PKO 28.06.2015

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°36/2015
Dimanche 28 juin 2015 – Solennité de Saint Pierre et Saint Paul – Année B

Humeurs

Dècès du Diacre Karl TEAI, d.

Karl teai

Diacre Karl TEAI est décédé mercredi 24 juin 2015. La communauté paroissiale de la Cathédrale s'associe à Monseigneur Pascal, Administrateur Apostolique, et à toute la communauté chrétienne de l'Archidiocèse de Papeete pour adresser à son épouse, Bernadette, à ses enfants et à toute sa famille, ses sincères condoléances.

Ordonné diacre le 27 juin 1997 à Sainte Trinité de Pirae par Mgr Michel Coppenrath, Diakono Karl a servi fidèlement cette paroisse tout en assurant des responsabilité diocésaines (Renouveau, Coordinateur des diacres permanents…), soutenu fidèlement par son épouse Bernadette. Nous garderons de lui le souvenir d’un homme généreux, juste et droit.

Allons aux sources du diaconat

Le rituel insiste beaucoup sur les vertus du diacre soit dans le questionnaire, soit dans la prière consécratoire : le diacre doit accomplir son service « avec charité et simplicité de cœur » ; il doit avoir « une conscience pure » c'est-à-dire être loyal dans l'exercice de ses fonctions ; il doit « proclamer sa foi par la parole et par ses actes ». Il doit avoir un esprit de prière, être fidèle à la prière des heures, et « conformer sa vie à l'exemple du Christ dont il prendra sur l'autel le corps et le sang pour le distribuer aux fidèles ». Qu'il « vive aussi en communion avec son évêque ! » À la fin de la prière consécratoire il est dit encore qu'il doit être l'exemple du peuple saint et surtout qu'à l'instar du Christ il se rappelle « qu'il n'est pas venu pour être servi mais pour servir ».

Le vrai serviteur n'est pas dans la multiplication des activités, mais dans la manière dont vit et agit un serviteur. La source du diaconat et du service finalement on la trouve dans le Christ qui a été le serviteur parfait donnant sa vie pour les autres par amour.

C'est un défi pour vous deux, Bernadette et Karl, de vivre votre sacrement de mariage, votre vie familiale, alors que le chef de famille est aussi consacré dans le diaconat. Sans doute déjà vous êtes consacrés par le baptême, par le sacrement de mariage. Voici que s'ajoute la consécration de Karl dans le sacrement de l'Ordre !

(Extrait de l’homélie de Mgr Michel prononcé lors de l’ordination au diaconat de Karl TEAI le 27 juin 1997)

Chronique de la roue qui tourne

Qui suis-je ?

« L'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence ». Amin Maalouf

Connais-toi toi même recommandait Socrate, déjà en son temps. Ici, je ne parle pas de notre nom de famille et autres informations « banales » inscrites sur notre carte d'identité. Ici, il s'agit de tout ce qui nous fait vibrer à l'intérieur sans qu'on sache l'expliquer.

En tant que personne, nous sommes appelés à continuer l'histoire de notre pays. Pour cela, il nous faut la connaître dans ses moindres détails. Il nous faut comprendre nos traditions et nos coutumes. Il nous faut autant de respect pour nos ancêtres que pour nos enfants. Avec un regard sincère sur le passé, nous devons poursuivre ce qui est bon et corriger ce qui doit l'être. Je sais que je suis le fruit d'une rencontre, pas toujours simple, entre deux cultures différentes. Ni Française ni Polynésienne de souche, j'apprends à être moi et fière de ces multiples. J'apprends à être une des générations de la diversité culturelle. Tout en sachant, viscéralement, que j'appartiens à cette terre et que je dois la protéger. Il est inutile de trop s'appesantir sur le passé mais il est un guide pour éviter d'être les interprètes d'une histoire qui se répète. Décidons d'être acteurs d'un nouveau chapitre.

En tant que peuple, nous sommes appelés à être l'écho de notre langue. Certes, je ne parle pas Tahitien, uniquement par respect car je ne pourrai jamais articuler comme il faut. Mais j'aime ma langue. Rien ne l'égale lorsqu'il faut enseigner la vie. Elle est une force imagée, loin des discours pompeux. Elle est essentielle pour raconter notre histoire aux futures générations. Une langue étrangère donnera une autre histoire. Plaçons nos mots. D'eux mêmes, ils feront taire ceux qui sonnent creux.

En tant qu'humain, nous sommes appelés à léguer un environnement « vivable » à nos enfants. Mais nous faisons tout pour que la nature ne nous survive pas. Or, elle a été créée pour voir les générations défiler. Elle est la silencieuse spectatrice de la vie. Nous pouvons croire que son destin dépend de nous, ce qui n'est pas faux. Mais prenons conscience que l'inverse est tout aussi vrai.

Sûrement à la fin de notre vie, nous nous demanderons si nous laisserons un souvenir. Je crois que les personnes inoubliables sont celles qui ont renoncé au « personnel » au nom du collectif, qui se sont battues pour un idéal plus grand qu'un intérêt personnel. Ainsi, elles ont fait de leur « petite » vie un chapitre incontournable de l'évolution de l'humanité.

Petite suggestion pour la lecture de l’encyclique Laudato si’

Je pense que le titre de cette seconde lettre circulaire que le Pape François adresse au monde entier peut nous aider à bien la lire, méditer et mettre en pratique.

