PKO 30.08.2015

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°46/2015
Dimanche 30 août 2015 – 22ème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

Humeurs

Hommage à Elma

Jeudi matin, au cimetière de Papara, le corps d’Elma a été déposé, entouré de quelques parents et amis… Elma c’est cette jeune maman, dialysée et à la rue dont la roue qui tourne vous a parlé il y a quelques semaines… Pour l’accompagner et ne pas l’oublier, elle et ses frères et sœurs de la « marge »… :

Seigneur, me voici devant Toi

avec les hommes et les femmes qui me ressemblent

comme des frères et sœurs :

les pauvres types qui voudraient bien

en sortir mais qui n’en sortent pas ;

les drogués, les paumés, les femmes de « mauvaise vie »,

tous ceux qui n’arrivent pas à résister au mal,

qui volent et qui tuent,

tous ceux qui ont perdu la foi, l’espérance, la charité…

et qui en souffrent.

Seigneur, tu nous regardes encore

de ce regard d’amour que tu as jeté

sur la femme adultère, sur la Samaritaine,

sur Marie-Madeleine, sur le brigand pendu près de Toi.

Des profondeurs où nous sommes enfoncés,

Seigneur, nous crions vers Toi :

sauve-nous, puisque tu nous aimes.

Seigneur, tu l’as dit, tu n’es pas venu pour les justes,

mais pour les pauvres, pour les malades,

pour les pécheurs, pour nous.

Seigneur, je nous confie tous à Toi,

Car je suis sûre de Toi,

Je suis sûre que tu nous sauves,

je suis sûre qu’à chacun de nous,

les pauvres types, tu vas dire le jour de notre mort :

tu seras avec moi ce soir dans le Paradis,

car il y aura un soir où tu nous revêtiras de Toi.

Toi qui est Dieu et qui est devenu un pauvre homme,

Comme nous tu as eu faim et soif,

comme nous tu as eu peur et tu as pleuré,

comme nous tu es mort.

Ton pauvre corps a été mis dans la tombe

comme le sera le nôtre,

et tu en es sorti transfiguré,

comme nous en sortirons un jour.

Mon bien-aimé avec Toi la mort est belle,

la Résurrection nous attend.

Merci.

Sœur Emmanuelle

Chronique de la roue qui tourne

Une journée de prière pour la création

« Dans le vrai rapport de la prière, ce n'est pas Dieu qui entend ce qu'on lui demande, mais celui qui prie est celui qui entend ce que Dieu veut. » Soren Kierkegaard

Le Pape François vient d'instituer la date du 1er septembre comme journée de prière commune pour la sauvegarde de la Création. Le choix du jour n'est pas anodin puisqu'il s'agit du jour de prières de l'Église orthodoxe : « Je souhaite vous communiquer ma décision d’instituer également dans l’Église catholique une “Journée Mondiale de Prière pour la Sauvegarde de la Création”. À partir de cette année, cette journée sera célébrée le 1er septembre, comme cela se produit déjà au sein de l’Église orthodoxe. »

C'est un signe fort qui fait suite à encyclique Laudato Si', : « J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. Le mouvement écologique mondial a déjà parcouru un long chemin, digne d’appréciation, et il a généré de nombreuses associations citoyennes qui ont aidé à la prise de conscience. Malheureusement, beaucoup d’efforts pour chercher des solutions concrètes à la crise environnementale échouent souvent, non seulement à cause de l’opposition des puissants, mais aussi par manque d’intérêt de la part des autres. »

Et comme il n'y a jamais de hasard, moins d'une semaine après la déclaration Papale, nous atteignions le « World Overshoot Day »" (ou plutôt « Jour du dépassement » en français), le jour où nous avons consommé la totalité des ressources de la planète disponibles pour l'année 2015. Et ce jour du dépassement arrive six jours avant celui de l'année dernière (le 19 août 2014). Désormais, nous consommons les ressources annuelles de la terre en seulement 8 mois !!!

Au commencement, et aujourd'hui encore, la terre devait subvenir à tous nos besoins. Mais, avec le temps, au prétexte de développer le monde, nous avons exploité le monde pour notre profit. Tout est devenu vendable, même ce que la nature nous donne gratuitement ! La société poussant à la consommation, nous nous sommes mis à gaspiller, à jeter sans le moindre scrupule. Nous ne pouvons plus nous satisfaire du nécessaire, nous voulons plus, toujours plus.

L'ONG WWF Suisse indique : « Désormais, il faut 1,5 planète pour couvrir les besoins de la population mondiale. Si cette évolution se poursuit, nous aurons globalement besoin de 2 planètes en 2030 ».

Si encore ça profitait à tous les hommes ! Mais cette réalité est affolante lorsque nous connaissons les inégalités abyssales qui régissent notre monde. Combien de peuples meurent de faim pendant que d'autres meurent du surpoids ? Cette réalité est écœurante lorsqu'on sait qu'elle résulte d'un gaspillage démesuré.

Nous avons tendance à nous croire tout puissants mais sans notre terre nourricière, que sommes-nous vraiment ? Alors que cette journée de prière pour la Création soit l'occasion de se rappeler la valeur de chaque chose.

