PKO 15.12.2013

Dimanche 15 décembre 2013 – IIIème Dimanche du Temps de l’Avent – Année A
Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°65/2013

HUMEURS

Et si Noël… c’était la naissance de Jésus ?

Noel

 À regarder la fête de Noël aujourd’hui… on peut se demander si dans quelques années l’origine de cette fête ne sera pas l’occasion de fouille archéologique et d’éminente « disputatio » pour savoir qui ou quoi est à l’origine de la fête Noël !

Noël aujourd’hui est devenue une fête essentiellement, pour ne pas dire uniquement, mercantile et profane. Il suffit d’observer ce qui se passe autour de nous. Quelques exemples…

Les publicités qui s’affichent partout… dans les journaux, à la télévision, dans les vitrines… montrent des Pères Noël, des guirlandes… mais de référence à Noël (qui veut dire « nativité » !) point !

Des parades et défilés de Noël avec des chars, des groupes de danse sont organisés… mais là encore aucun lien avec l’origine de Noël !

Parfois la laïcité s’en mêle… l’illustration la plus flagrante est certainement le « Calendrier de l’Avent » proposé par Polynésie 1ère. Un calendrier qui propose chaque jour une belle image d’une fleur ou d’un oiseau de Polynésie… Oubliant que le calendrier de l’Avent, né dans le milieu protestant allemand, consiste à donner des images pieuses aux enfants pour les préparer aux célébrations de la nativité !

Et, cerise sur le gâteau, la finale de ce calendrier de l’Avent télévisé … deux phrases : une pour les locuteurs tahitiens, d’indécrottables chrétiens : « Ia oaoa i teie Noera » et l’autre pour les locuteurs français : « Joyeuses fêtes »… La loi sur la laïcité ne s’appliquant pas en Polynésie, il a été probablement jugé qu’en tahitien la référence à Noël était acceptable… mais inacceptable en français pour une chaîne publique nationale ! 

Mais à part cela, on continue allègrement à accuser les Églises de s’immiscer dans les affaires publiques en ne restant pas dans leurs lieux de culte … pour le coup, c’est la société civile qui en force les portes et qui fait une « OPA » sur une fête purement  chrétienne et exclusivement religieuse !

 

En marge de l’actualité

Hommage de Sa Sainteté François à Nelson Mandela

 À la nouvelle du décès de Nelson Mandela, prix Nobel de la Paix, le pape François a adressé un télégramme de condoléances au président de la République d’Afrique du Sud, Jacob Zuma.

« C’est avec tristesse que j’ai appris la mort de l’ancien président Nelson Mandela, et j’adresse mes condoléances priantes à toute la famille Mandela, aux membres du gouvernement et à tout le peuple d’Afrique du Sud. Je recommande l’âme du défunt à l’infinie miséricorde du Dieu Tout-Puissant : je demande au Seigneur de consoler et de fortifier tous ceux qui pleurent sa perte », écrit le pape.

Le pape rend hommage à « l’engagement résolu manifesté par Nelson Mandela pour la promotion de la dignité humaine de tous les citoyens de la Nation et pour forger une nouvelle Afrique du Sud construite sur les fondations solides de la non-violence, de la réconciliation et de la vérité ».

« Je prie, ajoute le pape, pour que l’exemple du président disparu inspire aux générations de Sud-Africains de mettre la justice et le bien commun au premier plan de leurs aspirations politiques. Avec ces sentiments, j’invoque sur tout le peuple d’Afrique du Sud les dons divins de la paix et de la prospérité ».

(Source : Vatican Information Service) 


Un « Homme de l’Année » qui parle efficacement de paix et de justice

Le Père Lombardi réagit au choix de « Time »

Le Pape François a été élu ce mercredi « personne de l'année » 2013 par le magazine américain Time. « Il est rare qu'un nouvel acteur de la scène mondiale suscite autant d'attention si rapidement, que ce soit parmi les jeunes ou les plus âgés, parmi les croyants ou les sceptiques », a expliqué la directrice de la rédaction de Time, Nancy Gibbs, en expliquant le choix du Pape François, parvenu en mars à la tête de l'Eglise catholique.

Pour le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le Père Federico Lombardi, « ce n’est pas étonnant, au vu de l’écho et de la très grande attention suscitée par l’élection du pape François et le début du nouveau pontificat ». Le souverain pontife, a précisé le Père Lombardi dans un communiqué, « ne cherche ni la célébrité ni le succès » mais se réjouit si cette reconnaissance signifie que beaucoup « ont compris, tout du moins implicitement, (le) message » de l’amour de Dieu pour tous.

