PKO 05.05.2013

Dimanche 5 mai 2013 – 6ème Dimanche de Pâques – Année C

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°29/2013

HUMEURS

Apartheid… façon Polynésie !

Les journaux nous ont appris que la municipalité de Papeete vient de prendre un Arrêté (n°2013-207/ DGS du 17 avril 2013) pour lutter contre « l’implication des mineurs dans la délinquance en centre-ville ». Ainsi désormais « les mineurs de moins de 15 ans, seuls ou en groupe et non accompagnés par au moins une personne majeure ayant un lien de parenté » ne peuvent plus être dehors… en soi, une mesure sage, qui souhaitons-le sera appliquée.

Cependant deux choses nous posent question :

Tout d’abord l’article 1er : « …jusqu’à ce que l'implication des mineurs dans la délinquance en centre-ville se réduise significativement… ». Autrement dit, après ils pourront revenir à leurs anciennes habitudes ! Si dans un premier temps on avait cru à un arrêté pour protéger la jeunesse ce passage nous ôte toute illusion !

Ensuite, vient l’article 2 qui semble définir un « apartheid, façon Polynésie » avec un périmètre d’interdiction dont les limites côté montagne sont les avenues du Maréchal Foch et du Général de Gaulle soit juste devant la Cathédrale… Hors de ces limites la jeunesse n’est ni en danger ni un danger !

Nous restons dubitatif ! Surtout que l’une des raisons invoquées pour justifier l’arrêté est « l’effet attractif exercé sur les mineurs… notamment pour assister, voir se mêler aux rixes de sorties de discothèques »… pour « info » aux juristes, les rixes de sorties de discothèques se situent majoritairement de l’autre côté de la rue… près du presbytère et derrière la Cathédrale !!! Ne parlons pas de la rue du temple Béthel et derrière le parking Hinano… il est vrai que là, il ne s’agit pas d’infractions ou de délinquance… juste de prostitution (de mineur aussi) !

Soyons sérieux, un tel arrêté s’applique soit à l’ensemble du territoire communal ou nulle part !  À moins que cet arrêté ait un autre but inavoué ! 

Nous ne voulons pas d’un « apartheid » façon Polynésie !

  En marge de l’actualité

 Le droit au travail

 

Le 1er mai est la fête de Saint Joseph, patron des travailleurs, occasion de nous rappeler l'enseignement social de l'Église sur le droit au travail.

« Le travail est nécessaire pour fonder et faire vivre une famille, pour avoir droit à la propriété, pour contribuer au bien commun de la famille humaine. La considération des implications morales que comporte la question du travail dans la vie sociale conduit l'Église à qualifier le chômage de ''véritable calamité sociale'', surtout pour les jeunes générations ». (Compendium de la Doctrine Sociale de l'Église, n°287)

« Le travail est un bien de tous, qui doit être disponible pour tous ceux qui en sont capables. Le ''plein emploi'' est donc un objectif nécessaire pour tout système économique tendant à la justice et au bien commun ». (ib. n°288)

« Un taux élevé de chômage, la présence de systèmes d'instruction obsolètes et de difficultés persistantes dans l'accès à la formation et au marché du travail constituent, surtout pour beaucoup de jeunes, un fort obstacle sur la route de la réalisation humaine et professionnelle... C'est un drame qui frappe en général, non seulement les jeunes, les femmes, les travailleurs moins spécialisés, les handicapés, les immigrés, les anciens prisonniers, les analphabètes, tous les sujets qui rencontrent davantage de difficultés dans la recherche d'une place dans le monde du travail ». (ib. n°289)

« La transition actuelle marque le passage du travail salarié à durée indéterminée, conçu comme une place fixe, à un parcours de travail caractérisé par une pluralité d'activités; d'un monde du travail compact, défini et reconnu, à un univers de travaux, diversifié, fluide, riche de promesses, mais aussi chargé d'interrogations préoccupantes spécialement face à l'incertitude croissante quant aux perspectives d'emplois, aux phénomènes persistants de chômage structurel, à l'inadaptation des systèmes actuels de sécurité sociale. Les exigences de la concurrence, de l'innovation technologique et de la complexité des flux financiers doivent être harmonisés avec la défense du travailleur et de ses droits ». (ib. n°314)

Nos futurs élus à l'Assemblée de la Polynésie française, la future équipe dirigeante et tous les acteurs économiques de notre Pays devront rompre avec les visions du passé et mettre en œuvre de nouvelles stratégies. Ne pas retomber dans les ornières des luttes de pouvoir et de l'égoïsme, mais fédérer toutes nos synergies productives, nos potentialités humaines et financières pour redonner espoir à tous : l'espoir d'un travail !

