Pko 20.10.2019

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°50/2019
Dimanche 20 octobre 2019 – 29ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Décès du nourrisson aux Marquises : « Je suis Hoane »…
Avis à tous ceux qui se posent la question : « Pourquoi ne renvoie-t-on pas les SDF dans leurs îles » !!!

Voici l’Édito de l’hebdomadaire « Tahiti Pacifique » du 17 octobre 2019 :

Jacques Brel chantait « le temps s’immobilise aux Marquises et gémir n’est pas de mise »… Mais après le décès du bébé marquisien, lors de son évacuation sanitaire le 6 octobre dernier, le Fenua Enata hurle sa colère et ses cris font résonner toute la Polynésie. Alors que le 4 juillet dernier, l’accouchement d’une femme de Bora Bora pendant son transport à bord d’un hélicoptère « Dauphin » nous avait tous émus, ce drame, le deuxième en trois ans aux Marquises, nous assomme cette fois, tel un violent coup de casse-tête, et repose la problématique récurrente des évasans, notamment dans les îles éloignées et isolées. Les habitants de la « Terre des Hommes » s’interrogent encore sur les conditions extrêmes de cette évasan qui a nécessité le transfert du nourrisson en speed-boat depuis Ua Pou jusqu’à Nuku Hiva, faute de vraie piste sur l’île native du petit Hoane Kohumoetini et d’hélicoptère affecté aux Marquises… Édouard Fritch a aussitôt demandé l’ouverture d’une enquête afin de « faire toute la lumière sur les circonstances et les responsabilités éventuelles ».

Mais cette annonce présidentielle rassurante a été entachée par la sortie de piste de Jean-Christophe Bouissou, ministre des Transports interinsulaires et porte-parole du gouvernement, dont la réaction ahurissante a été sévèrement taclée sur les réseaux sociaux : « Lorsque des gens décident, par exemple, d’aller vivre sur un atoll isolé, sans qu’il y ait de port sans qu’il y ait d’aéroport, il est bien clair que s’il se passe quelque chose, que ce soit sur un enfant ou sur un adulte, nous n’avons pas la même capacité de réaction que si on le faisait par rapport aux Îles Sous-le-Vent ou des îles qui sont plus structurées et plus habitées. » Un discours contradictoire pour ne pas dire irrespectueux, dont il a reconnu lui-même « la maladresse ». D’autant qu’il déclarait le même jour, à l’issue d’une réunion du Schéma d’aménagement général de Polynésie, qu’il travaillait pour « un développement qui prévoit l’inversion des flux migratoires afin de permettre aux gens de retourner dans les archipels et faire en sorte de pouvoir vivre dans les archipels. Naître, vivre et peut-être aussi mourir dans les archipels, mais dans de bonnes conditions. »

Du haut de ses 3 mois, le petit Hoane n’a pas choisi en effet de vivre à Ua Pou. En outre, la mort du garçonnet rappelle douloureusement le coût humain d’un tel éloignement insulaire pour la collectivité : 10 à 15 décès par an seraient liés aux difficultés de transport aux Marquises, selon la directrice de l’hôpital de Taiohae (Nuku Hiva). « Nous, les Marquisiens sommes totalement délaissés par les pouvoirs publics, il faut que cela cesse ! », s’est insurgée Julie Bruneau, résidente à Ua Pou, qui a perdu son bébé de 9 mois dans les mêmes circonstances. « Cela suffit, il ne faut plus de sacrifice humain », a grondé, lui, Rataro, le grand-père de la victime. Dans le cadre de l’audition de Thierry Coquil, directeur des Affaires maritimes au ministère de la Transition écologique et solidaire, le sénateur Michel Vaspart est d’ailleurs revenu, le 2 octobre dernier, sur la situation particulière et précaire du sauvetage en mer en Polynésie : « Je dois vous dire, pour être marin moi-même, que j’ai eu honte, je dis bien honte, de voir le canot de sauvetage aux Marquises et de voir le canot de sauvetage à Papeete ! » D’autres bébés doivent-ils encore mourir pour que le Pays réagisse enfin et traite tous les Polynésiens sur le même pied d’égalité en leur offrant des conditions d’accès aux soins identiques ? « Je suis Marquisien ». « Je suis Hoane ».

Repose en paix petit ange.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Dominique SCHMITT

© Tahiti Pacifique n°418 – 17 octobre 2019

Laissez-moi vous dire…

13 octobre 2019 : Canonisation du cardinal John Henry Newman

Faire briller la lumière du Christ dans les obscurités

Dimanche 13 octobre, place Saint-Pierre, le Saint-Père a célébré la messe incluant le rite de canonisation de cinq bienheureux dont le cardinal John Henry Newman. Ce Cardinal est le premier saint britannique non-martyr depuis 1970. En effet, les dernières canonisations remontent au 25 octobre 1970, Paul VI avait canonisé 40 martyrs originaires d’Angleterre et du pays de Galles.

