Pko 06.12.2015

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°60/2015
Dimanche 6 décembre 2015 – 2ème Dimanche du Temps de l’Avent – Année C

Humeurs 

Fermeture de la Cathédrale en dehors des heures des offices

C’est par le courrier ci-dessous, que nous avons annoncer à Mr le Maire de Papeete, que désormais la Cathédrale serait fermée en dehors des heures des offices religieux… et ce à partir de lundi 7 décembre…

« À Papeete le 27 novembre 2015

Monsieur le Maire,

Ce courrier pour vous annoncez qu’à partir du lundi 7 décembre, la Cathédrale de Papeete ne sera ouverte qu’aux heures des offices. Soit du lundi au vendredi de 5h à 7h30, le samedi de 5h à 7h30 et de 17h à 19h30 et le dimanche de 7h à 9h30. En dehors de ces heures, les portes de la Cathédrale seront closes, sauf en cas de célébrations religieuses exceptionnelles.

Les raisons qui nous ont conduit à cette douloureuse décision sont l’insécurité générée autour et dans la Cathédrale par la présence de deux personnes clairement identifiées (… et …). Ces personnes sont actuellement presque à demeure autour de la Cathédrale et la plupart du temps en état d’ébriété. Il ne se passe pas un jour sans qu’insultes, cris ne soient proférés par eux à l’égard des fidèles, des touristes, des passants. Sans qu’ils ne se couchent dans la Cathédrale… bref sans de nombreux incidents.

Malgré nos nombreux appels auprès des services de la Police nationale et leurs interventions, la situation ne cesse de s’empirer. Il semble que la Police nationale n’ait pas la possibilité de régler ce problème de façon perenne.

Nous ne pouvons donc continuer à laisser la Cathédrale ouverte puisque nous ne pouvons garantir la sécurité et la tranquillité des personnes qui y viennent. Vous savez, que depuis plus de quinze ans, notre souci a toujours été de laisser ce haut lieu de Papeete ouvert le plus largement au public. Les fidèles de la Cathédrale n’ont pas ménagé leur peine pour assurer son ouverture aux aurores et sa fermeture le plus tard possible.

Considérant que l’autorité civile ne peut nous aider en assurant une véritable sécurité autour de ce lieu nous nous voyons contraint d’abandonner ce à quoi nous avons cru : rendre le cœur de la ville attrayant non seulement aux fidèles catholiques mais à la population de Tahiti et aux touristes qui jusque-là, notamment le dimanche, n’avait guère que ce lieu à visiter.

Pourquoi, seulement à partir de 7 décembre ? Simplement pour pouvoir prévenir nos fidèles le plus largement possible. Ce courrier sera donc publié dans le P.K.0 n°60 du dimanche 6 décembre ainsi que sur les sites de la communauté paroissiale de la Cathédrale. Seul les noms des personnes citées ci-dessus seront retirées. Si la Mairie de Papeete voulait qu’un droit de réponse paraisse dans ce même numéro… il n’y a aucun souci. Il faudrait simplement qu’elle nous parvienne avant le jeudi 3 décembre.

Profondément désolé d’en être arrivé à cette situation extrême, je vous prie Monsieur le Maire, de croire à ma prière fraternelle.

Père Christophe BARLIER

Vicaire de la Cathédrale de Papeete »

Chronique de la roue qui tourne

Une journée pour les handicapés

Afin de favoriser l'intégration et l'accès à la vie économique, sociale et politique des personnes handicapées, une Journée Internationale des Personnes Handicapées a été proclamée, en 1992, par les Nations Unies, à la date du 3 décembre.

Cette journée mondiale est par ailleurs l'occasion idéale de réaffirmer certains principes de base, trop souvent oubliés : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Le respect de cette dignité due à chaque personne, valide ou non, implique la reconnaissance de droits fondamentaux comme l'éducation ou l'accès au travail. (Source : http://www.journee-mondiale.com).

La chaise masquée

La parole aux sans paroles – 13

Portrait de femme – 3 – Hinano

Un jour où l’autre, on a tous croisé Hinano aux alentours de la Cathédrale. Toujours souriante, toujours gentille, toujours serviable. Elle est une des mains qui plient notre PK0 toutes les semaines. Oui, un grand cœur erre dans les rues de Papeete…

D’où viens-tu ?

« Je viens de Papara mais, quand j’ai eu 7 ans, on est venu habiter dans un "fare hei" à Vaiete, à Papeete. On faisait des couronnes de fleurs. »

Avec tes parents ?

« Oui, et tous mes frères et sœurs. On est 9. 5 filles et 4 garçons. Moi, je suis l’avant dernière. Alors, on dormait au "fare hei", on avait des toilettes plus loin et on se baignait au tuyau. Longtemps après, on nous a donné un fare OPH à Papara. C’était bien. Mais quand maman est morte, je suis revenue dans la rue, il y avait beaucoup trop d’histoires avec la famille. »

Ton école ?

« J’étais à l’école Viénot d’abord. Après l’école adventiste et Taimoana. Après j’ai fait le CJA, 1 an. Ce n’était pas bien, on faisait la même chose qu’à la maison : ménage, cuisine. J’étais fiu, j’ai quitté. J’ai travaillé pour le Port Autonome et à mes 18 ans j’ai eu un CDI. J’avais le SMIG de 139 000 francs, ça allait. Mais on changeait toujours de chef de service et notre salaire baissait à chaque fois. J’ai démissionné et j’ai continué à faire des couronnes. Après j’ai eu des formations à l’école et au Marché. »

Et là, dans la rue, comment tu t’en sors ?

