PKO 05.07.2015

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°37/2015
Dimanche 5 juillet 2015 – 14ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Cette démarche toutefois ne trouvera son sens plénier que si elle s’inscrit dans une logique plus large du souci de l’environnement en général. « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? » (Encyclique Laudato si n°160)

Que justice soit rendue au sujet des essais nucléaires et lutter pour cela, sans, en même temps, prendre soin de notre environnement pour les générations futures est incohérent. Faire l’un sans oublier l’autre serait faire preuve de cohérence et de responsabilité…

Les conséquences des essais nucléaires qui ont eu lieu dans le fenua… ne nous exonèrent pas de la responsabilité à l’égard des générations futures quant à l’environnement.

On peut crier à l’injustice, mais si notre génération ne change pas son comportement, la Polynésie ne sera pas seulement une « poubelle nucléaire »… mais tout simplement une poubelle.

Si les pouvoirs publics ne prennent pas des mesures pour protéger notre fenua… si l’on continue à favoriser les voitures privées toujours plus grosses et plus polluantes au détriment des transports en commun ; si l’on favorise des projets pharaoniques tel le Mahana Beach sans véritablement prendre la mesure des conséquences environnementales… alors le combat pour la justice face aux conséquences des essais nucléaires n’est qu’une action purement égoïste pour ne pas diminuer notre train de vie… sans aucune considération pour les générations futures… Nous ne serons alors pas plus dignes de respect que nos pères !

Si individuellement nous ne changeons pas nos comportements, si nous continuons à transformer nos rivières en dépotoirs à ciel ouvert, si nous continuons à consommer en gaspillant à tort et à travers, si nous continuons à mépriser l’environnement en abattant les arbres, en détruisant la nature… sans nous soucier de ce que nous laisserons à nos enfants… alors nous ne serons pas plus digne de respect que nos pères !

Soyons vigilant car demain nos enfants pourraient, si nous continuons ainsi, dresser une stèle, pour notre plus grande honte, à l’inconséquence et à l’égoïsme de notre génération !

Soyons meilleurs et plus responsables  que nos pères… Prenons soin de ce fenua qui n’est pas que le nôtre mais celui des générations futures !

« 160. Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? Cette question ne concerne pas seulement l’environnement de manière isolée, parce qu’on ne peut pas poser la question de manière fragmentaire. Quand nous nous interrogeons sur le monde que nous voulons laisser, nous parlons surtout de son orientation générale, de son sens, de ses valeurs. Si cette question de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas que nos préoc­cupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs. Mais si cette question est posée avec courage, elle nous conduit inexorablement à d’autres interrogations très directes : pour quoi passons-nous en ce monde, pour quoi venons-nous à cette vie, pour quoi travaillons-nous et luttons-nous, pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? C’est pourquoi, il ne suffit plus de dire que nous devons nous préoccuper des générations futures. Il est nécessaire de réaliser que ce qui est en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes, nous-mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui nous succédera. C’est un drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise le sens de notre propre passage sur cette terre. »

Chronique de la roue qui tourne

S.D.F.

« À aucun moment de l'histoire, le respect humain n'a brillé d'un très vif éclat ». Charlie Chaplin.

En choisissant cette citation, je me demandais qu'est-ce qui a poussé Charlie Chaplin à dire une phrase aussi dure. Et puis, j'ai eu le privilège d'accompagner Père Christophe dans une distribution de couvertures pour les sans-abris. Et oui, tout le monde a remarqué que le froid est arrivé. Mais seuls certains reçoivent le vent de plein fouet, faute de murs pour s'abriter. Ils n'ont pas plus d'armoires où tirer un sweater. Ils affrontent  l'hiver austral avec leur « linge d'été ». Et lorsque la pluie s'en mêle, ils partent à la recherche d'un bout de toit. Consciente de cette réalité, je partis gaiement « en expédition ».

J'ai vite perdu mon sourire. Pourtant, ce n'était pas la première fois que je faisais les quartiers de Papeete la nuit. Mais, voir un papi dormir complètement recroquevillé pour garder la chaleur de son corps, voir les jambes de quelqu'un, homme ou femme je ne saurais dire, entièrement dans un « sac de couchage » en carton, te ramène à la triste réalité.

Ils étaient là, allongés parfois à même le sol. Ce sol qu'on a foulé de nos pieds sales, sur lequel on a craché, on s'est mouché ou on a jeté nos détritus durant la journée. Franchement, sur les trottoirs, sommes-nous conscients d'être sur le lit de quelqu'un ? Pourtant, nul ne peut ignorer ce fait. Quand le soleil disparaît et que nous rentrons à la maison, ces ombres peuvent enfin s'installer pour dormir. Mes propos vous choqueront sans doute. Pourtant je pense qu'il est bon de dire la vérité à voix haute.

Finalement, même notre quotidien donne raison au professionnel du mime qui a su mettre des mots justes. Mais, mon cœur a envie de crier qu'il n'est jamais trop tard !

La chaise masquée

Quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ?

Extraits de l’encyclique « Laudato Si » – Pape François

« Quel genre de monde , quel héritage voulons-nous laisser à nos enfants ? » : c’est la question–pivot de cette encyclique. Ces enfants, dont il faut assurer l’avenir... Et cela passe par la sauvegarde de la maison commune, l’importance de prendre soin de l’homme et de la création, car tout est relié, connecté. L’homme, les animaux, les plantes… Une connexion que l’enfant a d’ailleurs bien présent à l’esprit. Voilà pourquoi l’Église promeut le respect de la vie humaine, de sa conception jusqu’à sa mort naturelle.

IV. Le principe du bien commun

156. L’écologie humaine est inséparable de la notion de bien commun, un principe qui joue un rôle central et unificateur dans l’éthique sociale. C’est « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ».

157. Le bien commun présuppose le respect de la personne humaine comme telle, avec des droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral. Le bien commun exige aussi le bien-être social et le développement des divers groupes intermédiaires, selon le principe de subsidiarité. Parmi ceux-ci, la famille se distingue spécialement comme cellule de base de la société. Finalement, le bien commun requiert la paix sociale, c’est-à-dire la stabilité et la sécurité d’un certain ordre, qui ne se réalise pas sans une attention particulière à la justice distributive, dont la violation génère toujours la violence. Toute la société – et en elle, d’une manière spéciale l’État, – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun.

158. Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et à une option préférentielle pour les plus pauvres. Cette option implique de tirer les conséquences de la destination commune des biens de la terre, mais, comme j’ai essayé de l’exprimer dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, elle exige de considérer avant tout l’immense dignité du pauvre à la lumière des convictions de foi les plus profondes. Il suffit de regarder la réalité pour comprendre que cette option est aujourd’hui une exigence éthique fondamentale pour la réalisation effective du bien commun.

V. La justice entre générations

159. La notion de bien commun inclut aussi les générations futures. Les crises économiques internationales ont montré de façon crue les effets nuisibles qu’entraîne la méconnaissance d’un destin commun, dont ceux qui viennent derrière nous ne peuvent pas être exclus. On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité inter-générationnelle. Quand nous pensons à la situation dans laquelle nous laissons la planète aux générations futures, nous entrons dans une autre logique, celle du don gratuit que nous recevons et que nous communiquons. Si la terre nous est don­née, nous ne pouvons plus penser seulement selon un critère utilitariste d’efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel. Nous ne parlons pas d’une attitude optionnelle, mais d’une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront. Les Évêques du Portugal ont exhorté à assumer ce devoir de justice : « L’environnement se situe dans la logique de la réception. C’est un prêt que chaque génération reçoit et doit transmettre à la génération suivante ». Une écologie intégrale possède cette vision ample.

160. Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? Cette question ne concerne pas seulement l’environnement de manière isolée, parce qu’on ne peut pas poser la question de manière fragmentaire. Quand nous nous interrogeons sur le monde que nous voulons laisser, nous parlons surtout de son orientation générale, de son sens, de ses valeurs. Si cette question de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas que nos préoccupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs. Mais si cette question est posée avec courage, elle nous conduit inexorablement à d’autres interrogations très directes : pour quoi passons-nous en ce monde ? pour quoi venons-nous à cette vie ? pour quoi travaillons-nous et luttons-nous ? pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? C’est pourquoi, il ne suffit plus de dire que nous devons nous préoccuper des générations futures. Il est nécessaire de réaliser que ce qui est en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes, nous-mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui nous succédera. C’est un drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise le sens de notre propre passage sur cette terre.

161. Les prévisions catastrophistes ne peuvent plus être considérées avec mépris ni ironie. Nous pourrions laisser trop de décombres, de déserts et de saletés aux prochaines générations. Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu’il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes, comme, de fait, cela arrive déjà périodiquement dans diverses régions. L’atténuation des effets de l’actuel déséquilibre dépend de ce que nous ferons dans l’immédiat, surtout si nous pensons à la responsabilité que ceux qui devront supporter les pires conséquences nous attribueront.

162. La difficulté de prendre au sérieux ce défi est en rapport avec une détérioration éthique et culturelle, qui accompagne la détérioration écologique. L’homme et la femme du monde post-moderne courent le risque permanent de devenir profondément individualistes, et beaucoup de problèmes sociaux sont liés à la vision égoïste actuelle axée sur l’immédiateté, aux crises des liens familiaux et sociaux, aux difficultés de la reconnaissance de l’autre. Bien des fois, il y a une consommation des parents, immédiate et excessive, qui affecte leurs enfants de plus en plus de difficultés pour acquérir une maison et pour fonder une famille. En outre, notre incapacité à penser sérieusement aux générations futures est liée à notre incapacité à élargir notre conception des intérêts actuels et à penser à ceux qui demeurent exclus du développement. Ne pensons pas seulement aux pauvres de l’avenir, souvenons-nous déjà des pauvres d’aujourd’hui, qui ont peu d’années de vie sur cette terre et ne peuvent pas continuer d’attendre. C’est pourquoi, « au-delà d’une loyale solidarité intergénérationnelle, l’urgente nécessité morale d’une solidarité intra-générationnelle renouvelée doit être réaffirmée ».

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

« Tenete »… une renaissance

Une Association œcuménique au service du patrimoine chr »tien d en Polynésie française

En 1973, sous l’impulsion du Pasteur Samuel RAAPOTO et de Mgr Michel COPPENRATH, l’association « Tenete » voyait le jour. « Cette Association depuis longtemps en formation désirait créer un Musée à Papeete qui puisse rappeler les 200 années d'histoire contemporaine de la Polynésie Française et par conséquent l'histoire du christianisme, mais dans son contexte totaI en faisant état non seulement de l'œuvre des Missions, mais de tous les hommes et événement qui ont contribué faire du pays ce qu'il est. Puis sollicité par les autorités du Territoire à apporter notre contribution au Musée de la Punaruu, elle a accepté dans la mesure de ses moyens, et fidèles à ses objectifs, elle est entrés, par la représentation officielle de 2 membres, dans le Conseil d'Administration du Musée de Tahiti et des Iles. Ainsi TENETE se trouve également associé à tous ceux qui travaillent pour le Musée. “TENETE” prend donc en charge uniquement l'époque chrétienne, et la traite en tant que telle ». Ci-dessous, vous trouverez la présentation par le nouveau président, Robert Koenig, les projets de l’Association.

TENETE A QUARANTE ANS…

Un peu plus peut-être puisque les statuts de l’association datent du 19 décembre 1973 et que son objet a été publié dans le Journal officiel de la Polynésie française le 15 février 1974 : « la recherche, la réception, la réunion, la conservation et la présentation au public de tous documents, pièces, meubles et objets concernant le passé traditionnel de Tahiti et des iles depuis l’arrivée des premiers missionnaires. »

Un peu plus de quarante ans, un bel âge pourrait-on dire et qui permet aussi de jeter un regard plein de maturité, de sérénité et de confiance vers le passé et vers l’avenir.

Une cinquantaine un peu juste, c’est aussi l’âge moyen du nouveau Bureau qui vient d‘être élu lors d’une Assemblée générale tenue le 18 décembre 2014 et élargi lors de sa réunion du 5 février 2015.