La chaise masquée

La prière renforce la famille

Audience générale du mercredi 25 août 2015 – Pape François

Centième audience générale du Pape François ce mercredi matin place Saint-Pierre. Avant de lancer un appel pour une participation active des catholiques à la journée de prière pour la sauvegarde de la Création, le 1er septembre prochain, le Pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur la famille avec cette fois, une réflexion sur la prière en famille. Qui n’a jamais regretté : « Je n’ai pas de temps pour prier ». Un regret « sincère » car « le cœur humain recherche toujours la prière ». Pour y parvenir, prévient le Pape, il faut « cultiver dans son cœur un amour chaud pour Dieu, un amour affectif ». Il faut voir Dieu, non seulement comme le Tout-Puissant, mais aussi comme « une caresse qui nous tient en vie, dont rien, pas même la mort, ne peut nous détacher ». Ce n’est qu’ainsi que « nous nous sentons heureux », car Dieu nous « accompagne sur le chemin de la vie, il nous protège et nous aime ».

Chers frères et sœurs, bonjour !

Après avoir réfléchi sur la manière dont la famille vit les temps de la fête et du travail, nous prenons à présent en considération le temps de la prière. La plainte la plus fréquente des chrétiens concerne précisément le temps : « Je devrais prier davantage... ; je voudrais le faire, mais souvent je n’ai pas le temps ». Nous l’entendons sans cesse. Le regret est sincère, assurément, car le cœur humain cherche toujours la prière, même sans le savoir ; et s’il ne la trouve pas, il n’est pas en paix. Mais pour qu’ils se rencontrent, il faut cultiver dans son cœur un amour « chaleureux » pour Dieu, un amour affectif.

Nous pouvons nous poser une question très simple. C’est une bonne chose de croire en Dieu de tout son cœur, d’espérer qu’il nous aide dans les difficultés, de ressentir le devoir de lui rendre grâce. Tout cela est juste. Mais aimons-nous un peu le Seigneur ? La pensée de Dieu nous émeut-elle, nous émerveille-t-elle, nous attendrit-elle ?

Pensons à la formulation du grand commandement, qui soutient tous les autres : « Tu aimeras Yahvé, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir » (Dt 6, 5 ; cf. 22, 37). La formule utilise la langage intensif de l’amour, en le transposant à Dieu. Voilà, l’esprit de prière habite avant tout là. Et s’il habite là, il y habite tout le temps et n’en sort jamais. Réussissons-nous à penser à Dieu comme à la caresse qui nous tient en vie, avant laquelle il n’existe rien ? Une caresse de laquelle rien, même pas la mort, ne peut nous détacher ? Ou bien pensons-nous à lui seulement comme le grand Etre, le Tout-Puissant qui a fait toute chose, le Juge qui contrôle chaque action ? Tout cela est vrai, naturellement. Mais ce n’est que quand Dieu est celui pour qui tous ceux que nous aimons éprouvent de l’affection, que le sens de ces mots prend sa plénitude. Alors nous nous sentons heureux, et aussi un peu perdus, car il pense à nous et surtout il nous aime ! Cela n’est-il pas impressionnant ? Cela n’est-il pas impressionnant que Dieu nous caresse avec un amour de Père ? C’est si beau ! Il pouvait simplement se faire reconnaître comme l’Etre suprême, donner ses commandements et attendre les résultats. En revanche, Dieu a fait infiniment plus que cela. Il nous accompagne sur le chemin de la vie, il nous protège, il nous aime.

Si l’affection pour Dieu n’allume pas le feu, l’esprit de la prière ne réchauffe pas le temps. Nous pouvons aussi multiplier nos paroles, « comme le font les païens» dit Jésus ; ou bien également exhiber nos rites «comme le font les pharisiens » (cf. Mt 6, 5.7). Un cœur habité par l’affection pour Dieu fait devenir prière également une pensée sans mots, ou une invocation devant une image sacrée, ou un baiser envoyé vers l’Église. C’est beau quand les mamans enseignent à leurs petits enfants à envoyer un baiser à Jésus ou à la Vierge. Combien de tendresse se trouve en cela ! À ce moment le cœur des enfants se transforme en lieu de prière. Et c’est un don de l’Esprit Saint. N’oublions jamais de demander ce don pour chacun de nous! C’est parce que l’Esprit de Dieu a cette manière spéciale de dire dans nos cœurs « Abba » - « Père », qu’il nous enseigne à dire « Père » précisément comme le disait Jésus, d’une manière que nous ne pourrions jamais trouver seuls (cf. Ga 4, 6). C’est en famille que l’on apprend à demander et à apprécier ce don de l’Esprit. Si on l’apprend avec la même spontanéité avec laquelle on apprend à dire «papa» et « maman », on l’a appris pour toujours. Quand cela se produit, le temps de toute la vie familiale est enveloppé au sein de l’amour de Dieu, et cherche spontanément le temps de la prière.

