PKO 28.04.2013

Dimanche 28 avril 2013 – 5ème Dimanche de Pâques – Année C

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°26/2013

HUMEURS

Le mariage pour tous… fruit de l’homme supérieur !

Quelques réflexions suite aux vote de la loi du « mariage pour tous ».

Notre 1ère réflexion fait suite à la citation de Nietzsche par Mme Taubira : « Les vérités tuent, celles que l’on tait sont vénéneuses » ! [Ce qui en soit ne veut pas dire grand chose !… le texte exact étant : « Parlons-en, ô sages parmi les sages, quoi qu’il nous en coûte ; car il est plus dur de se taire ; toutes les vérités que l’on a passées sous silence deviennent venimeuses ». (Ainsi parlait Zarathoustra)]

En citant Nietzsche Mme le Ministre nous dévoile l’inspiration de sa conception de la société moderne : Nietzsche ! Cela a au moins le mérite d’expliciter le véritable objectif de la gouvernance française : évacuer Dieu de la société, promouvoir l’homme supérieur ! Nietzsche n’est-il pas le philosophe de la mort de Dieu : « Hommes supérieurs, apprenez de moi ceci : sur la place publique personne ne croit à l’homme supérieur… Mais la populace cligne de l’œil : “Nous sommes tous égaux… il n’y pas d’hommes supérieurs, nous sommes tous égaux, un homme vaut un homme, devant Dieu – nous sommes tous égaux” ! Devant Dieu ! – Mais maintenant ce Dieu est mort. Devant la populace, cependant, nous ne voulons pas être égaux. Hommes supérieurs, éloignez-vous de la place publique ! Devant Dieu ! – Mais maintenant ce Dieu est mort » ! (Ainsi parlait Zarathoustra)

La 2nd  parole surprenante qui semble faire écho à cette conception de l’Homme supérieur en opposition à la populace, est le commentaire des journalistes : « Le mariage pour tous est adopté, c'est une grande victoire de la démocratie » !… faisant lui-même écho aux propos de Mr Bartolone, président de l’Assemblée nationale au sujet de quelques manifestants à banderoles : « Sortez-moi ces excités de l'Assemblée !… Pas de place pour les ennemis de la démocratie dans cet hémicycle » ! Curieuse conception de la démocratie1… ou profonde conscience de leur part d’être les « hommes supérieurs » de Nietzsche ?

La « populace » qui ne croit pas en la mort de Dieu, et dont je fais partie, pourrait répondre à nos chers « gouvernants supérieurs » par une autre citation de ce même philosophe : « La folie est quelque chose de rarechez l'individu ; elle est la règle pour les groupes, les partis, les peuples, les époques » ! (Ainsi parlait Zarathoustra)

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1  Étymologie du terme démocratie : du grec ancien δημοκρατία / dēmokratía, “souveraineté du peuple” , de δῆμος / dêmos, “peuple” et κράτος / krátos, “pouvoir”, “souveraineté”.

 

En marge de l’actualité

La politique, forme supérieure de la charité

 En cette période électorale, il est bon de relire quelques passages du discours prononcé en octobre dernier par Benoît XVI lors de la Rencontre des familles à Milan. Le Saint Père rappelait les principes fondamentaux d'un gouvernement juste, tels que les définissait Saint Ambroise, gouverneur puis évêque de Milan.

« Saint Ambroise rappelle que “l'institution du pouvoir dérive si bien de Dieu, que celui qui l'exerce est lui-même ministre de Dieu”. De telles paroles pourraient sembler étranges aux hommes du troisième millénaire, et pourtant elles indiquent clairement une vérité centrale sur la personne humaine, qui est le fondement solide de la cohabitation sociale : aucun pouvoir humain ne peut se considérer divin, donc aucun homme n'est le maître d'un autre...

La première qualité de celui qui gouverne est la justice, vertu publique par excellence, car elle concerne le bien de la communauté entière. Pourtant elle ne suffit pas. Ambroise l'accompagne d'une autre qualité : l'amour de la liberté,(…) un droit précieux que le pouvoir civil doit garantir... Il se trouve que c'est l'un des principaux éléments de la laïcité de l'État : assurer la liberté afin que tous puissent proposer leur vision de la vie commune, cependant, dans le respect de l'autre et dans le contexte des lois qui visent au bien de tous...

À tous ceux qui veulent collaborer au gouvernement et à l'administration publique, Saint Ambroise demandequ'ils se fassent aimer (…) “Celui qui suscite l'amour, ne pourra jamais susciter la peur. Rien n'est aussi utile que de se faire aimer” (De officis II, 29).

… la raison qui, à son tour, motive et stimule votre présence active et appliquée dans les divers domaines de la vie publique ne peut être que la volonté de vous consacrer au bien des citoyens, et c'est donc une expression claire et un signe évident d'amour. Ainsi, la politique est profondément ennoblie, devenant une forme supérieure de la charité ».