Le Pape nous demande plus de place pour la réflexion laborieuse. L’actif retour sur soi. L’heure est à la louange. Car Dieu, le Dieu qui a créé l’homme et sa maison. Est toujours nouveau. Il est la vie qui surgit de la mort. Il est la Parole qui survient au cœur de la nuit et du silence. Il dit son nom. Le nom de Dieu est un verbe, le Verbe : Dieu dit : « Je suis ». Il le dit à chacun de nous. Nous ne pouvons que recevoir cette parole, la redire, dans l’émerveillement d’une joyeuse surprise, d’une divine surprise. Le louer c’est simplement dire cette surprise, cet étonnement. Quelqu’un est là que je n’attendais pas ou n’attendais plus. Il vient. Il est le vivant.

Dans cantique des Créatures de Saint François d’Assise que le Pape nous propose comme début de sa très belle encyclique résonne le cantique nouveau, qui est le chant du premier jour, d’un jour qui au Paradis ne terminera jamais. Sur la Terre, que Dieu nous a donnée à habiter, nous sommes appelés à la louange, à être l’expression consciente de la louange que la terre et les animaux rendent  à Dieu.

Quel respect, quel solidarité implique la louange! Dieu nous a donné un jardin, nous ne devons pas le détruire, mais « l’utiliser » comme un instrument et une occasion de louange. Etonnement de Dieu, émerveillement d’exister. La louange est une concentration dans la contemplation de Dieu et des merveilles de sa création. La louange qui sort de la Terre et que nos cœurs et nos bouches expriment indique que la vie véritable est ouverture à l’Autre et à l’autre. Celui vers qui monte la louange n’est pas un dominateur. Il est le Créateur, il est le Père. La louange n’est pas le gémissement d’un être prostré devant son Maître. C’est un dia-logue (parole qui va vers l’autre) de joie pleine de surprise.

Dans la louange, nous ne nous réjouissons pas seulement de la beauté de Dieu qui resplendit sur la terre, comme Dieu s’est réjoui le premier de la beauté de son œuvre. Dans la louange, l’homme reprend l’exclamation de Dieu au terme de chaque jour de sa création : « Tout cela était bon » (en grecque le texte de la Genèse dit « beau »). L’être humain confesse à son tour la beauté de celui qui est la source et y travaille pour la préserver et la rendre encore plus belle. Donc on peut faire de l’« écologie intégrale » (Pape François) à partir de la louange, comme chaque matin nous nous commençons une nouvelle journée avec la louange des Laudes.

Mgr Francesco FOLLO

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IV. LE PRINCIPE DU BIEN COMMUN

156. L’écologie humaine est inséparable de la notion de bien commun, un principe qui joue un rôle central et unificateur dans l’éthique sociale. C’est « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ».

157. Le bien commun présuppose le respect de la personne humaine comme telle, avec des droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral. Le bien commun exige aussi le bien-être social et le développement des divers groupes intermédiaires, selon le principe de subsidiarité. Parmi ceux-ci, la famille se distingue spécialement comme cellule de base de la société. Finalement, le bien commun requiert la paix sociale, c’est-à-dire la stabilité et la sécurité d’un certain ordre, qui ne se réalise pas sans une attention particulière à la justice distributive, dont la violation génère toujours la violence. Toute la société – et en elle, d’une manière spéciale l’État, – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun.

158. Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et à une option préférentielle pour les plus pauvres. Cette option implique de tirer les conséquences de la destination commune des biens de la terre, mais, comme j’ai essayé de l’exprimer dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, elle exige de considérer avant tout l’immense dignité du pauvre à la lumière des convictions de foi les plus profondes. Il suffit de regarder la réalité pour comprendre que cette option est aujourd’hui une exigence éthique fondamentale pour la réalisation effective du bien commun.

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

Les blessures au sein de la famille sont les plus graves

Audience générale du mercredi 24 juin 2015 – Pape François

Après le deuil, la maladie, la pauvreté, François a évoque les « blessures qui s’ouvrent au sein même de la vie de famille » : en son sein, « quand on se fait mal, c’est la chose la plus horrible ». Ces paroles résonnent de façon particulière, un jour après la publication de l’Instrumentum laboris, le document de travail pour le prochain synode sur la famille qui aura lieu en octobre prochain.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans les dernières catéchèses, nous avons parlé de la famille qui vit les fragilités de la condition humaine, la pauvreté, la maladie, la mort. Aujourd’hui, en revanche, nous réfléchissons sur les blessures qui s’ouvrent précisément à l’intérieur de la coexistence familiale. Quand, dans la famille même, on se fait du mal. La chose la plus terrible !

Nous savons bien que, dans aucune histoire familiale ne sont absents les moments où l’intimité de ceux qui nous sont le plus chers est offensée par le comportement de ses membres. Des paroles, des actions (et des omissions !) qui, au lieu d’exprimer l’amour, le retirent ou, pire encore, le mortifient. Quand ces blessures, qui sont encore remédiables, sont négligées, elles s’aggravent : elles se transforment en arrogance, hostilité, mépris. Et à ce point, elles peuvent devenir des plaies profondes, qui divisent le mari et la femme et les poussent à chercher ailleurs compréhension, soutien et consolation. Mais souvent ces « soutiens » ne pensent pas au bien de la famille !

Lorsque l’amour conjugal se vide, le ressentiment se diffuse dans les relations. Et souvent cet éclatement « retombe » sur les enfants.