Le temps de la famille, nous le savons bien, est un temps compliqué et rempli de personnes, d’affaires et de préoccupations. Il y en a toujours peu, il ne suffit jamais, il y a tant de choses à faire. Celui qui a une famille apprend vite à résoudre une équation que même les grands mathématiciens ne savent pas résoudre: en vingt-quatre heure, il réussit à faire ce qui demande le double du temps ! Il y a des mamans et des papas qui pourraient remporter le prix Nobel pour cela. De 24 heures ils réussissent à en faire 48 : je ne sais pas comment ils font, mais ils se bougent et le font ! Il y a tellement de travail dans une famille !

L’esprit de la prière restitue le temps à Dieu, sort de l’obsession d’une vie à laquelle il manque toujours le temps, retrouve la paix des choses nécessaires, et découvre la joie de dons inattendus. De bonnes guides pour cela sont les sœurs Marthe et Marie, dont parle l’Évangile que nous avons écouté ; elles apprirent de Dieu l’harmonie des rythmes familiaux : la beauté de la fête, la sérénité du travail, l’esprit de la prière (cf. Lc 10, 38-42). La visite de Jésus, qu’elles aimaient bien, était leur fête. Mais un jour, Marthe apprit que le travail de l’hospitalité, bien qu’important, n’est pas tout, mais qu’écouter le Seigneur, comme le faisait Marie, était la chose vraiment essentielle, la « meilleure part » du temps. La prière jaillit de l’écoute de Jésus, de la lecture de l’Évangile. N’oubliez pas, il faut tous les jours lire un passage de l’Évangile. La prière jaillit de l’intimité avec la Parole de Dieu. Cette intimité existe-t-elle dans notre famille ? Avons-nous un Evangile à la maison ? L’ouvrons-nous quelques fois pour le lire ensemble? Le méditons-nous en récitant le chapelet ? L’Evangile lu et médité en famille est comme un bon pain qui nourrit le cœur de tous. Et le matin et le soir, et quand nous nous mettons à table, apprenons à dire ensemble une prière, avec beaucoup de simplicité: c’est Jésus qui vient parmi nous, comme il allait dans les familles de Marthe, Marie et Lazare. Il y a une chose qui me tient beaucoup à cœur et que j’ai constatée dans les villes : il y a des enfants qui n’ont pas appris à faire le signe de la croix ! Mais toi maman, papa, apprends à ton enfant à prier, à faire le signe de la croix : cela est l’un des beaux devoirs des mamans et des papas !

Dans la prière de la famille, dans ses moments forts et dans ses passages difficiles, nous sommes confiés les uns aux autres, pour que chacun de nous en famille soit protégé par l’amour de Dieu !

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

1ère Journée mondiale de Prière pour la Sauvegarde de la Création

Lettre d’indiction du pape François instituant cette nouvelle journée mondiale…

Une journée de prière commune pour la sauvegarde de la Création aura bien lieu : elle sera désormais célébrée le 1er septembre de chaque année. Dans une lettre d’indiction adressée au cardinal Turkson président du Conseil Pontifical Justice et Paix et au cardinal Koch, président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, le Pape François explique son désir de répondre positivement à une demande qui avait été formulée par le patriarcat œcuménique de Constantinople. Une étape de plus dans l’appel à la conversion écologique des Chrétiens, quelques semaines après la publication de l’encyclique Laudato Si.

Partageant avec mon frère bien-aimé le Patriarche Œcuménique Bartholomée la même inquiétude pour l’avenir de la création (cf Lett. Enc. Laudato si’, 7-9), et accueillant la suggestion de son représentant, le Métropolite Jean de Pergame, qui est intervenu à la présentation de l’Encyclique Laudato si’ sur la protection de notre maison commune, je souhaite vous communiquer ma décision d’instituer également dans l’Église catholique une « Journée Mondiale de Prière pour la Sauvegarde de la Création ». À partir de cette année, cette journée sera célébrée le 1er septembre, comme cela se produit déjà au sein de l’Église orthodoxe.

En tant que chrétiens, nous souhaitons offrir notre contribution à la résolution de la crise écologique à laquelle l’humanité est actuellement confrontée. Pour cela nous devons avant tout puiser dans notre riche patrimoine spirituel les motivations qui nourrissent la passion pour la sauvegarde de la création, en n’oubliant jamais que pour les croyants en Jésus Christ, Verbe de Dieu qui s’est fait homme pour nous, « la spiritualité n’est déconnectée ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde ; elle se vit plutôt avec celles-ci et en elles, en communion avec tout ce qui nous entoure » (ibid., 216). La crise écologique nous appelle donc à une conversion spirituelle profonde : les chrétiens sont appelés à une « conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure » (ibid., 217). En effet, « Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne » (ibid).

