PKO 19.07.2015

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°39/2015
Dimanche 19 juillet 2015 – 16ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Humeurs

Un eugénisme qui ne veut pas dire son nom… en polynésie aussi !

Le 8 juillet dernier, le conseil des ministres a autorisé l’inscription du dépistage prénatal non invasif de la trisomie 21 (DPNI) dans la liste des actes de biologie médicale remboursables par la C.P.S.

Le mot « eugénisme » fait peur. Créé à la fin du 19ème siècle pour définir les pratiques médicales ayant pour objectif d’améliorer certaines « races » humaines, c’est au début du 20ème siècle que furent mises en œuvre des politiques de stérilisation, parfois même d’éradication, des handicapés, des malades mentaux et de toute personne jugées anormales.

Aujourd’hui, sur le principe, cette discrimination est condamnée d’une façon unanime et presque universelle. Mais dans les faits, qu’en est-il  vraiment? N’assistons-nous pas à un retour de l’eugénisme dans notre société moderne ?

Force  est de constater  qu’avec les « progrès » techniques et médicaux, et d’une façon très sournoise et insidieuse, la tentation d’un eugénisme nouvelle version ressurgit.

Ces « progrès » conduisent en fait à rendre moral et licite le fait de faire dépendre la naissance d’un enfant de son bagage génétique. « L’essor des tests génétiques et de la sélection d’embryons avant implantation dans un utérus n’a ensuite fait qu’amplifier cette possibilité ».

La Polynésie française n’est maintenant plus exempte de cette tentation. Or avec l’autorisation gouvernementale quel est le but d’un tel dépistage ? Si ce n’est d’éviter la naissance de tels enfants ?

Soyons attentifs… ce qui nous apparaît comme évident, n’est pas nécessairement bon. S’il paraît « normal » d’accepter le fait d’éviter de faire naître un enfant voué à de grandes souffrances… cette « normalité » n’en est pas moins un eugénisme qui ne dit pas son nom. Ce n’est que l’exclusion du handicap… et ce, bien avant qu’il ne soit visible !

Ainsi d’un côté on conduit à la fermeture de structures prenant en charge les personnes atteintes de trisomie et de l’autre côté on prend en charge le dépistage de tels « risques » !!!

Qu’en est-il de notre dignité et de notre humanité ?

 

Chronique de la roue qui tourne

Silence ! Mon cœur voudrait me parler

« Dans le silence et la solitude, on n'entend plus que l'essentiel » Camille Belguise.

Au risque de radoter, après avoir écrit sur l'incivisme qu'entraîne le bruit, j'ai envie de voir avec vous tout ce que nous perdons lorsque nous gâchons un moment de silence.

Aujourd'hui, la mode de la nouvelle technologie et la société de consommation imposent aux jeunes (et ça se généralise) un appareil de musique (bien puissant bien sûr) et/ou un téléphone portable (connecté bien évidement à internet). Derrière cette mode « dernier cri », chaque moment de silence et de solitude est menacé. Cette mode, toujours elle, cherche à confondre solitude et isolement pour s'imposer comme remède miraculeux pour tous ceux qui se sentent seuls. Mais à bien y regarder, ce n'est pas la solitude le mal mais le manque d'amour et le manque d'égard. Mais là, je m'égare, le mal du siècle est une autre histoire qui attendra son heure.

Nous voilà, poussés par ce nouveau style de vie, engouffrés dans cette fuite en avant où le bruit est forme d'existence et de reconnaissance. Du réveil au coucher, un fond sonore ou une connexion nous suivent comme notre ombre, où que nous allions. Du bruit pour palier une carence, du bruit pour éviter de réfléchir. Et oui, nous nous oublions dans tout ce brouhaha. Nous nous rendons sourds à notre conscience et à toute forme de remise en question.

Oui, le silence et la solitude nous construisent en nous imposant un rendez-vous avec nous-même. Un moment où l'on peut, à l'abri des regards, tracer les contours de notre personnalité, sonder avec bienveillance toutes nos qualités et tous nos défauts, voir ce que nous allons en faire. Et là, choisir, non seulement, ce que nous voulons faire mais aussi qui nous voulons devenir.

Ce travail sur nous-même entamé, nous pouvons alors goûter à la sérénité, cette sérénité que nulle technologie ne peut offrir. Le silence et la solitude deviennent alors un moment où nous nous sentirons importants, sans être « le fils de… » ou « la femme de… ». Simplement le bonheur d'exister pour ce que nous sommes. Et, forts de cette réalité, nous nous mettons à rêver, à nous projeter dans l'avenir.

Sans ces petits moments de silence, nous sommes à la merci du regard et de l'appréciation des autres. Nous devenons alors spectateurs de notre propre vie, allant là où nous sommes poussés, faisant ce qui est attendu. Nous naviguons à vue, à la recherche de notre propre ombre.

Attention, être soi, ce n'est pas se couper des autres. Je l'ai toujours dit : l'interaction (sans abus) instruit. Personne ne peut devenir meilleur si il est isolé. Mais comme partout, il faut juste trouver le bon équilibre. Alors écoutons les conseils de nos proches, discutons, demandons, argumentons. Mais agissons toujours selon les murmures de nos silences. Nous nous tromperons peut-être, sûrement même puisque personne n'est infaillible, mais ce n'est qu'en suivant nos voix que nous pourrons apprendre de l'échec. Quoique nous fassions, nous deviendrons ce que nous devons être. Tout est une question de temps, de parcours et de foi en nous-même. Même les échecs ont un goût moins amer lorsque nous agissons avec conviction.

