PKO 01.12.2013

Dimanche 1er décembre 2013 – 1er Dimanche de l’Avent – Année C
Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°62/2013

HUMEURS

Politique et schizophrénie… même symptôme ?

 La politique conduit-elle à la schizophrénie ? Question qui se pose légitimement après la visite, la semaine dernière,  du délégué Apostolique.

En effet, suite à la visite du délégué Apostolique à la Présidence, le communiqué officiel de cette dernière nous rapportait : « Le Président a tenu à exprimer la reconnaissance du gouvernement de la Polynésie française pour l’œuvre réalisée par les différentes Confessions de manière générale, et de l’Église catholique en particulier, en faveur de l’éducation, de la jeunesse et dans le domaine social. » ; et ce au moment même où le Pays lançait son appel d’offre pour le projet Tahiti Mahana Beach : « Le projet Tahiti Mahana Beach devra être conçu selon une composition d’aménagements à vocation touristique… Cette composition pourra reposer sur les premiers éléments de programmation suivants : des hôtels… avec l’implantation éventuelle d’un casino… »

Autrement dit… les uns s’affairent à détruire le tissu social pendant que d’autres essayent de le maintenir… Politique et schizophrénie… même symptôme !

Citer et diffuser cet extrait de l’Exhortation du Pape François publié cette semaine apparaît d’une impérieuse nécessité : « Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. […] S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue… Non à l’argent qui gouverne au lieu de servir »

En marge de l’actualité

« La joie de l’Évangile » Exhortation Apostolique « Evangelii Gaudium »

 Dimanche dernier, 24 novembre, lors de la célébration du Christ Roi et de la conclusion de l’Année de la foi, le pape François a symboliquement remis le texte de sa première exhortation, « l’Evangile de la joie », à des représentants de toute l’Église. Mais le texte a été officiellement publié le 26 novembre et mis en ligne sur le site du Vatican (www.vatican.va).

Si le Saint Père puise  la substance de son texte dans les Actes du synode sur l'Evangélisation, il marque cette première Exhortation de son style très personnel que l'on peut qualifier de « décapant ». Dans l'introduction, S.S. François donne les clefs de lecture du document, son style à la fois facile et captivant entraîne le lecteur (catholique ou non) dans une succession de questionnements appelant des changements de comportements.

Il ne s’agit pas d’un document pour faire plaisir ou pour mettre à l’honneur l’Église ou les catholiques. D’emblée le pape François propose un changement de vie, pas demain, aujourd’hui ! « J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui. »

Comme l’ont déjà dit certains commentateurs, par ce document le pape effectue « un véritable déminage » pour préparer le terrain et pouvoir entrer dans la dynamique de la joie de l’Évangile et « la douce et réconfortante joie d’évangéliser ». Cela implique des prises de position claires, comme par exemple : « non à une économie de l’exclusion », « non à la nouvelle idolâtrie de l’argent », « non à l’argent qui gouverne au lieu de servir », « non à la disparité sociale qui engendre la violence », « oui au défi d’une spiritualité missionnaire », « oui aux relations nouvelles engendrées par Jésus-Christ », « non au pessimisme stérile », « non à la guerre entre nous (chrétiens) » …

Suivent de multiples indications et conseils pour une meilleure « Annonce de l’Évangile » et une prise en compte de « la dimension sociale de l’évangélisation ». Selon le pape François l’évangélisation n’est pas l’unique affaire d’acteurs qualifiés qui auraient reçu une formation ou une mission spéciale… Pour le pape, si le chrétien « a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer,(…)Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ »,(...) que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation… ». Le chrétien est « marqué au feu par la mission [d'évangéliser] afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer », c'est « le feu de l’Esprit ».

On ne pouvait imaginer plus belle perspective après la clôture de l’année de la Foi.

Dominique SOUPÉ

Chancelier

La mort dans le Christ

Audience générale du pape François du mercredi 27 novembre 2013

« Si on la comprend comme la fin de tout, la mort effraie, terrifie, elle devient une menace qui brise tout rêve, toute perspective, qui casse/rompt toute relation et interrompt tout chemin », reconnaît le pape François. Or, ajoute-t-il, il y a en même temps « un instinct puissant en nous qui nous dit que notre vie ne finit pas avec la mort ». Il explique que « la résurrection de Jésus ne donne pas seulement la certitude de la vie au-delà de la mort, mais elle éclaire aussi le mystère même de la mort de chacun de nous ».

