PKO 15.09.2013

Dimanche 15 septembre 2013 – XXIVème Dimanche du Temps ordinaire – Année C
Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°50/2013

HUMEURS

Partager ce que la providence nous a donné !

 Dans un discours sans compromis, le Pape François a interpellé l’Église tout entière à travers l’exemple des couvents vides. Il n’y a pas en Polynésie de couvents vides… mais combien de salles paroissiales, de salles de catéchèses qui ne servent que quelques heures dans la semaine ou quelques jours dans l’année… Les propos du pape François ne nous concernent-ils pas aussi ? : « Le Seigneur appelle à vivre l’accueil avec plus de courage et générosité, dans les communautés, dans les maisons, dans les couvents vides… les couvents vident ne servent pas à l’Église pour les transformer en hôtels et gagner de l’argent. Les couvents vides ne sont pas à nous, ils sont pour la chair du Christ que sont les [pauvres]. Le Seigneur appelle à vivre avec générosité et courage l’accueil dans les couvents vides. Certes, cela n’est pas simple, cela demande jugement et responsabilité, mais il faut aussi du courage. Nous faisons beaucoup, peut-être sommes-nous appelés à faire davantage, en accueillant et partageant avec décision ce que la Providence nous a donné pour servir. Surmonter la tentation de la mondanité spirituelle pour être proches des personnes simples mais surtout des derniers. Nous avons besoin de communautés solidaires qui vivent l’amour de manière concrète ! »

Il ne s’agit pas de jeter la pierre à qui que ce soit, mais il est essentiel que nous, Église en Polynésie, nous nous laissions interpeller et déranger par ces propos du Pape François…et qu’un malaise nous habite face à la situation de précarité d’un nombre de plus en plus grand de nos familles… Notre Église de Polynésie devrait être le lieu « qui permet de retrouver une dimension humaine, de recommencer à sourire. Or, combien de fois, ici, comme ailleurs, tant de personnes… sont contraintes à vivre dans des situations d’indigence, parfois dégradantes, sans la possibilité de commencer une vie digne, de penser à un nouvel avenir ! »

Nous arrivons bientôt au terme de l’année de la Foi… l’an prochain nous célébrerons les 25 ans du 3ème Synode et le Pape François publiera une encyclique sur le thème de la pauvreté… l’occasion peut-être de réfléchir ensemble sur cette nécessité de partager « ce que la Providence nous a donné pour servir ». 

En marge de l’actualité

L’éducation des enfants : première préoccupation des parents 

Décidément le gouvernement français n’a pas fini de nous surprendre, plus de deux cents ans après la création d’une république française laïque, le Ministre de l’éducation voit comme une « nécessité » de faire placarder dans les établissements scolaires « une charte de la laïcité ». Parents, élèves, et même un bon nombre d’enseignants se sont étonnés de cette gesticulation qui se voulait médiatique.

Le document est tellement « clair » qu’il faudra publier des « fiches explicatives pédagogiques » ;  même le Ministre de l’Intérieur et des Cultes a dû prêter main forte à son collègue… « Il ne faut pas avoir peur de la laïcité », a-t-il tenté d’expliquer au Président du Consistoire central israélite de France.

Connaissant les positions et déclarations de Mr Peillon à l’égard des religions, notamment du christianisme, il est permis de douter de la sincérité de son « discours laïc » ; il se fait l’écho d’uneintelligentsia parisienne héritière du jacobinisme.

Prenons un exemple concret : « Les enseignements sont laïques (…) aucun sujet a priori n’est exclu du questionnement scientifique et pédagogique.» (article 12). En littérature, proposera-t-on quelques très beaux textes de Blaise Pascal, Victor Hugo, Paul Claudel, Francis Jammes, Khalil Gibran… se référant à la culture judéo-chrétienne ? En philosophie, on étudiera certainement Marx, Nietzsche… mais les écrits d’Emmanuel Mounier, de Jacques Maritain… seront-ils abordés ? Pourtant cela fait partie de « l’accès à une culture commune et partagée » (article 7).

Mais soyons rassurés, les enseignants ne vont pas perdre leur temps à éplucher cette « charte » avec leurs élèves ; ils ont le sens des priorités et  du discernement, ils savent tenir compte du contexte culturel et cultuel lié au lieu d’implantation de leur établissement scolaire. Ils savent que ce n’est pas en bâillonnant élèves et parents que s’instaurent le dialogue et l’esprit de tolérance.

Le bon sens polynésien sait apprécier les ordres venant de Paris, avec respect, mais surtout avec circonspection.

Les parents, soucieux de l’éducation de leurs enfants, ne vont certainement pas se crisper sur cette « charte », par contre ils ne manqueront pas de s’informer sur ce qui se vit, se dit et se pratique en classe.

Soyons simples et vrais dans nos relations humaines, voilà la saine laïcité.

