PKO 28.07.2013

Dimanche 28 juillet 2013 – XVIIème Dimanche du Temps ordinaire – Année C
Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°42/2013

HUMEURS

Non à la légalisation de la drogue !

 Pourquoi dire moins bien ce que le Pape François à dit si justement : « Combien de “marchands de mort” suivent la logique du pouvoir et de l’argent à n’importe quel prix ! La plaie du narcotrafic, qui favorise la violence et sème douleur et mort, requiert un acte de courage de toute la société. Ce n’est pas avec la libéralisation de l’usage des drogues, comme on en discute en divers lieux…, que l’on pourra réduire la diffusion et l’influence de la dépendance chimique. Il est nécessaire d’affronter les problèmes qui sont à la base de leur utilisation, en promouvant une plus grande justice, en éduquant les jeunes aux valeurs qui construisent la vie commune, en accompagnant celui qui est en difficulté, et en donnant espérance dans l’avenir. Nous avons tous besoin de regarder l’autre avec le regard d’amour du Christ, d’apprendre à embrasser celui qui est dans le besoin, afin de lui exprimer proximité, affection, amour ».

Rêvons qu’un jour nos politiques de tous ordres ouvrent les yeux ! et cessent de regarder leur « pito » !

En marge de l’actualité

J.M.J. : Premiers contacts du Pape François

       Pour son premier voyage hors d’Italie, Sa Sainteté François se retrouve dans son continent d’origine : l’Amérique ! Sa première intervention, lundi 22 juillet, devant les autorités brésiliennes était marquée par l’émotion, la joie et la tendresse d’un frère pour tout le peuple brésilien, ceux d’Amérique latine et pour les jeunes venus de toutes les nations.

 

      Relisons quelques passages de son premier discours à Rio.

      « Madame la Présidente, Illustres Autorités, Frères et Amis !

      Dans sa tendre Providence, Dieu a voulu que le premier voyage international de mon Pontificat m’offre la possibilité de retourner dans cette Amérique latine bien-aimée, concrètement au Brésil, nation qui se vante de ses liens forts avec le Siège Apostolique et de ses profonds sentiments de foi et d’amitié qui l’ont toujours maintenue unie de façon particulière au Successeur de Pierre. Je rends grâces pour cette bienveillance divine.

      J’ai appris que pour avoir accès au peuple brésilien, il fallait entrer par la porte de son cœur immense ; qu’il me soit donc permis aujourd’hui de frapper délicatement à cette porte. Je demande la permission d’entrer et de passer cette semaine avec vous. Je n’ai ni or ni argent, mais je vous apporte ce qui m’a été donné de plus précieux : Jésus Christ ! Je viens en son Nom pour alimenter la flamme d’amour fraternel qui brûle dans chaque cœur ; et je désire que mon salut vous rejoigne tous et chacun : “La paix du Christ soit avec vous !” (…)

      Je suis venu rencontrer les jeunes venus de toutes les parties du monde, attirés par les bras grands ouverts du Christ Rédempteur. Ces jeunes veulent trouver refuge dans ses bras ouverts, tout proche de son Cœur, écouter à nouveau son appel clair et puissant : ‘’Allez donc ! De toutes les nations, faites des disciples’’. (…)

      En commençant ma visite au Brésil, je suis bien conscient qu’en m’adressant aux jeunes, je parle aussi à leurs familles, à leurs communautés ecclésiales et nationales d’origine, aux sociétés dans lesquelles ils sont insérés, aux hommes et aux femmes dont dépend l’avenir de ces nouvelles générations.

      Il n’est pas rare chez vous d’entendre les parents dire : “les enfants sont la pupille de nos yeux”. Comme elle est belle cette expression de la sagesse brésilienne qui appliquent aux jeunes l’image de la pupille des yeux, la fenêtre à travers laquelle la lumière entre en nous et nous offre le miracle de la vision ! Qu’en sera-t-il de nous si nous ne prenons pas soin de nos yeux ? Comment pourrons-nous avancer ? Mon souhait est que durant cette semaine, chacun de nous se laisse interpeler par cette question provocatrice. (…)