John Henry Newman est né en 1801 dans une famille anglicane. Étudiant très précoce, à l’âge de seize ans il est admis à l’Université d’Oxford. Doté d’un esprit très curieux, il est passionné de lecture et d’histoire ; il étudie les langues orientales, la poésie, les mathématiques… Dès l’âge de 15 ans il s’intéressait à l’Histoire de l’Église et plus particulièrement aux Pères de l’Église. Il se sent appelé par Dieu à vivre dans le célibat. Il sera ordonné prêtre de l’Église anglicane en 1825. En 1833 il adhère au « Mouvement d’Oxford » initié par le pasteur John Keble qui dénonce l’état critique de l’Église anglicane. Newman attire l’attention sur la déchéance morale de l’Église qui lui paraît liée à l’abandon de la Tradition des Pères de l’Église. Dans un premier temps il se montre favorable à une voie médiane, position intermédiaire entre protestantisme et catholicisme.

Mais en 1839, étudiant l’histoire des hérétiques du Vème siècle (les Monophysites qui ne reconnaissaient en Jésus qu’une seule nature), une phrase de Saint Augustin l’interpelle : « Le jugement de l’Église universelle est sûr ». Dès lors il est convaincu : « Par ces grandes paroles de l’ancien Père, la théorie de la voie médiane est absolument pulvérisée. » Cependant il essaie encore de démontrer que les 39 articles promulgués par la reine Elisabeth en 1571 (credo des anglicans) sont compatibles avec les principes catholiques [Source : « Tract 90 »]. Hélas les universitaires et la plupart des évêques anglicans le réprouvent violemment. Son cœur est déchiré ; en 1841 il se retire à Littlemore, un hameau proche d’Oxford, où il se recueille et reprend ses études. Dans la prière et la mortification il se demande s’il ne se trompe pas.

Le 6 octobre 1845, il interrompt subitement son travail, fait venir un religieux catholique italien, Père Dominique. Newman se prosterne à ses pieds, lui demande d’entendre sa confession, fait sa profession de foi catholique et reçoit le baptême sous condition.

L’effet de la « sécession » de Newman est immense dans le monde anglican : trois cents conversions se produisent immédiatement et le mouvement se poursuit… Il est ordonné prêtre catholique à Rome en 1847. Il fonde à Londres une communauté de l’Oratoire. De 1851 à 1858, à la demande des évêques irlandais, il fonde -avec bien des tracas- une université catholique à Dublin. En 1881, alors qu’il n’est pas évêque, le pape Léon XIII le nomme cardinal.

En fin de vie le Cardinal écrira : « Mon désir a été d’avoir la Vérité pour amie la plus chère, et de n’avoir d’autre ennemie que l’erreur ».

Saint John Henry Newman est célébré aussi bien par les catholiques que les anglicans ; en témoigne la présence du Prince Charles de Galles à la messe de canonisation place Saint Pierre à Rome. Une déclaration commune de la Conférence des Évêques catholiques et de l’Église anglicane du Canada le souligne également : « Bien que la vie de Newman ait parfois été une source de tensions entre les anglicans et les catholiques romains dans le passé, aujourd’hui nous pouvons affirmer ensemble que Newman est un personnage que nous pouvons tous célébrer en commun, un frère dans le Christ Jésus, que nos deux Églises ont contribué à former. En fait, nous pouvons même voir dans son héritage la plantation de nombreuses semences dans les deux communautés, qui ont contribué plus tard aux fruits œcuméniques qui ont mûri entre nous aux échelons mondial et local. » [source : https://www.crc-canada.org/]

En guise de conclusion, en ce mois d’octobre missionnaire, reprenons cette prière du Saint Cardinal Newman citée par le Souverain Pontife : « Jésus, reste avec nous et nous commencerons à briller comme tu brilles, à briller de manière à être une lumière pour les autres » (Meditations on Christian Doctrine, VII,3).