« Tu sais, heureusement qu’il y a Père. Sans lui, on ne pourrait rien faire. Le taote, les médicaments, le ma’a à Te Vaiete, tout ça, c’est grâce à lui. Il se lève tous les matins pour faire le ma’a. Sans lui, on n’a plus qu’à aller se pendre. Si Nathalie. Personne n’arrive à faire comme lui. Lui, ça fait 20 ans. Les autres, ça ne fait pas longtemps et déjà il y a beaucoup d’histoires. Au centre, il faut voir comment on nous parle, je te jure. Et quand la télé vient, personne n’ose dire. Ce n’est pas comme ça avec Père. Tu sais, avant je volais dans les magasins pour manger. Je mettais les paquets sous mes "titi", ils ne voyaient rien. En plus, je buvais. Je buvais du lundi à dimanche. (Rires). Je buvais trop. Un soir, j’ai même voulu tuer mon copain. Ça m’a réveillé. Le lendemain, je suis venue voir Père pour qu’il m’aide et j’ai signé la croix bleue. Au début, c’était dur mais je suis arrivée avec lui (en pointant son doigt vers le ciel). Sans lui, je n’arriverais pas à tenir. C’est lui qui m’aide. »

Tu es croyante ?

« Oui ! ».

Et ta famille ?

« Mes parents et notre aînée sont morts. J’ai deux frères dans la rue comme moi. J’ai habité un moment chez une sœur. Mais elle n’aime pas mon copain, ça faisait des bagarres. Sinon, j’ai une autre sœur qui voudrait bien m’accueillir mais elle habite chez son copain. ».

N’y-a-t’il pas une solution pour te sortir de la rue ?

« Si, une maison. J’ai demandé à l’OPH d’habiter un logement pour handicapés, là-bas à Hamuta. Étant à la COTOREP, normalement j’ai droit. Mais comme je suis sans enfants, je ne suis pas prioritaire. J’ai déjà déposé mon dossier avec tous les papiers demandés. J’attends toujours. Et l’autre jour, je suis allée voir où ça en est et j’ai entendu la directrice de l’OPH dire que mon dossier ne va pas passer avant 2016 ! Si j’ai une maison, je suis sauvée. Je peux vivre avec mon allocation. Ce ne sera pas facile mais ce sera mieux qu’aujourd’hui. En attendant, je vais dormir à l’hébergement. Quand on a ouvert ça, j’étais contente. Là-bas, on a des casiers pour ranger nos affaires. Mais seulement il n’y a que 50 places. Mais ça va. Tu sais, les couples n’aiment pas venir dormir là parce qu’on les sépare. Un dortoir pour les filles, un dortoir pour les garçons. Alors ils n’aiment pas. Moi, je m’en fous. Mon copain, il sait ! »

Ta vie dans dix ans ?

« Je veux trouver une maison et me marier avec Jeannot. »

La meilleure chose qui te soit arrivé dans la rue.

« Ma rencontre avec Jeannot, ça fait 4 ans. Il était avec ses copains sur le quai et je suis allée avec eux pour fumer. Et depuis, il me quitte plus. (Rires). Parfois, quand j’ai beaucoup d’argent, on va à l’hôtel. Mais on ne fait rien, je te jure. C’est juste pour se reposer et bien dormir sur un bon matelas. Tu sais, je vais te dire, avant Jeannot me tapait. Mais plus maintenant, il sait qu’il n’a pas intérêt. (Rires). Et tu vois, quand j’aime quelqu’un, c’est pour toute la vie. Même s’il a des défauts, je l’aime. Je ne le quitterai pas mais qu’il ne lève plus sa main sur moi. »

Un message ?

« Oui, tu sais, certains abusent de la gentillesse à Père. Ils vont manger à Te Vaiete pour après aller boire et acheter le bonbon (paka). On peut s’en sortir par nous-mêmes mais beaucoup sont des fainéants. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2015

Merci à l’Afrique pour son accueil !

Audience générale du mercredi 2 décembre 2015 – Pape François

Le Pape François est revenu en détail sur son voyage apostolique en Afrique, au cours de l'audience générale place Saint-Pierre. L'occasion de remercier tous les Africains rencontrés pour ce pèlerinage de six jours. « Merci de tout cœur ! » a lancé le Pape a l'adresse de ses hôtes africains, en particulier les autorités civiles et les évêques des trois pays visités.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Ces derniers jours, j’ai effectué mon premier voyage apostolique en Afrique. L’Afrique est belle ! Je rends grâce au Seigneur pour ce grand cadeau qu’il m’a fait, qui m’a permis de visiter trois pays : d’abord le Kenya, puis l’Ouganda et enfin la République centrafricaine. Je redis ma reconnaissance aux autorités civiles et aux évêques de ces nations pour m’avoir accueilli et je remercie tous ceux qui, de bien des manières, ont collaboré. Merci de tout cœur !

Le Kenya est un pays qui représente bien le défi mondial de notre époque : protéger la création en réformant le modèle de développement pour qu’il soit équitable, inclusif et durable. Tout cela se vérifie à Nairobi, la plus grande ville d’Afrique orientale, où cohabitent richesse et misère : mais ceci est un scandale ! Pas seulement en Afrique : ici aussi, partout ! La cohabitation de la richesse et de la misère est un scandale, c’est une honte pour l’humanité. À Nairobi se trouve justement le Bureau des Nations unies pour l’environnement, que j’ai visité. Au Kenya, j’ai rencontré les autorités et les diplomates, ainsi que les habitants d’un quartier populaire : j’ai rencontré les responsables des différentes confessions chrétiennes et des autres religions, les prêtres et les consacrés, et j’ai rencontré les jeunes, beaucoup de jeunes ! À chacune de ces occasions, j’ai encouragé à garder précieusement la grande richesse de ce pays : richesse naturelle et spirituelle, constituée des ressources de la terre, des nouvelles générations et des valeurs qui font la sagesse du peuple. Dans ce contexte si dramatiquement actuel, j’ai eu la joie d’apporter la parole d’espérance de Jésus : « Soyez fermes dans la foi, n’ayez pas peur ! » C’était la devise de ma visite. Une parole qui est vécue tous les jours par tant de personnes humbles et simples, avec une noble dignité ; une parole à laquelle ont rendu témoignage, de façon tragique et héroïque, les jeunes de l’université de Garissa, tués le 2 avril dernier parce qu’ils étaient chrétiens. Leur sang est une semence de paix et de fraternité pour le Kenya, pour l’Afrique et pour le monde entier.