Dominique SOUPÉ - Chancelier

Aimons l’Église, elle est notre Mère

Audience générale du pape François du mercredi 11 septembre 2013

« Aimons-nous l’Église comme on aime sa maman, en sachant comprendre ses défauts ? Est-ce que nous l’aidons à être plus belle, plus authentique, plus selon le Seigneur ? », demande le pape François en appelant à un examen de conscience. Ce sont les questions que le pape a posées à la foule ce mercredi 11 septembre 2013, lors de l'audience générale, place Saint-Pierre. « Toutes les mamans ont des défauts, a-t-il fait observer, nous avons tous des défauts, mais quand on parle des défauts de sa maman, nous les couvrons, nous les aimons comme elles sont. Et même l’Église a ses défauts : nous l’aimons comme notre maman »

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous reprenons aujourd’hui les catéchèses sur l’Église en cette Année de la foi. Parmi les images que le concile Vatican II a choisies pour nous faire mieux comprendre la nature de l’Église, il y a celle de la « mère » : l’Église est notre mère dans la foi, dans la vie surnaturelle (cf. Constit. Dogm. Lumen gentium, 6.14.15.41.42). C’est l’une des images les plus utilisées par les Pères de l’Église dans les premiers siècles et je pense qu’elle peut nous être utile à nous aussi. Pour moi, c’est une des plus belles images de l’Église : l’Église mère ! Dans quel sens et de quelle manière l’Église est-elle mère ? Partons de la réalité humaine de la maternité : que fait une maman ?

1. Avant tout une maman engendre à la vie, elle porte son enfant dans son sein pendant neuf mois, puis elle l’ouvre à la vie, elle l’engendre. L’Église aussi : elle nous engendre dans la foi, par l’action de l’Esprit-Saint qui la rend féconde, comme la Vierge Marie. L’Église et la Vierge Marie sont des mamans, toutes les deux ; ce que l’on dit de l’Église peut se dire de la Sainte Vierge et ce que l’on dit de la Sainte Vierge peut aussi se dire de l’Église !

Certes, la foi est un acte personnel : « je crois », je réponds personnellement à Dieu qui se fait connaître et qui veut entrer dans une amitié avec moi (Cf. Enc. Lumen fidei, n.39). Mais je reçois la foi des autres, dans une famille, dans une communauté qui m’apprend à dire « je crois », « nous croyons ». Un chrétien n’est pas une île ! Nous ne devenons pas chrétiens dans un laboratoire, nous ne devenons pas chrétiens tout seuls et par nos propres forces, mais la foi est un cadeau, c’est un don de Dieu qui nous est fait dans l’Église et à travers l’Église. Et l’Église nous donne la vie de foi dans le baptême : c’est le moment où elle nous fait naître comme enfants de Dieu, le moment où elle nous donne la vie de Dieu, elle nous engendre comme une mère. Si vous allez au baptistère de Saint Jean du Latran, à la cathédrale du pape, il y a à l’intérieur une inscription latine qui dit plus ou moins ceci : « Ici naît un peuple de souche divine, engendré par l’Esprit-Saint qui féconde ces eaux ; notre mère l’Église met au monde ses enfants dans ces flots ».

Ceci nous fait comprendre quelque chose d’important : faire partie de l’Église n’est pas pour nous un fait extérieur et formel, il ne s’agit pas de remplir un papier qu’on nous donne, c’est un acte intérieur et vital ; on n’appartient pas à l’Église comme on appartient à une société, un parti ou toute autre organisation. Le lien est vital, comme celui que l’on a avec sa maman parce que, comme l’affirme Saint Augustin, « l’Église est réellement la mère des chrétiens » (De moribus Ecclesiae, I,30,62-63). Demandons-nous alors : comment est-ce que je vois l’Église ? Si je suis reconnaissant envers mes parents parce qu’ils m’ont donné la vie, suis-je reconnaissant envers l’Église parce qu’elle m’a engendré dans la foi par le baptême ? Combien de chrétiens se souviennent de la date de leur baptême ? Je vous pose cette question ici, mais que chacun réponde dans son cœur : combien parmi vous se souviennent de la date de leur baptême ? Quelques-uns lèvent la main, mais il y en a tellement qui ne s’en souviennent pas ! Mais la date du baptême est la date de notre naissance dans l’Église, la date à laquelle notre maman l’Église nous a mis au monde ! Et maintenant, je vous donne un travail à faire à la maison. Aujourd’hui, quand vous rentrerez chez vous, cherchez bien quelle est la date de votre baptême et c’est pour le fêter, pour remercier le Seigneur de ce don. Vous le ferez ? Aimons-nous l’Église comme on aime sa maman, en sachant comprendre ses défauts ? Toutes les mamans ont des défauts, nous avons tous des défauts, mais quand on parle des défauts de sa maman, nous les couvrons, nous les aimons comme elles sont. Et même l’Église a ses défauts : nous l’aimons comme notre maman. Est-ce que nous l’aidons à être plus belle, plus authentique, plus selon le Seigneur ? Je vous laisse avec ces questions, mais n’oubliez pas le travail à faire : aller chercher la date de votre baptême pour la garder dans votre cœur et pour le fêter.

