PKO 04.10.2015

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°51/2015
Dimanche 4 octobre 2015 – 27ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

La mort déshumanisée !

« On reconnaît la grandeur d’un peuple au respect qu’il manifeste pour ses morts ».

Veillées mortuaires et funérailles se succèdent sans discontinuer depuis deux semaines. L’occasion de réfléchir sur la place des morts dans notre société d’hyperconsommation et de rentabilité à tout prix. Trois niveaux d’observations… les pompes funèbres, la société civile et les familles.

Les pompes funèbres. Les morts sont devenus aujourd’hui produits de consommation. Fini le temps des corbillards solennels… tout mort aujourd’hui devient, malgré lui, « spot publicitaire » ! Les corbillards sont des voitures les plus ordinaires arborant l’enseigne de la société des pompes funèbres… avec n° de téléphone et autres renseignements. L’extraordinaire, c’est qu’autrefois on nous payait pour faire de la publicité… aujourd’hui c’est nous qui payons pour être agents publicitaires… morts aussi bien que vivants !

La société civile. Fini le temps où l’on pouvait aller se recueillir sur la tombe de nos défunts en famille. Le cimetière est désormais ouvert aux heures de bureaux et fermé le dimanche. Plus de funérailles le dimanche pour raisons économiques ! Autrefois, jamais, nous n’aurions vu des voitures se faufiler entre le corbillard et la procession…

Les familles. Là aussi, le consumérisme a frappé. Les apparences primes sur le recueillement. Avant tout, le caveau… plus question d’être enterré mais « encaveauté »… au point que les futurs candidats, ayant peur de ne pas l’être, construisent leur propre caveau. La mort étant là, les survivants n’ont d’autre préoccupation que l’organisation : un beau cercueil allant parfois à plus d’un demi-million pour une petite demi-journée d’apparence ! On y met le prix, pourvu que ce soit beau et qu’ensuite on n’en parle plus. On a parfois l’impression qu’il faut se débarrasser d’une corvée…

Bref, une société régie par la loi de l’utile, de l’efficace, du rentable qui en oubli l’humanité. Prendre le temps d’accompagner celui ou celle qui a été une page de notre vie… qui par sa présence a façonné le monde et parfois nous a donné la vie !

Il nous faut réapprendre à vivre la mort. Vivre la mort comme une étape de la vie… prendre le temps de pleurer nos morts comme Jésus sur le tombeau de Lazare… prendre le temps de la compassion pour ceux qui sont éprouvés comme Jésus devant la veuve de Naïm…

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P.S. : Pour info… je veux être enterré, et non « encaveauté, » au cimetière de l’Uranie, au côté du R.P. Gilles Collette… dans un cercueil tout simple sans aucune fioriture… transporté sur un véhicule non publicitaire… Mais j’ai l’impression que si je veux que cela soit possible, il ne faut pas que je tarde !!!

Chronique de la roue qui tourne

Activus benevolus

Notre chroniqueuse s’étant envolé pour Nouméa pour recevoir le prix « Vi Nimo 2015 » pour son livre « Je suis née morte »… pas de chronique cette semaine !!! Alors un peu d’humour pour nous faire patienter jusqu’à son retour !

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Le bénévole (activus benevolus) est un mammifère bipède qu’on rencontre surtout dans les associations où il peut se réunir avec ses congénères.

Les bénévoles se rassemblent à un signal mystérieux appelé « convention ». On les rencontres aussi en petits groupes dans les divers endroits, quelquefois tard le soir, l’œil hagard, les cheveux en bataille et le teint blafard, discutant ferme sur la meilleure façon d’animer une manifestation ou de faire des recettes supplémentaires pour boucler son budget.

Le téléphone est un appareil qui est beaucoup utilisé par le bénévole et qui prend beaucoup de son temps. Mais cet instrument lui permet de régler les petits problèmes qui se posent au jour le jour.

L’ennemi héréditaire du bénévole est le « yaqua » (nom populaire) dont les origines n’ont pu être à ce jour déterminées. Le « yaqua » est aussi un mammifère bipède, mais il se caractérise surtout par un cerveau très petit qui ne lui permet de connaître que deux mots : « y’a qu’à ». Ce qui explique son nom.

Le « yaqua » bien représenté dans la cité anonyme attend le moment où le bénévole fera une erreur, un oubli, pour bondir et lancer son venin qui atteindra son adversaire, et provoquera chez celui-ci un malaise très grave : « le découragement ». Les premiers symptômes de cette implacable maladie sont visible rapidement : son absence de plus en plus fréquente aux réunions, intérêt croissant pour son jardin, sourire attendri devant une canne à pêche et attrait de plus en plus vif qu’exercent un bon fauteuil et la télévision sur le sujet atteint.

Les bénévoles décimés par le découragement risquent de disparaître et il n’est pas impossible que dans quelques années, on rencontre cette espèce uniquement dans les zoos où comme tous ces malheureux animaux enfermés, ils n’arrivent plus à se reproduire.