Elle nous a permis de nous rencontrer, nous tous qui venons d’espaces et d’horizons différents, puis d’affiner les projets exposé pour 2015 lors de l’Assemblée générale, une année remarquable puisqu’elle coïncide avec le bicentenaire de la naissance de Mgr Tepano Jaussen (le 12 avril 1815) et avec celui de la bataille de Fei Pi (le 12 novembre 1815).

Tenete est associée aux évènements organisés à Tahiti par la paroisse de la cathédrale en avril, juillet et décembre — et en France par les responsables des paroisses de Largentière et Rocles le 4 juillet. Souvent lié au seul titre de son Dictionnaire français-tahitien, tahitien-français (régulièrement édité par la Société des études océaniennes), le nom de Tepano Jaussen peut être élargi à ses recherches moins connues sur la langue de l’île de Pâques : le Bureau a décidé de republier son étude sur les Bois parlants (parue en 1893), une manière de souligner l’apport de ce grand missionnaire — et des missionnaires en général.

Quant à la bataille de Fei qui opposa jadis le futur Pomare II à Opuhara, et qui coïncide aussi avec la conversion rapide de Tahiti au christianisme, nous collectons dès à présent les récits de cet événement historique pour les lier à ceux qui l’ont suivi dans le cadre d’une recherche qui pourrait s’appeler « de la bataille au pardon ». La bataille de Fei Pi n’a-t-elle pas une résonnance particulière dans la renaissance culturelle de notre Pays ?

Le Bureau de Tenete a rencontré les « pères fondateurs » de cette Association œcuménique, placée sous la double présidence d’honneur de la Mission catholique et de l’Église protestante, et plus précisément Mgr Pascal, évêque coadjuteur du diocèse de Taiohae et Administrateur apostolique de l’archidiocèse de Papeete le lundi 9 février , puis le 10 Taaroanui Taari et Céline Hoiore, respectivement président et secrétaire générale de l’Église protestante maohi et le surlendemain, le 11, Théano Jaillet, directrice du Musée de Tahiti et des îles…

Nous avons pu exposer, à chaque fois, les grands axes de nos projets ; le premier nous a encouragés dans nos démarches, les seconds nous ont fait part de leur souci quant au dépôt des objets par Tenete au MTI et de l’importance et de la difficulté à nous pencher sur le bicentenaire de Fei Pi.

Quant à la directrice du MTI, elle a d’abord remercié l’association d’avoir participé régulièrement au Conseil d’administration de son établissement ; puis elle nous a montré le « cahier O’Reilly », en fait l’inventaire des objets déposés par Tenete ou au nom de Tenete au Musée depuis sa création jusqu’à nos jours. Un très grand travail de recollement attend donc le Bureau, soucieux de la traçabilité des objets Tenete… mais aussi les membres de l’Association qui souhaitent nous aider !

Pour adhérer à Tenete, il faut être parrainé par deux membres du bureau et si vous désirez participer à nos travaux, il suffit de nous contacter par courriel à : tenete-tahiti.org ou par courrier : B.P. 3930 – 98713 Papeete

Tenete

Association de la loi du 1er juillet 1901,

Constituée le 19 décembre 1973

Assemblée générale du jeudi 18 décembre 2014

Avec élection du nouveau bureau

Bureau élargi, PV du 15 janvier 2015.

_________________________

N° Tahiti : B43302

_________________________

Président :                   Robert KOENIG

Vice-président :           R.P. Vetea BESSERT

Trésorier :                    Philippe MACHENAUD

Trésorier-adjoint :      Jean-Gérard LEBOUCHER

Secrétaire :                  Vahi Sylvia TUHEIAVA épouse RICHAUD

Secrétaire-adjointe :   Heitaire CHAVE épouse TEHIO

Archiviste :                  Teiki PORLIER

_________________________

Adresse postale :        B.P. 3930 – 98713 Papeete

Courriel :                     

Site :                             www tenete-tahiti.org

© Association Tenete - 2015

Il faut que nous acceptions qu’il existe des situations insolubles sur la famille

Intervention du cardinal André VINGT-TROIS – 18 juin 2015

Depuis le mois de janvier 2015, des équipes synodales ont été invitées dans les paroisses parisiennes à réfléchir aux questions familiales évoquées lors de la première session du Synode. Le 18 juin, les personnes ayant participé à ces rencontres se sont réunies à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, VIIe arrondissement, pour découvrir la synthèse diocésaine de leur travail. Le cardinal Vingt-Trois est intervenu en fin de rencontre pour proposer quelques pistes de réflexion et de travail.

Nous avons vécu des ébranlements considérables dans la vie sociale et dans la vie ecclésiale