Voilà, les enfants. Je voudrais m’arrêter un peu sur ce point. Malgré notre sensibilité apparemment évoluée et toutes nos analyses psychologiques raffinées, je me demande si nous ne nous sommes pas aussi anesthésiés par rapport aux blessures de l’âme des enfants. Plus on cherche à compenser avec des cadeaux et des goûters, plus on perd le sens des blessures – plus douloureuses et plus profondes – de l’âme. Nous parlons beaucoup de troubles comportementaux, de santé psychique, de bien-être de l’enfant, d’anxiété des parents et des enfants… Mais savons-nous encore ce qu’est une blessure de l’âme ? Sentons-nous le poids de la montagne qui écrase l’âme d’un enfant, dans les familles où l’on se traite mal et où l’on se fait du mal, au point de briser le lien de la fidélité conjugale ? Quel poids, dans nos choix – des choix erronés, par exemple – quel poids a l’âme des enfants ? Quand les adultes perdent la tête, quand chacun ne pense qu’à soi, quand papa et maman se font du mal, l’âme des enfants souffre beaucoup, éprouve un sentiment de désespoir. Et ce sont des blessures qui laissent leur marque pour toute la vie.

Dans la famille, tout est lié : quand son âme est blessée sur un point quelconque, l’infection contamine tout le monde. Et quand un homme et une femme, qui se sont engagés à être « une seule chair » et à former une famille, pensent de manière obsessionnelle à leurs propres exigences de liberté et de gratification, cette distorsion affecte profondément le cœur et la vie des enfants. Très souvent les enfants se cachent pour pleurer tout seuls… Nous devons bien comprendre cela. Le mari et la femme sont une seule chair. Mais leurs créatures sont la chair de leur chair. Si nous pensons à la dureté avec laquelle Jésus avertit les adultes de ne pas scandaliser les petits – nous avons entendu le passage de l’Évangile (cf. Mt 18,6), nous pouvons mieux comprendre aussi sa parole sur la grave responsabilité de garder le lien conjugal qui est au commencement de la famille humaine (cf. Mt 19,6-9). Quand l’homme et la femme sont devenus une seule chair, toutes les blessures et tous les abandons du papa et de la maman ont des répercussions dans la chair vivante de leurs enfants.

Il est vrai par ailleurs qu’il existe des cas où la séparation est inévitable. Parfois, cela peut même devenir moralement nécessaire, quand il s’agit justement de soustraire l’époux le plus faible, ou les jeunes enfants, aux blessures plus graves causées par les abus et la violence, par l’avilissement et l’exploitation, par l’inconnu et l’indifférence.

Grâce à Dieu, il ne manque pas de personnes qui, soutenues par leur foi et par leur amour pour leurs enfants, témoignent de leur fidélité à un lien dans lequel ils ont cru, bien qu’il apparaisse impossible de le faire revivre. Toutefois, toutes les personnes séparées ne sentent pas cette vocation. Toutes ne reconnaissent pas, dans la solitude, un appel du Seigneur qui leur est adressé. Autour de nous, nous trouvons des familles dans des situations que l’on dit « irrégulières » – je n’aime pas cette expression – et nous nous posons beaucoup de questions. Comment les aider ? Comment les accompagner ? Comment les accompagner pour que leurs enfants ne deviennent pas les otages du papa ou de la maman ?

Demandons au Seigneur une grande foi, pour regarder la réalité avec le regard de Dieu ; et une grande charité, pour aborder les personnes avec son cœur miséricordieux.

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Mourir fermé sur soi ou en donnant la vie ?

Discours du pape François à la Fédération biblique catholique

Recevant les participants à l'Assemblée plénière de la Fédération biblique catholique, le pape exhorte à « tout faire pour aider les prêtres à donner dans les Homélies la Parole de Dieu qui atteigne le cœur ».

Je souhaite la bienvenue à tous. Je remercie le cardinal Tagle pour ses paroles, qui m'ont fait changer un peu par rapport à ce que j'avais préparé... Ce sont les surprises de Dieu, qui nous aident à nous rendre compte que tous nos plans, toutes nos pensées et tant d'autres choses, tombent devant la Parole de vie de Dieu, la Parole vivante, du Dieu Vivant. Ils tombent, ils s'écroulent. Quand une Église se ferme sur elle même et oublie qu'elle a été envoyée, qu'elle a été envoyée pour annoncer l’Évangile, c'est à dire la Bonne Nouvelle, pour bouger les cœurs avec le Kérygme, elle vieillit. Une autre chose qu'a dit le cardinal : elle s'affaiblit. J'en ajoute deux : elle se rend malade et meurt.

J'ai souvent entendu dire, quand on parlait des diocèses qui étaient en Afrique du Nord du temps de saint Augustin : ce sont des Églises mortes. Non ! Il y a deux façons, deux manières de mourir : ou mourir fermé sur soi ou bien mourir en donnant la vie en témoignage. Une Église qui a le courage – la parresia/audace – de porter en avant la Parole de Dieu et n'en a pas honte, est sur le chemin du martyre.