Les « yaquas » avec leurs petits cerveaux et leurs grandes langues, viendront leur lancer des cacahuètes pour tromper l’ennui. Ils se rappelleront avec nostalgie du passé si lointain, où le bénévole abondait et où on pouvait le traquer sans contrainte.

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Attention : ne pas confondre les intermittents du bénévolat avec les permanents statutairement inamovibles des bureaux et conseils d’administration associatifs.

La parole aux sans paroles - 5

La parole aux hommes !!!

Cette semaine, une partie de mon « groupe de paroles » était absent. Face à ce vide autour de moi, trois gars s’installent à la table, un peu poussés, je dois le dire, par Père Christophe. Ce sont trois hommes bien différents : il y a, tout d’abord, Théodore, toujours prêt à rire et à faire rire. Avec lui, le rire est comme un exutoire d’une vie difficile. Vient ensuite, Julien, très réservé, timide même, mais très serviable. Très sensible aux besoins des autres, il exécute plus vite que son ombre… avant même que la demande soit explicitement formulée. Et enfin, Torea, né en Nouvelle-Calédonie, très solitaire, pourtant très causant face à mes questions.

Dans la rue depuis quand ?

Théodore : « Ça fait 17 ans que je suis dans la rue et j’ai 35 ans. », un début qui tombe comme un couperet.

Torea : « Moi, je suis arrivé à Tahiti en 2010. Je venais de Métropole où j’ai vécu 7 ans, j’ai fait l’armée là-bas pendant 3 ans avec ma compagnie. »

Julien : « Moi, la rue, ça ne fait pas longtemps. Ça fait 2 ans. Mais j’ai grandi dans les îles, à Katiu. Je faisais du coprah avec mon papa. Mais quand mon papa est mort, il n’y avait plus de travail. Alors je suis venu ici, à Tahiti. »

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Et votre famille ?

Théodore : « Ça ne m’intéresse pas d’être avec eux, comme ils sont nombreux aussi : ma sœur et son tane, ma nièce et son tane. Je préfère rester tout seul. Je viens de Moorea et ça ne me manque pas. »

Julien : « Mes parent sont morts aussi. Là, j’habite avec ma sœur dans la rue. On doit se débrouiller, on est grand. »

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Un boulot ? Dans quel domaine ?

Théodore : « Non et peu importe le domaine ! J’ai déposé mes CV un peu partout et c’est toujours la même chanson : je vais vous appeler, je vais vous appeler. Et personne n’a rappelé jusqu’à maintenant. Mais, je ne laisse pas tomber, je continue à chercher. »

Julien : « Au début, j’avais trouvé du travail pour 1 jour,  2 jours, 3 semaines, des petits boulots quoi. Charcutier, peintre, voilà. Je suis polyvalent. Là, je vais avec des amis chercher du travail. – Et tu ne trouves rien ? – Non. – As-tu déposé des CV ? – Oui. – Où ? - Au bateau Aranui et ils m’ont répondu qu’il faut attendre. Ils n’ont jamais rappelé. C’est ça mon problème aujourd’hui. »

Torea : « J’ai travaillé un moment dans les fermes perlières aux Tuamotu. J’ai suivi des formations, des stages et tout ça. Et comme, en ce moment c’est la crise. Il n’y a que des contrats d’assistance. Ou sinon, travailler au “black”. Il n’y que ça maintenant ! C’est très dur de trouver quelque chose. L’idéal pour moi serait de retourner aux Tuamotu, faire du coprah, de l’aquaculture. D’ailleurs je suis en train de monter un dossier, j’aimerais  bien élever des poissons, des crevettes. Là, je suis en train de faire tous les papiers. En espérant que le Pays va m’aider à faire ce projet, avec la CCISM. Mais, ce n’est pas facile !  »

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Et là, que faites-vous de vos journée ?

Théodore : « On va faire nos démarches. Et s’il y rien, on va dormir. »

Julien : « Vaut mieux dormir que faire n’importe quoi dans la rue et avoir des problèmes, des histoires. »

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Comment vous vous débrouillez pour vivre ?

Torea : « On va faire la manche. – Ah ! on peut faire la manche quand on est un homme ? – Oui, ça marche mais il faut bien regarder à qui tu demandes. »

Théodore : « Je n’ai jamais fait ça, depuis que je suis dans la rue. Je préfère me débrouiller. »

Julien : « Je vais avec ma sœur, comme elle travaille un peu. Alors on se partage. Moi, j’achète le riz et, elle, le punu puatoro, avec des petits pois. On est obligé de se partager ! »

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Vous dormez au même endroit.

Théodore : « Non, non, je change. Je regarde s’il y a personne ou si on ne gronde pas. – Je ne te vois jamais autour de la Cathédrale. – Non, je n’aime pas là-bas, moi hein. Je préfère là où c’est caché. Tu sais, quand tu as passé ta vie dans la rue, tu connais tous les coins. Il faut bouger. Surtout le vendredi, tu n’as pas intérêt de trainer dans la ville. Il y a des gens qui viennent te donner des coups de pied quand ils te voient dormir. Il faut s’éloigner un peu des boites de nuit, il faut des endroits calmes. »

Torea : « Non, je ne sais pas encore. Ça dépend des gens qui vont faire la fête. Il faut que je trouve un coin où il  n’y a personne. Le samedi soir, c’est un problème ! »

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Étant des hommes dans la rue, vous n’avez jamais de problèmes par rapport à la violence ?