Oui, à celui qui saura l'écouter, le silence deviendra l'aiguilleur alerte de notre vie à cent à l'heure, le souffleur caché de nos plus beaux discours, la plume de nos meilleures dissertations, l'auteur de nos plus belles révélations et l'ami attentif à nos doutes. Aussi, de temps en temps, sachons dire : « Silence, mon cœur voudrait me parler... Et il peut être bavard... SVP, ne pas déranger ! »

La chaise masquée

 

Je suis un homme pardonné

Visite du Pape François à la prison de Palmasola – 10 juillet 2015

Au troisième jour de sa visite en Bolivie, le pape François s'est rendu à la prison de Palmasola, souhaitant apporter aux détenus « Jésus Christ, la miséricorde du Père » et les encourageant à s'entraider. [Les textes en gars ont été improvisés]

Chers frères et sœurs, bonjour,

Je ne pouvais pas quitter la Bolivie sans venir vous rencontrer, sans partager la foi et l’espérance qui naissent de l’amour offert sur la croix. Merci de m’avoir accueilli. Je sais que vous vous êtes préparés et que vous avez prié pour moi. Je vous remercie beaucoup.

Dans les paroles de Mgr Jésus Juárez et dans les témoignages de ceux qui sont intervenus, j’ai pu constater combien la douleur n’est pas en mesure d’éteindre l’espérance au plus profond du cœur, et que la vie continue à germer avec force dans des circonstances adverses.

Qui est devant vous ? Vous pourriez vous le demander. J’aimerais répondre à la question avec une certitude de ma vie, avec une certitude qui m’a marqué pour toujours. Celui qui est devant vous est un homme pardonné. Un homme qui a été et qui est sauvé de ses nombreux péchés. Et c’est ainsi que je me présente. Je n’ai pas grand chose de plus à vous donner ou à vous offrir, mais ce que j’ai et ce que j’aime, oui, je veux vous le donner, oui, je veux vous le partager : c'est Jésus, Jésus Christ, la miséricorde du Père.

Il est venu nous montrer, rendre visible l’amour que Dieu a pour nous. Pour vous, pour vous, pour vous, pour vous, pour moi. Un amour actif, réel. Un amour qui a pris au sérieux la réalité des siens. Un amour qui guérit, pardonne, relève, soigne. Un amour qui s’approche et restitue la dignité. Une dignité que nous pouvons perdre de multiples façons et formes. Mais Jésus est un obstiné en cela : il a donné sa vie pour cela, pour nous restituer l’identité perdue, pour nous revêtir de toute sa force de dignité.

Il me vient à la mémoire une expérience qui peut nous aider : Pierre et Paul, disciples de Jésus, ont aussi été prisonniers. Ils ont aussi été privés de la liberté. En cette circonstance, il y a quelque chose qui les a soutenus, quelque chose qui ne les a pas laissé tomber dans le désespoir, dans l’obscurité qui peut jaillir du non sens. Ce fut la prière. Ce fut de prier. La prière personnelle et communautaire. Ils ont prié et on priait pour eux. Deux mouvements, deux actions qui ensemble forment un réseau qui soutient la vie et l’espérance. Ce réseau nous soutient dans le désespoir et nous stimule à continuer à marcher. Un réseau qui soutient la vie, la vôtre et celle de vos proches. Tu as parlé de ta mère. La prière des mères, la prière des épouses, la prière des enfants, c’est un réseau, et le vôtre, qui fait avancer la vie.

Car, lorsque Jésus entre dans la vie de quelqu’un, celui-ci ne reste pas emprisonné dans son passé, mais il commence à regarder le présent d’une autre manière, avec une autre espérance. Il commence à se regarder lui-même d’un autre œil, ainsi que sa propre réalité. Il ne reste pas ancré dans ce qui est arrivé, mais il est en mesure de pleurer et d’y trouver la force de recommencer. Et si à certains moments nous nous sentons tristes, mal, abattus, je vous invite à regarder le visage de Jésus crucifié. Dans son regard, nous pouvons tous trouver place. Nous pouvons tous lui confier nos blessures, nos douleurs ainsi que nos erreurs, nos péchés. Tant de choses où nous pouvons nous être trompés. Dans les plaies de Jésus, nos plaies trouvent place. Nous sommes tous blessés, d’une façon ou d’une autre. Apportons nos plaies aux plaies de Jésus : pour quoi ? Pour être soignées, lavées, transformées, ressuscitées. Il est mort pour vous, pour moi, pour nous donner la main et nous soulager. Parlez avec les prêtres qui viennent, parlez, parlez avec les frères et sœurs qui viennent, bavardez, bavardez, avec toute personne qui vient vous parler de Jésus. Jésus veut toujours nous relever.

Cette certitude nous pousse à travailler pour notre dignité. La réclusion n’est pas la même chose que l’exclusion, parce que la réclusion fait partie d’un processus de réinsertion dans la société. Les éléments qui jouent contre vous sont nombreux en ce lieu – je le sais bien et vous l'avez mentionné avec une grande réalité - : le surpeuplement, la lenteur de la justice, le manque de thérapies d’occupation et de politiques de réhabilitation, la violence, le manque de possibilités d’études universitaires. Et cela rend nécessaire une synergie rapide et efficace entre les institutions pour trouver des réponses.

