Pko 22.11.2015

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°58/2015
Dimanche 22 novembre 2015 – Solennité du Christ Roi – Année B

Humeurs

Qu’avons-nous fait ?

Les attentats de Paris laissent tout le monde dans l’expectative. Les mots n’arrivent pas exprimer notre effroi, notre incompréhension. Du citoyen lambda au politique et même le monde religieux ne sait que dire : actes de barbarie, actes abominables, inqualifiables…

Le Cardinal André Vingt-Trois, dans son homélie dimanche soir à Notre-Dame de Paris nous interrogeait ainsi : « Comment des jeunes formés dans nos écoles et nos cités peuvent-ils connaître une détresse telle que le fantasme du califat et de sa violence morale et sociale puissent représenter un idéal mobilisateur ? »

Oui, comment ? Comment avons-nous pu en arriver là ? L’évangile de jeudi nous donne certainement une partie de la réponse : « Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : “Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix !” » (Lc 19,41)

Depuis plusieurs décennies nous construisons patiemment un monde déshumanisé… un monde où il n’y a plus de place pour l’homme. Seule l’économie compte et prime… tout s’évalue en argent, en cotation boursière… cette économie qui chaque jour met des milliers et des milliers d’hommes au rebut pour non-rentabilité…

Nos pays occidentaux, qui aujourd’hui, sont mis à mal par des attentats, ont patiemment préparé cette troisième guerre mondiale, qui ne veut pas dire son nom, en faisant de l’industrie de l’armement un enjeu économique vital…

Certes rien, absolument rien ne peut justifier l’horreur de ces attentats… mais sommes-nous totalement innocents? Pouvons-nous simplement nous laver les mains en disant : « C’est Daesh » ? Ne sommes-nous pas aussi artisan de cette guerre ?

 « Qu’est-ce qu’il reste d’une guerre, de celle que nous sommes en train de vivre. Qu’est-ce qu’il en reste ? Des ruines, des milliers d’enfants sans éducation, tant et tant de morts innocents, et tant d’argent dans les poches des trafiquants d’armes. Une fois Jésus a dit : "On ne peut pas servir deux maîtres : ou Dieu, ou l’argent”. La guerre est justement le choix pour l'argent : “Fabriquons des armes, comme ça l’économie s’équilibrera un peu, et avançons avec nos intérêts”. Il y a une parole dure du Seigneur : “Maudits”. Parce qu’Il a dit : "Bénis soient les artisans de paix"… Ceux qui font la guerre, qui font les guerres, sont maudits, sont des délinquants. Une guerre peut se justifier, entre guillemets, avec tant de raisons. Mais quand le monde entier, comme aujourd’hui est en guerre, le monde entier ! C’est une guerre mondiale, par morceaux : ici, là-bas, là-bas aussi, partout… Il n’y a pas de justification. Et Dieu pleure. Jésus pleure. » (Homélie du 19 novembre 2015 – Pape François)

Oh, me direz-vous, cette violence est bien loin de chez nous… Ah bon ! et Sandy, Akirina… cette violence qui les a tués est-elle si différente de Daesh ? En arriver à tuer en ne reconnaissant même plus à l’autre le statut d’être humain, est-ce si loin des attentats de Paris ?

Mais qu’avons-nous fait ? Ne sommes-nous pas des acteurs de cette déshumanisation qui nous éclate en pleine face aujourd’hui ? N’avons-nous pas construit ces monstres sur nos autels des dieux « économie », « rentabilité » sans oublier le « toujours plus » ? Ces jeunes sont nés de nous… ils sont nés de nos égoïsmes…

Mais il n’est pas trop tard… certes le chemin sera long et les souffrances nombreuses… mais il est temps encore pour notre génération de construire un monde meilleur ou l’homme sera au centre… Il est temps encore de « croire en l’homme »…

Dans son dernier tweet le Pape François nous dit « Toutes les personnes – vraiment toutes – sont importantes aux yeux de Dieu. »

Croire en l’homme parce que Dieu c’est fait homme !

Ne jamais désespérer de l’homme !

Chronique

Seigneur, désarme-les… et désarme-nous

« Seigneur, désarme-les. Et désarme-nous » : c’est une prière pour la paix dans l’esprit de Thibirine, rédigée par frère Dominique Motte, du couvent des Dominicains de Lille, après les attentats de Paris (13 novembre 2015). Elle a été publiée ce mercredi 18 novembre par le site des évêques de France.

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Désarme-les : déjà on s’habituait à ce que cette violence extrême soit le sinistre pain quotidien de l’Irak, de la Syrie, de la Palestine, de la Centrafrique, du Soudan, de l’Érythrée, de l’Afghanistan. Elle nous gagne à présent. Qui ne voit qu’elle pourrait en retour susciter chez nous des violences sans fin ou une progressive tombée dans la peur ou le désespoir ?

Désarme-les : que surgissent parmi eux aussi des prophètes, des prophètes qui leur crient leur indignation, leur honte de voir à ce point défigurées l’image de l’Homme, l’image de Dieu, et leur conviction qu’agissant ainsi ils creusent définitivement leur propre tombe.

Désarme-les, en nous donnant, s’il le faut, puisqu’il le faut, de prendre les moyens de protéger des innocents, avec détermination. Mais sans haine.