Ensuite, en Ouganda, ma visite s’est passée sous le signe des martyrs de ce pays, 50 ans après leur canonisation historique par le bienheureux pape Paul VI. C’est pourquoi la devise était : « Vous serez mes témoins » (Ac 1,8). Une devise qui suppose les paroles qui précèdent immédiatement : « Vous recevrez la force de l’Esprit-Saint », parce que c’est l’Esprit qui anime le cœur et les mains des disciples missionnaires. Et toute la visite en Ouganda s’est déroulée dans la ferveur du témoignage animé par l’Esprit-Saint. Un témoignage dans le sens explicite comme le service des catéchistes, que j’ai remerciés et encouragés pour leur engagement, qui implique souvent aussi leurs familles. Un témoignage comme celui de la charité, que j’ai touché du doigt dans la Maison de Nalukolongo, mais dans lequel sont engagées de nombreuses communautés et associations au service des plus pauvres, des personnes handicapées, des malades. Un témoignage comme celui des jeunes qui, malgré les difficultés, conservent le don de l’espérance et cherchent à vivre selon l’Évangile et non selon le monde, en allant à contre-courant. Des témoins comme les prêtres, les consacrés hommes et femmes, qui renouvellent jour après jour leur « oui » total au Christ et se dévouent joyeusement au service du saint peuple de Dieu. Et il y a un autre groupe de témoins, mais j’en parlerai après. Tout ce témoignage multiforme, animé par le même Esprit-Saint, est le levain pour la société tout entière, comme le montre l’œuvre efficace réalisée en Ouganda dans la lutte contre le sida et dans l’accueil des réfugiés.

La troisième étape du voyage a été la République centrafricaine, au cœur géographique du continent : c’est précisément le cœur de l’Afrique. Cette visite était en réalité la première dans mon intention, parce que ce pays cherche à sortir d’une période très difficile de conflits violents et de grandes souffrances pour la population. C’est pour cela que j’ai voulu ouvrir justement là-bas, à Bangui, avec une semaine d’avance, la première Porte sainte du Jubilé de la miséricorde, en signe de foi et d’espérance pour ce peuple, et symboliquement pour toutes les populations africaines qui ont le plus besoin de délivrance et de réconfort. L’invitation de Jésus à ses disciples : « Passons sur l’autre rive ! » (Lc 8,22), était la devise pour la Centrafrique. « Passer sur l’autre rive », au sens civil, signifie laisser la guerre, les divisions et la misère derrière soi et choisir la paix, la réconciliation, le développement.

Mais cela suppose un « passage » qui advient dans les consciences, dans les comportements, et dans les intentions des personnes. Et à ce niveau, l’apport des communautés religieuses est décisif. C’est pourquoi, j’ai rencontré les communautés évangéliques et la communauté musulmane, partageant avec elles la prière et l’engagement pour la paix. Avec les prêtres et les consacrés, mais aussi avec les jeunes, nous avons partagé la joie d’entendre que le Seigneur ressuscité est avec nous dans la barque, et que c’est lui qui la guide vers l’autre rive. Et enfin, au cours de la dernière messe, au stade de Bangui, en la fête de l’apôtre André, nous avons renouvelé notre engagement à suivre Jésus, notre espérance, notre paix, Visage de la Divine Miséricorde. Cette dernière messe a été merveilleuse : elle était pleine de jeunes, un stade de jeunes ! Mais plus de la moitié de la population de la République centrafricaine est composée de mineurs, ils ont moins de 18 ans : une promesse pour aller de l’avant !

Je voudrais dire un mot sur les missionnaires. Des hommes et des femmes qui ont laissé leur patrie, tout… Ils sont partis là-bas, jeunes, menant une vie faite de beaucoup, beaucoup de travail, dormant parfois sur la terre. À un moment, j’ai trouvé à Bangui une sœur, elle était italienne. On voyait qu’elle était âgée : « Quel âge avez-vous ? lui ai-je demandé. — 81. — Ah mais ! ce n’est pas beaucoup, deux ans de plus que moi ! » Cette sœur était là depuis l’âge de 23-24 ans : toute la vie ! Et comme elle, il y en a beaucoup. Elle était avec une petite fille. Et la petite fille, en italien, l’appelait « Grand-mère ». Et la sœur m’a dit : « Mais moi, je ne suis pas vraiment d’ici, mais du pays voisin, du Congo ; mais je suis venue en canoë, avec cette petite fille. » Ils sont comme ça, les missionnaires : courageux ! « Et que faites-vous, ma sœur ? — Mais, je suis infirmière et ensuite j’ai un peu étudié ici et je suis devenue obstétricienne et j’ai fait naître 3 280 bébés. » Voilà ce qu’elle m’a dit. Toute une vie pour la vie, pour la vie des autres. Et comme cette sœur, il y en a beaucoup : beaucoup de sœurs, beaucoup de prêtres, beaucoup de religieux qui brûlent leur vie pour annoncer Jésus-Christ. C’est beau de voir cela. C’est beau.

Je voudrais dire un mot aux jeunes. Mais ils sont peu nombreux, parce que la natalité est un luxe, semble-t-il, en Europe : natalité zéro, natalité 1 %. Mais je m’adresse aux jeunes : réfléchissez à ce que vous faites de votre vie. Pensez à cette sœur et à tant d’autres comme elle, qui ont donné leur vie et beaucoup sont mortes là-bas. La mission, ce n’est pas faire du prosélytisme : cette sœur me disait que les femmes musulmanes allaient chez elles parce qu’elles savent que les sœurs sont de bonnes infirmières qui les soignent bien et qui ne font pas le catéchisme pour les convertir ! Elles donnent un témoignage ; et puis pour ceux qui le veulent, elles font le catéchisme. Mais le témoignage : c’est la grande mission héroïque de l’Église. Annoncer Jésus-Christ par sa vie ! Je m’adresse aux jeunes : pense à ce que tu veux faire de ta vie. C’est le moment de réfléchir et de demander au Seigneur qu’il te fasse entendre sa volonté. Mais n’excluez pas, s’il vous plaît, cette possibilité de devenir missionnaires, pour apporter l’amour, l’humanité, la foi dans d’autres pays. Non pas pour faire du prosélytisme, non ! Cela, ce sont ceux qui cherchent autre chose qui le font. La foi se prêche d’abord par le témoignage et ensuite par la parole. Lentement.