Dominique SOUPÉ - Chancelier

Travailler et contempler à l’école de saint Joseph

Catéchèse du Pape François du mercredi 1er mai 2013

Travailler et contempler : le pape a uni ces deux thèmes, à l'école de saint Joseph lors de l'audience générale du mercredi 1er mai, place Saint-Pierre. Il a dit notamment sa préoccupation lors que le travail constitue un vrai « esclavage » en disant : « Tant de personnes, dans le monde, sont victimes de cette forme d’esclavage, où c’est la personne qui sert le travail, alors que ce devrait être le travail qui offre un service aux personnes, leur permettant de garder leur dignité. Je demande à tous les frères et sœurs dans la foi, et à tous les hommes et femmes de bonne volonté de faire un choix décisif contre la traite des personnes, qui englobe aussi le “travail d’esclave” ».

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, en ce premier mai, nous célébrons saint Joseph travailleur et nous entrons dans le mois traditionnellement consacré à la Vierge Marie. Pendant cette rencontre, je voudrais donc m’arrêter sur ces deux figures si importantes dans la vie de Jésus, dans celle de l’Église et dans la nôtre avec deux brèves réflexions : la première sur le travail, la seconde sur la contemplation de Jésus.

Dans son Évangile, à un des moments où Jésus retourne dans son pays, à Nazareth, et où il parle dans la synagogue, saint Matthieu souligne l’étonnement de ses compatriotes devant sa sagesse, et la question qu’ils se posent : « Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? » (13, 55). Jésus entre dans notre histoire, il vient au milieu de nous, il naît de la Vierge Marie par l’opération de Dieu, mais avec la présence de saint Joseph, son père légal qui veille sur lui et lui enseigne même son travail. Jésus naît et vit dans une famille, dans la Sainte Famille, apprenant de saint Joseph le métier de charpentier, dans l’atelier de Nazareth, partageant avec lui l’effort, la fatigue, la satisfaction et même les difficultés quotidiennes.

Ceci nous rappelle la dignité et l’importance du travail. Le livre de la Genèse raconte que Dieu a créé l’homme et la femme en leur confiant la tâche de remplir la terre et de la soumettre, ce qui ne signifie pas l’exploiter, mais la cultiver et la préserver, en prendre soin par leur propre labeur (cf. Gn 1, 28 ; 2, 15). Le travail fait partie du plan d’amour de Dieu ; nous sommes appelés à cultiver et à préserver tous les biens de la création et c’est ainsi que nous participons à l’œuvre de la création ! Le travail est un élément fondamental pour la dignité d’une personne.

Pour le dire de manière imagée, le travail nous « oint » de dignité, nous remplit de dignité ; il nous rend semblables à Dieu qui a travaillé, et qui travaille, qui est toujours à l’œuvre (cf. Gn 5, 17) ; il donne la capacité de pourvoir à ses propres besoins, à ceux de sa famille, de contribuer à la croissance de sa nation. Et je pense ici aux difficultés que rencontre, dans un certain nombre de pays, le monde du travail et de l’entreprise ; je pense à tous ceux, et ce ne sont pas seulement les jeunes, qui sont au chômage, très souvent à cause d’une conception économiste de la société qui recherche un profit égoïste, sans tenir compte des paramètres de la justice sociale.

Je désire adresser à tous une invitation à la solidarité, et aux responsables de la « chose publique » un encouragement à ne rien épargner pour donner un nouvel élan à l’emploi ; cela signifie se préoccuper de la dignité de la personne ; mais surtout, je voudrais vous dire de ne pas perdre espoir ; saint Joseph aussi a connu des moments difficiles, mais il n’a pas perdu confiance et il a su les surmonter, certain que Dieu ne nous abandonne pas.

Et je voudrais aussi m’adresser en particulier à vous, les jeunes, les garçons et les filles : engagez-vous dans votre devoir quotidien, à vos études, dans votre travail, dans vos relations amicales, dans le souci des autres ; votre avenir dépend aussi de la manière dont vous savez vivre ces années précieuses de votre vie. N’ayez pas peur de l’engagement, du sacrifice et regardez sans peur vers l’avenir ; entretenez l’espérance ; il y a toujours une lumière à l’horizon.

J’ajoute un mot sur une autre situation particulière de travail qui me préoccupe : je veux parler de ce que nous pourrions appeler le « travail d’esclave », le travail qui rend esclave. Tant de personnes, dans le monde, sont victimes de cette forme d’esclavage, où c’est la personne qui sert le travail, alors que ce devrait être le travail qui offre un service aux personnes, leur permettant de garder leur dignité. Je demande à tous les frères et sœurs dans la foi, et à tous les hommes et femmes de bonne volonté de faire un choix décisif contre la traite des personnes, qui englobe aussi le « travail d’esclave ».