Désarme-nous aussi : en France, en Occident, sans justifier bien sûr un tel déchaînement de vengeance, l’Histoire explique bien des choses. Donne-nous, Seigneur, de savoir écouter des prophètes guidés par ton Esprit. Que nous ne désespérions jamais de chercher à comprendre, même si nous restons confondus par l’ampleur du mal en ce monde.

Désarme-nous : garde-nous de nous crisper derrière des portes closes, derrière des mémoires sourdes et aveugles, derrière des privilèges que nous ne voudrions pas partager.

Désarme-nous, à l’image de ton Fils adorable. Dont la logique intérieure est la seule qui puisse être à la hauteur des événements qui nous frappent : « On ne prend pas ma vie, c’est moi qui la donne. »

La parole aux sans paroles – 11

Portrait d’homme – 3 – Joselito

La rue, une délivrance ! Invraisemblable, n’est-ce pas ? C’est pourtant la réalité de Joselito. Enfant adopté et maltraité, il n’avait que la rue où se réfugier ! Avec une enfance volée, il est arrivé homme et jeune père dans la rue, aujourd’hui il est une belle de nuit et ne cherche qu’un peu d’amour…

D’où viens-tu ?

« Je suis un enfant adopté. J’ai perdu mon papa. Ma vraie maman est là, à la Mission. Elle pouvait pas me prendre en charge parce qu’elle n’avait pas de maison, elle habitait chez une copine à elle et comme ils sont déjà nombreux. Donc elle m’a donné à adopter. Là je suis parti chez mes parents adoptifs à Toahotu. Et en fait, eux ne voulaient que mon argent (l’allocation). Je suis un enfant maltraité. Ils me rossaient tous les soirs avec un bois ou des "auti". Après l’école appelait pour savoir pourquoi j’ai manqué l’école. Et à 17 ans, j’en avais marre, je n’allais plus à l’école. J’ai décidé de venir dans la rue. Parce que, quand j’ai regardé, ils ne m’aimaient pas. Quand ils me rossaient, je ne pouvais plus bouger. »

Pourquoi ils te rossaient ?

« Il n’y a pas vraiment de raison. »

À 17 ans, tu arrives dans la rue…

« Au début, j’étais tout seul dans mon coin, je ne venais pas avec les autres. »

Et comment tu faisais pour t’en sortir ?

« Je demandais aux gens. »

Le plus dur dans le rue ?

Quand j’ai regardé la vie dans la rue, je me suis dit que ce n’était pas une vie pour moi. Ma famille d’accueil venait me récupérer pour rentrer à la Presqu’île. J’allais, le soir je mettais du linge dans mon sac et je me barrais. Et quand il y a eu mon jugement, j’ai dit la vérité. J’ai dit au juge que je ne voulais plus rentrer avec ma famille d’accueil. Je venais aussi de me séparer de ma copine avec qui j’ai eu un garçon. »

Mais…

« En fait, quand je suis arrivé dans la rue, j’allais souvent avec les oiseaux de la nuit. (Rires). Bin, à force, voilà ! J’ai appris aussi à voler. (Rires). Mais, je ne vais pas me faire opérer, mon corps va rester comme ça jusqu’à ma mort. Et j’aime bien ma vie. Je profite, je suis encore jeune. Je sais que ce n’est pas encore mon heure. (Rires). »

Tu as quel âge ?

« 22 ans. ».

Tu n’as jamais eu de problèmes, tu n’as jamais été embêté par rapport à ça ?

« Et avant, on me rossait. »

Pourquoi ?

« À force d’embêter ! Mais, on ne me rosse plus, plus maintenant. Ou sinon, il y a des enfants qui se moquent de moi. »

Que fais-tu sinon de ton temps ?

« La journée, je dors sur mon bateau. (Rires). »

Ton bateau ?

« Un bateau abandonné à la base marine. Et je me lève vers 16h et je vais à la roulotte. Il y a des copines qui me donnent du maa. Et je fais l’oiseau de nuit. Eux, ils m’aiment. (Rires). »

Ton école ?

« En fait, ils m’ont mis à l’IME de Taravao. »

Comment ça se fait ?

« Comme je ne sais pas lire mais je sais écrire mon prénom. Mais tu sais, j’ai voulu toujours travailler avec les animaux, avec les chiens. »

La meilleure chose qui te soit arrivé dans la rue ?

« D’aller à te Vai-ete et de connaître Père Christophe. ».

Ta vie dans 10 ans ?

« Je ne vais pas vivre 10 ans. (Rires). Franchement, j’ai déjà été dans le coma 3 mois, après un accident. Père est venu me voir. Après ma maman est venue et m’a dit : “Je ne vais pas rentrer, je vais dormir à côté de toi”. Et là j’ai dit : « ok. ». Et le lendemain, elle devait partir, elle était à la porte, elle a pleuré. Quand j’ai vu ça, j’ai eu mal, j’ai pleuré aussi. »

Tu voudrais retourner vivre avec eux ?

« D’un côté, j’ai envie, pour aller les aider à vendre leurs fleurs. Mais d’un côté, ça ne me plait pas. »

Pourquoi ?

