuse ne se calque pas sur un « type ». Et ne confondez pas la perfection avec un cheminement vers elle, humble et lent. Dans la marche vers le don total de soi à Dieu, il y a bien les « coulisses » que l’on ne pourrait guère montrer à la Télévision, mais il n’y a aucun exploit ! La greffe n’efface jamais le rameau sauvage.

Cet état d’esprit n’est-il pas aussi la raison de la rareté des « vocations laïques ». L’absorption progressive par le milieu du travail, l’enlisement collectif dans le milieu professionnel finissent par réduire la pratique religieuse, puis par assécher le levain dans la pâte. Les problèmes personnels ou familiaux, comme celui de la régulation des naissances, découragent : alors, se sentant si peu courageux ou si peu parfait, on évite l’engagement et l’on en conclut qu’il y a une rupture fatale entre « vie chrétienne » et « vie humaine ».

Aucune lacune aussi au plan « psycho-social » : une atrophie du sens de la responsabilité. Récemment un expert passant dans le Territoire, et pour des objectifs surtout économiques et commerciaux, constatait que ni l’élévation du degré d’instruction, ni l’élévation du niveau technique n’avaient multiplié le nombre des « animateurs de groupes ». Il y en a certes et, dans nos paroisses, c’est spectacle réconfortant d’admirer le dévouement inlassable de « ceux sur qui on peut compter ». Mais, on constate par ailleurs, chez certains, trop d’esprit d’abandon devant les différences […] se sentir responsable des autres.

Ainsi, reconnaissons que les difficultés humaines constituent fréquemment un obstacle au développement des vocations et à la fidélité à « sa vocation ». Il est temps maintenant d’en venir à une présentation plus réaliste et plus évangélique de la vocation, et de faire en sorte qu’ensemble elle trouve ici son application.

1° La vocation chrétienne apparaît d’abord comme une expérience personnelle par laquelle, mû par la grâce de Dieu, aidé par des qualités naturelles ou acquises, dans des conditions déterminées, un chrétien ou une chrétienne essaie de prendre sur lui une part de la « mission » de l’Église. Cette prise en charge se traduit par un engagement que l’Église reconnaît (c’est le cas des laïcs) ou qu’elle consacre définitivement (c’est le cas des religieux, religieuses ou prêtres).

Au cours de cette expérience, le chrétien verra de plus en plus clairement s’ouvrir devant lui la double voie missionnaire : témoigner par la parole et l’exemple du Salut apporté par Jésus-Christ, et travailler à l’élévation de l’Homme, ce que le Pape Paul VI entend par « développement de l’homme ». Quelle funeste erreur, chez beaucoup d’adolescents, de considérer, à cause des renoncements nécessaires pour suivre le Christ, la vocation comme une fuite du Monde. Une foi claire, une charité profonde s’accompagnera toujours chez le disciple du Christ de la détermination de travailler pour l’homme. Rappelons que finalement l’Église reconnaît que l’évangélisation proprement dite et le développement humain sont un seul et même apostolat missionnaire pratique. Celui qui est à l’écoute de l’Évangile est aussi à l’écoute du Monde, et qui proclame l’Évangile doit aussi l’insérer dans la société, mais une société qu’il aura reconnue, en des hommes qu’il aura aimés et dont il connaîtra la culture, les aspirations, les besoins matériels et spirituels.

2° En second lieu, et c’est l’enseignement du 2ème Concile du Vatican, la naissance, la maturation, l’approfondissement des vocations dans l’Église ou le Monde dépend « d’une action concertée de tout le peuple de Dieu »[13].

« Le devoir de cultiver les vocations revient à la communauté chrétienne tout entière qui s’en acquitte avant tout par une vie pleinement chrétienne »[14].

Le Concile a rappelé encore « que les parents sont pour leurs enfants les premiers hérauts de la Foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée »[15].

Ne pensez pas qu’en vous rappelant ces textes, nous cherchons à nous décharger, si peu que ce soit, de la « mission de l’Église » sur les autres. Mais la vocation se définit aussi comme un approfondissement d’une vie de foi au service de l’Église de Christ : « grâce à une vie vraiment chrétienne, les familles deviennent des séminaires d’apostolat des laïcs et de vocations sacerdotales et religieuses »[16].

