Pko 22.03.2020

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°14/2020

Dimanche 22 mars 2020 – 4ème Dimanche du Temps de Carême – Année A

Humeurs…

« À mes fidèles dans l’épreuve »…

Au début de l’épidémie de Covid-19 dans le Nord de l’Italie, alors que le confinement venait d’être déclaré, le curé d’un petit village c’est adressé à ses paroissiens pour leur apporter un message de paix et d’espérance…

À mes fidèles dans l’épreuve,

Chers frères et sœurs, aucun d’entre nous n’aurait peut-être jamais pensé se retrouver dans la situation dans laquelle nous nous trouvons. Notre âme est hébétée, l’urgence semblait si lointaine. Mais elle est ici, chez nous. Même ce fait nous amène à considérer à quel point, dans le monde, nous sommes désormais une grande famille. Nous devons maintenant suivre les indications que les autorités ont établies, y compris la cessation de la célébration de la Sainte Messe. Il est facile, dans cette situation, de se laisser aller spirituellement, devenant apathique envers la prière, considérée comme inutile.

Je vous invite plutôt, chers frères et sœurs, à intensifier la prière, qui ouvre toujours les situations à Dieu. Nous nous rendons compte, dans des conjonctures comme celle du présent, de notre impuissance, alors crions à Dieu notre surprise, notre souffrance, notre peur. Hier, j’ai pensé au passage que nous lisons le mercredi des Cendres, tiré du prophète Joël (2,17), où il est dit : “Entre le portail et l’autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : Pitié, Seigneur, pour ton peuple”. Je n’ai pas honte de vous dire qu’hier, devant le tabernacle et la statue de la Sainte Vierge, j’ai moi aussi pleuré. Et je vous demande d’élever avec moi vers le Seigneur le cri de notre prière. Prier, c’est déjà espérer. Je vous rappelle tous dans l’Eucharistie quotidienne et avec moi [mes frères prêtres].

Lorsque vous entendez sonner les cloches de la Messe, joignez-vous au prêtre qui offrira le Sacrifice du Seigneur pour tous. Demain matin, après la messe que je célébrerai à 5 heures 45, je sortirai sur le parvis et je bénirai toute la paroisse et tout le village avec le Saint-Sacrement. Avant tout, souvenons-nous de ceux qui ont été infectés par le virus et de leurs familles, afin qu’ils ne se découragent pas, mais aussi de tout le personnel médical qui se dépense pour faire face à la contagion.

Restons unis dans la prière. Votre curé.

Je fais mien ce message pour vous… depuis vendredi, chaque matin après la messe, je vais avec le Saint Sacrement à la porte de notre belle Cathédrale, pour bénir notre ville, notre îles, nos îles… chacun et chacune d’entre-vous…

Que Dieu vous bénisse en ce temps d’épreuve et qu’il nous donne de grandir en humanité !

Covid-19… Décret épiscopal

Décret épiscopal Covid-19

 Monseigneur Jean Pierre COTTANCEAU,

Archevêque de PAPEETE

à

Tous les prêtres, diacres, katekita, tavini et fidèles de l’Archidiocèse de PAPEETE

Papeete le 18 Mars 2020

Chers Frères et Sœurs en Christ,

La menace du coronavirus qui pèse sur chaque habitant de notre territoire se transforme peu à peu en réalité. Les mesures prises par les pouvoirs publics sont le signe qu’un combat est engagé, un combat que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ! Pour pouvoir ralentir et stopper cette progression, tous les partenaires de la vie sociale doivent avancer ensemble et unir leurs efforts. Notre Église ne saurait rester en dehors de ce combat et continuer à fonctionner comme si de rien n’était ! Le pays a besoin de nous comme il a besoin de tous les partenaires de la vie sociale. Il a besoin de notre vigilance, de notre compréhension, de notre civisme et de notre espérance. Nous devons bien comprendre que l’enjeu n’est pas simplement que chacun se protège pour ne pas contracter le virus, mais qu’il protège également ceux qu’il rencontre, ses proches, et surtout les plus âgés, les plus faibles, en respectant les règles de prudence sanitaire.