J’aborde maintenant ma seconde réflexion : dans le silence de son activité quotidienne, saint Joseph avait, avec Marie, le même et unique centre d’attention : Jésus. Pleins de zèle et de tendresse, ils accompagnent et protègent la croissance du Fils de Dieu fait homme pour nous, réfléchissant sur tout ce qui se passait. Dans les Évangiles, saint Luc souligne deux fois l’attitude de Marie, qui est aussi celle de Joseph : « Elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (2, 19 ; 51). Pour écouter le Seigneur, il faut apprendre à le contempler, à percevoir sa présence constante dans notre vie ; il faut s’arrêter pour dialoguer avec lui, lui donner de la place par la prière.

Chacun de nous, et vous aussi les jeunes, les garçons et les filles, si nombreux ce matin, nous devrions nous demander : quelle place est-ce que je donne au Seigneur ? Est-ce que je m’arrête pour dialoguer avec lui ? Depuis notre enfance, nos parents nous ont habitués à commencer et à finir la journée par une prière, pour nous apprendre à sentir que l’amitié et l’amour de Dieu nous accompagnent. Souvenons-nous plus souvent du Seigneur au cours de nos journées ! Et en ce mois de mai, je voudrais rappeler l’importance et la beauté de la prière du chapelet. Lorsque nous récitons le « Je vous salue, Marie », nous sommes amenés à contempler les mystères de Jésus, c’est-à-dire à réfléchir sur les moments importants de sa vie, pour que, comme pour Marie et pour saint Joseph, il soit au centre de nos pensées, de nos attentions et de nos actions.

Ce serait beau si, en particulier en ce mois de mai, on récitait ensemble en famille, entre amis, dans la paroisse, le chapelet ou une autre prière à Jésus et à la Vierge Marie ! La prière dite ensemble est un moment précieux qui affermit encore davantage la vie de famille, l’amitié. Apprenons à prier plus souvent en famille et comme une famille !

Chers frères et sœurs, demandons à saint Joseph et à la Vierge Marie de nous enseigner à être fidèles à nos engagements quotidiens, à vivre notre foi dans nos activités de chaque jour et donner plus de place au Seigneur dans notre vie, à nous arrêter pour contempler son visage. Merci.

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Laïcité de l’État, laïcité de la société ?

Allocution du Cardinal Jean-Pierre RICARD à l’Institut français-Centre Saint Louis à Rome

Le mot de laïcité si utilisé aujourd’hui en France a un sens d’une grande plasticité. La laïcité est souvent invoquée pour justifier des combats ou des refus extrêmement divers. La Revue de Presse de la Conférence épiscopale française cite régulièrement des articles de quotidiens et d’hebdomadaires dans lesquels nous trouvons des prises de position en faveur d’une défense de la laïcité. Ce qui me frappe dans ces prises de parole, c’est le glissement qui s’opère depuis une dizaine d’années, au moins dans certains secteurs de l’opinion, d’une laïcité de l’État à une laïcité de la société. Je dis tout de suite ma propre position et ce sera le contenu de mon intervention : ce glissement me paraît indu. C’est l’État qui est laïc, ce n’est pas la société. Celle-ci est plurielle et ouverte à des expressions religieuses diverses. Voici la 1ère partie de la conférence : « La laïcité de l’État »… elle sera suivi de « Vers une laïcité de la société ? »


I – LA LAÏCITE DE L’ETAT

1- La laïcité selon la République


Vous savez que nous ne trouvons pas le terme de laïcité dans la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905. Mais nous trouvons l’adjectif laïque comme un qualificatif donné à la République française dans la Constitution de 1958. À l’article 2, il est dit : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». La laïcité de la République désigne la neutralité de l’État et son indépendance vis-à-vis des fois religieuses et des convictions philosophiques. Laïc, l’État n’est inféodé à aucune religion, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de relation avec elles. D’ailleurs, la République française connaît dans son fonctionnement plusieurs modes de relation : La Séparation selon la loi de 1905, le Concordat dans les trois départements d’Alsace-Moselle, le régime particulier de la Guyane française (avec l’ordonnance royale de 1828), les décrets Mandel de 1939 dont bénéficient la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Saint-Pierre-et-Miquelon, sans parler du cas tout à fait particulier de Mayotte. C’est malgré tout la Loi de séparation du 9 décembre 1905 qui donne sa coloration particulière à la laïcité en France, à ce que l’on a appelé « la laïcité à la française ».

Cette loi relative à la séparation des Églises et de l’État de 1905 est une loi beaucoup plus complexe qu’on ne croit, une loi qui a été plus d’une fois modifiée dans ses applications. Mais les deux premiers articles en donnent l’esprit et les principes :

  • § La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.
  • § La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l'article 3.

