Pko 20.01.2019

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°04/2019

Dimanche 20 janvier 2019 – 2ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

L’« Accueil te vai-ete » a-t-il un avenir ?

La grande précarité et particulièrement celle des personnes à la rue est un sujet à la mode ! Il ne se passe guère une semaine sans que soit nos dirigeants, nos politiques ou les médias en parlent.

Ceux qui hier encore n’avait pas de mots assez durs pour décrier nos actions, vont jusqu’à dire : « Mais, je pense que demain, il faut que les associations qui se chargent des deux centres1 continuent de s'occuper de nos SDF » (Tahiti-infos du 18 janvier 2019)… Ne soyons pas rabat-joie et réjouissons-nous de cette évolution !

Mais concrètement, quid de l’avenir de l’Accueil Te Vai-ete ? Il célèbrera le 23 décembre prochain ces 25 ans… Un projet d’aménagement du site pour le Centre de jour est en bonne voie… Nous avons déjà fait savoir que nous ne ferions pas parti de cet ensemble… de trop grande différence de philosophie et d’approche de la question de la grande précarité nous séparent…

Nous espérons actuellement la mise à disposition par le Pays d’un terrain… pas évident, car il y a environ deux ans lorsque nous avions tenté une approche pour cette mise à disposition, des personnes « bien intentionnées » s’étaient précipitée pour le louer… bloquant ainsi une issue favorable à notre demande… Le Pays travaille vraiment à trouver une solution… Pour notre part, prions ! C’est l’arme qui nous reste face à la mauvaise foi de certains…

Ce qui est sûr, c’est que l’Accueil Te Vai-ete ne restera pas sur le site qu’il occupe actuellement… Obtiendrons-nous le site « convoité » moyennant un loyer garantissant notre liberté de parole ? Un autre site se présentera-t-il à nous ? Où rien ?

Dans tous les cas de figure… le 23 décembre 2019, l’Accueil Te Vai-ete ne sera plus là où il est actuellement.

Alors l’Accueil Te Vai-ete a t-il un avenir ?

Si oui… ce ne pourra être qu’avec vous et votre soutien !

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1. L’un de ces deux centres étant l’Accueil Te Vai-ete !

Laissez-moi vous dire…

18 au 25 janvier : semaine de prière pour l’unité des chrétiens
20 janvier : journée de la vie

Celui dont Dieu me rend proche

J’entends souvent dans nos paroisses deux discours contradictoires à l’égard de l’Église : « Nous n’avons pas à faire de politique, pourquoi tel prêtre ou tel religieux s’occupe de politique ? », et à l’opposé, « C’est notre devoir de chrétiens de participer aux débats politiques ».

En cette semaine de prière pour l’unité, le thème choisi par nos frères chrétiens d’Indonésie est intéressant : « Justice et paix s’embrassent : chemin d’unité ». On ne pouvait trouver mieux comme thème « politique ». Il est vrai qu’en Indonésie la corruption est le mal récurent numéro UN. Sans justice la paix sociale est compromise ; et sans paix comment trouver un « chemin d’unité » ?

Nos frères et sœurs protestants, chez nous et ailleurs, s’engagent régulièrement dans le débat politique. Le président de la Fédération Protestante de France, François Clavairoly, écrivait dans l’hebdomadaire « Réforme » du 10 janvier : « l’affirmation de la foi est un acte citoyen ».

Les églises orthodoxes participent activement à la vie politique en Russie, en Ukraine…

Les évêques catholiques africains n’hésitent pas à contrer (voire à tancer) -parfois au risque de leur vie – le pouvoir politique (exemples : en République Démocratique du Congo, au Nigéria, au Sud-Soudan …).

Les églises orientales, face aux conflits du Moyen Orient et au difficile problème des réfugiés, interviennent régulièrement au niveau des instances internationales.

Les Évangélistes sont très actifs en Amérique du Sud, le nouveau président du Brésil a bénéficié de leur appui dans l’espérance d’un recul de la corruption et de l’injustice.

Pour notre part, c’est « la dimension sociale de l’amour du prochain » qui nous anime et nous incite à participer aux débats politiques relatifs aux choix de société. L’amour du prochain - la charité - nous pousse à promouvoir le bien commun. C’est un enseignement essentiel de la Doctrine sociale de l’Église. La juste répartition des richesses est primordiale, elle prend le pas souvent sur l’intérêt général et toujours sur les intérêts particuliers. L’intérêt général recherche davantage le consensus, le moindre mal, un compromis, plus que l’égalité réelle et la même justice pour tous. Le service du bien commun est guidé par des convictions profondes qui s’expriment dans un dialogue où prennent place écoute et bienveillance, recherche de la vérité et refus de l’exclusion.