Suite à ma lettre du 12 Mars 2020, j’ai voulu inviter notre Église à s’associer à cet effort collectif pour rester solidaires avec tous ceux et celles qui sont engagés dans ce combat, et pour ne pas fuir notre responsabilité citoyenne. Aussi, suite à la rencontre des confessions religieuses avec le Haut-Commissaire ce mardi 17 mars au matin, a eu lieu ce même jour après-midi une réunion à l’Évêché. Étaient présents le Conseil Presbytéral, le coordinateur du Conseil des Diacres et son adjoint, le Chancelier de l’Archidiocèse, le responsable diocésain du Rosaire Vivant, et Mgr Hubert COPPENRATH.

Au terme de cette réunion, j’ai pris les mesures suivantes. Merci de les accepter avec confiance et espérance. Merci de les respecter, et merci de nous soutenir les uns les autres pour y parvenir.

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DECRET

1-   La participation physique de tous les fidèles aux offices de semaine, du Dimanche et de la Semaine Sainte est suspendue dans toutes les églises et chapelles du diocèse et jusqu’à nouvel ordre, et ce à compter du Mercredi 18 Mars 2020.

      Le canon 1248 du droit de l’Église précise : « Si, faute de ministre sacré ou pour toute autre cause grave, la participation à la célébration eucharistique est impossible, il est vivement recommandé que les fidèles participent à la liturgie de la Parole… ou s’adonnent à la prière pendant un temps convenable, seul ou en famille ».

2-   Les églises resteront ouvertes pour ceux qui voudront prier à titre personnel.

3-   Les célébrations des baptêmes, mariages, Première Communion et confirmation sont suspendues jusqu’à nouvel ordre.

4-   Les veillées mortuaires ne sont plus autorisées dans les paroisses. La célébration des obsèques pourra se faire à l’église selon les conditions de prudence sanitaire et dans la limite du nombre imposé par l’autorité publique, à savoir à ce jour 100 personnes maximum.

5-   La distribution de la communion aux malades est suspendue jusqu’à nouvel ordre.

6-   L’onction des malades sera réservée aux personnes en péril de mort.

7-   La catéchèse en paroisse pour les enfants est suspendue jusqu’à nouvel ordre.

8-   Tout rassemblement, retraite est suspendu jusqu’à nouvel ordre.

Ces mesures sont applicables sur tout le territoire de l’Archidiocèse à compter de ce Mercredi 18 Mars 2020.

Papeete le 18 Mars 2020

+Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

Archevêque de Papeete

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… ET LA SUITE ?

Pour nous aider à vivre cette épreuve, ce temps de désert, et pour garder vivante notre foi et notre lien avec la communauté chrétienne dont nous faisons partie, voici quelques suggestions qui pourront nous aider en famille, chez soi :

  • Les paroisses de Pirae et Arue se proposent de télécharger chaque semaine le déroulement d’une célébration en attente de prêtre (ADAP). Aux familles disposant d’un ordinateur de recueillir ce document et de s’en servir ;
  • Possibilité d’utiliser le « Raanu » avec le Pure Fetii ;
  • Possibilité de se servir du livret de Nlle Calédonie qui contient les textes et oraisons des offices du dimanche (disponible à Pureora) ;
  • Possibilité de suivre la messe dominicale sur Antenne 2 à 11h le Dimanche ;
  • Possibilité de suivre la messe diffusée chaque jour sur Radio Maria no te Hau à 5h 30 et ce dès ce jeudi 19 en la fête de Saint Joseph ;
  • Possibilité de se servir du coutumier du Rosaire Vivant pour organiser sa prière ;
  • Organiser des adorations-relais où de petits nombres de priants (5 à 10) se relayent devant le Saint Sacrement.

Chaque paroisse peut également faire preuve d’imagination pour susciter et faire vivre cette communion de pensée et de prière qui, tout en respectant les consignes de prudence sanitaire et en diminuant au maximum les occasions de contacts physiques, nous aideront à ne pas nous replier sur nous-mêmes et à nous refermer. Si le coronavirus est dangereux, le virus du repli sur soi l’est autant pour la qualité de nos relations humaines et de notre prière !