Louons ensemble le Seigneur pour ce pèlerinage en terre d’Afrique, et laissons-nous guider par ses paroles clés : « Soyez fermes dans la foi, n’ayez pas peur » ; « Vous serez mes témoins » ; « Passons sur l’autre rive ! ».

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

La miséricorde, une notion clef pour l’Afrique

Conférence de presse du pape François lors de son retour d’Afrique

Dans l'avion de retour de sa tournée en Afrique, le Pape François s'est adonné, comme c'est la tradition, à une heure de dialogue avec les journalistes. Il est revenu sur les grands sujets d'actualité du moment : la COP 21, les fondamentalismes religieux, les affaires de corruption, ou encore sur ses voyages apostoliques.

Bernard Namuname : Au Kenya, vous avez rencontré les familles pauvres à Kangemi. Le même jour, vous êtes allé au stade Kasarani où vous avez rencontré les jeunes. Qu’avez-vous éprouvé tandis que vous écoutiez leurs histoires ? Et que faut-il faire pour mettre fin aux injustices ?

Pape François : Sur ce problème, je me suis exprimé clairement au moins trois fois. Durant la première rencontre des Mouvements populaires au Vatican ; lors de la deuxième rencontre des Mouvements populaires à Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie ; et ensuite deux autres fois : un peu dans Evangelii gaudium, et puis clairement et fortement dans Laudato si’. Je ne me souviens pas des statistiques et pour cela je vous demande de ne pas publier les statistiques que je vous donnerai car je ne sais pas si elles sont exactes, mais j’ai entendu... je crois que 80 pour cent de la richesse du monde est entre les mains de 17 pour cent de la population ; je ne sais pas si c’est vrai, mais si ce n’est pas vrai, nous en sommes proches, car les choses sont ainsi. Si l’un d’entre vous connaît ces statistiques, je le prie de nous les dire pour être correct. C’est un système économique où se trouve l’argent au centre, le dieu argent. Je me rappelle avoir rencontré un jour un grand ambassadeur, il parlait français et m’a dit cette phrase — il n’était pas catholique — il m’a dit : « Nous sommes tombés dans l’idolâtrie de l’argent ». Et si les choses continuent ainsi, le monde continuera ainsi. Vous me demandiez ce que j’ai éprouvé avec les témoignages des jeunes et à Kangemi, où j’ai également parlé clairement de droits. J’ai éprouvé de la douleur. Et je pense au fait que les gens ne s’en rendent pas compte... Une grande douleur. Hier, par exemple, je suis allé à l’hôpital pédiatrique : le seul de Bangui et du pays ! Et en thérapie intensive, ils n’ont pas les instruments pour l’oxygène. Il y avait tant d’enfants mal nourris, tellement. Et le docteur m’a dit : « La majorité de ceux-là mourront, car ils ont une forte malaria, et sont mal nourris ». Le Seigneur — mais je ne veux pas faire une homélie ! —, le Seigneur admonestait toujours le peuple, le peuple d’Israël — mais c’est un mot que nous acceptons et adorons, car c’est la Parole de Dieu — l’idolâtrie. Et il y a idolâtrie quand un homme ou une femme perd sa « carte d’identité », d’enfant de Dieu et préfère chercher un dieu à sa propre mesure. C’est le début. À partir de là, si l’humanité ne change pas, les misères, les tragédies, les guerres, les enfants qui meurent de faim, l’injustice se poursuivront... Que pense ce pourcentage qui a entre les mains 80 pour cent de la richesse du monde ? Et cela n’est pas du communisme, c’est la vérité. Et il n’est pas facile de voir la vérité. Je vous remercie de m’avoir posé cette question, car c’est la vie...

Mumo Makau : Quel a été pour vous le moment le plus mémorable de ce voyage en Afrique ? Reviendrez-vous bientôt sur ce continent ? Et quelle est votre prochaine destination ?

Pape François : Commençons par la fin : si tout se passe bien, je crois que le prochain voyage sera au Mexique. Les dates ne sont pas encore précises. Deuxièmement : reviendrai-je en Afrique ? Eh bien, je ne sais pas... Je suis âgé, les voyages sont fatigants... Et la première question : quel a été le moment [qui m’a particulièrement frappé]... Je pense à cette foule, cette joie, cette capacité de célébrer, de faire la fête avec l’estomac vide. Pour moi, l’Afrique a été une surprise. J’ai pensé : Dieu nous surprend, mais l’Afrique nous surprend aussi ! Il y a eu tant de moments... La foule, la foule. Ils sentent qu’on leur rend visite. Ils possèdent un très grand sens de l’accueil. J’ai vu, dans les trois pays, qu’ils avaient ce sens de l’accueil, car ils étaient heureux de sentir qu’on leur rendait visite. Ensuite, chaque pays a son identité. Le Kenya est un peu plus moderne, développé. L’Ouganda possède l’identité des martyrs : le peuple ougandais, aussi bien catholique qu’anglican, vénère les martyrs. J’ai été dans les deux sanctuaires, anglican tout d’abord, puis catholique ; et la mémoire des martyrs est sa carte d’identité. Le courage de donner sa vie pour un idéal. Et la République centrafricaine : le désir de paix, de réconciliation, de pardon. Jusqu’à il y a quatre ans, catholiques, protestants, fidèles de l’islam ont vécu comme des frères. Hier, je suis allé chez les évangéliques, qui travaillent très bien, et ensuite ils sont venus à la Messe, le soir. Aujourd’hui, je suis allé à la mosquée, j’ai prié dans la mosquée ; l’imam est aussi monté sur la « papamobile » pour faire le tour dans le petit stade... C’est cela : de petits gestes, c’est cela qu’ils veulent, car il y a un petit groupe qui, je le crois, est chrétien ou se dit chrétien, qui est très violent, je n’ai pas bien compris cela..., mais ce n’est pas l’EI, c’est autre chose. Et ils veulent la paix. Maintenant, les élections vont avoir lieu, ils ont choisi un État de transition, ils ont choisi le maire [de Bangui], cette dame, comme présidente de l’État de transition, et elle organisera les élections ; mais ils cherchent la paix, entre eux, la réconciliation, et non la haine.