Le débat national proposé par le Président de la République semble biaisé dès le départ, car il annonce à l’avance que c’est le pouvoir central qui décidera des choix politiques. Il fait fi du « principe de subsidiarité » puisque tout remontera vers le pouvoir central. Les corps intermédiaires, les élus, les représentants de la société civile, les groupements associatifs ne sont perçus que comme des « outils » au service de l’exécutif. Nous retrouvons ici le même processus mis en place pour la politique de la ville, la réflexion sur les lois bioéthiques, le plan pauvreté, la politique environnementale… Seuls ont été retenus les avis des « lobbys » en phase avec le pouvoir central.

Alors, faut-il participer ou non au débat national ? Oui mais… en taclant la stratégie présidentielle, à savoir en exigeant le respect de la « subsidiarité », c’est-à-dire ne pas déposséder de leur pouvoir les diverses organisations et institutions en lien direct avec les populations locales.

Pour ma part, celui dont Dieu me rend proche, c’est lui qui motive mon action et ma participation au débat politique. C’est sans aucun doute la dimension qui échappe aux technocrates et aux économistes

Dominique Soupé

© Cathédrale de Papeete - 2019

En marge de l’actualité…

Le sport, un moyen de sanctification

Le 10 janvier, le Vatican a officiellement créé sa Fédération d’athlétisme en passant un accord avec le Comité olympique italien, ce qui ouvre la possibilité d’une participation aux Jeux Olympiques. Ce serait une première historique pour le plus petit État au monde. Jusqu’ici, le Vatican affichait une présence surtout diplomatique à travers ses représentants invités aux cérémonies des Jeux.

Parmi les 60 athlètes officiellement répertoriés, il y a des prêtres, des religieuses, des gardes suisses (les soldats du pape) et d’autres travailleurs du Vatican. Mais le rêve de voir le drapeau du Saint-Siège flotté parmi les délégations de sportifs est à long terme. Pour le moment, les athlètes devront passer par des compétitions régionales et nationales.

Cette initiative du Saint-Siège est une manière en tout cas de promouvoir les bienfaits et les valeurs du sport. Rappel utile somme toute, tandis que nous venons de passer les fêtes et que nous commençons l’année avec des résolutions qui concernent souvent la nourriture et l’activité physique en compensation des excès !

Il n’est pas courant d’entendre le magistère de l’Église parler de la pratique sportive. En juin 2018, le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie a pourtant publié un long texte intitulé « Donner le meilleur de soi-même » qui présente la vision très positive que l’Église catholique pose sur le sport, affirmant par exemple que dans la vie chrétienne comme dans le sport, donner le meilleur de soi procure la satisfaction de vivre l’expérience de la joie de l’accomplissement.

Le pape François lui-même, dans sa lettre accompagnant la publication du document, n’a pas hésité à qualifier le sport de moyen de sanctification : « Comme l’athlète durant son entraînement, la pratique d’un sport nous aide à donner le meilleur de nous-mêmes, à découvrir sans peur nos limites, et à lutter pour nous améliorer chaque jour. De cette façon, dans la mesure où il se sanctifie, chaque chrétien devient plus fécond pour le monde ».

Manifestement, le sport n’est pas seulement bon pour la santé physique mais aussi pour la santé spirituelle. Seuls, avec d’autres ou en famille, essayons de trouver le temps et la force nécessaires pour se dépenser physiquement et obtenir ainsi des bienfaits pour notre vie intérieure. Un jour, nous devrions tous pouvoir dire comme saint Paul : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (2 Tim 4,7). « Stay focus ! »

R.P. Vetea BESSERT

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

Prier Dieu comme un enfant regarde son père

Le Pape François a poursuivi ce mercredi sa catéchèse sur la prière du “Notre Père” lors de l’audience générale tenue dans la salle Paul VI au Vatican.

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant les catéchèses sur le Notre Père, nous partons aujourd’hui de l’observation selon laquelle, dans le Nouveau Testament, la prière semble vouloir arriver à l’essentiel, jusqu’à se concentrer en un seul mot : Abba, Père.

Nous avons entendu ce qu’écrit saint Paul dans la Lettre aux Romains : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions“Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (8,15). Et aux Galates, l’apôtre dit : « Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (Ga 4,6). La même invocation, dans laquelle se condense toute la nouveauté de l’Évangile, revient deux fois. Après avoir connu Jésus et écouté sa prédication, le chrétien ne considère plus Dieu comme un tyran à craindre, il n’a plus peur de lui mais il sent éclore en son cœur la confiance en lui : il peut parler avec le Créateur en l’appelant « Père ». L’expression est tellement importante pour les chrétiens qu’elle a souvent été conservée intacte dans sa forme originelle : « Abba ».