Ces articles viennent nous dire deux choses particulièrement importantes :

  • L’État n’a plus de relation organique avec les cultes. Ceux-ci ne sont plus « reconnus » par la République, ils n’ont plus de statut officiel, ils ne sont pas des corporations de droit public (comme en Allemagne) mais de droit privé. L’État ne leur accorde pas de droits particuliers et spécifiques. Il s’arrête de salarier les ministres des cultes. Il s’interdit de subventionner ces cultes, de quelque façon que ce soit. Séparé de ces cultes, l’État n’intervient plus dans leur fonctionnement interne, sauf, de façon très restrictive, pour faire respecter l’ordre public.
  • L’État pourtant n’ignore pas les Cultes puisqu’il assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice de ces cultes. Cela veut dire qu’il ne cantonne pas les religions dans le seul domaine des convictions personnelles mais qu’il en reconnaît la dimension sociale. Le texte parle - vous l’avez remarqué - de « culte », c’est-à-dire d’un ensemble de pratiques et de croyances autour d’un édifice. C’est d’ailleurs pour assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, hôpitaux ou prisons (on pourra ajouter aussi armée), qu’il institue des services d’aumônerie. On peut noter au passage que le terme d’« assurer » est fort de conséquences juridiques. L’État doit donc permettre à chacun, sans exception aucune, de pratiquer et de vivre sa liberté de conscience, et dans la situation qui nous intéresse, sa liberté religieuse.  Laïcité de l’État ne veut donc pas dire refus ou ignorance des religions mais non-inféodation et distinction des domaines. La séparation n’interdit pas les relations mais les instaure sur d’autres bases.

Des relations devaient aussi s’instituer en 1907 quand il a été décidé que les édifices du culte, qui n’avaient pas pu être pris en charge par des Associations cultuelles refusées par l’Église catholique, seraient « laissés à la disposition des fidèles et des ministres du culte pour la pratique de leur religion », comme le stipule l’article 5 de la loi du 2 janvier. L’Église devenait d’une part affectataire des églises paroissiales (construites avant 1905), propriétés des communes et d’autre part affectataire des cathédrales, propriétés de l’État. Ce patrimoine, dont l’affectation à l’Église est gratuite, exclusive et permanente, donne l’occasion de multiples relations entre les maires et l’Église pour la gestion des églises paroissiales et entre les services de l’État et les diocèses pour la gestion des cathédrales. Dans l’ensemble, les relations sont bonnes et on peut noter depuis un certain nombre d’années un investissement important de beaucoup de communes pour l’entretien des églises, au moins au titre de la sauvegarde du patrimoine.

Il faut noter que depuis un siècle la pratique administrative et la jurisprudence dans les affaires concernant cette situation de séparation entre l’État et les Églises ont la plupart du temps été favorables à l’exercice du culte. On a pu parler en ce domaine de séparation « aménagée ».

Parmi les relations qui sont nouées entre l’État et l’Église catholique, mentionnons :

  • Le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint Siège en 1921 ;
  • Le Modus Vivendi de 1921-1924 entre la France et le Saint-Siège, qui reconnaît que les statuts des Associations diocésaines n’étaient pas en contradiction avec l’ensemble de la législation française ;
  • La participation financière de l’État à l’Enseignement catholique par la Loi Debré du 31 décembre 1959, associant par contrat au service public de l’enseignement, les établissements privés qui le demandent et qui en acceptent les contraintes ;
  • La grande personnalité juridique donnée aux Associations diocésaines en matière de capacité de recevoir ;
  • La création de la CAMAVIC en 1978 concernant la protection des ministres du culte et faisant appel à la solidarité nationale ;
  • La mise sur pied en 2002 d’une instance de dialogue entre le gouvernement de la République et les représentants de l’Église catholique en France (comportant le nonce apostolique, le président de la Conférence épiscopale, l’archevêque de Paris et les vice-présidents de la conférence). Prévue au point de départ pour être une instance qui traiterait des problèmes institutionnels liés à la situation juridique de l’Église catholique en France, cette surface de contacts a permis également des échanges de vue sur bien d’autres questions de société.