Philip Pulella : En Ouganda, vous avez dit que la corruption existait partout, même au Vatican. Quelle est l’importance de la presse libre et laïque dans l’éradication de cette corruption, partout où elle se trouve ?

La presse libre, laïque et également confessionnelle, mais professionnelle — car le professionnalisme de la presse peut être laïc ou confessionnel, l’important est qu’il y ait de vrais professionnels, que les nouvelles ne soient pas manipulées — est une chose importante pour moi, car la dénonciation des injustices, des corruptions, est un beau travail, car il dit : « Il y a là de la corruption ». Et ensuite, le responsable doit faire quelque chose, émettre un jugement, constituer un tribunal. Mais la presse professionnelle doit tout dire, sans sombrer dans les trois péchés les plus communs : la désinformation — dire la moitié et ne pas dire l’autre moitié — ; la calomnie — la presse non-professionnelle : quand il n’y a pas de professionnalisme, l’on salit l’autre par la vérité ou sans vérité — ; et la diffamation, qui consiste à dire des choses qui entachent la bonne réputation d’une personne, des choses qui en ce moment ne font pas mal, qui ne sont rien, peut-être des choses du passé... Et tels sont les trois défauts qui portent atteinte au professionnalisme de la presse. Mais nous avons besoin de professionnalisme. Ce qui est juste : la chose est ainsi, ainsi et ainsi. Et sur la corruption, bien voir les éléments et les communiquer : oui, il y a de la corruption ici, pour cela, cela et cela... Ensuite, un journaliste qui est un vrai professionnel, s’il se trompe, demande pardon : j’ai cru, mais ensuite je me suis rendu compte que ce n’était pas vrai. Et ainsi les choses vont très bien. C’est très important.

Philippine de Saint-Pierre : Aujourd’hui plus que jamais, le fondamentalisme religieux menace la planète tout entière. Face à ce danger, pensez-vous que les dignitaires religieux doivent intervenir davantage dans le domaine politique ?

Intervenir dans le domaine politique : si cela veut dire « faire de la politique », non. Qu’ils fassent le prêtre, le pasteur, l’imam, le rabbin : voilà leur vocation. Mais on fait de la politique indirectement en prêchant des valeurs, des valeurs authentiques, et l’une des valeurs les plus grandes est la fraternité entre nous. Nous sommes tous fils de Dieu, nous avons le même père. Et dans ce sens, on doit faire une politique d’unité, de réconciliation... — et un mot que je n’aime pas, mais que je dois utiliser — de tolérance, mais pas seulement de tolérance, de coexistence, d’amitié ! C’est ainsi. Le fondamentalisme est une maladie qui existe dans toutes les religions. Nous catholiques en avons certains, pas certains, beaucoup, qui croient détenir la vérité absolue, et qui vont de l’avant en salissant les autres avec la calomnie, la diffamation, et ils font du mal, ils font du mal. Et je dis cela parce que c’est mon Église, et nous aussi, tous ! Et il faut combattre. Le fondamentalisme religieux n’est pas religieux. Pourquoi ? Parce qu’il manque Dieu. Il est idolâtrie, tout comme l’argent est idolâtrie. Faire de la politique dans le sens de convaincre ces gens qui ont cette tendance, est une politique que nous devons faire nous, responsables religieux. Mais le fondamentalisme qui finit toujours en tragédie, ou en crime, est une chose mauvaise, mais qui existe un peu dans toutes les religions.

Cristiana Caricato : Tandis que nous étions à Bangui ce matin, se tenait à Rome une nouvelle audience du procès contre Lucio Vallejo Balda, Mme Chaouqui et deux journalistes. Je vous pose la question que nous ont posée également de nombreuses personnes : pourquoi ces deux nominations ? Comment a-t-il été possible que dans le processus de réforme que vous avez commencé, deux personnes de ce type aient pu entrer dans une commission, la Cosea ? Pensez-vous avoir commis une erreur ?

Je pense qu’il y a eu une erreur. Mgr Vallejo Balda est entré en raison de la fonction qu’il occupait et qu’il a occupée jusqu’à présent. Il était secrétaire de la préfecture pour les affaires économiques et il est entré. Quant à elle, comment elle est entrée, je n’en suis pas sûr, mais je ne crois pas me tromper en disant — mais je n’en suis pas sûr — que c’est lui qui l’a présentée comme étant une femme qui connaissait le monde des relations commerciales... Ils ont travaillé, et une fois le travail terminé, les membres de cette commission qui s’appelait la Cosea sont restés dans certains postes, au Vatican. Lucio Vallejo Balda, lui aussi. Mme Chaouqui n’est pas restée au Vatican parce qu’elle est entrée dans la commission, et ensuite elle n’est pas restée. Certains disent qu’elle était en colère à cause de cela, mais les juges nous diront la vérité sur les intentions, comment cela s’est passé. Pour moi [ce qui a été révélé] a été une surprise, mais cela ne m’a pas empêché de dormir, parce qu’ils ont vraiment fait voir le travail qui a été commencé avec la commission des cardinaux — le « C9 » — de chercher la corruption et les choses qui ne vont pas. Et ici, je voudrais dire quelque chose — cela n’a rien à voir avec Lucio Vallejo Balda et Mme Chaouqui, mais plus en général, puis je reviendrai à votre question si vous voulez — : le mot « corruption » — l’un des deux Kényans l’a dit — treize jours avant la mort de saint Jean-Paul II, au cours de la Via Crucis, celui qui était alors le cardinal Ratzinger, qui guidait la Via Crucis, a parlé des « souillures de l’Église » : il a dénoncé cela ! En premier ! Puis, le Pape meurt en l’octave de Pâques — c’était le Vendredi Saint — le Pape Jean-Paul II meurt et il devient Pape. Mais au cours de la Messe « pro eligendo Pontifice » — il était doyen — il a parlé de la même chose, et nous l’avons élu pour sa liberté de dire les choses. C’est depuis cette époque que l’on a commencé à dire au Vatican qu’il y a de la corruption, il y a de la corruption. À propos de ce jugement, j’ai donné les accusations concrètes aux juges, parce que ce qui importe, pour la défense, est la formulation des accusations. Je n’ai pas lu les accusations concrètes, techniques. J’aurais voulu que cela finisse avant le 8 décembre, pour l’année de la miséricorde, mais je crois que cela ne sera pas possible, parce que je voudrais que tous les avocats de la défense aient le temps de défendre, que la liberté de défense soit totalement respectée. Voilà comment ils ont été choisis, et toute l’histoire. Mais la corruption vient de loin.