Dominique SOUPÉ - Chancelier

 

Le « jugement dernier », un stimulant pour mieux vivre

Catéchèse du Pape François du mercredi 24 avril 2013

« Regarder le jugement dernier ne doit jamais nous faire peur ; cela doit plutôt nous pousser à mieux vivre le présent », estime le pape François. Le pape a en effet médité sur l’attente du retour du Christ : « Dans sa miséricorde et sa patience, Dieu nous offre ce temps afin que nous apprenions chaque jour à le reconnaître dans les pauvres et dans les petits, que nous nous attachions à faire le bien et que nous soyons vigilants dans la prière et dans l’amour », a-t-il expliqué.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le Credo, nous professons que Jésus « reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». L’histoire humaine commence avec la création de l’homme et de la femme à l’image et à la ressemblance de Dieu, et se termine par le jugement dernier du Christ. Nous oublions souvent ces deux pôles de l’histoire et surtout, parfois, la foi dans le retour du Christ et dans le jugement dernier n’est pas tellement claire ni solide dans le cœur des chrétiens. Durant sa vie publique, Jésus s’est souvent arrêté sur la réalité de sa venue ultime. Aujourd’hui, je voudrais réfléchir sur trois textes d’Évangile qui nous aident à entrer dans ce mystère : celui des dix vierges, celui des talents et celui du jugement dernier. Ils font tous les trois partie du discours de Jésus sur la fin des temps, dans l’Évangile de Matthieu.

Souvenons-nous, avant tout, que, avec l’Ascension, le Fils de Dieu a apporté auprès du Père notre humanité qu’il a assumée, et qu’il veut nous attirer tous à lui, appeler le monde entier à être accueilli dans les bras ouverts de Dieu afin que la réalité tout entière soit remise au Père, à la fin de l’histoire.

Mais il y a ce « temps immédiat », entre la première venue du Christ et la dernière, qui est précisément le temps que nous sommes en train de vivre. C’est dans ce contexte du « temps immédiat » que se situe la parabole des dix vierges (cf. Mt 25, 1-13). Il s’agit de dix jeunes filles qui attendent l’arrivée de l’Époux, mais celui-ci tarde et elles s’endorment. Quand soudain on annonce que l’Époux arrive, elles se préparent toutes à l’accueillir, mais alors que cinq d’entre elles, les vierges sages, ont de l’huile pour alimenter leurs lampes, les autres, les vierges folles, se retrouvent avec leurs lampes éteintes parce qu’elles n’ont pas d’huile ; et pendant qu’elles vont en chercher, l’Époux arrive et les vierges folles trouvent fermée la porte qui introduit à la fête nuptiale. Elles frappent avec insistance, mais il est désormais trop tard ; l’Époux répond : je ne vous connais pas. L’Époux est le Seigneur, et ce temps d’attente de son arrivée est le temps qu’il nous donne, à nous tous dans sa miséricorde et sa patience, avant sa venue finale ; c’est un temps de vigilance, le temps pendant lequel nous devons garder allumées les lampes de la foi, de l’espérance et de la charité, pendant lequel nous devons garder le cœur ouvert au bien, à la beauté et à la vérité, un temps à vivre selon Dieu, puisque nous ne connaissons ni le jour, ni l’heure du retour du Christ. Ce qui nous est demandé, c’est d’être préparés pour la rencontre – préparés à une rencontre, à une belle rencontre, la rencontre avec Jésus –, ce qui signifie savoir voir les signes de sa présence, garder notre foi vivante, par la prière, les sacrements, être vigilants pour ne pas nous endormir, pour ne pas oublier Dieu. La vie des chrétiens endormis est une vie triste, ce n’est pas une vie heureuse. Le chrétien doit être heureux, de la joie de Jésus. Ne nous endormons pas !

La seconde parabole, celles des talents, nous fait réfléchir sur le rapport entre la manière dont nous employons les dons reçus de Dieu et son retour, lorsqu’il nous demandera comment nous les avons utilisés (cf. Mt 25, 14-30). Nous connaissons bien cette parabole : avant son départ, le maître de maison confie à chacun de ses serviteurs plusieurs talents, pour qu’ils soient bien utilisés en son absence. Il en confie cinq au premier, deux au second et un au troisième. Pendant son absence, les deux premiers serviteurs multiplient leurs talents – ce sont d’anciennes pièces de monnaie – alors que le troisième préfère enterrer le sien et le remettre intact au maître de maison. À son retour, le maître juge leurs actes : il loue les deux premiers, alors que le troisième est chassé dehors, dans les ténèbres, parce qu’il a gardé caché son talent, par peur, se renfermant sur lui-même. Un chrétien qui se replie sur lui-même, qui cache tout ce que le Seigneur lui a donné, est un chrétien… n’est pas chrétien ! C’est un chrétien qui ne remercie pas Dieu pour tout ce qu’il lui a donné ! Cette parabole nous dit que l’attente du retour du Seigneur est le temps de l’action, – nous sommes dans le temps de l’action – le temps pour faire fructifier les dons de Dieu, non pas pour nous-mêmes mais pour lui, pour l’Église, pour les autres, le temps de chercher sans cesse à faire grandir le bien dans le monde. Et en particulier aujourd’hui, en cette période de crise, il est important de ne pas se replier sur soi en enterrant ses talents, ses richesses spirituelles, intellectuelles, matérielles, tout ce quel le Seigneur nous a donné, mais de s’ouvrir, d’être solidaires, d’être attentifs à l’autre. Sur la place, aujourd’hui, j’ai vu qu’il y a de nombreux jeunes c’est vrai, ça ? Il y a beaucoup de jeunes ? Où sont-ils ? À vous, qui êtes au début du chemin de votre vie, je vous demande : Avez-vous pensé aux talents que Dieu vous a donnés ? Avez-vous pensé à la manière dont vous pouvez les mettre au service des autres ? N’enterrez pas vos talents ! Misez sur de grands idéaux, ces idéaux qui élargissent le cœur, ces idéaux de service qui rendront vos talents féconds. La vie ne nous est pas donnée pour que nous la conservions jalousement pour nous-mêmes, mais elle nous est donnée pour que nous la donnions. Chers jeunes, ayez un cœur généreux ! N’ayez pas peur de rêver de grandes choses !