Théodore : « On a tout le temps des problèmes, on règle hoa ia avec les poings. C’est la seule solution. – Un coup à lui, un  coup à toi ? – Non, dix coups à moi, 1 coup à lui. (Rires). Mais le premier coup, ce n’est jamais moi. – Et vous ne pouvez pas appeler la police ? – Tu sais, la police, quand ils arrivent, tout est déjà fini. Alors, vaut mieux commencer par les poings, et quand le gars est KO, appeler la police et dire c’est lui l’emmerdeur. Je l’ai frappé mais ça lui apprendra à ne plus m’emmerder. »

Torea : « C’est la crise, c’est pour ça. La semaine dernière, je dormais à Fare Ute, j’avais un sac à dos. À 4h00 du matin, un gars arrive et tire comme ça. Ils étaient quatre. J’ai couru pour les rattraper mais ils se sont sauvés. Heureusement, j’avais mis la moitié de mes affaires dans un casier. »

Julien : « Ce n’est pas beau la violence, l’alcool et le paka. »

Théodore rajoute : « Il faut aussi arrêter de dire que ça, ça  fait ça et ça, ça fait ça. Non c’est toi-même, c’est toi qui  décide. Il faut arrêter de dire c’est à cause de, c’est toi qui as fait, c’est tout. »

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Comment voyez-vous votre vie dans 10 ans ?

Théodore : « En ce moment, je suis en train de m’occuper des affaires de terres de ma maman. Donc dans 10 ans, j’ai ma terre. Je n’ai pas envie aussi de vieillir dans la rue. Je n’ai pas envie de finir ma vie comme ça. Je veux avoir un terrain. »

Julien : « Sortir de la rue. Peut-être retourner dans les îles. »

Torea : « C’est dur à dire ! Parce que je ne sais pas si je vais sortir de la rue. La seule solution, c’est de trouver un travail stable et ensuite un logement. Mais aux Tuamotu. Faire tous les papiers. »

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Et votre meilleur souvenir de la rue ?

Torea : « J’ai trouvé 20 000fcp par terre. ».

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Un dernier mot ?

Théodore : « Moi je dis que la rue ce n’est pas une vie, ce n’est pas la vie qu’on espérait avoir.

Julien : « Oui… j’ai faim. ». (Rires de tout le monde).

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2015

C’est nous qui construisons les murs, et les murs s’effondrent toujours

Audience générale du mercredi 30 septembre 2015 – Pape François

Cuba et les Etats-Unis ont été au cœur de l’audience générale de ce mercredi matin place Saint-Pierre. Le Pape François est en effet revenu sur son dernier voyage apostolique qui l’a mené de La Havane à Philadelphie. La 8e rencontre mondiale des familles était le but originel de ce déplacement outre-Atlantique. Parmi les points forts de cette semaine revisitée par le Pape, Cuba, le discours au Congrès américain, et Philadelphie.

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’audience d’aujourd’hui se tiendra en deux lieux, ici sur la place et aussi dans la salle Paul VI où se trouvent de nombreux malades qui la suivent sur le grand écran. Étant donné que le temps n’est pas très bon, nous avons fait le choix qu’ils soient couverts et plus tranquilles là-bas. Unissons-nous les uns aux autres et saluons-nous !

Ces derniers jours, j’ai effectué mon voyage apostolique à Cuba et aux États-Unis d’Amérique. Il est né de la volonté de participer à la Rencontre mondiale des familles, prévue depuis longtemps à Philadelphie. Ce « noyau originel » s’est élargi à une visite aux États-Unis d’Amérique et au Siège central des Nations unies, et ensuite à Cuba, qui est devenue la première étape de cet itinéraire. Je redis ma reconnaissance envers le président Castro, le président Obama et le secrétaire général Ban Ki-moon pour l’accueil qu’ils m’ont réservé. Je remercie de tout cœur mes frères évêques et tous les collaborateurs pour le grand travail accompli et pour l’amour de l’Église qui l’a animé.

Misionero de la Misericordia (« missionnaire de la Miséricorde ») : c’est ainsi que je me suis présenté à Cuba, terre riche de beauté naturelle, de culture et de foi. La miséricorde de Dieu est plus grande que toutes les blessures, tous les conflits, toutes les idéologies ; et avec ce regard de miséricorde, j’ai pu embrasser tout le peuple cubain, dans sa patrie ou en dehors, au-delà de toutes les divisions. La Vierge de la Charité del Cobre est le symbole de cette unité profonde de l’âme cubaine ; il y a exactement cent ans qu’elle a été proclamée Patronne de Cuba. Je me suis rendu en pèlerinage au sanctuaire de cette Mère de l’espérance, Mère qui guide sur le chemin de la justice, de la paix, de la liberté et de la réconciliation.