Cristiana Caricato : Mais comment comptez-vous procéder pour que ces épisodes n’aient plus lieu ?

Et bien... Je rends grâce à Dieu qu’il n’y ait plus de Lucrèce Borgia ! [ils rient] Je ne sais pas, continuer avec les cardinaux, avec la commission, à nettoyer... Merci.

Néstor Pongutá Puerto : Je voudrais vous poser une question particulière. C’est un thème spécifique qui touche au changement politique en Amérique latine, y compris l’Argentine, votre pays, dans lequel à présent, se trouve M. Macri, après 12 ans de « kirchnérisme », les choses changent un peu... Que pensez-vous de ces changements, de la façon dont la politique latino-américaine, du continent dont vous provenez vous-même, prend une nouvelle direction ?

J’ai entendu quelques opinions, mais vraiment, je ne sais pas quoi dire en ce moment à propos de cette géopolitique. Vraiment, je ne sais pas. Parce qu’il y a des problèmes dans beaucoup de pays dans ce sens, mais je ne sais vraiment pas pourquoi ou comment cela a commencé, je ne sais pas pourquoi. Vraiment. Il est vrai qu’il y a beaucoup de pays latino-américains dans cette situation qui change un peu, mais je ne sais pas l’expliquer.

Jürgen Baetz : Le sida est la première cause de décès parmi les jeunes africains. Vous avez rencontré des enfants séropositifs, et vous avez écouté un témoignage émouvant en Ouganda. Pourtant, vous avez très peu parlé de ce thème. Nous savons que la prévention est fondamentale. Nous savons aussi que le préservatif n’est pas le seul moyen d’arrêter l’épidémie. Mais nous savons que c’est une partie importante de la réponse. N’est-il pas temps de changer la position de l’Église sur ce sujet ? De permettre l’utilisation du préservatif afin de prévenir d’autres contaminations ?

La question me semble trop restrictive et me semble aussi une question partielle. Oui, c’est l’une des méthodes ; sur ce point, la morale de l’Église se trouve — je pense — face à une perplexité : est-ce le cinquième ou le sixième commandement ? Défendre la vie, ou que le rapport sexuel soit ouvert à la vie ? Mais ce n’est pas le problème. Le problème est plus grand. Cette question me fait penser à celle que l’on a posée à Jésus, un jour : « Dis-moi Maître, est-il permis de guérir le jour du sabbat ? ». Il est obligatoire de guérir ! Mais cette question, s’il est permis de guérir... Mais la malnutrition, l’exploitation des personnes, l’esclavage, le manque d’eau potable : voilà les problèmes. Ne nous demandons pas si l’on peut utiliser ce pansement ou un autre pour une petite blessure. La grande blessure est l’injustice sociale, l’injustice environnementale, l’injustice que j’ai mentionnée de l’exploitation, et la malnutrition. Voilà la vérité. Je n’aime pas m’abaisser à des réflexions aussi casuistiques, lorsque les gens meurent par manque d’eau et à cause de la faim, du logement... Quand tout le monde sera guéri ou quand il n’y aura plus ces maladies tragiques que provoque l’homme, que ce soit à cause de l’injustice sociale ou pour gagner plus d’argent — pensez au trafic d’armes ! — quand il n’y aura plus ces problèmes, je crois que l’on pourra poser une question : « Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? ». Pourquoi continue-t-on de fabriquer des armes et de faire du trafic d’armes ? Les guerres sont la cause de mortalité la plus grande... Je dirais de ne pas penser s’il est permis ou pas de guérir le jour du sabbat. Je dirais à l’humanité : faites justice, et quand tous seront guéris, quand il n’y aura plus d’injustice dans ce monde, nous pourrons parler du sabbat.

Marco Ansaldo : Une crise, au niveau international, a eu lieu entre la Russie et la Turquie, une crise qui n’était franchement pas nécessaire, au cours de cette « troisième guerre mondiale par morceaux », dont vous parlez, qui se déroule dans notre monde. Quelle est la position du Vatican à cet égard ? Je voudrais aussi vous demander si, par hasard, vous avez pensé à aller à la célébration des 101 ans des événements en Arménie, qui seront célébrés en avril de l’année prochaine, comme vous l’aviez fait l’année dernière en Turquie.

