PKO 16.08.2015

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°44/2015
Dimanche 16 août 2015 – 20ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Humeurs

In memoriam

Mgr michelcoppenrath

« Evangelisare divitias Christi – Évangéliser en annonçant les richesses du Christ »

Il y a sept ans, le 16 août 2008, disparaissait un grand homme… Mgr Michel COPPENRATH, le « Grand Évêque du Pacifique » disait le Cardinal GANTIN à son sujet.

« En vertu d'une tradition vénérable, on marque chaque année l'anniversaire de la mort du dernier évêque défunt, en célébrant la messe ; il est bien qu'elle soit célébrée… dans son église cathédrale… »

Nous nous souvenons aujourd’hui de cet homme  qui a marqué non seulement l’histoire de l’Église en Polynésie mais l’histoire du pays.

Mgr Michel a fait entrer l’Archidiocèse dans l’élan post-conciliaire.

Il a donné un élan nouveau à la formation des laïcs avec l’école des « katekita » qui fera des émules avec les nombreuses écoles de juillet… Il mettra en place le diaconat permanent, sans lequel aujourd’hui, notre Église ne serait probablement que l’ombre d’elle-même !

Mais, de manière moins visible, mais tout aussi fondamentale, il aura à cœur de travailler à l’unité des Église. Avec son ami, le Pasteur Samuel Raapoto, il sera un acteur essentiel de l’œcuménisme : reconnaissance réciproque du baptême (1971), du mariage (1973) et l’Association Tenete à l’origine du musée de Tahiti et des îles.

Par ailleurs, il ne fut  pas un « évêque de sacristie », mais encore une fois comme son illustre prédécesseur, Mgr Tepano Jaussen, dont nous célébrons le 200ème anniversaire, il sera un « évêque » engagé au service de son peuple. Le 1er acte de son épiscopat en donna la couleur. Le jour de son ordination, il écrit personnellement au Général de Gaulle pour lui demander le retour de Pouvanaa Oopa. Puis chaque fois que nécessité se fera, il répondra présent : émeute dans la ville de Papeete, blocage social ou institutionnel…

Aujourd’hui, l’Archidiocèse est en attente d’un nouvel archevêque… Prions pour qu’en ce temps de profonde mutation de la société polynésienne, Dieu et l’Église nous donnent un homme « prophétique » à l’image de Mgr Michel capable de nous faire entrer dans ce nouveau monde…

Chronique de la roue qui tourne

Qu’a-t-on à envier à nos morts ?

« Ne faut-il pas avoir perdu tout repère, tout sens moral, tout respect de l’autre, toute dignité, pour oser profaner une tombe en volant les fleurs qui s’y trouvaient ? Et cela le jour suivant un décès ? Celles-ci étaient les derniers symboles de l’amour que nous portions à la défunte. » Une famille en deuil qui a vu les bouquets d'une parente subtilisés avant même que le caveau soit refermé, et avant qu'une seule de leurs larmes aie eu le temps de sécher.

Où va le monde ? Et quel est l'avenir de notre Humanité ? Ces réflexions sont récurrentes de nos jours. Encore plus avec cet article de « La Dépêche de Tahiti » du début de semaine, concernant les vols dans les cimetières. Aujourd'hui, même les morts ne sont pas à l'abri de l'envie et du vol. Leur « dernière demeure » est tout simplement pillée. Les bouquets sont tout simplement embarqués, faisant fi de la douleur et du deuil de ceux qui pleurent. Le deuil est une période terrible à vivre. La disparition physique de la personne fait du cimetière le lieu de rencontre. Donc chacun y va de son bouquet, d'un petit bibelot, d'une veilleuse, seuls présents que l'on puisse faire, poussé par un amour qui, lui, ne disparaît pas. Aujourd'hui, c'est cet aspect sacré de l'amour qui est menacé.

Ces fleurs ne sont pas indispensables aux défunts, certes, mais à travers ces petites attentions, c'est notre humanité qui s'exprime. Ce devoir de mémoire que nous rendons à ceux qui ne sont plus est une caractéristique qui nous rend plus humain qu'animal. Sommes-nous prêts à franchir le point de non retour ? Parce que nous nous y approchons dangereusement. Voler par souci de survie est compréhensible. Mais là, ces vols ne sont qu'une satisfaction d'une convoitise extrême, rien de très essentiel à notre existence, juste des fleurs. A Tahiti où la nature est généreuse, avouez que c'est fort !

Sommes-nous conscients d'arriver désormais à profaner les cimetières sans scrupules ? Et dans cet état d'esprit, quel genre de société allons-nous laisser aux futures générations ? Alors oui, plus que jamais, demandons-nous où va le monde et quel est l'avenir de notre Humanité ?

Pour terminer et toujours sans jeux de mots, vous me connaissez, le jour où les vivants auront quelque chose, à part le paradis, à envier aux morts, mieux vaut manger les pissenlits par la racine ! À méditer sérieusement.

La chaise masquée

Faire la fête doit s’inscrire dans le rythme de Dieu

Audience générale du mercredi 12 août 2015 – Pape François

Le Pape a poursuivi ce mercredi matin son cycle de catéchèses sur la famille. Après avoir abordé la semaine dernière la question délicate des divorcés-remariés, le Pape François a initié aujourd’hui un parcours sur trois dimensions qui rythment la vie en famille : la fête, le travail et la prière.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, nous entamons un petit parcours de réflexion sur trois dimensions qui scandent pour ainsi dire le rythme de la vie familiale : la fête, le travail et la prière.