La laïcité de l’État lui interdit d’intervenir dans le fonctionnement interne des cultes. Pourtant, cela n’empêche pas certaines relations de courtoisie ou de bonne entente entre l’État et tel ou tel culte. Depuis la loi de Séparation, par exemple, le choix des candidats à l’épiscopat ne concerne plus la République. Mais, depuis le rétablissement des relations diplomatiques en 1921, il est prévu par l’aide-mémoire du cardinal Gasparri de demander à l’État : « S’il y avait quelque chose à dire du point de vue politique contre les candidats aux évêchés ». Concernant l’Islam, les représentants de l’État sont allés plus loin dans une intervention touchant le fonctionnement d’un culte. Ils ont souhaité se donner des interlocuteurs qualifiés et ont aidé à la mise en place d’une structure religieuse nationale : le Conseil français du Culte Musulman.  Avouez que nous sommes assez loin ici d’une conception de la laïcité pensée en termes de séparation rigoureuse !

2- La laïcité selon l’Église

Cette laïcité de l’État dont je viens d’énoncer les principes et de tracer les grandes lignes a été acceptée par l’Église catholique, après une longue évolution tout au long du 20e siècle. Elle a permis d’arriver à un certain équilibre des relations État – Église catholique. C’est pour cela que, lors de l’anniversaire du centenaire de la Loi de Séparation de 1905, l’Église catholique en France n’a pas demandé une révision de la Loi. Elle avait peur de remettre en question ce fragile équilibre auquel on était, de part et d’autre, arrivé.

Les principes de cette laïcité selon la République ont d’ailleurs été validés par le Concile Vatican II puis par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI
Déjà, Pie XII avait parlé d’une « saine laïcité ». Il affirmait dans un discours, le 23 mars 1958 : « Il y a des gens, en Italie, qui s'agitent parce qu'ils craignent que le christianisme enlève à César ce qui est à César. Comme si donner à César ce qui lui appartient n'était pas un commandement de Jésus ; comme si la légitime et saine laïcité de l'État n'était pas un des principes de la doctrine catholique ; comme si ce n'était pas une tradition de l'Église, de s'efforcer continuellement à maintenir distincts, mais aussi toujours unis, selon les justes principes, les deux Pouvoirs ».
Mais c’est surtout avec le Concile Vatican II que cette  conception allait être développée. On lit dans la Constitution Pastorale Gaudium et Spes au n°76, 3 :
« Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération, en tenant également compte des circonstances de temps et de lieu ».

Le Concile souligne l’indépendance mutuelle de l’Église et de la communauté politique. Mais cette indépendance n’implique pas ignorance ou hostilité. Au contraire, elle appelle connaissance mutuelle et collaboration. De plus, cette indépendance ne saurait cependant soustraire l’État à l’autorité d’un ordre moral qui s’impose à lui et à celle de principes fondamentaux dont le respect  garantit son autorité. L’Église a toute légitimité pour intervenir si elle pense que cet ordre moral ou ces principes sont menacés.

Dans l’enseignement conciliaire, il faut aussi mentionner ce qu’affirme la déclaration sur La liberté religieuse : Dignitatis Humanae à propos de la liberté de conscience. L’acte de foi est libre. Personne ne peut le contraindre ou l’interdire : « La réponse de foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire ; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré lui » (n°10). Cela rejoint l’article 1 de la loi de Séparation.
En 2005, à l’occasion de l’anniversaire du centenaire de la Loi de Séparation, le pape Jean-Paul II écrivait une Lettre aux évêques de France. Dans cette Lettre, il affirmait : « Le principe de laïcité, auquel votre pays est très attaché, s’il est bien compris, appartient aussi à la doctrine sociale de l’Église. Il rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n° 571-572), qui fait écho à l’invitation du Christ à ses disciples : “Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu” (Lc 20, 25). Pour sa part, la non-confessionnalité de l’État, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Église et des différentes religions, comme dans la sphère du spirituel, permet que toutes les composantes de la société travaillent ensemble au service de tous et de la communauté nationale. De même, comme le Concile œcuménique Vatican II l’a rappelé, l’Église n’a pas vocation pour gérer le temporel, car, “en raison de sa charge et de sa compétence, elle ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique” (Gaudium et spes, n°76 §2 ; cf. n°42). Mais, dans le même temps il importe que tous travaillent dans l’intérêt général et pour le bien commun. C’est ainsi que s’exprime aussi le Concile : « La communauté politique et l’Église, quoiqu’à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exercent d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles recherchent davantage entre elles une saine coopération » (ibid, n° 76, § 3) ». (n° 3). Pour le pape, la laïcité est une laïcité de distinction des domaines et de coopération des acteurs pour le bien commun de tous.