Toutefois, pendant qu’on lutte pour cela, nous ne pouvons pas considérer que tout est perdu. Il y a des choses que nous pouvons faire déjà maintenant.

Ici, dans ce Centre de Réhabilitation, la cohabitation dépend en partie de vous. La souffrance et la privation peuvent rendre notre cœur égoïste et donner lieu à des conflits, mais nous avons aussi la capacité de les transformer en occasion d’authentique fraternité. Aidez-vous entre vous. N’ayez pas peur de vous entraider. Le diable cherche la dispute, la rivalité, la division, les factions. N’entrez pas dans son jeu. Luttez pour aller de l’avant.

J’aimerais vous demander de porter mes salutations à vos familles, certaines sont ici. Leur présence et leur aide sont si importantes ! Les grands-parents, le père, la mère, les frères, la femme, les enfants. Ils nous rappellent qu’il vaut la peine de vivre et de lutter pour un monde meilleur.

Enfin, une parole d’encouragement à tous ceux qui travaillent dans ce Centre : aux dirigeants, aux agents de la Police pénitentiaire, à tout le personnel. Vous accomplissez un service public fondamental. Vous avez une mission importante dans ce processus de réinsertion. La mission de relever et non d’abaisser ; de donner la dignité et non d’humilier ; d’encourager et non de causer de la peine. Un processus qui demande d’abandonner une logique de bons et de mauvais pour passer à une logique centrée sur l’aide à la personne. Et cette logique d’aider les personnes vous sauvera de tout type de corruption et améliorera votre situation à tous. Cela créera de meilleures conditions pour tous. Car un processus vécu ainsi nous grandit, nous encourage et nous relève tous.

Avant de vous donner la Bénédiction je voudrais que nous priions un moment en silence, en silence dans votre cœur. Chacun sait comment le faire…

S’il vous plaît, je vous demande de continuer à prier pour moi, parce que j’ai moi aussi mes erreurs et je dois faire pénitence. Merci. Et que Dieu Notre Père voie notre cœur, Dieu notre Père, qui nous aime, nous donne sa force, sa patience, sa tendresse de Père, nous bénisse. Et n’oubliez pas de prier pour moi.

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

L’eugénisme médical aujourd’hui et demain [1]

par Jacques TESTART dans l’« Éternel retour de l’eugénisme »

Suite à l’autorisation du Conseil des ministres du 8 juillet d’inscrire le dépistage prénatal non invasif de la trisommie 21 à la nomenclature des actes de biologie médicale remboursable par la C.P.S., il nous est apparu important de conduire nos lecteurs à une réflexion de fond sur l’eugénisme moderne… dont cette décision est une illustration. Le texte ci-dessous est tiré de : Jacques Testart, dans l’éternel retour de l’eugénisme, J. Gayon et D. Jacobi Eds, PUF, 2006.

Il existe plusieurs définitions de l’eugénisme dont celle qu’en donna Francis Galton en 1904 en l’instituant comme la science « des facteurs socialement contrôlables qui peuvent élever ou abaisser les qualités raciales des générations futures, aussi bien physiquement que mentalement ». Ce qui met le lecteur contemporain mal à l’aise dans cette définition c’est surtout l’expression « les qualités raciales », parce que des systèmes politiques aujourd’hui réprouvés, du colonialisme au nazisme, ont construit leur logique sur l’exclusion, l’esclavage, ou l’extermination, de populations humaines considérées comme races honnies ou inférieures. Pourtant la proposition de Galton ne deviendrait-elle pas acceptable pourvu qu’on l’applique non plus à un groupe humain (la « race ») mais à l’humanité globale (l’espèce) ou même à l’humanité singulière (l’individu) ? Et qu’est-ce que l’espèce, sinon la collection de tous les individus ? Si bien que l’eugénisme peut retrouver ses séductions ancestrales, bien antérieures à sa définition, à condition qu’il ne prétende pas discriminer entre les groupes humains, ce qui n’arriva que dans la période récente de l’histoire des hommes. L’eugénisme n’est pas une invention du régime nazi mais correspond à une pratique aussi variée que les cultures et aussi ancienne que l’humanité.

L’eugénisme « positif », qui favorise les individus considérés comme les mieux pourvus, fut peut-être la première façon de recourir à des « facteurs socialement contrôlables » pour élever la qualité de la future génération. Ainsi peut-on comprendre la pratique de l’inceste dans les dynasties dominantes des anciens Égyptiens ou des Incas afin de préserver le « sang » royal. Et c’est encore l’eugénisme positif qui veilla aux « mariages supérieurs » dans le club « L’Élite » d’Alfred Pichon il y a un siècle, ou qui justifia des pratiques aussi variées que le Lebensborn de l’Allemagne nazie, la banque des spermes de « Nobel » aux états-Unis ou l’arrangement des unions entre diplômés à Singapour. Symétriquement l’eugénisme « négatif » qui vise à éliminer les « tarés » ou malformés eut longtemps recours à l’infanticide et s’est médicalisé récemment aussi bien avec « l’interruption médicale de grossesse » (IMG) qu’avec des actes non-homicides permettant d’écarter les indésirables de la procréation soit par la persuasion (certificat prénuptial, conseil génétique) soit par la violence (stérilisation).