Pour conclure, je demande à tous, la gentillesse de l’attention et, si possible, l’empathie nécessaire pour établir un dialogue entre amis. En ce moment, les bras du Pape s’élargissent pour embrasser toute la nation brésilienne, dans sa richesse humaine, culturelle et religieuse complexe. De l’Amazonie à la pampa, des régions arides au Pantanal, des petits villages aux métropoles, que personne ne se sente exclu de l’affection du Pape. Après-demain, s’il plaît à Dieu, j’ai l’intention de vous recommander tous à Nossa Senhora Aparecida, en invoquant sa maternelle protection sur vos maisons et vos familles. En attendant, je vous bénis tous. Merci pour l’accueil ! »

Discours au palais de Guanabara

de Rio de Janeiro – 22 juillet 2013)

 

Travailler sans cesse pour un monde plus juste et plus solidaire

Appel du pape François à la justice sociale

Au cœur de la favela Varginha, à Rio de Janeiro, le Pape François a marché dans le dédale des étroites ruelles, accueilli par des centaines d’habitants au comble de la joie. Le Pape a salué sans compter des dizaines de personnes, embrassant des enfants, offrant son sourire et allant au contact sans se soucier de la pluie incessante. Comme le prévoyait le programme, le Pape François est entré dans une maison de son choix pour y rencontrer en privé ses occupants durant une quinzaine de minutes, la bénir et poursuivre son périple pour arriver ensuite sur le terrain de football de ce quartier défavorisé « pacifié » par la police il y a quelques mois, mais où le trafic de drogue et la violence, selon les médias locaux, n’auraient pas complètement disparu.


Chers frères et sœurs, bonjour !

C'est beau de pouvoir être ici avec vous ! Dès le début, en programmant ma visite au Brésil, mon désir était de pouvoir visiter tous les quartiers de cette Nation. J’aurai voulu frapper à chaque porte, dire « bonjour », demander un verre d’eau fraîche, prendre un « cafezinho » (un « petit café », ndlr) - pas un verre de rhum - parler comme à des amis de la maison, écouter le cœur de chacun, des parents, des enfants, des grands-parents… Mais le Brésil est si grand ! Et il n’est pas possible de frapper à toutes les portes ! Alors j’ai choisi de venir ici, de visiter votre “Communauté” qui représente aujourd’hui tous les quartiers du Brésil. Qu’il est beau d’être accueillis avec amour, avec générosité, avec joie ! Il suffit de voir comment vous avez décoré les rues de cette “Communauté” ; cela aussi est un signe d’affection, il naît de votre cœur, du cœur des Brésiliens qui est en fête ! Merci beaucoup à chacun de vous pour le bel accueil ! Je remercie les époux Rangler et Joana pour leurs chaleureuses paroles.

1. Dès le premier moment où j’ai mis pied sur la terre brésilienne et aussi ici, au milieu de vous, je me sens accueilli. Et il est important de savoir accueillir ; c’est encore plus beau que tout embellissement ou décoration. Lorsque nous sommes généreux dans l’accueil d’une personne, je vous le dis, et que nous partageons quelque chose avec elle – un peu de nourriture, une place dans notre maison, notre temps – non seulement nous ne restons pas plus pauvres, mais nous nous enrichissons. Lorsqu’une personne qui a besoin de manger frappe à votre porte, je sais bien que vous trouvez toujours une façon de partager la nourriture ; comme dit le proverbe, on peut toujours « ajouter plus d’eau aux haricots » ! Est-ce qu'on peut ajouter de l'eau aux haricots ? Toujours ! Et vous le faites avec amour, montrant que la véritable richesse n’est pas dans les choses, mais dans le cœur !

Et le peuple brésilien, en particulier les personnes plus simples, peut offrir au monde une précieuse leçon de solidarité, ce mot de solidarité, un mot souvent oublié ou tue, parce qu’elle gêne, quasi un gros mot !

Je voudrais lancer un appel à celui qui possède plus de ressources, aux autorités publiques et à tous les hommes de bonne volonté engagés pour la justice sociale : ne vous lassez pas de travailler pour un monde plus juste et plus solidaire ! Personne ne peut rester insensible aux inégalités qu’il y a encore dans le monde ! Que chacun, selon ses possibilités et ses responsabilités, sache offrir sa contribution pour mettre fin à tant d’injustices sociales. Ce n’est pas la culture de l’égoïsme, de l’individualisme qui souvent régule notre société, à construire et à mener vers un monde plus habitable, ce n'est pas elle, mais la culture de la solidarité, qui voit dans l’autre non un concurrent ou un numéro, mais un frère. Et nous sommes tous frères.