J’ai pu partager avec le peuple cubain l’espérance de l’accomplissement de la prophétie de saint Jean-Paul II : que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba. Plus de fermetures, plus d’exploitation de la pauvreté, mais la liberté dans la dignité. Voilà le chemin qui fait vibrer le cœur de tant de jeunes Cubains : non pas un chemin d’évasion, de gains faciles, mais de responsabilité, de service du prochain, d’attention à la fragilité. Un chemin qui tire sa force des racines chrétiennes de ce peuple, qui a tant souffert. Un chemin sur lequel j’ai tout particulièrement encouragé les prêtres et tous les consacrés, les étudiants et les familles. Que l’Esprit-Saint, par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, fasse croître les semences que nous avons jetées.

De Cuba aux États-Unis d’Amérique : cela a été un passage emblématique, un pont qui, grâce à Dieu, est en train de se reconstruire. Dieu veut toujours construire des ponts ; c’est nous qui construisons des murs ! Et les murs s’écroulent, toujours !

Et aux États-Unis, j’ai accompli trois étapes : Washington, New York et Philadelphie.

À Washington, j’ai rencontré les autorités politiques, les gens ordinaires, les évêques, les prêtres et les consacrés, les plus pauvres et les plus marginalisés. J’ai rappelé que la plus grande richesse de ce pays et de son peuple réside dans son patrimoine spirituel et éthique. Et j’ai ainsi voulu encourager à développer la construction sociale dans la fidélité à son principe fondamental, à savoir que tous les hommes sont créés égaux par Dieu et dotés de droits inaliénables, tels que la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. Ces valeurs, partageables par tous, trouvent dans l’Évangile leur plein accomplissement, comme l’a bien manifesté la canonisation du père Junípero Serra, franciscain, grand évangélisateur de la Californie. Saint Junípero montre le chemin de la joie : aller partager avec les autres l’amour du Christ. C’est la voie du chrétien, mais aussi de tout homme qui a connu l’amour : ne pas le garder pour soi mais le partager avec les autres. C’est sur cette base religieuse et morale que sont nés et ont grandi les États-Unis d’Amérique et, sur cette base, ils peuvent continuer d’être une terre de liberté et d’accueil, et de coopérer pour un monde plus juste et fraternel.

À New York, j’ai pu rendre visite au Siège central de l’ONU et saluer le personnel qui y travaille. J’ai eu des entretiens avec le secrétaire général et les présidents des dernières assemblées générales et du Conseil de sécurité. En parlant aux représentants des Nations, sur la voie de mes prédécesseurs, j’ai renouvelé les encouragements de l’Église catholique à l’égard de cette Institution et de son rôle dans la promotion du développement et de la paix, rappelant en particulier la nécessité d’un engagement unanime et effectif pour la protection de la création. J’ai aussi lancé à nouveau un appel à arrêter et empêcher les violences contre les minorités ethniques et religieuses et contre les populations civiles.

Pour la paix et la fraternité, nous avons prié devant le mémorial de Ground Zero, avec les représentants des religions, les familles de nombreuses personnes tuées et le peuple de New York, si riche de diversités culturelles. Et pour la paix et la justice, j’ai célébré l’Eucharistie dans le jardin de Madison Square.

À Washington comme à New York, j’ai pu rencontrer quelques réalités caritatives et éducatives, emblématiques de l’immense service rendu dans ces domaines par les communautés catholiques : prêtres, religieuses, religieux et laïcs.

Le sommet du voyage a été la Rencontre des familles à Philadelphie, où l’horizon s’est élargi au monde entier, à travers le « prisme », pour ainsi dire, de la famille. La famille, à savoir l’alliance féconde entre l’homme et la femme, est la réponse au grand défi de notre monde, qui est un double défi : la fragmentation et la massification, deux extrêmes qui cohabitent et se soutiennent mutuellement et qui ensemble soutiennent le modèle économique consumériste. La famille est la réponse parce qu’elle est la cellule d’une société qui équilibre la dimension personnelle et la dimension communautaire ; et en même temps, elle peut être le modèle d’une gestion durable des biens et des ressources de la création. La famille est le sujet protagoniste d’une écologie intégrale, parce qu’elle est le sujet social principal, qui contient en son sein les deux principes de base de la civilisation humaine sur la terre : le principe de communion et le principe de fécondité. L’humanisme biblique nous présente cette image : le couple humain, uni et fécond, placé par Dieu dans le jardin du monde, pour le cultiver et le garder.

Je désire adresser mes remerciements fraternels et chaleureux à Mgr Chaput, archevêque de Philadelphie, pour son engagement, sa piété, son enthousiasme et son grand amour de la famille, dans l’organisation de cet événement. Tout bien considéré, ce n’est pas par hasard, mais il est providentiel que le message, ou plutôt, le témoignage de la Rencontre mondiale des familles soit venu en ce moment des États-Unis d’Amérique, c’est-à-dire du pays qui, au siècle passé, a atteint le plus grand développement économique et technologique sans renier ses racines religieuses. Maintenant, ces mêmes racines demandent de repartir de la famille pour repenser et changer le modèle de développement, pour le bien de la famille humaine tout entière.