La tradition eugénique, et surtout sa version « scientifique » du début de ce siècle est fortement médicale : au moins 70 000 personnes « anormales » furent stérilisées dans les pays démocratiques selon Jean Sutter (voir Sutter 1950), et plutôt le double selon des révélations plus récentes (Suède : 62 000, États-Unis : 50 000, Norvège : 40 000...). Même le délire nazi, portant l’eugénisme jusqu’à l’holocauste, s’est largement appuyé sur les médecins et généticiens allemands (Müller-Hill 1989). Si l’on ne peut pas assimiler eugénisme et nazisme, on peut convenir que l’idéologie eugénique, par son refus de l’autre et sa prétention élitiste, se trouve aisément intégrée dans l’idéologie totalitaire. De plus, les traces de la tradition eugénique étant universelles et continues, on doit considérer que cette attitude est naturelle à l’homme. Alors, si l’on admet que l’eugénisme est potentiellement criminel, le contenir exige un effort vigilant pour sortir de la barbarie grâce à l’artifice de la civilisation. Cet effort commence avec l’examen sans concession des relents eugéniques dans la médecine contemporaine, et des moyens révolutionnaires prochainement disponibles pour choisir l’humanité. Pourtant il serait utopique, et peut-être même contraire à la dignité humaine, de refuser toute action eugénique quand des souffrances physiques ou mentales quasi permanentes empêchent l’expression de la personnalité ou interdisent toute jouissance. L’attitude « raisonnable » ne peut consister qu’à placer des garde-fous pour limiter la nature et le degré de l’intervention eugénique et la maintenir dans un cadre compassionnel.

Cependant, cet effort nécessaire pour contenir l’eugénisme passe d’abord par la reconnaissance et l’identification des dérives ou pulsions à l’œuvre dans l’eugénisme médical aujourd’hui. C’est là que le bât blesse, la plupart des médecins contestant toute suspicion eugénique, d’abord parce qu’ils l’identifient au racisme ou au nazisme, plus fondamentalement parce qu’ils admettent que la gestion de la qualité humaine est conforme à leur déontologie. Deux arguments médicaux sont avancés pour nier l’existence d’un eugénisme contemporain. D’abord la raison médicale qui fait que les praticiens peuvent être amenés, par exemple, à procéder à l’élimination d’un fœtus en cas de trisomie mais pas en cas de sexe non souhaité. Cet argument selon lequel l’action serait de nature médicale n’est pas nouveau pour justifier l’eugénisme : c’est celui qu’on invoquait depuis 1907 pour stériliser des sourds ou des schizophrènes, et si les progrès de la génétique diagnostique ou de l’échographie fœtale ont largement augmenté l’acuité eugénique, il reste que l’infanticide d’un nouveau-né mal formé à Sparte était déjà pourvu d’une justification médicale… Ce qui nous amène à réfuter l’argument médical qui prétend que le terme même d’eugénisme ne saurait qualifier certaines pratiques actuelles sous prétexte qu’elles sont réalisées avec le consentement des ayants droit. L’autre argument est que l’action eugénique moderne est individuelle et non collective. Or, sauf pour le génocide de populations entières (et sans raison médicale), l’eugénisme historique a toujours visé des individus. Ainsi chaque enfant exposé de l’antiquité ne méritait ce sort qu’après avoir été examiné à la naissance par le père ou par un conseil des sages. Ainsi les pays démocratiques n’ont jamais établi de listes des caractéristiques justifiant l’exclusion (ces listes seraient contraires aux conventions et lois qui régissent les Droits de l’homme), et c’est seulement selon un « consensus médical » non écrit que les médecins peuvent conseiller ou accepter l’élimination d’un fœtus porteur de telle ou telle pathologie, comme ce fut le cas pour l’infanticide au cours des siècles passés (Pichot et Testart 1999).

En dehors du régime nazi, seuls le Japon (dès l’après-guerre) et la Chine (très récemment) ont publié l’inventaire des « tares » qui justifient la stérilisation ou l’avortement. Pourtant on ne peut réserver aujourd’hui la qualification (infamante ?) d’eugéniste à ces seuls pays asiatiques, sous prétexte que dans ces cultures différentes on a eu l’imprudence ou l’audace d’afficher les caractéristiques des indésirables. Les critères de normalité sont largement consensuels dans une population donnée et alors ils diffèrent peu de critères d’État. Plus encore que pour les modes (vêtement, alimentation, culture…), l’espace de liberté du citoyen est très réduit s’il s’agit de choisir l’enfant : qui souhaiterait procréer un trisomique, qui préférerait un enfant petit, laid ou fragile ?