À l'issue de l'Angélus du 15 mars, le St Père adressait ces paroles aux fidèles par les moyens audio-visuels :

« Chers frères et sœurs, ces derniers jours la place Saint-Pierre est fermée, c'est pourquoi mon salut s'adresse directement à vous qui êtes en liaison à travers les moyens de communication.

Dans cette situation de pandémie, dans laquelle nous vivons plus ou moins isolés, nous sommes appelés à redécouvrir et à approfondir la valeur de la communion qui unit tous les membres de l'Église. Unis au Christ nous ne sommes jamais seuls, mais nous formons un unique Corps, dont Il est le Chef. C'est une union qui se nourrit de la prière, et aussi de la communion spirituelle à l'Eucharistie, une pratique très recommandée quand il n'est pas possible de recevoir le sacrement. Je dis cela pour tout le monde, en particulier pour les personnes qui vivent seules…

Merci beaucoup pour tous les efforts que chacun de vous accomplit pour apporter son aide dans ce moment si dur. Que le Seigneur vous bénisse, que la Vierge vous protège ; et s'il vous plaît n'oubliez pas de prier pour moi. Bon dimanche ! Merci ».

Que le Seigneur nous accompagne, que Marie nous aide à tenir debout comme elle au pied de la croix dans l’épreuve. Prions les uns pour les autres afin de tenir bon dans l’espérance !

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

Archevêque de Papeete

Laissez-moi vous dire…

18 mars 2020 : Rassemblements interdits dans tout l’archidiocèse de Papeete
Confinés ? Oui… mais pas coupes du monde souffrant !

Faut-il parler -encore- du coronavirus ? Hélas oui.

Les équipes médicales d’urgence sont sur le pont et doivent affronter les dégâts causés par le Covid-19. Les personnels de santé ont besoin du soutien de toute la population et surtout de son sens des responsabilités.

Pendant la Grande Guerre mon arrière-grand-père, chargé d’une famille nombreuse, fut affecté au service de santé de l’armée. « Des planqués » comme on les appelait. Pas si planqué, car mon ancêtre dut intégrer une équipe médicale chargée du « tri » des blessés à l’hôpital de Verdun. Imaginez des « gueules cassées » arrivant du front par centaine, il fallait les répartir vers trois zones : celle des blessés irrécupérables voués à une mort certaine, une seconde zone pour les opérables (souvent des amputations), et une troisième pour les chanceux qui pouvaient attendre.

C’est ce que vivent certaines équipes médicales d’urgence dans les régions surchargées en malades atteints du Covid-19 et présentant des pathologies graves de l’appareil respiratoire. Le nombre de lits en réanimation est limité, le nombre d’hôpitaux équipés n’est pas infini, et pourtant il faut soigner !

Voilà pourquoi de nombreux urgentistes ont supplié les autorités et la population de réagir vite : le confinement étant, dans l’immédiat, la seule solution pour ralentir la propagation du virus.

Au fenua, des dispositions ont été prises assez vite, elles seront efficaces si TOUS, NOUS LES RESPECTONS. Surveillons nos enfants, petits-enfants qu’ils ne traînent pas dans les rues, limitons nos déplacements …

Nous, chrétiens devons montrer l’exemple.

Mais rester confinés ne signifie pas rester à ne rien faire.

Nous avons le devoir de nous occuper et de prendre des nouvelles de nos proches, surtout celles et ceux qui sont les plus isolé(e)s. Tout en restant confinés, nous disposons de moyens de communication qui nous relient les uns aux autres, au-delà des frontières. Mgr Jean-Marie Le Gall, aumônier de l’Hôpital d’Instruction des Armées Percy (Clamart), rappelle : « La priorité du Christ, c’est le pauvre… J’étais malade et vous m’avez visité… C’est pour cela qu’il y a plus de saints “caritatifs” que de saints “intellectuels”. Le ministère auprès des malades est évangéliquement une priorité ». (Source : Interview dans Famille Chrétienne, n°2195, semaine du 8 au 14 février 2020, pp.26-27)

Et la première attitude du Christ est l’écoute : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? (à l’aveugle de Jéricho)... « Veux-tu être guéri ? » (demande Jésus au handicapé près de la piscine Bethzatha)… ». Jésus est comme le “bon samaritain” : il regarde, il écoute, il se met à la hauteur du souffrant, puis il le prend en charge… La prière, la louange, les remerciements… ne viennent qu’après.