Je désire encourager les efforts que la société brésilienne fait pour intégrer toutes ses composantes, même les plus souffrantes et nécessiteuses, dans la lutte contre la faim et la misère. Aucun effort de « pacification » ne sera durable, il n’y aura ni harmonie, ni bonheur pour une société qui ignore, qui met en marge et abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même. Une telle société s’appauvrit ainsi simplement et perd même quelque chose d’essentiel pour elle-même. Le laissons pas entrer dans notre cœur cette culture du déchet, parce que nous sommes des frères, personne n'est un déchet !

Rappelons-nous toujours ceci : c’est seulement quand nous sommes capables de partager que nous nous enrichissons vraiment ; tout ce qui se partage se multiplie ! La mesure de la grandeur d’une société est donnée par la façon dont elle traite celui qui est le plus nécessiteux, qui n’a rien d’autre que sa pauvreté !

2. Je voudrais vous dire aussi que l’Église, « avocate de la justice et défenseur des pauvres contre les inégalités sociales et économiques intolérables qui crient vers le ciel » (Document d’Aparecida, p.395), désire collaborer à toute initiative ayant le sens du vrai développement de tout homme et de tout l’homme. Chers amis, il est certainement nécessaire de donner du pain à celui qui a faim ; c’est un acte de justice. Mais il y a aussi une faim plus profonde, la faim d’un bonheur que seul Dieu peut rassasier. La faim de dignité !

Il n’y a ni de véritable promotion du bien commun, ni de véritable développement de l’homme quand on ignore les piliers fondamentaux qui soutiennent une Nation, ses biens immatériels : la vie, qui est don de Dieu, valeur à préserver et à promouvoir toujours ; la famille, fondement de la vie ensemble et remède contre l’effritement social ; l’éducation intégrale, qui ne se réduit pas à une simple transmission d’informations dans le but de produire du profit ; la santé, qui doit chercher le bien-être intégral de la personne, aussi dans sa dimension spirituelle, essentielle pour l’équilibre humain et pour une saine vie en commun ; la sécurité, dans la conviction que la violence peut être vaincue seulement à partir du changement du coeur humain.

3. Je voudrais dire une dernière chose. Une dernière chose. Ici, comme dans tout le Brésil, il y a beaucoup de jeunes. Vous, chers jeunes, vous êtes particulièrement sensibles aux injustices, mais souvent vous êtes déçus par des faits qui parlent de corruption, de personnes qui, au lieu de chercher le bien commun, cherchent leur propre intérêt. À vous aussi et à tous, je répète : ne vous découragez jamais, ne perdez pas confiance, ne laissez pas s’éteindre l’espérance. La réalité peut changer, l’homme peut changer. Cherchez, vous les premiers, à apporter le bien, à ne pas vous habituer au mal, mais à le vaincre par le bien. L’Église vous accompagne, vous apportant le bien précieux de la foi, de Jésus Christ qui est « venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10).

Aujourd’hui à vous tous, en particulier aux habitants de cette ‘Communauté’ de Varginha je dis : vous n’êtes pas seuls, l’Église est avec vous, le Pape est avec vous. Je porte chacun de vous dans mon cœur et je fais miennes les intentions que vous avez au fond de vous-mêmes : les remerciements pour les joies, les demandes d’aide dans les difficultés, le désir de consolation dans les moments de peine et de souffrance. Je vous confie tous à l’intercession de Notre Dame d'Aparecida, Mère de tous les pauvres du Brésil, et je vous donne avec grande affection ma Bénédiction.

Merci !

© Copyright 2013 – Libreria Editrice Vaticana

« Magnificat » : le testament spirituel du Cardinal Pironio

Il a été l’organisateur des onze premières J.M.J.

« Magnificat » est le refrain du testament spirituel du cardinal argentin Eduardo Francisco Pironio (1920-1998), initiateur et organisateur des onze premières éditions des Journées mondiales de la jeunesse, en tant que président du Conseil pontifical pour les laïcs (de 1984 à 1996), auprès de Jean-Paul II. À partir de l'intuition du rassemblement des jeunes - dès la première année de son service dans ce dicastère romain - le dimanche des Rameaux 1984, pour l'Année sainte de la Rédemption, il a concrétisé le projet avec la première JMJ de Rome, toujours aux Rameaux, en 1985. Nous le publions alors qu'il demeure un intercesseur pour les jeunes de la JMJ de Rio, et pour son compatriote et ami, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François le 13 mars dernier.

Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen !

Magnificat !

J’ai été baptisé au nom de la très sainte Trinité ; j’ai cru fermement en elle, par la miséricorde de Dieu ; j’ai goûté sa présence amoureuse dans la petitesse de mon âme (je me suis senti habité par la Trinité). Maintenant, j’entre « dans la joie de mon Seigneur », dans la contemplation directe – « face à face » - de la Trinité. Jusqu’à maintenant, venant de loin, j’ai marché comme un pèlerin vers le Seigneur, et maintenant « je le vois tel qu’il est ». Je suis heureux. Magnificat !

« Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde et je vais au Père ». Merci, Seigneur et mon Dieu, Père de miséricorde, parce que tu m’aimes et tu m’attends. Parce que tu m’embrasses dans la joie de ton pardon.

Ne pleurez pas mon départ ! « Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père ». Je vous demande seulement de continuer à m’accompagner par votre affection et par vos supplications, et de prier beaucoup pour mon âme.

Magnificat ! Je te rends grâce, Père, pour le don de la vie. Comme il est beau de vivre ! Tu nous as faits, Seigneur, pour la vie. Je l’aime, je l’offre, je l’attends, tu es la vie, comme tu as toujours été ma vérité et mon chemin.

Magnificat ! Je remercie le Seigneur pour mon sacerdoce. Je me suis senti extraordinairement heureux d’être prêtre et je voudrais transmettre cette joie profonde aux jeunes d’aujourd’hui, comme mon meilleur testament et héritage. Le Seigneur a été bon pour moi. Que les âmes qui ont reçu la présence de Jésus à travers mon ministère sacerdotal prient pour mon repos éternel ! Je demande pardon, de toute mon âme, pour le bien que j’ai négligé de faire en tant que prêtre. Je suis pleinement conscient qu’il y a eu beaucoup de péchés d’omission dans mon sacerdoce parce que je n’ai pas été généreusement celui que j’aurais dû être devant le Seigneur. Peut-être que maintenant, en mourant, je vais commencer à être vraiment utile : « si le grain de blé tombé en terre... meurt, il porte beaucoup de fruit ». Ma vie sacerdotale a toujours été caractérisée par trois amours et présences : le Père, la très sainte Vierge Marie et la Croix.

Magnificat ! Je rends grâce à Dieu pour mon ministère de service dans l’épiscopat. Comme Dieu a été bon avec moi ! J’ai voulu être « père, frère et ami » des prêtres, des religieux et religieuses, de tout le peuple de Dieu. J’ai voulu être une simple présence du « Christ, espérance de la gloire ». J’ai toujours voulu l’être, dans les différents services que Dieu m’a demandés comme évêque : évêque auxiliaire de La Plata, administrateur apostolique de Avellaneda, secrétaire général et président du CELAM, évêque de Mar del Plata, puis nommé par le pape Paul VI préfet de la Congrégation pour les religieux et les instituts séculiers, et enfin, selon la volonté bienveillante du pape Jean-Paul II, président du Conseil pontifical pour les laïcs. Je regrette de ne pas avoir été plus utile comme évêque, d’avoir déçu l’espérance de beaucoup et la confiance de mes bienaimés pères, les papes Paul VI et Jean-Paul II. Mais j’accepte avec joie ma pauvreté. Je veux mourir avec une âme totalement pauvre.

Je désire exprimer mes remerciements au Saint-Père, Jean-Paul II, qui m’a confié, en avril 1984, l’animation des fidèles laïcs. C’est d’eux que dépend, de manière immédiate, l’édification de la « civilisation de l’amour ». Je les aime énormément, je les embrasse et je les bénis ; et je remercie le pape de sa confiance et de son affection.

Magnificat ! Je rends grâce à Dieu qui, à travers le Saint-Père Paul VI, m’a appelé à servir l’Église universelle dans le champ privilégié de la vie consacrée. Comme j’aime les religieux, les religieuses et tous les laïcs consacrés dans le monde ! Combien j’invoque la très sainte Vierge Marie pour eux ! Comme j’offre aujourd’hui ma vie avec joie pour qu’ils soient fidèles ! Je suis cardinal de la Sainte Église. Je rends grâce au bienaimé Saint-Père Paul VI pour cette nomination non méritée. Je rends grâce au Seigneur de m’avoir fait comprendre que le cardinalat est une vocation au martyre, un appel au service pastoral et une forme plus profonde de paternité spirituelle. Je me sens tellement heureux d’être martyr, d’être pasteur, d’être père.