Commençons par la fête. Aujourd’hui, nous allons parler de la fête. Et disons tout de suite que la fête est une invention de Dieu. Rappelons-nous la conclusion du récit de la création, dans le livre de la Genèse, que nous avons entendue : « Le septième jour, Dieu avait achevé l’œuvre qu’il avait faite. Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite. Et Dieu bénit le septième jour : il le sanctifia puisque, ce jour-là, il se reposa de toute l’œuvre de création qu’il avait faite » (2,2-3). Dieu lui-même nous enseigne l’importance de dédier un temps pour contempler ce qui a été bien fait dans notre travail, et pour nous en réjouir. Je parle de travail, naturellement, pas seulement au sens de métier et de profession, mais dans un sens plus large : toutes les actions par lesquelles nous, hommes et femmes, pouvons collaborer à l’œuvre créatrice de Dieu.

La fête n’est donc pas la paresse de rester dans son fauteuil, ni l’ébriété d’une évasion stupide, non, la fête est avant tout un regard d’amour et de reconnaissance sur le travail bien fait ; nous fêtons un travail. Vous aussi, les jeunes mariés, vous fêtez le travail d’un beau temps de fiançailles ; et c’est beau, cela ! C’est un temps pour regarder ses enfants, ou ses petits-enfants, qui grandissent et pour penser : que c’est beau ! C’est un temps pour regarder notre maison, les amis que nous accueillons, la communauté qui nous entoure, et pour penser : quelle bonne chose ! Dieu a fait cela quand il a créé le monde. Et il fait cela continuellement, parce que Dieu crée toujours, y compris en ce moment !

Il peut arriver qu’une fête se produise dans des circonstances difficiles et douloureuses et qu’on la célèbre peut-être « avec un nœud dans la gorge ». Et pourtant, même dans ces cas-là, demandons à Dieu la force de ne pas la vider complètement de son sens. Vous, les mamans et les papas, vous savez bien cela : combien de fois, par amour pour vos enfants, êtes-vous capables d’avaler vos soucis pour leur permettre de bien vivre une fête, de goûter ce qui a du sens dans la vie ! Il y a beaucoup d’amour en cela !

Dans le monde du travail aussi, parfois – sans manquer à nos devoirs ! – nous savons « infiltrer » une étincelle de fête : un anniversaire, un mariage, une nouvelle naissance, ou encore un départ ou une nouvelle arrivée… c’est important. C’est important de faire la fête. Ce sont des moments de familiarité dans l’engrenage de la machine de production ; cela nous fait du bien !

Mais le véritable temps de fête suspend le travail professionnel, et il est sacré, parce qu’il rappelle à l’homme et à la femme qu’ils sont faits à l’image de Dieu, qui n’est pas esclave du travail mais Seigneur et que nous aussi nous ne devons donc jamais être esclaves de notre travail, mais « seigneurs ». Il y a un commandement pour cela, un commandement qui concerne tout le monde, sans exclure personne ! Et cependant, nous savons qu’il existe des millions d’hommes et de femmes, et même carrément des enfants, esclaves du travail ! En ce moment, il y a des esclaves, ils sont exploités, esclaves du travail et ceci est contre Dieu et contre la dignité de la personne humaine !

L’obsession du profit économique et la recherche de l’efficacité de la technique à tout prix mettent en danger les rythmes humains de la vie, parce que la vie a ses rythmes humains. Le temps du repos, surtout le repos dominical, nous est destiné pour que nous puissions profiter de ce qui ne se produit pas et ne se consomme pas, ne s’achète pas et ne se vend pas. Et au contraire, nous voyons que l’idéologie du profit et de la consommation veut aussi manger la fête : celle-ci aussi, parfois, se réduit à une « affaire », à une manière de faire de l’argent et de le dépenser. Mais est-ce pour cela que nous travaillons ? L’avidité de la consommation, qui entraîne le gâchis, est un virus mauvais qui, entre autres, nous laisse finalement plus fatigués qu’avant. Cela nuit au véritable travail et consume la vie. Les rythmes déréglés de la fête font des victimes, souvent des jeunes.

Enfin, le temps de la fête est sacré parce que Dieu l’habite de manière particulière. L’Eucharistie dominicale rassemble pour la fête toute la grâce de Jésus-Christ : sa présence, son amour, son sacrifice, la communauté qu’il fait de nous, sa compagnie à nos côtés… Et ainsi, toute réalité reçoit son sens plénier : le travail, la famille, les joies et les fatigues de tous les jours, et même la souffrance et la mort ; tout est transfiguré par la grâce du Christ.

La famille est dotée d’une compétence extraordinaire pour comprendre, orienter et soutenir la valeur authentique du temps de la fête. Comme elles sont belles, les fêtes de famille, elles sont très belles ! Et en particulier, celles du dimanche. Ce n’est sûrement pas par hasard que les fêtes qui donnent sa place à toute la famille sont les plus réussies !

La vie familiale elle-même, vue avec les yeux de la foi, nous apparaît meilleure que les fatigues qu’elle nous coûte. Elle nous apparaît comme un chef-d’œuvre de simplicité, beau justement parce qu’il n’est pas artificiel, il n’est pas feint, mais capable d’incorporer en lui-même tous les aspects de la vraie vie. Elle nous apparaît comme quelque chose de « très bon », comme le dit Dieu à la fin de la création de l’homme et de la femme (cf. Gen 1,31). La fête est donc un cadeau précieux de Dieu, un cadeau précieux que Dieu a offert à la famille humaine : ne le gâchons pas !