[…] Je voudrais souligner a plus de conséquences. Nous sommes pris tous dans un ébranlement social. C’était peut-être vrai à d’autres époques ! Je ne dis pas qu’on vit une époque exceptionnelle… mais elle est toujours exceptionnelle dans la mesure où c’est nous qui la vivons ! Je veux bien croire qu’en d’autres époques, il y ait eu un ébranlement considérable, mais comme nous n’y étions pas… Tandis qu’aujourd’hui, l’ébranlement, même s’il n’est pas nouveau, est nouveau pour chacun d’entre nous. Dans les 40 années qui viennent de s’écouler, nous avons vécu des ébranlements considérables dans la vie sociale et dans la vie ecclésiale. Ces ébranlements sont comme une épreuve du feu : ils nous sollicitent et nous pouvons même dire qu’ils nous acculent à faire l’inventaire des ressources dont nous disposons pour faire face aux problèmes de l’existence et parfois, nous nous apercevons que ce que nous considérions comme garanti, ne l’est pas tout à fait autant que nous le pensions. Par conséquent, il nous faut creuser plus profondément pour trouver de quoi faire face. Quelques exemples. Il y a 50 ans, on trouvait tout naturel que les enfants soient baptisés, aujourd’hui cela ne va pas de soi. Il y a 50 ans, les gens qui se mariaient avaient de fortes chances de vivre ensemble jusqu’à la fin de leurs jours, moins les 20 % qui étaient déjà connus comme exposés à la dislocation, mais on ne le disait pas. Aujourd’hui, et cela ressort très bien de vos échanges, l’indissolubilité comme valeur fondatrice ne correspond pas aux effets sociaux de la dislocation. Cela veut dire que nous disposons dans notre patrimoine chrétien, dans notre tradition, dans nos références, d’une richesse, d’un élément, d’un point d’appui, en décalage par rapport à ce qui se passe. C’est un ébranlement. Cela ne signifie pas que, ce que dit Jésus sur l’indissolubilité du mariage, ne veut rien dire. Cela signifie que, dans notre situation, l’application de ce que Jésus dit aux situations que nous connaissons n’est pas automatique. Nous avons une expérience d’Église – cela ressort très bien à travers ce qui a été dit – relativement unanimiste ! On dit l’Église demande ceci, demande cela, comme si c’était une organisation qui dispose d’un pouvoir direct, effectif, sur nos vies, alors qu’en fait, elle ne possède pas ce pouvoir-là. Sur 80 % de ses membres, ce qu’elle dit peut éventuellement constituer des discours intéressants, mais cela n’est pas prescriptif. Donc, il ne faut pas nous dire : l’Église dit cela, donc cela va se passer ! Ou bien l’Église devrait dire cela pour que cela se passe ! L’Église pourra dire tout ce qu’elle voudra, cela ne se passera pas !

La conversion de notre vie demande du temps

Aujourd’hui, le pape a publié une encyclique pour inviter le monde à se convertir à une autre manière de vivre. Je ne pense pas que la semaine prochaine beaucoup de choses auront changé ! Sans beaucoup caricaturer, pendant 50 ans, on a dit à ceux qui venaient à la messe : vous ne pouvez pas venir à la messe sans communier, c’est comme si vous veniez vous mettre à table sans manger ! Il y avait des raisons bien sûr. Mais maintenant, on leur dit : vous pouvez très bien venir à la messe sans communier… Vous conviendrez avec moi que c’est un certain ébranlement. Ce n’est pas simplement une question disciplinaire, d’interdit ou de non interdit. Cela veut dire que dans l’éducation, dans tout ce qui se transmet sans être appris, c’est-à-dire ce qui se passe dans les familles précisément, on a fait passer des mœurs, et aujourd’hui on dit : est-ce que c’est absolument sûr qu’on ne peut pas être chrétien, qu’on est chrétien, qu’on est chrétien sanctionné, qu’on est chrétien exclus ? Il faudrait voir… Autre exemple, nous vivons dans une société imprégnée de slogans de non-discrimination, c’est-à-dire qui interdit de faire des différences. Cela présente un gros avantage : escamoter tous les conflits. Chacun fait ce qu’il veut et la tolérance suppose que tout soit possible et que tout se vaille. Mais la vie n’est pas ainsi. Si les gens divorcent, c’est précisément parce qu’ils ne sont pas d’accord. S’il y a des conflits, c’est bien parce qu’il y a des discriminations. Vouloir escamoter ces différences constitutives de la vie sociale, c’est imaginer un autre univers, ce n’est pas le monde dans lequel on vit. La difficulté, est-ce la norme ou est-ce l’accident ? On me dit : vous faites des difficultés parce que vous demandez que le mariage soit unique et définitif… mais la difficulté, c’est quand même que des gens ne peuvent pas vivre ensemble ! Je pense que cela dit quelque chose sur notre vie, sur notre vie collective, sur notre vie sociale. Cela dit qu’on a du mal à accepter que tout le monde ne soit pas au même endroit du chemin. Tout le monde ne vit pas la conversion sur commande. La conversion de notre vie demande du temps. Notre travail pastoral dans l’Église, c’est simultanément d’annoncer que ce que le Christ nous dit est une ressource et une espérance pour tous les hommes, et en même temps d’accepter que tous les hommes ne l’accueillent pas en même temps, au même moment et avec la même plénitude. Ce n’est pas parce que certains marchent moins vite que d’autres qu’il faut dire que personne ne peut y arriver. Ce n’est pas parce que certains y arrivent qu’il faut dire : ceux qui n’y arrivent pas, tant pis ! D’une certaine façon, on a résolu le problème en disant qu’il n’y aurait pas de jugement et que tout le monde passerait la barrière… ce n’est donc pas la peine de se fatiguer !

Comment va-t-on briser la glace et aider des gens à sortir de leurs protections ?

Mais les gens ne croient pas à cela. En réalité, ils ne pensent pas que ce que l’on fait, ce que l’on pense ou ce que l’on dit est sans importance, ils ne pensent pas que leurs actions sont sans conséquence. Tout ce chemin conduit à la conversion, appelle l’accompagnement, c’est-à-dire la présence fraternelle. Je trouve que cela éclaire un aspect de la vie de nos communautés. Je vais prendre un exemple simple qui éclaire ce que je veux dire. Quand on parle dans le document du Synode de la préparation au mariage, immédiatement après, et ce n’est pas nouveau, on dit : les diocèses veilleront à ce qu’il y ait des services de préparation au mariage, etc. En réalité, depuis 50 ans, je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de domaines de la vie humaine où l’Église ait investi autant de forces, autant de temps, et autant d’énergie que la préparation au mariage. C’est un terrain où l’on a été présent constamment, de façons différentes mais avec beaucoup de persévérance, et je pense que cela a porté du fruit. C’est normal qu’il y ait besoin de changer certains aspects. Mais ce que j’entends, c’est qu’à travers le travail des équipes synodales, l’expérience communautaire de la paroisse ouvre une porte à une parole sur l’intimité personnelle. On ne peut pas assumer cette évolution simplement par des organisations nouvelles. C’est un changement de manières de faire ce n’est pas un changement d’organisation. Cela veut dire que nos communautés chrétiennes doivent progresser dans leur capacité d’accueillir, d’assumer l’expérience particulière des uns et des autres. Mais cela ne passe pas simplement par un service, paroissial ou diocésain. Cela passe par l’implication de chacun vis-à-vis des autres, de l’intérêt que les paroisses portent les unes aux autres… De la même façon, certaines paroisses peuvent préparer 10, 30 mariages ou davantage sans que les paroissiens du dimanche soient le moins du monde concernés… Ceci me fait dire quelquefois que dans une paroisse, il y a… 3 paroisses ! Il y a la paroisse de ceux qui ne viennent jamais à l’église, ce sont quand même les plus nombreux ! Ensuite, il y a la paroisse de ceux qui viennent le dimanche. Et il y a la paroisse des gens qui viennent pour des sacrements et qui ne viennent pas à la messe le dimanche. Va-t-on pouvoir faire communiquer ces trois mondes ? Comment va-t-on briser la glace et aider des gens à sortir de leurs protections ?