2. Une maman ne se limite pas à donner la vie, mais elle prend un grand soin de ses enfants pour les aider à grandir, elle leur donne du lait, elle les nourrit, elle leur enseigne le chemin de la vie, elle ne cesse de les accompagner de ses attentions, de son affection, de son amour, même lorsqu’ils ont grandi. Et en faisant cela, elle sait aussi corriger, pardonner, comprendre, elle sait être proche dans la maladie, dans la souffrance. En un mot, une bonne maman aide ses enfants à sortir d’eux-mêmes, à ne pas rester tranquillement sous ses ailes maternelles, comme une couvée de poussins sous les ailes de la poule.

L’Église, comme une bonne mère, fait la même chose : elle accompagne notre croissance en nous transmettant la Parole de Dieu, lumière qui nous indique le chemin de la vie chrétienne, en administrant les sacrements. Elle nous nourrit de l’Eucharistie, elle nous apporte le pardon de Dieu dans le sacrement de la pénitence, elle nous soutient au moment de la maladie par l’onction des malades. L’Église nous accompagne dans toute notre vie de foi, dans toute notre vie chrétienne. Nous pouvons alors nous poser d’autres questions : quel est mon rapport à l’Église ? Est-ce que je la perçois comme une mère qui m’aide à grandir en chrétien ? Est-ce que je participe à la vie de l’Église, est-ce que je sens que j’en fais partie ? Mon rapport à elle est-il formel ou vital ?

3. Une troisième brève pensée. Dans les premiers siècles de l’Église, il y a une réalité qui était bien claire : l’Église, tout en étant la mère des chrétiens, tout en « faisant » les chrétiens, est elle aussi « faite » par eux. L’Église n’est pas quelque chose de différent de nous, mais il faut la voir comme la totalité des chrétiens, comme le « nous » des chrétiens : moi, toi, nous faisons partie de l’Église. Saint Jérôme écrivait : « L’Église du Christ n’est pas autre chose que les âmes de ceux qui croient dans le Christ » (Tract. Ps 86). Alors, la maternité de l’Église, nous la vivons tous, pasteurs et fidèles. Parfois, j’entends dire : « Je crois en Dieu mais pas dans l’Église… J’ai entendu l’Église dire… les prêtres disent… ». Mais les prêtres sont une chose, mais l’Église n’est pas formée seulement de prêtres, nous sommes tous l’Église ! Et si tu dis que tu crois en Dieu et que tu ne crois pas dans l’Église, tu dis que tu ne crois pas en toi-même ; et ça, c’est une contradiction. Nous sommes tous l’Église : du petit enfant qui vient d’être baptisé jusqu’aux évêques et au pape ; nous sommes tous l’Église et nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu !

Nous sommes tous appelés à collaborer à faire naître à la foi de nouveaux chrétiens, nous sommes tous appelés à être des éducateurs dans la foi, à annoncer l’Évangile. Que chacun de nous s’interroge : qu’est-ce que je fais, moi, pour que d’autres puissent partager la foi chrétienne ? Suis-je fécond dans ma foi, ou fermé ? Quand je répète que j’aime une Église non pas fermée dans son enclos, mais capable de sortir, de bouger, même en prenant des risques, pour apporter le Christ à tous, je pense à tout le monde, à moi, à toi, à tout chrétien ! Nous participons tous de la maternité de l’Église, afin que la lumière du Christ rejoigne les extrémités de la terre. Vive notre Sainte Mère l’Église !

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Est-ce que je regarde dans les yeux ceux qui demandent justice ?

Visite du Pape François au Centre Astalli pour les réfugiés le 10 septembre 2013

« Est-ce que je me penche sur celui qui est en difficulté ou bien ai-je peur de me salir les mains ? Suis-je fermé en moi-même, dans mes choses, ou est-ce que je m’aperçois de celui qui a besoin d’aide ? Est-ce que je regarde dans les yeux ceux qui demandent justice ou bien mon regard va-t-il de l’autre côté ? », demande le pape François à propos de l'accueil des réfugiés. Il rappelle que « saint Ignace de Loyola voulait qu’il y ait un espace pour accueillir les plus pauvres dans les locaux de sa résidence à Rome ». Il invite à « surmonter la tentation de la mondanité spirituelle pour être proches des personnes simples mais surtout des laissés-pour-compte ». Le pape s’est rendu en visite privée au Centre Astalli, un centre d'accueil et d'aide aux demandeurs d’asile et aux réfugiés, tenu par le Service Jésuite des Réfugiés (JRS Jesuit Refugee Service), à l’église du Gesù, dans le centre de Rome, mardi, 10 septembre. Après avoir visité le centre, le pape a prononcé dans l'église un discours dont voici notre traduction intégrale.

Chers frères et sœurs, bon après-midi !

Mes premières salutations vont tout d’abord à vous chers réfugié(e)s. Nous avons écouté Adam et Carol : merci pour vos témoignages forts, soufferts. Chacun de vous, chers amis, porte une histoire de vie qui nous parle de drames de guerres, de conflits, souvent liés aux politiques internationales. Mais chacun de vous porte surtout une richesse humaine et religieuse, une richesse à accueillir, et non à craindre. Beaucoup d’entre vous sont musulmans, ou d’autres religions ; vous venez de divers pays, de situations différentes. Nous ne devons pas avoir peur des différences ! La fraternité nous fait découvrir qu’elles sont une richesse, un don pour tout le monde ! Vivons la fraternité !