L’année dernière, j’ai promis aux trois patriarches [arméniens] de m’y rendre : la promesse a été faite. Je ne sais pas si cela pourra se faire, mais la promesse a été faite. Ensuite, les guerres : les guerres naissent à cause de l’ambition — je ne parle pas des guerres pour se défendre de manière juste contre un agresseur injuste —, mais les guerres, les guerres sont une « industrie » ! Nous avons très souvent vu dans l’histoire que si le bilan d’un pays n’est pas en équilibre... « Allez, faisons une guerre ! », et le « déséquilibre » finit. La guerre est une affaire : une affaire d’armes. Est-ce les terroristes qui fabriquent les armes ? Oui, peut-être quelques-unes de petite taille. Mais qui leur donne les armes pour faire la guerre ? Il existe là tout un réseau d’intérêts, derrière lequel se trouve l’argent, ou le pouvoir : le pouvoir impérial, ou le pouvoir conjoncturel... Mais nous, depuis des années, nous sommes en guerre et chaque fois davantage : les « morceaux » sont de moins en moins des morceaux et deviennent plus grands... Qu’est-ce que j’en pense ? Je ne sais pas ce qu’en pense le Vatican, mais ce que j’en pense moi ? Que les guerres sont un péché et sont contre l’humanité, elles détruisent l’humanité ; elles sont la cause d’exploitations, de trafics de personnes, de tant de choses... Il faut que cela cesse. Aux Nations unies, j’ai dit cela deux fois, aussi bien ici au Kenya qu’à New York : que votre travail ne soit pas un nominalisme seulement déclaré, qu’il soit effectif : que l’on fasse la paix. Ils font tant de choses : ici en Afrique, j’ai vu comment travaillent les Casques bleus... Mais cela n’est pas suffisant. Les guerres ne viennent pas de Dieu. Dieu est le Dieu de la paix. Dieu a fait le monde, il a tout fait beau et ensuite, selon le récit biblique, un frère tue l’autre : la première guerre, la première guerre mondiale, entre frères. Je ne sais pas, c’est ce qui me vient à l’esprit. Et je le dis avec une grande douleur... Merci.

François Beaudonnet : Aujourd’hui, à Paris, commence la Conférence sur le changement climatique. Sommes-nous certains que la Cop21 sera le début de la solution ?

Je n’en suis pas sûr, mais je peux dire que c’est maintenant ou jamais ! Depuis la première, qui je crois s’est tenue à Tokyo, on n’a accompli que peu de choses, jusqu’à présent, et chaque année, les problèmes sont plus graves. En parlant dans une réunion d’universitaires sur le monde que nous voudrions laisser à nos enfants, l’un d’eux a dit : « Mais vous êtes sûr qu’il y aura des enfants de cette génération ? ». Nous sommes à la limite ! Nous sommes à la limite d’un suicide, pour dire un mot fort. Et je suis certain que presque la totalité de ceux qui sont à Paris, à la Cop21, ont cette conscience et veulent faire quelque chose. L’autre jour, j’ai lu qu’au Groënland, les glaciers ont perdu des milliards de tonnes. Dans le Pacifique, il y a un pays qui est en train d’acheter des terres à un autre pays pour déménager son propre pays, car d’ici vingt ans, il n’existera plus... Non, j’ai confiance. J’ai confiance dans ces personnes, qui feront quelque chose ; car, dirais-je, je suis certain qu’ils ont de la bonne volonté pour agir, et je souhaite qu’il en soit ainsi. Et je prie pour cela.

Delia Gallagher : Qu’est-ce que l’islam et les enseignements du prophète Mahomet ont à dire au monde d’aujourd’hui ?

Je ne comprends pas bien la question... On peut dialoguer, ils possèdent des valeurs. De nombreuses valeurs. Ils ont de nombreuses valeurs et ces valeurs sont constructives. Et moi aussi j’ai une expérience d’amitié — c’est un mot fort « amitié » — avec un musulman : il s’agit d’un dirigeant mondial... Nous pouvons parler : il a ses valeurs, moi les miennes. Il prie, je prie. De nombreuses valeurs... La prière, par exemple. Le jeûne. Des valeurs religieuses, et aussi d’autres valeurs. On ne peut pas effacer une religion parce qu’il y a certains groupes — ou de nombreux groupes — à un certain moment de l’histoire, de fondamentalistes. C’est vrai, les guerres entre religions ont toujours existé, dans l’histoire, toujours. Nous aussi, nous devons demander pardon. Catherine de Médicis n’était pas une sainte ! Et cette Guerre de Trente ans, cette nuit de la Saint-Barthélemy... Nous devons demander pardon nous aussi, pour les extrémismes fondamentalistes, pour les guerres de religion. Mais ils possèdent des valeurs, on peut dialoguer avec eux. Aujourd’hui, je suis allé à la mosquée, j’ai prié ; l’imam a voulu lui aussi venir avec moi pour faire le tour du petit stade où il y avait tant de personnes que tous n’ont pas pu entrer... Et sur la papamobile, il y avait le Pape et l’imam. On pouvait parler. Comme partout, il y a des gens avec des valeurs religieuses, et des gens qui n’en ont pas... Mais combien de guerres, pas seulement de religion, avons-nous faites, nous chrétiens ? Le sac de Rome ce ne sont pas les musulmans qui l’ont fait ! Ils ont des valeurs, ils ont des valeurs !

Martha Calderón Castro : Nous savons que vous irez au Mexique. Nous aimerions savoir quelque chose de plus sur ce voyage et aussi si dans le cadre de cette volonté, qui est de visiter les pays qui ont des problèmes, vous pensez visiter la Colombie ou, à l’avenir, d’autres pays d’Amérique latine, comme le Pérou... ?

Tu sais, à mon âge les voyages ne font pas du bien... On peut les faire, mais ils laissent leur trace... Cependant, j’irai au Mexique. Tout d’abord pour rendre visite à la Vierge, car elle est la Mère de l’Amérique. C’est pourquoi je vais à Mexico. Si ce n’était pas pour la Vierge de Guadalupe je n’irai pas à Mexico, en raison du critère du voyage : visiter trois ou quatre villes où les Papes ne se sont jamais rendus. Mais j’irai au Mexique, pour la Vierge. Ensuite, j’irai au Chiapas, dans le sud, à la frontière avec le Guatemala ; ensuite, j’irai à Morelia ; et presque certainement, sur la route du retour pour Rome, je m’arrêterai une journée, ou peut-être un peu moins, à Ciudad Juárez. En ce qui concerne la visite d’autres pays latino-américains : en 2017, j’ai été invité à aller à Aparecida, l’autre patronne de l’Amérique de langue portugaise — car il y en a deux — et, de là, je pourrai visiter un autre pays, célébrer la Messe à Aparecida et ensuite... Mais je ne sais pas, il n’y a pas encore de programme... Merci.