Dans le Nouveau Testament, il est rare que les expressions araméennes ne soient pas traduites en grec. Nous devons imaginer que la voix de Jésus lui-même est restée comme « enregistrée » dans ces mots araméens : ils ont respecté l’idiome de Jésus. Dans le premier mot du Notre Père, nous trouvons tout de suite la nouveauté radicale de la prière chrétienne.

Il ne s’agit pas seulement d’utiliser un symbole – dans ce cas, la figure du père – à lier au mystère de Dieu ; il s’agit en fait d’avoir, pour ainsi dire, tout le monde de Jésus transvasé dans notre cœur. Si nous effectuons cette opération, nous pouvons prier en vérité le Notre Père. Dire « Abba » est quelque chose de beaucoup plus intime et plus émouvant que d’appeler simplement Dieu « Père ». Voilà pourquoi il a été parfois proposé de traduire ce mot araméen originel « Abba » par « Papa ». Au lieu de dire « Notre Père », dire « Papa ». Nous continuons de dire « Notre Père » mais, avec le cœur, nous sommes invités à dire « Papa », à avoir avec Dieu la même relation que celle d’un enfant avec son papa, qui dit « Papa ». En effet, ces expressions évoquent l’affection, elles évoquent la chaleur, quelque chose qui nous projette dans le contexte de l’âge de l’enfance : l’image d’un enfant complètement enveloppé par l’étreinte d’un père qui éprouve pour lui une infinie tendresse. Et c’est pourquoi, chers frères et sœurs, pour bien prier, il faut arriver à avoir un cœur d’enfant. Pas un cœur suffisant : on ne peut pas bien prier comme cela. Comme un enfant dans les bras de son père, de son papa.

Mais ce sont certainement les Évangiles qui nous introduisent le mieux au sens de ce mot. Que signifie ce mot pour Jésus ? Le Notre Père prend un sens et une couleur si nous apprenons à le prier après avoir lu, par exemple, la parabole du père miséricordieux, au chapitre 15 de Luc (cf. Lc 15,11-32). Imaginons cette prière prononcée par le fils prodigue, après qu’il a fait l’expérience de l’étreinte de son père qui l’avait longtemps attendu, un père qui ne se souvient pas des paroles offensives qu’il lui avait adressées, un père qui maintenant lui fait simplement comprendre combien il lui a manqué. Nous découvrons alors comment ces paroles prennent vie, prennent force. Et nous nous demandons : est-il possible que toi, o Dieu, tu ne connaisses que l’amour ? Tu ne connais pas la haine ? Non, répondrait Dieu, je ne connais que l’amour. Où est en toi la vengeance, l’exigence de la justice, la colère à cause de ton honneur blessé ? Et Dieu répondrait : Je ne connais que l’amour.

Le père de cette parabole a dans sa façon de faire quelque chose qui rappelle beaucoup l’esprit d’une mère. Ce sont surtout les mères qui excusent leurs enfants, qui les couvrent, qui ne cessent d’éprouver de l’empathie pour eux, qui continuent de les aimer, même si ceux-ci ne méritaient plus rien.

Il suffit d’évoquer cette seule expression – Abba – pour que se développe une prière chrétienne. Et dans ses lettres, saint Paul suit cette voie et il ne pourrait pas en être autrement parce que c’est la voie enseignée par Jésus : dans cette invocation, il y a une force qui attire tout le reste de la prière.

Dieu te cherche, même si tu ne le cherches pas. Dieu t’aime, même si tu l’as oublié. Dieu voit en toi une beauté, même si tu penses que tu as inutilement gaspillé tous tes talents. Dieu est non seulement un père, il est comme une mère qui ne cesse jamais d’aimer sa créature. D’autre part, il y a une « gestation » qui dure toujours, bien au-delà des neuf mois de la gestation physique ; c’est une gestation qui génère un circuit infini d’amour.

Pour un chrétien, prier c’est dire simplement : « Abba », dire « Papa », dire « Père », mais avec la confiance d’un enfant.