Dominique SOUPÉ

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

Presbytérium

Du Lundi 14 au Jeudi 17 Octobre a eu lieu à Tibériade la réunion des prêtres du diocèse, le « Presbyterium ». Cette rencontre a permis à chaque prêtre présent de faire le point et de partager sur l’année écoulée dans sa ou ses paroisses : Catéchèse enfants, jeunes et adultes préparant un sacrement, formation, temps forts, pèlerinages, qualité des liturgies, ouverture aux périphéries, participation des jeunes, groupe de jeunes, etc… Deux sessions furent ensuite consacrées à la réflexion sur la formation et le ministère des Katekita, dans le prolongement des États Généraux qui eurent lieu en juillet 2018. Fut également abordée dans une autre session la réforme des comptabilités dans les paroisses, projet visant à uniformiser les comptabilités et de les rendre plus transparentes. Pour aider à cette réflexion, l’économe diocésain ainsi que Guy Besnard et deux membres de la société « Fic Expertise » étaient présents et ont fait part des avancées dans la mise en place du nouveau système comptable depuis l’an dernier. Une autre session fut consacrée aux parcours catéchétiques utilisés dans nos paroisses. Le responsable du Comité Diocésain de la Catéchèse, le diacre Gérard PICARD ROBSON était venu accompagné de 4 autres membres de son équipe pour nous faire part des évolutions dans les méthodes catéchétiques, et pour entendre les questions posées par les prêtres présents. Au programme également, un temps de partage à partir de la lettre du St Père aux prêtres, publiée en août 2019 et dont voici un extrait :

« “Je combats pour que leurs cœurs soient remplis de courage” (Col 2,2). Mon deuxième grand désir, en me faisant l’écho des paroles de saint Paul, est de vous conduire à renouveler notre courage sacerdotal, fruit avant tout de l’action de l’Esprit Saint dans nos vies. Face à des expériences douloureuses, nous avons tous besoin de réconfort et d’encouragement. La mission à laquelle nous avons été appelés ne nous entraine pas à être immunisés contre la souffrance, la douleur et même l’incompréhension ; au contraire, elle nous pousse à les regarder en face et à les assumer pour laisser le Seigneur les transformer et nous configurer toujours plus à Lui…

Frères, reconnaissons notre fragilité, oui, mais laissons Jésus la transformer et nous pousser encore et encore à la mission. Ne perdons pas la joie de nous sentir “brebis”, de savoir qu’il est notre Seigneur et notre Pasteur

Pour maintenir courageux le cœur, il est nécessaire… de faire croître et alimenter le lien avec votre peuple. Ne pas s’isoler des gens et des prêtres ou des communautés. Encore moins se cloîtrer dans des groupes fermés et élitistes. Ceci, dans le fond, asphyxie et envenime l’âme. Un ministre aimé est un ministre toujours en sortie ; et “être en sortie” nous conduit à marcher parfois devant, parfois au milieu, parfois derrière : devant, pour guider la communauté, au milieu pour mieux la comprendre, l’encourager et la soutenir ; derrière, pour la maintenir unie et qu’elle n’aille jamais trop en arrière… »

La dernière session nous a permis de faire le point sur le « Centre de préparation au mariage » qui se met en place avec le P. Gilbert et son équipe, sur la création d’une aumônerie catholique des étudiants de l’UPF qui est en train de se constituer dans les locaux de l’ancien Grand Séminaire, le point également sur l’aumônerie de l’hôpital du Taaone et sur l’aumônerie des prisons.

Signalons également que nous avons pris une journée de détente entre nous, organisée au Fenua Aihere dont les paroissiens nous réservèrent un accueil somptueux. Qu’ils en soient ici vivement remerciés… Ce fut une belle occasion de mieux nous connaître et de renforcer ce lien si important entre prêtres d’un même diocèse.

Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

L’universalité du salut

Dans le cadre de l’audience générale du mercredi, tenue sur la Place Saint-Pierre, le Pape François a poursuivi ce matin sa série de catéchèses sur les Actes des Apôtres.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le voyage de l’Évangile dans le monde, que saint Luc raconte dans les Actes des apôtres, est accompagné de la plus grande créativité de Dieu qui se manifeste de manière surprenante. Dieu veut que ses enfants dépassent tout particularisme pour s’ouvrir à l’universalité du salut. Voilà le but : dépasser les particularismes et s’ouvrir à l’universalité du salut, parce que Dieu veut sauver tout le monde. Ceux qui sont nés à nouveau de l’eau et de l’Esprit – les baptisés – sont appelés à sortir d’eux-mêmes et à s’ouvrir aux autres, à vivre la proximité, le style du “vivre ensemble” qui transforme toute relation interpersonnelle en une expérience de fraternité (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, 87).