Rome... Après Lampédouse et d'autres points d’arrivée, pour beaucoup de personnes notre ville est la deuxième étape. Souvent – comme nous l’avons entendu – c’est un voyage difficile, exténuant, voire violent, qui est affronté – je pense surtout aux femmes, aux mamans, qui supportent cela pour assurer un avenir à leurs enfants et une espérance de vie différente pour elles et pour leur famille.

Rome devrait être la cité qui permet de retrouver une dimension humaine, de recommencer à sourire. Or, combien de fois, ici, comme ailleurs, tant de personnes portant l’inscription « protection internationale » sur leur permis de séjour, sont contraintes à vivre dans des situations d’indigence, parfois dégradantes, sans la possibilité de commencer une vie digne, de penser à un nouvel avenir !

Alors merci à tous ceux qui, comme ce Centre et autres services, de l’Église, du public et du privé, se donnent du mal pour accueillir ces personnes avec un projet. Merci au père Giovanni et aux confrères ; à vous, personnel, volontaires, bienfaiteurs, vous qui ne donnez pas seulement quelque chose ou du temps, mais qui cherchez à entrer en relation avec les demandeurs d’asile et les réfugiés, reconnaissant leurs personnes, en vous efforçant de trouver des réponses concrètes à leurs besoins. Entretenir toujours l’espérance ! Aider à récupérer la confiance ! Montrer qu’avec l’accueil et la fraternité on peut ouvrir une fenêtre sur l’avenir, plus qu’une fenêtre, une porte, et plus… que l’on peut avoir encore un avenir !

Et il est beau de voir que les personnes qui travaillent pour les réfugies, aux côtés des Jésuites, sont des chrétiens et des chrétiennes mais aussi des non croyants ou des personnes d’autres religions, unis au nom du bien commun qui est expression, pour nous chrétiens, de l’amour du Père en Jésus-Christ. Saint Ignace de Loyola voulait qu’il y ait un espace pour accueillir les plus pauvres dans les locaux de sa résidence à Rome, et le père Arrupe, en 1981, fonda le service des Jésuites pour les Réfugiés, et il voulait que le siège romain fût dans ces salles, au cœur de la ville. Et je pense à cet adieu spirituel du père Arrupe en Thaïlande, précisément dans un centre pour les réfugiés.

Servir, accompagner, défendre : ces trois mots constituent le programme de travail entrepris par les Jésuites et leurs collaborateurs.

Servir. Qu’est-ce que cela signifie ? Servir signifie accueillir la personne qui arrive, avec attention ; cela signifie se pencher sur celui qui a besoin et lui tendre la main, sans calculs, sans crainte, avec tendresse et compréhension, comme Jésus s’est incliné pour laver les pieds des apôtres. Servir signifie travailler auprès des plus nécessiteux, nouer avant tout des relations humaines de proximité avec eux, des liens de solidarité. Solidarité ! Ce mot qui fait peur au monde plus développé ! Ils essaient de ne pas le prononcer. Pour eux, c’est presque comme un gros mot. Or, c’est notre mot à nous ! Servir signifie reconnaître et accueillir les demandes de justice, d’espérance, et chercher ensemble des chemins, des parcours concrets de libération.

Les pauvres sont aussi les maîtres privilégiés de notre connaissance de Dieu ; leur fragilité et simplicité démasquent nos égoïsmes, nos fausses sécurités, nos prétentions d’autosuffisance et nous guident vers l’expérience de la proximité et de la tendresse de Dieu, vers une vie pleine de son amour et de sa miséricorde de Père qui, avec discrétion et une patiente confiance, prend soin de nous, de nous tous.

De ce lieu d’accueil, de rencontre et de service je voudrais donc que parte une question pour tout le monde, pour toutes les personnes qui habitent ici, dans ce diocèse de Rome : est-ce que je me penche sur celui qui est en difficulté ou bien ai-je peur de me salir les mains ? Suis-je fermé en moi-même, dans mes choses, ou est-ce que je m’aperçois de celui qui a besoin d’aide ? Celui que je sers n’est-il que moi-même ou sais-je servir les autres comme le Christ qui est venu servir jusqu’à donner sa vie ? Est-ce que je regarde dans les yeux ceux qui demandent justice ou bien mon regard va-t-il de l’autre côté ? Pour ne pas regarder les yeux ?