Il se peut qu’il nous arrive aussi de marcher sur des sentiers loin de Dieu, comme c’est arrivé au fils prodigue ; ou de plonger dans une solitude qui nous fait nous sentir abandonnés dans le monde ; ou encore de nous tromper et d’être paralysés par un sentiment de culpabilité. Dans ces moments difficiles, nous pouvons encore trouver la force de prier, en repartant de ce mot « Père », mais dit avec la signification tendre d’un enfant : « Abba », « Papa ». Il ne nous cachera pas son visage. Souvenez-vous bien : peut-être quelqu’un a-t-il dans son cœur des choses mauvaises, des choses qu’il ne sait pas comment résoudre, beaucoup d’amertume d’avoir fait ceci et cela… Lui, il ne cachera pas son visage. Il ne s’enfermera pas dans le silence. Toi, dis-lui : « Père » et il te répondra. Tu as un père. « – Oui, mais je suis un délinquant… – Mais tu as un père qui t’aime ! Dis-lui : “Père”, commence à prier ainsi et, dans le silence, il nous dira qu’il ne nous a jamais perdus de vue. – Mais Père, j’ai fait ceci… – Jamais je ne t’ai perdu de vue, j’ai tout vu. Mais je suis resté là, près de toi, fidèle à mon amour pour toi ». Voilà quelle sera la réponse. N’oubliez jamais de dire « Père ». Merci.

© Libreria Editrice Vaticana – 2019

Éthique sociale

Le Pape et la réalité

L'ouverture temporaire d'un centre médical sur la place Saint-Pierre et la visite du Pape aux patients qui y ont été soignés par des médecins bénévoles ont apporté sur les médias une nouvelle qu'en général ils ne préfèrent pas diffuser : la pauvreté augmente et est en train de frapper également des couches sociales qui n’étaient pas touchées auparavant. Une fois encore, un geste de Jorge Mario Bergoglio a fait émerger la réalité que l'on voulait oublier.

Les initiatives du Pape, en effet, ne concernent pas seulement le domaine de la charité et de la sollicitude à l'égard de qui a besoin, enseignant ainsi comment doit être concrète et vivante la mission du chrétien, mais agissent aussi à un niveau plus abstrait, et tout aussi nécessaire, celui de la réalité et de la vérité.

Le Pape François a commencé cette mission dès le premier jour de son pontificat, prononçant ce mot, pauvres, qui semblait désormais disparu de notre vocabulaire, comme s'il s'agissait d'une catégorie désormais inexistante, une catégorie du passé. Le mot, qui indique un phénomène ample et général, avait été en effet substitué par des termes plus restreints, qui faisaient référence à des catégories spécifiques : les moins nantis, les migrants, les sans-abri. Ainsi présentés, ils semblaient des groupes peu consistants et en voie de diminution : la réalité était en revanche bien différente, les pauvres existaient encore et étaient nombreux et en forte augmentation.

En ramenant devant les yeux du monde la réalité – et nous ne devons pas oublier que le Pape l'a fait pour de nombreux autres problèmes, comme pour la dégradation de l'environnement dans les pays du Tiers-monde, très grave mais caché derrière des problèmes de pollution dans les villes occidentales – François joue un rôle théorique très important : celui de ramener la vérité des faits à la place d'un mensonge qui vise systématiquement à le contrefaire. Démontrant au monde entier que le vrai danger réside non pas tant dans ce qui oppose le faux au vrai, mais en ce qui substitue la réalité avec le fictif. Le mensonge en effet a le devoir d’éliminer complètement cette distinction, et donc de faire perdre de vue la vérité qui est dans la réalité. Comme l'écrit Anna Arendt, « ce qui est violé dans la construction idéologique d'une fausse réalité de la part de la propagande n'est pas tant le précepte moral, mais le tissu ontologique de la réalité ». Avec sa capacité à démasquer, qu'il sait appliquer à de nombreuses questions, François démontre comment l'engagement spirituel chrétien est toujours lié à la vérité et donc à la justice, et comment celles-ci sont vécues dans le moment historique.

Cela explique le succès – mais aussi les nombreuses oppositions – de celui qui dans les faits est vraiment un Pape dérangeant. Espérons qu'il réussisse à porter cette méthode illuminante également à l’intérieur de l'Église, où la négation de la réalité, la volonté délibérée de traiter la vérité des faits comme s'il s'agissait d'opinions, et donc en tant que tel négligeables, dans le but de sauver l'image de l'institution, ont démontré à plusieurs reprises que le problème n'est pas seulement une stratégie défensive.

Lucetta Scaraffia

© Osservatore Romano – 2019

Éthique

La dignité de la procréation

Afin d’offrir leur contribution au débat, « en proposant un discernement éthique posé en raison » et dans un esprit de dialogue, les évêques de France ont signé une déclaration sur la régulation juridique de l’assistance médicale à la procréation (AMP). Rendu public le 20 septembre 2018, le document « La dignité de la procréation » est le fruit d’un travail pour lequel plusieurs expertises ont été sollicitées, explique dans son introduction Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail sur la bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France. Un texte, explique-t-il encore, qui « prend en compte sur les principes éthiques et juridiques fondamentaux du “modèle français de bioéthique”, qui sont rappelés par le Conseil d’État ». Ce texte est également attentif à l’expression des citoyens formulée au cours des états généraux de la bioéthique. Une synthèse de la déclaration des évêques de France a été intégrée en fin d’ouvrage afin « d’entrer dans le dialogue ». C’est cette synthèse que La Documentation catholique propose ci-dessous.