Dans sa dernière exhortation Ecclesia in Medio Oriente le pape Benoît XVI précise ce qu’il entend par laïcité, ce respect de la distinction de la sphère religieuse et de la sphère politique appelées à se connaître, à collaborer entre elles sans se mélanger : « La saine laïcité,… signifie libérer la croyance du poids de la politique et enrichir la politique par les apports de la croyance, en maintenant la nécessaire distance, la claire distinction et l’indispensable collaboration entre les deux. Aucune société ne peut se développer sainement sans affirmer le respect réciproque entre politique et religion en évitant la tentation constante du mélange ou de l’opposition… La prise de conscience de ce rapport approprié permet de comprendre qu’il existe une sorte d’unité-distinction qui doit caractériser le rapport entre le spirituel (religieux) et le temporel (politique), puisque tous deux sont appelés, même dans la nécessaire distinction, à coopérer harmonieusement pour le bien commun. Une telle laïcité saine garantit à la politique d’opérer sans instrumentaliser la religion, et à la religion de vivre librement sans s’alourdir du politique dicté par l’intérêt, et quelquefois peu conforme, voire même contraire, à la croyance. C’est pourquoi la saine laïcité (unité-distinction) est nécessaire, et même indispensable aux deux » (n°29).

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L’éthique de la parole expliquée aux parents

« Paroles toxiques, paroles bienfaisantes » - Michel Lacroix

Nous sommes pétris de mots. Nous avons tous en mémoire des phrases qui nous ont stimulés, éclairés à des moments cruciaux de notre vie. Souvent ceux qui les ont prononcées, parents, amis, professeurs, n’imaginent pas qu’ils aient pu à ce point nous marquer. Autant que nos actes, nos paroles portent une grande part de responsabilité éducative. Et qui dit responsabilité, dit éthique. Dans « Paroles toxiques, paroles bienfaisantes » (Robert Laffont), Michel Lacroix, philosophe, mais aussi père de trois enfants et grand-père de trois petits-enfants, propose sept règles pour une éthique du langage, à appliquer en premier lieu dans le cercle familial.

1- La politesse est une base indispensable

Elle atteste qu’on est disposé à faire société avec nos semblables. C’est le rôle des « bonjour », « merci », « s’il te plaît ». Mots de « liaison », ils réduisent les risques d’agressivité, montrant que si un différend surgissait, il pourrait être réglé de façon pacifique. La famille étant le premier degré de la socialisation, les parents exigent légitimement de leurs enfants ces petits mots qualifiés de magiques. La transmission se fait par l’énoncé de règles, mais surtout par l’exemple. Moi aussi, je dois être poli avec mon conjoint, mes enfants, les remercier quand ils donnent un coup de main ou passent un plat. La manière dont je parle fait écho chez l’enfant.

2 La parole doit être attentionnée…

Le degré supplémentaire de la politesse est l’intelligence du cœur : j’ai conscience que face à moi, il y a un être sensible que je peux blesser. L’amour-propre d’un enfant est vite offensé par une moquerie ou une observation crue : « Tu choisis mal tes copains », « Qu’est-ce qu’il pue ton doudou ! » La parole attentionnée exige du discernement. C’est encore plus délicat à l’adolescence où il faut conjuguer l’accompagnement éducatif et une sensibilité, une pudeur exacerbée.

3 … positive sans être complaisante…

Ma parole est-elle pour l’autre une source de développement, d’épanouissement, d’estime de soi ? Est-elle stimulante, émancipatrice pour la personnalité de l’enfant ? Une parole positive doit jouer sur ces deux registres : à la fois donner confiance – « Tu es capable de… » – et éveiller le désir. La parole positive est parfois un peu exagérée. La limite étant de ne pas verser dans la complaisance. Si un adolescent veut devenir médecin, par exemple, mais ne s’en donne pas ou n’en a pas les moyens, il m’appartient d’injecter du réalisme dans ses projets.

4 … et respectueuse des absents

Évitons que les repas de famille deviennent prétexte à s’amuser des travers des profs, des amis, des membres de la famille élargie ou à étaler leur intimité. La ruse de la médisance est de se présenter sous l’habit respectable de l’observation, de l’esprit critique. Sans être pour autant des rabat-joie, les parents ont pour rôle de modérer cette tentation de la dérision. Ce n’est pas parce qu’elle est absente que la personne n’est pas virtuellement là. J’ai des devoirs envers cette « présence-absence » de l’autre.

5 La tolérance s’apprend à la table familiale

Nous vivons dans une société hétérogène sur le plan des convictions religieuse, métaphysique, politique. L’idéal de notre société pluraliste est d’accepter d’être d’accord pour parler de nos désaccords. Cela ne veut pas dire acquiescer à tout ce qu’on nous dit. Je dois pouvoir défendre mes convictions et même essayer de convaincre l’autre. La tolérance est une manière de discuter qui accepte d’écouter, qui n’est pas péremptoire et laisse la possibilité du dialogue avec l’autre. Cela ne s’apprend qu’à la table familiale. Si un homme et une femme parviennent à parler devant leurs enfants de leur point de vue opposé sur Nicolas Sarkozy, la laïcité ou le mariage homosexuel, sans que le ton monte, ils leur auront transmis l’idée qu’une discussion est également dans l’espace public. Au-delà de la différence des valeurs et des convictions, une valeur émerge : faire une place à la parole de l’autre.