Aujourd'hui, dans la Première Lecture de la messe, nous avons entendu Paul qui racontait ce qu'il avait subi, dans la perspective de la « vantardise » : « Ils se vantent ; moi aussi je peux me vanter de ce que j'ai fait » (Cf. 2 Cor 11,21)... Mais cet homme (saint Paul), s'il était resté là, dans une des églises – comme celle de Corinthe – et seulement dans celle-là, il n'aurait pas souffert tout ce qu'il raconte. Pourquoi ? Parce qu'il était un homme en sortie. Quand il voyait que les choses allaient bien, il imposait ses mains sur un autre et s'en allait. C'est un modèle.

À la fin il a cette belle phrase – après la « vantardise », après m'être vanté de cela, de tous ces voyages, de toutes ces flagellations, une fois lapidé… tout cela … – « Mais si je dois me vanter, en vérité – disait-il aujourd'hui dans ce passage – je me vanterais seulement de ma faiblesse » (Cf. 2 Cor 11,30). Dans un autre passage – vous les biblistes vous le connaissez – il dit : « Je me vanterai de mes péchés » (Cf. 2 Cor 12,9). La troisième vantardise de Paul n'est pas de la vanité : « Ma gloire est la Croix de Jésus » (Cf. Gal 6,14). Là est sa force. C'est une Église qui sort, une Église « de martyrs ». C'est une Église qui va sur les routes, qui chemine. Et il arrive ce qui peut arriver à toute personne qui va sur la route : un accident… Mais je préfère une Église blessée dans un accident, qu'une Église malade, fermée sur elle même. Avec cette parousie et cette hypomone, cette patience qui permet de porter les situations sur ses épaules, mais aussi cette tendresse qui porte sur ses épaules les fidèles blessés, qui lui ont été confiés. Une Église pastorale. Seulement la Parole de Dieu, et au côté de la Parole, l'Eucharistie. Les frères qui se réunissent pour louer le Seigneur avec la faiblesse du pain et du vin, du Corps du Seigneur, du Sang du Seigneur.

La Parole de Dieu n'est pas une chose qui nous rend la vie facile. Non, non. Elle nous met toujours en difficulté ! Si quelqu'un la porte avec sincérité, elle le met en difficulté, elle le met dans l'embarras tant de fois. Mais il faut dire la vérité, avec tendresse, en portant sur ses épaules les situations, les personnes. On peut le comprendre comme un respect fraternel qui sait « caresser ».

Je remercie le nouveau Président pour ce qu'il a dit. Je vous remercie tous pour le travail que vous faites au service de la Parole de Dieu.

Un petit aparté : une des choses qui me préoccupent beaucoup c'est l'annonce fonctionnelle de la Parole de Dieu dans les Homélies. S'il vous plaît, faites tout pour aider vos frères – diacres, prêtres et évêques – à donner dans les Homélies la Parole de Dieu qui atteigne le cœur. Une pensée, une image, un sentiment peut arriver [au cœur], mais qu'arrive la Parole de Dieu ! Beaucoup en sont capables, mais ils se trompent et font une belle conférence, une belle dissertation, une belle école de théologie… La Parole de Dieu est un sacramentel ! Pour Luther, c'est un sacrement, qui agit quasiment ex opere operato. Puis la pensée courante a été un peu la [pensée] tridentine, c'est celle de l'ex opere operantis ; ensuite les théologiens ont trouvé que la parole de Dieu est au milieu ; à la fois ex opere operato ; et ex opere operantis. C'est un sacramentel. Les discours ne sont pas sacramentaux, ce sont des discours qui font du bien. Mais que dans les Homélies il y ait la Parole de Dieu, pour qu'elle touche le cœur !

Merci ! Merci pour votre travail.

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La liberté d’expression peut-elle avoir des limites ?

Réflexion de Mgr Alain CASTET, évêque de Luçon

Au 8ème pèlerinage du monde des médias, à Paris, le 30 mai 2015, Mgr Alain Castet, évêque de Luçon, a partagé sa réflexion sur le thème : « La liberté d’expression doit être au service du bien commun ».

Mesdames et messieurs,

À votre demande, j’ai accepté d’aborder avec vous ce sujet délicat. Vous avez devant vous, un prêtre catholique, un évêque qui n’est pas un juriste et qui a été toute sa vie, un pasteur de terrain : aumônier de jeunes, de lycées, d’étudiants, puis curé et évêque.

Je ne vous ferai pas l’offense de vous rappeler le cadre juridique qui régit la liberté d’expression. Je sais que vous le connaissez et que vous le respectez.

Vous le savez, la liberté d’expression n’est pas en-soi et pour elle-même un absolu. En faire un absolu serait au final, lui nuire. En effet, elle constitue un droit fondamental dans une démocratie et la garantie de son exercice est essentielle pour cette même démocratie. Mais elle ne peut pas primer sur d’autres principes démocratiques fondamentaux. Nous verrons plus loin, qu’à la lumière de la Révélation chrétienne, il est légitime de considérer les principes touchant à la dignité humaine.

La liberté d’expression est donc encadrée par la loi, seule légitime pour le faire et ses abus sont sanctionnés par la justice.

Vous connaissez bien entendu, les articles 11 et 14 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’un affirme la libre communication des pensées et des opinions. Je le cite : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » L’article 14 nous permet de discerner les abus de cette liberté : « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. » Ces principes, vous le comprenez, conduisent à un équilibre délicat qui engage la responsabilité de chacun. En effet, comme l’affirme un juriste : « La liberté de la presse ne saurait être considérée comme étant au sommet d’une soi-disant hiérarchie des principes constitutionnels. Tous dotés de la même valeur, ils doivent cohabiter dans un souci d’équilibre des droits fondamentaux. »

Ainsi pour les journalistes, l’exercice de cette liberté engage leur responsabilité vis-à-vis du public. Cette responsabilité comporte des droits comme des devoirs.