Chers frères et sœurs, bonjour et félicitations parce que vous êtes courageux, avec ce froid sur la place. Je vous félicite !

Je désire conclure les catéchèses sur le « Je crois en Dieu », données au cours de l’Année de la foi qui s’est conclue dimanche dernier. Dans cette catéchèse, et dans la suivante, je voudrais réfléchir au thème de la résurrection de la chair, en en saisissant deux aspects tels que les présente le Catéchisme de l’Église catholique, c’est-à-dire notre mort et notre résurrection en Jésus-Christ. Aujourd’hui, je m’arrête sur le premier aspect, la « mort dans le Christ ».

1. Il y a en général entre nous une manière erronée de regarder la mort. La mort nous concerne tous, et elle nous interroge profondément, surtout lorsqu’elle nous touche de près, ou lorsqu’elle touche les petits, ceux qui sont sans défense, d’une manière qui nous apparaît comme « scandaleuse ». Je me suis toujours posé la question : Pourquoi les enfants souffrent-ils ? Pourquoi les enfants meurent-ils ? Si on la comprend comme la fin de tout, la mort effraie, terrifie, elle devient une menace qui brise tout rêve, toute perspective, qui casse/rompt toute relation et interrompt tout chemin.

C’est ce qui se passe lorsque nous considérons notre vie comme un temps renfermé entre deux pôles : la naissance et la mort, lorsque nous ne croyons pas dans un horizon qui va au-delà de celui de la vie présente, lorsqu’on vit comme si Dieu n’existait pas. Cette conception de la mort est typique de la pensée athée, qui interprète l’existence comme si nous nous trouvions par hasard dans le monde et que nous marchions vers le néant. Mais il existe aussi un athéisme pratique, qui consiste à vivre uniquement pour ses propres intérêts et vivre uniquement pour les choses terrestres. Si nous nous laissons prendre par cette vision erronée de la mort, nous n’avons pas d’autre choix que d’occulter la mort, de la nier, ou de la banaliser, pour qu’elle ne nous fasse pas peur.

2. Mais devant cette fausse solution, le « cœur » de l’homme - son désir d’infini, qui est en chacun de nous, sa nostalgie de l’éternité, qui est en chacun de nous - se rebelle. Alors, quel est le sens chrétien de la mort ? Si nous regardons les moments les plus douloureux de notre vie, lorsque nous avons perdu une personne qui nous était chère – nos parents, un frère, une sœur, un époux, un enfant, un ami – nous nous rendons compte que, même dans le drame que représente cette perte, même déchirés par cet éloignement, il monte du cœur la conviction que ce n’est pas possible que tout soit fini, que le bien donné et reçu n’a pas été inutile. Il y a un instinct puissant en nous qui nous dit que notre vie ne finit pas avec la mort.

Cette soif de vie a trouvé sa réponse réelle et fiable dans la résurrection de Jésus-Christ. La résurrection de Jésus ne donne pas seulement la certitude de la vie au-delà de la mort, mais elle éclaire aussi le mystère même de la mort de chacun de nous. Si nous vivons unis à Jésus, si nous lui sommes fidèles, nous serons capables aussi d’affronter avec espérance et sérénité le passage de la mort. L’Église, en effet, prie ainsi : « Si la certitude de devoir mourir nous attriste, la promesse de l’immortalité future nous console ». C’est une belle prière de l’Église !

Une personne a tendance à mourir comme elle a vécu. Si ma vie a été un chemin avec le Seigneur, un chemin de confiance dans son immense miséricorde, je serai préparé à accepter le moment ultime de mon existence terrestre comme un abandon confiant et définitif dans ses mains accueillantes, dans l’attente de contempler son visage face à face. C’est ce qui peut nous arriver de plus beau : contempler face à face ce visage merveilleux du Seigneur, le voir tel qu’il est, beau, plein de lumière, plein d’amour, plein de tendresse. Nous marchons pour arriver là : voir le Seigneur.

3. Dans cette perspective, on comprend l’invitation de Jésus à être toujours prêts, vigilants, sachant que la vie dans ce monde nous est donnée pour préparer l’autre, la vie avec le Père céleste. Et pour cela, il existe une voie sure : bien se préparer à la mort, en restant proche de Jésus. Voici la certitude : je me prépare à la mort en restant proche de Jésus.

Et comment être proche de Jésus ? Par la prière, les sacrements et aussi par la pratique de la charité. Rappelons-nous que Jésus est présent dans les plus faibles et les plus démunis. Il s’est lui-même identifié à eux, dans la fameuse parabole du jugement final, où il dit : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir… dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,35-36.40).

