Pko 29.11.2015

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°59/2015
Dimanche 29 novembre 2015 – 1er Dimanche du temps de l’Avent – Année C

Humeurs

Ne cessez jamais de pleurer… ne cessez jamais de prier…

À l’entrée du Temps de l’Avent et à quelques jours de l’entrée dans l’Année de la Miséricorde… voici une méditation du Pape François au clergé à l’occasion de son voyage au Kenya… une invitation à chacun d’entre vous de prier pour moi, pour ma conversion… pour que je retrouve le chemin de l’humanité… avec le Pape François je veux vous demander : « Je vous demande de ne pas oublier de prier pour moi parce que j’en ai besoin. Merci beaucoup !… Priez pour moi, n’oubliez pas ! »

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« Vous souvenez-vous, dans l’Évangile, quand l’apôtre Jacques a pleuré ? Ou l’apôtre Jean ? Non ! Et un autre des apôtres ? D’un seul l’Évangile dit qu’il a pleuré, quand il s’est rendu compte qu’il était un pécheur qui avait trahi son Seigneur, quand il s’est rendu compte de cela. Et puis Jésus l’a fait pape : alors qui comprend Jésus ? C’est un mystère. Ne cessez jamais de pleurer ! Quand un prêtre, un religieux, une religieuse, assèche ses larmes, il y a quelque chose qui ne va pas. Qu’il pleure pour son infidélité, la douleur du monde, les gens rejetés, les petits vieux abandonnés, les enfants assassinés, pour les choses que nous ne comprenons pas lorsqu’on nous demande « pourquoi ? » Aucun, parmi nous, n’a tous les « pourquoi ? », toutes les réponses aux « pourquoi ? ».

Un auteur russe se demandait pourquoi les enfants souffrent et à chaque fois que je salue un enfant souffrant d’une tumeur ou d’une maladie rare, je me demande pourquoi cet enfant souffre et je n’ai pas de réponse à cela. Je regarde Jésus sur la croix. Il y a des situations dans la vie qui nous conduisent à pleurer et à regarder Jésus sur la croix : c’est la seule réponse aux injustices, aux douleurs, aux situations difficiles de la vie. Saint Paul dit : « Souviens-toi de Jésus-Christ crucifié ». Quand un consacré, un prêtre oublie le Christ crucifié, le pauvre ! Il tombe dans un péché très laid, qui fait horreur à Dieu, qui fait vomir Dieu : le péché de tiédeur ! Prêtres, frères et sœurs, faites attention à ne pas tomber dans le péché de tiédeur !

Que vous dire d’autre ? Un message de mon cœur pour vous : que jamais vous ne vous éloigniez de Jésus ! Cela veut dire : ne cessez jamais de prier ! « Père, parfois c’est tellement ennuyeux de prier ! On se lasse, on s’endort ! » Très bien ! Dormez devant le Seigneur ! C’est une façon de prier ! Mais restez devant lui ! Priez, n’abandonnez pas la prière ! Un consacré qui abandonne la prière, son âme se dessèche, comme ces branches séchées qui ont un vilain aspect, l’âme d’un religieux, d’une religieuse, d’un prêtre qui ne prie pas est une âme laide, pardonnez-moi mais c’est comme cela. Est-ce que je prends sur le temps du sommeil pour prendre du temps pour la radio, la télévision, les revues, ou pour prier ou je préfère ces autres choses ? Il faut se mettre devant celui qui a commencé l’œuvre et l’achève pour chacun de nous. La prière !

Tous ceux qui se sont laissés choisir par Dieu sont là pour servir le peuple de Dieu, pour servir les plus pauvres, les plus rejetés, les plus loin de la société : les enfants, les personnes âgées, les personnes qui n’ont pas conscience de l’orgueil et du péché dans lequel ils vivent ; pour servir Jésus. Se laisser choisir par Jésus, c’est se laisser choisir pour servir, pas pour être servi.

Il y a environ un an il y a eu une rencontre de prêtres, – dans ce cas les religieux sont saufs ! Durant cette retraite, chaque jour il y avait un tour de prêtres pour servir à table. Certains se lamentaient : nous devons être servis, nous avons payé pour être servis. S’il vous plaît, jamais cela dans l’Église ! Pas se servir des autres mais servir ! Saint Paul dit que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la conduira à son accomplissement jusqu’au jour de Jésus-Christ.

Je veux vous remercier. Vous allez dire que le pape est mal élevé : il a donné des conseils il ne nous dit même pas “merci !” ! C’est la dernière chose que je veux vous dire, la cerise sur le gâteau je veux vraiment vous remercier de votre courage à suivre Jésus, merci pour chaque fois que vous vous sentez pécheur, pour chaque caresse de tendresse que vous donnez à qui en a besoin, pour chaque fois que vous avez aidé quelqu’un à mourir en paix. Merci de donner de l’espérance dans la vie. Merci parce que vous vous êtes laissés aider, corriger, pardonner chaque jour. »

(Pape François – Nairobi (Kenya) 26 novembre 2015)

Chronique de la roue qui tourne

Une femme

Le 25 novembre, c’est la date choisie par l’ONU pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Aucune violence n’est signe d’amour !

Aucune violence n’est signe d’avenir !

A chaque fois qu’on insulte une femme, c’est l’humanité qui est outragée.

A chaque fois qu’on dédaigne une femme, c’est l’humanité qui est rabaissée.

A chaque fois qu’on humilie une femme, c’est l’humanité qui est avilie.

A chaque fois qu’on enferme une femme, c’est l’humanité qui perd sa liberté.

A chaque fois qu’on cogne une femme, c’est l’humanité qui porte les stigmates.

A chaque fois qu’on blesse une femme, c’est l’humanité qui saigne.