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

Les cinq remèdes à la tristesse selon Saint Thomas d’Aquin

Corps et âme unis pour la véritable joie

Comme si le théologien d’il y a 700 ans avait pressenti l’idée, aujourd’hui amplement répandue, que le chocolat a des effets antidépresseurs.

Chacun traverse des journées de tristesse, empreintes d’une profonde pesanteur intérieure. Existe-t-il des astuces pour surmonter la mauvaise humeur et retrouver le sourire ? Saint Thomas d’Aquin propose cinq remèdes à la tristesse d’une surprenante efficacité.

Le premier remède réside dans tout plaisir. Comme si le théologien d’il y a 700 ans avait pressenti l’idée, aujourd’hui amplement répandue, que le chocolat a des effets antidépresseurs. Même si cette perspective peut paraître matérialiste, il est évident qu’une bière fera oublier une journée d’amertumes. Ce matérialisme est loin d’être incompatible avec l’Évangile : le Seigneur a participé à des déjeuners et banquets, avant et après sa résurrection, et apprécié nombre de belles choses de la vie. Un psaume affirme d’ailleurs que le bon vin réjouit le cœur de l’homme (précisons que la Bible condamne fermement l’ébriété).

Le deuxième remède proposé par saint Thomas consiste à pleurer. Pour surmonter la mélancolie, il faut un exutoire, sinon l’amertume s’accumule, entravant toutes les actions. Pleurer est un langage, un moyen de s’exprimer et de dénouer une douleur devenue parfois suffocante. Jésus a pleuré, Lui aussi. Et le pape François observe que « certaines réalités de la vie ne sont visibles qu’une fois nos yeux lavés par les larmes. Je vous enjoins tous à vous demander : ai-je appris à pleurer ? ».

Le troisième remède est la compassion de nos amis. Dans le roman d’Alessandro Manzoni Les fiancés, l’ami de Renzo lui raconte les drames ayant frappé sa famille : « Ce sont des choses affreuses, inimaginables, capables de nous priver de toute joie de vivre pour le restant de nos jours ; pourtant, en parler entre amis, c’est un soulagement ». Lorsque le moral n’est pas au beau fixe, un message, une conversation téléphonique avec un ami sont utiles pour que tout s’éclaircisse.

Le quatrième remède à la tristesse est de contempler la vérité, le fulgor veritatis qu’évoque saint Augustin. Contempler la splendeur des choses, la nature, une œuvre d’art, écouter de la musique, se surprendre de la beauté d’un paysage peuvent être des baumes particulièrement efficaces contre la tristesse. Un critique littéraire, invité d’une conférence sur Tolkien après un deuil, observait : « Parler de belles choses, devant une audience intéressée, fut un véritable soulagement ».

Le cinquième remède est le plus surprenant venant d’un maître du Moyen Âge. Le théologien affirme que dormir et faire sa toilette sont d’excellents remèdes à la tristesse. Concevoir qu’un soulagement corporel est utile pour remédier à un mal spirituel est profondément chrétien. Depuis que Dieu est devenu homme, occupant un corps, la séparation entre matière et esprit n’existe plus.

Un préjugé diffus veut que la vision chrétienne de l’homme soit fondée sur l’opposition entre l’âme et le corps, le corps tel un fardeau ou obstacle à la « vie spirituelle ». L’humanisme chrétien considère que l’individu (âme et corps) est « spiritualisé » lorsqu’il cherche l’union avec Dieu. Pour citer saint Paul, il existe un corps animal et un corps spirituel, et nous ne mourrons pas mais serons tous transformés, car il faut que ce corps corruptible se vêtisse d’incorruptibilité et que ce corps mortel se vêtisse d’immortalité.

Saint Thomas More, paraphrasant son homonyme médiéval, estime qu’il est naturel de choisir un médecin du corps pour une maladie spirituelle, tout comme il est opportun de recourir à un médecin de l’âme dans les maladies du corps. Une fois le corps et l’âme unis en une seule personne, l’un a systématiquement des répercussions sur l’autre et ils ne peuvent être soignés séparément.

C’est la promesse humaine et divine de Jésus qui se réalise aussi à travers ces cinq remèdes : vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie.

© Aleteia - 2015

Le Rosaire

Contempler le Christ avec Marie

Le mois d’octobre est traditionnellement appelé le « mois du Rosaire ».Le Rosaire est une forme de prière répétitive qui existe depuis le XIIe siècle. C’est à un chartreux, Dominique de Prusse (dès 1409 à Trèves) qu’il faut attribuer l’institution du Rosaire tel qu’on le connaît avec ses quinze mystères et ses cent cinquante « Je vous salue Marie ». Jean-Paul II a rajouté, en 2002, 5 nouveaux mystères. Voici quelques passage de la lettre apostolique « Rosarium Virgins Mariæ » du pape Jean-Paul instituant le s5 nouveaux mystères.