Enfin, un mot sur le passage du jugement dernier, qui décrit la seconde venue du Seigneur, lorsqu’il jugera tous les êtres humains, les vivants et les morts (cf. Mt 25, 31-46). L’image utilisée par l’évangéliste est celle du berger qui sépare les brebis des boucs. Ceux qui ont agi selon la volonté de Dieu, en secourant leur prochain qui avait faim, qui avait soif, qui était étranger, nu, malade, en prison, seront mis à droite – j’ai dit « étranger » : je pense à tous ces étrangers qui sont ici, dans le diocèse de Rome ; que faisons-nous pour eux ? – ; mais ceux qui n’ont pas secouru leur prochain iront à gauche. Cette parabole nous dit que nous serons jugés par Dieu sur la charité, sur la manière dont nous aurons aimé nos frères, en particulier les plus faibles et les plus démunis. Bien sûr, nous devons toujours bien garder à l’esprit que nous sommes justifiés, nous sommes sauvés par grâce, par un acte d’amour gratuit de Dieu qui nous précède toujours ; seuls, nous ne pouvons rien faire. La foi est avant tout un don que nous avons reçu. Mais pour porter du fruit, la grâce de Dieu exige toujours que nous nous ouvrions à lui, elle nécessite notre réponse libre et concrète. Le Christ vient nous apporter la miséricorde de Dieu qui sauve. Ce qui nous est demandé, c’est de nous confier en lui, de correspondre au don de son amour par une vie bonne, faite d’actions animées par la foi et par l’amour.

Chers frères et sœurs, regarder le jugement dernier ne doit jamais nous faire peur ; cela doit plutôt nous pousser à mieux vivre le présent. Dans sa miséricorde et sa patience, Dieu nous offre ce temps afin que nous apprenions chaque jour à le reconnaître dans les pauvres et dans les petits, que nous nous attachions à faire le bien et que nous soyons vigilants dans la prière et dans l’amour. Que le Seigneur, à la fin de notre existence et de l’histoire, puisse nous reconnaître comme des serviteurs bons et fidèles. Merci !

© Copyright 2013 - Libreria Editrice Vaticana


Incompatibilité entre fonction écclesiale et activité politique

Précision à propos de la motion A-15 du Synode de 1989

L'Église rappelle que les fidèles laïcs dans leur ensemble ont pour devoir de s'intéresser aux affaires sociales et politiques, et certains assument des fonctions publiques comportant une participation au pouvoir politique.

Un laïc faisant de la politique, exerçant un pouvoir politique ne s'exclue pas de la communauté paroissiale ou diocésaine.

Cependant certains laïcs exercent des fonctions de direction dans l'Église, en paroisse par exemple. Ils ont un devoir particulier de veiller à l'unité de leurs amuiraa et l'expérience montre qu'un katekita, un tauturu-katekita, un tavini taa-'e se discrédite lorsqu'il entre en politique et il provoque souvent la division.

L'assemblée déclare donc :

1- Que soient compris dans « ceux qui exercent une fonction de direction » les katekita, les tauturu-katekita et les tavini taa-'e, ces derniers de fait exercent parfois les fonctions du tauturu-katekita, ou sont susceptibles un jour de les exercer.

2- Par conséquent les katekita, les tauturu-katekita et les tavini taa-'e qui exercent ou ont exercé une activité politique ou qui se sont présentés aux élections, sont suspendus de leur fonction pendant une durée de 3 ans.

3- Au terme de ces 3 ans, ils seront appelés par leur curé à exprimer par écrit leur intention irrévocable d'exercer ou non leur fonction dans l'amuiraa.

4- Ceux qui exercent un mandat ou une action politique peuvent à un moment donné renoncer définitivement à exercer leur fonction publique comportant une participation à l'exercice du pouvoir politique, ou renoncer totalement à la politique. S'ils souhaitent remplir une fonction dans l'amuiraa ils soumettront leur intention à leur curé qui demandera l'avis de l'évêque qui décidera.

Ceux qui se sentent faits pour une fonction publique doivent être encouragés à suivre leur désir. Ceux qui ont les qualités pour le service paroissial, doivent être éclairés par leurs curés pour qu'ils continuent pour le bien de la paroisse à servir leur amuiraa.

Le principe dans tous les cas s'applique.

« Il y a une incompatibilité dans l'exercice cumulatif d'une fonction de direction dans une paroisse - et d'une fonction publique comportant l'exercice d'un pouvoir ou d'une action politique ».