A chaque fois qu’on viole une femme, c’est l’humanité qui perd sa dignité.

A chaque fois qu’on tue une femme, c’est l’humanité qui s’éteint avec elle.

Parce que derrière chaque femme se cache une mère, une fille, une sœur, une amie, un amour.

La chaise masquée

La parole aux sans paroles – 13

Portrait d’homme – 4 – Félix

Il y a quelques semaines, Vaiana nous racontait son parcours peu commun et nous parlait de ses frères et sœurs, tous dans la rue avec elle. Aujourd’hui c’est Félix, son frère, qui se confie… avec toute sa douceur, malgré sa dure vie et un physique imposant. Laissons-lui la parole…

D’où viens-tu ?

« Je suis né à Tahiti mais j’ai grandi aux Australes avec mes parents. Après on nous a ramenés ici. Comme mes parents divorçaient, ils n’arrivaient pas à nous assumer. Et comme ils ne voulaient pas avertir les affaires sociales pour nous éviter le foyer, ils nous ont placés chez un tonton. J’avais 15 ans. Et je voyais comment ils s’occupaient de nous. Eux, ils avaient des enfants qui ne travaillaient pas. On avait le même âge. Pourtant, c’était toujours moi qu’on appelait pour aller travailler, même quand il pleuvait. Et c’était du travail dur à faire. Je ne trouvais pas ça juste. Alors j’ai attendu ma majorité et je suis parti. Je suis venu dans la rue vivre, comme j’avais un grand frère dans la rue. Je suis venu le rejoindre. Aujourd’hui ça fait 3 ans que je suis dans la rue. »

Et tes parents ? Ta maman ?

« On ne savait pas où elle était. Et mon tonton ne voulait pas qu’on ait des nouvelles de notre maman. Il disait que ça allait nous perturber, qu’on n’allait pas bien travailler à l’école. Il disait que ce n’était pas bien pour nous de penser à notre mère. Mais ce n’était pas facile ! »

Et ton papa ?

« Mon papa était dans la rue. Il est mort dans la rue. »

Ça fait longtemps ?

« Un an maintenant. Et comme, il buvait beaucoup, il avait beaucoup de plaies infectées. C’était nous, ce soir-là. On dormait à la station, comme il faisait froid. Et ce soir-là, il disait qu’il voyait des personnes sur le plafond et, nous, on croyait que c’était son alcool. Le lendemain matin il ne répondait plus, il fermait les yeux. On l’a envoyé à l’hôpital mais il n’a pas pu tenir, il a lâché. On a vu avec Père Christophe pour arranger l’enterrement. »

Quand tu es arrivé dans la rue, le plus dur… ?

« C’est de voir ce que mon frère faisait, ce n’était pas comme à la maison. Je voyais un autre monde et j’étais jeune. Mon frère tapait des gens, il volait. Il cassait des voitures pour voler. Mais il volait pour manger, pas par plaisir. Quand je voyais ça, je savais que ce n’était pas bien. Et comme on n’avait rien ! Au début, si je me souviens bien, Te Vaiete fermait le samedi et dimanche. C’était long pour tenir. Aujourd’hui Père ne ferme que le dimanche. Quand j’ai vu ça, je me suis dit que je me suis trompé de chemin. J’ai regretté d’être venu dans la rue. J’aurais dû rester chez mon oncle. J’aurais dû tenir le coup. Même si je suis le seul à travailler, j’aurais dû tenir. Au lieu de ça, je suis venu dans la rue. Et toute ma famille est dans la rue. Il n’y a même pas un qui s’en est sorti ! ».

Ton école ?

« Moi, je n’ai jamais été bon à l’école. Je suis plutôt bon pour les activités manuelles. Dans la famille, je suis le 3ème.  Après moi, j’ai un frère et deux sœurs. Et quand j’étais en CE2, mon petit frère était déjà en CM2. Alors, c’était dur pour moi d’aller à l’école. Comme j’avais un grand retard, on m’emmerdait, on se moquait de moi. Après, l’école a fait une classe spéciale, tous les niveaux, pour les petits et les grands. Comme je n’étais pas le seul dans cette situation aux Australes. Et dans cette classe, on a vu que j’étais bon, ils m’ont remis en CM1. Mais c’était dans la même classe que ma petite sœur, celle qui vient juste après mon petit frère qui est passé, lui, en 6ème. Du coup, je n’arrivais pas à me concentrer. Je voyais ma petite sœur meilleure que moi, elle était en avance. Quand elle allait au tableau, elle ne restait pas longtemps, elle réussissait les problèmes en math, en conjugaison, tout. Et moi, quand j’y allais, je pouvais rester deux minutes. Après on me grondait. Ça m’a démotivé. Mais j’aimais aller à l’école pour manger à la cantine. C’était bon le maa à la cantine. Comme aussi, on ne mangeait pas bien à la maison. Et je savais qu’on n’aura pas de maa le soir, je prenais un peu à la cantine. Je mettais dans un pot pour nous les six.

Avant ça, il y avait un magasin qui connaissait notre situation. Et pour nous aider, il nous faisait 80 000 francs à crédit pour tout le mois. Là, ça allait. Mais après, stop, plus de crédits. Du coup, je prenais du maa à l’école. C’était dur pour moi ! Et j’ai terminé mon primaire ici, à Tahiti. On m’a remis en CM1. C’était là le plus dur. Ce n’était pas pareil. Ici, on me regardait bizarrement. Ils parlaient entre eux, comme s’ils disaient du mal de moi. J’avais honte. Tout le monde savait que j’étais nul, que je faisais partie des derniers de la classe. »

Tu as arrêté l’école là ?