1. Le Rosaire de la Vierge Marie, qui s'est développé progressivement au cours du deuxième millénaire sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu, est une prière aimée de nombreux saints et encouragée par le Magistère. Dans sa simplicité et dans sa profondeur, il reste, même dans le troisième millénaire commençant, une prière d'une grande signification, destinée à porter des fruits de sainteté. Elle se situe bien dans la ligne spirituelle d'un christianisme qui, après deux mille ans, n'a rien perdu de la fraîcheur des origines et qui se sent poussé par l'Esprit de Dieu à « avancer au large » (Duc in altum !) pour redire, et même pour « crier » au monde, que le Christ est Seigneur et Sauveur, qu'il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), qu'il est « la fin de l'histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l'histoire et de la civilisation ».

En effet, tout en ayant une caractéristique mariale, le Rosaire est une prière dont le centre est christologique. Dans la sobriété de ses éléments, il concentre en lui la profondeur de tout le message évangélique, dont il est presque un résumé. En lui résonne à nouveau la prière de Marie, son Magnificat permanent pour l'œuvre de l'Incarnation rédemptrice qui a commencé dans son sein virginal. Avec lui, le peuple chrétien se met à l'école de Marie, pour se laisser introduire dans la contemplation de la beauté du visage du Christ et dans l'expérience de la profondeur de son amour. Par le Rosaire, le croyant puise d'abondantes grâces, les recevant presque des mains mêmes de la Mère du Rédempteur.

[…]

La voie de la contemplation

5. Cependant, la raison la plus importante de redécouvrir avec force la pratique du Rosaire est le fait que ce dernier constitue un moyen très valable pour favoriser chez les fidèles l'engagement de contemplation du mystère chrétien […] comme une authentique « pédagogie de la sainteté » : « Il faut un christianisme qui se distingue avant tout dans l'art de la prière ». Alors que dans la culture contemporaine, même au milieu de nombreuses contradictions, affleure une nouvelle exigence de spiritualité, suscitée aussi par les influences d'autres religions, il est plus que jamais urgent que nos communautés chrétiennes deviennent « d'authentiques écoles de prière ».

Le Rosaire se situe dans la meilleure et dans la plus pure tradition de la contemplation chrétienne. Développé en Occident, il est une prière typiquement méditative et il correspond, en un sens, à la « prière du cœur » ou à la « prière de Jésus », qui a germé sur l'humus de l'Orient chrétien.

[…]

« Voici ta mère ! » (Jn 19, 27)

7. De nombreux signes montrent ce que la Vierge Sainte veut encore réaliser aujourd'hui, précisément à travers cette prière ; cette mère attentive à laquelle, dans la personne du disciple bien-aimé, le Rédempteur confia au moment de sa mort tous les fils de l'Église : « Femme, voici ton Fils » (Jn 19,26). Au cours du dix-neuvième et du vingtième siècles, les diverses circonstances au cours desquelles la Mère du Christ a fait en quelque sorte sentir sa présence et entendre sa voix pour exhorter le Peuple de Dieu à cette forme d'oraison contemplative sont connues. En raison de la nette influence qu'elles conservent dans la vie des chrétiens et à cause de leur reconnaissance importante de la part de l'Église, je désire rappeler en particulier les apparitions de Lourdes et de Fatima, dont les sanctuaires respectifs constituent le but de nombreux pèlerins à la recherche de réconfort et d'espérance.

Sur les pas des témoins

8. Il serait impossible de citer la nuée innombrable de saints qui ont trouvé dans le Rosaire une authentique voie de sanctification. Il suffira de rappeler saint Louis Marie Grignion de Montfort, auteur d'une œuvre précieuse sur le Rosaire, et plus près de nous, [Saint] Padre Pio de Pietrelcina, que j'ai eu récemment la joie de canoniser. Le bienheureux Bartolo Longo eut un charisme spécial, celui de véritable apôtre du Rosaire. Son chemin de sainteté s'appuie sur une inspiration entendue au plus profond de son cœur : « Qui propage le Rosaire est sauvé ! ». À partir de là, il s'est senti appelé à construire à Pompéi un sanctuaire dédié à la Vierge du Saint Rosaire près des ruines de l'antique cité tout juste pénétrée par l'annonce évangélique avant d'être ensevelie en 79 par l'éruption du Vésuve et de renaître de ses cendres des siècles plus tard, comme témoignage des lumières et des ombres de la civilisation classique.

Par son œuvre entière, en particulier par les « Quinze Samedis », Bartolo Longo développa l'âme christologique et contemplative du Rosaire ; il trouva pour cela un encouragement particulier et un soutien chez Léon XIII, le « Pape du Rosaire ».

[…]

© Libreria Editrice Vaticana - 2002

Les 15 types d’homélie à éviter à tout prix !