Accompagner. Ces dernières années, le Centre Astalli a parcouru du chemin. Au début il offrait des services de premier accueil : une cantine, un lit, une aide légale. Puis il a appris à accompagner les personnes, en les aidant à chercher un emploi ou à s’insérer socialement, et s’est mis à proposer aussi des activités culturelles, pour aider à faire grandir une culture de l’accueil, une culture de la rencontre et de la solidarité, à commencer par la protection des droits de l’homme. L’accueil à lui tout seul ne suffit pas. Donner du pain ne suffit pas, s’il ne s’accompagne pas de la possibilité d’apprendre à marcher avec ses propres jambes. La charité, qui laisse le pauvre tel qu’il est, n’est pas suffisante. La vraie miséricorde, celle que Dieu nous donne et nous enseigne, demande justice, demande que le pauvre trouve la voie pour ne plus être tel. Elle demande – et le demande à nous Église, à nous ville de Rome, aux institutions – elle demande à ce que personne ne doive plus avoir besoin d’une cantine, d’un logement de fortune, d’un service d’assistance légale pour voir ses droits reconnus, sa personne pleinement reconnue. Adam a dit : « Nous réfugiés, nous avons le devoir de faire de notre mieux pour être intégrés en Italie ». Voilà un droit : l’intégration ! Et Carol a dit : « Les Syriens, en Europe, ressentent la grande responsabilité de ne pas être un poids, nous voulons nous sentir actifs, faire partie d’une nouvelle société ». Ceci aussi est un droit ! Voilà, cette responsabilité est la base éthique, la force pour construire ensemble. Je me demande : est-ce le chemin que nous suivons ?

Défendre. Servir, accompagner veut dire aussi défendre, veut dire se mettre du côté du plus faible : que de fois nous élevons nos voix pour défendre nos droits, mais que de fois nous restons indifférents aux droits des autres ! Que de fois nous ne savons pas ou ne voulons pas faire entendre la voix de ceux qui – comme vous – ont souffert et souffrent, de ceux qui ont vu bafouer leurs droits, de ceux qui ont vécu tant de violence, au point d’étouffer leur désir que justice soit faite !

Pour toute l’Église, il est important que l’accueil du pauvre et la promotion de la justice ne soient pas confiés aux seules mains des « spécialistes », mais soient une préoccupation de toute la pastorale, de la formation des futurs prêtres et religieux, de l’engagement normal de toutes les paroisses, mouvements et agrégations ecclésiales. En particulier – et ceci est important et je le dis du fond du cœur – en particulier je voudrais inviter aussi les Instituts religieux à lire sérieusement et de manière responsable ce signe des temps.

Le Seigneur appelle à vivre l’accueil avec plus de courage et générosité, dans les communautés, dans les maisons, dans les couvents vides… Chers religieux et religieuses, les couvents vident ne servent pas à l’Église pour les transformer en hôtels et gagner de l’argent. Les couvents vides ne sont pas à nous, ils sont pour la chair du Christ que sont les réfugiés. Le Seigneur appelle à vivre avec générosité et courage l’accueil dans les couvents vides. Certes, cela n’est pas simple, cela demande jugement et responsabilité, mais il faut aussi du courage. Nous faisons beaucoup, peut-être sommes-nous appelés à faire davantage, en accueillant et partageant avec décision ce que la Providence nous a donné pour servir. Surmonter la tentation de la mondanité spirituelle pour être proches des personnes simples mais surtout des derniers. Nous avons besoin de communautés solidaires qui vivent l’amour de manière concrète !

Chaque jour, ici et dans d’autres centres, tant de personnes, surtout des jeunes, se mettent en file indienne pour un repas chaud. Ces personnes nous rappellent les souffrances et les drames de l’humanité. Mais cette file nous dit aussi que faire quelque chose, maintenant, nous tous, est possible. Il suffit de frapper à la porte, et d'essayer de dire : « Je suis là. Comment puis-je aider ? ».

Je vous remercie de l’accueil dans cette maison. Merci pour ce témoignage, merci pour l’aide, merci pour vos prières, merci pour le désir d’aller de l’avant, de lutter et continuer à avancer. Merci de défendre votre, notre, dignité humaine. Merci infiniment. Que Dieu vous bénisse tous !

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La Cathédrale (3)   Un lieu liturgique

La cathédrale n'est pas qu'un monument, historique souvent, dans la cité ou une œuvre architecturale marquante. Elle a d'abord une fonction liturgique et symbolique forte pour le diocèse et son évêque. La mise en œuvre de la réforme liturgique à la suite du concile Vatican II a permis au peuple chrétien de se réapproprier la cathédrale et d'en retrouver le chemin pour vivre les grandes célébrations liturgiques présidées par l'évêque. Depuis la fin du xxesiècle, une cathédrale a été construite en France, celle d'Évry, une autre a vu sa façade achevée (Lille) et actuellement au moins deux autres connaissent des rénovations et transformations importantes (Créteil et Nanterre). C'est dans le cadre de la cathédrale de Créteil que le frère Patrick Prétot, osb, ancien directeur de l'Institut supérieur de Liturgie de l'Institut catholique de Paris, a prononcé, fin novembre 2012, la conférence qui suit. Il nous invite à méditer sur le lieu liturgique de la cathédrale où l'évêque exerce le « ministère de la communauté », avec les prêtres et les diacres ainsi que l'assemblée des fidèles, manifestation du Corps du Christ. C'est à la lecture du Cérémonial des évêques (1984) et du Rituel de la dédicace des églises (1988), qu'il nous fait entrer dans cette signification liturgique de la cathédrale.