Soyons à l’écoute de nos frères et sœurs isolé(e)s, malades ou confiné(e)s. Tel(le) étudiant(e) resté(e) seul(e) dans sa Cité Universitaire ; telle personne âgée qui n’a plus le droit de recevoir ses enfants ou petits-enfants ; tel(le) malade isolé(e) évasané(e) ; telle femme qui craint de perdre son emploi à cause du virus… Un coup de fil, un SMS, une liaison whatsap ou facebook… pour demander comment ça va et surtout écouter… c’est un rayon de soleil qui entre dans la vie de ces personnes. Nos échanges seront d’autant plus féconds que notre cœur sera riche d’amour, de compassion ; pour cela préparons chacun de nos échanges par la prière en laissant Dieu habiter notre cœur.

Autre lien social et spirituel : la communion de prière.

Les rassemblements ne sont plus autorisés dans nos églises, chapelles, communautés. Mais nous pouvons prier - à la maison - en famille, en union avec d’autres familles d’ici, des îles éloignées ou d’autres pays. Nous avons la chance de pouvoir accéder à youtube et ainsi suivre chaque jour la messe papale1. N’oublions pas que « la communion de désir » est une forme de communion au Corps et au Sang du Christ pour celles et ceux qui sont empêché(e)s physiquement d’assister à la célébration eucharistique.

Soyons inventifs et généreux dans nos pensées, nos communications, nos attentions aux autres, nos prières.

Dominique SOUPÉ

  1.    Chaque jour KTO s’associe à Vatican Media pour proposer de suivre la messe célébrée par le Pape François à Saint Marthe (au Vatican). Les textes et l’homélie sont traduits en français. Vous pouvez retrouver l’ensemble chaque matin sur la page facebook de la Cathédrale.

On peut également suivre le chapelet du jour en direct du sanctuaire de Lourdes [] ou bien sur la radio diocésaine : Radio Maria no te Hau

© Cathédrale de Papeete – 2020

Audience générale

En pardonnant on est pardonné, c’est le secret de la miséricorde

Depuis la Bibliothèque du Palais apostolique où il a tenu une nouvelle fois son audience générale retransmise en direct, mercredi 18 mars 2020, le Pape François est revenu sur la miséricorde, au centre de la cinquième béatitude : « Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde ».

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous nous arrêtons aujourd’hui sur la cinquième béatitude qui dit : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5,7). Dans cette béatitude, il y a une particularité : c’est la seule dans laquelle la cause et le fruit du bonheur coïncident, la miséricorde. Ceux qui exercent la miséricorde trouveront la miséricorde, ils seront « miséricordiés ».

Ce thème de la réciprocité du pardon n’est pas présent uniquement dans cette béatitude, mais il est récurrent dans l’Évangile. Et comment pourrait-il en être autrement ? La miséricorde est le cœur même de Dieu ! Jésus dit : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés ; pardonnez et vous serez pardonnés » (Lc 6,37). Toujours la même réciprocité. Et la Lettre de Jacques affirme que « la miséricorde l’emporte sur le jugement » (2,13).

Mais c’est surtout dans le Notre Père que nous prions : « Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6,12) ; et cette demande est la seule qui soit reprise à la fin : « si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes. » (Mt 6,14-15 ; cf. Catéchisme de l’Église catholique, 2838).