« Non, pas tout de suite. J’ai continué jusqu’en 6ème, 1er trimestre. On m’a dit de terminer ma 6ème et après d’aller au CETAD.  Et mon tonton m’a pris pour travailler avec lui. Il me réveillait tôt le matin. Il voulait me montrer que la vie est dure. Mais j’étais trop jeune, 16, 17 ans. Je me réveillais tôt et je voyais tout le monde dormir. Mais c’était mon choix. »

Et là, dans la rue, comment tu t’en sors ?

« Sans te mentir, je vais me vendre. Je n’aime pas faire ça, on ne m’a pas appris à faire ce truc-là. Mais quand on est dans la rue, on a que 3 solutions :

1° on se vend ;

2° on vole pour revendre ;

3° on vend de la drogue.

On n’a que ces 3 options pour avoir un peu d’argent. Mais tout ça, ça t’amène en prison. Et depuis que je suis avec ma copine, ça me travaille. Quand je suis resté avec elle, je me suis calmé. Je n’arrivais même plus à aller voler ! Ce n’était plus comme avant. ».

Tu as essayé d’avoir un boulot ?

« Je suis allé au SEFI, rien. »

Dans quel domaine ?

« J’aimerais bien la mécanique. Je n’ai jamais fait mais, on dirait, j’aime ça. Ou sinon, espace vert. »

Tu n’as pas essayé de faire une formation ?

« Si, j’ai eu 3 mois de formation mais comme il y a la famille aussi. J’avais 70 000 francs, à peu près. Je voulais économiser un peu. Mais on ne pouvait pas tous vivre sur cet argent. Et comme, on travaille un par un. Si au moins tout le monde travaillait. Là, on pourrait s’en sortir. Et j’aimerais passer mon permis, avoir une voiture. »

© Nathalie SH - Accueil Te Vai-ete - 2015

Les familles doivent faire rayonner l’amour de Dieu

Homélie du mercredi 25 novembre 2015 à Nairobi (Kenya) – Pape François

Sous la pluie mais dans une atmosphère de grande chaleur humaine, le Pape François a présidé ce jeudi matin, 26 novembre, une messe sur le campus de l'université de Nairobi, en présence notamment du président Uhuru Kenyatta, lui-même issu de la minorité catholique, qui représente entre un quart et un tiers de la population kenyane.

La parole de Dieu parle au plus fond de notre cœur. Aujourd’hui Dieu nous dit que nous lui appartenons. Il nous a faits, nous sommes sa famille, et il sera toujours présent pour nous. “Ne craignez pas – nous dit-il – : je vous ai choisis et je vous promets de vous donner ma bénédiction’’ (cf. Is 44, 2-3). Nous avons entendu cette promesse dans la première lecture. Le Seigneur nous dit qu’il fera jaillir de l’eau dans le désert, dans une terre assoiffée ; il fera en sorte que les enfants de son peuple fleurissent comme de l’herbe, comme des saules luxuriants.

Nous savons que cette prophétie s’est accomplie par l’effusion du Saint Esprit à la Pentecôte. Mais nous voyons aussi qu’elle s’accomplit partout où l’Évangile est prêché et où de nouveaux peuples deviennent membres de la famille de Dieu, l’Église. Aujourd’hui nous nous réjouissons parce qu’elle s’est accomplie sur cette terre. Par la prédication de l’Évangile, vous aussi vous êtes devenus participants de la grande famille chrétienne.

La prophétie d’Isaïe nous invite à regarder nos familles et à nous rendre compte combien elles sont importantes dans le plan de Dieu. La société du Kenya a longtemps été bénie par une solide vie familiale, par un profond respect de la sagesse des personnes âgées et par l’amour envers les enfants. La santé de toute société dépend toujours de la santé des familles. Pour leur bien et celui de la communauté, la foi dans la parole de Dieu nous appelle à soutenir les familles dans leur mission à l’intérieur de la société, à accueillir les enfants comme une bénédiction pour notre monde, et à défendre la dignité de tout homme et de toute femme, puisque nous sommes tous frères et sœurs dans l’unique famille humaine.

Par obéissance à la Parole de Dieu, nous sommes aussi appelés à résister aux pratiques qui favorisent l’arrogance chez les hommes, qui blessent ou méprisent les femmes, et qui menacent la vie des innocents qui ne sont pas encore nés. Nous sommes appelés à nous respecter, à nous encourager mutuellement, et à rejoindre tous ceux qui sont dans le besoin. Les familles chrétiennes ont cette mission spéciale : rayonner l’amour de Dieu et répandre l’eau vivifiante de son Esprit. Ceci est particulièrement important aujourd’hui, parce que nous assistons à l’avancée de nouveaux déserts créés par une culture du matérialisme et de l’indifférence envers les autres.

Le Seigneur nous fait une autre promesse dans les lectures de ce jour. Comme le Bon Pasteur qui nous guide sur les sentiers de la vie, il nous promet de nous faire habiter dans sa maison pour la suite des jours (cf. Ps 23, 6). Ici aussi, nous voyons sa promesse accomplie dans la vie de l’Église. Dans le Baptême, il nous conduit vers des eaux tranquilles et fait revivre notre âme ; dans la confirmation il nous oint de l’huile de joie spirituelle et de force ; et dans l’Eucharistie, il nous prépare une table, la table de son Corps et de son Sang, pour le salut du monde. 

Nous avons besoin de ces dons de grâce ! Le monde a besoin de ces dons ! Le Kenya a besoin de ces dons ! Ils nous raffermissent dans la fidélité au milieu de l’adversité, quand nous semblons marcher « dans la vallée de l’ombre de la mort » (cf. Ps 23, 4). Mais ils changent aussi nos cœurs. Ils nous rendent plus fidèles disciples du Maître divin, vases de miséricorde et de gentillesse aimante dans un monde blessé par l’égoïsme, le péché et la division.