« Parce que j’aimerais vivre équilibré. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2015

Pas de portes blindées dans l’Église

Audience générale du mercredi 18 novembre 2015 – Pape François

Qu’il n’y ait aucune porte blindée dans l’Église, mais des portes grandes ouvertes. C’est l’appel lancé par le Pape François, lors de l’audience générale. Dans sa catéchèse, le Saint-Père a demandé aux fidèles de profiter de l’Année sainte pour « franchir le seuil de la Miséricorde de Dieu ». Et alors qu’aux frontières de plusieurs pays européens s’érigent des barbelés pour contrer l’arrivée de migrants, le Souverain Pontife s’est attardé sur la symbolique des portes.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Avec cette réflexion, nous sommes arrivés au seuil du Jubilé : il est proche. Devant nous, la porte, mais pas seulement la Porte sainte, l’autre : la grande porte de la miséricorde de Dieu – et c’est une belle porte, celle-là ! – qui accueille notre repentir en offrant la grâce de son pardon. La porte est généreusement ouverte, il faut un peu de courage de notre part pour franchir le seuil. Chacun de nous a des choses qui lui pèsent. Nous sommes tous pécheurs ! Profitons de ce moment qui vient et franchissons le seuil de cette miséricorde de Dieu qui ne se lasse jamais de pardonner, qui ne se lasse jamais de nous attendre ! Il nous regarde, il est toujours à côté de nous. Courage ! Entrons par cette porte !

Depuis le synode des évêques, que nous avons vécu au mois d’octobre dernier, toutes les familles, et l’Église entière, ont reçu un grand encouragement à se rencontrer sur le seuil de cette porte ouverte. L’Église a été encouragée à ouvrir ses portes, pour sortir avec le Seigneur à la rencontre de ses fils et de ses filles en chemin, parfois incertains, parfois égarés, en ces temps difficiles. Les familles chrétiennes, en particulier, ont été encouragées à ouvrir leur porte au Seigneur qui attend d’entrer, apportant sa bénédiction et son amitié. Et si la porte de la miséricorde de Dieu est toujours ouverte, les portes de nos églises aussi, de nos communautés, de nos paroisses, de nos institutions, de nos diocèses, doivent être ouvertes, pour que nous puissions ainsi tous sortir pour porter cette miséricorde de Dieu. Le Jubilé signifie la grande porte de la miséricorde de Dieu mais aussi les petites portes de nos églises ouvertes pour laisser entrer le Seigneur – ou bien souvent laisser sortir le Seigneur – prisonnier de nos structures, de notre égoïsme et de tant de choses.

Le Seigneur ne force jamais la porte : lui aussi, il demande la permission d’entrer. Le livre de l’Apocalypse dit : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (3,20). Mais imaginons le Seigneur qui frappe à la porte de notre cœur ! Et dans la dernière grande vision de ce livre de l’Apocalypse, voici ce qui est prophétisé de la Cité de Dieu : « Jour après jour, jamais les portes ne seront fermées », ce qui signifie « pour toujours », parce qu’« il n’y aura plus de nuit » (21,25). Il y a des endroits dans le monde où l’on ne ferme pas les portes à clé, il y en a encore. Mais il y en a beaucoup où les portes blindées sont devenues normales. Nous ne devons pas nous résigner à l’idée de devoir appliquer ce système à toute notre vie, à la vie de famille, de la ville, de la société. Et encore moins à la vie de l’Église. Ce serait terrible ! Une Église inhospitalière, comme une famille fermée sur elle-même, mortifie l’Évangile et dessèche le monde. Pas de porte blindée dans l’Église, aucune ! Tout ouvert !

La gestion symbolique des « portes » – des seuils, des passages, des frontières – est devenue cruciale. La porte doit garder, certes, mais pas repousser. La porte ne doit pas être forcée, au contraire, on demande la permission, parce que l’hospitalité resplendit dans la liberté de l’accueil et s’obscurcit dans l’arrogance de l’invasion. La porte s’ouvre fréquemment, pour voir s’il y a quelqu’un dehors qui attend et qui n’a peut-être pas le courage, peut-être même pas la force de frapper. Ces gens ont perdu confiance, ils n’ont pas le courage de frapper à la porte de notre cœur chrétien, aux portes de nos églises… Et ils sont là, ils n’ont pas le courage, nous leur avons enlevé leur confiance : s’il vous plaît, que cela ne se produise jamais. La porte dit beaucoup de la maison, ainsi que de l’Église. La gestion de la porte requiert un discernement attentif et elle doit, en même temps, inspirer une grande confiance. Je voudrais dire un mot de gratitude pour tous les gardiens de portes : de nos immeubles, des institutions civiques, des églises même. Souvent la courtoisie et la gentillesse de la gardienne sont capables d’offrir une image d’humanité et d’accueil à toute la maison, dès l’entrée. Il y a quelque chose à apprendre de ces hommes et de ces femmes, qui sont gardiens des lieux de rencontre et d’accueil de la ville de l’homme ! À vous tous, gardiens de tant de portes, que ce soit des portes d’habitation ou des portes des églises, merci beaucoup ! Mais toujours avec un sourire, montrant toujours l’accueil de cette maison, de cette église, ainsi on se sent heureux et accueilli dans ce lieu.