Dans le préambule de la Déclaration des droits et des devoirs des journalistes, l’on trouve ceci : « Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit public à connaître les faits et les opinions, procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes. » Et plus loin : « La mission d’information comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément. Mais ces devoirs ne peuvent être effectivement respectés dans l’exercice de la profession de journaliste, que si les conditions concrètes de l’indépendance et de la dignité professionnelle sont réalisées. »

Vous me pardonnerez de ne pas m’attarder plus longtemps sur ce cadre légal et déontologique que vous connaissez et observez très certainement avec conscience.

Je souhaiterai ce matin vous proposer plus particulièrement trois pistes de réflexion. Premièrement, la nature et les effets de la parole publique ; deuxièmement, l’efficacité de la parole dans le témoignage biblique ; et troisièmement, comment comprendre l’homme croyant dans un monde sécularisé.

1- La nature et les effets de la parole publique

Tout d’abord, lorsqu’une parole est proférée publiquement, nous devons considérer qu’elle est toujours productrice d’événements chez celui qui l’écoute et la reçoit. Je ne développerai pas ici l’arrière fond philosophique de ce que j’énonce ici. On pourrait simplement se référer, en philosophie moderne, aux travaux de Paul Ricœur. Chez ce dernier, je le cite : « Le discours se donne comme événement : quelque chose arrive lorsque quelqu’un parle. Cette notion de discours comme événement s’impose dès que l’on prend en considération le passage d’une linguistique de la langue ou du code à une linguistique du discours ou du message. »

Cet événement peut être intérieur, personnel, comme comportemental ou collectif. Il peut être prise de conscience, engagement ou réalisation. Ainsi, chez celui qui parle, écrit ou transmet, s’exerce une responsabilité qui ne peut que susciter une interrogation préalable : Quelle est mon intention ? Quelles seront les conséquences de mon engagement ? Quel peut être l’effet produit et induit ? La réponse à cette interrogation ne peut être que probable et jamais certaine. En effet, la parole, comme le texte produit cessent en grande partie d’être maîtrisés dès qu’ils sont passés dans l’espace public. Ils peuvent être reçus dans leur intégralité, dans la compréhension de leur logique interne, mais ils peuvent aussi voir leur argumentation simplifiée ou déformée, par l’amplification d’une incise ou d’un élément particulier. Par ailleurs, la rapidité contemporaine de la communication et la mise en valeur des formules lapidaires peuvent être source de rumeurs qui se développent par elles-mêmes, dans l’oubli des sources. Comment donner à connaître afin que l’autre dans sa liberté, puisse former son propre jugement ?

Le fait religieux est particulièrement délicat à traiter dans le contexte contemporain. En effet, ce qui, il y a encore peu, était connu, au moins culturellement, pouvait être traité de manière allusive. Aujourd’hui, bien des réalités sont devenues étrangères à la plupart de nos contemporains. À l’exception de quelques fêtes religieuses qui touchent le cœur de l’homme par leur humanité, la plupart des étapes de l’année liturgique sont devenues floues. Et que dire des dogmes fondamentaux ou de la réalité de la vie spirituelle ? Pour vous faire sourire avec nostalgie et tristesse, je citerai ces faits : un enfant à qui je demandais « Qu’est-ce que l’Assomption ? », m’a répondu : « C’est le jour où on a battu les Allemands ! » Et un autre, passant dans l’église, m’a interrogé : « Pourquoi y a-t-il un monsieur attaché à un bout de bois ? » De plus, les personnes qui, il y a encore peu, constituaient un corps social reconnu et estimé, repérable par tous, se sont progressivement effacées du champ social. Seules demeurent identifiables, à l’extérieur du cercle des croyants, les personnalités charismatiques ou institutionnelles. Comment transmettre et informer justement sans devenir l’entomologiste d’un monde étrange ? Comment respecter l’homme de conviction qui, pour beaucoup, se réduit à un naïf un peu décalé, voir à un « fanatique » ? Comment parler du fait religieux à ceux qui n’en acceptent que les conséquences sociales, favorisant ce que l’on appelle aujourd’hui, le plus petit dénominateur commun, un simple « vivre ensemble », estimable mais bien insuffisant ?

Livrer un fait religieux à l’opinion publique sans l’expliciter et le contextualiser, sans tenter d’en manifester la logique interne, équivaut à le caricaturer, voire à l’incriminer, si l’intention de celui qui parle n’est pas droite. Le maniement insidieux de l’allusion peut accentuer les effets néfastes.

L’exposé du fait religieux ne peut prendre sens que dans une écoute véritable qui sait devenir dialogue. Ainsi, l’événement dont on parle ou ceux que l’on évoque ne seront pas chosifiés ni instrumentalisés, au risque de devenir inaudibles et cantonnés dans un domaine considéré comme « obscène » pour notre temps, condamnant des paroles ou des gestes devenus inaudibles à la mort médiatique.