Donner la vie à un enfant est une expérience des plus fortes, une source d’émerveillement des plus profondes, une responsabilité des plus grandes. Les traditions bibliques considèrent l’enfant comme un don et une bénédiction de Dieu. Aussi, l’Église catholique se veut attentive au désir d’enfant et à la souffrance due à l’infertilité. Elle encourage les recherches qui visent à prévenir cette infertilité ou à la guérir. Elle insiste sur l’accueil et le respect bienveillants dus aux enfants, quels que soient les moyens utilisés pour leur venue au monde.

À l’occasion de la révision des lois relatives à la bioéthique, des projets d’accès aux techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) pour des couples de femmes ou pour des femmes seules ont été formulés et mis en débat. En tant qu’évêques de France, à l’écoute respectueuse des personnes et de leurs situations de vie, nous souhaitons apporter notre contribution à ces débats en proposant un discernement éthique posé en raison. Nous le faisons dans un esprit de dialogue où sont présentés les arguments.

Valeur et norme fondamentales de la procréation

• La dignité de la personne inclut la procréation

Le Conseil d’État a rappelé que la « dignité » est placée « au frontispice » du cadre juridique de la bioéthique française et qu’elle a une « valeur constitutionnelle ». Il a souligné également qu’« une conception particulière du corps humain » en « découle » et que « l’enveloppe charnelle est indissociable de la personne ». La dignité de la personne inclut donc le processus de la procréation – conception et gestation – où se développe notamment son corps.

• La procréation ne doit s’apparenter ni à une fabrication, ni à une marchandisation, ni à une instrumentalisation

Puisque toute personne, quelle qu’elle soit, a une dignité, elle doit être traitée comme une fin et jamais comme un simple moyen. Procréer, c’est désirer faire advenir une personne en la voulant pour elle-même. Aucune souffrance relative au désir d’enfant ne peut donc légitimer des procédés de fécondation et des modalités de grossesse qui s’apparenteraient à une fabrication, une marchandisation ou une instrumentalisation d’un être humain au service d’autres êtres humains, ou encore au service de la science ou de la société.

• La souffrance liée au désir d’enfant doit être accompagnée

La souffrance liée au désir d’enfant ne peut être ni minimisée ni abordée par le seul remède de la technique. Nous souhaitons le développement d’un accompagnement qui soit respectueux des personnes concernées, qui sache les informer loyalement pour que leurs décisions soient prises en conscience, de façon éclairée, et qui porte le souci de la dignité de la procréation.

Principaux problèmes éthiques liés aux pratiques actuelles de l’AMP

La loi actuelle encadre les techniques d’AMP en cherchant à calquer les structures fondamentales de la procréation naturelle, en particulier la double lignée paternelle et maternelle. C’est tout l’intérêt du modèle bioéthique français. Cependant, la mise en œuvre de ces techniques pose des problèmes éthiques dont la gravité diffère en fonction des types de dissociation qu’elles opèrent : corporelle (fécondation hors corps), temporelle (congélation des embryons) et personnelle (intervention d’un tiers donneur). Les trois principaux problèmes éthiques sont les suivants :

• Le devenir des embryons humains « surnuméraires »

Le devenir des embryons humains « surnuméraires » est soumis à l’appréciation des conjoints. Selon leur « projet parental », ils sont implantés pour devenir des enfants, ou détruits, ou remis à la recherche, ou encore donnés pour être accueillis par un autre couple. Pouvant tous conduire à une naissance, ces embryons sont pourtant dignes du même respect.

• Le recours à un tiers-donneur

Par le recours, dans certains cas, à un tiers donneur de gamètes, l’enfant n’est plus le fruit du lien conjugal et de la donation conjugale. Le recours à un tiers-donneur porte également atteinte à la filiation puisque l’enfant est référé à un tiers dont le droit institutionnalise l’absence par la règle de l’anonymat et prive ainsi l’enfant de l’accès à ses « origines ».

• Le développement de l’eugénisme libéral

L’extension des techniques de diagnostic, qui permettent de sélectionner les embryons humains in vivo (diagnostic prénatal [DPN]) ou in vitro (diagnostic préimplantatoire [DPI]), conduit au développement de l’eugénisme dit « libéral » parce qu’il résulte de la conjonction de décisions individuelles et non pas d’une décision d’État.