Le genre de travail que vous avez entrepris pose ces questions. Cela nous demande de réfléchir à cela, de travailler là-dessus.

Est-ce que le mot « famille » peut désigner n’importe quelle réalité ?

Dernier point, nous sommes confrontés à une difficulté réelle si l’on ne peut plus attribuer aux mots un sens. Je connais très bien le débat qui affleurait à travers les comptes rendus au sujet de la manière de parler d’une famille, comme si un père, une mère, un enfant c’était une famille, mais on nous dit que cela n’est pas ça la famille… D’accord, mais quel vocabulaire va-t-on pouvoir utiliser pour désigner la réalité ? Est-ce que le mot « famille » peut désigner n’importe quelle réalité ? À la dernière session du Synode, un évêque d’un pays lointain a dit : « Je vous écoute, et quand je vous entends, je comprends que la famille c’est : un homme, une femme et deux enfants. Mais chez moi, ce n’est pas cela du tout ! Chez moi, la famille, c’est 40, 50 personnes ! Quand on parle de la famille, on parle non seulement du noyau parents-enfants, mais des alliés, des cousins, cousines… Souvent les parents partent en Amérique ou en Europe pour gagner de l’argent et faire manger des enfants restés et confiés à un oncle, à une tante, à un grand-père, – et il a même ajouté : quelquefois, ils n’ont été confiés à personne et on les retrouve sur les trottoirs. » Alors, peut-être y a-t-il des interférences entre la situation économique, politique et la réalité familiale, mais je ne suis pas sûr que nous soyons prêts, dans notre extension, dans notre compréhension de la famille à intégrer toutes ces données. Sommes-nous prêts à accepter que notre modèle familial ne soit pas universel ? C’est déjà un premier résultat du Synode : notre modèle familial n’est pas universel, il fait partie d’un ensemble, mais nos à-peu-près institutionnels que nous essayons de faire reconnaître comme équivalents ne sont pas plus universels. J’ajoute cette réflexion – publique – d’un évêque : « toutes vos situations m’intéressent beaucoup, mais chez moi, le problème c’est la polygamie ; alors je comprends que chez vous, la polygamie est successive mais chez nous elle est simultanée, alors comment faire ? Je ne crois pas que vos solutions pourront nous servir ».

Il faut que nous acceptions qu’il existe des situations insolubles

C’était intéressant parce qu’il nous faisait comprendre qu’il y a des situations humaines pour lesquelles on n’a pas de solution. Et cela, c’est difficile. Si je demande à un polygame de renvoyer deux de ses trois femmes qui ont vécu 30 ou 40 ans avec lui, qui ont travaillé pour lui, qui ont élevé ses enfants, cela signifie qu’une fois dehors, elles seront sans statut. Elles seront seules dans un univers où les femmes seules n’ont pas d’existence. Tout le monde comprend bien que c’est immoral. Cela ne veut pas dire que la polygamie est morale ! Cela veut dire qu’on ne sait pas quoi faire. Mais pour nous qui avons un esprit cartésien… il n’y a que le bien et le mal. Et il faut être dans le camp du bien et pas dans le camp du mal… Mais la réalité humaine n’est pas tout à fait ainsi. Il faut que nous acceptions qu’il existe des situations insolubles, et qu’il nous faut alors porter le fait qu’il n’y a pas de solution. Je ne peux pas dire à quelqu’un qui a divorcé, fondé une nouvelle famille, élevé des enfants : il faut que tu quittes ta famille, que tu laisses ta femme et tes enfants ! C’est immoral, ce n’est pas pour autant que je trouve que c’est bien. Mais je ne peux pas lui demander quelque chose d’immoral. Alors, la tâche pastorale, c’est d’assumer cette incapacité où nous sommes. Nous sommes dans des situations où nous n’avons pas de bonnes solutions. Notre mission, c’est de tenir la main des gens et de les aider à marcher, ce n’est pas de leur donner des brevets de moralité, en se contentant de leur dire : ce que vous vivez, c’est très bien, de toute façon, tout est pareil, eh bien, non ! Tout ne se vaut pas. Et pour cela, il faut que nous arrivions à assumer qu’il y a des choses qui ont une définition, pas d’abord une définition biblique mais une définition humaine et que cette définition dit quelque chose sur l’homme et on ne peut pas l’effacer.

Fracturer les barrières et parler les uns avec les autres

Je vous redis combien tout ce que vous avez exprimé rejoint un certain nombre de questions auxquelles notre prochaine session du Synode va être confrontée. Pour terminer, je voudrais ajouter que ce que nous avons vécu, qui est très frustrant, forcément, est encore plus frustrant à l’échelon du Synode ! Mais le pape a voulu que cette démarche soit vécue comme un temps d’épreuve spirituelle, un temps de discernement, un temps où nous sommes habités par des aspirations, des attentes, des désirs, des refus, qui ne sont pas tous compatibles. Ce « combat » extérieur, qui va se dérouler dans les réunions du Synode, est en fait le reflet du combat intérieur auquel les hommes sont soumis. Mais le pape a défini très clairement sa position en précisant qu’il était là pour entendre, observer, ressentir les dynamismes, les aspirations, les impossibilités. Après, il tirera les conclusions. Mais avant tout, il a voulu ce temps nécessaire de travail.