Par conséquent, une voie sûre c'est de retrouver le sens de la charité chrétienne et du partage fraternel, de soigner les plaies corporelles et spirituelles de notre prochain. La solidarité qui fait compatir aux souffrances et donner de l’espérance est une prémisse et une condition pour recevoir en héritage le Royaume préparé pour nous. Celui qui pratique la miséricorde ne craint pas la mort. Pensez bien à cela : celui qui pratique la miséricorde ne craint pas la mort. Vous êtes d’accord ? Disons-le ensemble pour ne pas l’oublier ! Celui qui pratique la miséricorde ne craint pas la mort. Et pourquoi ne craint-il pas la mort ? Parce qu’il la regarde en face dans les blessures de ses frères, et il la surmonte avec l’amour de Jésus-Christ.

Si nous ouvrons la porte de notre vie et de notre cœur aux plus petits de nos frères, alors notre mort aussi deviendra une porte qui nous introduira dans le ciel, la patrie bienheureuse, vers laquelle nous nous dirigeons, aspirant à demeurer pour toujours avec notre Père, avec Jésus, Marie et les saints.

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Evangelii Gaudium -  La joie de l’Évangile

Présentation de l’Exhortation Apostolique

Mardi amtin, près la Salle de Presse, Mgr Rino Fisichella, Président du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, Mgr Lorenzo Baldisseri, Secrétaire général du Synodes des évêques, et Mgr Claudio Celli, Président du Conseil pontifical pour les communications sociales, ont présenté l'exhortation apostolique Evangelii Gaudium (La joie de l'Evangile), écrite par le Saint-Père dans le sillage du synode d'octobre 2012. Le document se compose de 222 pages divisées en une présentation et cinq chapitres (La transformation missionnaire de l'Église ; Dans la crise de l'engagement communautaire ; L'annonce de l'Évangile ; Tout le peuple de Dieu annonce l'Évangile ; La dimension sociale de l'évangélisation ; Évangélisateurs avec l'Esprit). Voici le texte prononcé par Mgr Fisichella, avec les renvois de paragraphe des citations :

L’Exhortation apostolique du Pape François écrite à la lumière de la joie, pour redécouvrir la source de l’évangélisation dans le monde contemporain. C’est ainsi que l’on pourrait résumer le contenu de ce nouveau document que le Pape François donne à l’Église pour préciser les chemins que la pastorale doit emprunter dans un avenir immédiat. C’est une invitation à retrouver une vision prophétique et positive de la réalité, sans pour autant se cacher les difficultés. Le Saint-Père nous encourage et nous engage à regarder devant nous, au-delà de ce temps de crise, faisant une nouvelle fois de la croix et de la résurrection du Christ l’étendard de la victoire (85). À plusieurs reprises, le Pape fait référence auxPropositiones du synode de 2012, montrant ainsi combien la contribution du synode fut importante dans la rédaction de cette exhortation. Le document va cependant plus loin que l’expérience synodale. Le Pape y imprime non seulement sa propre expérience pastorale, mais aussi l’invitation à accueillir le moment de grâce que vit l’Église, afin d’avancer avec foi, conviction et enthousiasme la nouvelle étape de l’évangélisation. Reprenant l’enseignement de Evangelii nuntiandi de Paul VI, il place de nouveau au centre la personne de Jésus-Christ, premier évangélisateur qui appelle chacun de nous à prendre part avec lui à l’œuvre du salut (12). L’action missionnaire est le paradigme de toute œuvre de l’Église (15) affirme le Saint Père. C’est pourquoi il nous faut accueillir ce temps favorable pour discerner et vivre la nouvelle étape de l’évangélisation (17) qui s’articule autour de deux thèmes qui forment la trame de l’exhortation. D’une part, le Pape François s’adresse aux Églises particulières, confrontées aux défis et aux opportunités propres aux différents contextes culturels, pour qu’elles soient en mesure de spécifier le travail de nouvelle évangélisation dans leurs pays. D’autre part, le Pape indique un dénominateur commun, pour que toute l’Église, et chaque évangélisateur, puisse adopter une méthode commune, signe que l’évangélisation est un chemin où l’on marche à plusieurs, jamais de façon isolée. Les sept points, regroupés dans les cinq chapitres de l’exhortation, constituent la vision du Pape à propos de la nouvelle évangélisation: La réforme de l’Église sur la voie de la mission, les tentations des agents pastoraux, l’Église comprise comme la totalité du peuple de Dieu qui évangélise, l’homélie et sa préparation, l’intégration sociale des pauvres, la paix et le dialogue social, les motivations spirituelles de l’engagement missionnaire. Le lien entre tous ces thèmes est l’amour miséricordieux de Dieu qui va à la rencontre de chacun pour manifester le cœur de la révélation, la vie de chacun trouve son sens dans la rencontre de Jésus-Christ et dans la joie de partager cette expérience d’amour avec les autres (8).