Il y a deux choses que l’on ne peut pas séparer : le pardon donné et le pardon reçu. Mais nombreuses sont les personnes en difficulté, elles ne parviennent pas à pardonner. Si souvent, le mal reçu est tellement grand que réussir à pardonner est comme gravir une montagne très haute : un effort énorme ; et l’on pense : c’est impossible, ça, c’est impossible. Ce fait de la réciprocité de la miséricorde indique que nous avons besoin de renverser la perspective. Tout seuls, nous ne pouvons pas, il faut la grâce de Dieu, nous devons la demander. En effet, si la cinquième Béatitude promet de trouver la miséricorde et si nous demandons la rémission des péchés, dans le Notre Père, cela signifie que nous sommes essentiellement des débiteurs et que nous avons besoin de trouver la miséricorde !

Nous sommes tous débiteurs. Tous. Envers Dieu, qui est si généreux, et envers nos frères. Toute personne sait qu’elle n’est pas le père ou la mère qu’elle devrait être, l’époux ou l’épouse, le frère ou la sœur qu’elle devrait être. Nous sommes tous « en déficit » dans la vie. Et nous avons besoin de miséricorde. Nous savons que nous avons, nous aussi, commis le mal, qu’il manque toujours quelque chose au bien que nous aurions dû faire.

Mais c’est justement notre pauvreté qui devient la force pour pardonner ! Nous sommes débiteurs et si, comme nous l’avons entendu au début, nous serons mesurés avec la mesure dont nous mesurons les autres (cf. Lc 6,38), il convient alors que nous élargissons la mesure et que nous remettions les dettes, que nous pardonnions. Chacun devrait se souvenir qu’il a besoin de pardonner, qu’il a besoin du pardon, qu’il a besoin de patience ; c’est là le secret de la miséricorde : en pardonnant, on est pardonné. C’est pourquoi Dieu nous précède et nous pardonne lui-même en premier (cf. Rm 5,8). En recevant son pardon, nous devenons capables de pardonner à notre tour. Ainsi notre propre misère et notre propre carence de justice deviennent l’occasion de s’ouvrir au Royaume des cieux, à une mesure plus grande, la mesure de Dieu qui est miséricorde.

D’où naît notre miséricorde ? Jésus nous a dit : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36). Plus on accueille l’amour du Père, plus on aime (cf. CEC, 2842). La miséricorde n’est pas une dimension parmi les autres, mais elle est le centre de la vie chrétienne : il n’y a pas de christianisme sans miséricorde.1 Si tout notre christianisme ne nous conduit pas à la miséricorde, nous nous sommes trompés de route, parce que la miséricorde est l’unique véritable but de tout chemin spirituel. Elle est l’un des plus beaux fruits de la charité (cf. CEC, 1829).

Je me souviens que ce thème a été choisi dès le premier Angélus que j’ai dû dire en tant que pape : la miséricorde. Et c’est resté imprimé profondément en moi, comme un message qu’en tant que pape, je devrais toujours donner, un message qui doit être de tous les jours : la miséricorde. Je me souviens que ce jour-là, j’ai même eu l’attitude un peu « impudente » de faire de la publicité pour un livre sur la miséricorde, que le cardinal Kasper venait de publier. Et ce jour-là, j’ai très fort senti que c’est le message que je dois donner, en tant qu’évêque de Rome : miséricorde, miséricorde, s’il vous plaît, pardon.

La miséricorde de Dieu est notre libération et notre bonheur. Nous vivons de miséricorde et nous ne pouvons pas nous permettre de rester sans miséricorde : c’est l’air que nous devons respirer. Nous sommes trop pauvres pour mettre des conditions, nous avons besoin de pardonner, parce que nous avons besoin d’être pardonnés. Merci !

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1   Cf. S. Jean-Paul II, encyclique Dives in misericordia (30 novembre 1980) ; Bulle Misericordae Vultus (22 avril 2015) ; Lettre ap. Misericordia et misera (20 novembre 2016).