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

La mission de l’Église

Lettre pastorale de Mgr Michel COPPENRATH – 19 janvier 1970

Alors que nous célébrons le 8ème anniversaire du décès de Mgr Michel, le « grand évêque du Pacifique », selon les propos du Cardinal Gantin… il nous a paru intéressant de relire l’une de ses premières lettres pastorales.

« De sa nature, l’Église, durant son pèlerinage terrestre, est missionnaire » (Concile Vatican II : Décret « Ad Gentes » § 2.)

« L’Église étant tout entière missionnaire, et l’œuvre de l’évangélisation étant le devoir fondamental du Peuple de Dieu, le saint Concile invite tous les chrétiens à une profonde rénovation intérieure… »

Ainsi s’est exprimé le Concile pour nous rappeler la Mission fondamentale de l’Église qui se répartit sur chaque fidèle.

Le spectacle de tant d’hommes hors de la Foi chrétienne (près de 2 milliards 800 en 1967) fait redécouvrir cette vérité essentielle que vous pourriez avoir oubliée ou que peut-être vous n’avez jamais compris pleinement, habitués que nous sommes à considérer l’Église comme l’enclos où les baptisés trouvent un refuge, évitent la perdition et s’échappent du monde vers le ciel, par une copieuse distribution de sacrements, indéfiniment répétés ou administrés, si l’on se souvient que le prêtre est toujours là aux derniers instants.

Lorsque le Concile a proclamé que « l’Église est missionnaire », ce n’est pas pour une levée en masse, ni une mobilisation générale, qui suppléerait au petit nombre de ceux qui, par les fonctions qu’on leur reconnaît, courent après la brebis perdue, ou jettent le filet des grandes pêches, ou encore prient à l’abri des murs d’un monastère pour le salut du monde. Non ! C’est plutôt qu’au souffle de l’Esprit-Saint, l’Église s’est retrouvée elle-même telle que le Christ l’a voulue : « Vous êtes la lumière du monde… Ainsi votre lumière doit-elle briller aux yeux des hommes pour que, voyant vos bonnes œuvres, ils en rendent gloire à votre Père qui est dans les Cieux » (Mt 5,14.16).

C’est à tous les chrétiens d’Ephèse que saint Paul adressait aussi cet appel… « Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix… » (Ep 6,14-15).

Autrement dit, ou bien l’ensemble des chrétiens prendront « les savates du repos chez soi » ou bien « ils se chausseront pour les sentiers difficiles par où ils propageront l’Évangile de la paix, » i.e. la Bonne Nouvelle de la Paix, cette Paix étant précisément, dans le Nouveau Testament, la réconciliation de l’homme en Dieu le Père, par le sang versé et la résurrection de Jésus-Christ.

Être missionnaire, c’est être envoyé aux hommes pour leur transmettre la Foi et, par les sacrements, les agréger véritablement au « Corps du Christ qui est l’Église » (Col 1,24).

L’Église est missionnaire en raison de l’ordre donné par le Christ aux Apôtres : « Allez par le monde entier proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16,15). Mais aussi « en vertu de l’influx vital que le Christ communique à ses membres » (Conc.Vatican II : « Ad Gentes » § 5), autrement dit, en raison de la vie même du Christ agissant par l’Esprit-Saint en chacun de ses disciples.

Mais l’Église missionnaire dans le monde entier, peut-elle l’être aussi à Tahiti ? et comment ? - De la réponse à ces deux questions dépend l’appel missionnaire de l’Église à Tahiti : l’écouterons-nous ?

***

L’Église missionnaire s’était considérée, il y a quelques décades, comme une Église implantée d’où pourront partir ses propres missionnaires.

Les progrès de la « Mission » ici ne sont pas malheureusement accompagnés d’un véritable changement de mentalité.

Chez nous, on parle encore de « Mission », mais pour désigner des terres ! Il m’arrive même de recevoir des factures avec, comme raison sociale, « Mission Catholique » ? On parle de « missionnaires », mais souvent avec le qualificatif de « vieux missionnaires », pour rappeler la période héroïque de ceux qui, sur des cotres de fortune, au prix d’une navigation aventureuse, ont fait connaître le Sauveur dans les atolls. Les revues missionnaires qui nous viennent d’Europe traitent très peu souvent du Pacifique. Tout cela dénote un état d’esprit qui renvoie au passé de l’époque missionnaire et à une situation acquise la « Mission » !

Les païens ne sont-ils pas comptés comme désormais en très petit nombre ? L’histoire même de l’Évangélisation, malgré les rivalités chrétiennes qu’elle décèle, aboutit à la christianisation de l’ensemble des populations polynésiennes. Nous ne pouvons que nous réjouir de voir désormais que l’esprit-conquête fait place peu à peu à un esprit œcuménique : tous ceux qui croient au Fils de Dieu fait homme, Sauveur du monde, baptisés dans sa Mort et sa Résurrection, ne sont-ils pas tous membres d’un même peuple de Dieu ? (Conc.Vatican II « Lumen Gentium » § 15 - Idem « Unitatis Redintegratio » § 3 et 9).

Et pourtant la « Mission de l’Église » ici, loin de s’être réduite en raison du travail accompli ou d’une recherche de l’unité chrétienne, voit s’ouvrir devant elle un champ d’apostolat encore plus vaste. Quelles en sont les raisons ?