La Journée Mondiale annuelle de Prière pour la Sauvegarde de la Création offrira à chacun des croyants et aux communautés la précieuse opportunité de renouveler leur adhésion personnelle à leur vocation de gardiens de la création, en rendant grâce à Dieu pour l’œuvre merveilleuse qu’Il a confiée à nos soins et en invoquant son aide pour la protection de la création, et sa miséricorde pour les péchés commis contre le monde dans lequel nous vivons. La célébration de cette Journée à la même date que l’Église orthodoxe sera une occasion profitable pour témoigner de notre communion croissante avec nos frères orthodoxes. Nous vivons à une époque où tous les chrétiens sont confrontés à des défis identiques et importants, auxquels nous devons apporter des réponses communes pour être plus crédibles et efficaces. C’est pourquoi je souhaite que d’autres Églises et Communautés ecclésiales puissent être impliquées elles aussi d’une manière ou d’une autre et que cette journée soit célébrée en accord avec les initiatives que le Conseil Œcuménique des Églises organise sur ce thème.

Je demande au Cardinal Turkson, Président du Conseil pontifical Justice et Paix, d’informer les Commissions Justice et Paix des Conférences épiscopales ainsi que les Organisations nationales et internationales engagées dans le domaine écologique, de l’institution de la Journée Mondiale de Prière pour la Sauvegarde de la Création, afin qu’en harmonie avec les exigences et les situations locales, la célébration soit organisée comme il se doit avec la participation de tout le Peuple de Dieu : prêtres, religieux, religieuses et fidèles laïcs. Dans ce but, le Dicastère veillera, en collaboration avec les Conférences épiscopales, à mettre en place des initiatives opportunes de promotion et d’animation, afin que cette célébration annuelle soit un temps fort de prière, de réflexion, de conversion et d’adoption d’un style de vie cohérent.

Je demande au Cardinal Koch, Président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, de prendre les contacts nécessaires avec le Patriarcat Œcuménique et avec les autres instances œcuméniques afin que cette Journée Mondiale puisse devenir un signe du chemin parcouru ensemble par tous les croyants en Jésus Christ. Le Dicastère aura la charge d’assurer la coordination avec les initiatives similaires entreprises par le Conseil Œcuménique des Églises.

Alors que je souhaite la plus vaste collaboration pour le meilleur lancement et développement de la Journée Mondiale de Prière pour la Sauvegarde de la Création, j’invoque l’intercession de la Mère de Dieu, la Très Sainte Vierge Marie, et de Saint François d’Assise dont le Cantique des Créatures pousse tant d’hommes et de femmes de bonne volonté à vivre dans la louange du Créateur et le respect de la Création. Je confirme ces vœux par la Bénédiction Apostolique que je vous donne de tout cœur, Messieurs les Cardinaux ainsi qu’à ceux qui collaborent avec votre ministère.

Cité du Vatican, 6 août 2015

Fête de la Transfiguration du Seigneur

© Libreria Editrice Vaticana - 2015

Albert Schweitzer (1875-1965)

« Je suis une vie qui veut vivre, au milieu de vies qui veulent vivre »…

Ces quelques mots, formulés il y a un siècle en 1915 par Albert SCHWEITZER, disparu, il y aura 50 ans le 4 septembre, résument l’éthique qu’il léguera au Monde, respecter toute forme de vie : humaine, végétale, animale. Une éthique qu’il voudra supra nationale et supra confessionnelle respectant les hommes sans distinction d’origine.

C’est à Kaysersberg (Haut-Rhin), dans une Alsace alors annexée à l’Allemagne suite à la guerre de 1870, que naquit Albert SCHWEITZER. Quelques mois plus tard sa famille déménagea pour Gunsbach dans la Vallée de Munster, vallée natale de sa mère où son père venait d’être nommé Pasteur.

Très jeune, il montra des dispositions pour la musique et tout particulièrement pour l’orgue, une passion qui le conduira à publier, en 1905, un ouvrage de référence : « Jean Sébastien BACH, le musicien poète » et lui permettra grâce à prés de 500 concerts donnés au cours de sa vie de financer son œuvre humanitaire.

Après le collège à Munster, puis le Lycée à Mulhouse, c’est tout naturellement qu’il entama, à Strasbourg, des études de Théologie et de Philosophie. C’est à la Pentecôte 1896, qu’il décida qu’à l’âge de 30 ans il consacrerait sa vie à une œuvre humanitaire.  Docteur en Théologie et en Philosophie puis Pasteur, il devint, en 1903, directeur du séminaire protestant de Strasbourg.

À l’automne 1904, la lecture d’une revue des Missions Protestantes de Paris le conduisit à poser sa candidature comme missionnaire pour le Moyen Congo, l’actuel Gabon. Plus que de pasteurs c’étaient de médecins dont les missions exprimaient le besoin, tant les conditions climatiques et sanitaires étaient difficiles sous l’Équateur.

Albert Schweitzer débuta en 1905 des études de médecine qui lui permirent d’obtenir sa thèse. En 1912, il épousa Hélène BRESSLAU, avec laquelle il avait noué une amitié depuis près d’une décennie. Engagée dans l’aide au plus démunis, elle n’hésita pas à suivre une formation d’infirmière pour accompagner son futur mari dans son projet de départ pour l’Afrique.