Magnificat ! Je remercie le Seigneur pour le privilège de la croix. Je me sens très heureux d’avoir beaucoup souffert. Ce qui me déplaît, c’est uniquement de ne pas avoir bien souffert, et de ne pas avoir toujours savouré ma croix en silence. Je désire, au moins maintenant, que ma croix commence à être lumineuse et féconde. Que personne ne se sente coupable de m’avoir fait souffrir, parce que cela a été un instrument providentiel d’un Père qui m’aime beaucoup. Oui, je demande pardon, de toute mon âme, d’avoir fait souffrir tant de personnes !

Magnificat ! Je remercie le Seigneur parce qu’il m’a fait comprendre le mystère de Marie dans le mystère de Jésus et parce que la Vierge a été très présente dans ma vie personnelle et dans mon ministère. Je lui dois tout. Je confesse que c’est à elle que je dois la fécondité de ma parole. Les grandes dates de ma vie – de croix et de joie – ont toujours été des dates mariales.

Magnificat ! Je rends grâce au Seigneur parce que mon ministère s’est presque toujours déroulé, de manière privilégiée, au service des prêtres et des séminaristes, des religieux et des religieuses, et finalement des fidèles laïcs. Aux prêtres auxquels, dans mon long ministère, j’ai pu faire un peu de bien, je demande la charité de célébrer une messe pour mon âme.

Je les remercie tous pour le don de leur amitié sacerdotale. Je souhaite aux séminaristes – à tous ceux que Dieu a mis un jour sur mon chemin – un sacerdoce saint et fécond : qu’ils soient des âmes de prière, qu’ils savourent la croix, qu’ils aiment le Père et Marie ! Je demande à mes religieux et religieuses bienaimés, « ma gloire et ma couronne », de vivre avec une joie profonde leur consécration et leur mission. Je dis la même chose aux très chers laïcs consacrés dans la vocation providentielle des instituts séculiers. Je demande à tous de me pardonner les mauvais exemples que j’ai donnés et mes péchés par omission.

Magnificat ! Je rends grâce à Dieu d’avoir pu consumer mes pauvres forces et talents en me consacrant à mes chers laïcs, dont l’amitié et le témoignage m’ont enrichi spirituellement. J’ai beaucoup aimé l’Action catholique.

Si je n’ai rien fait de plus, c’est parce que je n’ai pas su le faire. Dieu m’a accordé de travailler avec les laïcs à partir de la simplicité paysanne de Mercedes (en Argentine) jusqu’au Conseil pontifical pour les laïcs. Magnificat !

Je demande pardon à Dieu pour mes innombrables péchés, à l’Église de ne pas l’avoir servie avec plus de générosité, aux âmes de ne pas les avoir aimées de manière plus héroïque et concrète. Si j’ai offensé quelqu’un, je lui demande pardon : je désire mourir la conscience tranquille. Et si quelqu’un croit m’avoir offensé, je veux qu’il éprouve la joie de mon pardon et de mon accolade fraternelle.

Je remercie chacun pour son amitié et sa confiance. Je remercie mes parents bienaimés – que je vais maintenant retrouver au ciel – pour la foi qu’ils m’ont transmise. Je remercie tous mes frères pour leur compagnie spirituelle et pour leur affection, surtout ma sœur Zulema.

J’aime le pape Jean-Paul II de toute mon âme, je lui redis ma disponibilité totale, je lui demande pardon pour tout ce que je n’ai pas su faire comme préfet de la Congrégation pour les religieux et pour les instituts séculiers et comme président du Conseil pontifical pour les laïcs. Dieu est témoin de mon entier dévouement et de ma bonne volonté.

Je le remercie d’avoir voulu, avec bonté et délicatesse, me nommer cardinal évêque du diocèse suburbicaire de Sabina-Poggio Mirteto.