Nous n’en relèverons que deux plus importantes :

1° La première, c’est qu’un diocèse n’est jamais missionnaire que pour lui  même : il l’est pour d’autres diocèses, pour le Monde et l’Église tout entière. Tahiti a beaucoup reçu de l’extérieur : combien de religieuses, religieux frères ou prêtres, même laïcs (il y en a eu déjà tout au début : À Mangareva, les Frères de Latour de Clamouze et Henry.), sont arrivés de France, Belgique, Allemagne, Espagne… N’est-il pas conforme à l’esprit de l’Évangile que de nos îles partent aussi des missionnaires ? Cela s’est produit déjà et devrait se renouveler. Notre mission, il faut la voir tout aussi bien en Nouvelle-Calédonie où des prêtres de chez nous sont déjà nécessaires au milieu de nos nombreuses familles catholiques tahitiennes qui font la dure expérience du monde industrialisé.

2° La seconde raison, c’est qu’en 1970, s’il est vrai que la « seule annonce de l’Évangile » n’absorbe plus la totalité de l’effort apostolique, « l’activité missionnaire », elle, comme en tout point du globe, s’en trouve considérablement accrue.

En de très nombreux pays, les chrétiens sont un petit nombre dans la « dispersion », c’est le cas de l’Asie, de l’Afrique, par exemple. Même là où ils sont les plus nombreux, cas de l’Amérique du Sud, la loi du nombre joue très peu en face des idéologies nouvelles où Dieu est chassé, où le matérialisme pratique répand l’attrait de l’argent, du confort, des plaisirs artificiels, et quand tout cela subsiste au milieu de toutes sortes de violences, de haines, de menaces, malgré les découvertes les plus étonnantes. « L’homme peut tout » : dans la Vérité comme dans l’erreur, dans la Paix  comme dans la guerre, dans le bien comme dans le mal.

Vous savez trop, hélas ! que cette vision actuelle de notre globe se reflète parfois chez nous, sous des formes atténuées mais qui nous mettent bien en face de notre mission chrétienne.

L’Église doit aider les hommes à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Reconnaissons que, dans les premières années de l’évangélisation dans nos îles, cette idée fut extrêmement difficile à appliquer. L’ignorance quasi-totale de la sociologie, de l’ethnographie… - sciences alors inconnues -, a rendu difficile un départ à partir de l’homme et de sa culture. Certes un Père Laval et tant d’autres après lui, ont par une connaissance profonde des langues, des mœurs, complété l’annonce directe de l’Évangile par un souci de l’homme qui a accaparé une activité missionnaire prodigieuse. Ils eurent leurs imitateurs qui, pour l’organisation des nouveaux villages, les plantations, l’alphabétisation,… etc…, ont complété remarquablement le travail d’éducation de nos écoles catholiques de Papeete.

Mais ce souci de l’homme, de la culture qui l’habite, en même temps que du monde nouveau qui s’installe autour de lui, doit rester, en 1970, un des objectifs majeurs de tout missionnaire.

Un certain nombre de théologiens de la Mission, réunie en juin 1969 sous la présidence du Cardinal Agagianian, Préfet de la S.C. pour l’Évangélisation du Monde ont déclaré : « Les vrais missionnaires ont toujours travaillé à la promotion humaine… dans la mesure où cette tâche engage l’homme, le développement devient une réalité qui n’est seulement une “leçon de choses”. C’est un témoignage parlant de Seigneurie du Christ sur le monde. Ce témoignage doit être reconnu comme évangélisation au sens strict, comme acte expressément religieux. Ce témoignage parlant est une des voies de l’évangélisation, exige par ailleurs que la Parole authentique de salut soit proclamée, révélant le mystère de notre vocation divine et répondant du même coup « aux problèmes et aux aspirations de l’homme d’aujourd’hui » (Symposium Théologique SEDOS « Une Théologie de la Mission pour notre temps » p.7, Omnie Terra p.7-388-juin 69, LXVI-3.)

Voilà donc les deux voies de la mission : annonce de l’Évangile par la parole et l’exemple, mais aussi promotion de l’homme. C’est là qu’apparaît l’immensité de la tâche missionnaire. « C’est dire que la communauté chrétienne, qui aura permis au jeune de rencontrer Dieu, lui fournira aussi un moyen efficace d’une rencontre chrétienne avec le monde à sauver ». On ne saurait à la fois mieux exprimer la mission globale des chrétiens et le principe de la naissance de toute vraie vocation.

C’est la multiplication et la différenciation des vocations dans notre communauté chrétienne qui, seule, pourra nous permettre ici d’être fidèles à notre mission. Encore faut-il avoir le courage de déceler d’abord les obstacles.

***

Après quelques échanges d’idées avec les responsables du « Service de la Vocation », au début de janvier, il est apparu que notre communauté catholique, dans son ensemble, n’a pas encore perçu clairement la « grandeur » et partant de là l’importance de toute vocation dans l’Église.

Au lieu de relier la vocation de tout chrétien à la « mission même de l’Église » telle qu’elle vient d’être présentée, vous vous en faites une conception soit trop humaine, soit trop sublime.