Tous deux quittèrent l’Alsace le 26 mars 1913 et arrivèrent à Lambaréné le 16 avril. Situé au bord du fleuve Ogooué, au cœur de la forêt vierge sur le site de la mission, à quelques encablures de l’Equateur, le premier hôpital que fonda celui que les gabonais appelleront bientôt le « Grand Docteur », devient rapidement le seul lieu où pouvaient être dispensés des soins médicaux et réalisées des interventions chirurgicales.

Malheureusement le chaos de la Grande Guerre, l’antithèse de l’action d’Albert SCHWEITZER à Lambaréné, va conduire à la mise en résidence surveillée de ce citoyen allemand dans une colonie française,  puis à son expulsion de la colonie et à son internement comme prisonnier civil à Garaison dans les Pyrénées puis à St Rémy de Provence.

C’est dans son village de Gunsbach qu’il vivra la fin du 1er conflit mondial. Marqué par ce conflit dont il considère qu’il matérialise le déclin de notre civilisation, il n’eut de cesse que de se donner les moyens de revenir à Lambaréné. Concert d’orgues, conférences, publication de son ouvrage « À l’orée de la Forêt Vierge », lui permirent de  collecter les fonds nécessaire à son retour. En 1919, la naissance de sa fille Rhena vient éclairer ce retour en Europe.

Plus que jamais il veut se battre pour rendre vivante son éthique du respect de la Vie, convaincu qu’elle est une réponse aux maux de la société et que seule elle permettra à l’homme de vivre tout en respectant son environnement.

En 1924, il repart pour Lambaréné sans son épouse, qui ayant contracté la tuberculose pendant son internement, ne pouvait plus supporter le climat équatorial. Un jeune médecin de la faculté de médecine de Strasbourg l’accompagne, une jeune infirmière le rejoint, ainsi sont posé les bases d’une longue chaîne de femmes et d’hommes qui aujourd’hui encore se perpétue. Il alternera jusqu’à sa mort, séjours en Europe et aux États Unis pour faire connaitre son œuvre et collecter des fonds et séjours au Gabon pour donner corps à son œuvre et soulager la douleur.

Il ne retrouve rien de son premier hôpital sur le site de la Mission, il le reconstruit et envisage déjà une nouvelle implantation plus en amont sur un terrain où il pourra concrétiser son Éthique du « respect de la Vie ». Son village hôpital devient réalité en 1927. Chaque malade est accueilli dans le respect de sa culture et de ses traditions, les familles restent aux cotés du patient. L’hôpital pavillonnaire à l’architecture adaptée au climat équatorial va devenir une référence architecturale encore utilisée aujourd’hui, tout comme le système de traitement de l’eau et les jardins en culture biologique.

Connu pour ses écrits théologiques (« la mystique de l’apôtre Paul », « les secrets historiques de la vie de Jésus »…) Albert SCHWEITZER est maintenant connu pour son action humanitaire. C’est ainsi qu’en 1928 il reçu le Prix Goethe.

Il n’en poursuivit pas moins son inlassable action à Lambaréné, l’hôpital s’agrandit, la misère à soulager est toujours plus importante, d’autant plus que les médicaments disponibles ne permettent encore pas de traiter les pandémies que sont la lèpre et la maladie du sommeil.

Dés lors, nous pouvons dire qu’il est l’inventeur de la médecine humanitaire, car il a adapté et non pas transposé les pratiques médicales, car il s’inscrit dans la durée et enfin car il aborde le malade dans sa globalité, ne se limitant pas aux seuls soins médicaux, mais se souciant de son habitat et de son alimentation. Il forme les personnels soignant au sein de l’hôpital et dispose dés 1930 d’une équipe d’infirmiers gabonais. Nombreux sont les médecins qui se revendiquent aujourd’hui de l’héritage d’Albert SCHWEITZER.

Le second conflit mondial se profile déjà à l’horizon, plus que jamais, il a le souci de défendre la Vie. Il restera pendant 10 ans sans rentrer en Europe. Dans l’immédiate après guerre, cette Europe meurtrie et le monde dit civilisé réalise qu’au cœur de la forêt vierge un homme défend et met en œuvre la seule Éthique offrant aux Hommes une chance de salut.

C’est en 1953 qu’il reçoit au titre de 1952 le PRIX NOBEL DE LA PAIX. Il consacre la dotation de ce prix à la construction du Village Lumière où seront accueillis les trop nombreux lépreux qu’il doit prendre en charge.

La célébrité est au rendez vous, nombreux sont les visiteurs célèbres qui se rendent à Lambaréné, l’Abbé Pierre, André Malraux, la famille Rockefeller… Son ouvrage sur « les grands penseurs de l’Inde », démontre sa capacité à transcender les cultures.

En avril 1957, il lance sur Radio Oslo un appel contre l’arme atomique, conscient du danger qu’elle représente pour l’avenir de l’humanité.

Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, ses positions ne seront pas toujours comprises et il aura tort d’avoir raison trop tôt. Cette même année il a la douleur de perdre son épouse Hélène, celle sans qui il n’aurait pas accompli son œuvre.