« C’est un signe positif que l’une des reconnaissances les plus prestigieuses dans le domaine de la presse internationale soit attribué à quelqu’un qui annonce dans le monde des valeurs spirituelles, religieuses et morales et parle avec efficacité en faveur de la paix et de plus de justice », a ainsi affirmé le ‘porte-parole’ du Vatican dans une déclaration. Le pape, a-t-il précisé, se contente de se mettre au service de l’annonce de l’Evangile. « Si cela attire des femmes et des hommes et que cela leur donne une espérance, le pape est content », a ajouté le Père Lombardi. Et de conclure : « Si ce choix (…) veut dire que beaucoup ont compris (…) ce message, il s’en réjouit certainement ».

© Copyright 2013 – Libreria Editrice Vaticana


Le jugement dernier, c’est dès aujourd’hui

Audience générale du pape François du mercredi 11 décembre 2013

L'amour de Jésus est grand et pardonne à chaque fois que quelqu'un va vers lui pour demander son pardon, mais, explique le pape François, il est aussi possible pour l'homme de « s'auto-condamner à l’exclusion de la communion avec Dieu », et de ses frères, « avec la solitude et la tristesse profonde qui en découlent » : le pape François a décrit ainsi l'alternative qui se présente à la liberté humaine. Il a évoqué le « jugement dernier » qui commence, dit-il, dès maintenant, dans les choix que l'homme pose face au Christ, face à ses frères.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je voudrais commencer aujourd’hui la dernière catéchèse sur notre profession de foi, en abordant l’affirmation : « Je crois en la vie éternelle ». Je m’arrête plus particulièrement sur le jugement dernier. Mais nous ne devons pas avoir peur : écoutons ce que dit la Parole de Dieu. À ce sujet, nous lisons dans l’Évangile de saint Matthieu : Alors le Christ « viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges… Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche… Et ils s'en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle » (Mt 25,31-33.46). Lorsque nous pensons au retour du Christ et à son jugement dernier qui manifestera, jusque dans ses conséquences ultimes, le bien que chacun aura accompli ou aura omis d’accomplir pendant sa vie terrestre, nous percevons que nous nous trouvons devant un mystère qui nous dépasse, que nous ne pouvons même pas à imaginer. Un mystère qui, presque instinctivement, suscite en nous un sentiment de crainte, et peut-être aussi d’inquiétude. Pourtant, si nous réfléchissons bien à cette réalité, elle ne peut que dilater le cœur du chrétien et constituer un grand motif de consolation et de confiance.

À ce propos, le témoignage des premières communautés chrétiennes est encore plus suggestif. En effet, elles avaient l’habitude d’accompagner les célébrations et les prières de l’acclamation « Maranatha », expression constituée de deux mots araméens qui, selon la manière dont ils sont scandés, peuvent se comprendre comme une supplication : « Viens, Seigneur ! » ou comme une certitude nourrie par la foi : « Oui, le Seigneur vient, le Seigneur est proche ». C’est l’exclamation dans laquelle culmine toute la Révélation chrétienne, au terme de la merveilleuse contemplation qui nous est offerte dans l’Apocalypse de Jean (cf. Ap 22,20). Dans ce cas-là, c’est l’Église-Epouse qui, au nom de l’humanité, de toute l’humanité, et comme prémices de celle-ci, s’adresse au Christ, son Epoux, impatiente d’être serrée dans ses bras, les bras de Jésus, dans une plénitude de vie et d’amour. C’est comme cela que Jésus nous serre dans ses bras. Si nous pensons au jugement dans cette perspective, toute peur et toute hésitation disparaît et fait place à l’attente et à une joie profonde : ce sera précisément le moment où nous serons jugés enfin prêts pour être revêtus de la gloire du Christ, comme d’un vêtement nuptial, et pour être conduits au banquet, image de la communion pleine et définitive avec Dieu.

Un second motif de confiance nous est offert lorsque nous constatons qu'au moment du jugement nous ne serons pas laissés seuls. C’est Jésus lui-même, dans l’Évangile de Matthieu, qui annonce comment, à la fin des temps, ceux qui l’auront suivi prendront place dans sa gloire pour juger avec lui (cf. Mt 19,28). L’apôtre Paul, ensuite, dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, affirme : « Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ?... À plus forte raison les choses de cette vie ! » (1 Co 6,2-3). Qu’il est beau de savoir qu’en cette circonstance nous pourrons compter non seulement sur le Christ, notre paraclet, notre avocat auprès du Père (cf. Jn 2,1), mais aussi sur l’intercession et sur la bienveillance de tant de nos frères et sœurs plus anciens qui nous ont précédés sur le chemin de la foi, qui ont offert leur vie pour nous et qui continuent à nous aimer d’une manière indicible ! Les saints vivent déjà en présence de Dieu, dans la splendeur de sa gloire, et prient pour nous qui vivons encore sur cette terre. Cette certitude est une telle consolation pour notre cœur ! L’Église est vraiment une mère et, comme une maman, elle cherche le bien de ses enfants, surtout de ceux qui sont plus éloignés ou dans l’épreuve, jusqu’à ce qu’elle trouve sa plénitude dans le corps glorieux du Christ avec tous ses membres.