Principales difficultés éthiques du projet d’« AMP pour toutes les femmes »

Le projet d’ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules écarte dès le principe la référence biologique et sociale à un père. La mise en œuvre de ce projet doit s’affronter à cinq obstacles éthiques majeurs :

• « L’intérêt supérieur de l’enfant » exige une référence paternelle

Puisque l’enfant doit être voulu pour lui-même, le bien de l’enfant devrait prévaloir sur celui des adultes. Le droit international semble le ratifier en consacrant la notion juridique d’« intérêt supérieur de l’enfant » dont la « primauté » est, pour le Conseil d’État, « incontestable ». Comment pourrions-nous nous contenter collectivement de l’instauration d’une sorte d’« équilibre » entre cet intérêt de l’enfant et celui des adultes ?

La suppression juridique de la généalogie paternelle porterait atteinte au bien de l’enfant qui serait privé de sa référence à une double filiation, quelles que soient ses capacités psychiques d’adaptation. Cette exigence de la référence à un père est confirmée par les citoyens qui se sont exprimés lors des États généraux de la bioéthique et dans deux sondages posant explicitement la question du père. La suppression juridique du père encouragerait socialement la diminution, voire l’éviction, des responsabilités du père. Une telle dérive poserait non seulement un problème anthropologique mais aussi psychologique et social. Pourrions-nous accepter collectivement que l’homme soit considéré comme un simple fournisseur de matériaux génétiques et que la procréation humaine s’apparente ainsi à une fabrication ?

Le maintien du principe de l’anonymat du tiers-donneur empêcherait les enfants et les adultes en souffrance d’accéder à leur « origine masculine », alors même que la légitimité d’un droit à connaître ses « origines » progresse dans la société. En minimisant ainsi l’intérêt des enfants, voire en l’occultant, un pouvoir injuste serait exercé sur eux. Devons-nous accepter cette injustice ?

Enfin, l’ouverture de l’AMP aux femmes seules impliquerait, selon le principe de non-discrimination, l’autorisation de l’AMP post-mortem au profit d’une femme seule en raison du décès de son conjoint. Est-ce l’intérêt de l’enfant d’être engendré orphelin de père et dans un tel contexte de deuil ?

• Le risque de marchandisation

Une demande croissante de sperme serait induite par l’ouverture de l’« AMP pour toutes les femmes ». Il n’est pas certain qu’une telle ouverture susciterait plus de dons. Le contraire est sans doute plus probable si le principe de l’anonymat était partiellement levé. Pour remédier à la pénurie prévisible, la tentation serait de rémunérer les donneurs, voire de charger l’État d’importer du sperme. Accepterions-nous collectivement que ce commerce ruine le principe de gratuité des éléments du corps humain et tende ainsi à ranger la personne du côté des biens marchands ?

Le principe de gratuité est essentiel pour traduire juridiquement que ni la personne ni aucun de ses éléments corporels ne sont assimilables à des choses. L’extension de l’« AMP pour toutes les femmes » ferait donc, selon le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), « courir le risque d’une déstabilisation de tout le système bioéthique français ». Puisqu’il y a, selon le CCNE, un consensus général sur le maintien de ce principe en raison de la dignité de la personne en son corps, il devrait être plus facile de renoncer collectivement à cette extension légale de l’AMP.

• L’impact de la transformation de la mission de la médecine

La légalisation de l’« AMP pour toutes les femmes » contribuerait à transformer le rôle de la médecine en y intégrant la prise en compte des demandes sociétales. Comment établir les priorités de soin et de son financement si le critère n’est plus celui de la pathologie médicale ? Sans ce critère objectif, comment fonder la justice relative à la solidarité et à l’égalité de tous devant le soin ? Comment réguler les désirs insatisfaits qui convoqueront la médecine ? Comment évoluera la relation au médecin qui risquera de devenir un prestataire de services ?

• Des conséquences prévisibles de la prépondérance du « projet parental »

L’ouverture de l’« AMP pour toutes les femmes » serait fondée sur le « projet parental » qui deviendrait le critère supérieur de régulation des techniques d’AMP. Il donne un poids prépondérant à la volonté individuelle au détriment d’une référence à la dignité de la procréation et à l’intérêt de l’enfant. Comment pourrait-on réguler le pouvoir de ce « projet parental » ? Que deviendrait la possible évaluation actuelle par le médecin de « l’intérêt de l’enfant à naître » pour accéder à l’AMP ? Si, comme l’imagine le Conseil d’État, deux femmes font une déclaration anticipée de filiation devant un notaire, quels seraient pour lui les critères d’évaluation de « l’intérêt de l’enfant à naître » ?