Loin de succomber aux honneurs, il poursuit son action à Lambaréné. Il effectuera son dernier voyage en Europe en 1959 et débutera son 14eme séjour à Lambaréné depuis 1913. En 1960, le Gabon devient indépendant, son premier Président Léon M’Ba le fait commandeur de l’ordre de l’Étoile Équatoriale. Il sera docteur Honoris Causa de nombreuses universités.

 Il sera heureux de voir signer en 1963 l’accord interdisant les essais nucléaires dans l’atmosphère. En 1964 l’hôpital compte 560 lits, 6 médecins à temps plein et une centaine de bâtiments et pourtant il continue à construire.

Il s’éteint à Lambaréné le 4 septembre 1965 et est inhumé le lendemain dans le petit cimetière de l’hôpital au bord du fleuve Ogooué.

Aujourd’hui encore l’hôpital de Lambaréné et ses associations de soutien poursuivent son œuvre.

Damien MOUGIN.

Association Française des Amis d’Albert Schweitzer

AFAAS

1b, Quai St Thomas – BP 80022

67081 Strasbourg cedex

© contact@afaas-schweitzer.org - 2015

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Albert Schweitzer ou le respect de toute vie

Albert Schweitzer (1875–1965) est principalement connu pour son travail de médecin et ses missions humanitaires en Afrique. Prix Nobel de la paix en 1952, il est aussi à l’origine du concept d’éthique du respect de toute vie. Selon ce grand humaniste, l’éthique ne peut être élaborée que par l’individu. Là est la source du pouvoir individuel qui transforme la société. La foi en ce pouvoir est essentielle. En alliant la raison et le cœur, il s’agit, et d’autant plus aujourd’hui où toutes les vies sont bafouées, d’agir avec une égale compassion aux quatre coins du monde.

Le respect de toute vie, une notion universelle

Au début du XXe siècle, de lourdes menaces pèsent sur la vie (guerres mondiales, technologie nucléaire…). Dans ce contexte, Schweitzer cherche une formule à offrir qui montrerait l’importance de préserver l’humanité. Lors de l’un de ses voyages en Afrique, il réalise en observant un troupeau d’hippopotames que toute vie, quelle qu’elle soit, est sacrée. Émerge alors le concept, qui sera repris et développé par Théodore Monod, de révérence à la vie ou respect de toute vie. Il traduit ainsi la volonté de vivre en harmonie et en sympathie avec toutes les formes du vivant. Cette éthique de respect envers la Création dans son intégralité inclut pour la première fois les animaux, jusqu’ici exclus par la philosophie et la pensée occidentales. Les racines de la pensée non violente schweitzerienne sont aussi bien l’enseignement de Jésus que la pensée indienne. Il introduira même en Occident des textes jaïnistes célébrant l’ahimsa, non-violence chère à Gandhi. Cependant, c’est la lecture d’un texte chinois du XIe siècle, Kan Ying Pien (Le Livre des récompenses et des peines) qui l’inspire le plus. L’un de ses commandements dit : « Traitez humainement les animaux, ne malmenez pas les insectes, les plantes et les arbres. » C’est l’éthique globale à laquelle appelle Schweitzer, et qui englobe toutes les formes de vies, y compris celles qui pourraient sembler mineures.

Agir en conscience : la responsabilité à l’œuvre

Dans l’un de ses sermons, prononcé le 23 février 1919, Albert Schweitzer déclare : « Le préalable de toute éthique est donc que nous ayons une compréhension non seulement de ce que ressentent les hommes, mais encore de ce qu’éprouvent tous les êtres qui vivent autour de nous et que, de ce fait, nous nous sentions l’obligation de faire ce qui dépend de nous pour maintenir et développer partout la vie ». D’après lui, un acte n’est véritablement éthique que lorsqu’il est réfléchi, volontaire et de large portée. C’est ce que Théodore Monod appelait la « compassion active », donnant des exemples d’actions à réaliser pour venir en aide aux animaux. Dans le même esprit, Tolstoï avait ouvert une école pour les enfants des serfs afin que ces derniers puissent avoir accès à l’éducation comme les autres. Quant à Gandhi, il accueillait les « intouchables » dans son ashram pour qu’ils puissent vivre et travailler dans la dignité. Pour tous, respecter la vie, c’est donc se comporter de manière responsable et agir pour le bien et le développement des individus en veillant à ne négliger aucune forme de vie.