Tous ceux et toutes celles qui, à un titre quelconque, apparaissent dans notre pays comme responsables de cette mission : évêques, prêtres, frères et sœurs, catéchistes, militants, ne donnent pas toujours une image fidèle de la beauté et de la grandeur de la vocation. Nous le savons, et nous en souffrons : nous sommes sujets au vieillissement, à la maladie, à la faiblesse, aux imperfections, aux incompréhensions, aux erreurs, voire même à la tentation et au péché. Mais ne jugez pas de l’extérieur et d’après le « costume » ! Le portrait du missionnaire ne nous est-il pas finalement tracé, à notre insu, par la société elle-même et pas par notre Foi ? Si tout d’un coup vous n’étiez plus « spectateurs » de cette mission, mais engagés vous aussi sur le chemin du Christ, alors comme votre jugement s’éclairerait ! De jeunes garçons et de jeunes filles, au début de leur engagement au service de Dieu, sont souvent mis dans la gêne, disons même dans la « honte » (le « mea haama » est encore fréquent) par la conception trop superficielle que leur entourage conserve de la vocation, au lieu des encouragements de la communauté catholique, ils sentent une certaine réserve, voire une réprobation silencieuse.

À l’opposé, et comme il nous l’a été aussi rapporté, certaines familles considèrent que le simple désir de servir Dieu dans un engagement sans retour requiert des qualités extraordinaires. « Oh !, a-t-on entendu dire, pour être frères, sœurs, il faut être des types parfaits… » Justement non ! La vie religieuse ne se calque pas sur un « type ». Et ne confondez pas la perfection avec un cheminement vers elle, humble et lent. Dans la marche vers le don total de soi à Dieu, il y a bien les « coulisses » que l’on ne pourrait guère montrer à la Télévision, mais il n’y a aucun exploit ! La greffe n’efface jamais le rameau sauvage.

Cet état d’esprit n’est-il pas aussi la raison de la rareté des « vocations laïques ». L’absorption progressive par le milieu du travail, l’enlisement collectif dans le milieu professionnel finissent par réduire la pratique religieuse, puis par assécher le levain dans la pâte. Les problèmes personnels ou familiaux, comme celui de la régulation des naissances, découragent : alors, se sentant si peu courageux ou si peu parfait, on évite l’engagement et l’on en conclut qu’il y a une rupture fatale entre « vie chrétienne » et « vie humaine ».

Aucune lacune aussi au plan « psycho-social » : une atrophie du sens de la responsabilité. Récemment un expert passant dans le Territoire, et pour des objectifs surtout économiques et commerciaux, constatait que ni l’élévation du degré d’instruction, ni l’élévation du niveau technique n’avaient multiplié le nombre des « animateurs de groupes ». Il y en a certes et, dans nos paroisses, c’est spectacle réconfortant d’admirer le dévouement inlassable de « ceux sur qui on peut compter ». Mais, on constate par ailleurs, chez certains, trop d’esprit d’abandon devant les différences […] se sentir responsable des autres.

Ainsi, reconnaissons que les difficultés humaines constituent fréquemment un obstacle au développement des vocations et à la fidélité à « sa vocation ». Il est temps maintenant d’en venir à une présentation plus réaliste et plus évangélique de la vocation, et de faire en sorte qu’ensemble elle trouve ici son application.

1° La vocation chrétienne apparaît d’abord comme une expérience personnelle par laquelle, mû par la grâce de Dieu, aidé par des qualités naturelles ou acquises, dans des conditions déterminées, un chrétien ou une chrétienne essaie de prendre sur lui une part de la « mission » de l’Église. Cette prise en charge se traduit par un engagement que l’Église reconnaît (c’est le cas des laïcs) ou qu’elle consacre définitivement (c’est le cas des religieux, religieuses ou prêtres).

Au cours de cette expérience, le chrétien verra de plus en plus clairement s’ouvrir devant lui la double voie missionnaire : témoigner par la parole et l’exemple du Salut apporté par Jésus-Christ, et travailler à l’élévation de l’Homme, ce que le Pape Paul VI entend par « développement de l’homme ». Quelle funeste erreur, chez beaucoup d’adolescents, de considérer, à cause des renoncements nécessaires pour suivre le Christ, la vocation comme une fuite du Monde. Une foi claire, une charité profonde s’accompagnera toujours chez le disciple du Christ de la détermination de travailler pour l’homme. Rappelons que finalement l’Église reconnaît que l’évangélisation proprement dite et le développement humain sont un seul et même apostolat missionnaire pratique. Celui qui est à l’écoute de l’Évangile est aussi à l’écoute du Monde, et qui proclame l’Évangile doit aussi l’insérer dans la société, mais une société qu’il aura reconnue, en des hommes qu’il aura aimés et dont il connaîtra la culture, les aspirations, les besoins matériels et spirituels.

2° En second lieu, et c’est l’enseignement du 2ème Concile du Vatican, la naissance, la maturation, l’approfondissement des vocations dans l’Église ou le Monde dépend « d’une action concertée de tout le peuple de Dieu » (Conc.Vatican « Lumen Gentium » § 11 et Vocation-Delabroye p.157).

« Le devoir de cultiver les vocations revient à la communauté chrétienne tout entière qui s’en acquitte avant tout par une vie pleinement chrétienne » (idem : p.150).

Le Concile a rappelé encore « que les parents sont pour leurs enfants les premiers hérauts de la Foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée » (Conc.Vatican « Lumen Gentium » et Vocation-Delabroye, p.157).

Ne pensez pas qu’en vous rappelant ces textes, nous cherchons à nous décharger, si peu que ce soit, de la « mission de l’Église » sur les autres. Mais la vocation se définit aussi comme un approfondissement d’une vie de foi au service de l’Église de Christ : « grâce à une vie vraiment chrétienne, les familles deviennent des séminaires d’apostolat des laïcs et de vocations sacerdotales et religieuses » (Conc.Vat. « Ad Gentes », n°19).