Voilà les dons par lesquels Dieu, dans sa providence, nous rend capables, tels des hommes et des femmes de foi, de contribuer à la construction de votre pays dans la concorde civile et dans la solidarité fraternelle. De manière particulière, ce sont des dons qui doivent être partagés avec les jeunes, qui, ici comme ailleurs sur ce grand continent, sont l’avenir de la société. Ici, au cœur de cette Université, où les esprits et les cœurs des nouvelles générations sont formés, je lance un appel particulier aux jeunes de la nation.

Que les grandes valeurs de la tradition africaine, la sagesse et la vérité de la Parole de Dieu, ainsi que le généreux idéalisme de votre jeunesse, vous guident dans l’engagement à former une société qui soit toujours plus juste, inclusive et respectueuse de la dignité humaine.

Que les besoins des pauvres vous soient toujours à cœur ; rejetez tout ce qui conduit au préjugé et à la discrimination, parce que ces choses – nous le savons – ne sont pas de Dieu.

Tous, nous connaissons bien la parabole de Jésus sur l’homme qui a construit sa maison sur le sable plutôt que sur le roc. Quand les vents ont soufflé, elle est tombée et sa ruine a été grande (cf. Mt 7, 24-27). Dieu est le rocher sur lequel nous sommes appelés à construire. Il nous le dit dans la première lecture, et il nous demande : « Y a-t-il un Dieu en dehors de moi ? » (Is 44, 8). Quand Jésus ressuscité affirme dans l’Évangile de ce jour : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 18) il nous dit que lui-même, le Fils de Dieu, est le rocher. Il n’y en a pas d’autre que lui. 

Unique Sauveur de l’humanité, il désire attirer à lui les hommes et les femmes de toute époque et de tout lieu, afin de pouvoir les conduire au Père. Il veut que tous nous construisions notre vie sur le fondement solide de sa Parole. Voilà pourquoi, après sa résurrection et au moment de retourner au Père, Jésus a confié à ses Apôtres la grande tâche missionnaire que nous avons entendue dans l’Évangile de ce jour : « Allez ! de toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du fils et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28, 19-20).

Cela c’est la tâche que le Seigneur attribue à chacun de nous. Il nous demande d’être des disciples missionnaires, des hommes et des femmes qui rayonnent la vérité, la beauté et la puissance de l’Évangile qui transforme la vie. Des hommes et des femmes qui soient des canaux de la grâce de Dieu, qui permettent à sa miséricorde, à sa bienveillance et à sa vérité de devenir les éléments pour construire une maison qui demeure solide. Une maison qui soit un foyer où les frères et sœurs vivent enfin en harmonie et dans le respect réciproque, dans l’obéissance à la volonté du vrai Dieu, qui nous a montré, en Jésus, la voie vers cette liberté et cette paix auxquelles tous les cœurs aspirent.

Que Jésus, le Bon Pasteur, le rocher sur lequel nous construisons nos vies, vous guide ainsi que vos familles sur la voie du bien et de la miséricorde, tous les jours de votre vie.

Qu’il bénisse de sa paix tous les habitants du Kenya. «Soyez forts dans la foi! N’ayez pas peur!». Car vous appartenez au Seigneur.

Mungu awabariki! [Que Dieu vous bénisse! ]

Mungu abariki Kenya! [Que Dieu bénisse le Kenya! ]

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

Ouverture de l’Année jubilaire dans l’Archidiocèse de Papeete

 

Chers frères prêtres et diacres,

L'ouverture de l'année de la miséricorde approche. Il est grand temps de vous informer sur la façon dont nous allons célébrer cet événement. Ce premier courrier concerne Tahiti et les îles Gambier, Tuamotu et Australes. Un second courrier suivra concernant les îles sous le vent.

Tahiti

I- ouverture de l'annee jubilaire mardi 08 decembre

À 18h, messe solennelle d'ouverture de l'année jubilaire à la Cathédrale de Papeete présidée par l'Administrateur Apostolique.

Chaque paroisse pourra également prévoir ce même jour une messe solennelle pour célébrer l'ouverture de l'année de la Miséricorde.

II- ouverture de la porte de la misericorde dimanche 13 decembre

Sur Tahiti, deux églises présenteront une porte de la miséricorde : Maria no te Hau de Papeete et le Cœur Immaculé de Taravao.

Le rassemblement des fidèles aura lieu dimanche 13 après-midi :

* Pour Papeete à 16h à la communauté Chinoise. La procession ira de la communauté Chinoise à l'église Maria no te Hau. Sur le parvis aura lieu l'ouverture de la porte de la miséricorde. L'Eucharistie suivra.

* Pour Taravao, le rassemblement des fidèles aura lieu à l'école du Sacré Cœur. La procession ira de l'école à l'église. Devant l'église aura lieu l'ouverture de la porte de la miséricorde. L'Eucharistie suivra, présidée par le P. Gilbert.

Iles australes, gambier et tuamotu

Pour ce qui concerne les communautés de ces îles, et pour permettre à tous nos frères et sœurs se trouvant éloignés de Tahiti de profiter des grâces liées à la célébration de cette année jubilaire, j'autorise chaque paroisse à ouvrir une porte de la miséricorde le jour où est célébrée la fête patronale, à la condition qu'il y ait un prêtre pour recevoir les confessions et célébrer l'Eucharistie.

Je demande donc à chaque prêtre en responsabilité dans ces îles de prévoir soit de se rendre sur place pour la fête patronale, soit de trouver un confrère qui acceptera de s'y rendre pour la circonstance. Je rappelle que cette année de la Miséricorde prendra fin avec la fermeture de la porte Sainte à St Pierre de Rome le Dimanche 20 Novembre 2016.