Aussi est-il trompeur de prétendre que des actes médicaux échapperaient à l’eugénisme par le fait même qu’ils résultent d’un examen individuel. Faut-il rappeler que les stérilisations eugéniques du début du XXe siècle, aux États-Unis comme en Europe, étaient pratiquées sur dossier individuel, avec l’expertise avisée de médecins ? De même, l’exigence d’une demande ou d’un consentement des patients n’empêche pas l’action médicale de s’inscrire dans l’eugénisme. Bien sûr, une telle exigence est désormais impérative mais elle ne saurait suffire à affirmer la liberté ou le bien fondé des choix individuels : il est plus facile d’accepter une norme sociale que de revendiquer sa différence, ou celle de son enfant, et c’est seulement là où la pression normative rencontre des résistances qu’elle pourrait être contenue. Ces résistances, traditionnellement morales et culturelles, sont très affaiblies quand les progrès technologiques conduisent à des propositions combinant l’efficacité souhaitée avec la dédramatisation des actions. Pour sa part, le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE 1995) estime que « dans le double contexte de l’essor des tests génétiques et du dynamisme des logiques libérales », il faut maintenir « l’actuelle interdiction légale en France de faire un tel usage de tests génétiques ». Pourtant, le CCNE n’a pas d’illusions puisqu’il ajoute que « tous les mécanismes économiques de nos sociétés “libérales” conduisent, tôt ou tard, à une utilisation large de l’information génétique ». En rupture avec sa proposition de limiter le diagnostic génétique pré-implantatoire (DPI) à des « maladies particulièrement graves », le CCNE concède le recours aux tests pour des « petits risques » afin de « s’accommoder des lois du marché » … La qualification du risque petit et de la maladie grave, voilà bien tout l’enjeu de l’affrontement entre l’éthique et le marché !

Actualité de l’eugénisme

Il apparaît utile de repérer dans la médecine d’aujourd’hui les séquelles ou le renouveau de l’eugénisme. Contrairement à certains lieux communs, les actions qui n’ont pas vocation à sélectionner des traits héritables sont étrangères à l’eugénisme. Il en va ainsi pour la sélection du sexe (comment obtenir des descendants dans une population unisexe ?), comme pour la réduction embryonnaire ou pour l’IVG (sauf si l’IVG concernait une population particulière) car ces techniques ne comportent aucun choix des embryons éliminés. Bien évidemment, la démocratisation des sociétés industrialisées, aussi bien que la reconnaissance de la dignité des personnes et même de l’embryon, impliquent des attitudes nouvelles, et on peut remarquer d’emblée que les pratiques eugéniques doivent répondre à trois exigences pour être tacitement acceptables : (1) elles doivent être dénuées de violence apparente et s’efforcer d’être indolores ; (2) les personnes concernées (ou leurs ayants droit) sont volontaires et supposées complètement informées ; (3) les actions (moyens et buts) se réclament du savoir scientifique et du choix individuel. Nous évoquerons ici quatre exemples contemporains d’eugénisme médical.

Le premier exemple est celui du don de gamètes. La rareté naturelle des ovules nous amène à limiter cette rubrique aux spermatozoïdes. Les règles « éthiques » du don de sperme en France (secret et anonymat) ont conduit ses praticiens à créer un modèle de l’eugénisme contemporain. La sélection des donneurs d’abord (avec bilan sanitaire mais aussi génétique), puis l’appariement de tel donneur avec telle receveuse (respectant la similitude avec le père social mais aussi évitant la rencontre de « facteurs de risque » génétique) ont entraîné les médecins dans une spirale eugénique sans fin (Testart 1993). En effet, la responsabilité médicale est exorbitante quand il s’agit de décider l’origine biologique d’un enfant. C’est ainsi que les banquiers en sperme sont amenés à « apparier » des couples en exigeant l’anonymat du donneur de sperme mais en compensant les incertitudes et les responsabilités liées à cet anonymat par l’évitement de risques biologiques communs aux deux partenaires : tel donneur, bon pour le service de sperme mais ayant avoué un oncle asthmatique, ne saurait convenir pour inséminer telle femme dont le grand-père présenta la même pathologie. Ce type de questionnement n’étant pas de mise dans les unions non médicales, cela suffit pour montrer la nature eugénique de l’insémination artificielle avec donneur (IAD) selon les règles éthiques que la France lui a données. Si le couple stérile proposait lui-même un familier lui offrant ses spermatozoïdes, toute malfaçon de l’enfant ne saurait être imputée aux médecins, mais l’anonymat du donneur entraîne l’appariement médicalisé, qui impose des précautions particulières, lesquelles conduisent à une attitude d’eugénisme négatif. À l’évidence, la liste des facteurs défavorables ne peut qu’augmenter avec la connaissance de nouvelles pathologies contaminantes (par exemple Sida, hépatites, prions, etc.) et surtout avec la mise en évidence de nouveaux risques héréditaires (maladies à composante génétique). Remarquons que les couples stériles demandeurs d’IAD ne participent aucunement à ces mesures précautionneuses d’appariement qu’ils semblent même ignorer. Faut-il se féliciter d’un zèle médical exceptionnel quand le service rendu va au-delà des exigences du public, ou au contraire s’inquiéter de ce paternalisme militant qui s’arroge le pouvoir de choisir un père sans nom et sans reproche ?

[à suivre]

© Jacques Testard Free - 2006

La Miséricorde

Déclaration 2015 des Évêques Latins des Régions Arabes (CELRA)

Du 6 au 9 juillet 2015, des évêques de la péninsule arabique, de Syrie, du Liban, de la Jordanie, de Palestine, d’Israël, de Chypre, de Djibouti et de Somalie se sont réunis à l’occasion de la  Conférence Episcopale des Evêques Latins des Régions Arabes (CELRA) et ont évoqués les différents défis actuels de la région. Voici le communiqué publié à l’issue de cette rencontre.