Je vous remercie beaucoup de votre participation, de votre soutien, et je vous encourage à poursuivre ce travail pour fracturer les barrières et parler les uns avec les autres.

Cardinal André VINGT-TROIS

© Urbi et Orbi - 2015

Le fait religieux à Tahiti, obstacle ou vecteur de progrès ? [1]

Réflexion de Mr Dominique SOUPE - 2002

Porter un regard objectif sur la société polynésienne et y mesurer l'influence du fait religieux, alors qu'on est l'une des chevilles ouvrières de l'archidiocèse de Papeete, relève du défi. Toutefois, l'avis d'un acteur fortement impliqué dans le rapport du religieux au sociétal peut aider à mieux comprendre les lignes de force et les contradictions d'une organisation humaine qui, en l'occurrence, connaît depuis quarante des mutations profondes.

Le désir d'identité

Dans le monde polynésien resté traditionnel, l'homme est fortement impliqué dans l'univers du visible comme de l'invisible. L'homme y cherche des éléments de compréhension de sa vie, sens et sécurité, protection contre le mal et parfois contre les esprits mauvais. Le recours à des devins, à des mages ou à des guérisseurs est actuellement en progression. Le brassage des cultures, la pluralité des opinions, la multiplication des informations, brouillent les repères auxquels chacun a l'habitude de se référer. Il est probable que la religion chrétienne, souvent présentée de manière trop dogmatique, ne réussisse pleinement à satisfaire ce désir d'harmonie intérieure, véritable quête d'identité.

Si 85 % de la population confessent la foi chrétienne, protestante ou catholique, environ un chrétien sur deux participe au culte dominical, ce qui est relativement important à l'échelle du monde, mais modeste pour une société insulaire d'Océanie. Dans ce contexte, l'appartenance à une communauté chrétienne, perçue comme composante fondamentale de l'identité collective, n'est pas toujours intégrée comme trait culturel individuel. Après cent cinquante ans de catholicisme, il aura fallu un concile (1965), trois synodes (1970, 1973, 1989) et l'introduction du renouveau charismatique pour que se déclarer chrétien devienne une donnée importante, voire essentielle, de l'identité individuelle. Un phénomène similaire est perceptible au sein de l'Église évangélique. Cette mutation profonde de certaines mentalités marque un tournant dans l'histoire des églises en Polynésie.

Entre chrétienté et laïcité

L'influence coloniale et l'anticléricalisme affiché depuis un siècle et demi par certains fonctionnaires n'ont pas altéré l'identité chrétienne acquise par les Polynésiens. Structures et institutions portent fortement le sceau de la chrétienté. Et si un mouvement minoritaire se dessine actuellement en faveur d'une approche identitaire basée sur la langue et la culture maohi, puisant ainsi ses références dans les légendes et la mythologie anciennes, les missionnaires protestants et catholiques ont à jamais marqué de leur empreinte les sociétés polynésiennes et ce faisant leurs langues. Reconnaissons avec le pasteur Jacques Nicole, que la Bible tahitienne de Nott « restera à tout jamais le monument littéraire et la référence ultime du reo ma'ohi classique ». Nul doute que la traduction de la Bible en langue marquisienne menée par Monseigneur Hervé Le Cleac'h procède de cette même logique et obtienne le même résultat.

Actuellement, plusieurs prêtres polynésiens collaborent à la dynamisation des langues locales. Ce mouvement impulsé par le fort désir d'identité, mais aussi par une volonté d'inculquer davantage le message chrétien au sein d'une population ne maniant pas toujours le français avec une dextérité suffisante, est soutenu par un bon nombre d'intellectuels polynésiens ayant souffert, au cours de leurs études, d'un discours peu soucieux des minorités sous sa forme « universaliste ». Identifié à la « mondialisation » de la pensée, cette attitude provoque, en retour, une relative méfiance pour la langue française. Mais, dans le même temps, une vague médiatique « sécularisante » déferle sur la Polynésie. Ses effets se ressentent surtout dans la jeunesse (qui se désintéresse de plus en plus des lieux de culte traditionnels), au sein des associations, des syndicats et des partis politiques. Au-delà d'un clivage entre chrétienté et laïcité, se fait jour un fossé entre générations, prémisse d'une crise grave des valeurs sociétales et morales.

Une inversion d'échelle de valeurs

Les églises s'interrogent donc sur les valeurs à promouvoir pour renouveler utilement les solidarités au sein de la société polynésienne. Cette mission incombe évidemment aussi bien aux protestants qu'aux catholiques. Déjà en 1833, J.-A. Morenhout soulignait : « Lors du changement de religion, on voulait à toute force, non seulement instruire tous les Indiens dans la nouvelle doctrine, mais encore leur apprendre à lire, afin de pouvoir leur faire mieux connaître les devoirs des chrétiens et la morale de la Bible... » (cité par le pasteur Jacques Nicolle). Mais comme le note récemment Jean Boissonnat dans L'évêque et l'économiste : « ... l'Église... change de camp : hier elle se situait dans la société politique ; aujourd'hui dans la société civile. Mais les opinions publiques ne voient pas toujours clairement ce repositionnement. »

En Polynésie, les églises catholique et protestante auraient pu asseoir leur pouvoir sur le caractère séculier des fidèles laïcs, et « placer » leurs « ministres » (institués ou ordonnés) au sein des institutions communales ou territoriales. En fait, ce sont les « katekita » (catéchistes responsables de communautés) et les diacres, leaders parmi les plus compétents, qui assurent la stabilité des paroisses. Les responsables des églises ont ainsi fait un choix, afin de préserver une valeur essentielle, l'unité des communautés locales. Ainsi, la règle veut qu'un président d'association catholique ou qu'un responsable paroissial venant à être candidat puis élu lors d'une consultation électorale présente sa démission, même s'il en coûte la « perte » d'un cadre dynamique. Ce type de disposition évite de tomber dans le piège de la sécularisation et de la conflictualité.