Papeete, le 6 juillet 1995

Michel COPPENRATH

© Copyright 1995 – Archevêché de Papeete


Le catholicisme intransigeant, une tentation permanente

par Monseigneur Claude Dagens

Un certain nombre de catholiques français, qu’il ne faut pas confondre avec l’Église catholique qui est en France, sont, sans le savoir, fidèles à une tradition qui vient de très loin, bien avant la Révolution française. Ils se laissent déterminer de l’extérieur, par ce que le général de Gaulle appelait les « circonstances » de la vie politique. Ils sont pris dans des rapports de force qui leur échappent, mais en fonction desquels ils rêvent d’affirmer leur identité, de façon militante, soit en se défendant contre ceux qui les contestent, soit en participant à des manœuvres offensives, espérant retrouver ainsi des positions dominantes dans notre société.

Cette posture militante, cette culture de combat n’est pas nouvelle. Elle correspond à cette longue tradition qu’Émile Poulat, René Rémond et bien d’autres historiens ont désignée comme celle du catholicisme intransigeant qui s’est développée tout au long du XIXe siècle, pour résister à tous ceux qui semblaient hostiles à l’autorité de l’Église. Cette interminable guerre des deux France s’appuyait sur des idéologies consistantes, d’un côté celle qui inspirait le parti clérical, et de l’autre celle qui accompagnait la naissance et l’affirmation du projet laïque.

On peut toujours rêver de réveiller ces vieilles querelles, en invoquant d’un côté le programme de l’Action française de Charles Maurras et de l’autre les réalisations de Jules Ferry ou les idées de Ferdinand Buisson, sans parler de la rivalité entre les curés et les instituteurs. Mais c’est peine perdue. Parce que les idéologies qui soutenaient ces projets politiques sont mortes et que personne ne peut les ressusciter, à moins de faire le choix, du côté catholique, d’un enfermement dans des réseaux serrés qui se réclameraient d’une foi pure et dure et, du côté laïque, de la remise en valeur d’une morale fondée sur des valeurs abstraites.

Mais il faut être réaliste : certains, qui se méfient des religions, doivent se réjouir en sourdine de voir que la figure du catholicisme semble aujourd’hui se confondre avec ce courant offensif. Quelle aubaine pour eux de dénoncer ces durcissements qui se produisent sur la place publique ! Comme il serait facile d’assimiler l’Église tout entière à ces expressions musclées de la foi ! Quel triomphe si l’on parvenait à montrer que les croyants sont tous des violents et des obscurantistes ! Si les ultras devaient l’emporter chez les catholiques, alors la voie serait libre pour les ultras anticatholiques, trop heureux de relever alors le défi qui leur serait lancé !

Il est donc urgent de raison garder et de remettre les réalités dans une perspective historique. Les affrontements qui accompagnent le projet de loi destiné à ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe ne sont qu’un épisode révélateur de la crise du mariage et de l’effacement des valeurs communes qui fondaient notre société. Mais faut-il se résigner à ces explosions d’individualisme militant qui valent aussi pour des jeunes catholiques ? L’urgence est plutôt de lutter contre tout ce qui déshumanise notre société, contre tout ce qui envenime les pauvretés muettes, contre tous ces processus qui réduisent les personnes à des objets manipulables selon les exigences exclusives de la rentabilité financière ou technique, en tous domaines.

Quant aux responsables de l’Église catholique en France, dont je suis solidaire, ils seraient mal inspirés s’ils cherchaient à prendre en marche le train des poussées politiques, en essayant de faire plaisir aux ultras et aux autres. Si cet opportunisme l’emportait, il faudrait en payer le prix dans quelques années. Je suis préoccupé, parce que j’ai parfois l’impression que la joie provoquée par l’élection du pape François est estompée par les crispations actuelles et que la référence à la simplicité et à la force de l’Évangile s’atténue ! Que diable, si l’on peut dire, allons-nous renoncer à nous déterminer de l’intérieur de notre foi catholique et de l’espérance que nous mettons dans la miséricorde du Christ ? Ce n’est pas de calculs politiques que nous avons besoin, c’est du courage d’être nous-mêmes, des disciples et des témoins de Celui qui est venu pour « chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19, 10) et aussi pour « réunir les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11,52).

Mgr Claude DAGENS,

évêque d’Angoulême, de l’Académie française

© Copyright 2013 – La Croix


L’Église doit habiter les medias sociaux !

Entretien avec Mgr Hervé GIRAUD, évêque de Soisson

Evêque de Soissons depuis début 2008, Monseigneur Hervé Giraud est aussi le premier évêque français à avoir pleinement investi les médias sociaux pour amplifier la parole de l’Église catholique et toucher de nouveaux publics. Il m’a accordé un entretien absolument passionnant dans son bureau de l’évêché de la ville pour évoquer sa pratique du 2.0, sa vision de la foi sur les réseaux sociaux et les opportunités qui s’offrent à l’Église pour sortir de l’entre-soi et être à l’écoute du monde. Le numérique peut aussi être spirituel !