La liberté d’agir et le refus de se conformer

Schweitzer, tout comme Gandhi qui déplorait les systèmes qui « telles des statues de cire négligent les facteurs moraux », s’insurge contre une société « super-organisée » qui devrait nous dicter notre manière d’agir. Pour s’affranchir de cette société, il convient de s’informer afin de faire des choix en pleine conscience. La sincérité dans le combat implique de ne faire aucune concession, afin de se sentir libéré de la pression de la société. Ainsi, Schweitzer le dit, il est difficile d’être abolitionniste, de se battre pour les droits des plus petits sans être raillé et accusé de sensiblerie. On ne peut pourtant pas abandonner la foi et l’espérance dans l’avenir, lesquelles, pour Schweitzer, doivent conduire l’éthique. L’espoir de Schweitzer porte le respect de la vie comme une vérité qui paraîtra une évidence : « C’est le sort de toute vérité, avant d’avoir été reconnue comme telle, d’être tournée en ridicule. Jadis, le fait de croire que les hommes de couleur étaient des vrais hommes et devraient être traités humainement passait pour une folie. Or la folie est devenue vérité. Aujourd’hui on considère comme exagéré de prétendre qu’un des devoirs imposés par l’éthique rationnelle est de respecter ce qui vit, même sous ses formes inférieures. Mais un jour on s’étonnera qu’il ait fallu autant de temps à l’humanité pour admettre que les déprédations insouciantes causées à ce qui vit sont incompatibles avec l’éthique » (La Civilisation et l’éthique, Alsatia, 1923).

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L’Église catholique et le nucléaire

Pas si silencieuse que cela au cours de l’histoire !

La presse s’est fait l’écho de propos quelque peu surprenant : « Le silence de l’Église catholique. On n’a pas le droit de parler en son nom. Ce n’est pas anodin que l’on soit chez les protestants pour cette conférence de presse... ». Au cours de l’histoire l’Église est-elle restée si silencieuse ? Juste quelques propos parmi beaucoup d’autres !

Communiqué de Mgr RIOBE (1)

Au moment où était annoncée l'explosion d'une bombe atomique française dans le Pacifique, à l'atoll de Mururoa, Mgr Riobé, évêque d'Orléans, a publié, le 10 juillet 1973, le communiqué ci-après :

Au moment où un grand nombre de peuples sont atteints de découragement et de révolte devant la perspective d'un nouveau développement des armes nucléaires, je me dois, dans ma conscience d'homme, de chrétien et d'évêque, en plein accord avec de multiples et fortes déclarations de l'Église, de dire : « Non aux armes nucléaires », et ceci indépendamment de toute considération d'ordre international.

Aucun intérêt politique ou économique d'aucun peuple ne saurait justifier l'emploi de la bombe atomique.

Prétendre que c'est une force de dissuasion, c'est supposer qu'on a l'intention de s'en servir si l'on est attaqué. On n'a pas le droit de nourrir pareil projet.

La France serait si grande si elle affirmait à la face du monde : « J'ai le pouvoir de faire des expériences nucléaires et de posséder la bombe atomique : j'y renonce pour le Bien de la Paix. »

Il faut croire à la puissance des valeurs morales, à la force de la non-violence.

Tout Français, soucieux d'un avenir pacifique, se doit de manifester de manière efficace sa désapprobation la plus énergique au regard de tout projet d'escalade atomique.

Communiqué de Mgr RIOBE (2)

Mgr Riobé, évêque d'Orléans, a déclaré à la radio (Europe 1), le 18 juillet 1973, peu après la publication de la lettre de l’amiral de Joybert :

Cette question pose dans son ensemble et en profondeur l'existence même et le sens même de l'Église dans le monde d'aujourd'hui.

Si je suis intervenu, c'est parce qu'il y a des incidences locales, c'est parce que je suis en communion de pensée avec la communauté non violente d'Orléans et c'est parce que je suis personnellement en union avec Jean-Marie Muller qui est l'un de ceux qui sont actuellement dans le Pacifique. Dernièrement, les évêques de France ont publié, après une étude très approfondie, un document d'une importance capitale sur les problèmes de l'armement. Je renvoie l'amiral Joybert à ces études. Ce document émane bien de l'ensemble des évêques, et moi je ne veux pas personnellement, ou plutôt même individuellement, interférer dans un débat d'une importance capitale (la Croix, 18 juillet).

Communiqué de Mgr ROUSSET

Mgr André Rousset, évêque de Pontoise, a déclaré sur la première chaîne de télévision, au journal parlé du 15 juillet :

L'Evangile vécu, ce n'est pas seulement affirmer des vérités, c'est toute une conception de l'homme, de la société, de la vie nationale, de la vie internationale, de la construction de la paix et, par ce fait aussi, de la Défense nationale. L'Église a donc sûrement son mot à dire dans ces domaines. Car l'Église est celle qui doit dire cette conception de l'homme et, par conséquent, affirmer devant l'opinion publique sa position et même, éventuellement, rappeler devant l'Etat que tout ne peut pas être fait dans n'importe quelles conditions ; C'est de la bonne volonté de tous, d'une recherche commune faite avec sérieux et profondeur que sortira une solution satisfaisante.

Communiqué de Mgr BOILLON

Dans son numéro de juillet-août 1973, Messager, journal du Secours catholique, a publié cette lettre de Mgr Boillon, évêque de Verdun, antérieure à la controverse :

Les essais atomiques français me semblent une faute grave pour quatre raisons :

1. C'est une bombe « anticités ». Elle est présentée ainsi. On l'envisage pour menacer d'écraser une ville entière, en vue de dissuader l'adversaire. Or, ce genre d'action est formellement condamné par le Concile comme immoral.