Je sais qu'il sera parfois difficile d'assurer ce programme dans toutes les îles. Comme dit le proverbe, « à l'impossible, nul n'est tenu ! » Mais ce n'est pas une raison pour ne pas essayer. Cela demandera peut-être quelques sacrifices au niveau de vos emplois du temps. Je compte sur vous pour faire au mieux !

Vous recevrez d'ici quelques jours les documents nécessaires pour vous aider à préparer et célébrer ce temps fort dans la communion à Rome et à l'Église Universelle.

À Papeete le 25 Novembre 2015

P. Jean Pierre COTTANCEAU

Administrateur Apostolique

© Archevêché de Papeete – 2015

« Les yeux ouverts »

50 ans du décret concliaire « Optatam totius » et « Presbytorum ordinis » sur la vie des prêtres

Il y a cinquante ans étaient promulgués deux décrets conciliaires : Optatam Totius et Presbyterorum Ordinis, sur la formation des prêtres. Ces documents ont été au cœur d’une conférence organisée cette semaine par la Congrégation pour le Clergé. Le vendredi 20 novembre 2015, les participants ont été accueillis par le Pape François qui en a profité pour revenir sur cette formation des prêtres, et surtout sur le rapport entre les clercs et les laïcs.

Messieurs les Cardinaux,

Chers frères évêques et prêtres,

Frères et sœurs,

Je vous fais à chacun mes cordiales salutations et remercie de tout cœur le cardinal Stella, et la Congrégation pour le clergé, de m’avoir invité à ce congrès, 50 ans après la promulgation des décrets conciliaires Optatam totius et Presbyterorum ordinis.

Je m’excuse d’avoir changé ma première idée qui était de venir chez vous mais vous avez vu, j’ai manqué de temps et ici aussi suis arrivé en retard !

Il ne s’agit pas d’une « évocation historique ». Ces deux décrets sont une semence que le Concile a jetée dans le champ de la vie de l’Église ; au cours des cinq dernières décennies, elle a poussé, elle est devenue une plante vigoureuse, avec certainement quelques feuilles sèches, mais surtout beaucoup de fleurs et de fruits qui embellissent l’Église d’aujourd’hui. Ce congrès a retracé le chemin parcouru, révélant tous ses fruits et bâtissant une réflexion ecclésiale opportune sur le travail qui reste à faire dans ce domaine si vital pour l’Église. Et il en reste, du travail !

Optatam totius et Presbyterorum ordinis ont été évoqués ensemble, comme les deux moitiés d’une même réalité : la formation des prêtres, initiale ou permanente, mais qui constitue pour eux une seule et même expérience sur leur chemin de disciples. Ce n’est pas par hasard si le pape Benoît, en janvier 2013 (Motu proprio Ministrorum institutio) a donné une forme concrète, juridique, à cette réalité, en confiant également à la Congrégation pour le clergé les compétences sur les séminaires. De cette façon, le dicastère peut commencer à s’occuper de la vie et du ministère des prêtres dès leur entrée au séminaire, veillant à ce que les vocations soient promues et protégées et qu’elles s’épanouissent dans la vie de saints prêtres. Le chemin de sainteté d’un prêtre commence au séminaire !

Comme la vocation au sacerdoce est un don que Dieu fait à quelques-uns pour le bien de tous, je voudrais partager avec vous quelques réflexions, en partant justement des relations entre les prêtres et les autres personnes. Je suivrai le chapitre n°3 de Presbyterorum ordinis, où se trouve comme un petit abrégé de théologie sur le sacerdoce, tiré de la Lettre aux Hébreux : « Pris du milieu des hommes et établis en faveur des hommes, dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir des dons et des sacrifices pour les péchés, les prêtres vivent donc au milieu des autres hommes comme des frères au milieu de leurs frères. »

Considérons ces trois moments : « pris du milieu des hommes », « établis en faveur des hommes », présents « au milieu des autres hommes ».

Le prêtre est un homme qui naît dans un certain contexte humain ; il y apprend les premières valeurs, il s’imprègne de la spiritualité de son peuple, il s’habitue aux relations. Les prêtres aussi ont leur histoire, ce ne sont pas des « champignons » qui poussent soudainement dans une cathédrale le jour de leur ordination. Il est important que les formateurs et les prêtres eux-mêmes se souviennent de cela et, tout au long de leur formation, ne perdent pas de vue leur histoire personnelle. Le jour de leur ordination, je dis toujours aux prêtres, aux nouveaux prêtres : rappelez-vous où vous avez été pris, du troupeau, n’oubliez pas votre maman et votre grand-mère ! C’est ce que disait Paul à Timothée, et je le dis moi aussi aujourd’hui. Cela veut dire qu’on ne peut pas faire un prêtre comme si sa formation se faisait dans un laboratoire. Non, la formation commence en famille, avec la « tradition » de la foi et avec toute l’expérience de la famille. La formation doit donc être personnalisée car c’est la personne, concrète, qui est appelée à devenir disciple et prêtre, mais en ayant toujours conscience que seul Jésus Christ est le Maître que l'on suit et auquel on est configuré.

Je voudrais rappeler, dans cette perspective, le grand « centre pastoral des vocations » qu’est la famille, église domestique et premier lieu fondamental de formation humaine, où peut germer chez les jeunes le désir d’une vie conçue comme un chemin vocationnel, à parcourir avec efforts et générosité.

En famille et dans tous les autres contextes communautaires – école, paroisse, associations, groupes d’amis – nous apprenons à être en relation avec des personnes concrètes. Nous sommes façonnés par nos relations avec elles et nous devenons ce que nous sommes aussi grâce à elles.