À première vue, l’idée de mêler religion et réseaux sociaux peut encore apparaître comme iconoclaste. En décembre 2012, la création du compte Twitter de Benoît XVI (@Pontifex) n’avait d’ailleurs pas été sans susciter des crispations et des craintes au sein de la hiérarchie catholique. Nombre d’ecclésiastiques redoutaient les commentaires agressifs, les blagues scabreuses ou les amalgames avec une récente actualité vaticane pas toujours limpide. Réactivé avec l’élection du Pape François, le compte Twitter qui se décline en 9 versions linguistiques rassemble aujourd’hui 4 millions de followers et enregistre près de 200 000 nouveaux abonnés par jour1.

Une opportunité communicante et communiante ?

Mgr Giraud, 1er « tweet-évêque » et déjà 4000 followers. Cet afflux de twittos constitue la preuve indéniable qu’il existe un authentique espace pour l’expression de la pensée religieuse sur le 2.0. Dans le magazine professionnel Stratégies, Cyrille Arcamone, fondateur et directeur associé de l’agence de communication Maarc, estime d’ailleurs que l’Église dispose d’une force de frappe conséquente qu’elle pourrait mieux capitaliser sur les réseaux sociaux2 : « Aujourd’hui, l’Église est un véritable objet communicant. Elle compte 400 000 prêtres dans le monde qui prêchent tous les jours, contrôle des médias : une puissance sans précédent pas toujours bien exploitée alors que parallèlement, il s’agirait de faire évoluer l’institution vers une plus grande transparence ».

S’il est un homme d’Église qui a su précisément saisir la balle au bond, c’est bien Monseigneur Hervé Giraud. D’emblée, l’univers de l’interaction numérique lui est apparu comme une extension de son Ministère d’évêque. À cet égard, il cite le précédent pape Benoît XVI3 : « L’environnement numérique n’est pas un monde parallèle ou purement virtuel mais fait partie de la réalité quotidienne de nombreuses personnes, en particulier des plus jeunes ». Pour Mgr Giraud, il est donc peu pertinent de scinder le monde physique et le monde digital dans la diffusion du message de l’Église.

Pourtant, la première expérience de Mgr Giraud avec la galaxie mouvante du 2.0 aurait pu tourner court. En 2010, un internaute ouvre une page Facebook plutôt licencieuse et sarcastique intitulée « Courir nu dans une église en poursuivant l’évêque ». Pour illustrer cette initiative au goût plutôt douteux qui rassemblera tout de même jusqu’à près de 24 000 fans4, l’impétrant détourne un portrait de MgrGiraud qui se retrouve ainsi au milieu d’un flot de commentaires injurieux et salaces. Ce dernier enclenche alors une procédure judiciaire auprès de la célèbre plateforme de Mark Zuckerberg qui aboutit à la fermeture de la page. Quelques mois plus tard et absolument pas refroidi par cette anecdote graveleuse, Mgr Giraud diffuse son premier tweet. Pour le blog du Communicant 2.0, il raconte la suite et sa compréhension des médias sociaux et de la conversation de l’Église.

Communicant 2.0 : Aujourd’hui, vous êtes sur le point de franchir la barre des 4000 followers sur votre compte Twitter grâce à vos « tweetomélies » qui sont même devenues un hashtag de référence. Pourquoi avez-vous tenu à persister dans l’aventure des réseaux sociaux et comment procédez-vous au quotidien

Mgr Giraud : Lorsque j’ai fait part de mon intention d’ouvrir un compte sur Twitter, je me souviens encore des yeux écarquillés et un brin dubitatifs de mes homologues religieux ! Pour eux, l’épisode Facebook ne m’avait pas assez vacciné. J’allais à nouveau m’empêtrer dans la vulgarité qui circule sur Internet !

Pour moi, communiquer sur Twitter fait partie intégrante de mon ministère d’évêque. Si l’on prend le temps d’avancer pas à pas, d’apprivoiser les codes, d’écouter et de partager, il n’y a aucune raison d’avoir peur et de se replier frileusement sur soi.

En fait, j’avais déjà l’habitude de publier de brèves homélies sur le site du diocèse. Lors d’une rencontre avec des webmasters catholiques, l’un d’entre eux m’a dit que mes petits textes évangéliques se marieraient bien avec les 140 caractères que requiert Twitter. Cela m’a d’abord intrigué puis très vite, j’ai trouvé l’idée superbe. Le 27 janvier 2011, je diffusais mon premier tweet et créais même un mot spécifique pour la circonstance : la « tweetomélie ». C’est d’ailleurs devenu désormais un hashtag de référence pour qui veut retrouver mes messages !

En revanche, je me suis astreint à être constant et régulier dans mes tweets. Je m’efforce de puiser dans les Évangiles, une parole positive de vie qui peut être parfois en résonnance avec l’actualité du monde. Ensuite, je travaille au choix précis des mots, à la concision sans affadir le sens que je souhaite partager. Et surtout, je pense aux récepteurs. Pour cela, j’ai un truc imparable. Si mes neveux de 9 et 8 ans ne comprennent pas, alors je recommence !

Communicant 2.0 : Depuis que vous tweetez, avez-vous une idée précise de votre audience ? Qu’en retirez-vous en termes de contacts et d’échanges ?