Mark Masai : Que diriez-vous aux personnes qui pensent que l’Afrique n’est qu’un pays déchiré par les guerres et caractérisé par la destruction ?

L’Afrique est une victime. L’Afrique a toujours été exploitée par d’autres puissances. Les personnes arrivaient d’Afrique en Amérique, vendues comme esclaves. Il y a des puissances qui cherchent uniquement à prendre les grandes richesses de l’Afrique. Je ne sais pas, c’est le continent le plus riche, peut-être pour cela... Mais ils ne pensent pas à aider à faire grandir le pays, pour qu’il puisse travailler, que tous aient du travail... L’exploitation ! L’Afrique est une martyre. Elle est une martyre de l’exploitation au cours de l’histoire. Ceux qui disent que de l’Afrique proviennent toutes les calamités et toutes les guerres, ne comprennent peut-être pas bien les dommages que certaines formes de développement causent à l’humanité. Et c’est pour cela que j’aime l’Afrique, car l’Afrique a été la victime d’autres puissances.

Je vous remercie pour votre travail. Le moment est venu de déjeuner, mais on me dit que vous jeûnez, vous devez travailler sur cet entretien !... Merci beaucoup de votre travail et de vos questions, de votre intérêt. Je vous dis simplement que je réponds lorsque je sais, et lorsque je ne sais pas, je ne dis rien, parce que je ne le sais pas. Je n’invente pas. Merci beaucoup. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

Commentaire des lectures du dimanche

Tous les êtres humains verront le salut de Dieu

Jean Baptiste se trouve au cœur de la liturgie des deuxième et troisième dimanches de l’Avent. La semaine prochaine, nous entendrons son message, son appel à la conversion. Aujourd’hui c’est de sa mission de prophète qu’il s’agit. Pour décrire cette mission, Luc cite la prophétie d’Isaïe : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tous les êtres humains verront le salut de Dieu. »

Le texte suggère un monde où les fossés entre les gens, entre les classes sociales, entre les peuples seront comblés, un monde où l’égalité de tous devant Dieu sera respectée. Un monde tout autre que celui des Tibère, Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, Anne et Caïphe. Leur monde est soumis aux conquêtes, aux oppressions et aux inégalités. Dans le Royaume de Dieu, tous ces abus de pouvoir disparaitront : « Tous les êtres humains verront le salut de Dieu ».

Comme tous les évangiles, celui de S. Luc n’est pas un reportage historique mais un témoignage de foi. Pourtant, la méticulosité avec laquelle il situe le cadre historique de l’activité de Jean Baptiste donne au récit un caractère très incarné dans le temps et dans l’espace. On voit défiler solennellement les têtes couronnées de l’époque : l’empereur Tibère, le préfet Ponce Pilate, les roitelets de la région Hérode, Philippe et Lysanias, les pontifes Anne et Caïphe. Cette longue liste nous fait sourire : Jean Baptiste à côté des grands de ce monde fait pâle figure. Mais, après deux mille ans, Jean Baptiste est toujours écouté, imité, célébré, alors que les statues de Tibère, l’empereur tout-puissant, croupissent dans de rares musées, rongées par le temps et l’indifférence générale.

Que sont devenus les grands de ce monde : Alexandre, César, Charlemagne, Louis XIV, Napoléon ? Connaîtrait-on seulement l’existence de Ponce Pilate et d’Hérode sans le récit des évangiles ? Quelle place tiennent les grands de ce monde dans le cœur des gens ? Dans cent ans, qu’en sera-t-il de nos dirigeants les plus populaires ? Ils occuperont peut-être quelques centimètres carrés au Panthéon de la gloire.

Après avoir souligné l’aspect éphémère des grands de ce monde, Luc met l’accent sur la parole de Dieu qui se fait entendre, non par l’empereur romain, ni par le gouverneur de Galilée, ni par les tétrarques du temps, ni par les grands prêtres du Temple, mais par Jean le baptiste. Cette parole de Dieu « descend » sur le fils de Zacharie, dans le désert. Elle nous parviendra à travers les siècles grâce à ce prophète du Seigneur. Encore aujourd’hui, c’est souvent grâce à des gens très simples : ceux et celles qui visitent les malades, ceux et celles qui s’occupent de leurs parents malades, ceux et celles qui apportent la communion, ceux et celles qui partagent leurs faibles revenus, que nous parvient la parole de Dieu !

Le désert où se trouve Jean baptiste est un lieu de dépouillement où les titres et les privilèges disparaissent, où chacun et chacune se dévoile tel qu’il est, dans toute sa nudité, en retrouvant sa propre identité.

La parole de Dieu « descend sur Jean ». Toute la période de l’Avent tient dans ce mot : « recevoir la parole de Dieu », écouter cette parole qui transforme, qui fait de nous des femmes et des hommes nouveaux. Grâce à cette parole, le Christ devient pour nous « le chemin, la vérité et la vie ». L’évangile d’aujourd’hui confirme ce que Paul dira aux Romains : « La pédagogie de Dieu choisit ce qu’il y a de plus faible pour confondre les forts ».

Hier comme aujourd’hui, l’Histoire avance grâce à des hommes et des femmes de charisme qui ont écouté la parole de Dieu :

-  au 6e siècle, saint Benoît, à travers ses monastères, évangélise l’Europe;

-  au 13e siècle, François d’Assise, qui n’a vécu que 26 ans,  change radicalement l’Église de son temps;

-  au 14e siècle, Catherine de Sienne, ramène le pape Grégoire XI d’Avignon à Rome;

-  au 16e siècle, Thérèse d’Avila et Ignace de Loyola renouvellent la vie religieuse;

-  au 20e siècle, le frère André ravive la foi et l’espérance des foules;

-  ces dernières années, Teresa de Calcutta donne un nouveau visage à la tendresse de Dieu.

La parole de Dieu est descendue sur ces héroïnes, sur ces héros, et le monde a été transformé. Aujourd’hui, la parole de Dieu « descend sur chacune et chacun d’entre nous ».

© Cursillo.ca - 2015

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 2015-12-07