Une autre suggestion nous vient de l’Évangile de Jean, où il est affirmé explicitement que « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n'est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu » (Jn 3,17-18). Cela signifie alors que ce jugement dernier est déjà en acte, il commence maintenant, dans le cours de notre existence. Ce jugement est prononcé à tout instant de notre vie, en réponse à notre accueil, dans la foi, du salut présent et agissant dans le Christ, ou au contraire à notre incrédulité, avec cette fermeture sur nous-mêmes qu’elle entraîne. Mais si nous nous fermons à l’amour de Jésus, nous nous condamnons nous-mêmes. Le salut consiste à s’ouvrir à Jésus, et lui, il nous sauve ; si nous sommes pécheurs, et nous le sommes tous, nous lui demandons pardon et si nous allons à lui avec le désir d’être bons, le Seigneur nous pardonne. Mais pour cela, nous devons nous ouvrir à l’amour de Jésus qui est plus fort que tout. L’amour de Jésus est grand, l’amour de Jésus est miséricordieux, l’amour de Jésus pardonne ; mais tu dois t’ouvrir et s’ouvrir signifie se repentir, s’accuser des choses qui ne sont pas bonnes et que nous avons faites. Le Seigneur Jésus s’est donné et continue de se donner à nous, pour nous combler de toute la miséricorde et de la grâce du Père. C’est donc nous qui pouvons devenir, en un certain sens, juges de nous-mêmes, en nous auto-condamnant à l’exclusion de la communion avec Dieu et avec nos frères, avec la solitude et la tristesse profonde qui en découlent.

Ne nous lassons donc pas de veiller sur nos pensées et sur nos comportements, pour goûter dès maintenant la chaleur et la splendeur du visage de Dieu - et ce sera très beau - que nous contemplerons dans toute sa plénitude dans la vie éternelle. Avançons, en pensant à ce jugement qui commence maintenant, qui a déjà commencé. Avançons en faisant en sorte que notre cœur s’ouvre à Jésus et à son salut ; avançons sans peur, parce que l’amour de Jésus est plus grand et si nous demandons pardon pour nos péchés, il nous pardonne. Jésus est comme cela. Alors, avançons avec cette certitude qui nous mènera à la gloire du Ciel !

© Copyright 2013 – Libreria Editrice Vaticana


La laïcité ne doit pas devenir une religion séculière

Lettre pastorale de Mgr Minnerath, évêque de Dijon – 1er décembre 2013

À l’occasion de l’Avent 2013, Mgr Roland Minnerath adresse une lettre pastorale à ses diocésains. À partir d’une méditation de la finale des Actes des Apôtres sur l’annonce de l’Évangile par l’Apôtre Paul, « avec une entière assurance et sans entrave », l’archevêque de Dijon propose une réflexion sur les obstacles à la liberté d’annonce de l’Évangile. Ils peuvent être intérieurs : « Le plus grand obstacle à l’évangélisation (…) est dans notre propre tiédeur, incertitude, incohérence. » Ils peuvent tenir d’autre part à une absence de liberté religieuse. Après un rappel historique sur l’émergence de la liberté religieuse dans l’empire romain et sur sa définition dans les Conventions internationales modernes, Mgr Minnerath dénonce « des débordements manifestes de la notion de laïcité » en France.

Paul en captivité à Rome « recevait tous ceux qui venaient le trouver, proclamant le Règne de Dieu et enseignant ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ avec une entière assurance et sans entrave » (Ac 28, 30-31).

Chers Amis,

Avec deux mots bien choisis, saint Luc conclut le livre des Actes des Apôtres. Voici Paul retenu en captivité à Rome dans l’attente de son procès en appel devant l’empereur. Il est en résidence surveillée et reste libre de ses mouvements. Notamment, il peut recevoir qui il veut. Que fait-il ? Il « proclame le royaume de Dieu et enseigne ce qui concerne le Seigneur Jésus avec pleine assurance (parrèsia) et sans entrave (akolytos) » (Ac 28,31). Luc termine son exposé des temps apostoliques par ces deux mots qui ouvrent la voie à la prédication de l’Évangile dans le monde entier.