Notre soixante-cinquième rencontre s’est tenue au Couvent Franciscain de Sainte-Croix à Nicosie (Chypre) du 6 au 9 juillet 2015, avec la participation des évêques de la Péninsule Arabique, de Syrie, d’Irak, du Liban, de la Jordanie, de la Palestine, d’Israël, de Chypre, de Djibouti et de Somalie. Nous avons rencontré les chefs religieux chrétiens et musulmans à l’archevêché maronite, et ressenti un esprit œcuménique à travers les différentes Eglises chrétiennes. Nous nous sommes rendus en pèlerinage sur la tombe de Saint  Barnabé, apôtre de Chypre, et  prié pour une amélioration des relations entre la partie turque de l’île et la partie grecque. Nous avons également reçu la visite de l’archevêque orthodoxe, Sa Béatitude Chrysostome III.

Après un riche échange sur la situation pastorale de nos pays respectifs, nous avons étudié les quatre thèmes proposés au programme : la vie consacrée, l’avenir de la communauté chrétienne au Moyen Orient, la famille et le Jubilé de la miséricorde.

1 – Vie consacrée : Les congrégations religieuses, les communautés nouvelles et les mouvements d’Église, présents dans notre diocèse, réalisent un travail très apprécié en mettant leur charisme évangélique, leur prière, leur charité et leur communion au service de notre Église. Saluant les communautés qui continuent d’opérer pour la paix et la réconciliation dans les zones de conflit, nous appelons toutes les communautés religieuses, en vue d’offrir un meilleur apostolat, à apprendre davantage la langue locale, à entrer dans la culture des peuples qu’elles désirent servir et s’adapter avec amour à la pastorale locale.

2 – L’avenir des communautés chrétiennes : Nous, évêques, participons aux souffrances de notre peuple de la région, où règne une grande instabilité politique. Plus d’un an est passé depuis la guerre de Gaza, la prise de Mossoul, et un conflit au Yémen déclaré par la Coalition Arabe dure depuis cinq mois sans nous laisser entrevoir une lueur d’espoir. Malgré la situation de désespoir de notre communauté en Syrie et en Irak, nous insistons sur le fait que notre avenir dépend de la qualité de notre foi et de notre confiance dans le dialogue interreligieux qui peut contribuer à une meilleure coexistence avec nos frères musulmans parce que de nombreuses personnes de bonne volonté s’élèvent contre le fondamentalisme et l’intolérance en respectant la liberté de conscience et le pluralisme religieux.

Par conséquent, nous réitérons notre appel de l’an dernier :

« Il n’y a pas de paix sans justice et pas de justice sans respect des droits humains, sociaux et religieux. Il n’y a pas de paix sans pardon et sans réconciliation. Parce que les mêmes facteurs à l’origine du conflit continueront de générer plus de haine et plus de guerres. Comme il est impossible de tuer au nom de Dieu, la religion ne peut pas être instrumentalisée à des fins politiques et économiques, parce que toute personne humaine a droit au respect, indépendamment de son appartenance religieuse et ethnique ou de son statut minoritaire ».

3 – Dans la perspective du prochain synode sur la Famille qui se tiendra à Rome au mois d’octobre prochain, nous avons échangé quelques idées sur la beauté de la famille chrétienne, voulue par Dieu sur le modèle de la Sainte Famille de Nazareth. Nous avons évoqué les différents défis de la famille en général, mais plus spécialement ceux liés à la bioéthique.  Les couples doivent se former en étant ouverts à la vie, qui est don de Dieu et fruit de l’amour humain. Nous avons une pensée spéciale pour les couples séparés ou en crise. Nous attendons de nombreux fruits du prochain synode et invitons nos fidèles à prier pour les Pères synodaux  afin que le Seigneur les illumine en leur donnant des réponses adéquates aux défis et risques encourus par cette institution qu’est la famille.

4 – Nous remercions le Pape François d’avoir proposé une année de la miséricorde pour la faire connaître au monde entier, nous invitant tous avec urgence à la conversion et à la réconciliation à tous les niveaux : individuel, familial, national et international. Nous ferons un effort particulier pour redécouvrir pleinement et valoriser la beauté du sacrement de la réconciliation et la pratique des  œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles.

Les évêques de la CELRA

Nicosie, 9 juillet 2015

© Zenit - 2015

 

Des millions de Yuans évaporés des comptes bancaires du diocèse de Shangai

Communiqué d’Églises d’Asie

Des mouvements inhabituels et des montants substantiels évaporés vers des comptes bancaires suspects. L’information est donnée par l’agence Ucanews et concerne le diocèse catholique de Shanghai, dont les comptes bancaires auraient été siphonnés de plusieurs dizaines millions de yuans sur « instruction de fonctionnaires du Bureau des Affaires religieuse ».

À l’heure où la Bourse de Shanghai plonge et inquiète les autorités chinoises, l’information peut sembler anecdotique mais elle témoigne de la crise que traverse l’Église de Shanghai, dont l’évêque, Mgr Ma Daqin, qui vient d’entamer sa quatrième année de détention en résidence surveillée, est toujours empêché d’exercer son ministère épiscopal.