Un bon prêtre, par conséquent, est avant tout un homme doté de sa propre humanité, qui connaît sa propre histoire, avec ses richesses et ses blessures, qui a appris à faire la paix avec elle, atteignant cette sérénité intérieure que l’on trouve chez les disciples du Seigneur. La formation humaine est donc une nécessité pour les prêtres, afin qu’ils apprennent à ne pas se laisser dominer par leurs limites, mais à mettre à profit leurs talents.

Un prêtre en paix avec lui-même saura répandre la sérénité autour de lui, même dans les moments pénibles, il saura transmettre la beauté d’être en relation avec le Seigneur. Il est par contre anormal qu’un prêtre soit souvent triste, nerveux, ou dur de caractère ; ça ne va pas et ça ne fait de bien ni au prêtre ni à son peuple. Si tu es malade, névrosé, va chez le médecin ! Médecin de l’esprit et médecin du corps : ils te donneront des pilules qui feront du bien, aux deux ! Mais s’il vous plaît, que les fidèles ne paient pas la névrose des prêtres ! Ne frappez pas les fidèles ; soyez de cœur avec eux, près d’eux.

Nous, prêtres, nous sommes des apôtres de la joie, nous annonçons l’Évangile, c’est-à-dire « la bonne nouvelle » par excellence. Certes, ce n’est pas nous qui donnons sa force à l’Évangile – certains le croient –, mais nous pouvons favoriser ou entraver la rencontre entre l’Évangile et les personnes. Notre humanité est le « vase d’argile » dans lequel nous conservons le trésor de Dieu, un vase dont nous devons prendre soin, pour bien transmettre son précieux contenu.

Un prêtre ne saurait perdre ses racines. Il reste un homme du peuple et de la culture qui l’ont engendré ; nos racines nous aident à nous rappeler qui nous sommes et où le Christ nous a appelés. Nous, prêtres, nous ne tombons pas du ciel, mais sommes appelés, appelés par Dieu, qui nous prend « du milieu des hommes », pour nous établir « en faveur des hommes ». Permettez-moi une anecdote. Dans mon diocèse, il y a des années... Non, pas dans le diocèse, non, dans la Compagnie, il y avait un brave prêtre, vraiment brave, un jeune, deux ans de sacerdoce. Il est entré en crise, en a parlé avec le père spirituel, avec ses supérieurs, avec les médecins, et il a dit : « Je m’en vais, je n’en peux plus, je m’en vais. » Et pensant à ces choses – je connaissais la maman, des gens simples – je lui ai dit : « Pourquoi ne vas-tu pas voir ta mère et en parler avec elle ? » Il y est allé, a passé toute la journée avec sa maman et il est revenu changé. Sa mère lui a donné deux « gifles » spirituelles, lui a dit trois ou quatre vérités, l’a remis en place, et il a poursuivi son chemin. Pourquoi ? Parce qu’il est allé à la racine. D’où l’importance de ne pas couper ses racines. Au séminaire, il faut prier mentalement… Oui, bien sûr, il faut apprendre… Mais d’abord prie comme ta maman t’a appris, et puis avance. Car la racine est là, toujours, la racine de la famille ; comme tu as appris à prier lorsque tu étais petit, avec les mêmes mots, commence à prier comme ça. Et tu continueras alors à prier.

Et maintenant le second passage : « en faveur des hommes ».

Ceci est un élément fondamental de la vie et du ministère des prêtres. Pour répondre à la vocation de Dieu, on devient prêtres pour servir nos frères et sœurs. Les images du Christ que nous prenons comme références pour le ministère sacerdotal sont claires : Il est le « Grand Prêtre », en même temps proche de Dieu et proche des hommes ; Il est le « Serviteur » qui lave les pieds et se rend proche des plus faibles ; Il est le « Bon Pasteur » qui ne pense qu’à prendre soin de son troupeau.

Ce sont les trois images que nous devons avoir à l’esprit en pensant au ministère des prêtres, envoyés auprès des hommes pour les servir et leur apporter la miséricorde de Dieu, pour leur annoncer sa Parole de vie. Nous ne sommes pas prêtres pour nous-mêmes, et notre sanctification est strictement liée à celle de notre peuple, notre onction à son onction : tu es oint pour ton peuple. Savoir et se rappeler que nous sommes « établis pour le peuple » – peuple saint, peuple de Dieu –, aide les prêtres à ne pas penser à eux-mêmes, à avoir de l’autorité mais sans être autoritaires, fermes mais pas sévères, joyeux mais pas superficiels, somme toute, des pasteurs, pas des fonctionnaires. Aujourd’hui, les deux lectures de la messe montrent clairement la capacité du peuple à se réjouir, quand le Temple est remis en état et purifié, et l’incapacité, par contre, des chefs des prêtres et des scribes, à se réjouir quand Jésus chasse les marchands du Temple. Un prêtre doit apprendre à se réjouir, il ne doit jamais perdre, c’est mieux dit comme cela, sa capacité à la joie : s’il la perd c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Et je vous le dis sincèrement, j’ai peur de m’endurcir, j’ai peur. Sur les prêtres rigides… Loin d’eux ! Ils mordent ! Je pense à l’expression de saint Ambroise, au IVe siècle : « Là où il y a miséricorde il y a l’Esprit de Jésus. Là où il y a rigidité, il n’y a que ses ministres. » Le ministre sans le Seigneur devient rigide et c’est un danger pour le peuple de Dieu. Des pasteurs, pas des fonctionnaires.