3° Le troisième point répond à un besoin d’une très solide et profonde formation chrétienne : il s’agit de la « vie intérieure ». Toutes les grandes vocations se sont fortifiées dans la prière, la méditation, la contemplation. C’est la vie intérieure qui permet à l’enfant, à l’adolescent, à l’homme de regarder le Monde comme du dedans. L’examen de conscience, qu’il ne faut pas confondre avec le simple ramassage d’ordures, nos fautes, est une ouverture de notre âme au Christ, pour qu’il projette sur nous, sur nos actes, sa Lumière libératrice. Une vraie vie intérieure est la conquête d’une foi vraiment personnelle : elle nous protège contre les retombées de l’enthousiasme, des contre-témoignages de notre entourage, du succès de la facilité. Le Pape Jean XXIII, si attentif aux mouvements du monde moderne, aux aspirations des hommes, n’a cessé, depuis l’âge de 14 ans, d’écrire « Le journal de l’âme ». Dans ce livre il est très rarement question des évènements, mais essentiellement de l’alignement progressif d’un esprit, d’une intelligence, d’un cœur en marche vers sa vocation ou aux prises par ses missions de plus en plus importantes.

L’action, contrairement à ce que l’on pense, ne tarit pas la vie de prière, mais elle ne la remplace pas. Plus l’homme agit, plus il a besoin de recueillement. Plus le bruit nous envahit, plus le silence s’impose. Les révisions de vie, les mises en commun des groupes de jeunes, peuvent être le meilleur instrument pour le développement de la foi personnelle et de la vie intérieure. Nous constations plus haut les dégâts que cause l’esprit d’abandon ; c’est le moment de se souvenir que seule la vie intérieure peut nous procurer cette énergie spirituelle indispensable pour inclure dans notre vie chrétienne « l’effort ».

Saint Luc nous dit par deux fois de la Très Sainte Vierge, la Mère de Dieu : « quant à Marie, elle conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait en son cœur »[17]. Marie non plus n’a pas toujours compris la route sur laquelle l’engageait son Fils… alors, elle conservait tout cela en son cœur et le méditait… L’inconstance est le mauvais fruit de l’impatience. En Marie et grâce à son cœur plein de souvenirs et de médiations, il y a eu la patience, une patience aussi longue que sa vie, aussi robuste que sa vocation, une patience qui est devenue le plus beau témoignage de fidélité dans la joie terrestre et céleste.

Nous voici au terme de cette lettre. Je voudrais qu’elle vous pose trois questions :

1°   Ne me suis-je pas mis volontairement en retrait de la « Mission de l’Évangile » ? Et pourquoi ?

2°   Si déjà je suis d’une manière quelconque au service de cette « Mission de l’Église », que puis-je faire encore pour être plus fidèle à ma vocation ?

3°   C’est aussi tout le diocèse en tant que tel qui est responsable d’une concordance entre « Mission de l’Église » et « vocations » : alors si vous voyez ce que nous pourrions faire ensemble, n’hésitez pas à m’en faire la proposition.

Il serait plus facile à un évêque de vous proposer, à l’occasion du Carême, quelques pénitences, prières nouvelles et, certainement pour vous aussi, de n’observer que cela, comme cela se faisait traditionnellement. Et puis, quand on fait défaut aux prescriptions ecclésiastiques, on s’en accuse dans sa confession pascale ! Mais j’ai rarement entendu des fidèles demander le pardon, en s’accusant d’avoir manqué à la « Mission de l’Église » et pourtant St Paul connaissait l’importance de ce manquement lorsqu’il s’est écrié :

« Malheur à moi, si je ne prêchais pas l’Évangile »[18].

Papeete, le 19 janvier 1970

Michel COPPENRATH +

Archevêque-Coadjuteur et Administrateur Apostolique

de PAPEETE

© Archidiocèse de Papeete - 1970

 

 

[1] Concile Vatican II : Décret « Ad Gentes » § 2.

[2] idem § 35.

[3] Matthieu, 5,14.16

[4] Ephésiens, 6,14-15

[5] Colossiens, 1,24

[6] Marc, 16,15

[7] Conc.Vatican II : « Ad Gentes » § 5.

[8] Conc.Vatican II « Lumen Gentium » § 15 - Idem « Unitatis Redintegratio » § 3 et 9.

[9] À Mangareva, les Frères de Latour de Clamouze et Henry.

[10] Symposium Theologique SEDOS « Une Théologie de la Mission pour notre temps » p.7, Omnie Terra p.7-388-juin 69, LXVI-3.

[11] Marcel Delabroye : « Vocation - Expérience spirituelle du Chrétien » : p.153.

[12] Il s’agit d’un Service diocésain comprenant les P. Laporte, Fr Louis, Sr Louise, St Fidèle (élus) et PP. Hubert, Jean-Louis et Sr Huguette (nommés).