3° Le troisième point répond à un besoin d’une très solide et profonde formation chrétienne : il s’agit de la « vie intérieure ». Toutes les grandes vocations se sont fortifiées dans la prière, la méditation, la contemplation. C’est la vie intérieure qui permet à l’enfant, à l’adolescent, à l’homme de regarder le Monde comme du dedans. L’examen de conscience, qu’il ne faut pas confondre avec le simple ramassage d’ordures, nos fautes, est une ouverture de notre âme au Christ, pour qu’il projette sur nous, sur nos actes, sa Lumière libératrice. Une vraie vie intérieure est la conquête d’une foi vraiment personnelle : elle nous protège contre les retombées de l’enthousiasme, des contre-témoignages de notre entourage, du succès de la facilité. Le Pape Jean XXIII, si attentif aux mouvements du monde moderne, aux aspirations des hommes, n’a cessé, depuis l’âge de 14 ans, d’écrire « Le journal de l’âme ». Dans ce livre il est très rarement question des évènements, mais essentiellement de l’alignement progressif d’un esprit, d’une intelligence, d’un cœur en marche vers sa vocation ou aux prises par ses missions de plus en plus importantes.

L’action, contrairement à ce que l’on pense, ne tarit pas la vie de prière, mais elle ne la remplace pas. Plus l’homme agit, plus il a besoin de recueillement. Plus le bruit nous envahit, plus le silence s’impose. Les révisions de vie, les mises en commun des groupes de jeunes, peuvent être le meilleur instrument pour le développement de la foi personnelle et de la vie intérieure. Nous constations plus haut les dégâts que cause l’esprit d’abandon ; c’est le moment de se souvenir que seule la vie intérieure peut nous procurer cette énergie spirituelle indispensable pour inclure dans notre vie chrétienne « l’effort ».

Saint Luc nous dit par deux fois de la Très Sainte Vierge, la Mère de Dieu : « quant à Marie, elle conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait en son cœur » (Lc 2,19). Marie non plus n’a pas toujours compris la route sur laquelle l’engageait son Fils… alors, elle conservait tout cela en son cœur et le méditait… L’inconstance est le mauvais fruit de l’impatience. En Marie et grâce à son cœur plein de souvenirs et de médiations, il y a eu la patience, une patience aussi longue que sa vie, aussi robuste que sa vocation, une patience qui est devenue le plus beau témoignage de fidélité dans la joie terrestre et céleste.

Nous voici au terme de cette lettre. Je voudrais qu’elle vous pose trois questions :

1°  Ne me suis-je pas mis volontairement en retrait de la « Mission de l’Évangile » ? et pourquoi ?

2°  Si déjà je suis d’une manière quelconque au service de cette « Mission de l’Église », que puis-je faire encore pour être plus fidèle à ma vocation ?

3°  C’est aussi tout le diocèse en tant que tel qui est responsable d’une concordance entre « Mission de l’Église » et « vocations » : alors si vous voyez ce que nous pourrions faire ensemble, n’hésitez pas à m’en faire la proposition.

Il serait plus facile à un évêque de vous proposer, à l’occasion du Carême, quelques pénitences, prières nouvelles et, certainement pour vous aussi, de n’observer que cela, comme cela se faisait traditionnellement. Et puis, quand on fait défaut aux prescriptions ecclésiastiques, on s’en accuse dans sa confession pascale ! Mais j’ai rarement entendu des fidèles demander le pardon, en s’accusant d’avoir manqué à la « Mission de l’Église » et pourtant St Paul connaissait l’importance de ce manquement lorsqu’il s’est écrié :

« Malheur à moi, si je ne prêchais pas l’Évangile » (1 Co 9,16).

Papeete, le 19 janvier 1970

Michel COPPENRATH +

Archevêque-Coadjuteur et Administrateur Apostolique

de PAPEETE

© Archidiocèse de Papeete - 1970

Frère Eugène EYRAUD, ss.cc.

Apôtre de l’île de Pâques

Pour prolonger notre parcours de la vie religieuse en Polynésie, dans le cadre de l’Année de la vie consacrée… nous vous proposons dans els semaines qui viennent de relire quelques relations des missionnaires à la fin du XIXème siècle… Aujourd’hui, l’histoire du frère Eugène Eyraud et la conversion des Pascuans par le R.P. Cor Rademaker, ss.cc.

Un des plus merveilleux épisodes de notre histoire missionnaire est bien l'évangélisation de Rapa Nui, découvert le jour de Pâques 1722 par l'amiral hollandais Roggeveen, premier européen à visiter l'Île de Pâques. La Congrégation des Sacrés-Cœurs (Picpus) décida d'y envoyer des missionnaires en 1863. L'un d'entre eux fut le Frère Eugène Eyraud, que nous pouvons appeler, sans crainte d'exagération, l'Apôtre de l'Île de Pâques.

Eugène naquit le 5 février 1820 à Saint Bonnet, un petit village de la vallée du Champsaur, dans les Alpes Françaises. L'école terminée, il alla à Blois, chez son frère aîné, Joseph, pour y apprendre un métier. Il devint un ajusteur et un serrurier très adroit.

Eugène rejoint l'Amérique du Sud pour travailler

Un beau jour, un fabricant de Buenos Aires lui demanda de l'accompagner en Argentine, pour y occuper un poste important dans son entreprise. Eugène accepta l'invitation. Arrivé en Argentine, il découvrit que la guerre avait anéanti tous ses projets. Gagnant difficilement sa vie, il se rendit au Chili, où il commença, à Copiapo, une petite entreprise, qui prospéra bientôt.