Le peuple de Dieu et l’humanité entière sont les destinataires de la mission des prêtres, vers laquelle tend tout le travail de formation. Qu'elle soit humaine, intellectuelle ou spirituelle, il s’agit de trois champs de formation qui convergent tous, naturellement, vers cette pastorale, à laquelle les prêtres fournissent des outils, des vertus et des dispositions personnelles. Quand tout cela s’équilibre et se mêle à un beau zèle missionnaire, dans la vie du prêtre, il est en mesure de remplir la mission que le Christ a confiée à son Église.

Enfin, ce qui est sorti du peuple, doit rester avec le peuple ; le prêtre est toujours « au milieu des autres hommes », il n’est pas un professionnel de la pastorale ou de l’évangélisation, qui vient et fait ce qu’il doit faire – peut-être bien même, mais comme un métier – et puis s’en va vivre une vie séparée. On devient prêtre pour demeurer au milieu des gens : être proche d’eux. Et permettez-moi, frères évêques, cela demande aussi que nous soyons proches de nos prêtres. Cela vaut aussi pour nous ! Que de fois entendons-nous nos prêtres se plaindre : « Mais, j’ai appelé l’évêque parce que j’ai un problème… Le secrétaire, la secrétaire, m’a dit qu’il est très occupé, qu’il est en tournée, qu’il ne peut pas me recevoir avant trois mois… » Deux choses. La première. Un évêque est toujours occupé, grâce à Dieu, mais si toi, évêque, tu reçois l’appel d’un prêtre et que tu ne peux pas le recevoir parce que tu as trop de travail, prends au moins ton téléphone et appele-le pour lui demander : « C’est urgent ? Pas urgent ? Quand, viens tel jour… », comme ça il sent que tu es proche de lui. Il y a des évêques qui, dirait-on, s’éloignent des prêtres… Être proche, au moins un coup de fil ! Par amour, l’amour d’un père, d’un frère. Et l’autre chose. « Non, j’ai une conférence dans telle ville et je dois faire un voyage en Amérique, et puis… » Mais, écoutez, le décret de résidence de Trente est encore en vigueur ! Et si tu ne veux pas rester dans le diocèse, démissionne, et fais le tour du monde en faisant un autre apostolat très bon. Mais si tu es évêque de tel diocèse, restes-y. Ces deux choses : proximité et résidence. Bon, mais ça c’est pour nous, évêques ! On devient prêtre pour demeurer au milieu des gens.

Si vous saviez le bien que les prêtres peuvent faire naître surtout par leur proximité et leur tendresse, leur amour pour les personnes. Ni philanthropes, ni fonctionnaires, les prêtres sont des pères et des frères. La paternité d’un prêtre fait beaucoup de bien.

La proximité, entrailles de miséricorde, regard d’amour : faire vivre l’expérience de la beauté d’une vie vécue selon l’Évangile et l’amour de Dieu qui se concrétise aussi au travers de ses ministres. Dieu ne refuse jamais. Et là je pense au confessionnal. On peut toujours trouver des chemins qui permettent de donner l’absolution. Bien accueillir. Mais il arrive que l’absolution soit impossible. Il y a des prêtres qui disent : « Non, je ne peux pas te donner l’absolution pour ça, va-t-en. » Ce n’est pas la bonne manière. Si l’absolution n’est pas possible, explique en disant : « Dieu t’aime beaucoup, il t’aime vraiment. Il y a tant de chemins pour arriver à Dieu. Je ne peux pas te donner l’absolution, mais je te donne ma bénédiction. Reviens, reviens toujours ici, à chaque fois je te donnerai la bénédiction en signe d’amour de Dieu. » Et cet homme ou cette femme s’en va plein(e) de joie parce qu’il ou elle a trouvé l’icône du Père, qui ne refuse jamais ; d’une manière ou de l’autre ils ont eu son étreinte.

Un bon examen de conscience pour un prêtre c’est aussi cela ; si le Seigneur revenait aujourd’hui, où me trouverait-il ? « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6,21). Et mon cœur où est-il ? Au milieu des gens, priant avec et pour les gens, partageant leurs joies et leurs souffrances, ou plutôt au milieu des choses du monde, des affaires terrestres, de mes « espaces » privés ? Un prêtre ne peut avoir d’espace privé, car il est toujours ou avec le Seigneur ou avec le peuple. Je pense à ces prêtres que j’ai connus dans ma ville, quand les répondeurs téléphoniques n’existaient pas encore, ils dormaient avec le téléphone sur leur table de nuit. Les gens pouvaient les appeler à n’importe quelle heure, et ils se levaient pour aller donner l’onction : personne ne mourait sans les sacrements ! Pas même dans le repos ils n’avaient d'espace privé. On appelle ça du « zèle apostolique ». La réponse à la question « où est mon cœur ? » peut aider chaque prêtre à donner une direction à sa vie et à son ministère, à les diriger vers le Seigneur.

Le Concile a laissé à l’Église de « précieuses perles ». Comme le marchand de l’Évangile de Matthieu (13,45), aujourd’hui allons à leur recherche, pour tirer un nouvel élan, de nouveaux outils qui aident à la mission que le Seigneur nous confie.