LA VIE LITURGIQUE DANS LA CATHÉDRALE

Après avoir, dans une première partie, désigné ce que pouvait recouvrir l'idée de lieu liturgique lorsqu'elle est associée à la cathédrale, et dans une deuxième partie, mis en évidence que dans les conditions actuelles de la vie en société mais aussi, et inséparablement, dans nos fonctionnements pastoraux, cette idée suscite bien des défis, cette dernière partie entend considérer la vie liturgique d'une cathédrale.

Mais parce qu'aujourd'hui surgissent des formes nouvelles de ritualisme, qui privilégient parfois l'exécution des rites avec la plus pointilleuse exactitude au détriment même de la participation du peuple chrétien, il convient de souligner que la liturgie n'est pas seulement l'exécution d'un programme rituel préétabli mais d'abord un « événement » et en même temps une « expérience ». Du point de vue qui est le nôtre ici, à savoir la cathédrale comme lieu liturgique, et même comme « centre de la vie liturgique du diocèse », ceci est décisif. Dès lors, construire ou aménager une cathédrale consiste à offrir un espace destiné à vivre des événements et à favoriser une expérience de rencontre avec le mystère d'un Dieu caché, qui se révèle dans des actes rituels.

La liturgie est en effet, pour ceux qui confessent la foi chrétienne, non seulement une action rituelle, mais avant tout un événement de salut: en elle s'accomplit l'œuvre du salut réalisée au plus haut point dans la Pâque du Christ. En même temps, la liturgie est expérience de la foi. Et pour les chrétiens, cette expérience n'est pas anesthésique. Il s'agit au contraire d'une expérience à laquelle participe les cinq sens, et cela en vue d'une rencontre. Le célèbre tableau de Rembrandt, du repas à Emmaüs, restauré récemment et qui a fait l'objet d'une exposition remarquable au Louvre, offre comme une icône de cette expérience de la liturgie. Parce que le christianisme est une religion de l'incarnation, qui confesse un Dieu manifesté dans la chair, le liturgiste est là pour rappeler que la foi ne peut être pensée comme une opinion ou comme une simple croyance, mais qu'elle s'expérimente comme rencontre avec le Dieu vivant, manifesté dans la chair du Christ. Et cette rencontre doit trouver son lieu, son auberge d'Emmaüs.

Pour cette partie, nous suivrons la table des matières du Cérémonial des évêques de 1984. Dans sa forme même, dans son ordonnancement, elle présente un grand intérêt pour la réflexion de ce jour.

Sous le titre « La liturgie épiscopale en général », la première partie traite du caractère et de l'importance de la liturgie épiscopale, des offices et ministères, de l'église cathédrale et s'achève par une série de normes générales concernant des questions comme les vêtements, l'encensement ou l'usage des livres liturgiques. Au-delà de ce porche d'entrée, l'ouvrage déploie les diverses actions liturgiques dans un ordre qui exprime aussi la spécificité de la cathédrale comme lieu liturgique.

La messe vient d'abord comme on peut s'y attendre puisque l'Eucharistie est « sommet et source de la vie de l'Église ». Mais dans ce deuxième chapitre, c'est une figure spécifique de la messe qui est mise en avant à savoir « la messe stationnale de l'évêque » qui est considérée comme « la principale manifestation de l'Église locale ». Il faut s'arrêter un peu sur ce passage décisif non seulement pour la conception de la cathédrale ou encore celle du ministère de l'évêque mais aussi pour la compréhension de la relation fondamentale (au sens le plus strict, qui touche les fondements), entre l'Eucharistie et l'Église.

La principale manifestation de l'Église locale a lieu lorsque l'évêque, en tant que grand prêtre de son troupeau, célèbre l'eucharistie, notamment dans son église cathédrale entouré de son presbyterium et des ministres, avec la participation plénière et active de tout le peuple saint de Dieu. Cette messe appelée stationnale, manifeste à la fois l'unité de l'Église locale et la diversité des ministères autour de l'évêque et de la sainte eucharistie.

La valeur de la messe stationnale n'est donc pas seulement, ni même d'abord une question de solennité. Elle est irremplaçable parce qu'elle est signe de la diversité des ministères et par delà de celle du peuple de Dieu et à travers lui de l'humanité dont la célébration de la messe est le sacrement de l'unité. La messe concélébrée dans la cathédrale par l'évêque avec le presbyterium et dans le déploiement des ministères est donc la manifestation de la diversité des charismes.

La troisième partie concerne « la liturgie des Heures et les célébrations de la Parole de Dieu ». Là encore il est bon de s'arrêter un peu sur le texte tant il peut apparaître riche pour penser la construction ou l'aménagement d'une cathédrale.