Le premier chapitre développe la réforme de l’Église sur la voie de la mission, appelée à sortir d’elle-même pour aller à la rencontre des autres. Le Pape y exprime la dynamique de l’exode et du don que représente le fait de sortir de soi, de cheminer et de semer toujours, et toujours plus loin (21). L’Église doit faire sienne l’intimité de Jésus qui est une intimité itinérante (23). Comme nous y sommes désormais habitués, le Pape s’attarde en des expressions qui font leur effet et crée des néologismes pour faire comprendre la nature de l’évangélisation. Parmi eux, le Primerear, c’est-à-dire Dieu qui nous précède dans l’amour, montrant à l’Église le chemin à parcourir. L’Église n’est pas dans une obscure impasse, mais avance sur les pas du Christ (Cf 1 P 2, 21), pour cela sûre du chemin qu’elle parcourt. C’est pourquoi elle avance sans peur. Elle sait qu’elle doit aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin, parvenir jusqu’aux croisements des routes pour inviter les exclus. Son désir de proposer la miséricorde est inépuisable (24). Pour aller dans cette voie, le Pape François insiste sur la « conversion pastorale », qui veut dire passer d’une vision bureaucratique, statique et administrative de la pastorale à une perspective missionnaire, où la pastorale est en état permanent d’évangélisation (25). De même qu’il y a des structures qui facilitent et soutiennent la pastorale missionnaire, il y a malheureusement « des structures ecclésiales qui peuvent conditionner le dynamisme évangélisateur » (26). L’existence de pratiques pastorales dépassées et fanées oblige à la créativité pour repenser l’évangélisation. En ce sens, le Pape affirme qu'une détermination des objectifs sans un travail de recherche communautaire des moyens à prendre pour les atteindre est vouée à demeurer une pure fantaisie (33). Il faut donc se concentrer sur l’essentiel (35) et savoir que seule une dimension systématique, c’est à dire unifiée, progressive et proportionnée de la foi, peut nous venir en aide. L’Église doit pouvoir établir une hiérarchie des vérités et sa relation avec le cœur de l’Évangile (37 - 39). Il nous faudra éviter de tomber dans le piège d’une présentation de la foi seulement sous son aspect moral, en d’éloignant du caractère central de l’amour. Dans le cas contraire, l’édifice moral de l’Église risque de s’effondrer comme un château de carte, et ceci est le plus grand danger (39). Le Pape insiste fortement pour que l’on trouve l’équilibre entre le contenu de la foi et le langage pour l’exprimer. La rigidité avec laquelle on tient à la précision du langage peut parfois en ruiner le contenu en se détournant d’une authentique vision de la foi (41). Le passage important de ce chapitre est le n°32 où le Pape montre l’urgence qu’il y a à avancer dans certaines perspectives de Vatican II. Il s’agit en particulier du primat du Successeur de Pierre et des Conférences épiscopales. Déjà, dans Ut unum sint, Jean-Paul II avait demandé qu’on l’aide à mieux comprendre les objectifs du Pape dans le dialogue œcuménique. Le Pape François va dans le même sens et se demande si une telle aide ne pourrait pas parvenir d’une évolution du statut des Conférences épiscopales. Un autre passage (n°38 - 45) est particulièrement important quant aux conséquences qu’il implique dans la pastorale : Le cœur de l’Évangile s’incarne dans les limites du langage humain. La doctrine s’insère dans la cage du langage, pour employer une expression chère à Wittgenstein, ce qui implique un vrai discernement entre la pauvreté et les limites du langage, et la richesse -souvent encore inconnue- du contenu de la foi. Le danger est réel que l’Église ne prenne pas en compte cette dynamique. Il peut ainsi arriver que sur certaines positions, il y ait comme un enfermement et une sclérose du message évangélique, en n’en percevant plus le développement propre.