En vérité, nous savons bien que nous-mêmes, nous sommes les gardiens et les serviteurs de la porte de Dieu, et comment s’appelle la porte de Dieu ? Jésus ! Il nous éclaire à toutes les portes de la vie, y compris celles de notre naissance et de notre mort. C’est lui qui l’a affirmé : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage » (Jn 10,9). Jésus est la porte qui nous fait entrer et sortir. Parce que l’enclos de Dieu est un refuge, ce n’est pas une prison ! La maison de Dieu est un refuge, ce n’est pas une prison, et la porte s’appelle Jésus ! Et si la porte est fermée, disons : « Seigneur, ouvre la porte ! » Jésus est la porte et il nous fait entrer et sortir. Ce sont les voleurs qui cherchent à éviter la porte : c’est curieux, les voleurs cherchent toujours à entrer par un autre endroit, par la fenêtre, par le toit, mais ils évitent la porte, parce qu’ils ont de mauvaises intentions et ils se glissent dans l’enclos pour tromper les brebis et profiter d’elles. Nous devons passer par la porte et écouter la voix de Jésus : si nous entendons le son de sa voix, nous sommes en sécurité, nous sommes sauvés. Nous pouvons entrer sans crainte et sortir sans danger. Dans ce très beau discours de Jésus, on parle aussi du portier qui a la charge d’ouvrir au bon pasteur (cf. Jn 10,2). Si le portier écoute la voix du pasteur, alors il ouvre et fait entrer toutes les brebis que porte le pasteur, toutes, y compris celles qui sont perdues dans les bois, que le bon pasteur est allé rechercher. Ce n’est pas le portier qui choisit les brebis, ce n’est pas le secrétaire paroissial ou la secrétaire de la paroisse qui les choisit : les brebis sont toutes invitées, elles sont choisies par le bon pasteur. Le portier, lui aussi, obéit à la voix du pasteur. Voilà, nous pourrions bien dire que nous devons être comme ce portier. L’Église est la gardienne de la maison du Seigneur, elle n’est pas la patronne de la maison du Seigneur.

La Sainte Famille de Nazareth sait bien ce que signifie une porte ouverte ou fermée, pour ceux qui attendent un enfant, ceux qui n’ont pas de refuge, ceux qui doivent échapper au danger. Que les familles chrétiennes fassent du seuil de leur maison un signe, petit et grand, de la porte de la miséricorde et de l’accueil de Dieu. C’est précisément ainsi que l’Église devra être reconnue, dans tous les coins de la terre : comme la gardienne d’un Dieu qui frappe à la porte, comme l’accueil d’un Dieu qui ne te ferme pas la porte au nez, avec l’excuse que tu n’es pas de la maison.

Dans cet esprit, nous approchons du Jubilé : il y aura la Porte sainte, mais il y a la porte de la grande miséricorde de Dieu ! Qu’il y ait aussi la porte de notre cœur pour que nous recevions tous le pardon de Dieu et qu’à notre tour nous donnions le pardon, en accueillant tous ceux qui frappent à notre porte.

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

Décès de Frère Marcel VIERRON

Au service de l’Église en Polynésie française de 1965 à 2007

Le Frère Marcel VIERRON est décédé lundi 16 novembre à Josselin… nous vous proposons l’évocation de sa vie par le Frère Auguste RICHARD à l’occasion des es obsèques.

Entre le 4 février 1927 et le 16 novembre 2015  ce sont plus de 88 ans de vie donnée : à la famille, (nous saluons ici Henri son frère), aux  amis, aux confrères, à l’enseignement catholique, à l’Église, surtout à l’Église de Polynésie, bref toute une vie donnée à « Dieu Seul ! » comme le proclame la devise de la Congrégation.

Frère Marcel n’a que peu vécu à Saint Lo sa ville natale. C’est surtout à Retiers que la famille a vécu. Les liens avec l’école et la communauté de cette petite ville furent très étroits et marqués au coin de la bonne humeur. Toute sa vie Frère Marcel a gardé un sens de l’humour jamais grinçant mais tellement facilitant dans des situations parfois délicates. Ce fut certainement un renoncement difficile de sa fin de vie lorsque la main commença à refuser de pianoter sur le clavier de l’ordinateur et que même la langue n’arriva plus à prononcer un son audible durant de longues semaines. Le séjour à la clinique des Augustines de Malestroit, si attentionnées aux malades en soins palliatifs, a sans doute permis de vivre ces semaines silencieuses dans la sérénité.

Après Retiers, ce fut le juvénat de Janzé. Frère Marcel y entra au début de la guerre en septembre 1939. Ce même temps de guerre l’empêcha de faire le noviciat à Jersey, et ce fut l’abbaye de Timadeuc qui accueillit le groupe. Frère Marcel commence sa carrière de religieux enseignant à Cancale pour 3 ans. La grande disponibilité du Frère Marcel a permis aux supérieurs de l’affecter à un nombre impressionnant d’établissements, y compris en cours d’année scolaire. On peut citer pêle-mêle Redon, Le Grand Fougeray, Janzé, Mordelles, Cancale, Fougères, enfin Redon à nouveau au retour de la session de formation à Rome. De plus il faut ajouter que les fonctions furent aussi variées que les lieux de leur exercice. Frère Marcel exerce avec le même succès dans le 1er degré, dans le collège, au certificat d’étude… bref du CP au CEP.

Heureusement cette période était en attente d’une stabilité, sans doute désirée, dans un pays inconnu, la Polynésie. Frère Marcel y arrive en 1965 et il commence à l’école Fariimata en pleine construction. Il dirige ensuite l’école Saint Paul durant 3 ans.