Selon Ucanews, qui écrit avoir été en mesure de recouper la fiabilité de ses informateurs – lesquels s’expriment tous sous le sceau de l’anonymat en usant d’alias –, des dizaines de millions de yuans ont été transférés des comptes du diocèse vers des comptes d’institutions gouvernementales ou des comptes de personnes physiques au cours des douze derniers mois. L’agence d’information précise que c’est le Bureau des Affaires religieuses – qui met en œuvre la politique religieuse du gouvernement et exerce une tutelle étroite sur les religions officiellement reconnues par les autorités – qui est à la manœuvre et que ses responsables agissent pour le compte de leur administration ou pour eux-mêmes. « Les mouvements sur les comptes [du diocèse] de Shanghai font partie d’une manœuvre plus vaste consistant à s’introduire dans les comptes bancaires de l’Église ; il est estimé qu’environ 90 millions de yuans [13,1 millions d’euros] ont été ainsi soustraits [à l’Église] au cours des années passées », peut-on lire dans la dépêche de Ucanews datée du 8 juillet.

Le diocèse de Shanghai, l’un des plus importants de Chine sur un plan numérique, connaît de graves problèmes de gouvernance depuis la mort de son emblématique évêque « officiel », Mgr Jin Luxian, décédé le 27 avril 2013. Dès avant cette date, le diocèse avait connu des difficultés extrêmes, notamment lorsque celui qui avait été choisi, en accord avec Rome, pour succéder à Mgr Jin avait annoncé, à l’issue de la messe de son ordination épiscopale, qu’il se démettait de ses responsabilités à la tête de la branche locale de l’Association patriotique des catholiques chinois. C’était le 7 juillet 2012, il y a un peu plus de trois ans, et dès le lendemain, les autorités chinoises « révoquaient » Mgr Ma pour le punir de cet affront fait publiquement à leur politique religieuse. Depuis, Mgr Ma est détenu en résidence surveillée au grand séminaire de Sheshan, voisin de la ville de Shanghai.

Si Mgr Ma continue de communiquer de temps à autre en postant sur son blog des réflexions personnelles, il est empêché d’exercer son ministère d’évêque. Face à ce vide, les autorités ont mis en place un « Comité de direction » du diocèse, composé de cinq prêtres. Selon une source citée par Ucanews et dont la crédibilité est attestée par l’agence catholique d’information, cette structure crée en réalité « un vide » qui permet au Bureau des Affaires religieuses et à l’Association patriotique de « renforcer leur contrôle » sur la vie et les finances du diocèse. Sur les cinq prêtres de ce Comité, deux sont plus spécifiquement chargés des questions financières et, toujours selon cette source, d’importantes sommes d’argent circulent de comptes bancaires en comptes bancaires « sur instruction des responsables des Affaires religieuses ». « Lors de toutes les réunions du Comité de direction, les Affaires religieuses doivent être représentées. Vous pouvez imaginer quelles sortes de décision sont alors prises ! Ils font en sorte, de plus, de placer leurs gens aux postes-clés du diocèse », témoigne encore cette source.

Selon une autre source interne au diocèse de Shanghai, le Comité de direction et ses cinq membres ont été mis en place par Mgr Jin Luxian alors qu’il était affaibli par l’âge et la maladie. « Aujourd’hui, [le Comité] devrait être dissous, analyse ce contact. Les missionnaires nous ont laissé un grand nombre de biens fonciers. Du temps de Mgr Jin, celui-ci s’était entendu avec l’Association patriotique pour qu’elle touche une partie de l’argent de l’Église. C’était sa méthode pour que l’Église puisse jouir d’un certain espace où il pouvait agir à sa guise. Le problème est qu’après sa mort, personne n’a osé remettre en cause les arrangements qu’il avait passés. »

Dans l’immense métropole qu’est devenue Shanghai, le diocèse catholique occupe une place particulière. De son vivant, en usant de son entregent, de ses contacts à l’étranger et des facilités de déplacement qui lui étaient octroyées, Mgr Jin, brillant polyglotte, avait su renouer des liens avec les instituts et sociétés missionnaires autrefois actifs à Shanghai ; il savait également solliciter les organismes de financement de l’Église universelle ; et, lorsque les autorités chinoises ont commencé à rendre les propriétés confisquées dans les années 1950 et suivantes, Mgr Jin a pu en récupérer un grand nombre, faisant de Shanghai un diocèse autonome et relativement prospère d’un point de vue financier. La difficulté aujourd’hui est que, sans évêque en mesure de le gouverner, le diocèse est la proie facile des Affaires religieuses, de l’Association patriotique et de leurs fonctionnaires.

Les problèmes commencent à poindre. Le Guangqi Research Center, l’une des deux plus importantes maisons d’édition catholiques du pays, serait en proie à des difficultés financières. C’est pourtant cette maison qui a contribué, ces vingt-cinq dernières années, à publier en chinois plus de 400 titres de théologie, de spiritualité, de formation catéchétique et de vies de saints, aidant ainsi à la formation du clergé et des fidèles de l’Église de Chine.

« Nous ne savons pas quand la situation changera. Nous ne sommes pas très optimistes, fait valoir un certain Paul. Deux options s’offrent à nous, Église de Shanghai : soit les instances “officielles” de l’Église, depuis Pékin, nomment un nouvel évêque à Shanghai, soit nous nous réunissons, nous les prêtres de Shanghai, pour élire un nouvel évêque. Mais aucune de ces deux solutions ne nous semble faisable. »

Un autre prêtre ajoute : « Les autorités ont dit l’an dernier à Mgr Ma qu’il serait libéré s’il acceptait de prendre la présidence de l’Association patriotique. Mais, dans un de ses messages sibyllins qu’il a coutume de rédiger [sur son blog], Mgr Ma a laissé entendre que sa décision annoncée [le 7 juillet 2012] avait été préméditée, précisant qu’il préférait “mourir en détention” que d’accepter l’offre qui lui était faite. »

En attendant que la lumière soit éventuellement faite sur ces questions financières, la pression des autorités sur le clergé et les religieuses de Shanghai ne se relâche pas. Du 9 au 11 dernier, une trentaine de prêtres et une douzaine de religieuses ont été convoqués pour une session d’études à l’Institut du socialisme de Shanghai, avec au programme des cours sur « le renforcement de l’Etat de droit » en Chine et la « sinisation » des religions, principe cher au président Xi Jinping. Une autre session d’études est planifiée en septembre pour le reste du clergé et des religieuses de Shanghai.