Le deuxième chapitre est consacré aux défis du monde contemporain et aux tentations qui amoindrissent la nouvelle évangélisation. Tout d’abord, le pape affirme qu’il est nécessaire de retrouver son identité sans complexe d’infériorité qui amènerait à cacher son identité et ses convictions… parvenant ainsi à étouffer la joie de la mission en une sorte d’obsession d’être comme tout le monde et d’avoir ce que les autres possèdent (79). Les chrétiens tombent alors dans un relativisme encore plus dangereux que le relativisme doctrinal (80), parce qu’il touche directement la façon de vivre des chrétiens. Il arrive ainsi que dans de nombreuses manifestations de la pastorale, les initiatives sont plombées par la mise en avant de l’initiative et non des personnes. Le pape affirmé que la tentation est réelle et commune d’une dépersonnalisation de la personne. De la même façon, le défi de l’évangélisation devrait être abordé comme une chance pour croître, plutôt que comme une raison de tomber en dépression. Mort à l’esprit défaitiste (88). Il nous faut retrouver le primat de la relation personnelle sur la technique de la rencontre qui déciderait comment, où et pour combien de temps il faudrait rencontrer les autres en partant de ses préférences (88). Parmi ces défis, il nous faut relever ceux qui ont un rapport direct avec la vie. La précarité quotidienne avec ses funestes conséquences, les différentes formes de disparité sociale, le fétichisme de l’argent et la dictature d’une économie sans visage, l’exaspération de la consommation et le consumérisme effréné… nous place face à une globalisation de l’indifférence et une dépréciation moqueuse de la morale, qui exclut toute critique de la domination du marché, qui, à travers la théorie de la rechute favorable illusionne sur les réelles possibilités d’agir en faveur des pauvres (n°52 - 64). Si l’Eglise demeure crédible en beaucoup de pays du monde, y compris là où elle est minoritaire, c’est en raison de ses œuvres de charité et de solidarité (65). Pour l’évangélisation de notre temps, face au défi des grandes cultures urbaines, les chrétiens sont invités à fuir deux expressions qui en détruisent la nature et que le Pape François appelle mondanité (93). Il s’agit en premier lieu de la fascination du gnosticisme, une foi repliée sur elle-même, sur ses certitudes doctrinales, et qui transforme l’expérience qu’on en fait en critères de vérité pour juger les autres. Le néo pélagianisme autoréférentiel et prométhéen de ceux pour qui la grâce n’est qu’un accessoire tandis que leur engagement et leurs forces sont seuls responsables du progrès. Tout ceci contredit l’évangélisation et crée une sorte d’élitisme narcissique qui doit être repoussé (94). Qui voulons-nous être, se demande le Pape ? Généraux d’armées vaincues ou bien simples soldats d’un bataillon qui continue à combattre ? Le risque d’une « Église mondaine drapée dans le spirituel et le pastoral » (96) est bien réel. Il nous faut donc résister à ces tentations et offrir le témoignage de la communion (99) qui s’appuie sur la complémentarité. À partir de là, le Pape François milite pour la promotion des laïcs et des femmes, de l’engagement pour les vocations et les prêtres. Regarder ce que l’Église a accompli comme progrès ces dernières années nous éloigne d’une mentalité de pouvoir, au profit du service pour une construction unifiée de l’Église (102 - 108).

L’évangélisation est la mission de tout le peuple de Dieu, sans exclusive. Elle ne peut être réservée ou déléguée à un groupe particulier. Tous les baptisés sont directement concernés. Dans le troisième chapitre de l’exhortation, le Pape en explique le développement et ses étapes. On met en évidence en premier lieu le primat de la grâce qui agit inlassablement dans la vie de tout évangélisateur (112). Puis est développé le rôle des différentes cultures dans le processus d’inculturation de l’Évangile, et le danger de tomber dans l’orgueilleuse sacralisation de sa propre culture (117). Enfin, on parle du rôle fondamental de la rencontre personnelle (127-129) et du témoignage de vie (121). On insiste enfin sur la valeur de la piété populaire, où s’exprime la foi authentique de tant de personnes qui donnent ainsi le témoignage de la simplicité de la rencontre de l’amour de Dieu (122 - 126). Pour terminer, le Pape invite les théologiens à valoriser les diverses formes d’évangélisation (133), et s’arrête assez longuement sur l’homélie comme forme privilégiée d’évangélisation, et qui demande une vraie passion et un vrai amour de la Parole de Dieu et du peuple qui nous est confié (135 - 158).