Je voudrais ajouter autre chose à ce que je dis dans mon texte – excusez-moi ! – cela concerne le discernement vocationnel, l’admission au séminaire. S’intéresser à la santé du garçon, celle de l’esprit et celle du corps, à sa santé physique et psychique. Un jour, je venais tout juste d’être nommé maître des novices, en 1972, je suis allé porter à la psychologue les résultats d’un test de personnalité, un test tout simple que l’on faisait passer comme un des éléments du discernement. C’était une brave femme et un bon médecin aussi. Elle me disait : « Celui-ci a tel problème mais cela peut aller s’il fait comme ça… » Cette femme était aussi une bonne chrétienne, mais dans certains cas elle était inflexible : « Non, celui-ci ne peut pas. — Mais docteur, ce garçon est si gentil. — Oui, maintenant il est gentil, mais sachez qu’il y a des jeunes qui savent inconsciemment – ils n’en ont pas conscience – qu’ils ont des problèmes psychiques. Ils se cherchent alors des structures fortes pour les protéger et leur permettre d’avancer. Et tout va bien jusqu’au moment où ils se sentent bien établis et là commencent les problèmes. — Je trouve ça un peu étrange… »

Et je n’oublierai jamais sa réponse, la même que celle du Seigneur à Ézéchiel : « Père, ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi il y avait tant de policiers tortionnaires ? Ils entrent jeunes, ont l’air sains, puis dès qu’ils ont pris un peu d’assurance, la maladie commence à sortir. Police, armée, clergé… voilà les institutions fortes que recherchent ces malades inconscients. Et tant de maladies finissent par sortir. » C’est curieux. Quand je m’aperçois qu’un jeune est trop rigide, trop fondamentaliste, je n’ai pas confiance ; il y a derrière quelque chose que lui-même ignore. Mais quand il se sent sûr… Ezéchiel 16, je ne me souviens plus du verset, mais c’est quand le Seigneur dit à son peuple tout ce qu’il a fait pour lui : il l’a trouvé le jour de sa naissance, puis lui a donné des vêtements, l’a épousé… « Puis tu t’es confiée dans ta beauté et tu t’es prostituée. » C’est une règle de vie, une règle de vie. Les yeux grands ouverts sur la mission dans les séminaires ! Les yeux grands ouverts !

Je suis persuadé que les résultats des travaux de ce congrès – animé par tant de rapporteurs de renom, provenant de régions et de cultures différentes – seront pour l’Église d’une grande utilité pour actualiser les enseignements du Concile, apportant une contribution à la formation des prêtres, ceux qui y sont et ceux que le Seigneur voudra nous donner afin qu’ils soient de bons prêtres, de plus en plus configurés à Son image, pas des fonctionnaires ! Et merci de votre patience.

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

Commentaire des lectures du dimanche

Votre rédemption approche

Nous célébrons aujourd’hui le premier dimanche de l’Avent. L’Avent est un temps liturgique qui comprend les quatre dimanches qui précèdent Noël. Les Évangiles lus au cours de ces dimanches nous invitent à la prière, à la veille, afin de paraître debout devant le Fils de l’homme. Ils nous placent dans l’attente de la manifestation de Dieu, que ce soit celle de l’Incarnation, il y a deux mille ans, ou celle à venir lors du retour du Christ. Voyons plus précisément ce que nous enseigne l’Évangile de ce jour.

Jésus parle de signes dans le soleil, la lune et les étoiles, du fracas de la mer et de la tempête. Toutes ces réalités à venir demeurent quelque chose de mystérieux pour nous. Jésus, cependant, nous donne une clé de lecture en précisant : « Les puissances des cieux seront ébranlées » (Lc 21,26). En parlant de puissance, Jésus montre que ces événements ne doivent pas être compris comme de simples catastrophes cosmiques, comme peuvent l’être un ouragan ou un tremblement de terre. Les puissances des cieux renvoient aux réalités spirituelles démoniaques, aux puissances du mal qui s’opposent à Dieu et veulent détourner les hommes du salut offert par Jésus. Ce texte nous introduit donc directement dans un combat spirituel. Et ce combat commence dès maintenant. Du point de vue de la théologique catholique, nous sommes dans les temps derniers depuis la venue de Jésus. Lorsque Jésus est remonté vers le Père, il ne nous a pas laissé seuls, mais nous a donné l’Esprit Saint afin que nous puissions vivre et demeurer en Dieu. L’Esprit Saint est celui qui nous fortifie afin que nous puissions proclamer la victoire de Dieu dans notre vie sur toute forme de mal. L’Évangile d’aujourd’hui nous réveille dans ce combat que nous avons à mener pour demeurer fidèles.

Face à la réalité spirituelle du temps que nous vivons, nous pourrions tomber dans la crainte ou le découragement. C’est pourquoi Jésus nous dit : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche » (Lc 21,28). Or, ces événements ont commencé. Ils ont commencé avec la mort et la Résurrection de Jésus, avec le don du Saint-Esprit à la Pentecôte. Lorsque Jésus dit : « Redressez-vous », il signifie par là que nous, chrétiens, nous avons reçu un appel pour mener à bien une mission. Nous sommes appelés à nous lever pour témoigner à temps et à contretemps de l’Amour de Jésus pour les hommes. Lorsque Jésus dit : « Relevez la tête », cela signifie que, pour répondre à cette mission de témoins du Christ, nous devons garder nos yeux fixés vers Lui, vers le ciel. Saint Paul dit à ce propos : « Songez aux choses d’en-haut, non à celles de la terre » (Col 3,2).

Ensuite, Jésus dit : « Restez éveillés, et priez en tout temps » (Lc 21,36). C’est bien le secret de toute vie en Christ : la prière. Nul ne peut demeurer fidèle à Dieu s’il ne prie pas. La prière peut prendre deux aspects. D’une part, dans tout ce que nous faisons, nous pouvons tourner notre cœur vers Dieu et le prier tout en continuant normalement notre activité. D’autre part, la prière nous invite aussi, régulièrement, à laisser notre activité pour donner du temps à Dieu et le laisser transformer nos cœurs durant ce temps privilégié.

En ce jour, prions afin que nous nous redressions et que nous relevions la tête. Prions pour demeurer sans cesse dans la prière. Telle est notre vocation : témoigner de la puissance de Dieu au jour même où les puissances des cieux seront ébranlées.

© Radio Vatican - 2015

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Date de dernière mise à jour : 2015-11-28