2- L’efficacité de la parole dans le témoignage biblique

Le témoignage biblique pourrait se résumer à une simple phrase : Dieu se donne à connaître aux hommes. Cette révélation se réalise dès le Premier Testament, par le choix d’un peuple et celui de témoins. Ceux-ci, au risque de la parole humaine et de son équivocité, osent proclamer l’ineffable et l’insaisissable. Ils parlent de Dieu, non pas en développant un discours univoque, comme si Dieu se donnait à connaître par une parole incréée, mais en utilisant l’allégorie. Ainsi, Dieu se dit, mais il est au-delà de ce discours. Le témoignage biblique laisse donc, dès son origine, la place à l’intelligence, à l’interprétatif, à la réflexion théologique et aux divers chemins spirituels. Ce témoignage n’est donc pas simplement écriture ou transmission figée, il devient parole vivante, dans un dialogue sans cesse renouvelé avec l’homme croyant.

Par delà ce colloque spirituel qui élève l’homme et donne sens à sa vie, la révélation biblique devient aussi événement puisqu’elle suscite des transformations dans la vie de celui qui la reçoit, en le conduisant à des choix qui influencent son itinéraire personnel et ses relations sociales.

L’efficacité de cette parole se manifeste également par la patience, la fidélité et la miséricorde exercée par celui qui parle, c’est-à-dire Dieu. Si elle peut être sévère, elle est une parole qui révèle à l’homme le meilleur de lui-même, le conduit à la sainteté tout en le comprenant dans les méandres de son humanité.

Dans le Christ, Dieu se donne à connaître par la parole de son Fils. Il se fait donc proximité, compagnon de route, tout en manifestant de manière plus éclatante encore, sa paternité tout à la fois exigeante et miséricordieuse, comme le souligne avec éclat la figure du Père de l’enfant prodigue.

Dans le Nouveau Testament, le schéma suivant se reproduit à de très nombreuses reprises, depuis l’annonce au champ des bergers, jusqu’à la proclamation de la résurrection. Il pourrait s’agir de la structure suivante : « Je vous annonce, vous êtes mes témoins, allez dire ». Tout disciple du Christ se trouve ainsi constitué, depuis les origines, comme le hérault de ce qu’il croit, persuadé que la foi ne peut être que partagée. N’est-ce pas le sens de cette parole biblique souvent mal interprétée : « Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Aussi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en pleine lumière, ce que vous aurez dit à l’oreille dans le fond de la maison sera proclamé sur les toits. » (Luc 12, 2-3) Pour le croyant, tout homme a le droit de connaître et de savoir ce qui donne sens à notre humanité. À chacun de répondre dans sa liberté intérieure.

Le grand mouvement d’évangélisation initié depuis le Concile Vatican II, par les Souverains Pontifes successifs ne peut se comprendre qu’en référence à ce qui précède. L’évangélisation n’est pas une intrusion abusive dans la vie des hommes. Elle veut proposer à la liberté de tous, une parole qui relève, élève, transforme, permet de parvenir à une plénitude et enfin conduit au bonheur véritable. Comment ne pas nous souvenir ici, de l’annonce de la Nativité : « Je vous annonce une grande joie. »

3- Comment comprendre l’homme croyant dans un monde sécularisé ?

Aujourd’hui, il semble que, pour beaucoup, dans notre univers culturel, parler du christianisme devienne difficile. Mais cette remarque ne s’applique-t-elle pas à l’ensemble des religions ? En effet, l’homme sécularisé, plus souvent marqué par l’oubli de Dieu que par l’agressivité militante, a du mal à saisir l’expérience croyante dans sa réalité et dans sa profondeur. Il est tenté de percevoir la personne religieuse par les manifestations extérieures de ce qui est cru : gestes rituels, comportements familiaux, particularités éventuelles, choix éthiques, singularité de comportement, etc. Sur le fond, beaucoup pensent que croire est une opinion qui peut s’assimiler à d’autres formes d’adhésions, comme, par exemple, l’adhésion politique ou militante. Tous semblent convenir qu’elle doit s’exprimer dans un cadre privé.

Par ailleurs, une opinion convenue et parfois intentionnellement suggérée dans le corps social, lointain héritage d’un positivisme fatigué, veut laisser penser que l’homme croyant est une créature en voie de disparition. Tout est donc, dans cette perspective, affaire de patience et de stratégie. Soyons tolérants, ménageons le dinosaure, et l’être inadapté finira bien par se dissoudre dans le champ social, ou bien par disparaître, faute de combattants et de points d’appui. Et si la créature bizarre résiste, là où il y a encore quelque vitalité, privilégions le culturel, en réduisant par exemple l’Islam aux repas du Ramadan et à l’Institut du monde arabe, ou encore en noyant l’engagement religieux dans un interreligieux indéterminé, sympathique et conciliant, très pratique pour les commémorations.

Malheureusement, pour nos fins analystes, l’être religieux est totalement saisi par Dieu. Ce qu’il croit n’est pas une part de sa vie, une opinion, mais la réalité d’une foi vivante habite ses pensées, son affect, son intelligence et ses actes. Cet homme intégral, saisi par Dieu, est généralement incompréhensible par les chroniqueurs des sociétés dites modernes, qui demeurent persuadées qu’elles constituent la fin et la norme de toute l’évolution historique. Il suffit de considérer comment l’information traite fréquemment avec condescendance les sociétés religieuses, même quand celles-ci sont marquées par la haute technologie, comme c’est le cas par exemple, de la société anglo-saxonne nord-américaine.