© Libreria Editice Vaticana - 2020

Covid-19

Pape François : « N’ayez pas peur »

« Nous ne pourrons sortir de cette situation qu’ensemble, comme humanité entière », souligne le pape François en évoquant la pandémie du Coronavirus Covid-19 dans un entretien au quotidien italien La Stampa. Le pape François explique que « la prière nous fait comprendre notre vulnérabilité », mais le Seigneur « nous transmet force et proximité ». Voici une traduction de l’entretien…

Le Saint-Père parle de sa douleur en ces jours de crise pour le virus : « Les ombres qui sont entrées dans nos maisons disparaîtront, avec les blessures au cœur, l'humanité unie se lèvera à nouveau ».

« Ici, nous pleurons et souffrons. Tous. Nous ne pouvons sortir de cette situation qu'ensemble, avec toute l'humanité ». Il nous faut donc « regarder l'autre dans un esprit de solidarité » et nous comporter en conséquence. Le pape François suit avec inquiétude l'évolution de l'urgence des coronavirus. Mais au téléphone, le lundi 16 mars, il veut aussi insuffler de l'espoir dans la « lumière » qui va venir illuminer l'obscurité « qui est entrée dans toutes les maisons », sous forme de douleurs et d'inquiétudes. Après ce temps suspendu, ce sera « un peu comme une période d'après-guerre », prévient le Pape. Nous devrons reconstruire. Sur quatre piliers principaux : « Les racines », représentées surtout par les grands-parents, par les personnes âgées ; La « mémoire » de ces jours surréalistes ; La « fraternité » entre les êtres humains ; « L’espoir, qui ne déçoit jamais ».

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Domenico AGASSO : Votre Sainteté, les Pâques arrive « à huis clos » avec des célébrations uniquement via le web, la télévision et la radio : pour de nombreux fidèles, ce sera une souffrance dans la souffrance. Comment vivre cette Pâques au milieu de la pandémie ?

Pape François : Avec pénitence, compassion et espoir. Et l'humilité, parce que souvent nous oublions que dans la vie il y a les « zones sombres », les moments sombres. Nous pensons qu'ils ne peuvent arriver qu'à quelqu'un d'autre. Au lieu de cela, ce temps est sombre pour tout le monde, personne n'est exclu. Elle est marquée par des douleurs et des ombres, qui sont entrées dans la maison. C'est une situation différente de celle que nous avons connue. Aussi parce que personne ne peut se permettre de se sentir à l'aise, tout le monde partage ces jours difficiles.

Domenico AGASSO : À l’Angelus, vous avez dit que le Carême peut aider à trouver un sens à tout ce qui se passe : comment ?

Pape François : Le temps de préparation à Pâques, avec la prière et le jeûne, nous apprend à regarder avec solidarité les autres, en particulier ceux qui souffrent. En attendant la lueur de cette lumière qui illuminera à nouveau tout et tout le monde.

Domenico AGASSO : Est-il particulièrement important de prier pendant cette période ?

Pape François : Me viennent à l’esprit les Apôtres dans la tempête qui invoque Jésus : « Maître, nous nous noyons ». La prière nous fait comprendre notre vulnérabilité. C'est le cri des pauvres, de ceux qui s'enfoncent, qui se sentent en danger, seuls. Et dans une situation difficile et désespérée, il est important de savoir qu'il y a le Seigneur auquel s'accrocher.

Domenico AGASSO : Comment Dieu peut-il nous aider ?

Pape François : Il nous soutient de plusieurs façons. Cela nous donne force et proximité, comme cela a été le cas avec les disciples qui ont demandé de l'aide pendant la tempête. Ou quand il a tendu sa main à Pierre qui se noyait.

Domenico AGASSO : Où les non-croyants peuvent-ils trouver réconfort et encouragement ?

Pape François : Je ne veux pas faire de distinction entre les croyants et les non-croyants. Nous sommes tous humains et en tant qu'hommes, nous sommes tous dans le même bateau. Et aucune cause humaine ne doit être étrangère à un chrétien. Ici, nous pleurons parce que nous souffrons. Tous. Il y a l'humanité et la souffrance en commun. La synergie, la collaboration mutuelle, le sens des responsabilités et l'esprit de sacrifice qui sont générés dans de nombreux endroits nous aident. Nous n'avons pas à faire la différence entre les croyants et les non-croyants, allons à la racine : l'humanité. Devant Dieu, nous sommes tous ses enfants.