Le quatrième chapitre est consacré à la dimension sociale de l’évangélisation. C’est un thème cher au Pape François parce que si cette dimension n’est pas clairement prise en compte, on court le risque de défigurer le sens authentique et intégral de la mission d’évangélisation (176). C’est le thème majeur du lien entre l’annonce de l’Évangile et la promotion de la vie humaine en toutes ses expressions. La promotion intégrale de toute personne nous empêche d’enfermer la religion en un fait privé, dépourvu de conséquences sur la vie sociale et publique. Une foi authentique implique toujours un désir profond de changer le monde (183). Deux grands thèmes font partie de ce passage de l’exhortation. Le Pape en parle avec une grande passion évangélique, conscient que l’avenir de l’humanité est en jeu: L’intégration sociale des pauvres et la paix et le dialogue social. S’agissant du premier point, l’Église, à travers la nouvelle évangélisation ressent comme sienne la mission de collaborer pour résoudre les causes instrumentales de la pauvreté et pour promouvoir le développement intégral des pauvres, comme d’accomplir des gestes simples et quotidiens de solidarité face à la misère concrète « qui est chaque jour devant nos yeux » (188). Ce qui ressort de ces pages denses, c’est l’appel à reconnaitre la « force salvifique » des pauvres, et qui doit être au centre de la vie de l’Église avec la nouvelle évangélisation (198). Il nous faut donc redécouvrir d’abord l’attention, l’urgence, la conscience de ce thème, avant toute expérience concrète. Pour le Pape François, non seulement l’option fondamentale pour les pauvres doit être réalisée, mais elle est d’abord une attention spirituelle et religieuse et est pour cela prioritaire (200). Sur ces thèmes, la parole du Pape est franche et sans détour. Le pasteur d’une Église sans frontière (210), ne peut se permettre de regarder ailleurs. C’est pourquoi il demande avec force de considérer la question des migrants et énonce clairement les nouvelles formes d’esclavage. Où est celui qui tue chaque jour dans la petite fabrique clandestine, dans le système de prostitution, les enfants utilisés pour mendier, en celui qui doit travailler caché parce qu’il n’est pas régularisé ? Ne nous leurrons pas. Il y a de nombreuses complicités (211). De mille manières, le Pape défend la vie humaine depuis son commencement et la dignité de tout être vivant (213). Sur le second aspect, Il énonce quatre principes qui sont le dénominateur commun pour l’avancée de la paix et sa traduction sociale. Peut-être en mémoire de ses études sur R. Guardini, le Pape François semble créer une nouvelle opposition polaire. Il rappelle en effet que le temps est supérieur à l’espace, l’unité a le dessus sur le conflit, la réalité est plus importante que les idées, et le tout est supérieur aux parties. Ceci nous amène au dialogue comme première contribution à la paix, et qui concerne, dans l’exhortation, la science, l’œcuménisme et le rapport avec les religions non chrétiennes.

Le dernier chapitre traite de l’esprit de la nouvelle évangélisation (260). Elle se développe sous l’action de l’Esprit qui anime de façon toujours nouvelle l’élan missionnaire à partir de la vie de prière où la contemplation tient la place centrale (264). La Vierge Marie, étoile de la nouvelle évangélisation, est présentée en conclusion comme l’icône de l’annonce et la transmission de l’Évangile que l’Église est appelée à vivre avec enthousiasme et dans l’amour du Seigneur Jésus. Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation ! (83). Le langage de cette exhortation apostolique est clair et immédiat, sans rhétorique ni sous-entendu. Le Pape François va au cœur des problèmes de l’homme d’aujourd’hui, qui demandent à l’Église plus qu’une simple présence. Il lui est demandé de renouveler ses programmes et sa pratique pastorale dans le sens de la nouvelle évangélisation. L’Évangile doit être adressé à tous, sans exclusive. Certains, cependant, sont privilégiés. Sans équivoque, le Saint-Père précise son orientation : Ce ne sont pas tant les amis et les riches voisins, mais plutôt les pauvres, les infirmes, ceux qui sont souvent dévalorisés et oubliés…aucun doute ou explication ne doivent affaiblir ce message si clair (48). Comme en d’autres moments importants de son histoire, l’Église d’aujourd’hui ressent le besoin d’un regard attentif pour évangéliser à la lumière de l’adoration, avec ce regard contemplatif pour voir les signes de la présence de Dieu. Les signes des temps ne sont pas seulement encouragés, mais ils deviennent critères d’un témoignage efficace (71). Premier d’entre nous, le Pape François nous rappelle le mystère central de notre foi : Ne nous éloignons pas de la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, arrivera ce qui arrivera (3). L’Église du Pape François se fait compagnon de route de nos contemporains en recherche de Dieu et désireux de le voir.