Lorsque son frère Jean fut ordonné prêtre, en juin 1847 et partait comme missionnaire en Chine, Eugène lui offrit ses services ; mais Jean, ne voyant aucune possibilité d'accepter cette offre, Eugène dut se contenter de poser de solides bases financières, pour l'œuvre missionnaire de son frère. Le désir de devenir lui-même missionnaire ne le quittait pas pour autant.

La vocation religieuse d'Eugène Eyraud

Or, voici ce qui arriva un jour : ce qu'Eugène lui-même raconte en ces termes : « Un jour, j'étais au travail, dans mon atelier, lorsque passèrent deux religieux. J'avais le sentiment que c'étaient des compatriotes et je criai : “Entrez, messieurs, entrez”. À ma grande surprise, ils acceptèrent, et je me trouvai, d'une façon inattendue, devant deux prêtres français de la Congrégation des Sacrés-Cœurs ».

Eugène se lia d'amitié avec les Pères et, en 1862, il entra au noviciat de la Congrégation à Valparaiso. Ce fut tout, sauf un noviciat paisible. Sa mère étant tombée sérieusement malade, Eugène eut la permission de tenir sa promesse et d'aller visiter sa mère. Arrivé en France, il apprit qu'elle était décédée. Eugène resta quelques mois au pays, puis, il repartit pour Valparaiso, afin d'y continuer son noviciat.

La mission « Rapa Nui » : Première période

A ce moment-là, la Congrégation décida d'envoyer quelques Pères à Rapa Nui et Eugène demanda de pouvoir les accompagner. Il reçut à nouveau l'autorisation d'interrompre son noviciat et il partit avec les Pères Montiton et Rigal. Or, diverses rumeurs circulaient au sujet de la situation des habitants de Rapa Nui, rumeurs d'incursions de pirates péruviens, épidémies diverses, etc... Il fut donc décidé que Eugène partirait seul, là-bas, pour y prendre la température. Selon l'état des choses, on verrait plus tard, s'il valait la peine de commencer une mission à Rapa Nui.

Eugène partit donc tout seul pour l'Ile de Pâques, où il débarqua début janvier 1864. Resté seul blanc, au milieu d'indigènes primitifs et pillards, Eugène devait commencer aussitôt à défendre son maigre avoir. L'indigène Torometi considérait le Frère comme son esclave personnel. Un jour, Eugène lui avait prêté une hache, que Torometi employa aussitôt comme arme, pour forcer le missionnaire à lui obéir et lui ravir successivement tout ce qu'il possédait.

D'autre part, Torometi veillait à sa subsistance, de sorte que Eugène se trouvait plus libre pour ses leçons élémentaires de catéchisme. Ces leçons fournissaient une distraction agréable aux habitants de Rapa Nui. Comme ils ne travaillaient guère, ils se trouvaient presque tous les jours, assis devant la cabane du missionnaire et l'obligeaient à en sortir, par une pluie de pierres. Et lorsque le pauvre homme commençait à réciter le catéchisme et les prières, les auditeurs se couchaient pour dormir. S'il rentrait dans sa cabane, une nouvelle pluie de pierres le rappelait à l'extérieur. Quelques enfants réussirent à apprendre un peu de catéchisme et quelques prières chrétiennes. Eugène visitait aussi les malades et baptisait quelques mourants. Il avait même construit une toute petite chapelle, qui, malheureusement s'écroula comme un château de cartes, sous la première forte pluie.

Les indigènes devenaient cependant de plus en plus hostiles envers Eugène. Son « protecteur » Torometi avait d'ailleurs aussi beaucoup d'ennemis, et il commençait à craindre pour sa vie ; aussi partit-il pour un autre village. Mais Torometi et ses amis vinrent l'y rechercher. Comme le Frère se montrait récalcitrant, ils l'emportèrent tout simplement avec eux. Peu de temps après, Torometi fut puni de ses méfaits ; ses compagnons incendièrent sa hutte et le Frère fut dépouillé de tous ses vêtements, de sorte qu'il devait se promener sur l'Ile, drapé dans une couverture. Finalement, Eugène et Torometi décidèrent de s'enfuir. Alors, arriva un bateau avec un confrère du missionnaire. Eugène y monta, porté par Torometi, qui cherchait à s'en débarrasser à tout prix.

La mission « Rapa Nui » : Deuxième période

Et c'est ainsi que Eugène rentra à Valparaiso en octobre 1864, pour y continuer son noviciat. Le 6 mai 1865, Eugène fut admis à la profession et, à la fin l'année, il repartit pour l'Ile de Pâques, avec le Père Hippolyte Roussel. Ils y arrivèrent le 23 mai 1866. L'attitude des indigènes fut de nouveau hostile, au point que les missionnaires se trouvaient assiégés dans leur cabane, comme dans un fortin. Mais peu à peu, les deux missionnaires commencèrent à gagner la confiance des habitants. Eugène commença, avec leur aide, à agrandir le poste de la mission. Il construisit une petite chapelle. Il planta des orangers et aménagea un potager. Pour alimenter en eau sa modeste culture, il chercha et trouva une bonne source. En novembre 1866, deux autres missionnaires vinrent se joindre à eux. À partir de ce moment-là, la mission fit de réels progrès.