Dans le débat qui nous occupe aujourd’hui : « La liberté d’expression a-t-elle des limites ? », une compréhension et une connaissance juste, honnête et respectueuse de la réalité de l’homme religieux est essentielle si l’on veut éviter les simplifications et les blessures inutiles.

En effet, en chacun et en chacune d’entre nous, il est une part intime qui constitue tout à la fois la grandeur et la fragilité des hommes et des femmes. Qui parmi nous, ne connaît pas l’intime de l’être aimé, cet intime qui, lorsqu’il est moqué ou détruit, souffre d’une douleur qui s’apparente à celle d’un viol, qui peut bouleverser et entraîner durablement l’effondrement de la personne ? Qui d’entre nous, ne connaît pas le caractère précieux et inaliénable de cette intimité ?

Peut-on tout dire ? Peut-on tout caricaturer ? Nulle loi dans la société dans laquelle nous sommes, ne pourra atteindre à l’efficacité d’une conscience éveillée, qui connaît les conséquences d’une parole forte, d’un écrit ou d’une communication. Finalement, ne revenons-nous pas à l’un des fondamentaux du christianisme ? Seul l’exercice d’une responsabilité, soucieuse de la recherche de la vérité et voulant résolument le bien de l’homme, saura maîtriser une parole qui permette à chacun de grandir sur les chemins de la liberté.

Mgr Alain Castet, Évêque de Luçon

© Conférence des Évêques de France - 2015

Les Frères du Sacré-Cœur – 1979-2001

Fragments d’histoire

Les Frères du Sacré-Cœur sont fondés par l'Abbé André Coindre en 1821 au Puy pour le service de la jeunesse délaissée par la rééducation et l'apprentissage des métiers. Ils sont très développés au Québec qui envoie des Frères en Nouvelle-Calédonie en 1954. Après le Vanuatu et Wallis-Futuna, ils viennent en Polynésie au service du développement global des archipels. Ils ouvrent leur premier centre à Mangareva le 31 août 1982.

À la fin des années soixante-dix, l’esprit missionnaire étant toujours aussi vivant chez les frères, le Conseil provincial songe à ouvrir une nouvelle mission ; les demandes se font pressantes et on voit l’occasion se présenter. Une demande venue des Îles Marquises retient l’attention ; les frères que l’on affecterait à cette mission n’auraient pas à apprendre une autre langue, comme c’était le cas pour le Chili. On accepte de s’engager dans cette lointaine contrée. Voici ce qu’écrit le chroniqueur dans l’Annuaire de l’Institut, n° 73, concernant la tentative de fondation aux Îles Marquises.

« Le 7 août 1979, nos deux fondateurs, les frères Russell Gagnon et Gilles Fontaine, quittaient le pays, sans le frère Jean-Paul Parent retenu par la maladie, en vue de donner suite au projet d’une œuvre de métiers aux Îles Marquises. Ils se sont rendus sur place afin de rencontrer l’évêque du lieu, Mgr LeCLéac’h, le maire et les religieuses de l’institution déjà existante, discuter des plans de la future construction et se familiariser un peu avec les gens et les lieux ». (p. 115)

En mai 1980, la tentative d’implantation est abandonnée ; le gouvernement de la région décida de privilégier d’autres projets pour les institutions scolaires du milieu.

Les Îles Gambier. En 1982, en réponse à la demande insistante de Mgr Michel Coppenrath, quatre frères s’installent à Rikitéa, aux Îles Gambier. Le frère Eugène Demers s’occupe principalement de catéchèse. Les frères André Lord, Gilles Fontaine et Russell Gagnon se dévouent dans un centre technique où ils enseignent des métiers de base : menuiserie, mécanique et électricité.

Dans un esprit de collaboration, des confrères disponibles, en provenance des différentes provinces canadiennes, ont permis aux autorités provinciales l’ouverture de nouvelles missions en Polynésie française. C’était là un signe des temps nouveaux. Face à la vision apostolique des frères, un changement majeur s’effectue : on assouplit les règles de l’appartenance des frères à une structure administrative pour permettre une plus grande mobilité dans la mise en place de communautés, d’équipes ; on assiste à un éclatement de l’encadrement permanent dans une province et dans un territoire donné. On est réconcilié avec l’idée d’un engagement temporaire dans un pays de mission : la vocation missionnaire n’est plus considérée comme perpétuelle, comme un engagement pour la vie. Enfin, la mission apostolique des frères ne s’identifie pas exclusivement avec l’institution scolaire ; on les voit se consacrer à une variété de tâches pastorales et caritatives.

Le projet de la province de Québec en Polynésie française était de lancer des Centres d’éducation au développement (CED) pour venir en aide aux jeunes défavorisés des îles lointaines en leur enseignant un métier, de préparer des équipes de relève et de se retirer ensuite en laissant la place aux autochtones. Le Conseil provincial prévoyait un projet d’une dizaine d’années. Il dura vingt ans.

Après la fondation aux Îles Gambier en 1982, des équipes de frères se retrouvent à Tahiti en 1988, à Makemo en 1989 et aux Marquises en 1992. En 2001, les frères se retiraient définitivement de la Polynésie française, heureux d’avoir répété de très près l’œuvre initiale du père André Coindre : donner un métier aux jeunes que malheureusement l’entourage abandonne à leur sort. Un effort sérieux a été réalisé pour que ces jeunes puissent gagner leur vie honorablement dans leur île au lieu d’aller augmenter le nombre des drogués et des prostituées à Tahiti.