6 Les mots sont un écrin pour offrir le monde

L’image que j’ai en tête, c’est la mère et le père conduisant leur enfant dans une forêt, un musée, une fête foraine ou devant un paysage. Un enfant a besoin qu’on lui parle de l’intérêt de ce qu’il voit. Il aura d’autant plus envie de découvrir le monde qu’on lui en aura bien parlé, dans une tonalité admirative et dans une ambiance de partage. « Regarde comme c’est beau ! Écoute la pluie sur les carreaux. Sens-tu comme ce poète a bien su parler de l’amitié ? » Cela suppose de prendre du temps, de s’arrêter devant les choses. Ma parole est comme un écrin dans lequel j’offre le monde à mes enfants, tel un bijou précieux.

7 La vérité s’accompagne du discernement

Bien sûr, nous devons être sincères, tenir nos promesses, ne pas mentir, avoir le souci d’être justes, sans euphémisme, ni langue de bois. Cependant, la vérité ne saurait résumer une éthique de la parole. De Platon à Kant, de Thomas d’Aquin à Bergson, les philosophes n’ont cessé de juger le langage d’après le seul critère de la vérité. Or, il est aussi relationnel. Dans la parole de politesse, d’attention, de positivité, il peut y avoir une légère part de mensonge, d’exagération. En tant que parents, il nous est certainement déjà arrivé de « croire » notre enfant, malgré l’évidence. En lui disant : « Je te crois », on met l’enfant au pied du mur, créant le grain de sable dans sa problématique de menteur habituel. On lui renvoie l’image de ce qu’il va devenir et non pas celle, implacable, du menteur. En matière éducative, on est parfois obligé de mettre la vérité sous le boisseau. Une éthique de la parole est forcément pragmatique et nécessite de la souplesse et du discernement.

Dominique FONLUPT

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Aimer, défendre et promouvoir la vie humaine

Message aux bouddhistes pour la fête de Vesakh 2013 – Ère bouddhiste 2556

Le Vesakh est la fête la plus importante pour les bouddhistes : ils commémorons les événements majeurs de la vie de Bouddha. La fête de Vesakh / Hanamatsuri 2013, dans les différents pays de la culture bouddhiste, est célébrée à des dates différentes, selon les différentes traditions. Cette année, ce sera le 17 mai en Corée du Sud, Chine, Hong Kong et Macao, le 24 mai au Sri Lanka, Thaïlande, Malaisie, Singapour, Birmanie, Cambodge et Laos, et le 25 mai en Inde, au Népal et en Indonésie. À cette occasion, le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux a envoyé le message suivant aux bouddhistes du monde entier :

Chers amis bouddhistes,

1. Au nom du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, je voudrais vous présenter à tous mes salutations cordiales et mes bons vœux, tandis que vous célébrez la fête de Vesakh qui nous offre, à nous chrétiens, une occasion de renouveler notre dialogue amical et notre étroite collaboration avec les différentes traditions que vous représentez.

2. Le Pape François, dès le début de son ministère, a réaffirmé la nécessité du dialogue amical entre les fidèles des différentes religions. Il remarquait que « l’Église est consciente de la responsabilité que nous avons tous à l’égard de notre monde, de la création tout entière, que nous devons aimer et protéger. Nous pouvons faire beaucoup pour venir en aide aux pauvres, aux nécessiteux et à ceux qui souffrent, et pour favoriser la justice, promouvoir la réconciliation et construire la paix » (Audience aux représentants des Églises et des communautés ecclésiales, et des différentes religions, 20 mars 2013). Le message pour la journée mondiale de la paix 2013, intitulé « Heureux les artisans de paix », remarque que « le chemin pour atteindre le Bien Commun et la paix est avant tout celui du respect de la vie humaine dans tous ses aspects, à commencer par sa conception, en passant par son développement et en allant jusqu’à sa fin naturelle. Les véritables artisans de paix sont donc ceux qui aiment, défendent et promeuvent la vie humaine dans toutes ses dimensions, personnelle, communautaire et transcendante. La vie dans sa plénitude est l’apogée de la paix. Celui qui aime la paix ne peut tolérer des attaques et des crimes contre la paix » (Message pour la Journée mondiale de la Paix en 2013, n.4).