Pierre, protagoniste avec Paul dans les Actes des apôtres, est témoin de ce processus de « fraternisation » que l’Esprit veut déclencher dans l’histoire. Pierre vit un événement qui marque un tournant décisif pour son existence. Pendant qu’il prie, il reçoit une vision qui sert de « provocation » divine, pour susciter en lui un changement de mentalité. Il voit une grande nappe qui descend d’en-haut, contenant différents animaux : quadrupèdes, reptiles et oiseaux, et il entend une voix qui l’invite à se nourrir de ces viandes. En bon juif, il réagit en soutenant qu’il n’a jamais rien mangé d’impur, selon la Loi du Seigneur (cf. Lv11). Alors la voix réplique : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit » (Ac 10,15).

Par ce fait, le Seigneur veut que Pierre n’évalue plus les événements et les personnes selon les catégories du pur et de l’impur, mais qu’il apprenne à aller au-delà, pour regarder la personne et les intentions de son cœur. En effet, ce qui rend l’homme impur ne vient pas du dehors mais seulement du dedans, du cœur (cf. Mc 7,21). Jésus l’a dit clairement.

Après cette vision, Dieu invite Pierre chez un étranger non circoncis, Corneille, « centurion de la cohorte appelée italique, […], de grande piété qui craignait Dieu », qui fait beaucoup d’aumônes au peuple et prie Dieu sans cesse (cf. Ac 10, 1-2), mais il n’était pas juif.

Dans cette maison de païens, Pierre prêche le Christ crucifié et ressuscité et le pardon des péchés à tous ceux qui croient en lui. Et pendant que Pierre parle, l’Esprit Saint descend sur Corneille et sur sa famille. Et Pierre les baptise au nom de Jésus-Christ (cf. Ac 10,48).

Ce fait extraordinaire – c’est la première fois que se produit quelque chose de ce genre – est connu à Jérusalem où les frères, scandalisés par le comportement de Pierre, le réprimandent vivement (cf. Ac 11,1-3). Pierre a fait quelque chose qui allait au-delà de la coutume, au-delà de la loi, et c’est pourquoi on le réprimande. Mais après sa rencontre avec Corneille, Pierre est plus libre de lui-même et plus en communion avec Dieu et avec les autres, parce qu’il a vu la volonté de Dieu dans l’action de l’Esprit Saint. Il peut donc comprendre que l’élection d’Israël n’est pas la récompense pour des mérites, mais le signe de l’appel gratuit à être une médiation de la bénédiction divine parmi les peuples païens.

Chers frères, nous apprenons du prince des apôtres, qu’un évangélisateur ne peut être un obstacle à l’œuvre créatrice de Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2,4), mais quelqu’un qui favorise la rencontre des cœurs avec le Seigneur. Et nous, comment nous comportons-nous avec nos frères, surtout avec ceux qui ne sont pas chrétiens ? Sommes-nous un obstacle pour la rencontre avec Dieu ? Faisons-nous obstacle à leur rencontre avec le Père ou la favorisons-nous ?

Demandons aujourd’hui la grâce de nous laisser étonner par les surprises de Dieu, de ne pas faire obstacle à sa créativité, mais de reconnaître et favoriser les voies toujours nouvelles à travers lesquelles le Ressuscité envoie son Esprit dans le monde et attire les cœurs en se faisant connaître comme le « Seigneur de tous » (Ac 10,36). Merci.

© Libreria Editrice Vaticana - 2019

Éthique sociale

Les dimensions cachées de la pauvreté

Le 17 octobre fut célébré la Journée mondiale du refus de la misère, ATD Quart Monde présente un rapport original, élaboré avec des personnes concernées par l’exclusion, proposant une nouvelle définition de la pauvreté, qui comporte neuf dimensions.

Lutter efficacement contre la pauvreté,
c’est d’abord la comprendre

S’il est largement admis que la pauvreté est multidimensionnelle, aujourd’hui encore on tend à la limiter à ses aspects financiers quand il s’agit de la mesurer, comme le fait par exemple la Banque mondiale qui fixe le seuil international de pauvreté à 1,90 dollar par personne et par jour. Pourtant l’enjeu est de taille : alors que la communauté internationale a adopté de nouveaux Objectifs pour un Développement Durable (ODD) – dont le premier est d’éradiquer la pauvreté partout et sous toutes ses formes – la manière dont nous comprenons et mesurons la pauvreté est plus que jamais essentielle.