Aux bienaimées Servantes du Christ prêtre, qui m’ont accompagné pendant de nombreuses années, je renouvelle toute ma gratitude, mon affection paternelle et ma profonde vénération pour leur vocation spécifique, si providentielle dans l’Église. Je les aime beaucoup, je prie pour elles et je les bénis dans le Christ et dans la très sainte Vierge Marie.

Je remercie mon cher et fidèle secrétaire, le R.P. Fernando Vérgez, Légionnaire du Christ, pour son affection et sa fidélité, pour sa compagnie toujours proche et efficace, pour sa collaboration, sa patience et sa bonté.

Je demande que soient célébrées des messes pour moi et que l’on prie pour mon âme et pour toutes celles auxquelles personne ne pense. Je désire particulièrement que l’on prie pour la sanctification des prêtres, des religieux, des religieuses et de toutes les âmes consacrées.

Je désire mourir paisible et serein : pardonné par la miséricorde du Père, par la bonté maternelle de l’Église, par l’affection et la compréhension de mes frères. Je n’ai pas d’ennemis, grâce à Dieu ; je n’éprouve ni rancœur ni envie envers qui que ce soit. Je demande à tous de me pardonner et de prier pour moi.

À quand nous serons réunis dans la Maison du Père ! Je vous embrasse tous de tout cœur pour la dernière fois au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! Je vous dépose tous dans le cœur de Marie, la Vierge pauvre, contemplative et fidèle. Ave Maria ! Et je lui demande : « Après cet exil, montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles ».

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Alcoolisme, tabagisme, obésité à Tahiti : le paradis va de mal en pis

La situation sanitaire de la Polynésie française est plus qu’inquiétante. La modification des comportements se heurte à de multiples obstacles. Pour lutter contre un « alcoolisme toxicomaniaque », les responsables estiment qu’il faut en appeler à la religion. Pas les chercheurs.

Cette étude n’a pas été financée par le comité de la promotion du tourisme polynésien. Elle vient d’être publiée dans le dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire. Il s’agissait de décrire les facteurs de risques médicaux « non transmissibles »1 auxquels est massivement exposée la population résidant en Polynésie française (environ 260 000 habitants). On parle ici de maladies chroniques (diabète, hypertension artérielle, maladies cardio-vasculaires) et de morts prématurées. On parle aussi de facteurs de risque a priori modifiables : tabagisme, consommation nocive d’alcool, sédentarité et consommation insuffisante de fruits et légumes.

Menée par Solène Bertrand et Anne-Laure Berry (Direction de la santé, Tahiti) cette enquête « transversale descriptive » a été réalisée dans les « Îles du vent », les « Îles sous-le-vent » et les autres archipels (îles Marquises, Australes et Tuamotu-Gambier) polynésiens. Elle a concerné près de 3 500 personnes âgées de 18 à 64 ans - soit un échantillon représentatif de la population polynésienne. Différentes mesures physiques (poids, taille, périmètre abdominal, pression artérielle) ont été pratiquées. Des analyses biologiques (glycémie cholestérolémie) ont aussi été réalisées. L’analyse finale des données a ensuite été effectuée par une équipe spécialisée de l’OMS à Genève.

Les résultats permettent de brosser un tableau particulièrement inquiétant : 41,0% de fumeurs, 40,4% de personnes obèses et 26,7% de personnes souffrant d’hypertension artérielle (HTA). Le chapitre de l’alcoolisme retient tout particulièrement l’attention. « La quantité d’alcool consommée en une seule occasion correspond en moyenne à 10,8 verres standards, soit 108 grammes d’alcool pur observent les auteurs de l’enquête. Cette consommation peut être perçue globalement comme moyenne par rapport au reste du monde mais elle se distingue par son caractère toxicomaniaque. Il s’agit en effet de phénomènes d’alcoolisation massive. »

Une enquête précédente enquête sur l’alcoolisme réalisée en 2006 s’était attachée aux perceptions de la consommation d’alcool par la population polynésienne. Une consommation de 20 à 30 verres standards en une même occasion était qualifiée de consommation « normale », tandis qu’un abus d’alcool était défini par la consommation d’une caisse de bière (24 canettes de 33 cl). « Face à de telles représentations, les leviers disponibles pour promouvoir une consommation plus raisonnable semblent être la famille et la religion. Il apparaît aussi nécessaire de renforcer en ce sens les actions du “Programme polynésien de lutte contre l’alcool et la toxicomanie” élaboré en 2009. »

Aggravation en 20 ans

Les auteurs expliquent plus généralement que la transition rapide des modes de vie et des pratiques alimentaires survenue en Polynésie française est associée à un développement inquiétant des pathologies dites « de surcharge » et des affections liées au mode de vie. La dernière enquête similaire avait été réalisée en 1995. Elle estimait la prévalence du surpoids dans la population à 71% environ (37% au stade d’obésité), celle du tabagisme à 36%, de la consommation excessive d’alcool à 30%, du diabète à 16% et de l’HTA à 17% (au sein de la population adulte). La situation s’est donc notablement aggravée en moins de vingt ans.