Selon vous, quelle est la pire homélie ? Quelle serait la meilleure ? Florilège et humour…

Comme il est difficile de prêcher, de faire une bonne homélie ! Mais quelle serait l’homélie de vos rêves ? Récemment, le Pape François avait confié à 19 nouveaux prêtres ses conseils pour que leurs homélies ne soient pas ennuyeuses : qu’elles viennent du cœur ! Eh bien, ce qui semble clair, c’est ce que l’homélie NE doit PAS être. Voici quelques exemples :

1. L’homélie improvisée : Celle que le prêtre « prépare » juste au moment où il revêt l’aube, le cordon, l’étole et la chasuble pour célébrer la sainte Messe.

2. L’homélie livresque : Qui a une odeur de livres ou de bureau ; homélie académique, mica, froide comme le marbre, qui ne parle pas au cœur, ne fait pas partie du langage des personnes qui l’écoutent.

3. L’homélie archéologique : Celle dans laquelle le prédicateur se plaît à faire des incursions dans des détails secondaires sur les pharisiens, les esséniens, les drachmes, les stades, la sixième heure, l’atrium, le puits… Il n’explique pas le message de Dieu, mais des curiosités périphériques.

4. L’homélie romantique : Qui cherche à provoquer des larmes, des sourires et de l’eau sucrée, à base d’exclamations, d’interjections, de cris, un langage paternaliste avec des adjectifs tendres, des diminutifs et des augmentatifs.

5. L’homélie démagogique : Avec des paroles et encore des paroles, elle cherche à contenter le public, trahissant aussi bien le message évangélique que les destinataires du message, défigurant et faussant la doctrine du Christ.

6. L’homélie littéraire : Plus qu’une prédication sacrée, il s’agit d’un exercice littéraire ou poétique.

7. L’homélie anthologique : Celle qui devient une occasion de rappeler et de placer toutes les phrases, sentences, textes, poèmes et définitions qu’un prédicateur a apprises par cœur ou trouvé dans ses archives.

8. L’homélie mollusque : Invertébrée, gélatineuse, sans arguments, sans contenu, sans thème. Elle n’a pas terminé un sujet que déjà elle en commence un autre.

9. L’homélie brique : Idées pures, sans rapport avec la vie concrète de l’assemblée. L’homélie devrait arriver, en quelque sorte, jusqu’à la cuisine de la maîtresse de maison, au bureau du père de famille, à la chaise de l’étudiant… Mais l’homélie brique est trop lourde pour arriver jusque-là.

10. L’homélie spaghetti : Elle s’enroule, s’enroule, s’enroule… casse les pieds de ceux qui l’écoutent et les fait bâiller.

11. L’homélie universitaire : Aborde beaucoup de sujets, sans en concrétiser un seul.

12. L’homélie répétition de l’Évangile : Elle ne parvient pas à extraire un message de l’Évangile pour les personnes qui écoutent, se bornant à répéter ce qui a été lu. Serait-ce que le prédicateur est incapable de tisser une homélie savoureuse avec une idée claire et bien présentée ? Celui qui écoute n’est pas idiot !

13. L’homélie technique : Emploie tout le temps un langage théologique incompréhensible : metanoia, anaphore, parousie, épiphanique, hystérique, pneumatique, mystagogue, eschatologie, transsubstantiation… L’homélie n’est pas un cours de théologie, mais une conversation cordiale avec les paroissiens et l’assemblée.

14. L’homélie bâtarde : Le prédicateur saupoudre son propos de mots d’argot. Il rabaisse ainsi la parole de Dieu, la dignité du prophète et la dignité des fidèles, ceux que saint Paul appelle « les saints du Seigneur ». Le prédicateur ne doit jamais se rabaisser, car il parle au nom du Christ et de l’Église.

15. L’homélie du mauvais pilote : Le prédicateur ne sait pas décoller ni atterrir. Il fait plusieurs tours et jamais ne termine. Il va jusqu’à annoncer : « Et pour terminer… » mais prend de l’altitude et fonce dans les nuages… « Et maintenant pour terminer… » et le voilà reparti pour un tour. S’il vous plaît, terminez et vite !

À présent que nous avons vu comment ne doit pas être une homélie, reste à définir ce que serait une bonne homélie… et un bon paroissien !

Père Antonio RIVERO

© Aleteia - 2015

Méditation sur la Parole

Bonne nouvelle

Il n’y a pas si longtemps, un vieux prêtre me disait : « Si, à partir du texte de la parole de Dieu, l’homélie n’est pas “une bonne nouvelle”, c’est que le curé n’a pas bien préparé son homélie ou que les paroissiens ont mal compris les lectures du dimanche. La parole de Dieu n’est pas une leçon de morale mais une bonne nouvelle» (c’est le sens du mot évangile en grec). Quelle est cette bonne nouvelle dans le discours de Jésus sur le mariage et le divorce ?

Tout d’abord, nous constatons que les pharisiens ne sont pas intéressés à connaître la vérité. Ils questionnent Jésus pour le prendre en défaut : « C’était pour le mettre à l’épreuve ». Au temps de Moïse et au temps de Jésus, tout comme aujourd’hui, le divorce était permis. Dans presque tous les pays du monde, il existe une législation réglementant le divorce et le remariage.