Pour répondre à cet enjeu, une recherche participative internationale sur les dimensions cachées de la pauvreté, pilotée par l’Université d’Oxford et ATD Quart Monde avec le soutien de nombreux partenaires, a été menée dans six pays – trois au Nord et trois au Sud. Durant trois ans, les équipes de recherche composée à la fois de chercheurs universitaires, de professionnels et de personnes vivant en situation de pauvreté venant du Royaume-Uni, de France, des États-Unis, du Bangladesh, de Tanzanie et de Bolivie ont travaillé pour établir de nouvelles catégories d’analyse de la pauvreté. Moins technocratiques et davantage nourries par la vie des personnes qui en souffrent, ces « dimensions cachées de la pauvreté » mises en lumière par cette recherche ont pour but de faire avancer la pensée globale sur la nature et la mesure de la pauvreté. Objectif à long terme : contribuer à des actions de terrain plus efficaces et à l’élaboration de meilleures politiques de lutte contre la pauvreté aux niveaux national et international.

Définir la pauvreté : 9 dimensions, 5 facteurs modificateurs

Les résultats mettent en avant l’interaction entre neuf dimensions de la pauvreté. Les trois premières ont été exprimées très fortement par les personnes en situation de pauvreté dans les six pays, mais elles sont encore peu comprises par la société et pas suffisamment prises en compte dans les indicateurs de pauvreté actuels. Trois dépendent ensuite des dynamiques relationnelles et les trois dernières sont plus classiques et renvoient à un manque de ressources, monétaires, matérielles et sociales.

Dépossession du pouvoir d’agir

La pauvreté entraîne un manque de contrôle sur sa propre vie. Les personnes en situation de pauvreté n’ont souvent pas leur mot à dire dans les décisions prises à leur place par des personnes qui ont autorité sur elles.

« La pauvreté, c’est comme une toile qui t’englue, dont tu ne peux jamais t’échapper. » (Personne en situation de pauvreté, Royaume-Uni.)

Souffrance dans le corps, l’esprit et le cœur

Vivre dans la pauvreté, c’est vivre des souffrances physiques, mentales et émotionnelles intenses, accompagnées d’un sentiment d’impuissance à y faire quoi que ce soit.

« Tu ne peux pas t’endormir : tu penses “qu’est-ce que je peux faire ? Qu’est-ce que je vais donner à manger à mes enfants ?” Tu te sens très mal, ça te fait mal à l’intérieur. » (Personne en situation de pauvreté, Bolivie.)

Combat et résistance

Il y a un combat continu pour survivre, mais la créativité des personnes en situation de pauvreté leur permet de répondre aux besoins fondamentaux de manière inventive, tout en acquérant de nouvelles compétences.

« Quand j’ai de vieux vêtements, j’en fais de nouveaux. Quand on n’a rien à manger, je fais des gâteaux avec ce que j’ai. Je fais pousser mes propres légumes. On se débrouille. » (Personne en situation de pauvreté, France.)

Maltraitance institutionnelle

Les institutions, publiques et privées, de par leurs actions ou leur inaction, se montrent souvent incapables de répondre de manière appropriée et respectueuse aux besoins et à la situation des personnes en situation de pauvreté, ce qui les conduit à les ignorer, à les humilier et à leur nuire.

« Le système d’aide sociale n’est pas conçu pour vous permettre d’en sortir. Il vous maintient constamment la tête sous l’eau. Il vous met dans cette situation et vous reproche d’y être. C’est parfois comme si vous deviez sortir de la pauvreté par effraction. » (Militant, États-Unis.)

Maltraitance sociale

Le comportement du public envers les personnes en situation de pauvreté se caractérise par des jugements négatifs préjudiciables, la stigmatisation et le blâme. Les personnes vivant dans la pauvreté sont souvent ignorées ou exclues.

« Ici, aux États-Unis, qui vous êtes est défini par ce que vous possédez. Quand vous n’avez pas grand-chose, vous n’êtes pas grand-chose. Et alors, on considère que vous n’avez pas votre place dans la société. » (Militant, États-Unis.)

Contributions non reconnues

Les connaissances et les compétences des personnes vivant dans la pauvreté sont rarement vues, reconnues ou valorisées. Individuellement et collectivement, ces personnes sont souvent présumées incompétentes, à tort.

« Nous avons de sérieuses compétences pour gagner de l’argent, nous savons tricoter, nous savons faire tant de choses, comme recycler, mais personne n’accorde de valeur à ces compétences. Personne ne dit vraiment : ‘ils font un effort.’ Tout cela est rendu invisible. » (Personne en situation de pauvreté, Bolivie.)

Manque de travail décent

Les personnes vivant dans la pauvreté ont rarement accès à un travail équitablement rémunéré, sûr, stable, réglementé et digne.

« Nous sommes surmenées, mais nous sommes sous-payées. La plupart des femmes qui travaillent dans la carrière se réveillent généralement à 5h du matin et travaillent de 6h à 16h. À la fin de la journée, elles sont payées entre 2000 et 5000 Tsh (environ 0,78 à 1,95 euros). » (Personne en situation de pauvreté, Tanzanie.)