Inversement, on trouve des laïcs catholiques ou protestants dans le monde associatif, politique, syndical, académique, sportif, culturel. Leur influence, rejoignant en cela le souci des églises, peut se révéler très positive lorsqu'ils ne cherchent pas à servir leurs propres intérêts. Globalement, la société polynésienne s'oriente vers un fonctionnement selon un double registre : l'un, basé sur le pouvoir économique teinté d'autoritarisme et même d'intimidation, mise sur le « progressisme » triomphant capable de surmonter tous les obstacles ; l'autre, basé sur le repli sur soi, s'appuie sur la peur que tout s'arrête un jour, une sorte de vague à l'âme, un retour crispé aux valeurs du passé.

Les églises parlent volontiers d'« homme nouveau » (Ap 21,5), de « société nouvelle ». C'est en quelque sorte le passage de l'enfer au paradis. Politiquement, les choix institutionnels sont posés en termes similaires : l'autonomie large en association avec la France serait le « Paradis » pour les uns, et l'indépendance, l'« Enfer » pour les autres... et inversement. Dans un tel débat, l'Église tente de se démarquer. Promotrice des valeurs essentielles, elle se veut, refuge et recours possibles. Les événements douloureux de 1987 et 1995 l'ont montré, puisque des responsables religieux ont servi de médiateurs. Lors des travaux préparatoires à la Charte de l'éducation et à la Charte du développement, les églises ont largement été associées. Faut-il en déduire que l'Église est unanimement reconnue en Polynésie ?

Un retour vers l'Homme ?

Dans une société de type libéral où l'économique prime souvent sur toute autre donnée, où la famille éclate de plus en plus facilement, quelle place occupe à présent l'individu que ce soit à l'échelle du monde ou de la société tahitienne ? En 1965, pour la première fois dans l'histoire, un concile s'est adressé aux fidèles et à tous les hommes de bonne volonté : « … Le monde moderne apparaît à la fois comme puissant et faible, capable du meilleur et du pire, et le chemin s'ouvre devant lui de la liberté ou de la servitude, du progrès ou de la régression, de la fraternité ou de la haine. D'autre part, l'homme prend conscience que de lui dépend la bonne orientation des forces qu'il a mises en mouvement et qui peuvent l'écraser ou le servir... » (Vatican II, Gaudium et spes n°4). Cette dimension planétaire du rôle de l'Église se retrouve difficilement au niveau des autres églises chrétiennes, bien que le Conseil œcuménique des Églises puisse parfois prendre des décisions retentissantes.

En Polynésie, en 1968, la nomination d'un jeune évêque d'origine polynésienne, Mgr Michel Coppenrath, a coïncidé avec la mise en application des décisions conciliaires. Cet événement suivait de cinq ans la reconnaissance de l'autonomie de l'Église évangélique de Polynésie française. Dès lors, se sont organisés des synodes locaux amenant les deux églises à mieux se fondre dans le monde polynésien. Coïncidences de l'histoire, à la même époque, commençait l'ère du CEP, plongeant soudainement la Polynésie dans des bouleversements profonds : avec la migration massive des archipels éloignés vers Papeete, avec une soudaine surpopulation masculine européenne, les équilibres ancestraux ont été rompus. La vitrine merveilleuse tournée vers un océan aux mille couleurs qu'on présente aux touristes cache soudain une arrière-boutique orientée vers la montagne, faite de laideurs, de familles éclatées et d'enfants délaissés, de logements insalubres, de tristesses et parfois de violences. Dans ce contexte difficile, même si elle a la volonté d'infléchir le cours des choses, l'Église a-t-elle les moyens d'une action ?

Face à la montée des inégalités: une mutation ecclésiale

La manne apportée par le CEP a bouleversé le visage de la société tahitienne. L'importance croissante des salaires des fonctionnaires, indexés sur la cherté de la vie, accentue les inégalités entre secteurs public et privé. L'agriculture, initialement exportatrice, se meurt. L'argent et la consommation priment sur l'Homme. Les églises s'arment pour faire face à cette nouvelle donne à laquelle elles n'étaient pas préparées. Au plan politique, c'est l'Homme et la famille qu'il faut défendre. Au plan éthique, c'est le défi de l'arme nucléaire qu'il faut surmonter.

Dès mai 1968, Mgr Michel Coppenrath a préparé un synode diocésain, le premier dans les îles du Pacifique, dont le thème est : « Notre vocation de chrétien, aujourd'hui, en Polynésie ».

Une enquête sociologique rigoureuse est menée par le Père Boulard, auprès de 5 089 familles représentant 21 567 catholiques. Pour la première fois, l'ensemble du « peuple de Dieu » est consulté, 266 délégués (68 % de laïcs) répartis en sept commissions y participent. (Source : P. Hodee, Tahiti 1834-1984, Papeete, 1983). Ce synode joue le rôle de « starter », les laïcs pratiquants prennent la mesure de leurs responsabilités au sein de l'Église.

Au défi de la « mutation atomique », l'Église répond par une grande « mutation ecclésiale », en sollicitant l'ensemble des laïcs de « bonne volonté ». Les synodes de 1973 et de 1989 ont accentué cette démarche qui consiste à « voir - réfléchir - s'engager pour marcher ensemble » : soutenir et défendre la famille, porter attention aux jeunes délaissés, former les cadres laïcs et soutenir les vocations afin d'aider l'Homme à être le principal acteur de son développement résumerait assez bien les priorités dégagées. Il s'agit en l'occurrence de briser la spirale de l'assistanat encouragé par « l'État-providence ».

Dans le diocèse des Marquises - autonome en 1966 -, confronté aux mêmes soucis et aux mêmes priorités, Mgr Hervé-Marie Le Cleac'h initie une démarche synodale : « L'éducation, la famille, la pastorale et l'avenir aux îles Marquises » sont les thèmes abordés. Les Marquisiens se sentent délaissés, tant par les autorités territoriales installées à Papeete que par les autorités de l'État, et donc condamnés en quelque sorte à une vie autarcique qu'ils refusent. Seule l'Église leur paraît une institution fidèle à ses positions doctrinales, stable et véritablement préoccupée par l'avenir de l'Homme.