Ces deux mots me sont souvent venus à l’esprit. Ils résument les deux conditions auxquelles l’Évangile peut être annoncé dans le monde, y compris aujourd’hui. La première concerne les dispositions intérieures de chacun de nous ; la seconde regarde l’environnement humain, social et institutionnel dans lequel nous sommes appelés à témoigner. Pourquoi revenir sur ce sujet aujourd’hui ? Après la célébration de l’Année de la foi qui s’est achevée le dimanche du Christ Roi, vient le moment de nous demander comment nous sommes capables de transmettre la foi dans les conditions d’aujourd’hui. Saint Luc nous y aide en combinant en une perspective unique « la pleine assurance » et le « sans entrave ».

1. « Avec pleine assurance »

Le terme parrèsia est un de ceux que saint Paul et saint Luc affectionnent. Il s’agit de la stabilité intérieure que donne une conviction profondément enracinée. Étymologiquement : pàs rhèsis signifie : tout dire, parler ouvertement. Nous avons besoin de retrouver la certitude intérieure d’être dans le vrai lorsque nous donnons notre foi au Christ. Ce n’est pas un sentiment subjectif. Tout le contraire. Notre certitude vient de la vérité que nous avons découverte et accueillie. Elle nous rend forts de la force de la vérité elle-même.

Pour bien saisir la portée de ce mot, il suffit de jeter un coup d’œil sur d’autres passages du livre des Actes où il est employé par Luc. L’un des plus significatifs est à repérer lors de la comparution de Pierre et de Jean devant le sanhédrin : « Considérant l’assurance (parrèsia) de Pierre et de Jean et se rendant compte que c’étaient des gens sans instruction ni culture, les sanhédrites étaient dans l’étonnement » (Ac 4, 13). Pierre vient d’annoncer le kérygme de la résurrection devant cette cour de justice. On leur interdit d’enseigner au nom de Jésus. Pierre réplique qu’il pense qu’il est plus juste d’obéir à Dieu (Ac 4, 19). La communauté réunie en prière accueille Pierre et Jean et supplie le Seigneur : « À présent, Seigneur, sois attentif à leurs menaces et, afin de permettre à tes serviteurs d’annoncer la parole en toute assurance (parrèsia), étends la main pour opérer des guérisons, signes et prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus » (Ac 4,29-30).

Tout est dit : la parrèsia ne se laisse démonter par aucune intimidation, menace ou dénigrement. C’est la certitude d’être dans la vérité qui est le Christ. La parrèsia est donc une attitude intérieure de confiance, de courage, d’abandon au Christ pour témoigner de lui en toutes circonstances. C’est aussi le désir de parler de lui ouvertement et clairement, sans autocensure ni demi-mot. De quoi Paul et les apôtres avant lui témoignaient-ils « avec pleine assurance » ? De la résurrection du Christ, de l’événement qui fonde la foi du chrétien, et de rien d’autre.

Le témoignage de la foi ne consiste pas en des arguments à opposer à un contradicteur, mais à être soi-même totalement transformé par l’événement de la résurrection, à attester qu’il est advenu et que rien ne l’ôtera plus de l’histoire humaine.

Reconnaissons qu’il ne nous est pas facile de témoigner avec parrèsia ! La parrèsia suppose que nous acceptions d’être mis à l’épreuve, lorsqu’il s’agit, par exemple, de réagir à une mise en cause personnelle, au dénigrement de ce que nous affirmons, au doute sur la vérité de ce que nous annonçons. La demi-mesure, l’approximation ne conviennent pas au témoignage de Pâques. La résurrection a eu lieu ou elle n’a pas eu lieu. Si c’est oui, c’est vrai en toutes circonstances et pour tous les hommes. Préférons-nous nous en tirer en restant dans le vague sur le contenu de la foi chrétienne ou allons-nous nous jeter à l’eau ?

Le plus grand obstacle à l’évangélisation n’est pas à chercher dans d’éventuelles entraves extérieures. Il est dans notre propre tiédeur, incertitude, incohérence. Nous risquons d’être nous-mêmes imprégnés de la mentalité ambiante qui n’aime pas qu’on parle de vérité et qui préfère le flou relativiste, le consensuel vague. Nous ne sommes pas plus doués que ceux qui ne croient pas, mais nous avons rencontré celui qui est « le chemin, la vérité, la vie » (cf. Jn 14,6).