Après une sérieuse préparation, tous les habitants de Rapa Nui furent baptisés entre février et la mi-août 1868. Tandis qu'on baptisait les derniers catéchumènes, Eugène Eyraud agonisait sur son lit. Lorsque le Père Gaspard revint près de lui, après la grande cérémonie baptismale du vendredi 14 août et lui eut communiqué qu'il restait à baptiser seulement sept indigènes, qui n'avaient pu venir à la cérémonie, le malade put dire d'une voix faible : « Le désir de ma vie s'est réalisé, maintenant, oui, je puis mourir en paix. »

On pensait que le jour suivant, samedi 15 août, on pourrait le porter sur une chaise jusqu'à la chapelle, pour participer à la messe solennelle de l'Assomption de Marie. Mais à sept heures de ce vendredi soir, le Frère Théodule arriva à la chapelle, où le Père Gaspard administrait le baptême aux derniers néophytes, pour lui dire que le Frère Eugène avait perdu l'usage de la parole. Eugène le reconnut cependant, qui venait près de lui et il reçut les derniers sacrements en pleine connaissance. Pendant la nuit, il tomba dans un état de délire, qui se prolongea durant quatre jours. Le mardi 18, il eut un moment de lucidité, et il en profita, pour demander : « Tous sont-ils baptisés ? » et, à la réponse affirmative, un dernier éclat de joie illumina son visage exténué d'apôtre, dont la vie s'éteignait. Le jour suivant, le mercredi 19 août 1868, à onze heures du soir, le fondateur de la mission de Rapa Nui rendait son âme à Dieu.

La jeune communauté chrétienne, d'environ 1 800 catholiques, semblait promise à un bel avenir. Or, voici qu'en cette même année 1868, un capitaine de vaisseau français vint s'établir à Rapa Nui. Il commença à exploiter le pays et ses habitants. Ceux-ci furent transportés, pour une partie, à Tahiti, où beaucoup vinrent à mourir. Toute la population de l'Île de Pâques vécut sous la terreur du capitaine Bornier. Les missionnaires, qui intervenaient pour leurs fidèles, n'étaient guère ménagés. Il ne restait plus qu'à quitter l'Île. En 1873, le dernier missionnaire partit, avec environ 150 chrétiens, pour Mangareva. Il en restait à peu près autant à Rapa Nui.

© Appeler à servir - 1992

Méditation sur la Parole

Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours

Le chapitre six de S. Jean rappelle la fête juive de la Pâques. Cette célébration évoquait un double évènement dans l’histoire du peuple choisi : la libération de l’esclavage d’Égypte et la fête de la récolte de l’orge qui célébrait le Dieu qui les avait nourris avec la manne dans le désert.

Nous savons comment l’évangile de Jean a été construit : une série de signes ou de miracles (il en a retenu sept en tout), chacun suivi d’un long discours. Dans le chapitre 6, nous avons le miracle de la multiplication des pains, suivi du discours sur le pain de vie.

Pour S. Jean, qui ne raconte pas l’institution de l’eucharistie dans son évangile et la remplace par le lavement des pieds, la multiplication des pains est le symbole de l’eucharistie, un sacrement de vie, d’unité, d’harmonie et de paix. Chaque dimanche, dans nos églises paroissiales, nous revivons cette multiplication des pains et nous sommes invités à renouveler notre alliance avec Dieu, tout en reprenant contact les uns avec les autres.

Dans l’eucharistie, nous acceptons le Christ dans notre vie de tous les jours et nous nous identifions avec sa personne, sa vision de la vie, ses valeurs et sa mission.

Jésus affirme qu’il est le pain vivant descendu du ciel et que, contrairement à la manne du désert, ce pain permettra de vivre éternellement. « Ceux et celles qui mangent de ce pain trouveront la force nécessaire pour mener à bien leur pèlerinage terrestre. »

Chaque dimanche, « jour du Seigneur », nous participons à une rencontre communautaire afin de devenir de plus en plus des créatures de paix, de pardon, de réconciliation, et d’ouverture aux autres. Dans nos eucharisties nous recevons le pain de vie et nous apprenons à partager notre propre pain, de même que notre temps, nos talents et notre argent avec ceux et celles qui sont dans le besoin.

Lors de nos rencontres dominicales, nous acceptons d’élargir notre horizon afin d’y inclure les gens qui sont différents de nous, qui sont plus riches ou plus pauvres, qui ont des idées politiques différentes, qui parlent une autre langue, ont une culture différente, une religion qui n’est pas la nôtre. L’eucharistie est le sacrement d’inclusion par excellence. Tous sont invités et personne ne doit être mis de côté.

Ce sacrement d’unité nous rappelle que « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre fils afin que le monde soit sauvé ». Le Christ disait à la Samaritaine : « Qui boira l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui ou en elle une source jaillissante de vie éternelle » (Jean 4, 13-14).

Dans nos eucharisties, la parole de Dieu et le pain du ciel deviennent pour nous source d’eau fraîche et nourriture qui alimente notre vie de tous les jours.

Ce pain descendu du ciel n’est pas une récompense pour notre bonne conduite. Nous ne recevons pas l’eucharistie parce que nous nous sommes bien comportés, mais parce que nous sommes des pécheurs pardonnés et aimés de Dieu, qui ont besoin de cette nourriture pour continuer sur la route souvent difficile qui s’étale devant nous.

La participation à l’eucharistie est une occasion privilégiée qui nous permet de découvrir le projet de Dieu pour nous et de vivre en personne « sage et avisée ». « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. »

© Cursillo - 2015

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Date de dernière mise à jour : 2015-08-14