[13] Conc.Vatican « Lumen Gentium » § 11 et Vocation-Delabroye p.157

[14] idem : p.150

[15] Conc.Vatican « Lumen Gentium » et Vocation-Delabroye, p.157

[16] Conc.Vat. « Ad Gentes », n°19

[17] Luc 2,19

[18] 1 Corinthiens 9,16

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’Évangile de ce dimanche (Lc 12,49-53) fait partie des enseignements que Jésus a adressés aux disciples le long de sa montée vers Jérusalem, où l’attend la mort sur la croix. Pour indiquer le but de sa mission, il se sert de trois images : le feu, le baptême et la division. Aujourd’hui, je désire parler de la première image : le feu.

Jésus l’exprime par ces paroles : « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! » (v.49). Le feu dont parle Jésus est le feu de l’Esprit Saint, présence vivante et opérante en nous depuis le jour de notre baptême. Celui-ci — le feu — est une force créatrice qui purifie et renouvelle, brûle toute misère humaine, tout égoïsme, tout péché, nous transforme de l’intérieur, nous régénère et nous rend capables d’aimer. Jésus désire que l’Esprit Saint se propage comme un feu dans nos cœurs, car ce n’est qu’en partant du cœur que l’incendie de l’amour divin pourra se propager et faire avancer le Royaume de Dieu. Il ne part pas de la tête, il part du cœur. C’est pourquoi Jésus veut que le feu entre dans nos cœurs. Si nous nous ouvrons complètement à l’action de ce feu qu’est l’Esprit Saint, Il nous donnera l’audace et la ferveur pour annoncer à tous Jésus et son message réconfortant de miséricorde et de salut, en navigant au large, sans peur.

Dans l’accomplissement de sa mission dans le monde, l’Église — c’est-à-dire nous tous qui sommes l’Église — a besoin de l’aide de l’Esprit Saint pour ne pas se laisser freiner par la peur et par le calcul, pour ne pas s’habituer à marcher dans des limites sûres. Ces deux attitudes conduisent l’Église à être une Église fonctionnelle, qui ne « prend jamais de risque ». En revanche, le courage apostolique que l’Esprit Saint allume en nous comme un feu nous aide à surmonter les murs et les barrières, nous rend créatifs et nous pousse à nous mettre en mouvement pour marcher, pour emprunter également des routes inexplorées ou peu commodes, en offrant l’espérance à ceux que nous rencontrons. Avec ce feu de l’Esprit Saint, nous sommes appelés à devenir toujours plus des communautés de personnes guidées et transformées, pleines de compréhension, des personnes au cœur ouvert et au visage joyeux. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de prêtres, de consacrés et de fidèles laïcs ayant le regard attentif de l’apôtre, pour s’émouvoir et s’arrêter devant les malaises et les pauvretés matérielles et spirituelles, caractérisant ainsi le chemin de l’évangélisation et de la mission avec le rythme bienfaisant de la proximité. C’est précisément le feu de l’Esprit Saint qui nous conduit à devenir les prochains des autres, des personnes dans le besoin, de tant de pauvretés humaines, de tant de problèmes, des réfugiés, des déplacés, de ceux qui souffrent.

En ce moment, je pense également avec admiration en particulier aux nombreux prêtres, religieux et fidèles laïcs qui, dans le monde entier, se consacrent à l’annonce de l’Évangile avec un grand amour et une grande fidélité, souvent au prix de leur vie. Leur témoignage exemplaire nous rappelle que l’Église n’a pas besoin de bureaucrates et de fonctionnaires zélés, mais de missionnaires passionnés, dévorés par l’ardeur d’apporter à tous la parole réconfortante de Jésus et sa grâce. Cela est le feu de l’Esprit Saint. Si l’Église ne reçoit pas ce feu ou ne le laisse pas entrer en elle, elle devient une Église froide ou seulement tiède, incapable de donner la vie, car elle est faite de chrétiens froids et tièdes. Cela nous fera du bien aujourd’hui de prendre cinq minutes et de nous demander : « Mais comment va mon cœur ? Est-il froid ? Est-il tiède ? Est-il capable de recevoir ce feu ? ». Prenons cinq minutes pour le faire. Cela nous fera du bien à tous.

Et demandons à la Vierge Marie de prier avec nous et pour nous le Père céleste, afin qu’il répande sur tous les croyants l’Esprit Saint, feu divin qui réchauffe les cœurs et nous aide à être solidaires avec les joies et les souffrances de nos frères. Que nous soutienne dans notre chemin l’exemple de saint Maximilien Kolbe, martyr de la charité : qu’il nous enseigne à vivre le feu de l’amour pour Dieu et pour le prochain.

© Libreria Editice Vaticana – 2016

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 2019-09-02