La vérité est une personne. La foi repose sur un événement. Le dialogue avec ceux qui croient autrement ou ne croient pas du tout n’est possible que si cette foi est bien enracinée en nous. Le dialogue qui banalise toutes les religions n’est pas le témoignage de la résurrection. La parrèsia me fait dire ce que l’autre n’attend peut-être pas et qui est vrai aussi pour lui. La parrèsia nous invite à nous engager pleinement.

2. « Sans entrave »

Luc a choisi ce mot introuvable ailleurs dans le Nouveau Testament pour bien souligner que Paul pouvait enseigner akolytos. Il pense évidemment au pouvoir romain. Toute l’œuvre de Luc traduit une appréciation positive de l’empire romain. Paul accusé devant le gouverneur Felix à son retour à Jérusalem, n’hésite pas à s’exprimer en ces termes : « Voilà de nombreuses années que tu assures la justice à cette nation ; aussi est-ce avec confiance que je plaiderai ma cause » (Ac 24,10). Les choses allaient bientôt changer.

Un an plus tard, en effet, Néron accusera les chrétiens d’être les auteurs de l’incendie de la Ville et déclenchera la première persécution romaine contre les chrétiens, dont l’écho se fera sentir en particulier dans le livre de l’Apocalypse. Pour l’heure, Paul qui va bientôt être libéré de cette première captivité romaine, avec un non-lieu ou un acquittement, n’est pas inquiété.

En termes modernes, akolytos suppose ce que nous appelons la « liberté religieuse ». À l’époque de Paul, la liberté religieuse est un concept inexistant. Il faudra attendre la fin du IIe  siècle pour qu’un juriste chrétien de Carthage lance l’expression « libertas religionis », la liberté dans le domaine de la religion. Il réclamait pour les chrétiens persécutés de pratiquer librement leur religion sans être obligés d’adorer le dieu de Rome à savoir le pouvoir impérial divinisé. Grâce à l’obstination d’apologistes chrétiens comme Tertullien et Lactance, la liberté de religion sera accordée par Constantin et Licinius en 313. La longue lutte des martyrs revendiquant un espace de liberté pour croire et vivre selon leur foi commençait à porter ses fruits.

Réclamer une chose pareille n’était pas évident pour les contemporains de Paul. La religion ne relevait pas d’un libre choix. On appartenait à la religion de sa famille, de son clan, de sa cité. Pour cimenter l’unité de l’empire, le pouvoir allait bientôt imposer le culte de Rome et d’Auguste, sans que ce culte crée un problème de conscience aux hommes de l’Antiquité. Les chrétiens s’y sont refusés, car « seul Jésus-Christ est Seigneur » (1 Co 8, 6). Les Juifs de leur côté avaient obtenu une dispense de ce culte idolâtrique parce qu’ils étaient identifiés comme un peuple. Mais les chrétiens se recrutaient dans tous les peuples et formaient une communauté qui ne coïncidait pas avec les communautés civiles ou ethniques qui avaient chacune leurs dieux. L’exigence de vivre et de prêcher akolytos prenait de court les usages ainsi que le droit romain.

Retenons que l’Évangile exige la liberté externe pour pouvoir se déployer dans l’espace civil et social. Nous modernisons en disant que la liberté religieuse est avant tout une absence de contrainte dans la société. Par contrainte il faut entendre l’obligation ou l’interdiction d’adhérer à une religion contre sa conscience ou d’en changer. La contrainte peut venir de tierces personnes, de groupes sociaux ou des pouvoirs publics.

3. Quelle liberté religieuse ?

Les conventions internationales modernes protègent le droit à la liberté de religion et précisent que celle-ci concerne « la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement » (Pacte international relatif aux droits civils et politiques, 1966, art. 18,1). La liberté religieuse inclut donc la liberté de culte, d’enseignement et d’action caritative.

La loi française (1905) reconnaît la liberté de conscience et la liberté de culte. Les autres composantes de la liberté de religion (enseignement, engagement caritatif) relèvent d’autres droits comme la liberté de l’enseignement et le droit associatif. Alors que l’expression « liberté de religion » ou « liberté religieuse » est absente des textes législatifs français, le concept de « laïcité » – substantif également inconnu des textes – est abondamment employé pour définir la place réservée à la religion dans la société. Il faut être conscient du décalage entre les textes de lois et l’usage fait du concept de laïcité.

Juridiquement, la République (constitution de 1958, art. 1) et l’école (Préambule de la constitution de 1946, 13° al., repris dans la constitution de 1958) sont qualifiées de « laïques ». Il faut comprendre que l’État n’est pas inféodé à une religion, qu’il ne s’immisce pas dans les affaires intérieures des religions, et qu’il traite les citoyens sur un pied d’égalité, qu’ils aient une religion ou non. De même l’école publique est « laïque » en ce sens qu’elle n’est pas confessionnelle, alors que la loi prévoit qu’une instruction religieuse puisse être donnée « un jour par semaine en outre du dimanche » hors des horaires de cours (loi du 28 mars 1882, art. 2 toujours en vigueur).