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Des idées reçues sur l’histoire du mariage


En présentant son projet de loi à l’Assemblée nationale, le 28 janvier dernier, Mme Christine TAUBIRA, Garde des Sceaux, a commencé par revenir sur l’évolution du mariage. Une longue histoire qui mérite quelques mises au point avec l’aide d’Agnès WALCH.

1 - À l'origine, le mariage est une institution reIigieuse.

FAUX. Le mariage a toujours été quelque chose de sacré car il reste lié à la reproduction. Mais il préexiste dans 5 sociétés antiques. Les chrétiens lui ont naturellement ajouté une dimension religieuse. Au Moyen Âge, l'Église a récupéré l'administration civile du mariage parce que les sociétés ne pouvaient plus payer de fonctionnaires. La naissance d'États nationaux, avec une administration étoffée, a permis de prendre en charge les individus et de récupérer cette tutelle sur les questions d'état-civil dans un mouvement de sécularisation général.

2- Le christianisme a transformé le mariage.

JE DIRAIS PLUTOT OUI. Le christianisme a imposé la monogamie et le mariage indissoluble. Il a inscrit le « oui » dans l'éternité mais ne lui a pas donné plus de sacralité. Sous le régime romain, il existait un droit au divorce et différents types d'unions. Le mariage restait exclusivement réservé aux citoyens. Les autres avaient des unions de sous-catégorie qui ne donnaient pas les mêmes droits aux enfants. Le mariage chrétien a été un formidable outil d'évangélisation. Il est le même pour tous, quelle que soit sa condition sociale.

3 - L'Église a favorisé la liberté de l'engagement.

VRAI. L’Église a toujours préféré que les gens se marient plutôt que d'avoir des relations sexuelles hors mariage. Elle a donc favorisé le consentement des jeunes gens d'une manière très nette avec la possibilité d'accepter ou de refuser. Il fallait aussi permettre à certain d'entrer dans les ordres sans que ce soit forcément la famille qui décide. Dans le sacrement du mariage c'est le « oui » échangé à haute et intelligible voix qui est important. Avant, c'était la main de la jeune fille qui était donnée par le père au garçon.

4 - Les familles recomposées constituent une nouveauté.

ABSOLUMENT FAUX. Autrefois, c'était la mort qui rompait les unions et les remariages étaient fréquents. On estime qu'au XVIIIe siècle, à l'âge de quinze ans 5% des enfants étaient orphelins de père et de mère et 20% avaient perdu l'un de leurs parents. Aujourd'hui, les enfants sont plutôt des orphelins de divorce. Vingt-quatre pour cent des enfants ne vivernt plus avec l'un de leurs parents, une proportion très proche de celle de l'Ancien Régime.

5 - Autrefois, il y avait surtout des mariages arrangés.

FAUX. La forme de mariage qui affectait le plus de personnes dans la population permettait un choix du conjoint plus libre qu'on ne l'imagine. Légalité d'âge était de mise et favorisait une certaine émancipation féminine. Ce modèle prévalait chez les paysans et les ouvriers d'avant la révolution industrielle. Tout l'inverse des alliances nobiliaires qui se transformeront plus tard en mariage bourgeois. Mais il faut reconnaître que les gens n'avaient pas beaucoup de choix. Sur une même tranche d'âge, à condition sociale équivalente et dans un périmètre géographique limité, on estime qu'il y avait cinq ou six filles qui pouvaient correspondre. Le mariage restait une nécessité économique. Si l'amour n'était pas encore un critère de choix, il n'était pas du tout exclu.

6 - Sous l'Ancien Régime, le monopole de l'Église sur le mariage excluait les non-catholiques.

NON CE N'EST PAS VRAIMENT ÇA. En France, l'Église exerçait de fait une tutelle sur le mariage parce que l'État n'avait pas les moyens d'administrer cette réalité sociale. Ensuite, les non-catholiques n'existaient quasiment pas : les minorités n'avaient pas d'existence légale et restaient très peu nombreuses. Les protestants n'avaient pas droit de cité entre la révocation de l'édit de Nantes et 1787, date à laquelle on reconnaît leurs mariages et on leur donne le droit d'avoir un état civil. Pour les juifs, ils bénéficiaient d'un certain nombre de privilèges là où ils étaient tolérés et pouvaient se marier selon leurs coutumes.