3. Je voudrais dire que l’Église catholique montre un respect sincère pour votre noble tradition religieuse. Nous remarquons bien souvent une consonance avec les valeurs exprimées aussi dans vos livres religieux : respect pour la vie, contemplation, silence, simplicité (cf. Verbum Domini, n° 119). Notre dialogue fraternel spécifique a besoin de manifester que nous, bouddhistes et chrétiens, avons en commun, spécialement le fait que nous partageons un profond respect pour la vie.

4. Chers amis bouddhistes, votre premier précepte vous apprend à vous abstenir de détruire la vie de tout être sensible, et par conséquent il interdit le meurtre de soi-même et des autres. La pierre d’angle de votre éthique réside dans une réelle affection pour tous les êtres. Nous, chrétiens, nous croyons que le cœur de l’enseignement moral de Jésus est double : amour de Dieu et amour du prochain. Jésus dit : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés; demeurez dans mon amour ». Et encore : « Voici mon commandement : aimez- vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Catéchisme de l’Église catholique, n.1823). Le cinquième commandement chrétien, « Tu ne tueras pas » s’harmonise très bien avec votre premier précepte. Nostra Ætate enseigne que « l’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions » (NA 2). Je pense, par conséquent, que ce qui est urgent pour les Bouddhistes aussi bien que pour les chrétiens, sur le fondement de du patrimoine spécifique de nos traditions religieuses, est de créer un climat de paix pour aimer, défendre et promouvoir la vie humaine.

5. Comme nous le savons tous, en dépit de ces nobles enseignements sur la sainteté de la vie humaine, le mal sous différentes formes contribue à la déshumanisation de la personne en affaiblissant le sens de l’humanité chez les individus et dans les communautés. Cette situation tragique nous invite, bouddhistes et chrétiens, à unir nos mains pour démasquer les menaces contre la vie humaine et à réveiller la conscience morale de nos fidèles respectifs pour provoquer une renaissance spirituelle et morale des individus et des sociétés afin d’être de véritables artisans de paix qui aiment, défendent et promeuvent la vie humaine dans toutes ses dimensions.

6. Chers amis bouddhistes, continuons à collaborer dans un esprit de compassion et de fraternité renouvelées, pour soulager les souffrances de la famille humaine en favorisant le caractère sacré de la vie humaine. C’est dans cet esprit que je vous souhaite encore une fois une fête de Vesakh remplie de paix et de joie.

Jean-Louis Cardinal Tauran
Président

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Si quelqu’un m’aime…

Commentaire de l’évangile du 6ème Dimanche de Pâques – Année C

« Si quelqu'un m'aime... » Comme toujours, tout est dit en quelques mots simples et profonds chez saint Jean. « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole... »

Aimer, c'est avant tout écouter et accueillir la parole du Christ. Jésus nous redit donc ici une des clés de la vie chrétienne : la méditation fréquente de la Parole de Dieu, comme une sorte de sacrement, un « signe » de la présence de Dieu. Nous n'avons pas la présence sensible, physique du Seigneur. Mais pour celui qui aime Jésus, quelle joie que d'avoir sa pensée, écrite dans l'évangile, que de pouvoir écouter sa voix qui nous parle dans l'évangile.

Et Jésus ne parle certainement pas d'une parole reçue intellectuellement, mais d'une parole « à laquelle on est fidèle », d'une parole « mise en pratique », d'une parole vécue concrètement et qui, par là, rend réellement présent ce Jésus qui nous l'a apprise.

« Mon Père l'aimera et nous viendrons chez lui et nous établirons chez lui notre demeure ... » Pour celui qui accueille fidèlement une telle parole, celle-ci ouvre en lui un sentier par où le Père et le Fils descendent pour venir demeurer d'une façon unique dans son cœur profond. La Parole est une présence d'amour. Elle consacre en temple sacré l'ami du Christ. Le Christ ressuscité n'a plus maintenant d'autre présence que par les hommes aimants où il demeure.

Le Christ parle alors du « Défenseur, l'Esprit-Saint ». Ce dernier fera comprendre de l'intérieur cette Parole faite chair qu'est Jésus.

Jésus a tout dit. Mais l'Eglise n'aura jamais fini de comprendre tout ce qu'elle a enregistré dans sa mémoire d'épouse attentive. Au cours des siècles, l'Esprit Saint rafraîchira constamment les souvenirs de l'Eglise. Par là, il l'aidera à répondre aux problèmes sans cesse nouveaux des hommes. C'est pourquoi, elle aura toujours à demander l'assistance de l'Esprit pour qu'elle reste à l'écoute de Dieu et des hommes.

C'est dans cette intimité, que nous sommes enfin invités à trouver la paix et la joie. C'est dans la communion avec le Christ, que le chrétien puise la source de cette paix et cette joie qui rayonnera, à travers lui, sur ses frères.

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