Mgr Giraud : Lorsque j’ai démarré mon profil Twitter, je ne me suis pas fixé de cibles particulières. Pour moi, il s’agissait de s’adresser à toutes et tous, chrétiens ou pas, croyants ou pas, quel que soit l’âge, la condition et l’origine. Aujourd’hui, mes abonnés sont globalement le reflet d’une grande diversité. On trouve des jeunes, des plus âgés mais aussi des élus politiques, des geeks, des journalistes, notamment en provenance d’Italie et d’Espagne. De plus, mes abonnés proviennent de tous les continents. Des gens me suivent ainsi depuis le Venezuela, le Brésil, l’Afrique, le Japon, etc…

À l’heure actuelle, je dispose de près de 770 tweetomélies et j’ai maintenant l’idée d’en faire un petit livre où celles-ci seraient classées selon l’ordre des évangiles. J’ai beaucoup de demandes de personnes qui aimeraient disposer d’un petit recueil qu’ils consulteraient à leurs heures libres pour méditer. J’attends maintenant des réponses de quatre éditeurs et dans l’immédiat, j’ai déjà fait imprimer quelques exemplaires via Lulu.com.

Les réactions sont en tout cas très encourageantes. Certains abonnés m’écrivent en DM sur Twitter de très jolies paroles comme « merci pour ces petits pains quotidiens », « ces miettes d’Évangile ». Un autre me dit que désormais, « il lit la parole de Dieu de plus près ». J’ai même un journaliste de France 2 qui m’a écrit que « cette lecture l’apaisait ». Toutefois, je reçois aussi des réactions de non-croyants comme celui qui m’a confié « ne pas partager mes convictions mais trouver que mon message est universel et avec une portée en dehors du religieux ». Il m’arrive même de correspondre dans le temps avec quelques-uns aux parcours de vie fort éloignés de la religion catholique !

Pour moi, c’est ainsi que je souhaite habiter les médias sociaux et d’être questionné comme évêque. Le pape Paul VI a écrit ceci5 : « L’Église se sentirait coupable devant son Seigneur si elle ne mettait pas en œuvre ces puissants moyens que l’intelligence humaine rend chaque jour plus perfectionnés. C’est par eux qu’elle proclame sur les toits le message dont elle est dépositaire ». Je souscris pleinement à cette vision. D’ailleurs, j’ai même participé à des « Entretweets » qui sont des « chats » en temps réel avec des élèves d’écoles catholiques. Tout cela est en quelque sorte une extension spirituelle de mon diocèse !

Communicant 2.0 : Les médias sociaux sont désormais ancrés dans le quotidien de tous, y compris les fidèles de l’Eglise catholique. Selon vous, quels sont les enjeux majeurs liés au Web 2.0 que l’Eglise doit impérativement relever et pourquoi ?

Mgr Giraud : Notre nouveau Pape l’a énoncé très clairement dans sa première allocution officielle : « L’Église doit sortir ». Autrement dit, nous ne devons pas nous replier sur nous-mêmes et en devenant une « Église autoréférentielle ». Notre rôle est aussi d’être à l’écoute des autres et du monde. L’Église ne l’a probablement pas assez dit ces derniers temps et les médias sociaux peuvent largement concourir à ce dessein évangélique. Mais à une condition essentielle : la réciprocité sinon le dialogue devient impossible. J’aime l’expression de Paul VI qui disait que « L’Église se fait conversation ».

Lors d’une rencontre que j’ai eue récemment avec des évêques polonais au sujet notamment des outils numériques, j’ai particulièrement insisté sur la nécessité d’utiliser les réseaux mais aussi de les habiter. Les réseaux ont une logique que la foi peut et doit rejoindre. Benoît XVI avait déclaré dès 20106qu’« aucune route en effet ne peut et ne doit être fermée à qui, au nom du Christ ressuscité, s’engage à se faire toujours plus proche de l’homme ».

Ceci étant dit, l’Église a encore des progrès à accomplir dans cette démarche. On ne peut nier qu’il subsiste au sein de la hiérarchie catholique des résistances, des réticences ou des difficultés à appréhender ce nouvel univers numérique si spécifique mais tellement incontournable.

Cela avance doucement mais dans le bon sens. Dans l’équipe de communication sociale du Vatican, 5 personnes s’occupent à plein temps des pages Facebook. Au total, 21 personnes travaillent pour les médias sociaux à destination du monde entier. Ce n’est pas si mal même si la tâche est immense !

De mon côté, je m’efforce également d’apporter mon expérience à Mgr Claudio-Maria Celli et Mgr Paul Tighe qui sont à Rome très impliqués dans les questions numériques. J’ai vivement souhaité le lancement du fil @Pontifex et défendu l’idée d’apporter ainsi une goutte spirituelle à travers ces canaux. Je suis raisonnablement optimiste sur notre capacité à faire de mieux en mieux. Par exemple, nous devrions accroître l’interactivité des tweets en insérant des liens vidéos et photos, en repérant les tweets les plus intéressants et en y répondant, en recourant plus fréquemment au hashtag pour créer de vrais fils de discussion. La réorganisation actuellement en cours au sein de la Curie peut nous aider à progresser dans cette voie.

Communicant 2.0 : En France, quelles sont les initiatives menées au sein de l’institution catholique qui justement vous semblent aller vers une conversation sur les réseaux sociaux ?