L’expérience nous enseigne que dans les couples, toutes sortes de situations déplorables se développent : ça ne fonctionne pas toujours comme on l’avait prévu, les gens font de graves erreurs, il y a les infidélités, l’oppression et la violence à l’intérieur des familles, les incompréhensions et les silences mortels. Il en résulte des séparations et des divorces. Ensuite, il existe certains couples qui ne se séparent pas mais qui ne se parlent plus, qui refuse de se pardonner, de se réconcilier, de reprendre le dialogue.

La bonne nouvelle d’aujourd’hui se retrouve dans les attitudes et les valeurs que le Christ nous propose sur le mariage. Pour lui, le mariage n’est pas un contrat mais une alliance, et dans une alliance, les personnes sont toujours plus importantes que les institutions. Le Christ est celui qui s’occupe d’abord des personnes avant d’accuser et de lancer des pierres. Nous voyons comment il traite la Samaritaine avec ses six maris, la femme adultère en danger d’être lapidée, Marie Madeleine la prostituée, Zachée le collecteur d’impôts, les lépreux mis au ban de la société. Tous sont des exemples de la tendresse de Dieu, malgré la condition sociale souvent pénible et parfois répréhensible, où se retrouvent ces personnes.

Jésus mentionne que dans le mariage, la réciprocité doit être totale : les hommes et les femmes ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. « Quiconque répudie sa femme et en épouse une autre… » « Si une femme répudie son mari et en épouse un autre… » - Le droit juif ne permettait qu’à l’homme de divorcer, le droit romain permettait aux deux partenaires de le faire ! Dans S. Marc, Jésus utilise le droit romain, plus juste et plus égalitaire.

L’argumentation de Jésus est en fait une défense de la femme. La femme n’est pas un objet jetable que l’on acquiert et dont on peut se débarrasser selon le bon vouloir du mari ! La loi juive disait : « Lorsqu’un homme aura pris une femme et l’aura épousée, s’il advient qu’elle ne trouve plus grâce à ses yeux parce qu’il a trouvé en elle quelque chose de choquant, il écrira pour elle une lettre de répudiation, la lui remettra en main, et la renverra de sa maison » (Deutéronome 24,1). Selon l’une des deux écoles de pensée au temps de Jésus, il suffisait que la femme déplaise à son mari, qu’elle brûle son repas par exemple, pour qu’il puisse la renvoyer. Au temps de Moïse, l’homme n’avait qu’à répéter trois fois : « Je veux te divorcer » pour renvoyer la femme. Moïse, afin de rendre le divorce plus difficile, avait imposé « l’acte de divorce » - procédure compliquée à une époque où les gens ne savaient ni lire ni écrire. Il avait imposé cette procédure afin de protéger les femmes qui, dans la culture du temps, n’avaient aucun droit. C’est pourquoi Jésus ajoute que c’est à cause de leur « sclérose du cœur » (sclérocardia) que Moïse a promulgué cette loi. Saint Paul, que l’on accuse souvent de misogynie et qui en fait l’était beaucoup moins que les hommes de son temps, écrivait dans la lettre aux Éphésiens : « Les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme, c'est s'aimer soi-même. Car nul n'a jamais haï sa propre chair; on la nourrit au contraire et on en prend soin. C’est justement ce que le Christ a fait pour son Église : ne sommes-nous pas les membres de son corps ? Voici donc que l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair : ce mystère est de grande portée; je veux dire qu'il s'applique au Christ et à l'Église. Bref, en ce qui vous concerne, que chacun aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari. » (Ep 5, 22-33)

L’union entre deux personnes ne dépend pas seulement du « oui » prononcé au cours de la cérémonie du mariage... Il faut le renouveler tous les jours. S’il est beau de voir un couple s’unir dans le mariage, c’est encore plus beau de célébrer les 30e, 40e, 50e anniversaires de mariage d’un couple qui a toute une vie commune à son compte.

L’amour est comme le feu. Si l’on ne veut pas qu’il meure, il faut l’entretenir. D’où l’importance des gestes d’affection, du dialogue, des cadeaux, des mots de tendresse. Le mariage, dans le plan de Dieu, c’est quelque chose de beau, de sérieux, qui doit se construire au jour le jour. C’est plus qu’un contrat, c’est une alliance. Pour Jésus l’amour est fondé sur la tendresse du cœur et non sur des rapports de force ; l’amour ne peut se vivre que dans la réciprocité et l’égalité. Il existe, selon lui, des attitudes, des façons d’agir dans le mariage qui assurent la stabilité et le respect du conjoint et des enfants. Le péché ou le mal ne consiste pas à enfreindre une loi, mais à briser les liens d’une relation importante. Cette rupture entraîne des résultats souvent pénibles et même parfois catastrophiques pour le couple et pour les enfants.

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » C’est là l’idéal présenté par le Seigneur sur l’institution du mariage. Mais il sera toujours plein de tendresse pour tous, incluant les divorcés et les partenaires de mariages brisés. Les paroles de Jésus sont encore aujourd’hui une bonne nouvelle pour tous.

© Cursillo - 2015

 

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Date de dernière mise à jour : 2015-10-02