Sa mission principale en Polynésie restera la réouverture de l’école Saint Joseph à Nuku-Hiva aux Iles Marquises en 1971. Frère Marcel s’est donné corps et âme à cette mission tant comme enseignant que comme confrère attentif, attentionné, et sécurisant auprès du Frère Ronan Le Gouil son supérieur. Il reste fidèle à son tempérament facétieux même avec Monseigneur Le Cléac’h qui savait riposter avec la même bonne humeur. Combien de jeunes marquisiens doivent à Frère Marcel leur diplôme de certificat. La population a tellement apprécié les séances de cinéma du dimanche après-midi, les kermesses qui duraient 3 jours avec tout ce que cela suppose de préparation.

Au bout de 13 ans, ce dévouement s’est poursuivi à Tahiti par un patient travail d’envoi de colis de toute sorte et par une correspondance assidue vers les Marquises. Le collège La Mennais de Papeete, celui du Sacré-Cœur de Taravao, le centre Tarevareva ont été également les heureux bénéficiaires des délicates attentions du Frère Marcel.

Hélas la santé suivait de plus en plus difficilement la volonté pourtant pleine d’énergie et il a fallu rentrer en métropole. Après un court séjour à Saint Brieux, ce fut l’arrivée à Josselin à l’été 2010. Frère Marcel a conservé, outre sa bonne humeur communicative, ses liens avec de très nombreuses personnes. Il a beaucoup écrit, il a reçu beaucoup de visites de ses amis polynésiens en congé en France.

Le dernier sacrifice offert avec le profond esprit religieux qui caractérisait Frère Marcel fut celui de la communication écrite et parlée. Mystère du cheminement spirituel de chacun.

Nous pourrions garder dans nos cœurs en nous souvenant de Frère Marcel :

-  Facilité du contact ;

-  Humour pour faire accepter des passages difficiles de la vie ;

-  Passion au travail non choisi et pourtant vécu à fond ;

-  Zèle apostolique auprès de tous sans distinction.

Le tout enrobé de prière personnelle et communautaire.

F. Auguste RICHARD

© Frères de l’Instruction Chrétienne - 2015

Je n’ai pas prié pour les victimes, aujourd’hui j’ai prié pour toi

« J’ai demandé au seigneur de venir nous aider à te pardonner , cher terroriste »

Voici le message de foi d’un jeune de 18 ans qui veut pardonner…

J’ai 18 ans et je suis catholique. Aujourd’hui, comme tout les lundis, en sortant de la fac, je suis allé boire un café en terrasse. Rien d’extraordinaire à vrai dire. Le café n’avait pas changé de goût depuis la semaine dernière, la serveuse n’avait pas changé de sourire et les habitués n’avaient pas changé de table. Comme tout les lundis, je sors le journal de la veille presque machinalement de ma sacoche et lis en diagonale les gros titres.

Mais je ne reconnais plus le quotidien que je feuillette chaque semaine. Son logo est en berne, sa une est barrée du titre : « Le Chagrin et la Colère ».

Que faire ?

Une photo d’un homme, en pleurs devant un bouquet de fleurs, des bougies et un drapeau français, fait la une. Un homme, des pleurs, du chagrin, de la colère, des morts, des innocents, des blessés, je n’ai plus envie de lire. Je range mon journal, j’avale mon café, je paie. Pour la première fois de l’année, je quitte plus tôt que d’habitude cet endroit où j’ai pris coutume de lire mon journal en toute quiétude.

Que faire ? Rentrer chez moi comme la préfecture nous l’a conseillé ? Non. Je décide de marcher vers un lieu qui m’est familier et précieux dans mon cœur. Après cinq minutes de marche m’y voilà.

Ce lieu, c’est ma paroisse, ma seconde maison, celle du Seigneur. J’entre. Tiens, il y a du monde. Je me faufile, en silence, vers l’autel dédié à la Sainte Vierge. Plus de place. La seule restante est un prie-Dieu, devant l’autel de sainte Rita, la patronne des causes désespérées.

Me revient à l’esprit un passage de l’Évangile de saint Matthieu : « Mais moi, je vous le dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent […] ».

Je n’ai pas prié pour les victimes…

Alors me vient une idée. Je n’ai pas prié pour les victimes, ni pour les familles endeuillées ou encore pour le salut de ma belle Patrie. Aujourd’hui j’ai prié pour toi. J’ai prié sainte Rita pour qu’elle nous vienne en aide pour te pardonner. Je l’ai priée pour que les Français te pardonnent. J’ai prié pour que les familles des victimes puissent un jour te pardonner, pardonner ton acte injustifiable et tout simplement barbare. J’ai demandé au Seigneur, avec l’aide de toute ma foi, de venir m’aider, de venir nous aider à te pardonner. Je l’ai priée de te bénir et de faire descendre la Grâce de l’Esprit Saint sur toi.

J’ai prié la Sainte Vierge Marie de veiller sur toi. Je lui ai demandé de répandre sur toi son Amour. De te faire comprendre que nous sommes sur Terre pour aimer et non pour tuer. De te faire comprendre la gravité et la stupidité de ton acte. Prié pour que tu comprennes qu’aucun homme, peu importe qui il est, d’où il vient, en quoi il croit et les idées qui l’animent, ne mérite de mourir juste parce qu’il voulait passer du bon temps avec ses amis.