Revenu insuffisant et précaire

Cette dimension se réfère au fait d’avoir trop peu de revenus pour pouvoir subvenir aux besoins de base et aux obligations sociales, pour maintenir l’harmonie au sein de la famille et vivre dans de bonnes conditions.

« Quand nous n’avions pas d’argent, nous devions chercher de la nourriture dans la forêt. Parfois, nous mangions des feuilles et des racines, sans savoir si elles étaient sans danger pour notre santé. » (Personne en situation de pauvreté, Tanzanie.)

Privations matérielles et sociales

Cela caractérise le manque d’accès à des aliments nutritifs en quantité suffisante, à des vêtements adéquats, à des logements de qualité avec de bonnes installations sanitaires, de l’eau propre et un approvisionnement énergétique fiable, à une éducation non-discriminatoire dans des écoles bien équipées, à des soins de santé accessibles et efficaces, à des transports publics qui fonctionnent et à des environnements non dangereux.

« Ne pas avoir de vêtements chauds pour l’hiver. De mauvaises odeurs venant des habits qui ne peuvent pas sécher dehors, dans une hutte en mauvais état, mal ventilée. Nous avons toujours faim. Nous avons toujours les pieds sales parce que nous n’avons pas de chaussures. » (Personnes en situation de pauvreté, Bangladesh.)

© ATD-quartmonde.fr – 2019

Éthique sociale

Le bien commun à l’ère du numérique

À l’heure ou le Digital Festival Tahiti 2019 ferme ses portes, une occasion de relire le discours du pape François aux participants au séminaire « Le bien commun à l’ère numérique » le 27 septembre 2019. Dans son discours, se fondant sur sa lettre encyclique Laudato si’, il a rappelé le parallèle de base suivant : « le bénéfice indiscutable que l’humanité peut tirer du progrès technologique dépendra de la mesure dans laquelle les nouvelles possibilités à disposition seront utilisées de façon éthique ». Sans cela, a-t-il estimé, le « paradigme technocratique » d’un progrès incontrôlé et illimité s’imposera, « entraînant d’immenses dangers pour l’humanité tout entière ». Cependant, un monde meilleur est possible grâce au progrès technologique « si celui-ci est accompagné par une éthique fondée sur une vision du bien commun, une éthique de liberté, responsabilité et fraternité… » a-t-il conclu.

Messieurs les cardinaux,

chers frères et sœurs,

Je vous souhaite la bienvenue, à vous tous qui participez à la rencontre sur « Le bien commun à l’ère numérique », promue par le Conseil pontifical de la culture et par le Dicastère pour le service du développement humain intégral ; et je remercie le cardinal Ravasi pour son introduction. Les développements importants dans le domaine technologique, en particulier ceux sur l’intelligence artificielle, présentent des aspects toujours plus significatifs dans tous les secteurs de l’action humaine ; c’est pourquoi, je considère que des débats ouverts et concrets sur ce thème sont plus que jamais nécessaires.

Dans l’encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, j’ai tracé un parallèle de base : le bénéfice indiscutable que l’humanité peut tirer du progrès technologique1 dépendra de la mesure dans laquelle les nouvelles possibilités à disposition seront utilisées de façon éthique2. Cette corrélation exige que l’immense progrès technologique en cours aille de pair avec un développement adéquat de la responsabilité et des valeurs.

Dans le cas contraire, un paradigme dominant – le « paradigme technocratique »3, qui promet un progrès incontrôlé et illimité, s’imposera et éliminera sans doute même d’autres facteurs de développement, entraînant d’immenses dangers pour l’humanité tout entière. À travers vos travaux, vous avez voulu contribuer à prévenir cette dérive et à rendre concrète la culture de la rencontre et le dialogue interdisciplinaire.

Beaucoup d’entre vous sont d’importants acteurs dans divers domaines des sciences appliquées : technologie, économie, robotique, sociologie, communication, cyber-sécurité, et également de la philosophie, de l’éthique et de la théologie morale. Précisément pour cela, vous exprimez non seulement diverses compétences, mais également des sensibilités différentes et des approches variées face aux problématiques que des phénomènes comme l’intelligence artificielle ouvrent dans les secteurs de votre compétence. Je vous remercie d’avoir voulu vous rencontrer pour un dialogue inclusif - et fécond - qui aide chacun à apprendre les uns des autres et qui ne permette à personne de s’enfermer dans des schémas préconçus.