La seule référence au « projet parental », c’est-à-dire aux volontés individuelles, conduirait également à supprimer la règle juridique actuelle empêchant le double don (spermatozoïdes et ovocytes). Il n’y aurait plus aucun lien biologique de l’enfant avec ses parents, tout en étant conçu selon leur projet.

• L’impossible justification par le seul argument de l’égalité

Le seul argument de l’égalité pour justifier la légalisation de l’« AMP pour toutes les femmes » est utilisé à tort, comme le reconnaît le Conseil d’État. En effet, l’égalité juridique ne se justifie que pour des situations semblables. Or l’infertilité du couple homme-femme est une situation non identique à celle d’un couple de femmes dont la relation ne peut être féconde. Si l’argument d’égalité est brandi au bénéfice des femmes, alors l’ouverture de l’« AMP pour toutes les femmes » conduira à la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), même si celle-ci fait l’objet, pour l’instant, d’une large réprobation éthique. En effet, la référence à l’égalité, indissociable de la dignité, s’applique tout autant aux femmes qu’aux hommes.

***

Considérer l’enfant comme le fruit de l’amour durable d’un homme et d’une femme n’est pas devenu une option ; cela reste la norme éthique fondamentale qui doit encore configurer cette forme première de l’hospitalité qu’est la procréation. Sans nier ses difficultés, le lien conjugal stable demeure le milieu optimal pour la procréation et l’accueil d’un enfant. En effet, ce lien offre la pleine capacité d’hospitalité et le plein respect de la dignité des personnes, enfants et adultes.

Ces réflexions éthiques sur l’AMP ne sont pas déconnectées des autres problématiques sociales et politiques. Les manières d’organiser les liens de la procréation humaine rejaillissent sur toutes les relations sociales et politiques. Le droit ne fait pas qu’arbitrer des conflits, il institue des relations entre les personnes. Ces relations façonnent leur identité et doivent structurer les exigences propres à la fraternité. L’éthique relie indissociablement la dignité, source de droits, et la fraternité, source de reconnaissance mutuelle et de devoirs qui nous engagent tous à participer à la vie sociale et politique. Par égard pour la dignité des personnes et de la procréation, le droit ne peut pas contribuer à la marchandisation et à l’instrumentalisation de la procréation. Cela serait gravement contraire aux valeurs essentielles pour la vie de l’humanité et pour les relations tissées entre les êtres humains : la dignité, la liberté, l’égalité, l’hospitalité et la fraternité.

Il importe plus que jamais d’aborder l’ensemble des questions d’éthique biomédicale dans le cadre plus large d’une réflexion écologique qui relie la préoccupation des personnes à celle de l’environnement. Nous pouvons résister collectivement à la fascination des techniques et du marché qui s’en empare, en cultivant l’attention au mystère de la personne et à sa transcendance. N’est-ce pas la perception intuitive de ce mystère qui, dans les yeux des parents regardant avec amour leur enfant, éveille la joie, la gratitude, la sollicitude et une sorte de respect sacré devant ce qui les dépasse ?

Cette qualité du regard est un appel pour tous. Sans elle, les débats de bioéthique risquent de se réduire à des discussions techniques et financières, qui ne parviennent pas à s’ancrer dans la profondeur du mystère de la personne et de sa dignité. Les défis éthiques actuels nous invitent tous de façon instante à cette forme de considération et de contemplation qui s’affinent aussi dans le dialogue. Nous plaidons donc à nouveau pour le dialogue grâce auquel chacun s’engage à servir une vérité qui le dépasse comme elle dépasse chacun des interlocuteurs.