7 - Il a fallu attendre la Révolution française pour que l'État légifère sur le mariage.

FAUX. En France, l'État s'intéresse au mariage des enfants de famille dès le XVIe siècle. Pour les nobles, il rigidifie les règles matrimoniales en rendant le consentement des parents obligatoires et en augmentant le nombre de témoins. Comme l'Église disait : « Mariez-vous c'est le plus important », on a voulu permettre aux familles de s'opposer si les intérêts patrimoniaux ou familiaux n'étaient pas suffisamment défendus dans telle ou telle union. Louis XlII a légiféré sur le sujet avec le traité de Saint-Germain en 1639, Louis XIV a fait la même chose. Cette tendance s'est développée au moment où l'État devenait plus fort.

8 - En 1792, le mariage civil a créé une rupture.

VRAI. Oui c'est vrai dans la mesure où il fallait passer à la mairie avant d'aller à l'église. Mais dans son rite le mariage laïc s'est beaucoup inspiré de la liturgie sacrement : il y a la publication des bans, l'échange des consentements, le sermon avec la lecture des articles du code civil… La finalité reste la même c'est-à-dire la procréation. En revanche, on allège les règles relatives à la consanguinité qui étaient devenues tentaculaires. L'autre nouveauté de la Révolution, c'est l'instauration du divorce qui signe la fin mariage indissoluble.

9 - Le code civil a favorisé l'émancipation des femmes

FAUX. Le code civil a été catastrophique pour les femmes. Auparavant, leur condition n'était peut-être pas très favorable mais cela était vécu de façon souple et modulable. Cette liberté s'est trouvée considérablement réduite quand la loi est venue fixer les choses. La femme considérée comme une mineure à vie, au même titre que les enfants ou que les fous. Elle ne possède rien en propre et n'a pas d'autorité légale sur ses enfants. Le code civil consacre l'organisation patriarcale de la société.

10- Le mariage traditionnel c'est le mariage bourgeois.

C'EST COMPLETEMENT FAUX. Le mariage bourgeois est un modèle récent issu de la Révolution française. C’est un mariage de convenance, arrangé entre les familles dans lequel le patrimoine passe avant tout. La mère ne travaille pas et les enfants ne sont pas si nombreux que cela. Il y a un principe d'autorité patriarcale. Les désirs de la collectivité familiale l'emportent sur les désirs des individus. C'est tout ce que mai 68 va faire exploser.

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Attendre !

Commentaire de l’Évangile du 1er Dimanche de l’Avent

Dans toutes les langues du monde, il existe des mots qui, chaque jour, s’utilisent des dizaines, voire des centaines de fois : bonjour, merci, à demain, oui, non. D’autres mots, presque aussi simples, peuvent se charger, à l’occasion, d’un poids riche de densité. Le verbe attendre est un de ceux là.

J’attends un bus, un coup de fil ou une lettre. Voilà trois attentes très ordinaires. Mais on peut dire aussi : « Ma voisine attend un bébé ». Le mot est ici bien plus dense et profond. Dire d’une jeune femme qu’elle attend, c’est reconnaître que toute sa vie présente est en désir de la délivrance qui fera d’elle la maman du bébé qu’elle chérira et qui illuminera la vie de toute une maisonnée.

Le temps de l’Avent est par excellence celui de l’attente. Attendre Celui qui vient, c’est nous mettre en état de désir, reconnaître que quelque chose - ou plutôt quelqu’un ! - nous manque. Nous serons alors davantage prêts à faire du moment de sa venue une raison de vivre.
Mais durant les quatre semaines qui nous séparent de Noël, l’Église ne nous demande pas simplement d’attendre, mais encore de veiller. Veiller, c’est persister à attendre à un moment où, légitimement, nous pourrions dormir. C’est donc une attente active. Comment attendre activement Jésus ?

D’abord il convient que, par la prière, nous donnions à ses traits un contour plus précis, un peu comme l’hôte scrute la photo d’un visiteur étranger qu’il s’apprête à accueillir à l’aéroport.

Ensuite, veiller c’est participer aux actions de solidarité que l’Église nous suggère par la collecte d’Avent qui aura lieu le douze décembre prochain. Elle nous rappelle ainsi que le Seigneur vient à nous chaque jour, lorsque les êtres les moins favorisés de nos sociétés lancent leurs appels à l’aide.

Puissent tous ces appels du temps de l’Avent nous maintenir dans la vigilance. Et stimuler la ferveur de notre attente. Le Seigneur vient... nous endormons pas !

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