Domenico AGASSO : Parmi les drames de Covid-19, il y a les histoires de ceux qui meurent isolés, sans l'affection de parents qui ne peuvent se rapprocher sans être infectés. Ce sont des scènes déchirantes qui se produisent quotidiennement dans les hôpitaux, à Bergame, à Brescia, à Crémone. Certains, juste avant de mourir, envoient leurs adieux à leur femme, mari, enfants, par le biais d'infirmières. Quelles pensées vous viennent à l'esprit et au cœur ?

Pape François : Ces jours-ci, ils m'ont raconté une histoire qui m'a frappé et m'a attristé, aussi parce qu'elle représente ce qui se passe dans les hôpitaux. Une vieille femme a réalisé qu'elle était en train de mourir et voulait prendre congé de ses proches : l'infirmière a pris le téléphone et a appelé sa petite-fille par vidéo, alors la vieille femme a vu le visage de la petite-fille et a pu partir avec cette consolation. C'est le besoin ultime d'avoir une main qui vous prend. D'un geste d’un accompagnement ultime. Et de nombreuses infirmières accompagnent ce désir extrême de l'oreille, écoutant la douleur de la solitude, la prenant par la main. La douleur de ceux qui sont partis sans au-revoir est une blessure au cœur de ceux qui restent. Je remercie toutes ces infirmières et infirmières, médecins et bénévoles qui, malgré l'extraordinaire fatigue, se plient avec patience et bonté de cœur pour compenser l'absence obligatoire des membres de la famille.

Domenico AGASSO : « Votre » Piémont est l'une des régions les plus touchées par le virus. À cause du froid, vous n'avez pas pu y aller récemment : qu'aimeriez-vous dire aux Piémontais ?

Pape François : La “Consolà” (la “consolation”… ici le pape parle en piémontais, ndlr). « O’ Protetris dla nòstra antica rassa, cudissne Ti, fin che la mòrt an pija: come l’aqua d’un fium la vita a passa, ma ti, Madòna, it reste » (« O Protectrice de notre ancienne race, gardes-moi jusqu'à ce que la mort me prenne : comme l'eau d'une rivière, la vie passe, mais toi, Notre-Dame, tu restes »). Poésie-prière de Nino Costa à la Notre-Dame de la Consolation. Plus que jamais, n'est-ce pas ? « Comme l'eau d'une rivière, la vie passe, mais toi, Notre-Dame, tu restes ». Je dis aux Piémontais de prier la Consola avec foi et confiance.

Domenico AGASSO : Cette urgence planétaire se caractérise également par un réseau de solidarité, composé de milliers de personnes qui font des sacrifices pour le bien des autres. Quand tout sera fini, cela aura-t-il servi quelque chose pour l'avenir ?

Pape François : Pour rappeler une fois pour toutes aux hommes que l'humanité est une communauté unique. Et combien la fraternité universelle est décisive. Il faut penser que ce sera un peu comme après la guerre. Il n'y aura plus « l'autre », mais ce sera « nous ». Parce que nous ne pouvons sortir de cette situation qu'ensemble.

Domenico AGASSO : De quoi avons-nous besoin pour renaître en humanité ?

Pape François : Il faudra regarder encore plus les racines : grands-parents, personnes âgées. Construire une véritable fraternité entre nous. Se souvenir de cette expérience difficile vécue tous ensemble. Et continuez avec l’espoir, qui ne déçoit jamais. Ce seront les mots clés pour recommencer : racines, mémoire, fraternité et espérance.