« Si deux d’entre vous s’accordent pour demander quoi que ce soit… »

Puis, je me rappelle d’un second passage de l’Évangile selon saint Matthieu : « Si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander quoi que ce soit, cela leur sera donné par mon Père qui est dans les Cieux. Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux ».

Et j’ai prié pour ne pas être le seul catholique à prier pour ton pardon. J’ai prié pour tu apprennes à accepter le pardon des autres, ce que ton idéologie ne t’a pas appris. Toi, qui comme moi, as vécu en France, as une famille, puisse le Seigneur Jésus Christ te remettre dans le droit chemin. Qu’Il t’apprenne le sens de l’amour et de la fraternité qui nous lie tous.

Car oui, tu n’as pas fait exploser la société française, tu l’as ressoudée. Tu n’as pas fait croître le racisme, tu vas l’éradiquer. Tu n’as pas tué notre foi, tu l’as ressuscitée.

Pour finir, j’aimerais te citer ces quelques mots de Mère Teresa :

La vie est beauté, admire-la,

La vie est félicité, profites-en,

La vie est un rêve, réalise-le,

La vie est un défi, relève-le,

La vie est un devoir, fais-le,

La vie est un jeu, joue-le,

La vie est précieuse, soigne-la bien,

La vie est richesse, conserve-la,

La vie est amour, jouis-en,

La vie est un mystère, pénètre-le,

La vie est une promesse, tiens-la,

La vie est tristesse, dépasse-la,

La vie est un hymne, chante-le,

La vie est un combat, accepte-le,

La vie est une tragédie, lutte avec elle,

La vie est une aventure, ose-la,

La vie est bonheur, mérite-le,

La vie est la vie, défends-la.

J’espère, cher terroriste, que ces quelques mots te parviendront, pour que tu te rendes compte que la haine et la mort ne sont pas la solution.

Un jeune catholique qui tente de pardonner

© Aleteia.org - 2015

Jésus pleure sur nos guerres

Homélie du matin du 19 novembre 2015 par le Pape François

« Tout le monde» aujourd’hui « est en guerre », et pour cela « il n’y a pas de justification». Et le refus de la « voie de la paix» fait que Dieu lui-même, que Jésus lui-même, pleure. Le Pape François l’a affirmé ce jeudi 19 novembre lors de la messe matinale à la Maison Sainte-Marthe.

«Jésus a pleuré». C’est avec des trois mots que le Pape François a commencé son homélie à Sainte-Marthe. Pour le Pape a résonné l’écho de l’Évangile de Luc qui venait d'être lu, un extrait aussi bref qu’émouvant.

Jésus se rapproche de Jérusalem et, probablement d’un point surélevé, il l’observe et il pleure, envoyant à la ville ces paroles : «Si toi aussi tu avais compris, en ce jour, celui qui amène à la paix ! Mais maintenant, il a été caché à tes yeux.» François l'a répété et souligné : « Mais aussi aujourd’hui, Jésus pleure. Parce que nous avons préféré la voie des guerres, de la haine, des inimitiés. Nous sommes proches de Noël : il y aura des lumières, il y aura des fêtes, des arbres lumineux, aussi des crèches… Mais tout est faussé : le monde continue à faire la guerre, à faire les guerres. Le monde n’a pas compris la voie de la paix."

Les sentiments du Pape sont compréhensibles, identiques à ceux d’une grande partie du monde dans ces jours, dans ces heures. François rappelle les commémorations récentes de la Seconde guerre mondiale, les bombes de Hiroshima et de Nagasaki, sa visite de l’an dernier à Redipuglia l’an dernier pour l’anniversaire de la Grande guerre. Des « tragédies inutiles », a-t-il répété avec les paroles du Pape Benoît XV. « Partout il y a la guerre, aujourd’hui, il y a la haine », a-t-il constaté.

Et ensuite il a posé cette question : « Qu’est-ce qu’il reste d’une guerre, de celle que nous sommes en train de vivre. Qu’est-ce qu’il en reste ? Des ruines, des milliers d’enfants sans éducation, tant et tant de morts innocents, et tant d’argent dans les poches des trafiquants d’armes. Une fois Jésus a dit : "on ne peut pas servir deux maîtres : ou Dieu, ou l’argent”. La guerre est justement le choix pour l'argent : “Faisons des armes, comme ça l’économie s’équilibre un peu, et avançons avec nos intérêts”. Il y a une parole dure du Seigneur : “Maudits”. Parce qu’Il a dit : "Bénis soient les artisans de paix". »

« Ceux qui font la guerre, qui font les guerres, sont maudits, sont des délinquants. Une guerre peut se justifier, entre guillemets, avec tant de raisons. Mais quand le monde entier, comme aujourd’hui est en guerre, le monde entier ! C’est une guerre mondiale, par morceaux : ici, là-bas, là-bas aussi, partout… Il n’y a pas de justification. Et Dieu pleure. Jésus pleure. »

« Et pendant que les trafiquants d’armes font leur travail, a poursuivi François, il y a de pauvres artisans de paix qui seulement pour aider une personne, une autre, donnent la vie. » Comme l’avait fait « une icône de nos temps, Teresa de Calcutta ». Contre laquelle aussi, a-t-il remarqué, «avec le cynisme des puissants, on pourrait dire : "mais qu’a fait cette femme ? Elle a perdu sa vie en aidant les gens à mourir ?"» La voie de la paix n’est pas comprise.