Mgr Giraud : La tendance de fond est très positive. La communauté catholique est véritablement mobilisée à tous les niveaux. La plupart des diocèses et congrégations religieuses disposent de sites Internet. Lesquels sont dans une grande majorité regroupés via le portail Catholique.fr qui fédère environ 800 sites. Ensuite, nous avons des médias très actifs comme le réseau radio RCF, celui de la COFRAC, la chaîne catholique KTO, les journaux comme La CroixTémoignage Chrétien, etc qui tous déclinent des contenus sur Internet.

Mais ce qui me frappe le plus est la quantité croissante de prêtres, de fidèles, de paroissiens qui s’emparent également des réseaux sociaux pour partager, réfléchir et porter la voix catholique. À cet égard, Facebook est abondamment utilisé. D’autres vont encore plus loin avec des blogs régulièrement nourris de contenus vraiment valables. En France, les blogueurs catholiques sont très actifs et impliqués dans le dialogue sur Internet. Il faut les soutenir.

Il existe enfin un ambitieux projet que mène la Conférence des Évêques de France et auquel je contribue : la création d’un site catholique francophone sur Jésus. Nous avons en effet constaté que paradoxalement, on trouve peu de sites bien référencés sur Google traitant de Jésus sous le prisme catholique. Notre but est donc de remédier à cette absence et d’offrir prochainement un site réellement interactif.

Je voudrais aussi mentionner les applis qui ont été développées pour les smartphones et les tablettes. Le service le plus apprécié et le plus connue s’appelle « MessesInfo ». Il existe depuis 2001 mais ne cesse de s’enrichir au fil des ans. L’idée serait de l’intégrer encore plus dans les événements de l’Église et ses paroisses, en indiquant par exemple des expositions, des conférences et des repas à partager en plus des horaires des messes.

Communicant 2.0 : Quelles attentes récurrentes observez-vous chez vos ouailles en matière de communication via les réseaux sociaux ?

Mgr Giraud : Lorsque je suis arrivé à Soissons, je dois reconnaître qu’Internet ne constituait pas vraiment une attente importante. Ici, les pratiques Web sont un peu moins développées qu’à Paris par exemple ou dans de plus grandes villes où les infrastructures de télécommunications sont denses. Néanmoins, avec le temps, je constate que l’intérêt s’est vraiment développé. Un signe ne trompe pas. L’audience du site du diocèse de Soissons est passée de 7000 visiteurs mensuels à mon arrivée à plus de 50 000 visiteurs. De plus, les gens de la région sont très fiers qu’on parle de leur ville et que leur évêque attire l’attention et s’ouvre à des moyens de communication modernes.

En revanche, j’ai vite remarqué l’accueil enthousiaste des blogueurs, twittos et autres internautes engagés dans le Web 2.0. Beaucoup m’ont clairement encouragé d’une façon ou d’une autre à tel point qu’il s’en est même trouvé un pour me dire que j’étais en quelque sorte devenu « l’aumônier des internautes » ! Cela incite à poursuivre et à trouver toujours de nouvelles tweetomélies pertinentes et riches de sens.

Enfin, j’observe un usage auquel je m’attendais peut-être un peu moins : les sollicitations des journalistes ! On me pose beaucoup de questions pour des précisions relatives à l’actualité de l’Église. Par exemple, lors de la dernière élection pontificale, une journaliste du Parisien m’a contacté pour savoir en quelle langue échangeaient les cardinaux pendant leurs délibérations ! Du coup, j’en ai profité quelque temps plus tard pour expliquer que le nouveau souverain Pontife s’appelait François et non pas François 1er comme beaucoup de médias avaient initialement tendance à dire !

Communicant 2.0 : Lors du conclave visant à désigner le successeur de Benoît XVI, le Vatican a strictement interdit aux cardinaux l’usage de tout réseau social afin de préserver le secret intégral autour du vote. L’excommunication était même brandie pour les potentiels contrevenants. N’est-ce pas une approche un peu obsolète et décalée dans un monde où tout se sait en une fraction de secondes ?

Mgr Giraud : Absolument pas. Dans notre société, nous sommes submergés, saturés de paroles en permanence à propos de tout et son contraire. Nous avons une propension à être systématiquement dans la réaction plutôt que la réflexion. À cet égard, les médias classiques et sociaux n’ont fait qu’accentuer ce cycle étourdissant et parfois stérile.

En voulant garder le secret de l’isoloir, le conclave a voulu permettre à l’Esprit de s’exprimer en dehors de tous les sondages, rumeurs, spéculations. Pendant 36 heures, les membres du conclave ont pu ainsi former leur pensée dans le silence et la prise de recul. Cela me semble essentiel de pouvoir s’accorder ces parenthèses. Cela ne veut pas dire pour autant que l’on néglige le monde. L’Église est dans le temps mais s’accorde aussi son temps intérieur pour répondre au fort enjeu qu’était la désignation du nouveau Pape.

Communicant 2.0 : Finissons avec une question de pure imagination. Si Jésus avait eu l’opportunité de manier les réseaux sociaux, pensez-vous qu’il en aurait fait siens pour diffuser sa parole ?