© Documentation catholique - 2018

Commentaire des lectures du dimanche

La manifestation de Dieu dans notre humanité est au cœur de notre foi chrétienne. Et c’est précisément ce mystère-là que nous avons célébré à Noël : de façon absolument inouïe, l’accomplissement des prophéties confiées à Israël se réalise, pour le peuple élu et pour toutes les nations, par la naissance en notre chair du Fils de Dieu lui-même. La dernière semaine du temps de Noël, entre la solennité de l’Épiphanie et la fête du Baptême du Seigneur, s’est attachée plus particulièrement à faire mémoire des manifestations lumineuses du Christ dans son ministère public. En effet, dans les récits évangéliques que la Parole de Dieu nous a faits entendre alors (guérisons, multiplication des pains, marche sur les eaux), nous avons vu autant de signes éclatants qui nous ont fait reconnaître en la personne de Jésus la manifestation de la gloire de Dieu. L’Épiphanie elle-même est la manifestation du Sauveur à tous les peuples, représentés symboliquement et par anticipation par les mages venus d’Orient. Le Baptême du Christ, quant à lui, est le moment où le ciel se déchire et où la voix du Père se laisse entendre : « Tu es mon Fils bien aimé ; en toi, je trouve ma joie », manifestation de l’être unique qu’est Jésus. Et maintenant que nous sommes entrés dans ce que la liturgie appelle le temps ordinaire, nous sommes invités aux noces de Cana, où il est encore question de manifestation lumineuse du Christ, mais au milieu d’une scène très familière, une scène de fête comme tout le monde peut en connaître. C’est comme si la liturgie voulait orienter le regard de notre cœur vers la manifestation du Seigneur, qui se produit dans les circonstances ordinaires de notre vie.

« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui ». Dans l’Évangile de saint Jean, nous avons entendu le récit de ce premier signe accompli par Jésus. Comment, en quoi, le Seigneur a-t-il manifesté là sa gloire ? Il a été attentif au manque qui lui était humblement présenté ; il a voulu communier au bonheur de ceux qui vivaient un événement important comme l’est un mariage ; et, après avoir agi, il est resté sur l’arrière de la scène tandis que se manifestait la joie parmi les convives. Paradoxe de cette manifestation de la gloire de Jésus, éclatante et cachée à la fois : le miracle est époustouflant (de l’eau changée en vin, et à profusion !) mais seul un tout petit nombre de témoins en ont connaissance explicitement (les plus humbles, les serviteurs). Ainsi, pour la majorité des convives présents à Cana, la manifestation de gloire, c’est la joie des noces qui peut aller à son comble sans être interrompue par la pénurie de vin. Nous aussi, dans notre vie de tous les jours, nous sommes appelés à discerner les manifestations de la gloire de Jésus. Pour ce faire, l’attitude que l’Évangile nous enseigne, c’est l’humble prière et la foi : présenter humblement au Seigneur ce qui nous fait défaut, et croire qu’il désire notre bonheur. Sa manifestation, nous la reconnaîtrons dans la joie de notre cœur, qui est un écho de sa propre joie : joie du Christ qui accomplit le mystère de notre salut, qui nous arrache à nos chemins de perdition, qui nous conduit sur les chemins du Père et accomplit ainsi la mission qui lui a été confiée.

Et saint Paul nous apprend que nous ne sommes pas seulement les bénéficiaires de la manifestation de Dieu : nous en sommes aussi les dépositaires afin que, par nous, à travers nous, d’autres reçoivent à leur tour la manifestation de Dieu : « À chacun est donné la manifestation de l’Esprit en vue du bien » : paroles de sagesse, paroles de connaissance, don de foi, don de guérison, discernement… nous pouvons poursuivre la litanie des dons de l’Esprit entamée par l’Apôtre dans sa première lettre aux Corinthiens en y ajoutant les dons qui ont été faits à chacun de nous. Il s’agit pour nous d’en rendre grâce à Dieu, et de les mettre en œuvre pour le bien de l’Église, pour le bien d’autrui : les dons que nous avons reçus sont des manifestations de l’Esprit, qui sont remis entre nos mains pour que, en les exerçant, nous manifestions la présence de Dieu dans notre monde. Nous sommes responsables du don de Dieu qui nous a été confié.

À nous maintenant, en ce début d’année, de prendre le temps de la prière, sous le regard du Seigneur, pour reconnaître ses manifestations dans notre vie. Reconnaître les passages de Dieu que nous avons accueillis, afin de lui en rendre grâce ; reconnaître aussi nos résistances à sa venue, afin de lui en demander pardon et de le prier de convertir notre cœur : ainsi notre regard spirituel s’affinera toujours plus et nous saurons, comme le maître du repas des noces de Cana, nous réjouir de la saveur exquise de la présence de Dieu dans nos vies. Reconnaître, enfin, les dons de Dieu dont nous sommes les dépositaires, chacun de nous, personnellement, afin de lui en rendre grâce et de les mettre en œuvre là où nous sommes, pour que le salut de Dieu rejoigne toujours plus, à travers nous, toute personne.

Ainsi Dieu lui-même pourra trouver toujours plus sa joie dans notre monde : « Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu ». Procurer à nos frères et sœurs, et à Dieu lui-même, la joie de l’accomplissement du salut dans notre monde : à nous de contribuer à cette merveille aujourd’hui !

F. Anthony-Joseph de sainte Thérèse de Jésus, ocd

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Date de dernière mise à jour : 2019-01-21