« Cela nous fera du bien aussi à nous de demander la grâce des pleurs, pour ce monde qui ne reconnait pas la voie de la paix. Celui qui vit pour faire la guerre, avec le cynisme de dire ne pas le faire. Nous demandons la conversion du cœur. Justement à la porte de ce Jubilé de la Miséricorde, que notre Jubilé, notre joie soit la grâce que le monde retrouver la capacité de pleurer pour ses crimes, pour ce qu’il fait avec les guerres. »

© Radio Vatican - 2015

Apprends-nous à craindre un unique migrant : le mal qui s’infiltre dans nos esprit

« Si nous nous laissons aller à la vengeance, nous leur donnons ce qu’ils veulent »

La France a été frappée par une vague d’attentats sans précédent dans son Histoire et nous sommes impuissants. Que fallait-il faire ? Que pouvions-nous faire ? Le Christ Lui-même nous donne la réponse : « Certains démons ne peuvent être chassés que par la prière » (Mc 9, 23). Pleurons nos victimes, analysons les signes des temps et passons à l’action : consolons-nous, réapprenons à nous aimer et prions ensemble, pour que la France et toutes les autres nations se relèvent dans l’Espérance.

La France est le pays des saints.

Depuis nos origines, le jardin de la Création est devenu le jardin de la mort. Nous ressentons cruellement la solitude, l’abandon et l’angoisse. Depuis le meurtre d’Abel le juste par Caïn, nous ne nous sentons plus responsables de la vie de nos frères. La violence aveugle est entrée dans notre monde, dans nos vies. La mal mord notre cœur pour y injecter le venin de la haine.

L’apôtre saint Jacques nous pose la question : d’où viennent les guerres ? Elles naissent d’abord dans nos cœurs, toujours tentés par notre propre fragilité, sans oublier la jalousie du diable, le Prince des Ténèbres.

Le peuple élu, à qui Dieu a parlé en premier, nos frères hébreux, fut toujours une minorité, aimé tendrement par Dieu, choisi car petit. Moïse a vaincu la terreur de l’armée égyptienne par son bâton et sa main étendue vers la mer Rouge. David a remporté la victoire face au géant Goliath par quelques petites pierres.

« Que rien ne te trouble, que rien de t’effraie, tout passe »

Tant de paroles depuis le 13 novembre, jour des attentats de Paris. Les migrants, les étrangers… Apprends-nous à craindre un unique migrant : le mal qui s’infiltre dans nos esprits.

Notre prière s’est envolée vers la Vierge Marie pour chaque personne, pour chaque victime, pour toutes les familles et les amis qui souffrent, qui pleurent. Nous aurions voulu être aux côtés de toute personne morte dans cette violence insoutenable, pour lui offrir un geste d’humanité, de compassion, un dernier souffle d’espoir, une dernière caresse, une ultime prière. Nous nous sentons impuissants, bien petits et démunis. Nous aurions voulu faire écran dans un geste de protection.

Pourtant Marie était là, comme la femme forte, debout au pied de la Croix. Nous sommes certains qu’elle était présente ; elle prie à l’heure de toute mort. Nous perdons espoir, nous nous agitons. Les attentats se poursuivent dans nos esprits par les missiles des images et des mots qui frappent encore nos souvenirs. Notre société de communication, renforcée par les réseaux sociaux, tourne à plein régime. Ils sont à la fois une chance et une tentation, une forme d’addiction.

Sainte Thérèse d’Avila nous avertit : notre imagination est comme la folle du logis, un volcan d’idées, d’images qui s’agitent. Ce bruit incessant est l’ennemi de la vie intérieure. « Que rien ne te trouble, que rien de t’effraie, tout passe. Celui qui possède Dieu ne manque de rien, » disait-elle. « Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit », nous dit saint Ignace de Loyola.

Ce qui trouble ne vient pas de Dieu. Il est un océan de tranquillité et de paix. Le démon fait des vagues, s’agite et pervertit la foi et la religion par le blasphème. Il caricature, il fait son show, il minimise le bien et exagère le mal.

Le mal est provisoire, le bien est éternel

Paris ne s’est pas faite en un jour. La paix se construit par de petits actes au quotidien, par un long et patient travail. Changer le monde n’est pas de notre ressort. Mais travailler avec la grâce de Dieu, à la civilisation de l’Amour, telle est notre vocation. La haine éveille la haine et la guerre nourrit le terrorisme. L’amour, la vraie force, réveille l’amour. Si nous cédons à la peur, les terroristes ont gagné. Si nous nous laissons aller à la vengeance, nous leur donnons ce qu’ils veulent. La violence est une faiblesse. Seul le pardon est une maîtrise de soi.

Seigneur, donne-nous la grâce de changer ce qui est en notre pouvoir, la force d’accepter ce que nous nous ne pouvons pas transformer et la finesse d’esprit pour le reconnaître. Nous ne voulons pas céder au désespoir car l’Espérance vient de Dieu. Le mal est provisoire, le bien est éternel.

Notre vie se déroule entre deux jardins : le premier de Gethsémani, avec Jésus en agonie, Lui qui s’avance vers la victoire de la Vie. Le jardin d’Éden est devenu un cimetière. Cependant, nous marchons vers le second, car notre monde qui tourne s’avance, envers et contre tout, vers le jardin de la Résurrection.