Dans ce contexte confus et d'abandon ressenti par les plus humbles, un « renouveau spirituel », fréquemment appelé « renouveau charismatique », est en train de se développer en Polynésie. Le chrétien polynésien est en effet sensible à une pratique religieuse collective et festive qui lui permet de surmonter ses difficultés personnelles, familiales ou professionnelles et à se tourner vers Dieu d'une façon plus directe, dans une forme de prière plus libre et plus sincère, de fait moins stéréotypée. En octobre 1982, la mission du Père Emiliano Tardif a déclenché un réveil spirituel surprenant tous les observateurs : vingt mille personnes ont retrouvé le chemin des lieux de culte et la pratique religieuse. Des fruits de « paix et de joie », le désir d'une formation spirituelle solide sont les marques laissées par ce « cyclone spirituel ».

On ne peut évidemment pas taire l'épisode dramatique des « bûchers de Faaite » que l'on a malheureusement mis sur le compte des « charismatiques ». Il s'agit là d'un épiphénomène lié à la fragilité d'individus vivant dans un contexte écologiquement fragile (d'atoll), socialement étouffant (par promiscuité et déconnection des centres de diffusion médiatique). Depuis, prêtres et pasteurs redoublent d'attention lorsqu'ils ont affaire à des fidèles isolés, les aidant à approfondir leur foi, les visitant régulièrement, les soutenant dans leurs projets de développement, car tout mieux être est dans l'éducation et l'aide au développement, dans les moyens conférés à chacun pour s'assumer dans une relative harmonie avec ses semblables.

[à suivre]

© Hermes 32-33 - 2002

Méditation sur la Parole

Les trois lectures de ce dimanche nous parlent de la « spiritualité de l’échec » : le prophète Ézéchiel reçoit de Dieu l’ordre de rester debout face à un peuple qui refuse son message. Paul avoue avoir une « écharde dans la chair », un échec qu’il a des difficultés à surmonter. Et Jésus essuie un échec dans son propre village. L’échec fait parti de notre vie, mais Dieu nous aime malgré nos échecs.

« L’écharde » de Paul est un bon exemple de tout ce qui ne réussit pas dans notre vie et de toutes nos faiblesses humaines. Dieu lui dit alors : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Paul est appelé à s’accepter tel qu’il est, tout en corrigeant son image de Dieu. Le Seigneur n’a pas besoin de nos performances exceptionnelles. Il nous aime tels que nous sommes.

Dieu construit, paradoxalement, sur nos pauvretés, même si la raison humaine prétend le contraire. Nous appartenons à une civilisation qui ne glorifie que le meilleur, le premier, le numéro un… en politique, en sport, en carrière ! C’est la loi du plus fort. L’évangile, par contre, est une Bonne Nouvelle pour tous mais particulièrement pour celles et pour ceux qui ne sont pas les meilleurs, qui éprouvent toutes sortes de difficultés : les malades, les faibles, les rejetés, les derniers de l’équipe, les exclus.

Nous subissons tous des échecs dans nos projets personnels, dans les études, le mariage, la carrière, l’éducation des enfants. Notre santé est précaire, nous avons des addictions, des limites, des faiblesses.

L’échec peut venir de différentes directions. Dans le texte d’aujourd’hui, il est le résultat de la prédication des valeurs du Royaume. Un message de vérité, d’amour, de justice, de paix est rarement bien reçu et soulève souvent l’opposition, l’hostilité, la haine et la violence ! De nombreux artisans de paix en sont les témoins : Martin Luther King qui défendait les droits des minorités ; Ghandi, un Hindou qui s’était lié d’amitié avec les Musulmans ; Dietrich Bonhöffer, un pasteur protestant, pendu par les S.S. parce qu’il s’opposait à l’extermination des Juifs et combattait la politique de mort d’Adolf Hitler ; Mgr Romero qui dénonçait l’exploitation des plus pauvres. Ce dernier est mort assassiné, alors qu’il célébrait l’eucharistie.

Helder Camara a parcouru le monde comme messager de la paix et de la fraternité ; Mère Teresa apportait aux malades et aux démunis un peu de réconfort et de chaleur humaine ; Jean Vanier, grâce aux Foyers de « l’Arche », proclame la grandeur des petits, des handicapées, des sans-défenses ; Mgr Desmond Tutu lutte pour la libération de son peuple et combat toutes les discriminations et toutes les injustices.

Des organismes comme Amnistie Internationale, Développement et Paix, Green Peace, Médecins sans frontières dénoncent les injustices et font prendre conscience de la grande misère de notre monde.

Voilà pour nous des exemples de personnes et d’organismes engagés, qu’il nous faut non seulement admirer mais nous efforcer d’imiter.

Le cardinal Daneels disait que notre époque pouvait être caractérisée par l’apparition de « l’homme sans vocation ». Selon lui, on ne conçoit plus de réels projets d’avenir. Ceux que l’on choisi restent inscrits dans le cadre étroit de l’instant présent : confort économique, satisfaction des besoins sentimentaux, sécurité à la maison et au travail, liberté absolue... Contrairement à ces objectifs très personnels et souvent très égoïstes, la vraie vocation de l’être humain est d’être au service des autres. Elle est communautaire et fraternelle et donne un sens à la vie.

Nous trouvons facilement des excuses pour ne pas aider les autres : nous n’avons pas de charismes spéciaux, nous ne sommes pas membre d’une communauté religieuse, nous sommes trop occupés avec notre travail et notre famille, etc. Servir n’est pas réservé aux religieux ou aux organismes de bienfaisance. Jean Vanier, Raoul Follereau, Nelson Mandela, sont des laïcs qui ressemblent à chacun de nous, mais ils ont eu le courage de s’engager et d’aider les plus démunis ! Pour être au service des autres, nous n’avons pas besoin d’être des gens exceptionnels.

L’évangile de ce dimanche nous invite à réfléchir sur nos échecs, ce qui peut nous offrir l’occasion de nous accepter nous-mêmes, de grandir dans l’estime de soi, et de faire croître notre foi. Nous pouvons alors passer à l’action, au service de ceux et celles qui ont besoin d’aide.

© Cursillos - Canada - 2015

 

 

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Date de dernière mise à jour : 2015-07-04