La laïcité de l’État et des services publics ne signifie pas qu’ils soient indifférents par rapport aux principes universels de la morale humaine. Pour vivre ensemble dans une même société, croyants et incroyants doivent pouvoir partager les grands principes éthiques qui sont antérieurs au droit et qui sont universels parce qu’inscrits dans l’humanité de l’homme. En souscrivant aux déclarations des droits de l’homme, l’État se lie à un ensemble de valeurs et de principes au service desquels il est placé.

4. « Et chez nous ? »

Or, nous assistons à des débordements manifestes de la notion de laïcité. Des interprétations outrancières de la notion de laïcité visent à restreindre progressivement l’espace couvert par la liberté de religion. On tend à étendre la laïcité à la société entière, en faisant croire que la laïcité consiste à effacer tout signe religieux et toute conviction religieuse de l’espace public et à confiner la religion dans l’espace privé.

En fait, on s’achemine vers un retour à la situation antérieure à l’invention de la liberté de religion où le pouvoir politique régentait tout l’humain, y compris la sphère que le christianisme lui a arrachée au profit de la liberté humaine. En France, depuis la Révolution il existe un courant visant à éradiquer le christianisme en lui substituant une religion séculière : culte de la raison, de la République, etc. Ces tendances se manifestent encore de nos jours où des ministres déclarent ouvertement vouloir introduire la laïcité comme « une religion pour la République » avec l’esprit républicain pour credo, les enseignants comme clergé. La religion redeviendrait ce qu’elle était avant le christianisme : une religion civile et un moyen pour le pouvoir de dominer entièrement les hommes.

Il ne suffit pas de déclarer la liberté de conscience et la liberté individuelle d’avoir des opinions religieuses, si l’État tout-puissant ne reconnaît pas d’interlocuteurs qui prennent en charge la liberté de conscience et de religion. En ne connaissant pas d’interlocuteur chargé de cette dimension spirituelle, l’État a naturellement tendance à réinvestir le champ de la liberté intérieure pour formater des citoyens manipulables à l’envie.

5. Libres pour la vérité

Les courants laïcistes entretenus par des sociétés secrètes et des réseaux bien connus semblent d’ailleurs en décalage avec la postmodernité relativiste et antiautoritaire. Il est absurde aujourd’hui de considérer les chrétiens comme des menaces à la République, à la liberté et aux droits de l’homme. Ils sont ceux qui s’engagent le plus dans les associations en défense des plus défavorisés et qui paient de leur personne pour plus de justice. De même il n’y a aucune contradiction entre la foi chrétienne et la recherche scientifique. La connaissance par la foi ne s’oppose nullement à la connaissance scientifique. C’est sur le terreau du christianisme que la méthode scientifique est née, tout comme la distinction entre la sphère religieuse et la sphère politique.

Ces courants n’ont pas compris que le lien social ne s’impose pas par l’idéologie, mais qu’il naît de la liberté. On admet généralement que les sociétés démocratiques vivent sur des principes qu’elles sont incapables de fournir et qui ont leurs racines dans des visions du monde et de l’homme irriguées par les religions. Le laïcisme antireligieux n’a rien appris des dérives totalitaires du XXe siècle. C’est déplorable. Nous affirmons que la doctrine sociale de l’Église offre un espace de liberté et de respect mutuel autrement consistant que les rêves d’enfermement des hommes dans des idéologies sans ouverture vers le haut. La laïcité ne doit pas devenir une religion séculière. La liberté de religion, comprise comme possibilité de chercher Dieu et la vérité, est garante du lien social.

La laïcité ne peut caractériser la société dans son ensemble, qui est pluraliste. Vouloir éliminer toute expression publique de la religion sous prétexte de ne pas gêner ceux qui n’en veulent pas est une atteinte à la liberté de religion et au pluralisme des visions du monde. L’État doit veiller à ce que la sécurité, le droit des tiers, la moralité publique et l’ordre public soient garantis. C’est son rôle exclusif. Il doit veiller à la coexistence harmonieuse et pacifique des religions sur son sol, et respecter le droit de tous de manifester pacifiquement selon la loi, lorsque des questions sociétales comme la conception du mariage ou du genre sont en jeu.