2. De deux choses l'une. Ou nous utilisons la bombe atomique contre ceux qui ne l'ont pas, et nous frappons ainsi un peuple désarmé. Ou nous l'utilisons contre ceux qui l'ont, et nous risquons, évidemment, d'être anéantis dans les vingt-quatre heures par une riposte de représailles.

3. Nous sommes en train de nous aliéner le cœur des peuples du Pacifique. Ce n'est constructif ni pour l'image de la France, ni pour la cause générale de la paix.

4. Nous dépensons ainsi des sommes considérable alors que dans le monde entier des peuples ont faim.

© Documentation catholique - 1973

Méditation sur la Parole
 

Ce peuple m’honore des lèvres

Saint Marc mentionne une douzaine de controverses mettant aux prises Jésus et les autorités religieuses de son temps. Aujourd’hui, il mentionne la controverse sur la tradition des anciens. Les scribes et les pharisiens posent à Jésus la question suivante : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas sans s’être lavé les mains. »

Jésus respecte la tradition, à condition qu’elle soit dynamique et vivifiante, qu’elle favorise une meilleure qualité de vie. La tradition doit nous libérer et nous aider à mieux vivre. Il ne s’agit pas simplement de répéter les gestes du passé, mais d’agir en conformité avec ce que nous croyons être important pour nous.

Ghandi, qui était intrigué par le Sermon sur la Montagne et par Jésus-Christ lui-même, disait : « J’ai beaucoup d’estime et de respect pour le Christ, mais non pour les chrétiens... car ils disent et ne font pas. » Et il savait de quoi il parlait. Lorsqu’il avait voulu assister à une messe en Afrique du Sud, les chrétiens l’avaient empêché d’entrer, en lui disant que cette église était pour les blancs et qu’à deux coins de rue, il trouverait une église pour les noirs. Ghandi ne remit jamais les pieds dans une église. Cet épisode nous rappelle toutes ces années aux USA et en Afrique du Sud où les noirs ne pouvaient participer aux eucharisties des blancs.

« Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. »

Nos traditions sont souvent tintées de préjugés et de discriminations. Le Christ a lutté contre ce genre de traditions. Dans la parabole du bon Samaritain, il rappelle au prêtre et au lévite qu’ils auraient mieux fait de s’approcher de l’homme blessé et de lui venir en aide, plutôt que de s’en éloigner afin de suivre leur tradition et de ne pas enfreindre les lois du culte qui interdisaient de toucher un blessé ou un mort ! « Sépulcres blanchis. Vous donnez l’apparence d’être justes, mais au-dedans, vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. Vous observez les choses qui paressent, tout en négligeant les points les plus importants de la Loi,  la justice, la miséricorde et la bonne foi. » (Matthieu 23, 23)

Le Seigneur est très dur envers les scribes et les pharisiens parce qu’ils pratiquent leur religion de façon superficielle, et ne répondent pas à l’essentiel de la Loi : « Guides aveugles… hypocrites… »

Jésus nous invite aujourd’hui à réfléchir sur nos pratiques religieuses et nos croyances. La source de notre action, affirme-t-il, se trouve au fond de notre cœur. Tout n’a pas la même importance dans la vie. Souvenez-vous de ce que Jésus disait au sujet de l’offrande à l’autel : « Si tu apportes ton offrande à l’autel et que là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande. Va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens présenter ton offrande. » (Matthieu 5, 23-24) La réconciliation est plus importante que toutes les offrandes à l’autel.

En mettant tout sur le même plan, nous détruisons notre échelle de valeurs. Il n’y a pas si longtemps, c’était un péché grave de boire un peu d’eau après minuit et de recevoir ensuite la communion! C’était un péché grave de manger de la viande le vendredi ! Il y a des choses plus importantes que de boire un peu d’eau ou de manger de la viande certains jours de la semaine. Faire de ces actes « des péchés mortels » et mettre sur le même plan une gorgée d’eau avant la communion et le refus d’aider un blessé le long de la route (parabole du bon Samaritain), risque de dévaluer toute une série d’actions qui sont beaucoup plus importantes.

« Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi ». La loi du Seigneur doit prendre sa source au fond de notre cœur. C’est de l’intérieur que viennent les bonnes et les mauvaises intentions.

À mesure que nous devenons plus matures dans notre foi, la parole de Dieu progresse en nous et devient source de lumière et de vie. Dans la deuxième lecture, S. Jacques nous invite à « recevoir avec docilité la Parole qui a été implantée en nous et qui peut nous sauver » (Jacques 1, 21). Nous avons ici la très belle image d’une petite graine qui est implantée et mise en terre dans notre cœur, d’une semence qui doit se développer et croître à maturité. Cette semence produira ses fruits, si elle est protégée et entretenue.

Aujourd’hui, Jésus nous indique la source du bien et du mal : le cœur humain. « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses ». Il veut changer notre cœur de pierre en cœur de chair. Il nous invite à revoir continuellement notre échelle de valeurs afin de placer ce qui est le plus important en haut de notre agenda. « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. »

© Cursillo - 2015

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Date de dernière mise à jour : 2015-09-03