© Les Frères du Sacré-Cœur - 2009

Méditation sur la Parole

« Le Seigneur a envoyé son ange et il m’a arraché aux mains d’Hérode » (Ac 12, 11). Aux débuts du service de Pierre dans la communauté chrétienne de Jérusalem, il y avait encore une grande peur à cause des persécutions d’Hérode contre certains membres de l’Église. Il y avait eu le meurtre de Jacques, et maintenant la captivité de Pierre lui-même pour faire plaisir au peuple. Tandis qu’il était en prison et enchaîné, il entend la voix de l’Ange qui lui dit : « Lève-toi vite !… Mets ta ceinture et tes sandales… Mets ton manteau et suis-moi » (Ac 12, 7-8). Les chaînes tombent et la porte de la prison s’ouvre toute seule. Pierre s’aperçoit que le Seigneur l’« a arraché aux mains d’Hérode » ; il se rend compte que Dieu l’a libéré de la peur et des chaînes. Oui, le Seigneur nous libère de toute peur et de toute chaîne, afin que nous puissions être vraiment libres. La célébration liturgique d’aujourd’hui exprime bien cette réalité, avec les paroles du refrain du psaume responsorial : « Le Seigneur m’a libéré de toute peur ».

Tel est le problème, pour nous, de la peur et des refuges pastoraux. Je me demande, chers frères Évêques : avons-nous peur ? De quoi avons-nous peur ? Et si nous avons peur, quels refuges cherchons-nous, dans notre vie pastorale, pour être en sécurité ? Nous cherchons peut-être l’appui de ceux qui ont le pouvoir en ce monde ? Ou bien nous laissons-nous tromper par l’orgueil qui cherche des gratifications et des reconnaissances, qui semblent nous mettre en sécurité ? Chers frères Évêques, où plaçons-nous notre sécurité ?

Le témoignage de l’Apôtre Pierre nous rappelle que notre véritable refuge est la confiance en Dieu : elle éloigne toute peur et nous rend libres de tout esclavage et de toute tentation mondaine. Aujourd’hui, l’Évêque de Rome et les autres Évêques, spécialement les Métropolites qui ont reçu le Pallium, nous nous sentons interpellés par l’exemple de saint Pierre à vérifier notre confiance dans le Seigneur.

Pierre retrouve la confiance quand Jésus lui dit par trois fois : « Pais mes brebis » (Jn 21.15.16.17). Et en même temps, Simon confesse par trois fois son amour pour Jésus, réparant ainsi le triple reniement de la passion. Pierre sent encore brûler en lui la blessure de cette désillusion causée au Seigneur, la nuit de la trahison. Maintenant qu’il lui demande : « M’aimes-tu ? », Pierre ne compte pas sur lui-même ni sur ses propres forces, mais sur Jésus et sur sa miséricorde : « Seigneur tu sais tout ; tu sais que je t’aime » (Jn 21, 17). Et ainsi disparaît la peur, l’insécurité, la pusillanimité.

Pierre a expérimenté que la fidélité de Dieu est plus grande que nos infidélités et plus forte que nos reniements. Il se rend compte que la fidélité du Seigneur éloigne nos peurs et dépasse toute imagination humaine. À nous aussi, aujourd’hui, Jésus pose la question : « M’aimes-tu ? ». Il le fait justement parce qu’il connaît nos peurs et nos efforts. Pierre nous montre la route : se confier à Lui, qui « connaît tout » de nous, nous fiant non pas tant à notre capacité d’être fidèles, qu’à sa fidélité inébranlable. Jésus ne nous abandonne jamais, parce qu’il ne peut se renier lui-même (cf. Tm 2, 13). Il est fidèle. La fidélité que Dieu nous assure inlassablement, à nous aussi, Pasteurs, au-delà de nos mérites, est la source de notre confiance et de notre paix. La fidélité du Seigneur à notre égard tient toujours éveillé en nous le désir de le servir et de servir les frères dans la charité.

L’amour de Jésus doit suffire à Pierre. Il ne doit pas céder à la tentation de la curiosité, de l’envie, comme lorsque, voyant Jean proche de lui, il demande à Jésus : « Seigneur, et lui ? » (Jn 21, 21). Mais Jésus, devant ces tentations, lui répond : « Que t’importe ? Toi, suis-moi » (Jn 21, 22). Cette expérience de Pierre constitue un message important aussi pour nous, chers frères Archevêques. Le Seigneur aujourd’hui me répète à moi, ainsi qu’à vous, et à tous les Pasteurs : Suis-moi ! Ne perds pas de temps en questions ou en bavardages inutiles ; ne t’arrête pas sur les choses secondaires, mais regarde l’essentiel et suis-moi. Suis-moi malgré les difficultés. Suis-moi dans la prédication de l’Évangile. Suis-moi dans le témoignage d’une vie qui correspond au don de la grâce du Baptême et de l’Ordination. Suis-moi en parlant de moi à ceux avec lesquels tu vis, jour après jour, dans l’effort du travail, du dialogue et de l’amitié. Suis-moi dans l’annonce de l’Évangile à tous, spécialement aux derniers, afin qu’à personne ne manque la Parole de vie, qui libère de toute peur et donne confiance dans la fidélité de Dieu. Toi, suis-moi !

© Libreria Editrice Vaticana - 2014

 

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Date de dernière mise à jour : 2015-06-26