© La Stampa - 2020

Commentaire des lectures du dimanche

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Au centre de l’Évangile de ce quatrième dimanche de Carême se trouvent Jésus et un homme aveugle de naissance (cf. Jn 9,1-41). Le Christ lui rend la vue et accomplit ce miracle avec une sorte de rite symbolique : d’abord il mélange de la terre à sa salive et il l’applique sur les yeux de l’aveugle; puis il lui ordonne d’aller se laver dans la piscine de Siloé. Cet homme y va, se lave, et recouvre la vue. C’était un aveugle de naissance. Avec ce miracle Jésus se manifeste et se manifeste à nous comme lumière du monde ; et l’aveugle de naissance représente chacun de nous, qui avons été créés pour connaître Dieu, mais qui à cause du péché sommes comme des aveugles, nous avons besoin d’une lumière nouvelle ; nous tous avons besoin d’une lumière nouvelle Dans une heure peut-être: celle de la foi, que Jésus nous a donnée. En effet, en recouvrant la vue, cet aveugle de l’Évangile s’ouvre au mystère du Christ. Jésus lui demande « Crois-tu au Fils de l’homme ? » (v.35). « Et qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ? », répond l’aveugle guéri (v.36). « Tu le vois ; celui qui te parle, c’est lui » (v.37). « Je crois, Seigneur ! » et il se prosterne devant Jésus.

Cet épisode nous amène à réfléchir sur notre foi, notre foi en Christ, le Fils de Dieu, et en même temps fait référence aussi au baptême, qui est le premier sacrement de la foi : le sacrement qui nous fait « venir à la lumière », à travers la renaissance de l’eau et de l’Esprit Saint ; comme cela arriva à l’aveugle de naissance, dont les yeux s’ouvrirent après qu’il se soit lavé dans l’eau de la piscine de Siloé. L’aveugle né et guéri nous représente quand nous ne nous apercevons pas que Jésus est la lumière, qu’il est « la lumière du monde », quand nous regardons ailleurs, quand nous préférons nous confier à de petites lumières, quand nous tâtonnons dans l’obscurité. Le fait que cet aveugle n’ait pas de nom nous aide à nous refléter avec notre visage et notre nom dans son histoire. Nous aussi avons été illuminés par le Christ lors du baptême, et nous sommes donc appelés à nous comporter comme des enfants de la lumière. Et se comporter comme des enfants de la lumière exige un changement radical de mentalité, une capacité de juger les hommes et les choses selon une nouvelle échelle de valeurs, qui vient de Dieu. Le sacrement du baptême, en effet, exige le choix ferme de vivre comme des enfants de la lumière et de marcher dans la lumière. Si je vous demandais maintenant : « Croyez-vous que Jésus est le Fils de Dieu ? Croyez-vous qu’il peut changer votre cœur ? Croyez-vous qu’il peut vous faire voir la réalité comme Lui la voit, non pas comme nous la voyons-nous ? Croyez-vous qu’Il est la lumière, qu’il nous donne la vraie lumière ? ». Que répondriez-vous ? Que chacun réponde dans son cœur.

Que signifie avoir la vraie lumière, marcher dans la lumière ? Cela signifie d’abord abandonner les fausses lumières : la lumière faible et futile du préjugé contre les autres, parce que le préjugé déforme la réalité et nous charge d’aversion contre ceux que nous jugeons sans miséricorde et condamnons sans appel. Cela arrive tous les jours ! Quand on médit sur les autres, on ne marche pas dans la lumière, on marche dans l’ombre. Une autre lumière fausse, parce que séduisante et ambiguë, est celle de l’intérêt personnel : si nous évaluons les hommes et les choses sur la base du critère de notre utilité, de notre plaisir, de notre prestige, nous ne cherchons pas la vérité dans les relations et dans les situations. Si nous prenons le chemin de la recherche de notre intérêt personnel, nous marchons dans l’ombre.

Que la Sainte Vierge, qui la première a accueilli Jésus, lumière du monde, nous obtienne la grâce d’accueillir à nouveau en ce Carême la lumière de la foi, en redécouvrant le don inestimable du baptême, que nous avons tous reçu. Et que cette nouvelle illumination nous transforme dans nos attitudes et nos actes, pour être nous aussi, à partir de notre pauvreté, de nos insuffisances, porteurs d’un rayon de la lumière du Christ.

© Libreria Editrice Vaticana – 2017

 

 

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