L'évêque, parce qu'il représente le Christ d'une manière éminente et remarquable, et qu'il est le grand prêtre de son troupeau, doit être le premier à la prière parmi les membres de son Église. C'est pourquoi, il lui est au plus haut point recommandé de célebrer, lorsque c'est possible, la liturgie des Heures, surtout les laudes et les vêpres, avec son presbyterium et les ministres, et avec la participation active et plénière du peuple, en particulier dans l'église cathédrale.

La liturgie des Heures dans la cathédrale ne peut donc pas être identifiée à une fonction liturgique particulière, destinée par exemple à favoriser « l'animation spirituelle » du lieu. Il s'agit bien au contraire d'une fonction principale et ceci est signifié par sa place dans le plan du Cérémonial : elle vient en second lieu avant même les grandes célébrations de l'année liturgique et la célébration de sacrements comme les ordinations ! Mais surtout la liturgie des Heures présidée par l'évêque dans la cathédrale est un signe spécifique qui révèle la nature propre de l'Église : elle est Ecclesia orans, l'Église en prière, et par conséquent l'Église se manifeste lorsqu'elle se tourne avec le Christ vers le Père dans la communion de l'Esprit.

On peut ajouter que la célébration de la liturgie des Heures requiert un dispositif spécifique différent de celui qui vaut pour la célébration de l'eucharistie. Comme y invite la structure des cathédrales anciennes, avec la distinction et l'articulation des différents espaces (le chœur, pour la liturgie des Heures, le sanctuaire et la nef, pour l'Eucharistie), les programmes architecturaux contemporains ne peuvent oublier que la célébration de la liturgie des Heures a ses exigences propres, tant sur le plan de la disposition des lieux, que sur celui de la lumière et de l'acoustique. Ici on peut encore faire deux remarques en lien avec des aspects pastoraux d'actualité qui mériteraient d'amples développements.

Il est intéressant de voir que ce chapitre du Cérémonial relie ensemble liturgie et célébrations de la Parole. On peut dire que la forme première de la célébration de la Parole est la liturgie des Heures. Mais en même temps, la liturgie des heures peut être considérée comme la forme fondamentale de toute célébration de la Parole. Ceci est important au moment où, à la suite du synode sur la Parole de Dieu, les diocèse de France réfléchissent à la question des célébrations de la Parole. La cathédrale doit avoir sur ce point une place décisive dans la recherche pastorale des diocèses.

En second lieu, le Cérémonial de 1984 demeure très discret sur la place du Chapitre de la cathédrale et des chanoines, alors que l'ancien Cérémonial était au contraire centré sur les célébrations capitulaires. Il y a sans doute ici la traduction de l'évolution des institutions ecclésiastiques et peut-être aussi une volonté de réalisme. Mais certaines rubriques gardent la mémoire de la place première que cette institution a eu dans l'histoire pour cet aspect de la vie liturgique des cathédrales. Si l'on ne peut inviter à des rêves irréalistes, on peut cependant entendre que la tradition des chapitres cathédrales manifeste que leur vie liturgique s'est appuyée longtemps sur ces corps qui en assuraient la stabilité.

La quatrième partie du Cérémonial traite des célébrations des mystères du Seigneur dans le cours de l'année. On ne peut que souligner ici l'importance des fêtes pascales dans la cathédrale qui doit être ainsi un lieu essentiel pour la pastorale liturgique, Ceci vaut bien sûr pour la messe chrismale et encore plus pour la veillée pascale, sommet de l'année chrétienne, au cours de laquelle, normalement, l'évêque baptise, confirme et donne la première communion au moins à certains catéchumènes adultes alors qu'il a présidé lui-même dans la cathédrale au début du carême, l'appel décisif, et qu'il est invité à réunir les nouveaux baptisés de Pâques pour des célébrations assurant le temps de la mystagogie.

La cinquième partie traite des sacrements. Nous avons vu plus haut l'importance de l'Initiation chrétienne qui vient en premier, suivie du sacrement de l'ordre comme on peut s'y attendre. On ne peut oublier que la cathédrale est par excellence le lieu des ordinations. Plus originale peut-être est l'ordre dans lequel le Cérémonial aborde les autres sacrements : le mariage puis la pénitence et enfin l'onction des malades. Sans doute, tout cela mériterait de s'y arrêter: parce que Vatican II a rappelé que l'évêque est le premier dispensateur des mystères, la cathédrale est donc concernée aussi par ces sacrements. Ceci doit être souligné au moins pour la pénitence : sans pouvoir développer, il semble que la cathédrale est par excellence et inséparablement le lieu du baptême et le lieu de la pénitence, car la pénitence est une actualisation du baptême. L'aménagement dans la cathédrale de lieux de célébration de la pénitence mais plus encore l'organisation de célébrations pénitentielles mériteraient un examen attentif dans le contexte contemporain.

Enfin, si la sixième partie traite des sacramentaux dont la plupart n'ont pas lieu dans la cathédrale - c'est le cas par définition pour la dédicace d'une église, mais c'est vrai aussi dans la plupart des cas pour la bénédiction d'un abbé ou d'une abbesse, ou encore la profession religieuse, la septième partie ramène à notre sujet, car elle traite des jours notables dans la vie d'un évêque, notamment de son ordination mais aussi de ses obsèques. Ceci pour rappeler que l'usage d'enterrer les évêques dans la cathédrale n'est pas un privilège mais bien plutôt un signe de grande portée ecclésiologique : l'évêque défunt qui a été ordonné dans la succession apostolique devient à la manière des apôtres, une pierre de fondation de l'Église particulière mais aussi d'une certaine manière de la cathédrale elle-même.