En 1995, les maladies cardiovasculaires représentaient déjà 26% de l’ensemble des causes de décès certifiés, et 10% des décès prématurés étaient liés au tabac (cancers broncho-pulmonaires, bronchites chroniques, cardiopathies ischémiques). Face à ces constats, de nombreuses actions ont été mises en œuvre depuis une dizaine d’années par le biais de programmes de santé publique locaux. Ainsi, en 1999, est né le programme « Vie saine et poids santé », qui vise à promouvoir des comportements alimentaires sains et la pratique régulière d’une activité physique.

De même, un programme de lutte contre le tabac existe depuis 2003. C’est peu dire que les résultats espérés ne sont pas au rendez-vous et qu’un pilotage de l’ensemble est devenu indispensable.

Aujourd’hui, les femmes polynésiennes fument significativement plus que les hommes (43,6% versus 38,5%), et les jeunes polynésiens (18-24 ans) plus que leurs aînés. Et la situation ne s’améliore pas : la prévalence du tabagisme est passée de 36,2% en 1995 à 41,0% en 2010 et les jeunes polynésiens fument de plus en plus tôt.

Vu de l’Hexagone, le chapitre de la consommation de fruits et légumes ne manque pas d’étonner : les personnes interrogées (les hommes comme les femmes) ne consomment en moyenne que 2,6 portions de fruits et légumes par jour (1,1 portion de fruits et 1,5 portion de légumes).

Elles ne sont qu’une sur dix à respecter la règle internationale des « cinq portions minimales quotidiennes ». « Les principaux freins avancés à la consommation sont le prix et les difficultés d’approvisionnement », précisent les auteurs de l’enquête, la crainte de la présence de pesticides étant quasiment ignorée.

Epidémie d'hypertension

Près de la moitié des personnes interrogées pensent que sa consommation de fruits et légumes est suffisante. Une précédente étude socio-anthropologique sur les pratiques alimentaires en Polynésie française a mis en évidence que les féculents (riz, pain, taro, etc.) arrivent en première place des aliments considérés comme essentiels par la population. « Il faut noter que le contexte géographique du territoire (119 îles réparties sur une surface grande comme l’Europe) rend parfois l’accessibilité aux fruits et légumes difficile, notamment sur les atolls des Tuamotu, où les conditions géologiques ne permettent pas  de développer des productions maraîchères, observent les auteurs. Par ailleurs, en dépit de certains dispositifs fiscaux destinés à rendre les fruits et légumes plus abordables (exonération de TVA, marge réglementée), ces denrées restent à un prix élevé (notamment en comparaison avec le riz). »

Aujourd’hui l’indice de masse corporelle (IMC) moyen de la population est de 29,3 kg/m2. Il est normalement compris entre 18 et 25. La prévalence de l’excès de poids est de 69,9% et celle de l’obésité de 40,4%. Moins d’une personne sur trois est d’une corpulence normale. Le tour de taille moyen mesuré est de 97,7 cm chez les hommes et 93,9 cm chez les femmes. Ce qui signifie 37% des hommes et 62,2% des femmes (43% de la population) souffrent d’obésité dite « abdominale » connue pour être un facteur de risque cardiovasculaire et de mortalité prématurée. Et si 10% des personnes interrogées déclarent souffrir d’HTA les mesures effectuées démontent que cette pathologie est présente chez  26,7% de la population et une personne sur deux à partir de 45 ans). Les trois-quarts des personnes hypertendues ne sont pas traités.