Ne nous laissons pas impressionner par les menaces d’un autre âge agitées devant nous. Ceux qui crient à notre disparition ne nous connaissent pas. Nous réaffirmons que le témoignage des chrétiens est essentiel pour l’équilibre et l’avenir de notre société. Le christianisme a résisté à toutes les persécutions, assimilations, intimidations. En cela il n’a cessé de forger l’espace de liberté des personnes par rapport aux idéologies et aux modes de vie imposés. Merci saint Luc : akolytos est le bienvenu dans le long cheminement de l’humanité vers plus de liberté et la vérité.

Ne nous lassons pas d’être présents dans la société en y prenant toute notre place. Les organismes caritatifs, et même ceux qui ne se réclament pas de l’Église, vivent souvent grâce à la présence et à l’action efficace des chrétiens. De la même manière, ne craignons pas non plus de nous investir dans la vie de la société, y compris par une participation active aux responsabilités publiques.

Le temps de l’Avent nous prépare à accueillir le « Verbe fait chair », la lumière qui déchire les ténèbres. Notre annonce de la Parole se fera avec « pleine assurance et sans entrave » si nous accueillons la force même de Dieu par la méditation de sa Parole, l’adoration, la célébration liturgique dans toutes ses formes. Lui seul nous délie de la crainte de prendre nos responsabilités et d’agir dans la société.

Vous savez qu’après avoir été acquitté lors de son premier procès, saint Paul a été de nouveau arrêté quelques années plus tard et ramené à Rome pour y subir le martyre. Le pouvoir romain avait alors cessé d’agir akolytos à l’égard des premiers chrétiens. Avec la même assurance que l’Apôtre, nous combattrons « jusqu’au bout le bon combat » (2 Tm 4,7).

Bon Avent !

© Évêché de Dijon


Les élections municipales : une chance pour le bien commun

Conseil permanent de la Conférence des Évêques de France

« Que chaque citoyen, en allant voter, montre sa volonté de prendre sa part dans la recherche du bien commun » : c'est l'invitation lancée par le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France dans cette déclaration publiée ce 11 décembre à propos des prochaines élections municipales qui se dérouleront les dimanches 23 et 30 mars 2014.

Les élections municipales : une chance pour le bien commun

Au nom des évêques de France, nous tenons à rendre hommage aux hommes et aux femmes impliqués dans la vie municipale. Ces élus de la proximité humaine et géographique, très attachés à leurs communes, quelles que soient leurs dimensions, sont parfois engagés depuis de longues années.

Ils savent que, pour chacun d’entre nous, être enraciné en un lieu est une dimension essentielle de la vie personnelle et sociale. Beaucoup ont à cœur d’accueillir au mieux les nouveaux habitants.

Et quand le chômage ou la précarité touchent nos concitoyens, une vie locale harmonieuse favorise la dignité et la recherche d’emploi. Dans les cas de grande solitude, en particulier, la commune est souvent ce premier garant du lien social, avec les services aux personnes âgées, aux personnes fragiles ou en situation de handicap, en développant la vie associative, sportive et culturelle.

Une parole forte d’encouragement

C’est pourquoi nous souhaitons encourager fortement toutes les personnes qui projettent en 2014 de donner quelques années au service du bien commun. Qu’elles travaillent à l’échelle de la commune, de la communauté de communes ou d’agglomération, qu’elles représentent la dimension locale dans les diverses structures de la vie départementale ou régionale, toutes seront invitées à participer à leur façon, à la construction d’une société fraternelle.

Pour les catholiques, en particulier, cette dimension fraternelle comporte un sens très profond. Elle enracine l’engagement pour le bien commun au cœur même de la source de leur foi. Comme le dit le pape François dans sa récente Exhortation apostolique Evangelii Gaudium (§ 179), « la Parole de Dieu enseigne que, dans le frère, on trouve le prolongement permanent de l’Incarnation pour chacun de nous : “Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” (Mt 25, 40). Tout ce que nous faisons pour les autres a une dimension transcendante ».

Nous saluons l’implication des élus

En tant qu’évêques, par notre ministère, nous observons la richesse de la vie locale, particulièrement lors de nos visites pastorales. Les associations, les municipalités et les paroisses, sont souvent, notamment dans les petites communes rurales qui constituent l’immense majorité du tissu communal, les seuls lieux de lien social.

Nous savons, bien sûr, les difficultés auxquelles les élus doivent faire face. La crise économique, longue et coûteuse en emplois, en fermetures d’entreprises, la recherche des subventions et des dotations rendent difficiles les projets et les investissements municipaux. Les communes elles-mêmes sont touchées.

L’intercommunalité est un degré qui, en période de crise, doit permettre une mutualisation équitable et réfléchie.