Mgr Giraud : Ma réponse est évidemment oui ! Pour révéler l’amour de Dieu, Jésus recourait aux images de son temps comme le blé, la vigne, le sel, le pain. Aujourd’hui, nul doute qu’il aurait adopté les moyens numériques pour accomplir sa mission évangélique. Quels qu’ils soient, les moyens de communication visent surtout la communion. À cet égard, il s’agit pour l’Église en France, de penser la foi à l’époque du Net. Nous essayons de comprendre le sens des réseaux sociaux dans le dessein de Dieu et pour l’avenir de l’humanité. Nous sommes appelés à proposer une lecture théologique d’Internet et à faire comprendre la véritable potentialité de cet univers.

Il ne faut surtout pas réduire Internet à un milieu forcément hostile et uniquement fait de commentaires acerbes. Comme je l’avais déjà déclaré dans une interview7, « il ne s’agit pas de matraquer la parole de Dieu mais plutôt de proposer d’y goûter jour après jour à des personnes qui n’ont souvent même pas trois minutes pour lire une homélie ou un commentaire de la Bible ». Nous devons habiter les médias sociaux !

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1  « Les comptes Twitter du pape gagnent 200 000 followers par jour » – Francetvinfo.fr – 19 mars 2013

2  Delphine Le Goff – « L’Église, objet communicant ? » – Stratégies – 22 mars 2013

3  Mgr Hervé Giraud – Communication à l’Assemblée des évêques de Pologne à Varsovie – 5 mars 2013

4  Aurélie Beaussart – « L’évêque menacé, Facebook condamné » – L’Union – 14 avril 2010

5  Mgr Hervé Giraud – Communication à l’Assemblée des évêques de Pologne à Varsovie – 5 mars 2013

6  Ibid.

7  Etienne Séguier – « Les tweetomélies de l’évêque Hervé Giraud » – Site du diocèse de Soissons

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Aimez-vous les uns les autres

Commentaire de l’évangile du 5ème Dimanche de Pâques – Année C

C'est le Visage de leur Maître ressuscité au matin de Pâques qui redonne vie à ce qui était perdu dans le cœur et dans la mémoire des apôtres. Tout ce que nous lisons dans les évangiles, c'est l'écho de ce Visage, contemplé, adoré, le Visage qui transmet la vie.

Lors de la dernière soirée quand Judas est sorti, Jésus déclare tout de suite, comme si le départ de Judas était le signe de quelque chose de capital. « Maintenant, le Fils de l'homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui ». L'on sait que dans la Bible, la gloire de Dieu ou la gloire d'une personne humaine n'ont pas la même signification que dans notre langage. Dans notre langage, elle désigne : la renommée, la popularité et la bonne réputation. Dans l'Écriture, la gloire représente la qualité de la personne, son poids, sa densité de présence, sa capacité de puissance. Dans ce sens, la Gloire suprême, fondement de toutes les autres n'appartient qu'à Dieu qui la communique comme II l'entend. Chacun, dans la mesure où il réalise le dessein de Dieu à son égard, acquiert du poids, de la valeur, grandit en gloire. Les disciples de Jésus ont vu la Gloire sur le visage du Maître.

Combien de nuances un visage humain peut-il exprimer ? Elles sont multiples et tout est en nuances. Si subtiles qu'elles soient, on ne saurait rester insensible à ces expressions. Un enfant, même un nouveau né, peut les percevoir. C'est le langage secret du cœur et de l'esprit.

Les paroles de Jésus retenues dans les évangiles nous révèlent le Visage de Jésus. C'est ce Visage qui est vraiment le cœur de l'Évangile. Il est à l'intérieur de ce qu'il a dit, de ce qu'il a fait.

En lisant les évangiles, nous découvrons également peu à peu ce Visage qui apparaît au milieu ou à la fin d'une ligne. « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ». D'autres paroles peuvent être le cœur de l'Évangile selon les sensibilités de chacun. C'est le sens inverse du cheminement des apôtres. Ils ont vu le Visage du Maître et ils repassent dans leur cœur tout brûlant tout ce qu'il a dit.

Comment voir son visage sans l'aimer ? Chacun essaie d'aimer. Le méchant, le bourreau, même Marc Dutroux aiment aussi, mais à leur façon, en détruisant l'autre, en l'éliminant. Aussi Jésus prend d'insister : « Comme je vous ai aimés… » Il ne donne pas la procuration d'aimer, ni à Pierre, le fondement sur lequel il bâtira son Église, ni à aucun des disciples. Il n'a pas dit : « Aimez comme Pierre vous le dira. Aimez selon les enseignements de l'Église ».

Pour un bon fonctionnement de l'Église, ou de tout regroupement social, les règles sont nécessaires, souvent renforcés par les coutumes, les traditions, les consensus. En matière d'amour, Jésus ne nous réfère à aucune norme précise de la société. Il ne dit même pas : « Aimez selon la loi de Moïse, selon, les prophètes et les Écritures », mais « comme moi je vous ai aimés… » Son amour, notre amour doit s'adresser à tous, sans discriminations.

C'est à la personne de Jésus qu'il faut penser pour pouvoir aimer comme il le souhaite. « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». En prenant le temps de nous laisser rejoindre par Jésus vivant, nous deviendrons ce que nous contemplons. Les autres verront sur notre visage, comme en transparence, celui du Ressuscité.

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