Il faut replacer les données dans leur contexte géographique et ethnique. Plusieurs pays de la zone Pacifique doivent faire face aux mêmes enjeux sanitaires. Ainsi avec 40% de sa population atteinte d’obésité, la Polynésie français se situe en dessous de la moyenne régionale (Vanuatu : 18,8% ; Nauru : 58,1% ; Îles Cook : 61,4% ; Samoa américaines : 74,6% d’obèses). Pour autant elle est bien au-dessus des 17% d’obèses relevés en France métropolitaine.

Si quelques signes encourageants sont notés (concernant par exemple le nombre croissant de Polynésiens qui disent « bouger »), le niveau élevé de la prévalence de l’HTA (26,7%) est particulièrement inquiétant (cette proportion était estimée à 17,9% en 1995. « La méconnaissance de la maladie génère un retard dans sa prise en charge thérapeutique, qui semble d’ailleurs peu efficace, observent pudiquement les auteures de l’enquête. Seule la combinaison de mesures hygiéno-diététiques, couplées à une prise en charge médicale et un traitement médicamenteux bien conduit, est la clé d’une amélioration réelle et durable des chiffres de tension artérielle. » Une campagne d’information sur les dangers d’une consommation excessive de sel a récemment été lancée.

Au final, la réalité est que près de la moitié de la population (45,0%) présente un risque majeur de développer une maladie « non transmissible » d’une particulière gravité. « L’impact sur les coûts de santé prévisibles sera considérable pour la prise en charge de ces personnes », concluent les auteurs. Les responsables de la santé publiques connaissent parfaitement les leviers comportementaux sur lesquels ils doivent agir. Le pourront-ils ?

« L’accompagnement des individus vers un mode de vie sain constitue un enjeu de société essentiel, qui requiert des mesures politiques courageuses et responsables, même si elles sont parfois impopulaires, concluent Solène Bertrand et Anne-Laure Berry. Il en va de l’avenir de la santé de la population. » C’est là une très bonne conclusion.

Jean-Yves Nau

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1   L’OMS estime que la combinaison de trois (ou plus) des huit des principaux facteurs de risque connus (tabac, alcool, nutrition déséquilibrée, inactivité physique, obésité, hypertension artérielle, glycémie/lipidémie élevées) est à l’origine de la plupart des maladies « non transmissibles ».

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Père…

Commentaire de l’Évangile du XVIIème Dimanche du Temps ordinaire

« Père… »

Jésus a osé renouvelé complètement ce mot en osant dire à Dieu : « Abba »… « papa ». Quand nous reprenons la prière de Jésus, nous osons, à notre tour penser que « nous sommes aimés de l’amour même dont le Père aime son Fils Unique » (Jean 20, 17).

« Que ton nom soit sanctifié… » 
« Que ton Règne vienne… »

Avant de dire à Dieu nos propres besoins, nous avons à d’abord prier aux intentions du Père. Et ses intentions, c’est que son Nom soit manifesté, que son Règne vienne. Que Dieu, qui n’est qu’Amour, montre à quel point il est Père et qu’il veut que s’étende l’amour sur toute la terre des hommes. Comme les mots sont pauvres ! Le Père, nous ne le connaissons pas ou si peu. Nous lui demandons de nous faire entrer dans ses projets, de pénétrer dans son intimité pour en être transformés. La prière est ainsi le moyen de devenir conformes à ce que le Père attend de nous. Ayant ainsi formulé le désir de connaître le Père, nous lui demandons ensuite les moyens de réaliser ce désir.

« Donne-nous le pain… »
« Pardonne-nous… car nous–mêmes nous pardonnons… »
« Ne nous soumets pas à la tentation… »

C’est seulement du Père que nous pouvons recevoir le pain, le pardon et la liberté face au mal. Donne-nous au jour le jour le pain dont nous avons besoin pour aujourd’hui, pour tenir maintenant. Et dans le « nous » il y a présents tous ceux-là qui manquent de pain. Ma prière est vraie si elle m’incite à partager.

Donne-nous le pardon indispensable, du fond du cœur, à ceux qui nous ont fait tort. Est-ce là une démission, une pratique magique ? Un immense engagement, bien au contraire, une exigence presque surhumaine…

Délivre-nous enfin de la grande tentation qui est d’abandonner Jésus. C’est bien chaque jour aussi qu’il nous faut nous battre  contre le mal et conquérir notre liberté…

Acceptons de nous laisser façonner par ces mots, alors notre prière sera de plus en plus vivante et vraie. Nous n’en parlerons pas mieux, mais nous la vivrons davantage.

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