L’objectif principal que vous vous êtes fixé est très ambitieux : atteindre des critères et des paramètres éthiques de base, capables de fournir des orientations sur les réponses aux problèmes éthiques soulevés par l’usage généralisé des technologies. Je me rends compte que pour vous, qui représentez dans le même temps la mondialisation et la spécialisation du savoir, il doit être difficile de définir certains principes essentiels dans un langage acceptable et accessible à tous. Toutefois, vous ne vous êtes jamais découragés en cherchant à atteindre cet objectif, en encadrant la valeur éthique des transformations en cours notamment dans le contexte des principes établis par les Objectifs de développement durable définis par les Nations unies ; en effet, les domaines-clés que vous explorez ont certainement des impacts immédiats et concrets sur la vie de millions de personnes.

Il existe une conviction commune que l’humanité se trouve face à des défis sans précédents et totalement inédits. Des problèmes nouveaux exigent des solutions nouvelles : en effet, le respect des principes et de la tradition doit être toujours vécu sous une forme de fidélité créative et non d’imitations rigides ou de réductionnismes obsolètes. Je considère donc comme louable que vous n’ayez pas peur de décliner, parfois même de façon précise, des principes moraux tant théoriques que pratiques, et que les défis éthiques examinés aient été affrontés précisément dans le contexte du concept du « bien commun ». Le bien commun est un bien auquel tous les hommes aspirent, et il n’existe pas de système éthique digne de ce nom qui n’envisage pas ce bien comme l’un de ses points de référence essentiels.

Les problématiques que vous êtes appelés à analyser concernent toute l’humanité et exigent des solutions qui puissent s’étendre à toute l’humanité.

Un bon exemple pourrait être la robotique dans le monde du travail. D’une part, celle-ci pourra mettre fin à certains travaux pénibles, dangereux et répétitifs - il suffit de penser à ceux apparus au début de la révolution industrielle du XIXe siècle -, qui engendrent souvent souffrance, ennui et abrutissement. D’autre part, toutefois, la robotique pourrait devenir un instrument simplement efficient : utilisée uniquement pour augmenter les profits et les rendements, elle priverait des milliers de personnes de leur travail, en menaçant leur dignité.

Un autre exemple est représenté par les avantages et les risques associés à l’usage des intelligences artificielles dans les débats sur les grandes questions sociales. D’une part, on pourra favoriser un plus grand accès aux informations fiables et donc garantir l’affirmation d’analyses correctes ; de l’autre, il sera possible, comme jamais auparavant, de faire circuler des opinions tendancieuses et de fausses données, « empoisonner » les débats publics et même manipuler les opinions de millions de personnes, au point de mettre en danger les intuitions mêmes qui garantissent une coexistence civile pacifique. Pour cela, le développement technologique dont nous sommes tous témoins exige de nous de retrouver et de réinterpréter les termes éthiques que d’autres nous ont transmis.

Si les progrès technologiques étaient une cause d’inégalités toujours plus marquées, nous ne pourrions pas les considérer comme de véritables progrès. Si le prétendu progrès technologique de l’humanité devenait un ennemi du bien commun, il conduirait à une régression déplorable vers une forme de barbarie dictée par la loi du plus fort. C’est pourquoi, chers amis, je vous remercie parce qu’à travers vos travaux, vous vous engagez dans un effort de civilisation, qui se mesurera également sur l’objectif d’une diminution des inégalités économiques, éducatives, technologiques, sociales et culturelles.

Vous avez voulu jeter des bases éthiques de garantie pour défendre la dignité de toute personne humaine, dans la conviction que le bien commun ne peut pas être dissocié du bien spécifique de chaque individu. Tant qu’une seule personne sera victime d’un système, aussi avancé et efficace soit-il, qui ne réussit pas à valoriser la dignité intrinsèque et la contribution de chaque personne, votre travail ne sera pas terminé.

Un monde meilleur est possible grâce au progrès technologique si celui-ci est accompagné par une éthique fondée sur une vision du bien commun, une éthique de liberté, responsabilité et fraternité, capable de favoriser le plein développement des personnes en relation avec les autres et avec la création.

Chers amis, je vous remercie pour cette rencontre. Je vous accompagne de ma bénédiction. Que Dieu vous bénisse tous. Et je vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi. Merci.

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(1) cf. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’n. 102 ; DC 2015, n. 2519, p. 32.

(2) cf. ibid.n. 105 ; p. 33.

(3) cf. ibid.n. 111 ; p. 35.

© Libreria Editrice Vaticana – 2019

Commentaire des lectures du dimanche

Au début de la célébration d’aujourd’hui, nous avons adressé au Seigneur cette prière : « Crée en nous un cœur généreux et fidèle afin que nous puissions toujours te servir avec loyauté et pureté de cœur » (Oraison de la collecte).