© Document épiscopat n°7 - 2013

Dieu le Miséricordieux

Commentaire de l’Évangile du XXIVème Dimanche du Temps ordinaire

Une image rigide… n’est-ce pas souvent ainsi que nous représentons Dieu ? Mais Dieu n'aime pas qu'on le représente ainsi. C'est pourquoi toute la Bible nous montre un Dieu en mouvement.

Déjà dans la première lecture, la question de l'image est centrale. Les Hébreux ont voulu représenter leur Dieu par une figure en métal fondu. Danger d'idolâtrie certes, mais, plus loin que cela, méprise désastreuse, qui consiste à fixer Dieu dans une image immuable, solide, alors que Dieu ne peut être saisi ni fixé. Pensez aux images de Dieu que nous avons dans la tête : souvent elles sont des idoles autant que le veau d'or. Nous imaginons Dieu comme celui qui prévoit et organise tout d'avance, qui ne peut changer de projet, puisque sa première idée est forcément ce qu'il y a de mieux ! N'est-il pas parfait ? Il est le Tout-Puissant, le Souverain Maître de l'univers, le Juge suprême… donc, parfaitement immuable. 
Finalement, la seule image légitime de Dieu, c'est l'homme. Parce qu'il est vivant et insaisissable. Moïse se refuse à penser Dieu comme immuable, c'est pourquoi il négocie avec lui, pour le faire changer d'idée et renoncer à punir. Avant lui, déjà, Abraham avait marchandé avec Dieu le sort de Sodome. Toute la Bible s'inscrit en faux contre l'idée que nous nous faisons tous d'un Dieu exterminateur, par qui tout serait programmé une fois pour toutes.

Avec le Christ, parfaite « image visible du Dieu invisible », nous parvenons au terme de ce chemin dans la connaissance de Dieu. Dans tout l'Évangile, on en veut au Christ parce que « les publicains et les pécheurs viennent tous à lui » et parce qu'il « fait bon accueil aux pécheurs : il mange avec eux ». Pourquoi cette attitude constante de Jésus ? Parce que c'est l'attitude même de Dieu qui nous cherche. « Adam, où es-tu ? » (Gn 3, 9) : c'est à moi, homme (Adam) d'aujourd'hui, que Dieu s'adresse. Il me cherche. Recherche laborieuse, de sa part, comme celle du berger qui court la campagne, comme celle de la femme qui balaye sans compter son temps. Jusqu'au bout. « Jusqu'à ce qu'il  ou elle ait retrouvé sa brebis, sa pièce ».

Trois paraboles sur la tendresse de Dieu vis-à-vis de ceux qui sont « perdus ». Chacune apporte son message propre. La première, celle de la brebis, nous dit que « un seul » est aussi précieux que tous. Alors que nos sociétés acceptent le sacrifice d'un certain nombre à la prospérité générale, l'Évangile nous oblige à tourner notre regard vers les oubliés : un seul, c'est trop.

Même schéma pour la femme qui a perdu une pièce qui, du coup, devient la seule importante. Elle s'active « jusqu'à ce qu'elle la retrouve ».

Quant au père de la troisième parabole, il ne se déplace pas, ne se met pas au travail pour retrouver son fils : il l'attend. C'est que le fils n'est ni un objet ni un animal, mais un être humain. Les retrouvailles doivent donc venir d'une décision de sa liberté. Alors seulement le père se met à courir.

Chacune de ces trois paraboles nous dit comment est Dieu, quelle est sa manière de se relier à nous. Dieu ne supporte pas qu'un seul être humain soit perdu. Dans son œuvre, pas de déchet, pas de « sacrifié » à une logique économique qui laisse de plus en plus de masses pauvres et frustrées, pas davantage de victimes innocentes massacrées insupportablement par le terrorisme politico-religieux. Comme le rappellent inlassablement les papes, s'il faut faire preuve de fermeté face au terrorisme qui nous fait la guerre et qui est le néo-totalitarisme du XXIe siècle, il faut en même temps en éradiquer les causes profondes que sont l’inégalité et l’injustice sociales. Pour Dieu, c'est la brebis perdue, c’est la pièce égarée, c'est l'enfant prodigue qui deviennent les plus importants. L'amour, même pour tous moins un, ne serait pas l'amour.

Saint Paul enfin nous dévoile, dans la deuxième lecture, son identité : il est un « pécheur pardonné ». Pour apporter notre petite pierre à l’amélioration de ce monde blessé par l’injustice et la violence insensée, nous avons besoin d’être pécheurs pardonnés. Cela nous rendra plus humbles et plus pacifiés pour devenir de plus audacieux artisans de paix…

© Copyright 2013 - Kerit

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