© Églises d’Asie - 2015

Méditation sur la Parole

 

Retour d’une mission de paix

Dans l’évangile, les apôtres reviennent de leur première mission, et S. Paul ajoute que grâce au Christ tous les murs de séparation s’écroulent. En sa personne, « le Christ a tué la haine sur la croix pour que nous vivions en paix ». « Nous sommes appelés à une seule espérance, car il y a un seul Corps et un seul Esprit... un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous... » (Ep 4, 4).

Pour décrire la séparation, la discrimination et la haine omniprésentes dans notre monde, Paul utilise l’image du mur, faisant référence aux nombreux murs qui séparaient les différents groupes dans le temple de Jérusalem : « Le Christ a fait tomber le mur qui les séparait, le mur de la haine ». Dans le Temple, il y avait : le mur qui interdisait, sous peine de mort, l’entrée à tous les non-Juifs ; le mur qui limitait les allées et venues des femmes, le mur qui empêchait les laïcs de se rendre dans la section réservée aux prêtres, le mur qui défendait aux prêtres d’aller là où seul le grand prêtre pouvait aller ! Par tous ces murs, les gens étaient séparés les uns des autres comme le sont aujourd’hui encore les états d’Israël et de Palestine, délimités par de hauts murs, des tours de gardes et une haine implacable.

Le Christ est celui qui nous propose une œuvre universelle de réconciliation avec Dieu et avec les autres, « il fait crouler tous les murs de séparation ».

Nous vivons dans un monde plein de division. Il y a d’un côté les pays riches et de l’autre les pays pauvres, les secteurs de grandes richesses et les secteurs de taudis, les régions de grande abondance et les régions de famine et de misère, les pays en guerre et les pays en paix. On érige partout le mur de la discrimination raciale, le mur de la religion, le mur de l’idéologie, de la culture, de la vertu. On élève des murs pour se protéger des immigrés, des sans-logis, etc., etc.

La caractéristique principale de tout chrétien, c’est d’être un artisan de paix, un rassembleur, un agent d’union.

Tous ces murs créent un univers d’incompréhension, de méfiance et de haine. Ils provoquent des luttes mortelles, causant des milliers de morts et des millions de déplacés. Les exemples ne manquent pas : en Israël, un véritable mur sépare les Juifs des Palestiniens, en Bosnie, les musulmans des chrétiens, au Rwanda, les Tutsis des Utus, en Irak, les Sunites des Shiites et des Kurdes. Dans nos pays démocratiques, les murs existent entre les différents partis politiques, entre les religions, entre les personnes de différentes couleurs, entre les citoyens de vieille souche et les immigrés. La liste de ces murs semble s’allonger tous les jours. Lorsqu’il y a un mur de séparation, l’intolérance s’installe, les déclarations agressives se multiplient, le fanatisme, la violence et la haine prennent toute la place.

L’être humain semble avoir été créé pour ériger des murs plutôt que de construire des ponts. Devant ces situations désastreuses, Paul, pour qui le Christ est le modèle parfait, nous dit : « Vous avez revêtu l’homme nouveau... Là il n’y a ni de Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni hommes ni femmes, ni Barbares, Scythes, esclaves ou homme libre ; il n’y a que le Christ, qui est tout et en tous. »

Dans notre monde d’inégalité et d’injustice, le Christ nous invite à la paix et à la réconciliation : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils ou fille de Dieu ! » (Mt 5, 9).

Le Christ nous réconcilie avec Dieu notre Père, avec nous-mêmes, et avec les autres, en nous pardonnant et en nous intégrant à sa grande famille. C’est là le sens de notre belle prière : le Notre Père. Nous sommes tous frères et sœurs. Cela devrait faire crouler tous les murs de séparation qui existent entre nous.

Le jour du Seigneur nous permet de laisser tomber notre agressivité, de détruire les murs qui nous séparent. Nous rencontrons le Seigneur, recevons son pardon, et pardonnons ceux et celles qui nous ont offensés.

La caractéristique principale de tout chrétien, c’est d’être un artisan de paix, un rassembleur, un agent d’union. C’est pourquoi Jésus envoie ses disciples en mission. Rassembler plutôt que disperser et séparer, tout faire pour éviter que les factions se forment, que les commérages se diffusent, que la jalousie ou l’ambition viennent miner les fondements mêmes de la communauté !

Le compliment le plus beau que l’on puisse faire à quelqu’un c’est qu’il est un rassembleur, une personne de paix… Jésus les envoya deux par deux pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, un Royaume de paix, de compréhension et d’amour. « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils et filles de Dieu. »

© Cursillo - 2015

 

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Date de dernière mise à jour : 2015-07-17