Nous tout seuls, nous ne sommes pas capables de nous former un tel cœur, Dieu seul peut le faire, et pour cela nous le demandons dans la prière, nous l’invoquons de Lui comme un don, comme sa “création”. De cette manière nous sommes introduits dans le thème de la prière, qui est au centre des lectures bibliques de ce dimanche et qui nous interpelle nous aussi, nous qui sommes rassemblés pour la canonisation de nouveaux Saints et Saintes. Ils ont atteint le but, ils ont eu un cœur généreux et fidèle, grâce à la prière : ils ont prié avec toutes leurs forces, ils ont lutté, et ils ont vaincu.

Prier, donc. Comme Moïse, qui a été surtout un homme de Dieu, un homme de prière. Nous le voyons aujourd’hui dans l’épisode de la bataille contre Amalec, debout sur la colline avec les mains levées ; mais à chaque fois, à cause du poids, les mains retombaient, et dans ces moments le peuple avait le dessous ; alors Aaron et Hour firent asseoir Moïse sur une pierre et ils soutenaient ses mains levées, jusqu’à la victoire finale.

Voilà le style de vie spirituelle que nous demande l’Église : non pour gagner la guerre, mais pour gagner la paix !

Dans l’épisode de Moïse, il y a un message important : l’engagement de la prière demande de nous soutenir l’un l’autre. La fatigue est inévitable, parfois nous n’en pouvons plus, mais avec le soutien des frères, notre prière peut aller de l’avant, jusqu’à ce que le Seigneur porte son œuvre à son terme.

Saint Paul, écrivant à son disciple et collaborateur Timothée, lui recommande de demeurer ferme dans ce qu’il a appris et dans ce en quoi il croit fermement (cf. 2 Tm 3,14). Toutefois, Timothée lui aussi ne pouvait pas y arriver tout seul : la “bataille” de la persévérance ne se remporte pas sans la prière. Mais pas une prière sporadique, en dents de scie, mais faite comme Jésus l’enseigne dans l’Évangile d’aujourd’hui : « toujours prier, sans se décourager » (Lc 18,1). C’est la manière d’agir chrétienne : être fermes dans la prière pour rester fermes dans la foi et dans le témoignage. Et voici de nouveau une voix au dedans de nous : “Mais Seigneur, comment est-il possible de ne pas se décourager ? Nous sommes des êtres humains… Moïse aussi s’est découragé ! …”. C’est vrai, chacun de nous se décourage. Mais nous ne sommes pas seuls, nous faisons partie d’un Corps ! Nous sommes membres du Corps du Christ, l’Église, dont les mains sont levées jour et nuit vers le ciel grâce à la présence du Christ ressuscité et de son Saint Esprit. Et seulement dans l’Église et grâce à la prière de l’Église, nous pouvons rester fermes dans la foi et dans le témoignage.

Nous avons écouté la promesse de Jésus dans l’Évangile : « Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit » (Lc 18,7). C’est le mystère de la prière : crier, ne pas se décourager, et si tu te décourages, demander de l’aide pour tenir les mains levées. C’est la prière que Jésus nous a révélée et nous a donnée dans l’Esprit Saint. Prier ce n’est pas se réfugier dans un monde idéal, ce n’est pas s’évader dans une fausse quiétude égoïste. Au contraire, prier c’est lutter, c’est aussi laisser l’Esprit Saint prier en nous. C’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier, qui nous guide dans la prière, qui nous fait prier comme des enfants.

Les saints sont des hommes et des femmes qui entrent jusqu’au fond dans le mystère de la prière. Des hommes et des femmes qui luttent avec la prière, laissant l’Esprit Saint prier et lutter en eux ; ils luttent jusqu’au bout, avec toutes leurs forces, et ils vainquent, mais pas tout seuls : le Seigneur vainc en eux et avec eux. Ainsi ces sept témoins qui ont été canonisés aujourd’hui, ont combattu la bonne bataille de la foi et de l’amour avec la prière. C’est pourquoi ils sont restés fermes dans la foi, avec le cœur généreux et fidèle. Que par leur exemple et leur intercession, Dieu nous accorde à nous aussi d’être des hommes et des femmes de prière ; de crier jour et nuit vers Dieu sans nous décourager ; de laisser l’Esprit Saint prier en nous, et de prier en nous soutenant les uns les autres pour rester les mains levées, jusqu’à ce que vainque la Divine Miséricorde.

© Libreria Editrice Vaticana – 2019

 

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Date de dernière mise à jour : 2019-10-19