Mais nous savons l’énergie avec laquelle les responsables de l’action sociale mettent en œuvre des initiatives nouvelles. Nous savons aussi leur volonté de servir la communauté territoriale tout entière. Nous savons encore l’attachement des maires à « leurs » églises, part essentielle du patrimoine communal, dont ils sont souvent les premiers à initier des restaurations. Pour tout cela, et bien d’autres actions des domaines si variés du développement local, nous saluons leur implication et condamnons les discours populistes répandant la suspicion contre toute représentation politique.

Face à l’individualisme,

des hommes et des femmes soucieux de tous

La tendance à l’individualisme, à la perte du sens du bien commun et au rejet de l’autre, quand il est différent ou quand il vient d’ailleurs, nous inquiète. Souvent la peur puis la violence en sont les conséquences. Parfois même, des personnes ont le sentiment qu’elles ne sont plus accueillies là où, il y a quelques années encore, elles avaient toute leur place.

Nous encourageons les candidatures aux élections municipales de 2014 des hommes et des femmes soucieux de tous, notamment dans les nouvelles générations.

Forts de leur humanité, de leur disponibilité, forts aussi, s’ils en sont habités, de leur foi au Christ, ils pourront faire du nouveau, en renversant les mentalités dans le sens de l’amour et de l’Évangile.

Au service du bien commun, ils sauront allier aspirations individuelles, justice sociale, démocratie et paix. Notre pays en vaut la peine. Nous engageons à mettre en œuvre, au niveau local, une vive attention à toutes formes de pauvretés et la conduite d’actions dynamiques et inventives pour le meilleur de la vie ensemble.

Que chaque citoyen, en allant voter, montre sa volonté de prendre sa part dans la recherche du bien commun.

Paris, le 11 décembre 2013

© Conférence des Évêques de France

Le véritable signe de Dieu… c’est l’Amour

Commentaire de l’Évangile du IIIème Dimanche du Temps de l’Avent

Jean-Baptiste doute. Il se pose des questions. De sa prison de Machéronte, dans l’actuelle Jordanie, il a bien entendu parler des œuvres du Christ. Mais elles ne sont pas celles qu’il avait annoncées sur les bords du Jourdain. Quel contraste entre son justicier la hache à la main (Matthieu 3, 10-12), et cet homme « doux et humble de coeur » (Mt 11, 29). Il avait prédit la vengeance de Dieu, et c’est la miséricorde qui est offerte avec douceur et simplicité. Aussi fait-il mener une enquête. Ses disciples interrogent Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » La question traduit une déception et une impatience face à Jésus. Le Messie devait libérer les prisonniers : mais alors pourquoi Jésus laisse-t-il son précurseur dans les cachots d’Hérode ? Nuit obscure de Jean...

Dieu est décevant

Sa déception est aussi la nôtre. Osons nous l’avouer. Dieu est déconcertant. Il nous déçoit souvent. Il n’est pas comme nous aimons l’imaginer. Il ne répond pas à nos attentes et à nos désirs. Tant que, comme Jean-Baptiste, nous désirons que Dieu fasse comme nous le « voulons », nous resterons profondément insatisfaits. Jean ne prendra sa véritable et définitive stature que lorsqu’il acceptera d’envisager  d’être libéré de sa captivité non par un Dieu tout-puissant, mais par sa propre mort en communion à la mort prochaine du Messie lui-même, sur la croix...

À quels signes reconnaître Dieu... Jésus ?

Le précurseur a reçu une réponse en signes et en preuves. Mais il ne s’agissait pas d’éclat de victoire, ni de vengeance assouvie. Le Messie est bien là, la libération a commencé. Le Royaume de Dieu est inauguré. Autrement dit, l’imprévu a déjà surgi.

Car les signes de la présence du Royaume de Dieu n’ont rien de spectaculaire. Discrets et cachés dans la pâte de la vie quotidienne, ils passent aisément inaperçus. Le vrai Dieu, celui de Jésus-Christ, ne se manifeste pas par des attitudes fracassantes, mais par des gestes qui sauvent. Un cœur sans frontières, un respect de tout être, une bonté et un pardon généreusement offerts.

Des attitudes, en fin de compte, qui sont à notre portée. Car toi, qui accuses Dieu, que fais-tu dans ce monde pour aider ceux qui sont écrasés, pour libérer les enchaînés, pour donner du pain aux affamés ? Quand les yeux des aveugles s’ouvrent, quand les accablés se redressent, quand les étrangers sont accueillis, le Seigneur est à l’œuvre.

Le véritable signe que le Règne de Dieu est commencé, c’est quand il y a de l’amour. Nous ne devons pas en attendre d'autre.

© Copyright 2013 – Kerit


Ajouter un commentaire