Abbé Dominique Fabien Rimaz

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Commentaire des lectures du dimanche

Ma royauté ne vient pas de ce monde

Aujourd’hui, nous avons beaucoup de difficultés à saisir le sens de la fête du Christ Roi. Nous vivons dans un pays démocratique et la royauté est pour nous une réalité du Moyen Âge. Ce dernier dimanche de l’année liturgique ne nous parle pas des royautés que nous connaissons mais d’une royauté de service, celle du Christ.

Lorsque Jésus est livré à Pilate, sous prétexte qu’il se dit « roi des Juifs », le procureur romain se rend compte très rapidement que cet homme n’est pas dangereux. La question de la royauté parait ridicule. Le Christ n’a ni armée, ni gardes du corps, ni terres à défendre ou à conquérir. Il n’écrase personne, n’oblige personne à le suivre. Il est le genre de roi, nous dit l’évangile, « qui laisse le soleil se lever sur les justes et les injustes ».

Dans ses rencontres avec la foule, Jésus a expliqué qu’il y a deux modèles de pouvoir : l’un basé sur le profit, la corruption, la force et la violence et l’autre sur le service, la tendresse, la miséricorde et le pardon. Habituellement nous retrouvons le premier modèle dans notre monde de cupidité, avide de pouvoir. Mais le Christ insiste sur le fait qu’il existe une alternative à ce modèle injuste et abusif.

Jésus affirme que la base du pouvoir doit être « l’amour de la vérité » : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Toute personne qui appartient à la vérité écoute ma voix. » Pilate demande alors à Jésus : « C’est quoi la vérité ? », et il s’éloigne avant même d’avoir entendu la réponse. Il n’est pas intéressé à cette vérité parce qu’il n’a rien en commun avec elle. Le représentant de Rome est aux antipodes de la vérité. Il sait que Jésus est innocent, mais il le condamne quand même à la flagellation : « Je ne trouve rien de mal en cet homme... donc je vais le faire flageller et ensuite je le relâcherai ». Vous voyez la logique : Cet homme n’a rien fait de mal, donc je vais le faire fouetter. Nous savons que plusieurs personnes mouraient suite à la « flagellation » qui était une punition cruelle et une forme extrême de torture.

Pilate représente l’ambigüité du pouvoir. Il condamne Jésus à être flagellé, le traîne devant la foule avec une couronne d’épines sur la tête, un manteau pourpre sur les épaules, un bâton dans la main comme symbole de royauté. Finalement, il le condamne à être crucifié. C’est plus facile de massacrer un innocent si on le présente d’abord comme un imbécile ou un criminel !

Après avoir condamné Jésus, Pilate se lave les mains pour montrer qu’il est innocent du jugement qu’il vient de prononcer. Aucun lavage de mains ne pourra l’exonérer de ce jugement injuste. Lui seul, comme représentant de Rome, avait le pouvoir de mettre Jésus à mort. Il est tout à fait responsable de cette parodie de justice. Par peur d’être accusé de protéger un prétendu roi, il cède aux demandes des dirigeants religieux. Comme Lady MacBeth, il essaie ensuite de laver ses mains meurtrières du sang innocent.

Les Pharisiens et les Prêtres qui traînent Jésus devant Pilate ne croient pas non plus à la vérité. Ils refusent d’entrer dans le prétoire afin de ne pas devenir « impurs », ce qui les empêcherait de célébrer la fête de Pâques dans le Temple. Cependant, ils sont tout à fait prêts à « devenir impurs », en faisant condamner un innocent au supplice de la croix.

En réalité, dans ce procès qui est une moquerie de la justice, c’est Jésus qui juge Pilate et les Pharisiens. Il démontre que le procureur romain est un esclave du pouvoir et que les Pharisiens sont des hypocrites et des sépulcres blanchis.

Face aux silences crapuleux, aux mensonges coupables du monde, le Christ reste fidèle à la vérité. Pour lui, être roi, c’est être capable d’agir avec courage, selon la vérité. Il nous oblige à repenser nos idées sur le pouvoir du monde. Son règne n’est pas basé sur les contributions généreuses des grosses compagnies, sur la collusion et la corruption des fonctionnaires de l’État, sur l’influence des groupes de pressions, sur la complicité des compagnies d’armements qui grugent les budgets de pays pauvres et des pays riches et sèment la terreur à travers le monde. Son règne est basé sur la droiture, la vérité, le respect et le bien-être des gens.

Dans saint Marc, Jésus explique à ses disciples le fondement du pouvoir et de la royauté : « Vous savez que ceux qu’on regarde comme les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands personnages leur font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera au service de tous. Aussi bien, le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Marc 10, 42-45)

Cette fête du Christ Roi nous invite à réfléchir sur la Royauté de service proposé par Jésus et à agir selon sa vérité, afin de transformer notre monde.

Honorer le Christ-Roi, ne consiste pas à faire brûler de l’encens devant la statue du Christ, ou à organiser des cérémonies triomphales, comme celles que célèbrent les puissants de la terre. Honorer le Seigneur, c’est « écouter sa voix » et conformer notre vie familiale, professionnelle et sociale, à la sienne. « Toute personne qui appartient à la vérité écoute ma voix. »

© Cursillo.ca - 2015

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Date de dernière mise à jour : 2015-11-26